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samedi 20 septembre 2014

A Ris, les Roms organisent une fête des voisins



J.H.LeParisien.fr 19/9/2014
(DR.)

(DR.)

« Afin de nous présenter, de faire connaissance et de vous écouter, ce sera un plaisir et un grand honneur pour nous de vous recevoir et de partager en toute simplicité une boisson et quelques spécialités préparées pour l’occasion ». C’est une invitation un peu à part qu’ont reçue les habitants de Ris-Orangis dans leurs boîtes aux lettres, pour une fête entre voisins ce samedi à 16 h 30.
Les organisateurs sont les Roms installés depuis la mi-août sur un bidonville situé rue de Fromont. « Notre présence peut susciter de l’inquiétude, d’autant qu’une triste réputation nous précède. Tout comme vous, nous aspirons à vivre dans la propreté et à voir nos enfants se rendre à l’école », écrivent les Roms de Ris.

mercredi 23 octobre 2013

La France condamnée par la CEDH pour les expulsions des Gens du voyage



Communiqué LDH , 24/10/2013

Dans un arrêt du 17 octobre 2013, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a condamné la France pour violation de l’article 8 (droit à la vie privée et familiale, et droit à un domicile) de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, à propos d’expulsions de familles du voyage. La Ligue des droits de l’Homme se réjouit de pouvoir disposer, dans son action, d’une telle jurisprudence.

Au-delà des faits de l’espèce, la Cour rappelle que la perte d’un logement est une des atteintes les plus graves au droit au respect de la vie privée et familiale et du domicile, droit fondamental pour garantir à l’individu la jouissance effective des autres droits fondamentaux qui lui sont reconnus. Son importance cruciale pour l’identité de la personne, l’autodétermination de celle-ci, son intégrité physique et morale, le maintien de ses relations sociales ainsi que la stabilité et la sécurité de sa position au sein de la société oblige l’Etat à des actions positives de relogement, lorsque l’expulsion s’avère absolument nécessaire.

Comme le souligne la Cour, des textes internationaux ou adoptés dans le cadre du Conseil de l’Europe insistent sur la nécessité, en cas d’expulsions forcées de Roms et Gens du voyage, de leur fournir un relogement. Leur vulnérabilité implique d’accorder une attention spéciale à leurs besoins et à leur mode de vie propre.

Cet arrêt porte condamnation des pratiques passées et actuelles de l’Etat en la matière. Celles-ci, faites au mépris des engagements internationaux et européens de la France, doivent immédiatement cesser. La LDH saura utiliser, autant que de besoin, un arrêt dont elle espère que le gouvernement français prendra toute la mesure.
Paris, le 24 octobre 2013
 http://www.ldh-france.org/La-France-condamnee-par-la-CEDH,5074.html#.Uml1jQRqGmU.facebook

mardi 15 octobre 2013

Chronique Manuel Valls, les Roms et la bêtise

Chronique Manuel Valls, les Roms et la bétise Marie-Christine Vergeat, 17/10/2013

"À vouloir faire l'ange, on finit par faire la bête, du Front National "; Telle est l'une des dernières répliques de Manuel Valls face aux réactions qu'ont suscité ses propos, sans aucun doute xénophobes, sur les Roms.

Bêtise, ignorance et cynisme se mélangent sans doute dans l'esprit du ministre de l'Intérieur qui ose encore se dire de gauche et se réclamer des valeurs républicaines.
Et il prétend apaiser les fractures sur l'Islam et l'immigration en disant la vérité aux Français.
Quelles vérités sortent de sa bouche quand il ose dire que seule une minorité de Roms veulent s'intégrer dans la société française car "ces populations ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres"?
De quels modes de vie parle-t-il ?
Et à qui les comparent-ils ?
Pense-t-il que les modes de vie sont les mêmes partout en France ?
Sait-il que, dans notre pays, 100 000 personnes vivent dans des conditions de pauvreté extrêmes analogues à celles des Roms.
Sait-il au moins que les Roms de Roumanie sont sédentarisés depuis des siècles ? Pense-t-il vraiment que ces hommes, ces femmes, ces enfants choisissent de vivre dans des bidonvilles sans eau, sans électricité et dans des conditions d'hygiène déplorables ?
Il a même osé rabâcher comme tant d'autres la célèbre phrase de Michel Rocard " la France n'a pas vocation à accueillir toute la misère du monde " oubliant comme tant d'autres la suite de cette phrase "mais elle doit y contribuer" alors même qu'il était un proche conseiller du Premier ministre de l'époque.
Pire, il ose évoquer, comme les 16 maires et premiers adjoints socialistes qui ont publié une tribune pour le soutenir, les conditions humanitaires dans lesquelles vivent ces populations pour justifier le démantèlement des camps.
Le degré de cynisme de ces élus dits de gauche atteint un niveau que l'on pensait inatteignable. 

Alors oui, osons dire la vérité.
La situation faite à ces populations est indigne du pays qui se prétend la Patrie des droits de l'Homme.
Ils sont les plus pauvres parmi les pauvres, les plus discriminés de toute l'Union européenne, et oui, compte tenu de cette situation de misère et alors qu'on leur interdit de travailler, ils sont réduits à la mendicité et sont des proies faciles pour les trafiquants en tous genre. 

Disons à Mr Valls que sa politique de démantèlement des camps est indigne, inefficace et de surcroit coûteuse puisque les expulsions de Roms coûtent chaque année à la France plus de 10 millions d'euros, à mettre en parallèle avec le petit million d'euros du fonds social européen que la France a daigné leur consacrer dans le cadre de la dernière programmation budgétaire du FSE dotée d'un montant de 4 milliards d'euros.
Demandons-lui des comptes sur les 15 000 évacuations de camps opérées cette année.
Un record dont il n'a pas de raison de se vanter puisqu'elles démontrent par leur nombre même que ces politiques sont totalement inefficaces puisqu'elles correspondent peu ou prou à l'évaluation de la population Rom en France et que l'on sait que celle-ci est stable depuis plusieurs années. 
Les Roms de Roumanie sont très largement majoritaires parmi les Roms étrangers vivant en France. Ce sont des citoyens européens et rien ne justifie qu'on les traite de cette façon.
Qu'il demande à ses préfets de mettre enfin en œuvre la circulaire interministérielle du 26 aout 2012 "relative à l'anticipation et à l'évacuation des opérations d'évacuation des campements illicites".
Que les crédits de l'Union européenne destinés à l'insertion de ces populations soient enfin utilisés par la France, lanterne rouge en la matière.
Que la France mette enfin en place une stratégie nationale d'intégration des Roms conforme aux textes européens au lieu de dire que les Roms bénéficient de dispositifs de droit commun.
Mais pour cela, il faut avoir du courage politique et non vouloir surfer sur les vagues de l'opinion publique.
Ces discours et ces pratiques  alimentent les préjugés, aggravent la stigmatisation et le rejet des populations Roms.
C'est cette démagogie qui fait le lit du Front national et non l'inverse.
 http://www.eurocitoyenne.fr/content/votre-deputee/chronique-manuel-valls-les-roms-et-la-betise

Lettre de Léa à Leonarda jeune expulsée pendant une sortie scolaire.

 Lettre de Léa à Leonarda jeune expulsée.

Je m'appelle Léa, mon nom est un peu comme le tien Leonarda.
Comme toi j'ai 15 ans
Comme toi je vais à l'école,
Comme toi j'habite en France
Comme toi j'ai des bras des jambes, un coeur
Comme toi j'ai des amis,
Comme toi j'aime,
Comme toi j'ai des rêves, des espoirs,
Comme toi je ris et je pleure,
Je pleure aujourd'hui car j'ai honte,
J'ai honte d'avoir fêté le changement,
J'ai honte de rester quand toi tu pars
J'ai honte de mon gouvernement
J'ai honte d'être Léa et pas Leonarda
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 Nous vous faisons parvenir cette lettre  magnifique de Léa, jeune lycéenne militante à Leonarda Collégienne d'origine albanaise en voie d'expulsion.
Merci de lire ce cri du cœur attentivement de l'appuyer en le signant à votre tour et de le diffuser autour de vous.
Benjamin pour Active Generation et la communauté des utilisateurs de http://www.wesign.it/ 
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Léonarda, 15 ans, arrêtée et expulsée pendant une sortie scolaire




Mme Dibrani et ses 6 enfants ont été expulsés  mercredi  9 octobre au matin vers le Kosovo. Ils habitaient un appartement à Levier (Doubs) qu'ils occupaient dans le cadre de la prise en charge des demandeurs d'asile du DLHD.
            M. Dibrani était depuis fin août retenu au centre de rétention de Strasbourg. Assigné à résidence, il a été arrêté à Mulhouse. Son expulsion programmée 2 fois a été repoussée jusqu'à mardi 8 octobre au matin.
            Après cette expulsion, le mardi soir Mme Dibrani a réaffirmé son vœu de rester en France pour l'avenir de ses enfants malgré l'angoisse qu'elle ressentait à l'idée d'être seule avec sa famille. Les enfants qui ont entre 5 et 17 ans étaient scolarisés depuis plus de 3 ans, ils étaient en France depuis presque 5 ans (4 ans et 10 mois), autrement dit, dans deux mois, ils entraient de plein droit dans le cadre dela circulaire Valls et pouvaient être régularisés. Le mardi soir avant l'expulsion la mère était perdue, les enfants attendaient et Hasan, l'avant dernier âgé de 5 ans, recopiait des lettres apprises à l'école agenouillé au-dessus d'un carton.
            La plus petite Médina est âgée d'un an, elle est née en France. Tous les enfants parlent parfaitement le français. Maria et Leonarda ont obtenu le DELF diplôme de français niveau B1 demandé par la préfecture pour obtenir la nationalité française. Après ses années de collège, Maria a fait cette année sa rentrée au lycée Toussaint Louverture en première année de CAP service. Son professeur de français souligne sa volonté et son enthousiasme. Dans le petit sac de sport qu'elle a pris le matin de l'expulsion, elle a emporté son costume de travail.
            Leonarda, scolarisée en 3ème DP3 (option découverte professionnelle) au collège André Malraux, n'était pas chez elle ce matin là. Les professeurs de la classe avaient organisé une sortie à Sochaux sur toute la journée avec un départ à 7h00. Pour être à l'heure, elle ne pouvait pas prendre le bus de son domicile. Elle a donc dormi chez une amie à Pontarlier. Les policiers ont été renseignés sur l'endroit où elle se trouvait. Le maire de Levier a appelé Léonarda et a demandé à parler à un professeur présent dans le bus, elle a transmis son téléphone à Madame Giacoma, professeur d'histoire-géographie-éducation civique au collège Malraux.
 Mme Giacoma : «je n'ai pas compris tout de suite ce qui se passait, j'ai cru que c'était la mère de Léonarda qui voulait être rassurée et en fait, c'était  le maire  de Levier, commune de résidence de Léonarda, qui m'a précisé qu'il savait que nous nous rendions à Sochaux et il me demandait expressément de faire arrêter le bus. Dans un premier temps j'ai refusé en précisant que ma mission était d'aller à Sochaux avec tous les élèves inscrits pour cette sortie pédagogique (visite de lycées + visite de l'usine Peugeot). Le maire de Levier, Albert Jeannin, m'a alors passé au téléphone un agent de la PAF qui était dans son bureau : son langage était plus ferme et plus directif, il m'a dit que nous n'avions pas le choix que nous devions impérativement faire stopper le bus là où nous étions car il voulait récupérer une de nos élèves en situation irrégulière : Léonarda Dibrani cette dernière devait retrouver sa famille pour être expulsée avec sa maman et ses frères et soeurs ! Je lui ai dit qu'il ne pouvait pas me demander une telle chose car je trouvais ça totalement inhumain ...  il m'a intimé l'ordre de faire arrêter le bus immédiatement à l'endroit exact où nous nous trouvions, le bus était alors sur une rocade très passante, un tel arrêt aurait été dangereux ! Prise au piège avec 40 élèves,  j'ai demandé à ma collègue d'aller voir le chauffeur et nous avons décidé d'arrêter le bus sur le parking d'un autre collège (Lucie Aubrac de Doubs). J'ai demandé à Léonarda de dire au revoir à ses copines, puis je suis descendue du bus avec elle, nous sommes allées dans l'enceinte du collège à l'abri des regards et je lui ai expliqué la situation, elle a beaucoup pleuré, je l'ai prise dans mes bras pour la réconforter et lui expliquer qu'elle allait traverser des moments difficiles, qu'il lui faudrait beaucoup de courage... Une voiture de police est arrivée, deux policiers en uniforme sont sortis. Je leur ai dit que la façon de procéder à l'interpellation d'une jeune fille dans le cadre des activités scolaires est totalement inhumaine et qu'ils auraient pu procéder différemment, il m'ont répondu qu'ils n'avaient pas le choix, qu'elle devait retrouver sa famille...Je leur ai encore demandé pour rester un peu avec Léoanarda et lui dire au revoir (je l'a connais depuis 4 ans et l'émotion était très forte). Puis j'ai demandé aux policiers de laisser s'éloigner le bus pour que les élèves ne voient pas Léonarda monter dans la voiture de police, elle ne voulait pas être humiliée devant ses amis ! Mes collègues ont ensuite expliqué la situation à certains élèves qui croyaient que Léonarda avait volé ou commis un délit. Les élèves et les professeurs ont été extrêmement choqués et j'ai du parler à nouveau de ce qui s'était passé le lendemain pour ne pas inquiéter les élèves et les parents.»
             Lorsque la famille est partie, nous avons essayé de joindre par mail la préfecture fermée le mercredi matin. Mais la famille a été emmenée directement à l'aéroport pour prendre un avion à 13h00 le même jour. Nous avons eu au téléphone les deux filles Maria et Leonarda jusqu'au départ de l'avion.
             Nous, professeurs du collège André Malraux et du lycée Toussaint Louverture, sommes profondément choqués par les méthodes utilisées pour renvoyer des enfants issus de la minorité rom vers des pays qu'ils ne connaissent pas et dont ils ne parlent pas la langue.
            Nous, professeurs du collège André Malraux et du lycée Toussaint Louverture, sommes choqués de voir comment les efforts d'intégration fournis par ces enfants à l'école sont réduits à néant par des politiques aveugles et inhumaines.
             Nous demandons le retour immédiat des enfants en France pour leur sécurité.
                                                                                                                       Enseignants du collège André Malraux et lycée Toussaint Louverture 
    

Le récit qui précède est celui d’enseignants des enfants.
Le constat est amer. D’abord parce qu’une expulsion, quelle qu’elle soit, est une violence. Le pays où vous espériez faire (refaire) votre vie ne veut pas de vous, vous exclut, vous repousse physiquement.  Cet ostracisme est insupportable pour des adultes. Il est dévastateur pour des enfants. Il faut regretter que des responsables de gauche, disant défendre certaines valeurs, pour certains d’entre eux prétendant se souvenir de leur passé d’immigré, fassent mine de l’ignorer pour booster leur carrière.
On a honte pour tous ceux qui, de près ou de loin, maire, fonctionnaires de la PAF, préfet, membres du cabinet,  imbéciles ou salauds,  ont collaboré à cette arrestation.  Ont-ils remarqué que la jeune Léonardaa été interpellée sur le parking du collège Lucie Aubrac ? Aubrac ? Connais pas ?
Il faut dire, en prime, que cette malheureuse famille paye, comme d’autres, la lâcheté politique des ministres de l’Intérieur successifs, de Nicolas Sarkozy à Manuel Valls en passant par Hortefeux, Besson et Guéant.  En effet, la saine incompréhension des élèves, des enseignants, des parents ont, de fait, pratiquement interdit l’expulsion des élèves depuis des années. Impossible de mettre dans un avion à destination de Bamako ou d’Alger une famille avec deux ou trois enfants sans provoquer la révolte des passagers.
Ne restent plus dès lors que les familles qui peuvent être montées dans les avions privés du ministère des expulsions et envoyées vers les pays qui acceptent de recevoir ces avions : les pays de l’union européenne astreints à accueillir les « Dublin II »…. Et le Kosovo, état croupion, que les ministres de l’Intérieur, Valls comme Guéant et Besson, obligent à admettre ses avions prison, transportant une femme et ses six enfants, sur son sol. La honte.
                                                       MR

Pour les Roms qui travaillent, l'avenir est en France






"Mon avenir est en France, pour le travail, les enfants": Sorin Ciorba, qui tient ces propos, est un Rom sorti d'un bidonville qui a obtenu appartement et travail.
(c) Afp
"Mon avenir est en France, pour le travail, les enfants": Sorin Ciorba, qui tient ces propos, est un Rom sorti d'un bidonville qui a obtenu appartement et travail. (c) Afp

Bobigny (AFP) - "Mon avenir est en France, pour le travail, les enfants": Sorin Ciorba, qui tient ces propos, est un Rom sorti d'un bidonville qui a obtenu appartement et travail.
Son histoire vient contredire des propos polémiques cette semaine du ministre français de l'Intérieur Manuel Valls, qui a jugé que la "majorité (des Roms) doit être reconduite à la frontière" car elle ne peut s'intégrer en France.
Il y a quatre ans, Sorin vivait avec sa famille près de Paris "dans une maison en carton dans un platz", ces campements illégaux sur des terrains vagues aux abords des villes, raconte-t-il.
C'est dans ces campements que vivent, dans une grande précarité, la majorité des 15 à 20.000 Roms présents en France.
Quelques mois après son arrivée, Sorin a eu "la chance" de croiser un travailleur social de l'association Emmaüs Coup de main. Il a d'abord pu déménager dans un village d'insertion, monté pour une vingtaine de familles à Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris. "J'ai travaillé, j'ai fabriqué les bungalows", relate-t-il.
"C'est avec le travail qu'on apprend le français", dit-il, assis dans son appartement coloré situé dans un quartier cossu de Paris, où il vit avec sa femme et ses six enfants, qui vont tous à l'école.
L'association l'a ensuite épaulé dans ses démarches pour obtenir un titre de séjour, et surtout une autorisation de travail, sans laquelle il n'aurait jamais pu signer un contrat de travail, chez Emmaüs, qui l'emploie dans une boutique d'objets d'occasion à Pantin. Les restrictions imposées aux ressortissants roumains et bulgares imposent d'obtenir une telle autorisation, limitée aux métiers jugés "en tension".
"Cela passe l'envie d'embaucher un Rom"
Pour ce sésame, "les délais sont facilement de six mois. On a déjà eu des cas où entre la promesse d'embauche et l'embauche, presqu'un an s'était écoulé. Un employeur privé, ça lui passe l'envie d'embaucher un Rom", déplore Laugan Plantat, chargé de mission chez Emmaüs, qui en accompagne une trentaine actuellement.
"Il faut vraiment qu'on nous offre des opportunités. Si on nous la donne, on peut réussir", plaide Liliana Hristache, qui a vécu dans des bidonvilles de 2004 à 2007, puis a été embauchée comme médiatrice par une association qui l'avait aidée à scolariser sa fille. Elle est aujourd'hui gardienne d'immeuble dans la banlieue parisienne.
"J'entends ce que dit Manuel Valls. C'est vrai que les Roms ont une mentalité très différente. Quand on est arrivés en France, moi et mon mari, on ne savait pas ce que voulait dire un contrat de travail, une fiche de paie... Mais là, ça a changé, on arrive nous aussi à s'adapter", souligne-t-elle.
"Peut-être qu'il y en a qui volent", reconnaît pour sa part Sergiu, qui raconte être venu de Roumanie il y a cinq ans parce qu'on lui avait raconté qu'"en mendiant à Paris, on pouvait gagner 50 euros par jour". "Mais on n'est pas tous les mêmes!".
Il a d'ailleurs vite déchanté. "En mendiant, je gagnais peut-être deux euros par jour, c'était dur, et je ne voulais pas faire la ferraille". Aidé par Emmaüs, il a un temps travaillé dans un restaurant d'entreprise.
"En Roumanie, c'est dur, il n'y a pas de travail... Je veux travailler, je ferai n'importe quoi. Ici, c'est bon la vie, on peut prendre une chance, pour avancer. C'est pour ça qu'on est là", explique-t-il à l'AFP.
A défaut de travail, certaines familles parient sur leurs enfants. La famille Istfan, qui vit dans des cabanes à proximité de Paris, envoie sept enfants à l'école, espérant qu'avec un métier ils auront "tous les droits".
Jeudi, le gouvernement français a durci sa position sur l'entrée de la Roumanie et de la Bulgarie dans l'espace Schengen de libre-circulation des personnes en Europe, jugeant que les conditions pour cette adhésion n'étaient "pas réunies".
Auparavant, Paris faisait plutôt valoir qu'aucune décision n'avait été prise en plaidant pour une entrée progressive des deux pays dans cet espace Schengen.
A voir sur le web: Roumanie : les Roms dénoncent l'attitude de la France

mercredi 2 octobre 2013

Manuel, souviens-t-en...

POLITIQUE -  le 1 Octobre 2013
le ministre de l’intérieur va-t-il entendre cet

appel à la mémoire ?
Quand on est de gauche, on n’a pas la matraque en guise de cœur. C’est un Français d’origine manouche qui t’écrit et qui écrit au Français de fraîche date que tu es. C’est un fils de «brigadiste» qui se rappelle à toi. Souviens-t’en: «Celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir.» Par Jean-Claude Lefort, Député honoraire, Fils de Manouche.
Manuel, tu as déclaré hier soir, sur BFMTV, que la situation était très différente pour toi, relativement à celle des Roms, car ta famille espagnole était venue en France pour fuir le franquisme.
Tu as été naturalisé français en 1982. Franco est mort en 1975. Sept ans avant ta naturalisation. Quand tu es devenu français, il n’y avait donc plus de dictature en Espagne. Tu avais donc « vocation », selon tes mots, à retourner dans ton pays de naissance, en Espagne. Tu ne l’as pas fait et je comprends parfaitement, de même que je comprends totalement ton souhait de devenir français. Cela sans l’ombre d’un doute.
Tu avais «vocation» à retourner à Barcelone, en Espagne où tu es né, pour reprendre tes propos qui concernaient uniquement les Roms. Celui qui t’écrit, en ce moment, est un Français d’origine manouche par son père. Mon père, manouche et français, est allé en 1936 en
 Espagne pour combattre le franquisme, les armes à la main, dans les Brigades internationales. Pour la liberté de ton pays de naissance, et donc celle de ta famille. Il en est mort (1), Manuel. Des suites des blessures infligées par les franquistes sur le front de la Jarama, en 1937. Je ne te demande aucun remerciement, ni certainement pas la moindre compassion. Je la récuse par avance. Je suis honoré en vérité qu’il ait fait ce choix, quand bien même il a privé ma famille de sa présence alors que je n’avais que neuf ans et ma sœur, dix-huit.
La guerre mondiale est venue. Et les camps nazis se sont aussi ouverts aux Tziganes. Tu le sais. Mais un nombre énorme de Manouches, de Gitans et d’Espagnols se sont engagés dans la Résistance sur le sol français. Ton père aurait pu en être. Il en avait l’âge puisque il est né en 1923. Georges Séguy et d’autres sont entrés en résistance à seize ans. Je ne lui reproche aucunement de ne pas l’avoir fait, bien évidemment.Mais je te demande le respect absolu pour celles et ceux qui se sont engagés dans la Résistance contre le franquisme, puis ensuite contre le nazisme et le fascisme. Contre ceux qui avaient fait Guernica. Et pourtant, à te suivre, ils avaient «vocation» à retourner ou à rester dans leur pays d’origine, ces «étrangers, et nos frères pourtant»…
Manuel, «on» a accueilli la Roumanie et la Bulgarie dans l’Union européenne alors que ces pays ne respectaient pas, et ne respectent toujours pas, un des fondamentaux pour
 devenir ou être membre de l’Union européenne: 
le respect des minorités nationales. Sensible à cette question pour des raisons évidentes, je m’en étais fortement inquiété à l’époque. En tant que député, je suis allé à Bruxelles, auprès de la Commission, pour prouver et dire que ces pays ne respectaient pas cette clause fondamentale. On m’a souri au nez, figure-toi.
Et aujourd’hui, dans ces pays, la situation des Roms s’est encore aggravée. Pas améliorée, je dis bien «aggravée». Et ils ont «vocation» à rester dans leurs pays ou à y revenir? C’est donc, pour toi, une espèce humaine particulière qui pourrait, elle, supporter les brimades, les discriminations et les humiliations de toutes sortes? Ces pays d’origine ne sont pas des dictatures, c’est certain. Mais ce ne sont pas des démocraties pleines et entières pour autant.
 Alors toi, l’Espagnol devenu français, tu ne comprends pas? Fuir son pays, tu ne comprends pas? Toi, tu ne comprends pas que personne n’a «vocation» à rester ou revenir dans son pays? Sauf si tu es adepte de conceptions très spéciales, à savoir que ce qui vaudrait pour un Roumain ne vaudrait pas pour un Espagnol. Tu sais pourtant que le mot «race» va disparaître de nos lois. À juste titre car il n’y a pas de races, juste une espèce humaine. Et les Roms en sont.
La fermeté doit s’exercer là où se trouvent les responsabilités. Pas sur de pauvres individus qui n’en peuvent plus. Savoir accueillir et savoir faire respecter nos lois ne sont pas deux concepts antagoniques. Mais quand on est de gauche, on n’a pas la matraque en guise de cœur. C’est un Français d’origine manouche qui t’écrit et qui écrit au Français de fraîche date que tu es. C’est un fils de «brigadiste» qui se rappelle à toi. Souviens-t’en: «Celui qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir.»
Pour l’heure, Manuel, j’ai la nausée. Tes propos me font gerber, même pire. Nos pères auraient donc fait tout ça pour rien ou pour «ça»?
Ils sont morts pour la France, Manuel. Pour que vive la France. Inclus «ces étrangers, et nos frères pourtant».
(1) En 1953
  • A lire aussi:
Jean-Claude Lefort
 http://www.humanite.fr/politique/manuel-souviens-t-en-550018

«Qu'on en finisse avec ce débat : il n'y a pas d'invasion de Roms»





Il est écœuré de voir son travail détourné de son but initial. Michael Guet travaille au Conseil de l’Europe, auprès du secrétaire général en charge des questions relatives aux Roms. Depuis cinq ans, il collecte des données chiffrées sur ce peuple, pays par pays. Mais se désole aujourd’hui de la tournure des débats en France, et de la façon dont ses estimations chiffrées sont utilisées.
Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur, assure que seule une minorité de familles roms souhaitent s’intégrer. Est-ce exact ? Dispose-t-on de chiffres ?
Le ministre fait référence aux projets d’insertion qui concernent, en effet, peu de familles. Il oublie de dire une chose : souvent, le temps que soient menés les diagnostics sociaux pour identifier les familles souhaitant s’intégrer, le camp est évacué, les familles dispersées à droite, à gauche et elles n'en profitent pas. Mais ce n'est pas parce qu'elles refusent de s'intégrer.
Le gouvernement a recensé 16 949 personnes vivant dans des campements illicites cet été, en grande majorité des Roms. C’est un chiffre précis. Est-il fiable ?
Ce chiffre correspond à une réalité : les Roms vivant dans les bidonvilles. Mais il y a tous les autres. Les invisibles, ceux dont personne ne parle car on ne sait même pas qu’ils existent. Ces Roms, avocats, médecins, chefs d’entreprise préférant cacher leurs origines de peur de perdre des clients ou d'être stigmatisés. On ne connaît pas leur nombre, ni même une quelconque estimation. A vrai dire, il n'y a aucune raison qu'on le sache. Cela n’a aucun sens, surtout en France. C’est même anticonstitutionnel de comptabiliser les personnes en fonction de leur origine. Ces derniers jours, tous les journalistes français m'appellent pour connaître le nombre de Roms en France et en Europe. Le Conseil de l'Europe dispose en effet de données, mais cela nous place complètement en porte-à-faux.
Que voulez-vous dire ?
Nous avons une structure, au sein du Conseil de l'Europe, traitant des questions liées aux Roms depuis 1995. Depuis cinq ou six ans, j’ai entrepris de collecter des données chiffrées pays par pays, reprises un peu partout, mais dans un but bien précis : il s’agissait de peser dans les politiques nationales d’intégration. Dans les pays de l’Europe de l’Est, où les statistiques ethniques sont autorisées, les gouvernements s’appuient sur ces chiffres pour calibrer leurs aides. Sauf que les recensements de population sont toujours bien en-deçà de la réalité, les gens ne se déclarant pas d’origine rom. Parfois, il faut multiplier ce chiffre par cinq, six voire dix pour avoir une vision plus exacte. C’est la raison pour laquelle nous avons entrepris de collecter des données, venant des instituts de recherche, ONG ou autorités locales, pays par pays.
Dans quel pays européen y a-t-il le plus de Roms migrants ?
Ce terme «Roms migrants», que l'on entend partout, est un raccourci. La plupart des Roms viennent de Roumanie ou de Bulgarie, ce sont des citoyens européens et ne sont donc pas «migrants». Dans l’Europe occidentale, la grande majorité vient de Roumanie car c’est un pays latin, avec une culture et une langue un peu plus proche de l'Europe de l'Ouest. On estime qu’ils sont un peu plus de 40 000 en Espagne, 70 000 en Italie. Et 30 000 en Belgique. Mais chez nos voisins européens, le sujet ne fait pas du tout débat comme en France. Cela n'a rien à voir. En France, la question est surmédiatisée et surpolitisée. On en fait tout un problème alors que cela ne concerne que 20 000 personnes.
Comment l'expliquer ?
Parce qu’ils sont très visibles. Ils vivent dans des caravanes de fortune, dans des bidonvilles, ça choque. Mais le principal problème, c’est la pénurie de logements sociaux. En Espagne, ils sont beaucoup plus nombreux, mais le débat est beaucoup moins exacerbé, notamment parce qu'ils logent dans des appartements.
Certains politiques, Valls en tête, parlent d'un risque de créer un appel d'air. Y a-t-il plus de migrations des populations d’origine rom qu'avant ?
Non. Contrairement à ce qu’on entend dire, la tendance est stable depuis une dizaine d’années. D'ailleurs, il n’y a pas plus de Roms qui quittent la Roumanie que de Roumains. Qu'on sorte enfin de ce débat : non, il n’y a pas d’invasion en Europe occidentale. Non, il n’y a pas d’appel d’air. 
Recueilli par Marie Piquemal 
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Ces 15.000 Roms qui font trembler la France


La République française est devenue bien fragile : 15.000 Rroms bulgares et roumains suffisent à la faire trembler… Depuis quelques jours, la paranoïa de l’antitsiganisme s’étale à nouveau à la « une » des médias. Le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, et les ténors de l’UMP rivalisent dans cette course au mensonge, au populisme et à la démagogie. Le dernier éditorial du Courrier des Balkans.

Par Jean-Arnault Dérens

Tous les médias « sérieux » l’annoncent avec assurance : la « question des Rroms » va « parasiter », voire « dominer » la campagne en vue des élections municipales du printemps. Un nouveau « bras de fer » s’annonce d’ailleurs sur le sujet entre Paris et Bruxelles... Chaque éditorialiste, chaque commentateur y va de son point de vue, comme s’il n’existait pas, en France, de question plus urgente, plus brûlante que le sort de quelque 15 à 20.000 personnes.
Le nombre de Rroms de Bulgarie et de Roumanie qui vivent dans des bidonvilles et des campements insalubres reste d’ailleurs étonnamment stable malgré la poursuite des politiques de démantèlement des camps et d’expulsions systématiques. Cette petite communauté alimente l’antitsiganisme contemporain, alors qu’elle ne représente qu’une infime partie des Rroms, Tsiganes et voyageurs vivant en France, qu’ils y soient établis depuis des siècles ou qu’ils s’y soient installés au cours des dernières années.
Au vrai, chacun le sait bien, cette question des Rroms de Bulgarie et de Roumanie relève exclusivement d’un problème humanitaire fort simple à résoudre. Comment la France serait-elle incapable de loger 20.000 personnes dans le besoin ? De scolariser leurs enfants ? De garantir leurs droits à la santé ou à la formation ?

Le caractère dérisoire du nombre de personnes concernées suffit à rappeler que la question est sortie de toute logique rationnelle. En vérité, il n’existe aucun problème rrom en France, mais certains politiciens, de gauche comme de droite, ont cru pertinent de créer et d’alimenter un fantasme, d’entretenir un délire paranoïaque, qui se répand dans une société fragilisée par bien d’autres problèmes.

Valls, dérapage populiste calculé
Comme ses prédécesseurs Guéant et Hortefeux, M.Valls cherche à « faire du chiffre », même si l’on sait bien que les camps démantelés sont aussitôt reconstruits, que les personnes expulsées de France y reviennent bien vite. Il cherche à « faire des images », assurées d’ouvrir chaque soir les journaux télévisés.
Manuel Valls joue une partition bien connue, celle du populisme et de la démagogie. Pour cela, il n’a pas seulement besoin des images du JT et des couvertures honteuses de médias comme Valeurs actuelles ou L’Opinion, mais aussi de la « réplique » que ne manquent pas de lui donner tant certains de ses collègues du gouvernement que la Commission européenne.
Manuel Valls, qui a mené toute sa carrière politique sous les couleurs du Parti socialiste, dérape – ou plus exactement, se livre à un exercice de dérapage très maîtrisé. Il utilise un langage qui est classiquement celui de l’extrême droite, et certains ministres ou députés de son propre parti ne peuvent manquer de critiquer sa « politique des coups de mentons ». De même, les extravagantes déclarations du ministre de l’Intérieur ont provoqué un inévitable rappel à l’ordre de la Commission européenne à la Justice, Viviane Reding, qui avait déjà épinglé la France de Nicola Sarkozy dans des circonstances similaires, à l’été 2010.
Ces « réponses » font le jeu de Manuel Valls, et s’inscrivent dans le storytelling imaginé par ses conseillers en communication : elles lui permettent de se caler dans la posture d’un homme du « parler vrai », à l’écoute des « vrais » problèmes du « vrai peuple de France ». Manuel Valls se pose ainsi en adversaire de la langue de bois, prêt à rompre avec la logique compassée du « politiquement correct », et même à croiser le fer avec Bruxelles, au nom des intérêts supérieurs de la nation et du peuple !
Cette construction s’inscrit dans la poursuite d’une vieille rhétorique, rabâchée jusqu’à la corde depuis vingt ans au moins, qui voudrait que l’extrême droite « apporte de fausses réponses à de vrais problèmes ». Tout le problème, est qu’en vérité il n’y a pas de problème.

Les Rroms, du fantasme au délire collectif
L’invention d’un problème rrom, orchestrée depuis quelques années par des responsables politiques de droite comme de gauche, relève du fantasme, de quelque chose qui n’a aucun fondement réel mais qui cristallise une paranoïa collective. Dans ce délire – au sens psychiatrique du terme – la surenchère constante est la règle. On a ainsi pu entendre le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Coppé, se prononcer « solennellement » contre l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’Espace Schengen au 1er janvier 2014, une hypothèse qui n’est nullement à l’ordre du jour, les ressortissants de ces deux pays devant simplement cesser d’être frappés par certaines restrictions dans l’accès au marché européen du travail.
Sur le sujet, de toute manière, les erreurs, les imprécisions et les mensonges patentés ne sont pas de nature à effrayer les dirigeants politiques d’un bord ou de l’autre, quitte à achever de ruiner l’image de la France, déjà bien mise à mal dans ces anciens bastions de la francophonie qu’ont longtemps été la Roumanie et la Bulgarie.

Quand la gauche et la droite se livrent à ce jeu dangereux, l’extrême droite n’a pas besoin d’en rajouter, car elle sait qu’elle sera, au final, le seul gagnant de cette absurde compétition. Si, véritablement, 15.000 Rroms bulgares et roumains se retrouvaient « au centre » de la campagne pour les élections municipales françaises du printemps 2014, il est facile de prévoir que ni le PS, ni l’UMP ne seront les vainqueurs des ces élections, mais seulement le Front national.

Le Courrier des Balkans, pour sa part, fidèle à sa ligne éditoriale de toujours, mais aussi aux principes fondamentaux d’opposition à toute forme de racisme et de xénophobie, continuera à informer le plus objectivement possible sur les multiples réalités sociales de la Bulgarie et de la Roumanie, mais aussi sur les populations rroms et tziganes de l’ensemble des Balkans, et sur les migrants présents en France.

mercredi 25 septembre 2013

Lettre ouverte à l’insupportable Manuel Valls


Par Jean ORTIZ, 25/9/2013

Monsieur le ministre,
...Je vous ai écouté à France Inter puis à RMC, chez Jean Jacques Bourdin. Mal réveillé, j’ai cru entendre un dirigeant du Front national. J’ai même un moment pensé que, journaliste bien-pensant, vous interviewez le ministre de gauche J.J. Bourdin.

...Un peu d’eau fraîche sur le visage comme jadis le matin dans les "camps de concentration" d’Argelès, de Barcarès, où furent accueillis nos parents Républicains espagnols, et me voilà lucide.
...Non je ne rêvais pas. Il s’agit bien du ministre hollandien de l’Intérieur, Catalan naturalisé Français en 1982, et pas d’Albert Sarraut ni de Daladier, déjà ministres des barbelés "de gauche" dans les années 1930.


...Il y a en France environ 20.000 Roms, oui vous avez bien lu : "seulement" 20.000, mais si l’on en croit le ministre des "expulsions forcées" (dénoncées par l’agence moscoutaire Amnesty International), ils menacent la sécurité de notre pays, plus que le chômage, les huit millions et demi de pauvres, les coûts ravageurs de l’accumulation du capital, la "Françafrique", les ripoux en col blanc, les vampires du CAC40, les licencieurs boursiers....
Les Roms, les "voleurs de poules", voilà le danger, voilà le nouveau bouc-émissaire stigmatisé pour faire peur au "petit peuple", pour faire avaler l’austérité "de gauche", les
trahisons, les reniements de ce gouvernement "caniche des Etats-Unis", un rôle que ne veulent même plus jouer les Anglais.
...Comme nous ne sommes pas aux Etats-Unis, on ne peut pas autoriser le port d’armes contre les Roms...Mais il y a des mots souvent aussi redoutables que les armes. Ecoutons le ministre "socialiste" tourner en rond : "Il est illusoire de penser que l’on règlera le problème (des Roms) par  l’insertion". Pas besoin par conséquent de "stratégie d’intégration" comme le demande Mme Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne. Les Roms "ont vocation à retourner en Roumanie et en Bulgarie". Place donc aux pandores. Les Roms sont sans doute insolubles dans la civilisation... "Une majorité doivent être reconduits à la frontière"(M.Valls). Au nom de cette "libre circulation" garantie par les accords et traités européens ? Les Roms, c’est bien connu, sont réfractaires à "l’insertion", au droit à la santé, à l’éducation, au logement...Le ministre se flatte d’avoir démantelé 242 "campements" depuis le premier janvier 2013 ...11.982 migrants jetés à la rue et confrontés à une exclusion et une précarité redoublées.


Rien ou si peu leur est proposé à la place.


"Etre de gauche" pour vous paraphraser Monsieur, ce n’est pas valser avec Guéant et Hortefeux, ce n’est pas être le chouchou de la droite pour des raisons carriéristes, c’est faire la chasse aux exploiteurs sans foi ni loi, à ceux qui "s’enrichissent en dormant", pas aux pauvres.


"Etre de gauche", c’est avoir un cœur solidaire ce n’est pas patauger dans les marécages pourris qui font le jeu du Front National nous resservir la "guerre des civilisations", c’est préférer Jaurès à ce Clémenceau que vous aimez tant, c’est être avec les communards contre Thiers et les Versaillais, c’est considérer que l’autre, "l’étranger", est un autre vous-même, que vous n’existez que par lui.
Mais pour comprendre tout cela, Manolo, il faut être de gauche.
...Qu’escomptez-vous Manuel Valls ? Donner des gages à l’extrême-droite pour acquérir le statut de "présidentiable" ? A ce prix, vous vous déshonorez, et avec vous la fonction que vous occupez.
Jean Ortiz Hernandez
http://www.legrandsoir.info/lettre-ouverte-a-l-insupportable-manuel-valls.html

dimanche 27 janvier 2013

France "socialiste": Des écoliers roms relégués dans un gymnase...

Roms : la gauche face à ses contradictions

 Un maire PS relègue les élèves roms dans un gymnase
Un dessin d'un des treize enfants roms scolarisés dans une annexe de gymnase fournie par la municipalité de Ris-Orangis qui refuse de les scolariser normalement.
Un dessin d'un des treize enfants roms scolarisés dans une annexe de gymnase fournie par la municipalité de Ris-Orangis qui refuse de les scolariser normalement. (Photo Jean Larive)

Reportage Le maire socialiste de Ris-Orangis, dans l'Essonne, refuse d'inscrire des enfants roms dans les écoles de la ville. Il leur propose un gymnase. Le Défenseur des droits s'est saisi du dossier.

Ce jeudi matin, la «classe» est sortie de «l'école» un peu avant 11h30. Treize enfants roms scolarisés depuis lundi dans une annexe de gymnase municipal de Ris-Orangis (Essonne) en bordure de la nationale 7, à quelques centaines de mètres du bidonville où ils vivent depuis l'été dernier. Le maire PS de la ville, Stéphane Raffalli, leur a refusé l'inscription dans les écoles de la ville au début de l'année scolaire, comme il en a pourtant l'obligation. Après l'occupation de la mairie par des associations de soutiens aux Roms et des familles début janvier, il a fini par proposer la solution du gymnase, avec l'aval de l'inspection d'académie.
téphane Raffalli
«Classe ghetto»
Une solution jugée «honteuse et scandaleuse» par les associations de soutiens aux familles roms, syndicats enseignants et élus Front de gauche qui manifestaient hier devant la préfecture de l’Essonne, dénonçant la mise en place d’une «classe ghetto» et réclamant au préfet d’imposer la scolarisation dans de vraies écoles de ces enfants.
Parallèlement, le défenseur des droits, Dominique Baudis, s’est saisi de l’affaire. Selon son cabinet,«la question du caractère discriminatoire de cette classe se pose car il y a un accès différencié et non justifié aux services de l’enseignement public à raison de l’origine des enfants». Le défenseur des droits demande depuis plusieurs semaines au maire de s’expliquer sur le refus de scolarisation des enfants alors même que leurs dossiers sont complets. Ses services ont pu constater que les circulaires publiées début septembre sur l'obligation de scolarisation des enfants roms et itinérants n'étaient ici pas appliqué. Ris-Orangis n'est pas la seule municipalité, ni d'ailleurs la seule municipalité PS, à ne pas respecter les engagements du gouvernement. Mais elle est la seule à avoir mis en place un tel dispositif de séparation des enfants roms.

«C’est pratique car tout près du bidonville»
Stéphane Raffalli, le maire socialiste, n'a pas répondu au Défenseur des droits. Il balaie les arguments des associations, «des activistes bien connus qui essaient de se faire une vertu politique sur le dos des roms» et défend sa solution gymnase comme un «outil pédagogique adapté à ces populations». «C’est pratique car tout près du bidonville», argumente-il. Selon lui, les écoles de la ville sont de toute façon «surchargées» et ne pourraient pas accueillir ces enfants. «Je veux bien faire preuve de solidarité, mais j’ai aussi à tenir compte de la nécessaire cohésion sociale». Il dit ne pas être en capacité «de gérer une aussi grande pauvreté».
Pour Serge Guichard, président de l’association de soutien aux familles roms de l’Essonne, la démarche du maire relève «d'une forme de racisme». «Le maire a une curieuse interprétation de l’obligation de scolariser les enfants sur sa commune. La scolarisation ne consiste pas à garder des enfants dans un lieu la journée. Si l’on veut qu’ils apprennent la langue, qu’ils apprennent à être élèves, on les scolarise dans une école, avec d’autres enfants», rappelle le conseiller régional Front de gauche François Delapierre. 

Les syndicats enseignants en colère
Les syndicats enseignants, présents à la manifestation devant la préfecture, sont tout aussi remontés. Alain Goiny, secrétaire départemental de la FSU parle d’une solution tricotée «en dehors de tout cadre juridique». «On a des enfants qui ne sont pas inscrits à l'école, qui ne sont donc pas élèves, dans un bâtiment qui n’est pas une école, avec des enseignants qui n’ont même pas d’ordre de mission». Pour Karim Benamer du SNUIPP (syndicat majoritaire dans le primaire), «ce que fait le maire de Ris-Orangis est contraire à toutes les circulaires ministérielles sur l’obligation d’intégrer les enfants dans les classes».

«Nous pouvons tout à fait accueillir ces enfants»

Patricia Krys, la directrice de l'école de secteur où auraient dû être scolarisés les enfants du bidonville, et par ailleurs répresentante SNUIPP, était jeudi à la manifestation en soutien aux familles, accompagnées de plusieurs enseignantes de l'école. Elle réfute l’argument des classes surchargées.«C’est faux, nous pouvons tout à fait accueillir ces enfants», explique-t-elle disant ne pas comprendre la position du maire. D’autant que l’enseignante spécialisée de son école pour les enfants non-francophones lui a été enlevée pour aller travailler... au gymnase. Où la classe est assurée par trois enseignants, deux professeurs spécialisées et un professeur des écoles remplaçant.

Hier matin, suite à une fuite, de l’eau a envahi le couloir du gymnase-école. Derrière la petite troupe d’enfants qui parlent à peine français, deux enseignants visiblement à bout, se refusent à tout commentaire: «Nous n’avons pas le droit de nous exprimer sur ce qui se passe.» Les enfants reviendront à 13h30, officiellement non inscrits à l'école, ils n’ont pas le droit de manger à la cantine. En attendant, ils rejoignent à pied le bidonville, longeant dans la boue et au ras des voitures la quatre voies. La «salle de classe» comprend quelques chaises, quelques bancs, pas de tableau. Sur les treize enfants, la plupart n'ont jamais été scolarisés et n'ont jamais vu une vraie salle de classe.

Le maire attend l'expulsion des familles
Les services du défenseur des droits se disent aujourd'hui particulièrement attentifs à la situation des Roms de Ris-Orangis, prévenant qu'elle ne doit pas perdurer. En réalité, le maire, Stéphane Raffalli, espère surtout que le bidonville qui abrite près de 200 familles soit rapidement démantelé. Le conseil général de l'Essonne et Réseau ferré de France, propriétaires du terrain n'ayant lancé aucune procédure en ce sens, le maire envisage de prendre «dans les jours qui viennent» un arrêté de péril lui permettant de demander l'évacuation.
La circulaire Valls de l'été dernier sur les démantèlements de camps oblige désormais la préfecture, en cas d'expulsion, à prendre en compte la situation des familles dont les enfants sont scolarisés pour éviter des déscolarisations qui ruinent les efforts d'intégration. Le texte prévoit que les certificats de scolarité fassent foi. A Ris-Orangis, les treize enfants du gymnase, dont la mairie n'a enregistré aucune inscription, n'en ont pas.