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samedi 14 novembre 2015

Ali Anouzla reçoit à Berlin le prix des journalistes courageux.

Ahmed Benani et Sebbata Nadia ont partagé la publication de Salah Elayoubi.


C'est ce soir, que Ali Anouzla reçoit à Berlin le prix des journalistes courageux.

 MAROC
Ali Anouzla, journaliste et éditeur du site d’infos Lakome, was s’est vu décernerle prix Raif Badawi pour l’année 2015 destiné aux journalistes courageux. The International Media Alliance, l’organisation qui attribue ce prix, a décrit Anouzla comme ‘l’un des rares journalistes marocains qui ne pratiquent pas l’auto-censure’, et qui ‘franchissent continuellement les lignes rouges’. Anouzla risque jusqu’à 20 ans en prison pour apologie du terrorisme dans une affaire fabriquée qui remonte jusqu’en 2013. A l’époque son site avait été bloqué par les autorités, mais en août 2015, Anouzla avait relancé lakome2.com. La gratificaton d’Anouzla survient alors que les autorités maroccaines poursuivent leur chasse aux sorcières contre les journalistes et les militants.


Ali Anouzla lauréat du prix de courage journalistique au salon du livre Frankfort . @lakome2

lundi 10 août 2015

Maroc: un journaliste ouvre un site d'opposition


    • Par
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Le journaliste marocain Ali Anouzla a lancé aujourd'hui un nouveau site web d'information "Lakome2", près de deux ans après la fermeture de "Lakome" à la suite de la publication d'un lien vers une vidéo d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi).

"Nous avons décidé de revenir vers les lecteurs du site parce que nous avons une dette envers toutes les voix libres qui se sont solidarisées, ont protesté et manifesté pour qu'il existe une presse libre dans ce pays", écrit Ali Anouzla dans son premier éditorial. Ali Anouzla avait été arrêté le 17 septembre 2013 après la publication sur la version arabophone de Lakome d'un lien vers une vidéo d'Aqmi consacrée au Maroc, dans le cadre d'un article sur le sujet.

Inculpé pour "aide matérielle", "apologie" et "incitation au terrorisme", le journaliste, connu pour ses prises de position critiques envers le pouvoir, avait été remis en liberté provisoire un mois plus tard, à la suite d'une mobilisation au Maroc et à l'étranger. Il reste toutefois poursuivi et risque jusqu'à 20 ans de prison. La dernière audition devant le juge d'instruction, le 20 mai 2014, a été reportée sine die.

Amnesty International, Human Rights Watch et Reporters sans frontières ont appelé à plusieurs reprises à l'abandon des poursuites contre Ali Anouzla. "Lakome2" est financé par des "fonds personnels", a expliqué Ali Anouzla. "Je ne veux embarquer personne avec moi, l'affaire (en justice) étant encore en suspens. Quand ce sera réglé, les investisseurs seront les bienvenus", a-t-il ajouté.

Le site initial Lakome (en arabe et en français) n'est pour sa part plus accessible depuis une demande de fermeture provisoire formulée par Ali Anouzla alors qu'il se trouvait en prison. Depuis sa sortie, il affirme avoir sollicité à plusieurs reprises sa réouverture, sans succès. Les autorités marocaines font valoir que le dossier est "entre les mains de la justice". Les détracteurs d'Ali Anouzla lui reprochent d'avoir offert une tribune à Aqmi, dont la vidéo appelait au jihad. Ses soutiens font valoir que Lakome prévenait d'emblée qu'il s'agissait d'une vidéo de "propagande".

3 Ali, 3 journaux ! Longue vie à la presse indépendante marocaine !!!

Les journalistes Marocains et de nouveaux journaux

Ali ANOUZLA s’apprête à lancer la deuxième édition du portail Lakome.
Après deux ans d’inactivité, Ali Anouzla revient avec la nouvelle édition de Lakome, nommée Lakome2.com.
http://telquel.ma/…/compte-rebours-lancement-lakome2_1458664
Ali AMAR se lance de nouveau dans l’aventure journalistique LE DESK
http://www.medias24.com/…/157162-Ali-Amar-lance-son-journal…
Ali LMRABET se lance prochainement un nouveaux journaux satiriques http://www.arretsurimages.net/…/Maroc-tracasseries-contre-u…

Ali Amar, Ali Anouzla et prochainement, Ali Lmrabet...........Ali, Ali, Ali. La formule magique qui permet d'ouvrir une porte dans la roche : « Sésame, ouvre-toi ! » mais cette fois-ci la formule magique, Ali, Ali, Ali ouvrent la porte de la liberté d'expression''

vendredi 7 août 2015

Ali Anouzla: «Lakome2 gardera la même ligne éditoriale que son prédécesseur»



Ali Anouzla: «Lakome2 gardera la même ligne éditoriale que son prédécesseur»
Ali Anouzla

Un revenant dans la famille de la presse électronique. Le journaliste Ali Anouzla s’apprête à lancer la deuxième édition du portail Lakome.

Après deux ans d’inactivité, Ali Anouzla revient avec la nouvelle édition de Lakome, nommée Lakome2.com. Sur le site, on peut déjà trouver un compte à rebours du lancement prévu le 10 août prochain. On y découvre aussi une vidéo teaser faisant la promotion du nouveau site d’information.
Contacté par Telquel.ma,  Ali Anouzla a indiqué que Lakome2 gardera « la même ligne éditoriale que son prédécesseur ».  Le site d’informations devrait comporter des reportages, des interviews et des enquêtes. Il fera également la part belle au format vidéo dont l’ancien journaliste d’Hespress, Rachid El Belghiti, sera responsable.
Qu’en est-il des sujets liés au terrorisme qui  avaient mené à la fermeture du premier Lakome ? Pour Ali Anouzla, la couverture des événements liés au terrorisme « rentre parfaitement dans le travail professionnel du journalisme, c’est-à-dire l’information ». Le journaliste fait d’ailleurs remarquer que plusieurs sites et  journaux marocains ont publié la lettre du leader de l’organisation terroriste Daech où il appelle les jeunes marocains au jihad dans leurs pays. Il note aussi que 2M « a diffusé une vidéo de la même organisation lors de l’exécution du journaliste américain James Foley, et personne n’a été poursuivi ». Un exemple qui illustre l’attitude du « deux poids deux mesures pratiqué par les autorités marocaines » selon lui.
A noter que, pour le moment, Ali Anouzla est le seul actionnaire de la société derrière le nouveau Lakome. « J’ai eu plusieurs offres d’amis et d’hommes d’affaires que je respecte pour que je relance Lakome, mais je n’ai pas voulu les embarquer avec moi dans une aventure incertaine. Je suis encore en liberté provisoire et poursuivi par des chefs d’inculpation très lourds ». Une fois ces soucis judiciaires réglés, Ali Anouzla compte ouvrir le capital de Lakome2 aux investisseurs.

vendredi 26 décembre 2014

Comment le Makhzen utilise la communauté juive marocaine contre la presse indépendante

  Par Ali Lmrabet, Demain onlineRachad Bouhlal à gauche et Serge Berdugo au centre lors d'une remise d'un wissam aux USA (Photo DR)
Rachad Bouhlal à gauche et Serge Berdugo au centre lors d’une remise d’un wissam aux Etats-Unis (Photo DR)

Quand ils ne sont pas occupés à faire du shopping (savonnette par ci, shampooing par là) pour « Sidi » et « Lalla », les diplomates marocains mènent une guerre impitoyable contre les rares journalistes indépendants qui restent au Maroc.
Dans le passé, on avait de forts soupçons sur cette guerre souterraine, aujourd’hui il existe des documents qui prouvent que des diplomates marocains montent des cabales contre les journalistes qui dérangent le régime.

Dans une note non signée adressée au ministre des affaires étrangères, mais qui est sûrement l’œuvre ou bien du secrétaire général ou bien de la directrice des affaires américaines, ce (ou cette) haut fonctionnaire fait part à son patron de la réunion qu’il a eue avec le conseiller politique de l’ambassade des Etats-Unis à Rabat, David Greene.
Des cinq sujets abordés avec l’Américain, le fonctionnaire marocain a cru bon de placer « L’éventuel octroi d’une bourse au journaliste Ali Anouzla » en deuxième position. Après « La cause nationale et le Conseil de sécurité », mais avant le reste des autres sujets évoqués, comme par exemple le rapatriement d’un certain Younés Chekouri, citoyen marocain détenu à Guantanamo.
Au sujet d’Ali Anouzla, le diplomate écrit :
« S’agissant de l’éventuel octroi d’une bourse d’études universitaires, dans le cadre du programme « Mireille Fellowship », au journaliste Ali Anouzla, j’ai précisé à M. Greene qu’au cas où l’Ambassade américaine à Rabat aurait proposé l’attribution de cette bourse, ce Département aurait souhaité être approché comme il l’a été il y a deux ans au sujet d’un membre d’Al Adl Wal Ihssane, tout en soulignant que cette information, si elle s’avère vraie, serait inquiétante et inacceptable ».
Note au ministre des affaires étrangères sur la demande de bourse d'Ali Anouzla.
Note au ministre des affaires étrangères sur la demande de bourse d’Ali Anouzla.

samedi 15 novembre 2014

Vidéo d’Aqmi: l’Espagne cède au Maroc et rouvre l’enquête sur Cembrero

 

TelQuel, 14/11/2014

Vidéo d’Aqmi: l’Espagne cède au Maroc et rouvre l’enquête sur Cembrero
Le journaliste Ignacio Cembrero. Crédit : DR

La justice espagnole va rouvrir l’enquête sur le journaliste Ignacio Cembrero et le quotidien El País pour avoir diffusé une vidéo d’Aqmi dans laquelle le groupe terroriste menaçait le Maroc.

Nouveau rebondissement dans le feuilleton judiciaire qu’est devenue « l’affaire Anouzla » : un communiqué du ministère de Mustapha Ramid indique qu’une Cour de justice espagnole « a ordonné au juge d’instruction de rouvrir l’enquête pour apologie du terrorisme » contre le quotidien El País et le journaliste Ignacio Cembrero.
Pourtant, en juin dernier, un procureur de l’Audience nationale − la plus haute juridiction pénale espagnole −, avait décidé de classer sans suite la plainte déposée par le gouvernement Benkirane le 20 décembre 2013. Une seconde plainte avait été également classée sans suite en août par la même juridiction. On s’en souvient, le gouvernement marocain avait porté plainte contre Ignacio Cembrero pour avoir publié en septembre 2013 sur son blog, hébergé par El Pais, une vidéo d’Aqmi appelant au jihad contre les autorités marocaines, mais aussi contre le roi. Un lien vers ce blog a valu au journaliste et fondateur du site Lakome, Ali Anouzla, une arrestation (le 17 septembre 2013), un passage en prison (il est toujours poursuivi en état de liberté provisoire) et la fermeture de son site.

« Il suffit d’une seconde »

« L’affaire a déjà été classée deux fois », réagit Ignacio Cembrero. Joint au téléphone par Telquel.ma, le journaliste semble très remonté. Il regrette ironiquement que « le ministère n’a pas daigné publier de communiqué quand la justice espagnole a classé l’affaire cet été ».
Finalement, il semble que le gouvernement marocain a eu gain de cause, car la Cour espagnole, « après avoir réexaminé la vidéo en question, à la demande du Maroc, a constaté que les photos et les messages font sans aucun doute l’apologie du terrorisme », affirme le communiqué du ministère de la Justice.
Une chose est sûre, le Maroc n’est pas prêt à laisser tomber l’affaire : le communiqué insiste sur les conséquences que la publication d’une telle vidéo peut avoir, estimant que le retrait − rapide − de la vidéo par El País « ne change rien ». « Que la vidéo soit postée pendant des minutes, des heures ou des jours, ne change rien. Il suffit d’une seule seconde pour que les ordres terroristes soient diffusés partout dans le monde. »

samedi 27 septembre 2014

« Lhaqed » va-t-il obtenir le Prix Sakharov 2014 ? Dans l'angoisse Mohammed VI donne des leçons à l'ONU...

Lhaqed, lors de sa sortie de prison en 2012 (photo DR)
Lhaqed, lors de sa sortie de prison en 2012 (photo DR)

A peine dix jours nous séparent du mardi 7 octobre 2014. Le pouvoir marocain n’aime pas cette date, il la déteste même, comme il déteste tout miroir qui lui renvoie son image, que des tonnes de cosmétiques n’arrivent pas à embellir. Il aimerait bien dormir le soir du lundi 6 octobre et se réveiller le matin pour découvrir qu’on est le mercredi 8 octobre et que le mardi 7 octobre a simplement disparu par magie.

En effet, le mardi 7 octobre est la date qu’a choisie le Parlement européen pour sélectionner les trois finalistes du Prix Sakharov 2014 pour la liberté de l’esprit, sachant que le vainqueur sera annoncé jeudi 16 octobre.
Pour un régime qui n’est pas très ami avec la liberté et encore moins celle de l’esprit, son inquiétude trouve du sens.
Le choix des trois finalistes se fera parmi les sept nominés (à titre individuel ou au sein d’une liste) qui ont été présentés le 23 septembre dernier. On y trouve en particulier le jeune rappeur marocain, Mouad Belghouat, plus connu sous le nom de Lhaqed, emprisonné trois fois pour avoir osé exercer son talent et exprimer par son art les aspirations de sa génération à une vie digne. Il a quitté la prison il y a quelques jours en attendant un jugement en appel le 13 octobre.
Les autres candidats qui ont été choisis par les groupes parlementaires européens ont des trajectoires différentes mais se rejoignent pour défendre la cause des droits de l’Homme.
On y trouve, à titre d’exemple, Mahmoud Al’Asali, professeur de droit à l’Université de Mossoul, tué en juillet dernier après avoir défendu le droit des chrétiens, dont le nom est soumis par le groupe des Conservateurs et réformistes européens, en même temps que Louis Raphael Sako, né en Irak et patriarche de l’Église catholique chaldéenne.
De son côté, le groupe de la Gauche unitaire européenne / Gauche verte a nominé les rappeurs Mouad Belghouate et Ala Yaacoubi (Weld El 15 en Tunisie) ainsi que le blogueur égyptien et activiste politique Alaa Abdel Fattah.
Ala Yaacoubi a été condamné en juin 2013 à deux ans de prison ferme pour avoir offensé la police dans une chanson, au moment où il était déjà sous le coup d’une peine de deux mois de prison pour un autre clip similaire. Il a encore été condamné il y a quelques semaines à quatre mois de prison.
Par ailleurs, le groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D) et le groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe a choisi de présenter la candidature de Denis Mulwege, un gynécologue congolais spécialisé dans le traitement des victimes de viol et fondateur de l’hôpital Panzi à Bukavu (Congo).
Le Prix Sakharov pour la liberté de l’esprit, d’une valeur de 50 000 euros, est décerné chaque année par le Parlement européen. Il a été créé en 1988 pour honorer des personnalités collectives ou individuelles qui s’efforcent de défendre les droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Malala Yousafzai a remporté le prix l’année dernière pour son combat pour l’éducation des filles au Pakistan.
Le groupe Gauche unitaire européenne / Gauche verte qui a proposé les rappeurs marocain et tunisien, en plus de l’activiste égyptien, est très conscient que depuis le déclenchement du Printemps Arabe, l’Union européenne n’a pas été à la hauteur de ses valeurs de démocratie et de liberté. Elle a apporté peu de soutien aux jeunes qui battaient le pavé pour réclamer justice et dignité.
Les gouvernements européens, trop pragmatiques et obsédés par la phobie aveugle de l’islamisme, ont plutôt penché pour les contre révolutions et les réformes superficielles.
Dans le cas du Maroc, l’Union européenne n’a exprimé aucune inquiétude à propos de l’affaire du journaliste indépendant Ali Anouzla, accusé de faire l’apologie du terrorisme, alors que les ONG les plus célèbres du monde comme RSF, HRW ou Amnesty International ont exprimé leur solidarité avec lui et leur indignation face à son arrestation abusive et la suspension arbitraire des sites Lakome dont il dirige la version arabophone.
Le choix de Mouad Belghouat est en soi un premier affront pour les autorités et le gouvernement de Rabat.
Si, le 7 octobre prochain, sa liste est sélectionnée parmi les trois finalistes, l’affront sera encore plus douloureux, et si, le 16 octobre, il gagne le Prix Shakharov, l’affront se transformera en une belle gifle.
Elle rappellera l’octroi par l’ONU en 2013 du Prix des droits de l’Homme à Khadija Ryadi, ancienne présidente de l’Association marocaine des droits humains (AMDH) et actuelle secrétaire générale de la jeune association Freedom Now, Comité de protection de la liberté de presse et d’expression au Maroc.
Alors que Freedom Now se débat avec une justice aux ordres pour arracher la reconnaissance légale de sa constitution, l’AMDH vit depuis des mois au rythme du harcèlement et de l’interdiction illégale de ses activités, dont la dernière est une conférence sur les médias et la démocratie prévue ce samedi 27 septembre.
La veille, le président de l’Union marocaine de la presse électronique, Abdallah Aftat a publié une lettre de démission, en guise de protestation contre les agissements des autorités.
Après avoir rappelé que « les autorités enchainent les attaques à l’encontre des expressions médiatiques, en particulier au niveau des médias numériques », et qu’elles « utilisent différents instruments pour punir tous ceux qui ont choisi une ligne éditoriale qui dérange le pouvoir: procès, harcèlement, arrestations et suspension », il s’indigne contre le projet de Code de la presse liberticide concocté par le ministère de la communication et interpelle le roi pour qu’il assume ses responsabilités dans cette mascarade.
Dans ce contexte lourd, un juge, de surcroit président de chambre à la Cour de cassation et surtout vice-président du Club des magistrats du Maroc, a tenu le 24 septembre une conférence de presse pour dénoncer le harcèlement dont il est victime de la part de son ministre de la justice.
Mohamed Anbar n’a pas sa langue sans sa poche. Pour lui, le vrai responsable est l’organe de renseignement (la fameuse DST) dont le directeur Abdellatif Hammouchi veut continuer à bénéficier de l’impunité, avec la complicité des autres responsables. Le juge avait osé critiquer la décision du gouvernement de suspendre les accords de de coopération judiciaire avec la France suite à la convocation de Hammouchi par le parquet de Paris dans une affaire de torture présumée de marocains ayant la double nationalité.
Les relations franco marocaines demeurent timides pour le pas dire froides.
La décoration par le roi Mohamed VI, le 31 juillet 2011, de ce même Hammouchi, dont l’organe est synonyme de répression, a été perçue comme une humiliation par les jeunes manifestants du Mouvement du 20 février.
La sortie médiatique audacieuse d’un juge, qui tient lui aussi à sa liberté d’expression, tout comme Mouad Belghouat, est une première au Maroc.
Il y a quelques jours, le chef du gouvernement Abdelilah Benkirane prononçait docilement à l’assemblée générale de l’ONU un discours du roi du Maroc, dans lequel ce dernier se permettait de donner des leçons à l’humanité entière à propos du développement durable, et ne cachait pas sa nervosité contre les multiples indices et classements internationaux, qui, plus têtus les uns que les autres, se succèdent pour mettre à nu l’échec de sa gouvernance depuis quinze ans. Que ce soit en matière de développement humain, de liberté d’expression, de lutte contre la corruption ou de qualité de l’enseignement, le palmarès est plutôt pâle.
Heureusement qu’il se trouve encore dans le monde quelques âmes charitables, pour rappeler qu’il est toujours plus raisonnable de savoir balayer devant sa porte.
Ahmed Benseddik

samedi 20 septembre 2014

Ali Anouzla, un an plus tard


Par Ali Anouzla
Interprété de l’arabe par Salah Elayoubi

anouzla

Le souvenir du 17 Septembre 2013, avec ces intrus investissant, au petit matin, mon minuscule appartement, me hantera à tout jamais. L’écho de cette sonnette insistante, résonne encore dans mes oreilles et n’en finit plus de réveiller le petit garçon qui sommeille en moi, me transportant en cette nuit cauchemardesque, lorsque des éléments de la police militaire étaient venus tambouriner à la porte métallique du domicile familial, sous les aboiements furieux de mon chien « Frini », pour nous annoncer la mort de mon père, tombé au champ d’honneur de cette mère-patrie, qui fait de moi, aujourd’hui, son prisonnier.
Depuis cette tragique soirée, mes nuits ne furent plus jamais les mêmes, faites de veille vigilante et de sommeil superficiel. Dans la cellule que mes geôliers m’avaient assignée, alors que le silence prenait possession de la prison et que mes compagnons d’infortune cherchaient dans quelques heures de sommeil, le moyen d’oublier leur misérable condition, le cauchemar revenait me hanter. Je croyais alors, reconnaître, dans les cris de détresse de quelques codétenus, le claquement des lourdes portes de métal ou le jappement lointain d’un chien, la tragédie qui frappa, cette nuit-là, ma famille.
Étendu sur ma couche d’infortune, je ressassais inlassablement ces questions : Pourquoi suis-je ici ? Quelle ignoble infamie ai-je commis, pour qu’on me place, trente jours durant, à l’isolement, privé de mes lectures et de ma dignité ? Serais-je un dangereux ennemi public, pour mériter cet acharnement policier, judiciaire et médiatique ? Faudra-t-il qu’on me livre en pâture aux chiens et que mon sang coule dans le caniveau, pour que cessent les éructations pitoyables, des thuriféraires de la tyrannie, à mon égard ?
J’étais entré en journalisme comme on entre en sacerdoce, convaincu de la mission qui m’incombait. Plus qu’un métier, j’en avais fait un engagement à défendre le faible et à me faire gardien de l’intérêt général. J’y ai croisé tant d’opportunisme, de cupidité, et de plumes aux ordres, mais aussi quelques justes, qui me rendirent l’espoir et renforcèrent ma détermination à rendre compte de la vérité, toute la vérité, rien que la vérité !
Mes lectures philosophiques m’apprirent que le scepticisme était le meilleur chemin vers la certitude. J’appris très tôt, à m’affranchir des vérités toutes faites, et à m’imposer le doute comme vertu, n’hésitant jamais à franchir les prétendues lignes rouges et poser les questions les plus dérangeantes, dans ma quête de la vérité.
Mes lectures vernaculaires me firent privilégier l’opinion, plutôt que le courage des plus braves. Je me fis la promesse de ne jamais me taire, face à l’injustice, ni craindre de dire la vérité, dussé-je affronter solitude et traversée du désert.
De désert, il en fut précisément question, une année durant, avec l’épée de Damoclès que l’on sait. Il fut le pire de tous les déserts, non pas en raison de la fermeture injuste de mon unique gagne-pain, ayant appris depuis longtemps, à me contenter de peu, ni en raison de l’interdiction qui m’a été signifiée, dans l’illégalité absolue, de quitter le territoire marocain, et son prolongement, la drôle de liberté qui m’est imposée, mais parce que je n’aurais jamais imaginé qu’on puisse, un jour, confier aux plus lâches et aux plus misérables, le soin de m’infliger, autant d’injustices, de peines et de mépris à la fois.
Je repense à ces moments d’infinie solitude, lorsque je découvrais, stupéfié, que dans ce pays qui se disait celui du droit, mon sort ne tenait qu’à un fil et à l’humeur d’un seul homme, juge de mon destin. Je fis connaissance avec la vengeance aveugle et vis comment la haine et la colère s’étaient liguées, pour vider mes contempteurs de toute humanité. Je réalisais avec anéantissement, à quel point, nous étions tous, confinés dans une immense salle d’attente, en liberté surveillée.
Pourtant même dans les moments les plus sombres, jamais je ne cédai au désespoir ou à la colère, puisant mon énergie dans ce vieux poème arabe :
«  Jamais la haine n’atteint le cœur altier, ni ne grandit celui qu’elle imprègne »
J’ai consacré ma vie à défendre les valeurs de liberté, de justice, de dignité et de démocratie, me promettant de ne jamais changer d’un iota, ma ligne éditoriale, ni faire l’économie d’une seule bataille contre la corruption et la tyrannie, quel qu’en fut le prix à payer.
Je suis redevable à cette épreuve que je traverse, de m’avoir révélé l’affection que me vouent ces femmes et ces hommes libres, et jusqu’à mes geôliers, pour leur bonté à mon égard. Je serais, à tout jamais, reconnaissant à ces militants, ces amis, ces collègues, ces confrères et ces citoyens anonymes, enfants de mon pays, qui prirent, plusieurs fois de suite, possession de la rue, au péril de leur propre existence, pour exiger ma libération. Ils furent simplement merveilleux !
Ma reconnaissance éternelle va également à ma famille, ainsi qu’à tous ces justes, des militants d’organisations internationales et des journalistes, du monde entier. Que serait-il advenu de moi, sans leur soutien ?
A tous, je ne saurais jamais vous restituer un peu de ce que vous m’avez donné, sinon en poursuivant la mission que je me suis fixée, de prêter la plume aux opprimés, aux exclus et aux sans-voix ! Amen !
Ali Anouzla

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jeudi 18 septembre 2014

Maroc : liberté de presse ? Oui, mais pas trop !

ali

Ecrit par Dania Akkad, pour le « Middle-East Eye »
Traduit de l’anglais par Salah Elayoubi

 

Middle-East Eye se penche sur la liberté de la presse au Maroc, au moment même où le code de la profession est dans le pipe-line du parlement, dans une quelconque sous-commission, d’où il ne manquera pas de sortir sans même l’ombre d’un amendement, ou si peu.  On peut légitimement déplorer qu’il n’ait pas, une seule fois, été fait mention dans ce papier du nom de Ali Lmrabet, condamné à dix ans d’interdiction d’exercice de la profession de journaliste. Sans doute le cas le plus emblématique de la répression menée par le régime de Mohammed VI contre la presse. Sans doute aussi, l’un des journalistes  les plus courageux de sa génération.
Dana
Dania Akkad
Au baromètre de la liberté de presse, l’indicateur  pointe désormais, en direction de plus de coercition, après avoir, un temps, oscillé entre liberté relative et répression sévère. Rédacteurs et journalistes sont de fait, confrontés à d’inquiétantes  méthodes, plus ou moins  subtiles, destinées à les museler et qui rappellent cette  période de sinistre mémoire, quelques années après l’intronisation de Mohammed VI,  lorsque certains des meilleurs et des plus brillants journalistes, durent se résoudre à quitter le pays, sous des pressions financières ou privées, afin de continuer à exercer le métier, tandis que d’autres y renoncèrent tout simplement.
Black-out sur l’information
Freedom House, Reporters sans frontières, ont abondamment décrit la lutte de ceux qui sont restés et qui ont osé enfreindre les lignes rouges que sont la vie des sahraouis, le Front Polisario, le Sahara Occidental, la critique du roi ou la remise en question de son budget. Tout comme  Human Rights Watch et Freedom House, qui, de leur côté et avec d’autres,  avaient rappelé comment les tracas n’épargnaient même pas les journalistes étrangers, comme en 2011, lorsque les autorités marocaines firent annuler l’accréditation d’Al-Jazira, à la suite d’articles jugés tendancieux, sur le Sahara occidental, et comme en 2012, lorsque le quotidien espagnol El País, fut interdit, à deux reprises, pour avoir publié une caricature du roi et évoqué un livre critique envers ce dernier.
Autant d’initiatives qui, de l’avis des observateurs et des journalistes, signifient qu’au moment même où le  gouvernement se vante de mener de vastes réformes, dans le cadre de la nouvelle constitution de 2011 (celle-là même qui a permis à la monarchie de se sortir indemne du Printemps arabe), les Marocains ont moins accès à une presse indépendante ou à des enquêtes impartiales, traitant de questions aussi cruciales que la corruption ou les dépenses publiques.
Ministres autant qu’acteurs de la société civile se plaignent également du manque d’informations fiables, mais divergent lorsqu’il s’agit d’en interpréter les raisons :
Mustapha Al-Khalfi, ministre de l’information et ancien journaliste, reconnaît bien un problème de la presse, mais comme ses collègues, il marque sa préférence pour une «troisième voie », plutôt qu’une révolution ou le maintien du statu quo.
 - « Nos médias parlent, malheureusement, très peu de l’action gouvernementale, alors que les réformes en cours, exigent une plus grande vulgarisation. Nos débats méritent meilleure couverture.  », déplore Idriss Azami Al-Idrissi,  ministre du budget.
- « Nous somme incapables de discerner le vrai du faux, en matière d’informations…….Nous nageons en plein doute.», déclare Mohammed Al-Boukili, membre de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH), avant d’ajouter :
- « La véritable information demeure inaccessible aux lecteurs en zones rurales. Les journalistes n’ont accès ni aux chiffres ni aux statistiques. Nous non plus !»

Au commencement était « Le Journal »


abou bakr
Abou Bakr Jamaï
L’affaiblissement des médias « participe de l’exclusion du citoyen de base, de toute vie politique », commente Abou Bakr Jamaï, ex-directeur de la publication francophone de « Lakome ». L’homme faisait partie de ce cercle de journalistes qui s’était fait connaître, à la fin des années 1990. Considérés comme subversifs, explique-t-il, parce qu’ils ne se contentaient pas d’écrire des articles d’opinion, mais faisaient également état d’informations et de points de vue.
- « Nous faisions du journalisme. Nous allions à la rencontre des gens, les interviewions et rendions compte de ce que nous avions appris. »
Alors que les ministres étaient régulièrement taclés dans les médias, donnant l’illusion d’un semblant de presse libre, le monarque était, lui, largement épargné. Jamaï et ses associés voulaient changer ce postulat.  Ce fut « Le Journal », un hebdomadaire au sein duquel de jeunes journalistes se firent les dents en brisant de grands tabous, comme cette interview du chef du Polisario ou encore cet article, sur la présumée implication de l’ancien premier ministre, Abderrahmane Youssoufi, dans le complot, visant à assassiner Hassan II.
A la veille de chaque parution, c’était comme se dire : « Mon Dieu, de quoi vont-ils parler cette semaine? », commente Michael Willis, professeur titulaire de la Chaire Mohammed VI pour les études marocaines et méditerranéennes, à l’Université d’Oxford.
La décennie suivante fut le théâtre d’une série d’escarmouches, sous la forme « édition-répression », qui opposa le journal aux autorités, jusqu’à l’interdiction de 2000, faisant suite à l’entretien avec le chef du Front Polisario. En 2001, les rotatives reprirent du service, sous un nouveau nom, avec une édition arabophone, Assahifa, avant que procès réguliers et boycott des annonceurs, n’aient raison de la santé financière du journal, avec ce coup de grâce administré par le procès en diffamation, intenté en 2006, par Claude Moniquet, directeur de l’Intelligence stratégique européen et Security Center, et l’amende de trois cent soixante mille (360 000) Dollars américains qui en a résulté. Le plaignant avait assigné le « Journal Hebdomadaire » (son nouveau nom) en justice, l’ accusant de l’avoir diffamé en avançant que son rapport sur le Sahara occidental, avait été financé par le Maroc.
Une fois le jugement confirmé par la Cour d’appel de Rabat, Jamai incapable de payer l’amende, démissionna, pour permettre au journal de continuer et quitta le pays.
- « On m’a forcé ! », dira-t-il, plus tard lors d’un entretien téléphonique, depuis la France.
Hormis quelques prestations à distance, comme  sa participation à la version francophone de Lakome, Jamai est désormais persona non grata dans le milieu professionnel. Pourtant, l’idée de reprendre la chefferie d’une rédaction, au Maroc, continue de le hanter. Il dit :
- « En fait, ça me manque à un point tel,  que je me fais violence pour l’oublier ! »

Le cas Taoufik Bouachrine et l’ « Affaire des primes »


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Taoufik Bouachrine
  Alors que la liberté de la presse au Maroc a connu des hauts et des bas, depuis l’avènement de Mohammed VI, deux méthodes ont régulièrement cours, afin de contrôler les médias :
- Aux journalistes, les procès infamants, pour entacher leur crédibilité et jeter l’opprobre sur leur nom.
- Aux annonceurs, dont les entreprises dépendent du Makhzen, on impose le boycott des publications enfreignant les lignes rouges, afin de les asphyxier financièrement. Parfois, dit Willis, ce sont les annonceurs eux- mêmes qui s’imposent la mesure inquiets de préserver les contrats sur lesquels le monarque a un droit de regard.
- « Le Makhzen est tellement persuasif que beaucoup n’ont même pas besoin du fameux coup de téléphone pour s’exécuter ! » explique Willis
Un autre procédé, confie Touafik Bouachrine, d’Akhbar Al Youm, consiste à punir les sources.
- «  Sans doute, le procédé le plus redoutable, parce qu’il s’en prend à l’esprit même du journalisme », ajoute le rédacteur en chef, dont le quotidien tire à quarante mille (40.000) exemplaires.
L’homme qui travaille au dix-septième (17°) étage d’un immeuble casablancais, aux vitres opaques, ne peut ni voir à l’extérieur, ni être vu, et ne sait jamais qui frappe à la porte.
En 2012, son journal avait révélé l’affaire des primes que l’ex-ministre des Finances, Salaheddine Mezouar, et le trésorier général, Nourredine Bensouda, s’étaient mutuellement consenties, en se fondant sur des documents provenant d’informateurs,  au sein même du ministère des Finances.
Sitôt le papier publié, qu’une enquête fut diligentée par le ministre de la Justice,  Mustapha Ramid, membre du Parti de la Justice et du Développement (PJD), arrivé au pouvoir,  en 2012, avec pour principale étiquette, la lutte contre la corruption..
Deux ans plus tard, alors que Bouachrine persistait dans son refus de divulguer ses sources, les enquêteurs réussirent à retracer ses appels téléphoniques vers deux employés du ministère des Finances, Abdelmajid Louiz et Mohamed Reda, qui furent livrés à la justice pour « divulgation de secrets professionnels » et perdirent leur emploi. Reda fut acquitté, en mars dernier, Louiz condamné à deux mois avec sursis et une amende de deux cent quarante (240) Dollars.
Salaheddine Mezouar, ne fut jamais inquiété. Il est aujourd’hui ministre des affaires étrangères du Maroc. Nourreddine Bensouda est toujours en poste à la trésorerie.
Pour Akhbar Al Youm, l’affaire eut l’effet dissuasif que l’on devine. Le rédacteur en chef raconte :
- « Beaucoup de ceux avec lesquels nous avions coutume de travailler ne prennent même plus nos appels. Nous craignons de parler aux gens. Le métier est devenu dangereux pour nous, comme pour nos sources. »
Début 2014, Bouachrine a fait, l’objet d’un procès pour fraude fiscale à hauteur de deux cent mille (200.000) Euros,  portant sur l’achat d’une maison, à Rabat en 2007.  Le procès s’est achevé par un non-lieu, mais le mal était fait.
- « Le but est de vous isoler et vous calomnier », explique Maati Monjib, militant des droits de l’homme. « Les gens craignent plus pour leur réputation que pour leur liberté » avant d’ajouter, à propos de Bouachrine :
- «C’est très douloureux pour lui !»

Le cas Maati Mounjib et « Freedom now »


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Maati Mounjib
Le temps d’avaler une boisson à la terrasse d’un café à rabat et Mounjib qui est aussi professeur d’histoire à l’université de Rabat, brosse une rétrospective du Maroc de ces trente (30) dernières années, dans une large perspective régionale et  jusqu’aux luttes intestines qui secouent le microcosme politique marocain.
Exilé au Sénégal, après sa participation au mouvement estudiantin marocain, l’homme y avait publié en 1992, La monarchie marocaine et la lutte pour le pouvoir. L’ouvrage est toujours interdit au Maroc. En 1995, profitant d’une amnistie générale,  il rentre au pays où il est arrêté huit jours, à la fin de la période d’amnistie. Il quitte le Maroc à nouveau pour y revenir en 2000. Depuis, il écrit dans les colonnes de Zamane traitant des sujets d’actualité du pays, à travers le prisme de son histoire :
- « C’est moins polémique ! », commente l’homme qui a  contribué à fonder Freedom Now, une organisation dont le but était le soutien au journaliste Ali Anouzla, emprisonné et dont les objectifs furent élargis à la liberté d’expression et de la presse.
Malgré des tentatives répétées Freedom Now n’a toujours pas réussi à obtenir le quitus nécessaire à sa reconnaissance et la plainte déposée en son nom, a été déboutée par la justice en juillet dernier. Interrogé à ce sujet, en Juin, le ministre de l’Information, Al-Khalfi a eu cette réponse :
- « Je ne me permettrais pas d’intervenir dans les affaires de la justice »,
Quant à l’historien qui a subi des pressions de la part d’agents, en juillet dernier, afin qu’il cesse de parler de la situation des libertés au Maroc, il conclut au téléphone :
- « Je vais poursuivre mes activités pour les droits humains et la liberté,  parce que je suis un citoyen et parce que je respecte la loi ! »

Le cas Ali Anouzla et « Lakome »

Ali Anouzla
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Ali Anouzla
Ali Anouzla est probablement l’une des plus grandes figures emblématiques du journalisme marocain. Il a passé quarante (40)  jours, en prison, après avoir publié sur la version arabophone de son journal électronique Lakome – un lien vers le site du quotidien espagnol El País  qui relayait une vidéo d’Al-Qaïda menaçant de s’en prendre au maroc.
Arrêté le 17 Septembre 2013, il est inculpé d’apologie du terrorisme et d’aide et assistance à une entreprise terroriste. Une accusation pour laquelle il risque jusqu’à vingt (20) ans de prison.  Anouzla et ses défenseurs soutiennent que la vidéo n’était qu’un  n’était qu’un prétexte.
- « Il n’a pas été arrêté en raison de Al-Qaïda, mais plutôt en raison de ce qu’il avait écrit quelques mois plus tôt sur le monarque. » soutient Mohamed Al Boukili, le plus ancien membre de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH).
Quelques mois précédant son arrestation, Anouzla avait publié un rapport sur les carrières de sable et la corruption qui entoure ce marché. Ses éditoriaux  s’étaient attaqués à l’enveloppe budgétaire du roi (851 000 Dollars par jour), à la fréquence de ses voyages à l’étranger et au  Danielgate, du nom de ce pédophile, Daniel Fino Galvin, condamné à trente (30)  ans de prison, pour le viol de onze (11) marocains âgés de quatre (4) à quinze (15) ans et que Mohammed VI avait gracié, lors de la visite au Maroc, du roi d’Espagne, Juan Carlos,.
- « J’ai été arrêté pour d’autres raisons que le terrorisme !» dit Anouzla, avant de préciser :
- « Je ne critique pas le roi pour le critiquer !»
Plusieurs mois après sa libération, Anouzla emmène l’équipe de Middle-East Eye (MEE) à travers l’étroit escalier qui mène aux bureaux, à présent déserts, de Lakome.  Quelques chaises à roulettes, trois écrans d’ordinateurs, une forêt de câbles débranchés, et quelques feuilles de papiers détachées d’un conférencier gisent à terre. C’est tout ce qu’il reste du journal.
En liberté sous caution, le journaliste explique qu’il n’est qu’ « à moitié libre ». S’il ne croit pas qu’il sera renvoyé en prison, il ne peut, en revanche, ni voyager hors des frontières du Maroc, ni publier tout ce qu’il se dit prêt à faire, en raison de la fermeture du journal, par les autorités.
- « J’ai eu plusieurs propositions à l’étranger, mais je préfère rester, parce que je pense que ma voix a plus d’écho ici et parce que je pense avoir des devoirs envers mon pays » dit-il. Et de poursuivre :
- « Le principal problème de la presse marocaine, est qu’elle est considérée comme une menace pour le pouvoir. Le gouvernement considère que Lakome est dans l’opposition. Pour eux, toute personne qui critique est dans l’opposition. Le journalisme n’est pas l’opposition. C’est juste un autre pouvoir. »
Entre révolution et statu quo, les réformes impossibles
Fraîchement arrivé de Chine, où il était en visite officielle, Mustapha Al-Khalfi, ministre de l’Information, reçoit ses invités en jeans et bras de chemise, dans un lieu qu’il affectionne tout particulièrement,  le lobby d’un hôtel de la capitale.  Ainsi attablé au milieu de l’équipe du Middle-East Eye, il passerait presque pour un journaliste, parmi les siens, plutôt que pour le politicien de carrière qu’il est.
- « Nous avons une dynamique de réformes qui se situe entre révolution et statu quo. Nous appelons cela,  la réforme dans la stabilité. »  Explique le ministre
Par réformes, Al-Khalfi et d’autres entendent l’ensemble de lois organiques destinées à mettre en application, la Constitution de 2011, contestée par le Mouvement du 20 Février, en raison de ses parrains, choisis par le roi.
Une version préliminaire du code de la presse a été présentée au parlement. Ce dernier devrait, selon le ministre, résoudre à la plupart des problèmes auxquels sont confrontés les journalistes. Mais l’adoption de la loi traîne, en grande partie,  en raison du dialogue entre l’Union des Journalistes et le ministère de tutelle :
- « Je comprends que certains exigent une mise en place rapide du nouveau code de la presse. Mais si nous avions procédé ainsi, ils n’auraient pas manqué de nous reprocher de ne pas les avoir consultées. Dix (10) mois ont été nécessaires, afin d’examiner le projet initial et y intégrer les deux tiers des cents (100) recommandations du syndicat de la presse.  Le code devrait  protéger efficacement les journalistes contre l’emprisonnement et les interdictions seraient  laissées à l’initiative des tribunaux et non du ministère de l’Information. »
A la question de savoir ce qu’il pense du boycott de ceux qui franchissent les lignes rouges, Khalfi déclare que des aides étatiques sont à la disposition de ceux qui éprouvent des difficultés financières, tout en précisant que ces cas étaient rarissimes. Il suggère :
- « Ma réponse est claire : visitez avec moi des kiosques à journaux, et vous pourrez y voir des parutions qui traitent du Sahara  ou des institutions politiques marocaines sans que les annonceurs n’en soient absents »
Ce à quoi Willis rétorque que c’est précisément dans les kiosques que l’on se rend compte du problème :
- « Ils racontent tous la même histoire. Personne ne fait du travail d’avant-garde. En lieu et place du journalisme d’investigation, on a droit à des sujets aussi indigents que des reportages sur le secteur des affaires, alors qu’il est question de changements profonds.  Ce n’est pas tant le fait que ce soit si flagrant, ou que ça relève d’une propagande ridicule, mais écrire ce genre d’articles revient purement et  simplement à enfoncer des portes ouvertes ! »
Ceci expliquant sans doute cela, les ventes de magazines et de journaux ont chuté et le public averti de se tourner plutôt vers Twitter et Facebook à la recherche d’informations fiables.
- « Il est illusoire de penser que Facebook et Twitter puissent remplacer un journal ! », déplore Jamai.
Il est également difficile, dans ces conditions, de trouver des journalistes prêts à remettre en question le statu quo et, par conséquent, perdre leurs annonceurs, et risquer de sous-payer leurs employés,  notent les observateurs.

Le silence, cette petite mort des démocrates 

Hamza Mahfoud
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Hamza Mahfoud
Hamza Mahfoud, 28 ans, a travaillé avec Anouzla, à Lakome. Il parle de « la pire année» de sa courte carrière. Mahfoud a commencé à écrire sur les bancs de l’université avant de devenir correspondant marocain pour une agence de presse russe et d’écrire pour plusieurs journaux marocains dont l’Express hebdomaire, fermé depuis.
Son implication dans le Mouvement du 20 février, et les sujets politiques qu’il traite dans ses billets, constituent un frein à ses aspirations de journaliste. Il raconte :
- « Plusieurs journaux ne peuvent pas travailler avec moi, parce que j’appartiens au Mouvement du 20 Février. Tous ceux qui critiquent la monarchie, la politique au Sahara ou l’islam, se heurteront au même problème. »
Mahfoud cite les noms de ses héros en journalisme. Ils ont quitté le pays ou ont été interdits d’exercer leur profession, ces dernières années, avant d’exprimer sa crainte d’être un jour ou l’autre arrêté. Il conclut :
« Nous avons très peu d’espoir de changer cette situation. Nous n’avons donc pas grand choix, si nous ne voulons pas être définitivement réduits au silence. ».