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samedi 18 mai 2013

La République Sahraouie fête les 40 ans du Polisario

http://youtu.be/wC9s6AqQ56s


  par JFD, camp El Aaiun, 18/5/2013

Défilés  

Faudra t'il attendre 50 ans? Pour que cette lente danse gracieuse et patiente des Sahraouis s'immobilise en une danse mortelle.
Ils sont là, par centaines, à fêter leur résistance, collective et individuelle.
Quarante années d'un front dressé pour se libérer d'un système colonial et aussitôt tomber sous le joug d'un autre.
Quarante années dont presque trente huit d'exil géographique pour la moitié d'entre eux dans les camps de réfugiés et trente huit d'exclusion sociale pour celle restée sur place, en zone occupée.
Ils sont là, par centaines, par plus de 40 degrés à l'ombre à attendre de défiler, devant un monde absent aux institutions immobiles.
 Une année de souffrance et d'usure supplémentaire affichée au thermomètre d'une indifférence aussi accablante qu'un soleil de plomb fondu. Le seul chiffre qui baisse ici, c'est l'âge de la mort !
Les années défilent. Les hommes aussi, dans leurs uniformes militaires.
Les années passent. Les femmes aussi, en costumes noirs et blancs, comme figées par le temps.
Les années coulent. Comme coule cette génération d'enfants dans ces oueds oubliés, chantant des slogans d'appels à l'espoir sur le ton d'appels au secours.
Ces années inscrites en chiffres égrenés sur ces panneaux brandis, ces visages de disparus pleurés, jusqu’aux pierres de cimetières dressées, paradant immobiles en rangs serrés.
Des hommes, des femmes, des enfants, oubliés par milliers, vieillissants. Condamnés à marcher dans le désert, prison à ciel ouvert. Que le pas soit martial, dansant ou hésitant, il demeure exilé, inutile, désorienté, année après année.
La mort s’annonce ici dès la naissance, comme un porte drapeau. L’échec est l’ombre du moindre espoir au point qu’échouer devient victoire, pour que l’espoir demeure, malgré tout.
On défile donc, parce que l’espoir s’est défilé en 1975, puis en 1991, puis d’années en années.
Seules les condamnations pleuvent sur les innocents qui défilent aujourd’hui dans ce camp d’El Ayoun ou dans la capitale du Sahara Occidental. Vingt ans, trente ans, perpétuité, la mort.
Ce damné défilé d’années n’en finira t-il donc jamais?
Résolutions humanistes devenues lettres mortes, urgence humanitaire devenue gestion chronique, frères humains devenant proies d’exil.
J’ai alors vu en chaque Sahraoui, en une ferme calligraphie, une lettre de l’acte d’accusation.
Puis à l’horizon, dans la chaleur ondulante, j’ai cru voir les coupables et leurs complices, s’approchant pour défiler, à la barre.
Jean François Debargue. Le 10 mai 2013, camp d'Elayoun
Publié par APSO avec l'autorisation de l'auteur 

 

http://youtu.be/wC9s6AqQ56s

FreeKoulchi projet de base de données sur les prisonniers politiques au Maroc

Par L'équipe FreeKoulchi.

Suite au lancement de la première version de la base de données FreeKoulchi, nous avons reçu beaucoup de messages d'encouragement et de remarques extrêmement pertinentes. Ce qui prouve que notre initiative a un sérieux potentiel et nous motive pour continuer à développer notre base de données.
Nous mettons donc en suspens pour quelques jours le site le temps d'intégrer les différentes remarques et nous reviendrons bientôt avec une version du site plus aboutie.
A très bientôt !
L'équipe FreeKoulchi.

Laâyoune. Six détenus, dont un mineur, accusent les autorités de torture

     Sahara occidental 15 mai 2013

ACTION URGENTE
SIX PERSONNES ARRÊTÉES ET TORTURÉES
Le 9 mai dernier, les forces de sécurité marocaines à Laayoune, au Sahara occidental, ont arrêté six Sahraouis, dont un âgé de 17 ans, après que ceux-ci ont participé à une manifestation pour réclamer l'autodétermination du Sahara occidental. Ils risquent de faire l'objet d'un procès inique après s'être vu extorquer « des aveux » sous la torture, semble-t-il.
El Hussein Bah, 17 ans, Yassine Sidati, 22 ans, Mohamed Garmit, 22 ans, Mohamed Ali Saidi, 26 ans, Abdelaziz Hramech, 27 ans et Youssef Bouzid, 31 ans, auraient été interpellés à leurs domiciles très tôt dans la matinée du 9 mai 2013. Les forces de sécurité n'auraient montré aucun mandat d'arrêt ou de perquisition avant de placer les six hommes en garde à vue.
Ces derniers ont été appréhendés après avoir participé à une manifestation en faveur de l'autodétermination et de l'organisation d'un référendum permettant à la population de choisir entre l'indépendance et l'annexion du Sahara occidental au Maroc. Le défilé a eu lieu à Laayoune le 4 mai dernier, dix jours après que le Conseil de sécurité des Nations unies a voté pour renouveler le mandat de la Mission des Nations unies pour le référendum au Sahara occidental (MINURSO), qui ne comprend aucun mécanisme de surveillance des droits humains. Le 12 mai, au bout de trois jours en garde à vue, El Hussein Bah, Yassine Sidati, Mohamed Garmit, Mohamed Ali Saidi, Abdelaziz Hramech et Youssef Bouzid ont été déférés devant un juge d'instruction à la cour d'appel de Laayoune, et accusés de « violences à l'égard de fonctionnaires » et d'avoir « participé à un rassemblement armé », « placé des objets bloquant la circulation routière » et « dégradé des biens publics ». Ils risquent une peine de prison pouvant aller jusqu'à 10 ans, aux termes du Code pénal. El Hussein Bah a été libéré sous caution le même jour, tandis que les cinq autres ont été placés en détention provisoire à la prison de Lakhal, à Laayoune.
Le jeune homme a expliqué à Amnesty International qu'il avait été torturé et menacé de viol en garde à vue, et qu'il s'était vu forcé de signer des « aveux » qu'il n'a pas été autorisé à lire. Il a ajouté que des policiers lui avaient posé une éponge imbibée d'urine sur le visage, qu'ils lui avaient descendu son pantalon et l'avaient menacé de viol, et qu'ils l'avaient frappé et questionné alors qu'il était suspendu par les genoux, les mains attachées devant les jambes dans la position dite du « poulet rôti ». D'après les informations dont dispose Amnesty International, les six hommes ont expliqué au juge d'instruction qu'ils avaient été victimes de torture et d'autres mauvais traitements, et que leurs « aveux » leur avaient été extorqués sous la torture en garde à vue. El Hussein Bah a raconté que plusieurs d'entre eux présentaient des ecchymoses, des traces de menottes et une inflammation des articulations. Il a également affirmé avoir entendu d'autres détenus se faire maltraiter dans des cellules voisines quand il était en garde à vue.
DANS LES APPELS QUE VOUS FEREZ PARVENIR LE PLUS VITE POSSIBLE AUX DESTINATAIRES MENTIONNÉS CI-APRÈS, en arabe, en français, en espagnol ou dans votre propre langue :
v      appelez les autorités marocaines à veiller à ce que les détenus soient traités avec humanité et protégés de la torture et d'autres mauvais traitements, et qu'ils puissent bénéficier de tous les soins médicaux nécessaires ;
v      engagez-les à diligenter immédiatement une enquête minutieuse, indépendante et impartiale sur les allégations de torture et d'autres mauvais traitements formulées par les six Sahraouis, à garantir qu'aucun « aveu » obtenu sous la torture ne soit utilisé au cours de procédures judiciaires, et à veiller à ce que les responsables présumés de ces sévices soient traduits en justice ;
v      demandez-leur de s'assurer que les familles des détenus puissent librement rendre visite à ces derniers.
ENVOYEZ VOS APPELS AVANT LE 26 JUIN 2013 À :
Ministre de la Justice et des Libertés
Mustafa Ramid
Ministère de la Justice et des Libertés
Place El Mamounia – BP 1015
Rabat, Maroc
Fax : +212 537 73 47 25
Formule d'appel : Monsieur le Ministre,

Ministre de l 'Intérieur
Mohand Laenser
Ministère de l'Intérieur
Quartier administratif
Rabat, Maroc
Fax : + 212 537 76 68 61
Formule d'appel : Monsieur le Ministre,

Copies à :
Conseil national des droits humains
Driss El Yazami
CNDH, Place Achouhada- BP 1341, 10
001, Rabat Maroc
Courriel : elyazami@cndh.org.ma
Fax : +212 537 73 29 27
Veuillez également adresser des copies aux représentants diplomatiques du Maroc dans votre pays (adresse/s à compléter) :
Ambassade du Royaume du Maroc
Fax : 01 45 20 22 58
Courriel : info@amb-maroc.fr

nom(s), adresse(s), n° de fax, adresse électronique, formule de politesse
Vérifiez auprès de votre section s'il faut encore intervenir après la date indiquée ci-dessus. Merci.
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Amnesty International appelle à une enquête indépendante et impartiale sur la torture au Sahara Occidental
Sahraouis dans une prison marocaine. D. R.
Sahraouis dans une prison marocaine. D. R.
L’organisation des droits de l’Homme Amnesty International (AI) a appelé, aujourd’hui vendredi, à une enquête indépendante et impartiale sur les allégations selon lesquelles six militants sahraouis, dont un enfant, ont été torturés par les forces de sécurité marocaines, en garde à vue au Sahara Occidental occupé. 
 «Les rapports selon lesquels les forces de sécurité marocaines ont utilisé la torture et les mauvais traitements contre les six détenus sahraouis pour les faire parler sont profondément troublants», a déclaré Philip Luther, directeur d’Amnesty International pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, ajoutant que les allégations doivent être soigneusement étudiées et les responsables de ces actes traduits en justice. Les six militants pour la cause sahraouie, actuellement détenus à la prison civile d’El-Ayoune, ont été inculpés de «violence contre des fonctionnaires publics», «participation à un rassemblement armé» et «dégradation de biens publics», passibles d'une peine allant jusqu'à 10 ans de prison. Les six détenus ont déclaré au juge d'instruction qu'ils avaient été torturés et maltraités, et que leurs «aveux» avaient été extorqués sous la torture durant la garde à vue. «L'Organisation a demandé la présence de l’ONU au Sahara Occidental pour une surveillance adéquate des droits de l'Homme dans la région et l’établissement de rapports indépendants et impartiaux sur la situation actuelle, y compris les allégations de torture et d'autres mauvais traitements», a encore ajouté ce responsable. Cette présence jouera un rôle «clé» dans la documentation des violations des droits de l'Homme qui, autrement, ne sont pas signalés et préviennent des accusations sans fondement dans les autres cas, ajoute Amnesty International.
R. I.
 http://www.algeriepatriotique.com/article/amnesty-international-appelle-une-enquete-independante-et-impartiale-sur-la-torture-au-sahar

Laâyoune. Six détenus, dont un mineur, accusent les autorités de torture


Hussein Abbah, 17 ans, accuse les autorités de torture


Amnesty International et la CODESA demandent l'ouverture d'une enquête "indépendante et impartiale" suite aux allégations de torture de six Sahraouis, dont un mineur de 17 ans, incarcérés après les manifestations de Laâyoune.

Suite aux manifestations pro-autodétermination qui ont secoué Laâyoune, Smara et Boujdour depuis fin avril, les autorités ont procédé il y a quelques jours à de nombreuses interpellations. Selon la version officielle de l'Intérieur, des jeunes Sahraouis payés par le Polisario et l'Algérie attaquent depuis fin avril les forces de l'ordre à coups de pierre et d'armes blanches, faisant 150 blessés parmi les policiers. Les autorités nient tout dépassement de la loi.
Une version vivement contestée par les activistes sahraouis mais aussi par les associations de défense des droits de l'homme, qui affirment que les manifestations étaient pacifiques et que ce sont les forces de l'ordre qui ont provoqué et attaqué les participants, déclenchant des heurts avec certains jeunes. Une délégation d'Amnesty international qui était à Laâyoune fin avril affirme avoir observé des forces de l'ordre en train de lancer des pierres contre les manifestants le 27 avril. La scène a été filmée.
Amnesty International vient d'ailleurs de publier un communiqué demandant l'ouverture d'une enquête «indépendante et impartiale» suite aux allégations de torture formulées par six détenus sahraouis, arrêtés le 9 mai dernier après les manifestations.

Accusations de torture
Parmi eux, un mineur de 17 ans, Hussein Abbah, qui avait été relâché sous caution le 12 mai. Après sa sortie, ce jeune avait affirmé à la CODESA et à Amnesty International avoir été torturé par la police, menacé de viol et forcé à signer des «confessions». Il racontait notamment que les officiers de police avaient pressé une éponge imbibée d'urine sur son visage, lui avaient baissé son pantalon en le menaçant de viol et l'avaient battu pendant qu'il était suspendu en l'air.
Les autorités n'ont pas commenté ce témoignage mais le jeune Hussein Abbah a été arrêté de nouveau et ramené en prison.
Lui et les cinq autres détenus sont poursuivis selon Amnesty international pour «violences contre des agents de la force publique», «participation à un rassemblement armé», «avoir placé des objets sur une route pour bloquer la circulation» et «destruction de propriété publique». Ils doivent comparaître le 14 juin prochain. Ils risquent jusqu'à dix ans de prison.
Amnesty international mentionne également le fait que les interpellations du 9 mai auraient été menées sans mandat. Un communiqué de l'AMDH (bureau de Laâyoune) publié le lendemain détaille ces interpellations. La mère du jeune Hussein Abbah raconte l'arrestation de son fils qu'elle décrit comme un enlèvement : «Lorsque je l'ai cherché à la préfecture de police à Laâyoune, ils ont nié avoir arrêté mon fils et ont nié sa présence chez eux. D'autres femmes dont les enfants avaient été enlevés se sont regroupées pour demander des informations sur leurs enfants. Notre groupe de femmes a été expulsé par la force de la préfecture de Laâyoune et nous avons été insultées.»
Le bureau local de l'AMDH rappelle dans ce communiqué ses précédentes alertes «à propos de la détérioration des droits humains à cause des forces publiques à Laâyoune qui commettent des violations des droits humains en l'absence d'enquêtes et de poursuites légales qui auraient visé à punir ceux qui commettent ces violations».
http://fr.lakome.com/index.php/politique/790-laayoune-six-detenus-dont-un-mineur-accusent-les-autorites-de-torture
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Un très beau texte de Eduardo Galeano sur la Sahara Occidental


  • La planète des murs.

                   « l’hypocrisie est le tribut que le vice paye à la vertu »
                                             Eduardo GALEANO
                                                  2 mai 2007.

Des barrières pour emprisonner les peuples.

Un peu partout à travers le monde, des murs ont été érigés pour séparer les peuples. Certains font les manchettes. D’autres font rarement parler d’eux. C’est le cas du mur érigé par le Maroc au Sahara occidental.

Vous souvenez-vous du célèbre mur qui divisait la ville de Berlin en deux ? Tous les jours, ou presque, il défrayait les manchettes. Nous avions tellement lu sur lui, nous avions entendu tant des commentaires à son sujet, et nous l’avions aperçu si souvent, à la télévision, que nous avions l’impression de le connaître personnellement. « Mur de la honte », « mur de l’infamie », « rideau de fer », la plus fameuse construction de l’ère soviétique avait reçu plusieurs sobriquets peu flatteurs.

En novembre 1989, le mur de Berlin est finalement tombé. Personne ne s’en plaindra. Mais d’autres murs ont surgi, ailleurs dans le monde. Plusieurs continuent de s’étendre. Certains sont même devenus beaucoup plus imposants que le défunt mur de Berlin. Mais nous n’y accordons guère d’attention, comme si certains murs étaient plus télégéniques ou plus présentables que d’autres.

Par exemple, on parle très peu du mur que les États-Unis sont en train d’ériger le long de leur frontière avec le Mexique. Ni de la double rangée de fils barbelés qui a été installée autour des enclaves espagnoles de Ceata et de Melilla, sur la côte du Maroc. Le mur que les Israéliens construisent en Cisjordanie occupée ne fait pas souvent les manchettes, lui non plus. Mine de rien, il sera bientôt quinze fois plus long que le défunt mur de Berlin.

Et que penser du mur qui perpétue depuis 20 ans l’occupation par le Maroc du Sahara occidental ? Autant dire qu’on n’en parle jamais. Ce mur, protégé par des mines et constamment gardé par des milliers de soldats, se révèle pourtant 60 fois plus long que le mur de Berlin. Pourquoi certains murs font si souvent parler d’eux alors que d’autres sont entourés d’un grand silence ? Serait-ce à cause des murs de silence que les grands médias érigent chaque jour ? Mystère et boule de gomme.

En juillet 2004, la Cour internationale de La Haye a statué que le mur de Cisjordanie violait la loi internationale et elle a ordonné son démantèlement. Jusqu’ici, Israël a fait la sourde oreille.

L’attitude d’Israël n’apparaît pas sans précédent. En octobre 1975, la Cour internationale jugeait qu’il n’y avait pas de lien territorial entre le Sahara occidental et le Royaume du Maroc. Dire que le gouvernement marocain a ignoré cette décision de la Cour constitue un euphémisme. En fait, c’est bien pire que cela. Le lendemain de la décision de la Cour, le Maroc a envahi le Sahara occidental, dans ce qu’on a appelé la « marche verte ». Le royaume a confisqué de vastes portions du territoire, tout en expulsant les populations, de gré de force, dans une vague de feu et de sang.

Ainsi va la vie

Environ un millier de résolutions des Nations unies ont confirmé le droit à l’autodétermination des citoyens du Sahara occidental. A quoi bon ? Un plébiscite devait aussi être organisé, pour décider de l’avenir du territoire. Pour être sûr de faire triompher ses vues, le Maroc a inondé le territoire avec des colons marocains. Mais bientôt, même ces gens-là n’apparaissaient plus assez loyaux. Alors le roi, celui-là même qui avait accepté l’idée d’un plébiscite, s’est mis à reculer. Plus tard, il a refusé de tenir la consultation.

Et maintenant son fils, l’héritier du trône, poursuit dans la même voie. Le déni de la réalité constitue une forme de confession. En refusant de permettre la tenue d’un vote, c’est comme si le Maroc admettait qu’il a volé un pays. Est-ce que nous allons continuer à accepter ce genre de choses ? Quels effets ont eu les innombrables résolutions des Nations unies condamnant l’occupation du territoire palestinien ? Et les innombrables résolutions contre le blocus de Cuba ? Comme le dit le vieil adage : l’hypocrisie est le tribut que le vice paye à la vertu.

De nos jours, le patriotisme constitue le privilège des pays dominants. Le patriotisme des faibles est immanquablement associé à du populisme ou pire, à du terrorisme. A moins qu’il ne suscite que la plus totale indifférence. Les patriotes du Sahara occidental qui se battent depuis 30 ans pour reprendre une place sur l’échiquier mondial ont obtenu la reconnaissance diplomatique de 82 pays, incluant le mien, l’Uruguay. Ce dernier a rejoint la majorité des pays d’Amérique latine et d’Afrique.

L’Europe fait exception. Aucun pays européen n’a reconnu la République sahraouie. Même pas l’Espagne. Selon le cas, on peut interpréter cela comme de l’irresponsabilité, de l’amnésie ou de la désaffection. Il y a trois décennies, le Sahara occidental constituait pourtant une colonie espagnole, et l’Espagne avait le devoir moral de protéger son indépendance. Or, qu’a donc légué l’administration espagnole, au bout d’un siècle ? Une poignée d’experts et une trahison. Elle a servi les Sahraouis sur un plateau pour qu’ils soient dévorés par le Royaume du Maroc. Il y a quelques années, un journaliste interviewait dans un hôpital de Bagdad une petite fille de huit ans, grièvement blessée, dans un bombardement. Au terme de la 11e opération nécessaire pour lui reconstruire un bras, la petite fille s’était écriée : « Si seulement nous n’avions pas de pétrole ! »

Aujourd’hui, les gens du Sahara occidental sont bien placés pour comprendre le désarroi de la fillette. Peut-être sont-ils coupables seulement parce que la côte de leur pays est reconnue comme l’une des plus poissonneuses de tout l’océan Atlantique ? Ou parce que sous l’immensité désertique qui couvre une grande partie de leur territoire, se cachent les plus grandes réserves de phosphate du monde ? Ou peut-être parce qu’on pense y trouver du pétrole, du gaz naturel et de l’uranium ?

Les ressources naturelles feront le malheur de ton peuple. Cette « prophétie » pourrait faire partie du Coran, même si elle ne s’y trouve pas.

Les camps de réfugiés sahraouis du sud de l’Algérie se trouvent dans le plus aride des déserts. Là -bas, tout n’est qu’un vide immense dans lequel seuls des rochers semblent pousser. Et pourtant, c’est à ces endroits et dans les quelques territoires libérés que les Sahraouis ont réussi à construire l’une des sociétés les plus ouvertes et les moins machistes de tout le monde musulman.

Le miracle des Sahraouis, qui sont très pauvres et trop peu nombreux, ne s’explique pas seulement par leur volonté farouche d’être libre. Il dépend aussi de la solidarité internationale. Et une grande partie de celle-ci provient des gens d’Espagne. Leur solidarité, leur mémoire et leur dignité apparaissent bien plus puissantes que les atermoiements des gouvernements et les calculs cyniques du monde des affaires. Vous aurez remarqué que j’écris le mot solidarité. Pas charité. La charité humilie, la solidarité donne du courage. N’oubliez pas le proverbe africain : « La main qui reçoit est toujours plus basse que la main qui donne. »

Les Sahraouis attendent. Ils semblent condamnés à l’angoisse et à la nostalgie. Les camps de réfugiés portent les noms de leurs villes occupées, de leurs liens de rencontres disparus, de leurs familles dispersées : l’Ayoun, Smara, Dakhla. On les appelle les enfants des nuages parce qu’ils ont toujours poursuivi la pluie. Mais depuis plus de 30 ans, ils sont aussi en quête de justice. Dans notre monde, c’est une denrée qui se révèle bien plus rare que l’eau dans le désert.

Eduardo Galéano
    La planète des murs.

    « l’hypocrisie est le tribut que le vice paye à la vertu »

    Par Eduardo GALEANOn 2 mai 2007.
    Des barrières pour emprisonner les peuples.
    Un peu partout à travers le monde, des murs ont été érigés pour séparer les peuples. Certains font les manchettes. D’autres font rarement parler d’eux. C’est le cas du mur érigé par le Maroc au Sahara occidental.

    Vous souvenez-vous du célèbre mur qui divisait la ville de Berlin en deux ? Tous les jours, ou presque, il défrayait les manchettes. Nous avions tellement lu sur lui, nous avions entendu tant des commentaires à son sujet, et nous l’avions aperçu si souvent, à la télévision, que nous avions l’impression de le connaître personnellement. « Mur de la honte », « mur de l’infamie », « rideau de fer », la plus fameuse construction de l’ère soviétique avait reçu plusieurs sobriquets peu flatteurs.

    En novembre 1989, le mur de Berlin est finalement tombé. Personne ne s’en plaindra. Mais d’autres murs ont surgi, ailleurs dans le monde. Plusieurs continuent de s’étendre. Certains sont même devenus beaucoup plus imposants que le défunt mur de Berlin. Mais nous n’y accordons guère d’attention, comme si certains murs étaient plus télégéniques ou plus présentables que d’autres.

    Par exemple, on parle très peu du mur que les États-Unis sont en train d’ériger le long de leur frontière avec le Mexique. Ni de la double rangée de fils barbelés qui a été installée autour des enclaves espagnoles de Ceata et de Melilla, sur la côte du Maroc. Le mur que les Israéliens construisent en Cisjordanie occupée ne fait pas souvent les manchettes, lui non plus. Mine de rien, il sera bientôt quinze fois plus long que le défunt mur de Berlin.

    Et que penser du mur qui perpétue depuis 20 ans l’occupation par le Maroc du Sahara occidental ? Autant dire qu’on n’en parle jamais. Ce mur, protégé par des mines et constamment gardé par des milliers de soldats, se révèle pourtant 60 fois plus long que le mur de Berlin. Pourquoi certains murs font si souvent parler d’eux alors que d’autres sont entourés d’un grand silence ? Serait-ce à cause des murs de silence que les grands médias érigent chaque jour ? Mystère et boule de gomme.

    En juillet 2004, la Cour internationale de La Haye a statué que le mur de Cisjordanie violait la loi internationale et elle a ordonné son démantèlement. Jusqu’ici, Israël a fait la sourde oreille.

    L’attitude d’Israël n’apparaît pas sans précédent. En octobre 1975, la Cour internationale jugeait qu’il n’y avait pas de lien territorial entre le Sahara occidental et le Royaume du Maroc. Dire que le gouvernement marocain a ignoré cette décision de la Cour constitue un euphémisme. En fait, c’est bien pire que cela. Le lendemain de la décision de la Cour, le Maroc a envahi le Sahara occidental, dans ce qu’on a appelé la « marche verte ». Le royaume a confisqué de vastes portions du territoire, tout en expulsant les populations, de gré de force, dans une vague de feu et de sang.

    Ainsi va la vie

    Environ un millier de résolutions des Nations unies ont confirmé le droit à l’autodétermination des citoyens du Sahara occidental. A quoi bon ? Un plébiscite devait aussi être organisé, pour décider de l’avenir du territoire. Pour être sûr de faire triompher ses vues, le Maroc a inondé le territoire avec des colons marocains. Mais bientôt, même ces gens-là n’apparaissaient plus assez loyaux. Alors le roi, celui-là même qui avait accepté l’idée d’un plébiscite, s’est mis à reculer. Plus tard, il a refusé de tenir la consultation.

    Et maintenant son fils, l’héritier du trône, poursuit dans la même voie. Le déni de la réalité constitue une forme de confession. En refusant de permettre la tenue d’un vote, c’est comme si le Maroc admettait qu’il a volé un pays. Est-ce que nous allons continuer à accepter ce genre de choses ? Quels effets ont eu les innombrables résolutions des Nations unies condamnant l’occupation du territoire palestinien ? Et les innombrables résolutions contre le blocus de Cuba ? Comme le dit le vieil adage : l’hypocrisie est le tribut que le vice paye à la vertu.

    De nos jours, le patriotisme constitue le privilège des pays dominants. Le patriotisme des faibles est immanquablement associé à du populisme ou pire, à du terrorisme. A moins qu’il ne suscite que la plus totale indifférence. Les patriotes du Sahara occidental qui se battent depuis 30 ans pour reprendre une place sur l’échiquier mondial ont obtenu la reconnaissance diplomatique de 82 pays, incluant le mien, l’Uruguay. Ce dernier a rejoint la majorité des pays d’Amérique latine et d’Afrique.

    L’Europe fait exception. Aucun pays européen n’a reconnu la République sahraouie. Même pas l’Espagne. Selon le cas, on peut interpréter cela comme de l’irresponsabilité, de l’amnésie ou de la désaffection. Il y a trois décennies, le Sahara occidental constituait pourtant une colonie espagnole, et l’Espagne avait le devoir moral de protéger son indépendance. Or, qu’a donc légué l’administration espagnole, au bout d’un siècle ? Une poignée d’experts et une trahison. Elle a servi les Sahraouis sur un plateau pour qu’ils soient dévorés par le Royaume du Maroc. Il y a quelques années, un journaliste interviewait dans un hôpital de Bagdad une petite fille de huit ans, grièvement blessée, dans un bombardement. Au terme de la 11e opération nécessaire pour lui reconstruire un bras, la petite fille s’était écriée : « Si seulement nous n’avions pas de pétrole ! »

    Aujourd’hui, les gens du Sahara occidental sont bien placés pour comprendre le désarroi de la fillette. Peut-être sont-ils coupables seulement parce que la côte de leur pays est reconnue comme l’une des plus poissonneuses de tout l’océan Atlantique ? Ou parce que sous l’immensité désertique qui couvre une grande partie de leur territoire, se cachent les plus grandes réserves de phosphate du monde ? Ou peut-être parce qu’on pense y trouver du pétrole, du gaz naturel et de l’uranium ?

    Les ressources naturelles feront le malheur de ton peuple. Cette « prophétie » pourrait faire partie du Coran, même si elle ne s’y trouve pas.

    Les camps de réfugiés sahraouis du sud de l’Algérie se trouvent dans le plus aride des déserts. Là -bas, tout n’est qu’un vide immense dans lequel seuls des rochers semblent pousser. Et pourtant, c’est à ces endroits et dans les quelques territoires libérés que les Sahraouis ont réussi à construire l’une des sociétés les plus ouvertes et les moins machistes de tout le monde musulman.

    Le miracle des Sahraouis, qui sont très pauvres et trop peu nombreux, ne s’explique pas seulement par leur volonté farouche d’être libre. Il dépend aussi de la solidarité internationale. Et une grande partie de celle-ci provient des gens d’Espagne. Leur solidarité, leur mémoire et leur dignité apparaissent bien plus puissantes que les atermoiements des gouvernements et les calculs cyniques du monde des affaires. Vous aurez remarqué que j’écris le mot solidarité. Pas charité. La charité humilie, la solidarité donne du courage. N’oubliez pas le proverbe africain : « La main qui reçoit est toujours plus basse que la main qui donne. »

    Les Sahraouis attendent. Ils semblent condamnés à l’angoisse et à la nostalgie. Les camps de réfugiés portent les noms de leurs villes occupées, de leurs liens de rencontres disparus, de leurs familles dispersées : l’Ayoun, Smara, Dakhla. On les appelle les enfants des nuages parce qu’ils ont toujours poursuivi la pluie. Mais depuis plus de 30 ans, ils sont aussi en quête de justice. Dans notre monde, c’est une denrée qui se révèle bien plus rare que l’eau dans le désert.

    Eduardo Galéano

Les coups de la police marocaine le laissent amnésique, il est Sahraoui, il a 16 ans

Par Equipe Media, El Aaiun Sahara Occidental occupé, 14/05/13



Un enfant sahraoui reste amnésique suite aux tortures que lui ont infligées les policiers marocains. C’était il y a 15 jours, après le renouvellement à l’identique par l’ONU de sa mission du notre territoire. La mission doit organiser le referendum d’autodétermination du peuple sahraoui depuis 1991. Elle n’avance à l’évidence pas dans sa mission, et ne peut pas protéger les supposés bénéficiaires du même référendum.

Adnan Ahmed Amsa'aed, 16 ans, a été enlevé le 30 avril 2013 vers 17h sur le boulevard d'El Qairaouan à El Aaiun occupée. Il a été torturé par les policiers marocains pendant 2h, dans une camionnette qui se déplaçait, et relâché loin de sa maison.
Il souffre d’hématomes évidents au niveau de la tête et de la mâchoire inférieure, et de douleurs violentes au niveau des parties génitales.
Adnan est né à El Aaiun occupée en 1997, il a étudié jusqu’en troisième année au collège et savait lire et écrire avant son arrestation. Mais après avoir été frappé et torturé le 30 avril, il ne plus reconnaît les lettres ni les mots, et ne reconnaît pas l'école où il étudiait. Il ne reconnaît d’autre part pas tous les membres de sa famille. Il est effrayé quand des hommes portant des lunettes s’approchent de lui, et l’appel à la prière le met dans un état de grande angoisse. La famille a identifié que cela était en relation avec les caractéristiques physiques des tortionnaires et la période de la torture.
Selon la famille, le traumatisme de l’enfant leur a semblé très fort au niveau psychologique. Sachant qu’il n’y aucun entité de soins psychiatriques à El Aaiun, ils ont gardé le jeune à la maison pour le protéger.
Néanmoins, le 13 mai 2013, Adnan a été transporté à l'hôpital Ben Mehdi pour les fortes douleurs qui persistait au niveau de ses parties génitales. Le docteur marocain Hajji a refusé de le soigner et a dit qu’il fallait le transporter à Agadir.
Selon des activistes sahraouis M.Hajji semble refuser régulièrement de soigner les sahraouis. C’est le même docteur qui avait menacé Fatma Daouidi, blessée aux doigts lors des manifestations du 25 avril,  de lui casser les autres.

Le cas d'Adnan Amsa'aed montre les pratiques réelles du Maroc alors que le Royaume prétend respecter les droits humains, a signé la Convention relative aux droits de l'enfant le 26 juin 1990 et l'a ratifiée le 21 juin 1993.
Le royaume torture et se permet de réfuter les rapports et vidéos qui exposent et montrent  les faits. Il adopte même une attitude d’agressé, pour tenter de cacher ses exactions.
La famille Amsa'aed a déposé une plainte devant le procureur, mais aucune enquête n'a été ouverte. C’est une pratique courante de justice sélective pratiquée par le Maroc au Sahara Occidental.
Le royaume poursuit les sahraouis avec des accusations fabriquées, mais ne fait rien pour traiter les milliers des plaintes déposées par les victimes sahraouies.

Si l’information de la torture de cet enfant n’a été portée à la connaissance de notre équipe que 15 jours après les faits, il est probable que d’autres enfants ont subit des sorts similaires.
L'équipe Media se tient à la disposition des familles pour les informer des démarches à suivre pour des cas similaires, et les orienter vers les organismes locaux et internationaux crédibles et sérieux de protections des mineurs.
Alors que le monde s’apprête à célébrer le 1er juin la Journée mondiale de l'enfance, et que le Maroc affichera des slogans auto-satisfaits, ses pratiques policières sur les enfants sahraouis laissent des blessures physiques et psychologiques qu’il semble espérer indélébiles et dissuasives.
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