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mercredi 2 octobre 2013

«Qu'on en finisse avec ce débat : il n'y a pas d'invasion de Roms»





Il est écœuré de voir son travail détourné de son but initial. Michael Guet travaille au Conseil de l’Europe, auprès du secrétaire général en charge des questions relatives aux Roms. Depuis cinq ans, il collecte des données chiffrées sur ce peuple, pays par pays. Mais se désole aujourd’hui de la tournure des débats en France, et de la façon dont ses estimations chiffrées sont utilisées.
Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, assure que seule une minorité de familles roms souhaitent s’intégrer. Est-ce exact ? Dispose-t-on de chiffres ?
Le ministre fait référence aux projets d’insertion qui concernent, en effet, peu de familles. Il oublie de dire une chose : souvent, le temps que soient menés les diagnostics sociaux pour identifier les familles souhaitant s’intégrer, le camp est évacué, les familles dispersées à droite, à gauche et elles n'en profitent pas. Mais ce n'est pas parce qu'elles refusent de s'intégrer.
Le gouvernement a recensé 16 949 personnes vivant dans des campements illicites cet été, en grande majorité des Roms. C’est un chiffre précis. Est-il fiable ?
Ce chiffre correspond à une réalité : les Roms vivant dans les bidonvilles. Mais il y a tous les autres. Les invisibles, ceux dont personne ne parle car on ne sait même pas qu’ils existent. Ces Roms, avocats, médecins, chefs d’entreprise préférant cacher leurs origines de peur de perdre des clients ou d'être stigmatisés. On ne connaît pas leur nombre, ni même une quelconque estimation. A vrai dire, il n'y a aucune raison qu'on le sache. Cela n’a aucun sens, surtout en France. C’est même anticonstitutionnel de comptabiliser les personnes en fonction de leur origine. Ces derniers jours, tous les journalistes français m'appellent pour connaître le nombre de Roms en France et en Europe. Le Conseil de l'Europe dispose en effet de données, mais cela nous place complètement en porte-à-faux.
Que voulez-vous dire ?
Nous avons une structure, au sein du Conseil de l'Europe, traitant des questions liées aux Roms depuis 1995. Depuis cinq ou six ans, j’ai entrepris de collecter des données chiffrées pays par pays, reprises un peu partout, mais dans un but bien précis : il s’agissait de peser dans les politiques nationales d’intégration. Dans les pays de l’Europe de l’Est, où les statistiques ethniques sont autorisées, les gouvernements s’appuient sur ces chiffres pour calibrer leurs aides. Sauf que les recensements de population sont toujours bien en-deçà de la réalité, les gens ne se déclarant pas d’origine rom. Parfois, il faut multiplier ce chiffre par cinq, six voire dix pour avoir une vision plus exacte. C’est la raison pour laquelle nous avons entrepris de collecter des données, venant des instituts de recherche, ONG ou autorités locales, pays par pays.
Dans quel pays européen y a-t-il le plus de Roms migrants ?
Ce terme «Roms migrants», que l'on entend partout, est un raccourci. La plupart des Roms viennent de Roumanie ou de Bulgarie, ce sont des citoyens européens et ne sont donc pas «migrants». Dans l’Europe occidentale, la grande majorité vient de Roumanie car c’est un pays latin, avec une culture et une langue un peu plus proche de l'Europe de l'Ouest. On estime qu’ils sont un peu plus de 40 000 en Espagne, 70 000 en Italie. Et 30 000 en Belgique. Mais chez nos voisins européens, le sujet ne fait pas du tout débat comme en France. Cela n'a rien à voir. En France, la question est surmédiatisée et surpolitisée. On en fait tout un problème alors que cela ne concerne que 20 000 personnes.
Comment l'expliquer ?
Parce qu’ils sont très visibles. Ils vivent dans des caravanes de fortune, dans des bidonvilles, ça choque. Mais le principal problème, c’est la pénurie de logements sociaux. En Espagne, ils sont beaucoup plus nombreux, mais le débat est beaucoup moins exacerbé, notamment parce qu'ils logent dans des appartements.
Certains politiques, Valls en tête, parlent d'un risque de créer un appel d'air. Y a-t-il plus de migrations des populations d’origine rom qu'avant ?
Non. Contrairement à ce qu’on entend dire, la tendance est stable depuis une dizaine d’années. D'ailleurs, il n’y a pas plus de Roms qui quittent la Roumanie que de Roumains. Qu'on sorte enfin de ce débat : non, il n’y a pas d’invasion en Europe occidentale. Non, il n’y a pas d’appel d’air. 
Recueilli par Marie Piquemal 
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Ces 15.000 Roms qui font trembler la France


La République française est devenue bien fragile : 15.000 Rroms bulgares et roumains suffisent à la faire trembler… Depuis quelques jours, la paranoïa de l’antitsiganisme s’étale à nouveau à la « une » des médias. Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, et les ténors de l’UMP rivalisent dans cette course au mensonge, au populisme et à la démagogie. Le dernier éditorial du Courrier des Balkans.

Par Jean-Arnault Dérens

Tous les médias « sérieux » l’annoncent avec assurance : la « question des Rroms » va « parasiter », voire « dominer » la campagne en vue des élections municipales du printemps. Un nouveau « bras de fer » s’annonce d’ailleurs sur le sujet entre Paris et Bruxelles... Chaque éditorialiste, chaque commentateur y va de son point de vue, comme s’il n’existait pas, en France, de question plus urgente, plus brûlante que le sort de quelque 15 à 20.000 personnes.
Le nombre de Rroms de Bulgarie et de Roumanie qui vivent dans des bidonvilles et des campements insalubres reste d’ailleurs étonnamment stable malgré la poursuite des politiques de démantèlement des camps et d’expulsions systématiques. Cette petite communauté alimente l’antitsiganisme contemporain, alors qu’elle ne représente qu’une infime partie des Rroms, Tsiganes et voyageurs vivant en France, qu’ils y soient établis depuis des siècles ou qu’ils s’y soient installés au cours des dernières années.
Au vrai, chacun le sait bien, cette question des Rroms de Bulgarie et de Roumanie relève exclusivement d’un problème humanitaire fort simple à résoudre. Comment la France serait-elle incapable de loger 20.000 personnes dans le besoin ? De scolariser leurs enfants ? De garantir leurs droits à la santé ou à la formation ?

Le caractère dérisoire du nombre de personnes concernées suffit à rappeler que la question est sortie de toute logique rationnelle. En vérité, il n’existe aucun problème rrom en France, mais certains politiciens, de gauche comme de droite, ont cru pertinent de créer et d’alimenter un fantasme, d’entretenir un délire paranoïaque, qui se répand dans une société fragilisée par bien d’autres problèmes.

Valls, dérapage populiste calculé
Comme ses prédécesseurs Guéant et Hortefeux, M.Valls cherche à « faire du chiffre », même si l’on sait bien que les camps démantelés sont aussitôt reconstruits, que les personnes expulsées de France y reviennent bien vite. Il cherche à « faire des images », assurées d’ouvrir chaque soir les journaux télévisés.
Manuel Valls joue une partition bien connue, celle du populisme et de la démagogie. Pour cela, il n’a pas seulement besoin des images du JT et des couvertures honteuses de médias comme Valeurs actuelles ou L’Opinion, mais aussi de la « réplique » que ne manquent pas de lui donner tant certains de ses collègues du gouvernement que la Commission européenne.
Manuel Valls, qui a mené toute sa carrière politique sous les couleurs du Parti socialiste, dérape – ou plus exactement, se livre à un exercice de dérapage très maîtrisé. Il utilise un langage qui est classiquement celui de l’extrême droite, et certains ministres ou députés de son propre parti ne peuvent manquer de critiquer sa « politique des coups de mentons ». De même, les extravagantes déclarations du ministre de l’Intérieur ont provoqué un inévitable rappel à l’ordre de la Commission européenne à la Justice, Viviane Reding, qui avait déjà épinglé la France de Nicola Sarkozy dans des circonstances similaires, à l’été 2010.
Ces « réponses » font le jeu de Manuel Valls, et s’inscrivent dans le storytelling imaginé par ses conseillers en communication : elles lui permettent de se caler dans la posture d’un homme du « parler vrai », à l’écoute des « vrais » problèmes du « vrai peuple de France ». Manuel Valls se pose ainsi en adversaire de la langue de bois, prêt à rompre avec la logique compassée du « politiquement correct », et même à croiser le fer avec Bruxelles, au nom des intérêts supérieurs de la nation et du peuple !
Cette construction s’inscrit dans la poursuite d’une vieille rhétorique, rabâchée jusqu’à la corde depuis vingt ans au moins, qui voudrait que l’extrême droite « apporte de fausses réponses à de vrais problèmes ». Tout le problème, est qu’en vérité il n’y a pas de problème.

Les Rroms, du fantasme au délire collectif
L’invention d’un problème rrom, orchestrée depuis quelques années par des responsables politiques de droite comme de gauche, relève du fantasme, de quelque chose qui n’a aucun fondement réel mais qui cristallise une paranoïa collective. Dans ce délire – au sens psychiatrique du terme – la surenchère constante est la règle. On a ainsi pu entendre le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Coppé, se prononcer « solennellement » contre l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’Espace Schengen au 1er janvier 2014, une hypothèse qui n’est nullement à l’ordre du jour, les ressortissants de ces deux pays devant simplement cesser d’être frappés par certaines restrictions dans l’accès au marché européen du travail.
Sur le sujet, de toute manière, les erreurs, les imprécisions et les mensonges patentés ne sont pas de nature à effrayer les dirigeants politiques d’un bord ou de l’autre, quitte à achever de ruiner l’image de la France, déjà bien mise à mal dans ces anciens bastions de la francophonie qu’ont longtemps été la Roumanie et la Bulgarie.

Quand la gauche et la droite se livrent à ce jeu dangereux, l’extrême droite n’a pas besoin d’en rajouter, car elle sait qu’elle sera, au final, le seul gagnant de cette absurde compétition. Si, véritablement, 15.000 Rroms bulgares et roumains se retrouvaient « au centre » de la campagne pour les élections municipales françaises du printemps 2014, il est facile de prévoir que ni le PS, ni l’UMP ne seront les vainqueurs des ces élections, mais seulement le Front national.

Le Courrier des Balkans, pour sa part, fidèle à sa ligne éditoriale de toujours, mais aussi aux principes fondamentaux d’opposition à toute forme de racisme et de xénophobie, continuera à informer le plus objectivement possible sur les multiples réalités sociales de la Bulgarie et de la Roumanie, mais aussi sur les populations rroms et tziganes de l’ensemble des Balkans, et sur les migrants présents en France.

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