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samedi 16 novembre 2013

Point hebdomadaire n°42 Spécial 1er anniversaire de la campagne de parrainage des prisonniers d’opinion au Maroc

Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc
ASDHOM 79, rue des Suisses  92000 Nanterre

Point hebdomadaire n°42 sur la campagne de parrainage des prisonniers d’opinion au Maroc
Spécial 1er anniversaire de la campagne

Ce numéro spécial est en même temps une sorte de 1er point annuel sur la campagne de parrainage car, comme vous le savez, nous avons rendez-vous ce soir pour souffler sa 1ère bougie. Pour celles et ceux qui seront présents parmi nous pour partager ce moment important, cette soirée sera l’occasion de rendre hommage à toutes celles et à tous ceux qui ont fait vivre cette campagne de parrainage et qui ont fait qu’elle devienne une réalité.
Pour tous les autres, nous leur faisons part de quelques éléments essentiels qui ont caractérisé cette campagne pendant cette année.
À son lancement le 17 novembre 2012, nous avions recensé 172 prisonniers politiques et d’opinion, répartis sur 8 groupes (Etudiants-UNEM, Sahraouis, Mineurs-Ouarzazate, Mineurs-Imider, Paysans-Chlihat, Mouvement social-Agadir, 20-Février et Belliraj-Islamistes). Au jour d’aujourd’hui, nous en avons 255 dont 194 purgent une peine d’emprisonnement et 61 attendent d’être jugés, soit en prison, soit en liberté provisoire.
Au cours de notre suivi hebdomadaire, nous avons pu relever la libération en fin de peine de 89 prisonniers politiques dont 4 femmes (Deux étudiantes à Fès, une militante d’ATTAC à Agadir et une islamiste du groupe Belliraj). Cela veut dire que, si on veut faire un différentiel entre les libérations d’une part et les arrestations et les poursuites judiciaires d’autre part, on constate –hasard des chiffres ou triste réalité des libertés démocratiques malmenées par l’État marocain, qu’il y a eu malheureusement en une année 172 nouvelles arrestations et poursuites judiciaires dont 4 autres femmes ( Une étudiante à Fès, la jeune Raja de 14 ans à Nador, la militante Fatiha Haloui du 20-Février de Casablanca et Amina Mourad, coordinatrice du mouvement des victimes des microcrédits à Ouarzazate). C’est énorme en un an. De 8 groupes, on est passé à 11 groupes, les huit déjà cités, plus le groupe de l’ANDCM à Zayou, le groupe Liberté d’expression où on a mis les journalistes, les syndicalistes et les journalistes, ainsi que le groupe Liberté individuelle qui concerne les victimes d’atteinte à la liberté de culte, comme ce citoyen, marchant ambulant de son état à Taounate, qui s’est converti au christianisme, ou encore ces jeunes citoyens de Nador et leurs soutiens, poursuivis pour « atteinte à la pudeur publique » après avoir posté sur internet des photos d’un baiser échangé à al sortie d’un lycée à Nador.

Parmi ces 255 détenu-e-s politiques et d’opinion, nous trouvons des femmes (8), des hommes (247), des jeunes (la plus jeune Raja n’a que 14 ans), des moins jeunes (le plus âgé, le Sahraoui Laâouissid a 62 ans), des étudiants (UNEM), des diplômés chômeurs (ANDCM), des militants du mouvement 20-Février, des militants de partis politiques et d’associations (PSU, PADS, VD, ATTAC, etc.), des syndicalistes (UMT, CDT), des militants des droits de l’Homme (AMDH, etc.) des journalistes (Ali Anouzla, Mustapha El-Hasnaoui, etc.), un avocat (Me Mohamed El-Massaoudi) ou tout simplement des citoyens ayant participé à des mouvements de protestation populaires comme à Marrakech en décembre 2012.
Ils ont tous pratiquement été condamnés ou poursuivis pour les chefs d’inculpation tels que « rassemblement armé non autorisé, violence et destruction de biens publics, agression sur agents de l’État pendant l’exercice de leurs fonctions, trafic de drogue, incitation au terrorisme et pour le cas d’Abdessamad Haidour à Taza, manque de respect envers la personne du roi qui relève du sacré ».
Leurs procès ont été entachés d’irrégularités selon les témoignages qu’on a reçus. Ça va des enlèvements qui durent quelques jours avant le procès avec passage sous la torture au centre clandestin de Temara (cas du groupe Belliraj), jusqu’à la signature d’aveux sous la contrainte, lesquels aveux sont les seules « preuves » utilisées pendant le procès (cas du groupe Gdeim Izik), en passant par les violations des droits de la défense, etc.

Les 255 victimes recensées aujourd’hui sont réparties, pour celles d’entre elles qui purgent une peine d’emprisonnement, sur les prisons suivantes : Ain Kadous à Fès, prison locale de Taza, Toulal 2 à Meknès, prison Boulamharez à Marrakech, prison locale d’Ait Melloul, prison locale de Benslimane, prison locale de Taroudant, prison locale de Tiznit, prison locale de Salé1 et de Salé2, prison locale d’Ouarzazate, prison locale d’Al-Hoceima, prison locale Oukacha à Casablanca, Prison centrale de Kénitra, prison Sept Villages de Tanger et les prisons locales de Dakhla et de Laâyoune au Sahara.
- S’agissant des parrainages, seuls 60 sur les 194 prisonniers politiques recensés ont été parrainés au cours de cette année. Ont-ils tous reçu des lettres de leurs parrains ou marraines ? Pas si sûr quand on sait que les lettres sont interceptées par les directions des prisons et ne sont généralement pas remises à leurs destinataires.
C’est pour cette raison que nous demandons aux participants au parrainage de mettre l’ASDHOM en copie. Cela nous permet de les publier sur notre site internet, ce qui en soi constitue une pression supplémentaire sur les autorités marocaines.

- Cette campagne a fait l’objet de 3 articles de presse : Au lancement, un article de l’AFP a donné le coup d’envoi. Il a été repris par plusieurs médias, notamment électroniques. Suivi ensuite d’un article du journal l’Humanité et d’un grand entretien paru dans le journal suisse « le Courrier ».
Trois bulletins de syndicats et de partis politiques en ont parlé (LRI du PCF, le journal du NPA et le bulletin du syndicat Solidaires).

- Les autorités marocaines et le CNDH ont été interpellés une dizaine de fois, à propos notamment des parrainés étudiants qui étaient en grève de la faim à Fès, Taza et Meknès : Une fois par un groupe de 4 eurodéputé-e-s (Marie-Christine Vergiat GUE, Ana Miranda Verts, Ana Gomes S&D, Willy Meyer GUE) suite à la conférence tenue le 17 avril 2013 au Parlement européen de Strasbourg à l’occasion de la journée internationale du prisonnier politique et à laquelle l’ASDHOM était invitée pour parler de la campagne de parrainage. Une ou deux fois par le député communiste Alain Bocquet. Plusieurs fois par le citoyen démocrate français Gilles Deloustal qui parraine tout le groupe des étudiants à Meknès. Plusieurs fois par Marie-José Fressard, présidente de l’association Solidarité Maroc 05 à Gap qui parraine le prisonnier politique sahraoui Hassan Bah. Plusieurs fois par la citoyenne suisse, Isabelle Maurer, qui sera présente à la rencontre de ce soir et qui parraine le prisonnier politique sahraoui Mohamed Bani.

- En plus de l’association Solidarité Maroc 05 qui parraine le Sahraoui Hassan Bah, publie tous nos points hebdomadaires et organise ce 19 novembre 2013 une rencontre consacrée à cette campagne de parrainage, d’autres associations se sont jointes à nous dans cette aventure humaine. Il s’agit de l’ATMF, qui parraine tout le groupe des mineurs syndicalistes d’Ouarzazate, de l’AMF qui parraine le groupe des étudiants de Taza, de l’association grenobloise Maroc Solidarités Citoyennes qui parraine le groupe des mineurs d’Imider à Ouarzazate, de l’ACAT qui a décidé dernièrement de parrainer tout le groupe sahraoui de Gdeim Izik se trouvant à la prison de Salé1 et, pour finir, de la Coordination Syndicale Méditerranéenne, basée en Espagne et animée par la CGT espagnole, qui a décidé de lancer une campagne internationale pour la libération des prisonniers politiques au Maroc en se basant sur nos points hebdomadaires traduits à l’Espagnol. 

Nous lançons de nouveau notre appel pour renforcer encore plus cette campagne de solidarité et d’en faire un devoir envers les victimes derrière les barreaux des prisons marocaines, comme l’a si bien dit l’écrivain Gilles Perrault qui la parraine. Nous devons redoubler d’efforts pour convaincre d’autres parrains et marraines. Notre tâche ne sera pas des plus faciles quand on sait que les autorités marocaines vont tout faire, maintenant que le Maroc est devenu depuis peu membre du conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève, pour tromper l’opinion internationale en lui vendant son discours habituel sur le respect des droits de l’Homme.

Bureau exécutif de l’ASDHOM
Paris, le samedi 16 novembre 2013

Saïd Ayache ou le non-respect des droits de l’homme au nord comme au sud du Maroc


Par Badr Soundouss, 12/11/2013

Saïd Ayache, l'exemple même du respect des droits de l'homme par les forces de l'ordre dans le "nord" du Maroc (Photo AMDH)
Saïd Ayache, avant et après ses multiples agressions (Photo AMDH)
L’association marocaine des droits humains (AMDH) vient de porter un sérieux coup, avec des faits et des photos, au récent discours du roi Mohamed VI sur le respect des droits de l’homme dont jouiraient les Marocains dans le « nord » du pays. La plus importante association de défense des droits de l’homme au Maroc vient de diffuser une lettre qu’elle a envoyée au ministre de la justice et des libertés, El Mostafa Ramid, et dans laquelle elle détaille et dénonce la calvaire d’un jeune homme, Saïd Ayache, qui se trouve actuellement dans le coma, entre la vie et la mort à l’hôpital Ibn Sina de Rabat.
Saïd Ayache a été arrêté à Ouezzane en mai 2013. Les policiers qui l’ont arrêté l’ont violemment tabassé, et l’un d’eux, un certain « Abdessamad », y est allé un peu plus fort puisqu’il lui a littéralement fracturé la tête.
Or, non seulement ce jeune homme a été condamné par la justice marocaine à un an de prison (pour peut-être un délit qu’il a vraiment commis), mais dans la prison d’Ouezzane où il a été incarcéré puis dans celle de Souk Larbaâ du Gharb, où il a été transféré par la suite, les autorités pénitentiaires lui ont refusé tout soin adéquat à sa situation.
Pour s’être plaint auprès du médecin puis de la direction de cette prison de douleurs persistantes au niveau du crâne, et pour avoir exigé d’être transféré à l’hôpital, il a été agressé par les matons de la prison qui l’ont frappé, encore une fois, à la tête.
Résultat, il est tombé dans un coma profond et a été finalement transporté d’urgence à l’hôpital Ibn Sina où il a été opéré de la tête.
Actuellement, il se trouve toujours dans le coma. Et entre la vie et la mort.
Dans sa lettre l’AMDH demande des explications au ministre la justice et des prétendues libertés, alors qu’elle devrait exiger des explications à ceux qui chantent qu’au Maroc on respecte les droits de l’homme.

URL courte: http://www.demainonline.com/?p=27878

Non à l'entrée du Maroc au Conseil des Droits de l'homme des Nations unies ! Et pourtant...


 Par Sahara Info n°57- novembre 2013

Deux arrestations récentes, au Maroc, celle du journaliste Ali Anouzla, arrêté le 17 septembre 2013 et libéré en attente de jugement le 23 octobre et celle de M'Barek Daoudi, Sahraoui habitant de Guelmin au Sud du Maroc, ont provoqué un grand trouble, même chez les plus fervents amis du Maroc, familiers de la construction de l' image flatteuse d'un pays qui progresse vers la démocratie et le respect des droits humains.
La situation du journaliste, directeur du site arabophone Lakome, Ali Anouzla, est depuis son arrestation bien connue. Elle a suscité une immense protestation tant au Maroc qu'au niveau international. Inculpé le 24 septembre pour incitation, apologie et aide matérielle au terrorisme mais personne ne s'y est trompé ! Un compte enfin réglé pour un journaliste trop indépendant !
La situation de M. M'Barek Daoudi, Sahraoui de Guelmin dans le sud Maroc est moins connue. Il est également en prison depuis le 28 septembre et risque un jugement devant une Cour militaire.
Pourquoi cette arrestation et en quoi est-elle douteuse ? M.M'Barek Daoudi, bien qu'ancien militaire marocain, en retraite depuis 2008, est suspect à double titre. Son origine, il est sahraoui et a été enrôlé comme beaucoup d'autres dans les FAR (Forces armées royales), par ignorance et pressions. Depuis sa retraite, comme beaucoup de marocains habitant le Sud Maroc, il revendique son identité sahraouie et ne cache plus ses contacts avec le Front Polisario. Plus grave encore, il aurait été le témoin de l'assassinat en février 1976, d'un groupe de nomades sahraouis, dont des chercheurs espagnols viennent de retrouver les restes dans deux fosses communes, récemment exhumées. Sahraoui et témoin ! Un vieux fusil du grand-père retrouvé dans son jardin a suffi pour l'arrêter !
Deux exemples qui ne sont pas singuliers mais significatifs de la situation politique au Maroc. Une justice soumise, un pouvoir qui ne tolère une presse que strictement aux ordres. Un pouvoir qui interdit toute liberté d'expression à un peuple au nom de la défense de son intégrité territoriale, alors qu'il négocie dans le même temps avec ses représentants, le Front Polisario, sur la base des résolutions de l'ONU qui recommandent l'application de l'autodétermination du peuple sahraoui.
Aussi est-il raisonnable de la part de la Communauté internationale de recommander l'entrée du Maroc au Conseil des droits de l'homme et n'est-il pas urgent et indispensable de plaider contre cette entrée ?
Le Conseil des droits de l'homme est un organe intergouvernemental composé de 47 états, organe subsidiaire de l'Assemblée générale des Nations unies, il a comme vocation d'éliminer les violations flagrantes des droits de l'homme et d'en promouvoir la coordination efficace et la prise en compte dans l'ensemble du système des Nations unies.
En accueillant en son sein un Etat comme le Maroc, le Conseil ne risque-t-il de faire tourner à vide un système avec la participation d'Etats qui souhaitent en faire partie, non pour défendre les droits humains mais pour donner d'eux-mêmes une image flatteuse, vite contredite par la pratique des procès inéquitables, par l'utilisation de la torture pour obtenir des aveux et l'impunité laissée à ceux qui la pratiquent et ce malgré les recommandations renouvelées lors des différents examens du Maroc par le Conseil des droits de l'homme.
L'arrestation de M'Barek Daoudi va sans doute déboucher sur un procès, comme en ont connu depuis 38 ans les militants sahraouis arrêtés pour simple délit d'opinion, au regard du droit international, mais pour atteinte à «  l'intégrité territoriale » au regard du droit marocain. Comment élire dans le prochain Conseil, un Etat dont le droit, à nouveau inscrit dans sa Constitution, contredit les résolutions et recommandations de la Communauté internationale concernant le statut du territoire du Sahara occidental ?
La France suivant la déclaration du porte-parole du Quai d'Orsay recommandait en avril 2013 « le respect du droit à manifester pacifiquement » pour les Marocains comme pour les Sahraouis. En juin 2012, dans le rapport de l'examen périodique du Maroc, la Norvège recommandait de faire en sorte que les procédures d'accréditation de la société civile, notamment les organisations de défense du droit du Peuple sahraoui à l'autodétermination soient conformes aux normes internationales. Pourtant, à cette heure, les associations sahraouies des droits de l'homme n'ont toujours pas été légalisées.
En cohérence avec leurs déclarations ces deux pays comme d'autres qui interviennent pour le respect des droits de l'homme au Sahara Occidental peuvent-ils voter en faveur de l'entrée du Maroc dans le Conseil des droits de l'homme ce 12 novembre ?
Association des Amis de la RASD 356 rue de Vaugirard 75015 Paris
www.sahara-info.org / www.ecrirepourlesliberer.com


Mais la MAP annonce triomphalement...

Le Maroc élu au Conseil des droits de l'Homme de l'ONU pour la période 2014-2016. 

Le Maroc a été élu au premier tour, mardi, nouveau membre du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU (CDH) pour un mandat de trois ans à compter du 1er janvier 2014, à l'issue d'un vote des 193 Etats membres de l'Assemblée générale de l'ONU. Le Maroc, qui se présente parmi les candidats du Groupe africain, a obtenu 163 voix, la majorité requise étant 97, lors de ce scrutin à bulletin secret pour le renouvellement de 14 sièges au Conseil des droits de l'Homme de l'ONU. Les membres sont élus directement et individuellement par les 193 Etats membres de l'Assemblée générale des Nations Unies. Il s'agit du 2ème mandat du Maroc, au sein de ce Conseil, basé à Genève. En effet, le Maroc y avait siégé en 2006 en tant que membre fondateur occupant la vice-présidence du CDH au nom des Etats africains. L'Assemblée générale a procédé à l'élection de 14 nouveaux membres dont 4 pour le groupe Afrique, 4 pour les Etats d'Asie-Pacifique, 2 pour les Etats d'Europe orientale, 2 pour les Etats d'Amérique latine et des Caraïbes et 2 pour les Etats d'Europe occidentale et autres Etats. MAP
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Par APS, 17/11/2013

ALGER- Le président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme, Me Farouk Ksentini, a qualifié dimanche d’"injustifiée" et d’"inopportune" l’élection du Maroc au Conseil des droits de l’Homme de l’Onu.
"L’élection du Maroc au Conseil des droits de l’Homme de l’Onu est tout à fait injustifiée et totalement inopportune", a indiqué Me Ksentini qui était l’invité de la rédaction de la chaîne III de la Radio algérienne.
Il a regretté qu’"un narco-Etat comme le Maroc, qui fait une guerre expansionniste et colonialiste à l’encontre du peuple du Sahara occidental", ait pu être élu à cette instance onusienne. L’Assemblée générale de l’ONU a procédé mardi à l’élection de 14 nouveaux membres au Conseil des droits de l’Homme, dont l’Algérie, pour la période 2014-2016.
Créé en 2006, le Conseil des droits de l’Homme se compose de 47 membres dont les sièges sont répartis entre 5 groupes régionaux (Afrique, Asie, Europe orientale, Amérique latine et Caraïbes et Europe occidentale avec Amérique du nord).
 http://www.aps.dz/L-election-du-Maroc-au-Conseil-des,131241.html

Sahara occidental : Le Maroc perd son principal soutien intellectuel en Espagne

Par Abdelilah Gueznaya, 16/11/2013

Bernabé Lopez Garcia (à gauche), lors de la table ronde à Washington (Photo DR)
Bernabé Lopez Garcia, lors de la table ronde à Washington (Photo DR)

Il a défendu le Maroc. Son peuple, ses intellectuels, sa société civile et souvent quelques uns de ses responsables. Bernabé Lopez Garcia, un professeur (à la retraite) d’histoire de l’Islam contemporain à l’Université autonome de Madrid, chroniqueur dans la presse marocaine pendant longtemps, ami de plusieurs hauts responsables marocains, qui lui ont toujours ouvert grandes les portes quand il venait au Maroc, était considéré jusque-là, même par le Makhzen, comme un ami qui sait comprendre le sens de la Realpolitik.

Membre éminent du défunt Comité Averroes, un organisme

 maroco-espagnol, créé en 1996 et dont les membres

 étaient nommés par les chefs d’Etat des deux pays, ce 

cercle était chargé de rapprocher Marocains et Espagnols à

 tous les niveaux et dans tous les domaines. Mais il était 

surtout l’un de ces intellectuels et chercheurs espagnols,

 une perle rare en Espagne, qui défendait l’option de 

 l’autonomie pour le Sahara occidental. Seule solution, à

ses yeux, pour résoudre ce conflit qui dure depuis

 quasiment quarante ans.
  
Cette position, somme toute parfaitement défendable dans une vraie démocratie, a valu dans le passé à ce professeur des universités la colère du Polisario et de ses suiveurs en Espagne, qui l’ont souvent abreuvé d’injures en le qualifiant de « vendu au Maroc ».
Ses articles d’opinion publiés dans le quotidien El Pais tout en étant critiques quelques fois n’ont jamais été virulents envers le Makhzen et ses affidés, même quand ces derniers commettaient les pires atteintes aux droits de l’homme. Au contraire, Bernabé Lopez Garcia faisait partie de cette minorité d’Espagnols qui ont cru ou qui croient encore que le roi Mohamed VI, contrairement à Hassan II, allait régler le problème du Sahara en menant le Maroc vers la démocratie. D’ailleurs, une des thèses principales de Lopez Garcia était qu’un Maroc réellement démocratique pourrait attirer tous les Saharouis, et ils sont nombreux, qui ne sont ni pro-marocains ni pro-polisariens, et renverser la tendance indépendantiste qui a le vent en poupe chez les Sahraouis.
La semaine dernière, à la grande surprise de ceux qui 

l’écoutaient lors d’une table ronde organisée par le Think

 tank américain Wilson Center à Washington, Lopez Garcia 

a engagé un tout autre discours, qui a fait frémir, on s’en 

doute, les responsables marocains. 

Pour Lopez Garcia, le Maroc a fait une lecture ’’tronquée’’ de l’arrêt de la Cour de La Haye du 16

 octobre 1975 pour déclencher la Marche verte vers le 

Sahara occidental durant la même année. Devant une

 assistance fournie en chercheurs et analystes américains,

il a expliqué que si la Cour internationale de justice de La Haye avait, certes, invoqué des liens d’allégeance entre le Maroc et une tribu du Sahara occidental à un moment de l’histoire, elle avait, cependant, conclu qu’il n’y avait ’aucun lien de souveraineté territoriale’’ entre le Sahara occidental et le Maroc de nature à modifier l’application du principe d’autodétermination au territoire.
A ce qu’il paraît, les « envoyés spéciaux » des services et de l’ambassade du Maroc à Washington , venus pour écouter et rapporter, n’en croyaient pas leurs oreilles. Déconcertés pour les uns, sidérés pour les autres, ils n’étaient pourtant pas arrivés au bout de leur peine.
Lopez Garcia enchaîna son discours en expliquant à son auditoire que Hassan II a occulté ’’sciemment’’ la partie de cet arrêt juridique international qui reconnaît ’’l’inexistence de lien de souveraineté’’, et qu’il ’’multipliait les messages de mobilisation de son peuple, répétés inlassablement jusqu’à aujourd’hui par le discours officiel marocain’’ en présentant l’arrêt de la Cour comme une ’’victoire’’ du Maroc, du fait seulement d’un lien d’allégeance avec une tribu sahraouie à un moment de l’histoire.
Le Maroc a une ’’position ambiguë’’ a dit Bernabé Lopez Garcia, car d’un côté il accepte de négocier avec le Front Polisario, lui octroyant ainsi une légitimité et reconnaissant par là qu’il s’agit d’un ’’problème non résolu’’, mais de l’autre côté il maintient par rapport à son opinion publique un ’’discours rigide dans lequel il diabolise son adversaire’’ polisarien.
Lopez Garcia a également relevé que l’un des obstacles qui entravent toute solution au problème sahraoui est celui de ’’la mauvaise information de l’opinion publique marocaine’’ sur ce sujet, laquelle est ’’absente de tout débat sur la question’’ étant donné que ’’tout désaccord avec la version officielle est susceptible de répression et constitue une ligne rouge infranchissable et une trahison passible de sanctions sévères’’.  ’’Le recours constant à la diabolisation de l’ennemi’’ entrave la possibilité de rapprocher les positions, a-t-il affirmé.
Évoquant le récent rappel de l’ambassadeur marocain en Algérie, il a expliqué que c’était une manière, encore une fois, de tenter « d’effacer l’autre véritable partie au conflit, les Sahraouis, que le Maroc veut cacher derrière l’écran du voisin algérien’’’’Le Maroc a joué avec le temps en pensant que celui-ci était son principal allié, alors que laisser passer des années et des années sans que le conflit ne trouve une solution complique davantage la question’’, a lâché le chercheur, avant de conclure que ’un référendum s’avère inéluctable dans lequel les Sahraouis puissent exprimer librement leur volonté’’.
Pour un ami du Maroc, c’est une grande fessée « amicale » que le cher professeur nous donne. Comme diraient certains, avec des amis pareils, le Makhzen n’a plus besoin d’ennemis.
Plus sérieusement, certains proches de Bernabé Lopez Garcia, qui a connu la dictature franquiste et a vécu la glorieuse époque de la dite « Transition démocratique », quand l’Espagne a basculé dans la démocratie, est profondément déçu par les treize ans de règne de Mohamed VI, et ne croit plus à une « transition démocratique marocaine ». Répressions, au Sahara mais aussi dans le reste du Maroc, atteintes graves aux droits de l’homme, verrouillage de la presse et multiplication des affaires de corruption font du Maroc ce qu’il est : un sobre édifice dont la façade est repeinte de temps en temps, pour donner l’illusion de la fraîcheur, mais dont l’intérieur, loin des regards indiscrets, reste pourri.

Nota Bene : Pour lire l’avis consultatif de la Cour internationale de justice de la Haye du 16 octobre 1975, cliquez ici.

Révolte de Gdeim Izik il y a trois ans : Lise, une française, y était



Le doyen des participants de Gdeim Izik. "Il a décidé de ne plus se couper les cheveux tant que le Sahara occidental n'est pas indépendant", explique Anthony Jean (TotasproD), le photographe.
Le doyen des participants de Gdeim Izik. « Il a décidé de ne plus se couper les cheveux tant que le Sahara occidental n’est pas indépendant », explique Anthony Jean (TotasproD), le photographe.

Le mouvement populaire de Gdeim Izik marquera l’histoire de la contestation des sahraouis contre l’occupant marocain. Il y a tout juste trois ans, deux français étaient sur place. Lise Trégloze, 32 ans et Anthony Jean, 30 ans, ont fait pendant une dizaine de jours plusieurs aller-retour clandestinement entre la ville de El Aaiun et le campement. Pour Nouvellesdusahara.fr, Lise Trégloze revient sur ce « printemps sahraoui ».

Nouvellesdusahara.fr : Le camp de protestation de Gdeim Izik a débuté le 15 octobre. Quand êtes-vous arrivé sur ce lieu et pourquoi ? Vous ne connaissiez pas particulièrement le conflit du Sahara occidental…

Lise Trégloze : Je connaissais Ennaâma Asfari (NDLR -un militant reconnu de la cause sahraouie qui a pris part au mouvement de Gdeim Izik) car je réside comme lui à Ivry-sur-Seine et je le croisais dans les activités associatives et militantes. Je ne connaissais pas le conflit du Sahara Occidental, mais je savais qu’il s’y passait « quelque chose » dont on ne parlait pas. Comme je traversais ce territoire pour me rendre au Sénégal, je comptais bien m’y arrêter pour tenter de comprendre ce qu’il s’y passait et d’interviewer des militants défenseurs des droits humains dans le cadre d’un reportage sur les mouvements sociaux que je réalisais à l’époque avec Anthony. Nous avions rendez-vous avec Ennaâma à El Aaiun le samedi 23 octobre. Quelle ne fut pas notre surprise quand il nous emmena directement vers le campement de Gdeim Izik…

Nouvellesdusahara.frQuelles ont été vos premières impressions au milieu de ce véritable village de tentes, qui a compté près de 7000 tentes traditionnelles et 20000 personnes au plus fort du mouvement  ?

Lise Trégloze : Nous étions impressionnés ! Nous avions tous les deux beaucoup voyagé et vécu plusieurs expériences incroyables mais celle-ci dépassait tout ! Je n’avais jamais vu de camp de réfugiés et celui-ci y ressemblait beaucoup, mais sans le côté triste et déprimant. Au contraire, une fois les barrages policiers et militaires passés, nous entrions dans un grand village où tout le monde circulait librement, saluait son voisin dans la joie, échangeait des discussions sans peur d’être écoutés, bref un grand sentiment de liberté alors que depuis notre départ, plus de deux mois auparavant, nous étions dans une pression permanente à cause de notre reportage sur les mouvements sociaux au Maroc (tout le temps suivis, sur écoute…).
Nous étions au cœur de la culture sahraouie, entourés de khaima, les tentes traditionnelles. On nous invitait à boire le thé tous les dix mètres, tout le monde était heureux mais en même temps prudent. On sentait à la fois une grande organisation et une inquiétude concernant l’armée marocaine qui encerclait le campement.
D’ailleurs, à notre arrivée, l’armée venait d’achever la construction d’un mur qui entourait le campement. Nous avions dû nous cacher pour rentrer. Une fois dedans, nous ne voulions plus ressortir tellement nous avions à découvrir !
Militaires marocains en ligne de mire des Sahraouis regroupés à Gdeim Izik
Militaires marocains en ligne de mire des Sahraouis regroupés à Gdeim Izik. Crédit photo : Anthony Jean TotasproD

Nouvellesdusahara.frQuels aspects de cette vie au milieu du désert retenez-vous, dans ces conditions matérielles précaires et, rapidement, dans un contexte sécuritaire particulier, avec un encerclement policier et militaire ?

Lise Trégloze : C’est vrai que les conditions de vie étaient difficiles dans le campement et l’armée marocaine faisait tout pour la rendre impossible : le mur qui encerclait le campement empêchait son développement et allait tôt ou tard poser un problème sanitaire à cause des déchets. L’armée bloqua quelques jours après notre arrivée l’entrée de nouvelles tentes et de matériel pour la construction de sanitaires. La survie des personnes dans le campement dépendait des aller-retours avec El Aaiun pour l’approvisionnement en eau, gaz (pour les repas et le thé), nourriture. Il n’y avait qu’un puits avec de l’eau sale et le comité d’organisation avait imposé une restriction d’eau pour chaque famille. Mais tout était bien organisé. Chacun allait manger chez son voisin. Il y avait même un « magasin gratuit » où la nourriture en trop était déposée pour qui en avait besoin.
Concernant l’aspect sécuritaire, à l’époque et surtout avant la première victime, le sentiment général était bien sûr à la prudence mais personne n’imaginait que l’armée marocaine irait jusqu’à attaquer le campement et ses habitants. La suite nous prouva que ce fut ce qui arriva…
Lise Trégloze interviewant Enaama Asfari dans le camp de Gdeim Izik
Lise Trégloze interviewant Enaama Asfari dans le camp de Gdeim Izik

Nouvellesdusahara.frAvec votre ami Anthony, vous avez voulu témoigner de ce qu’il se passait devant vous. Vous avez filmé et réalisé plusieurs interviews. Vous avez contacté des média (certaines de vos images seront d’ailleurs diffusées à la télévision et votre témoignage sera repris également). Avec le recul, que pensez-vous de la médiatisation de Gdeim Izik, sachant que le territoire était tout à fait sous embargo médiatique ?

Lise Trégloze : Bien sûr pour nous qui étions à l’intérieur et après avoir mieux compris l’histoire du peuple sahraoui et ce que représentait cette mobilisation, nous nous attendions naïvement que ce soit sur toutes les TV. Or, ce ne fut absolument pas le cas. Le relais médiatique a été médiocre, par exemple en France. On en a plus parlé en Espagne et aux Canaries. Ce sont ces médias qui nous sollicitaient le plus pour des images, ainsi que l’Algérie.
Nous avons été très déçus des médias français, mais nous avons pris conscience de l’embargo médiatique bien plus tard, de retour en France. Donc, je ne sais pas finalement quel niveau d’info ont reçu les Français. Nos amis marocains nous faisaient état de la propagande odieuse qui circulait dans les médias marocains, surtout après le démantèlement : comme quoi l’armée marocaine aurait sauvé de pauvres Sahraouis pris en otage par les terroristes du Polisario… Nous qui étions dedans, nous avons mieux compris ce que voulait dire « désinformation et propagande » !
En même temps, à la même époque, deux millions de Bengali subissaient des inondations affreuses, alors comment juger la priorité de l’information ?
Quelques mois plus tard commençait le printemps arabe et là, la presse française a été beaucoup plus réactive. Je pense que c’est aussi une question politique. Mais qui sait comment Gdeim Izik aurait été médiatisé s’il était survenu entre la chute du dictateur tunisien et le dictateur égyptien ? (A lire l’article sur « Le Printemps arabe a commencé au Sahara occidental », publié sur Nouvellesdusahara.fr le 6 avril 2012)
Un élément nouveau cependant est apparu pendant le printemps arabe : la presse accordait plus de crédit à l’information populaire, c’est-à-dire aux informations envoyées via les réseaux sociaux et les militants, car ils n’avaient pas vraiment accès sur place. Peut-être que l’info que nous avons envoyée comme citoyens lambda à cette époque n’a pas eu la même valeur que si des journalistes avaient été sur place. D’ailleurs, nous avions décidé de partir à l’arrivée des médias internationaux, ce que nous avons fait après avoir rencontré des journalistes de El Pais et de RFI. Nous avons été très déçus par le reportage de RFI.

Nouvellesdusahara.frConcrètement, comment vous organisiez-vous étant donné que les forces de l’ordre cherchaient à filtrer les allers et venues dans le camp et qu’elles ont cherché à l’asphyxier ?

Lise Trégloze : La première fois, nous étions juste « déguisés » en sahraoui, moi avec la melafa (NDLR -tenue féminine traditionnelle) et un gamin dans les bras et Anthony avec le boubou, au fond d’une jeep. Notre matériel photo et vidéo voyageait séparément et de nuit, caché dans le moteur d’une camionnette. Ensuite, ce fut plus compliqué. La surveillance se renforçait, on devait voyager la nuit en passant par le désert pour ne pas passer les deux premiers contrôles. Celui à l’entrée du campement était obligatoire. Une fois, on nous a demandés de descendre et je ne sais pas comment les Sahraouis ont réussi à tromper la vigilance des militaires pour nous faire monter en cachette dans un autre véhicule déjà contrôlé. Ils étaient très doués.
Une autre fois, Anthony s’est fait remarquer et il a joué au touriste perdu qui cherchait un camping ! Il s’est fait renvoyer à El Aaiun.
Les militaires Marocains savaient que des étrangers avaient réussi à rentrer dans le campement. Ils demandaient donc à tout le monde de se découvrir et parlaient en arabe pour trouver les étrangers.
La dernière fois, nous avons voyagé sous des tas de sacs et de couvertures. On ne pouvait plus respirer. Surtout lors du contrôle, on en pouvait plus, on était écrasés sous les sacs et ils avaient posé des enfants sur nous ! Mais on est passés.

Element essentiel pour la vie du campement, les 4x4 permettent le ravitaillement avec la ville en passant par le désert pour éviter les contrôles de l'armée. L'approvisionnement est assuré par les membres des familles sahraouis restées à Laayoune. Crédit photo : Anthony Jean TotasproD
Element essentiel pour la vie du campement, les 4×4 permettent le ravitaillement avec la ville en passant par le désert pour éviter les contrôles de l’armée. L’approvisionnement est assuré par les membres des familles sahraouis restées à Laayoune. Crédit photo : Anthony Jean TotasproD

Nouvellesdusahara.frJusqu’à quand vous êtes-vous rendu dans le camp ? Qu’est-ce qui vous décide avec votre ami à ne plus y retourner ?

Lise Trégloze : On est allés trois fois dans le campement, la première le 23 octobre et la dernière le dimanche 31 octobre. Notre visa pour la Mauritanie finissait bientôt et on voulait visiter les autres villes du Sahara Occidental pour rencontrer d’autres militants qui essayaient de monter d’autres campements. On avait beaucoup d’images sur le campement, suffisamment pour en parler. On voulait aussi les mettre à l’abri.
A l’époque, on ne pouvait pas imaginer que quelques jours après, le campement serait détruit. On était persuadé soit que le campement permettrait au référendum de s’organiser, soit qu’il resterait pérenne, comme ceux de Tindouf (NDLR -en Algérie, où vivent environ 150 000 Sahraouis réfugiés ; lire à ce sujet ce reportage sur les camps de réfugiés), et donc qu’on y repasserait plus tard. Quelle naïveté !!!

Nouvellesdusahara.frLes média marocains ont cherché à discréditer le mouvement de protestation. Ils reprenaient dans leur ensemble la propagande servie par le pouvoir. Notamment, ils expliquaient que le camp était tenu par des délinquants, que les personnes qui étaient à l’intérieur étaient retenues par les chefs de file… Cette version correspond-elle à ce que vous avez vu sur place ?

Lise Trégloze : Bien sûr que non. On a entendu tout et n’importe quoi sur ce campement. Nous, on sait ce qu’on y a vu : un peuple opprimé qui résiste pacifiquement, une mobilisation populaire exemplaire du type de celles qui seront célébrées partout quelques mois plus tard avec le printemps arabe.

Nouvellesdusahara.frAvant le démantèlement le 8 novembre 2010, un jeune sahraoui est tué au niveau d’un barrage policier. Étiez-vous sur place à ce moment-là, qu’avez-vous vu ou pu recueillir comme témoignages sur ce décès ?

Lise Trégloze : Oui, le dimanche 24 octobre, le lendemain de notre entrée dans le campement, on buvait le thé tranquillement quand on a entendu l’hélicoptère et les coups de feu. On s’est précipité sur le lieu et on a filmé l’hélico puis l’ambulance. Personne ne savait ce qu’il s’était passé jusqu’à ce qu’on apprenne la vérité par la famille du jeune Nayem. Les Sahraouis ont la culture du martyr ; Nayem était la première victime. Un enfant, c’est devenu un symbole. C’était aussi une violation claire du cessez le feu. Les Sahraouis étaient habitués, quoique choqués bien sûr. Nous, on a complètement halluciné et on a pris conscience de l’enjeu du campement, de la situation dramatique des Sahraouis. Ça a été très dur. Heureusement, Ennaâma (NDLR -Asfari) était là pour tout nous expliquer, pour nous rassurer. On était révoltés. On voulait que ça se sache et c’est ce qui a déclenché nos premiers reportages (Voir notamment cette interview de Enaâma Asfari sur les revendications de Gdeim Izik, en particulier de 1 mn 30 à 4 mn 40). D’ailleurs, c’est à partir du moment où il y a eu un mort que les grands médias ont commencé à s'intéresser au sujet, c’est désolant.

Gdeim Izik sous la tempête. Crédit photo : Anthony Jean TotasproD
Gdeim Izik sous la tempête. Crédit photo : Anthony Jean TotasproD

Nouvellesdusahara.frLes jours que vous passez dans le camp, vous suivez Ennaâma Asfari, qui avait alors déjà séjourné plusieurs fois dans les prisons marocaines.  Ce militant est un des Sahraouis qui fait partie du groupe chargé d’organiser la vie dans le camp. La veille du démantèlement par les forces de police et l’armée, il est arrêté chez un ami à El Aaiun alors qu’il s’apprête à accueillir plusieurs Français (dont le député Jean-Paul lecoq qui sera refoulé à son arrivée a Casablanca). 
Donnez-nous votre sentiment, notamment sur les chefs d’accusation présentes contre ce militant des droits de l’homme…

Lise Trégloze : Ennaâma est un grand homme. Je suis tellement fière de l’avoir connu et d’avoir passé tout ces moments privilégiés sous la khaima à l’entendre raconter l’histoire du peuple sahraoui. Ennaâma est profondément pacifique, intellectuel, cultivé, humaniste. C’est un grand militant et je l’admire beaucoup.
Nous avons été très très choqués de son arrestation, vraiment traumatisés. Je revois tous les derniers instants, quand il disait le dernier jour sur le ton de la rigolade : « Maintenant que j’ai vu Gdeim Izik, je veux bien passer le reste de ma vie en prison ». Nous étions loin d’imaginer la suite mais lui semblait déjà s’y préparer. Je n’arrive pas à me résoudre à le savoir en prison. Je connais bien sa femme à Ivry qui est aussi une grande militante que j’admire beaucoup. Alors, je travaille avec des amis d’une société de production sur un film sur Ennaâma et les prisonniers politiques, en espérant que cela aide à sa libération.
Ennaâma est accusé d’un crime qu’il n’a pas commis : le meurtre d’un policier le lendemain de son arrestation, c’est totalement injuste. Il est accusé de participation à une bande criminelle organisée : un campement pacifique fait de familles modestes !!! Le sentiment d’injustice est quelque chose de très fort, je le ressens très durement avec le cas de Naama. J’attends avec impatience sa libération.

Solidarité avec les victimes des micro-crédits- Ouarzazate : Communiqués d'Attac Maroc et des militants de Grenoble :



Communiqué d'Attac-Maroc, 1"/11/2013




Ce mardi 12 novembre 2013 s’est déroulée la 3ème séance du procès en appel de Amina Mourad et Benacer Smaïni, militants de l’association de défense des victimes des microcrédits, devant la Cour d’appel de Ouarzazate.

Les quatre organismes de microcrédit qui avaient porté plainte contre eux pour escroquerie, diffamation et menaces avaient retiré leur plainte et les deux militants avaient été blanchis lors du procès en 1ère instance. Mais un nouvel organisme, INMAA, lié à l’ONG AMSED et à Planet Finances a relancé l’affaire en appel.


Les débats ont mis en relief le vide du dossier et ont été l’occasion de mettre en accusation le système du microcrédit qui, loin d’être un instrument de lutte contre la pauvreté, enfonce davantage les familles, et les femmes en particulier, dans une spirale de problèmes, tant financiers que matériels et familiaux.

Une centaine de victimes des microcrédits, venues de toute la région, ont rempli la salle du Tribunal, montrant ainsi leur solidarité entière avec les responsables de leur association.

Malgré cela, le Procureur a requis le maximum de la peine, soit 5 ans de prison ferme pour chacun des deux militants.


Le verdict sera prononcé le 19 novembre 2013.

Nous appelons à une large solidarité, nationale et internationale

-       -  Contre la criminalisation de la lutte des victimes des microcrédits

-        -  Pour l’acquittement pur et simple de Amina Mourad et Benacer Bensmaïn, défenseurs des droits de ces victimes



Association de protection populaire

pour le développement social

 Attac Maroc
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 Le 17/11/2013

 Pour développer cette lutte, le jugement sera prononcé le 19 septembre. Toute réaction  est importante pour soutenir les victimes des organismes de microcrédit.
Voici un communiqué venu de nos amis de Grenoble et qui est une bouée de sauvetage pour les 2 coordinateur-es du mouvement des victimes des microcrédits qui passent en jugement le 19 novembre et risque une peine de 5 ans.


Communiqué

Grenoble, 16 novembre 2013


Notre attention a été attirée par le communiqué du 13 novembre de l'  « Association de protection populaire pour le développement social » et d'ATTAC/CADTM Maroc à propos du procès intenté à Amina Mourad et Benacer Ismaïni.
Nous connaissons les pratiques des Associations de microcrédit au Maroc et nous avons des preuves   (copies d'engagements de microcrédits, reportages de la presse marocaine) qui montrent que certaines de ces associations violent gravement les principes originaux du microcrédit.
D'une part elles outrepassent les principes originels de cet instrument financier. Au lieu de faire souscrire des crédits pour développer les activités de production ou de service des emprunteurs, ce qui leur permet d'accroître leurs revenus et par conséquent de rembourser leur emprunt, aujourd'hui beaucoup d'AMC font souscrire des prêts à la consommation, incapables par nature de générer de nouveaux revenus.
D'autre part certaines AMC exigent des taux de remboursement quasi usuraires qui excèdent de loin les « bonnes pratiques » auxquelles elles se sont pourtant engagées pour être reconnues.
Dans ces conditions, les activités d'une association de défense des victimes de ces dérives du microcrédit sont une réaction positive de la société civile marocaine. La justice, au lieu de les poursuivre comme à Ouarzazate, devrait au contraire les protéger.
 C'est pourquoi nous soutenons les demandes du communiqué de l'Association de protection populaire pour le développement social et d'ATTAC/CADTM Maroc :

- Contre la criminalisation de la lutte des victimes des microcrédits
- Pour l’acquittement pur et simple de Amina Mourad et Benacer Bensmaïn, défenseurs des droits de ces victimes

Grenoble, le 16 novembre 2013
 
pour le « Centre d'Information Inter-Peuples »
 
pour le « CADTM-Isère »
 
pour l'association « Maroc Solidarités Citoyennes »
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Merci et bravo pour cet excellent communiqué de nos ami-es de Grenoble. Non seulement il tombe à pique: à quelques jours du jugement de Amina Morad et Benasser, mais en plus et c'est très important, il permet de retourner la situation et de porter plainte contre des organismes de microcrédits qui abusent de la pauvreté, analphabétismes de citoyen-nes et les dépouillent .
Je me permet d'insister que la dernière association INMA (qui a fait  appel et demande 5 ans contre les 2 organisateurs des victimes des microcrédits) est en lien avec Planète Finance qui a plutôt bonne réputation dans les milieux de la "société civile".
J'essaie de traduire la dernière déclaration enregistrée de Amina et Benasser qui va dans ce sens