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jeudi 12 novembre 2015

L'ONU attachée aux termes de sa médiation au Sahara occidental, la diplomatie marocaine dans l'impasse

 

New York , 11 nov 2015 (SPS) 

Le droit de l'Envoyé personnel du SG de l'ONU pour le Sahara occidental, Christopher Ross, de se rendre dans les territoires sahraouis occupés a été expressément réaffirmé par un haut responsable onusien, plaçant de plus en plus le Maroc dans une position de faiblesse du point de vue diplomatique vis-à-vis de la question sahraouie, a rapporté mercredi l’Agence de presse algérienne (APS).

Le porte-parole du SG de l'organisation des Nations Unies, Martin Nesirky était clair dans sa réaction aux propos tenus par le chef de la diplomatie marocaine, Salahedine Mezouar, selon lesquels "le Maroc ne pourrait accepter la visite de Ross au Sahara occidental", en réaffirmant que "Ross,  a le droit de se rendre au Sahara occidental".

Autrement dit, Ross continuera à arbitrer les négociations entre le Front-Polisario et le Maroc en vue d'organiser un référendum sur l'autodétermination du Sahara occidental, une solution "pleinement appuyée" par nombre de pays.

Pour rappel, le Maroc n'en est pas à son premier accroc avec le médiateur onusien. En 2012 déjà, le Royaume lui avait retiré sa confiance l'accusant de "partialité" après avoir, dans l'un de ses rapports, épinglé Rabat sur la situation des droits de l'homme dans les territoires sahraouis occupés.

Samedi, le ministre des Affaires étrangères sahraoui, Mohamed Salem Ould Salek, avait souligné que la dernière tentative de l'occupant marocain d'empêcher l'Envoyé personnel du SG de l'ONU de visiter les villes sahraouies occupées témoigne de "son isolement et de ses contradictions avec les résolutions des Nations Unies".

M. Nesirky a réitéré lundi l'appel du chef de l'ONU à de véritables négociations entre le Front Polisario et le Maroc qui seront lancés dans les prochains mois devant conduire à l'autodétermination du peuple du Sahara occidental.

La diplomatie marocaine mise à mal

Le Maroc est en froid avec des ONG, experts et députés de nombreux pays. Ils étaient nombreux à défendre le principe que le conflit au Sahara occidental était une question de décolonisation, ce que Rabat a du mal à accepter.

Des juristes et experts en droit international, réunis mardi au Parlement européen à Bruxelles à l'occasion d'une Conférence sur "les droits de l'homme et le respect de la légalité internationale au Sahara Occidental", ont réaffirmé que "malgré les tentatives du Maroc de faire reconnaître ce conflit comme une question de sécession, il s'agit bien d'une question de décolonisation.

Ce fait est incontestable", ont insisté à l'unanimité les participants à cette Conférence.

"Le Sahara occidental n'ayant jamais été un territoire sous souveraineté marocaine, il est dès lors impossible de parler de sécession", ont-ils expliqué, soulignant que le Sahara Occidental est recensé parmi les 17 territoires non autonomes (TNA) sur la liste établie par les Nations Unies.

Autre percée pour le cause sahraouie, et pas des moindres, un délégué des Équipes de réponses aux catastrophes de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR), Sadrack Bertrand Mantanda effectue une visite dans les camps de réfugiés sahraouis affectés récemment par les inondations, une première depuis 40 ans.

Cette visite qui consiste à évaluer la situation humanitaire suite aux inondations qui ont frappé les camps des réfugiés, est une première depuis leur installation en 1975 à Tindouf, un événement qu'il a qualifié d’"acquis humanitaire".

Le Maroc gagné par la peur d'un retour vers la légalité

La sujet qui inquiète actuellement les autorité marocaines, c'est de voir le Conseil de sécurité de l'ONU retenir la proposition exprimée lundi par des experts et juristes internationaux depuis Bruxelles portant nécessité d'intégrer un mécanisme de surveillance du respect des droits de l'homme à la mission des Nations Unies pour le référendum au Sahara occidental (Minurso).

Des juristes venus des territoires occupés du Sahara Occidental, d'Espagne, de Grande Bretagne, de France, d'Algérie et de nombreux autres pays, ont tiré la sonnette d'alarme sur la situation des Sahraouis vivants aux territoires occupés.

Ces derniers ont convenu de publier très prochainement une déclaration dans laquelle ils comptent appeler le Parlement européen et les autres institutions de l’UE à "plus d’engagement dans cette cause", emboitant le pas à l'appel du secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon à de véritables négociations entre le Front Polisario et le Maroc qui doivent être lancées dans les prochains mois et devant aboutir à "une solution politique mutuellement acceptable, permettant l'autodétermination du peuple du Sahara occidental".

Tout cela est perçu comme une avancée pour le Front Polisario, ce qui  pour le Maroc constitue un échec de sa politique expansionniste au Sahara Occidental.

Dernière colonie en Afrique, le Sahara Occidental a été occupé par le Maroc, il y a 40 ans, après le départ des troupes espagnoles, et reste à ce jour inscrite à l'ONU au chapitre des territoires à décoloniser selon les règles du droit international en la matière. (SPS)

020/090/700 111606 NOV 015 SPS

dimanche 28 septembre 2014

L'ambassadeur sahraoui à Alger appelle l'ONU à imposer le respect de la légalité internationale

Alger, 27 sept 2014 (SPS) L'ambassadeur de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) à Alger, Ibrahim Ghali, a appelé samedi les Nations Unies à mettre en oeuvre le plan de règlement et à imposer le respect de la légalité internationale" pour permettre au peuple sahraoui de réaliser son droit à l'autodétermination et à l'indépendance.

Intervenant à la clôture des travaux de l'université d'été de l'Alliance nationale (ANR), l'ambassadeur sahraoui a précisé qu'il "est inconcevable que la Mission de l'ONU pour l'organisation du referendum d'autodétermination au Sahara Occidental (Minurso) se transforme d'une mission de paix en une mission qui soutient l'occupant et qui passe sous silence ses pratiques de répression, ses violations des droits de l'homme, ses crimes et son exploitation illégale des richesses naturelles du Sahara Occidental".

"La crédibilité et l'essence même de l'existence de l'ONU consiste à imposer le respect de sa charte et la mise en œuvre de ses résolutions visant l'autodétermination du peuple sahraoui et des peuples qui luttent pour leur autodétermination et leur indépendance" rappelant que le territoire est placé sous l'autorité de l'ONU depuis 1963.

Par la même occasion, M. Ghali a dénoncé " la complicité de certains Etats membres du Conseil de sécurité international notamment la France avec le Maroc". Ce qui l'a encouragé, a-t-il dit "à faire fi de la légalité internationale et à adopter la politique d'intransigeance et de répression au vu et au su de la communauté internationale et de l'opinion publique mondiale".

Ce soutien a également encouragé le régime marocain " à entraver les efforts des Nations Unies et d'empêcher l'envoyé personnel et la représentante spéciale du secrétaire général de l'ONU de visiter la région".

Ainsi, l'ambassadeur sahraoui a appelé l'ONU à imposer des "sanctions économiques et militaires au régime marocain" pour  non respect de la légalité internationale.

Il a également dénoncé " la production et l'exportation de la drogue par le Maroc et l'utilisation des recettes pour acheter le soutien des lobbies à son occupation illégale ainsi qu'au crime organisé et aux groupes activant dans la région du Sahel afin de déstabiliser la région et détourner l'attention sur son occupation du Sahara occidental.

Par ailleurs, le diplomate sahraoui a réaffirmé la détermination du peuple sahraoui à poursuivre sa lutte pour l'autodétermination et l'indépendance d'autant que le régime marocain, est "un régime sanguinaire et expansionniste qui ne respecte pas la légalité internationale".

Il a enfin salué la position de l'Algérie soutenant le peuple sahraoui conformément à la légalité internationale. (SPS)

020/090/700 280938 SEPT 014 SPS

mardi 16 septembre 2014

SAHARA OCCIDENTAL : UN TERRITOIRE DISPUTÉ, UN PEUPLE OUBLIÉ

Source de tensions et de problèmes, la question du Sahara occidental n’est pas sujette à débat au sein de la société marocaine. Pour les autorités, ce territoire d’environ 266 000 km2 fait partie intégrante du territoire national, d’où son occupation et la répression permanente et violente des partisans de l’indépendance.

Hilt Teuwen est Secrétaire générale du Comité belge de soutien au peuple sahraoui. Nous l’avons rencontrée pour dresser l’état d’une situation disparue depuis longtemps des radars des médias.

Frédéric Lévêque 

Pouvez-vous nous rappeler le statut juridique du Sahara occidental ?

Le Sahara occidental est considéré par les Nations Unies comme un « territoire non autonome ». Après la mort de Franco, l’Espagne décide de céder sa souveraineté sur ce territoire. Elle est censée organiser l’exercice du droit à l’autodétermination des Sahraouis, alors qu’en même temps elle conclut un accord tripartite avec le Maroc et la Mauritanie dans lequel le territoire est divisé et donné à ces deux pays. Lorsque le colonisateur s’en va en 1976, le Sahara occidental sombre dans un conflit armé opposant le mouvement de libération du Sahara occidental, le Front Polisario, et le Maroc.

Un référendum d’auto-détermination devait se tenir à la suite de ce conflit armé ?

En 1991, la résistance sahraouie dépose les armes, suite à la promesse des Nations Unies d’organiser un référendum. Très vite, après le cessez-le-feu, le processus est bloqué par les autorités marocaines. A ce jour, elles refusent de reconnaître qu’un référendum puisse inclure l’option d’indépendance du Sahara occidental.

L’ONU est pourtant sur place et devait organiser ce référendum.

Oui, c’est le rôle assigné à la mission des Nations Unies, la MINURSO. Son maintien sur place (506 personnes) coûte 60 millions de dollars par an alors que la somme de l’aide des Nations Unies et de l’Europe à la population tourne annuellement autour de 39 millions de dollars.

Donc, depuis 1991, la MINURSO surveille les activités des forces en présence ainsi que la préparation du référendum sur le statut final de la zone. Son mandat n’inclut pas la protection des droits de l’homme. Elle devait organiser le référendum en 1992 mais ne fait que superviser le cessez-le-feu le long du Mur de la honte.

Encore un mur ! Quelle est sa fonction ?

Le Maroc contrôle et administre de facto environ 80 % du territoire, tandis que le Front Polisario en contrôle 20 %. Pour empêcher ses incursions, le Maroc a construit un mur de sable long de 2 720 km dans une zone démilitarisée mais surveillée constamment par 160 000 militaires marocains lourdement armés. Le Mur de la honte est le plus long mur de défense dans le monde et divise un territoire et son peuple. Il y aurait quelque 7 millions de mines anti-personnelles le long de ce mur sans qu’on en connaisse leur emplacement, qui continuent à faire des victimes.

Un mur, un territoire occupé, des réfugiés, un peuple dépendant de l’aide alimentaire, … le parallèle est vite fait avec la Palestine.

Il y a une grande similitude entre ce mur et celui ceinturant la Cisjordanie qui, rappelons-le, a été condamné par la Cour internationale de justice (CIJ). Comme l’Etat d’Israël, le Maroc encourage financièrement des Marocains à aller vivre en « territoires occupés ». Actuellement, le rapport est tel qu’il y a pour un Sahraoui, au moins trois Marocains. Le parallèle est pertinent aussi en matière économique : des produits alimentaires - tomates, melons, sardines - arrivent sur les étals européens libellés comme des produits marocains, alors qu’ils viennent du Sahara occidental. Cette pratique est interdite par des lois européennes et internationales.

Qu’en est-il du respect des droits de l’Homme ?

D’abord, rappelons que le Maroc est tenu par la 4e Convention de Genève de respecter les droits de la population dans les territoires sous son occupation. Les États parties à cette Convention sont tenus de la faire respecter. 

Depuis l’occupation marocaine en 1976, de nombreux Sahraouis ont fui la brutalité de l’armée marocaine, mais 38 ans plus tard, ils sont encore plus nombreux à être nés dans les camps de réfugiés sans jamais avoir connu « leur » pays. Chaque famille sahraouie a vécu la séparation, et ils sont des centaines à manquer à l’appel, la découverte de fosses communes avec des corps des disparus Sahraouis témoignent de leur destinée tragique.

Nombreux sont les rapports – comme le Rapport Tannock du Parlement européen en 2013 - qui mettent en avant les graves violations dans les territoires occupés par le Maroc et la situation humanitaire inacceptable dans les camps de réfugiés. Dans les territoires occupés, on parle de torture, d’emprisonnement sans procès équitable pour l’expression d’une opinion politique, de disparitions forcées. Les répressions violentes des manifestations pacifiques sont presque quotidiennes. Il ne faut même pas être militant défenseur des droits de l’Homme pour être agressé par la sécurité marocaine, le fait d’être sahraoui suffit souvent.

Au-delà de la question nationale, quel est l’intérêt pour le Maroc de contrôler le Sahara occidental ?

Le Maroc fonde sa revendication territoriale sur la base de liens d’allégeance passés entre les tribus sahraouies et les sultans du Maroc, revendications non reconnues par la CIJ dans son avis en 1975. Mais le Maroc a un intérêt à contrôler ce territoire pour ses ressources naturelles, notamment le phosphate dont le gouvernement marocain s’accapare les bénéfices de l’exploitation. Selon une résolution de 2008 de l’Assemblée générale de l’ONU, le peuple sahraoui est le seul propriétaire de ses ressources naturelles. Il a le droit exclusif à en tirer parti et à en disposer selon ses intérêts.

Il y a aussi l’accord commercial controversé entre l’UE et le Maroc.

L’UE et le Maroc sont liés par un accord d’association, dont l’article 2 stipule que les droits de l’Homme « constituent un élément essentiel ». Mais l’occupation militaire marocaine fait apparaître une fois de plus l’écart existant entre l’énoncé de principes et l’action de l’UE. En 2013, l’UE a aussi conclu un accord de pêche avec le gouvernement marocain qui permet à des bateaux européens de pêcher dans les eaux territoriales du Sahara occidental. Cet accord ne fait pas de distinction entre les eaux adjacentes au Sahara occidental et les eaux adjacentes au territoire du Maroc. De plus, selon les termes mêmes de l’accord, les bénéfices devraient aller à la population du Sahara occidental, ce qui n’est pas vérifiable. Il est temps que l’UE agisse en conformité avec le droit international plutôt que de s’aligner sur les intérêts particuliers de certains de ses membres, notamment l’Espagne et la France.

Nos autorités sont donc complices.

Oui, sont complices tous les pays qui se taisent. Mais les pays clés pour trouver une solution sont l’Espagne, responsable de la décolonisation ; la France, qui bloque toute résolution s’opposant à la position marocaine au Conseil de Sécurité ; les Etats-Unis, qui n’utilisent pas leurs compétences pour mettre fin à cette occupation ; et l’UE qui conclut des accords économiques avec le Maroc sans respecter les droits du peuple Sahraoui.

P.-S.


Source : article publié dans dlm, Demain le monde, septembre-octobre 2014.



samedi 18 mai 2013

Un très beau texte de Eduardo Galeano sur la Sahara Occidental


  • La planète des murs.

                   « l’hypocrisie est le tribut que le vice paye à la vertu »
                                             Eduardo GALEANO
                                                  2 mai 2007.

Des barrières pour emprisonner les peuples.

Un peu partout à travers le monde, des murs ont été érigés pour séparer les peuples. Certains font les manchettes. D’autres font rarement parler d’eux. C’est le cas du mur érigé par le Maroc au Sahara occidental.

Vous souvenez-vous du célèbre mur qui divisait la ville de Berlin en deux ? Tous les jours, ou presque, il défrayait les manchettes. Nous avions tellement lu sur lui, nous avions entendu tant des commentaires à son sujet, et nous l’avions aperçu si souvent, à la télévision, que nous avions l’impression de le connaître personnellement. « Mur de la honte », « mur de l’infamie », « rideau de fer », la plus fameuse construction de l’ère soviétique avait reçu plusieurs sobriquets peu flatteurs.

En novembre 1989, le mur de Berlin est finalement tombé. Personne ne s’en plaindra. Mais d’autres murs ont surgi, ailleurs dans le monde. Plusieurs continuent de s’étendre. Certains sont même devenus beaucoup plus imposants que le défunt mur de Berlin. Mais nous n’y accordons guère d’attention, comme si certains murs étaient plus télégéniques ou plus présentables que d’autres.

Par exemple, on parle très peu du mur que les États-Unis sont en train d’ériger le long de leur frontière avec le Mexique. Ni de la double rangée de fils barbelés qui a été installée autour des enclaves espagnoles de Ceata et de Melilla, sur la côte du Maroc. Le mur que les Israéliens construisent en Cisjordanie occupée ne fait pas souvent les manchettes, lui non plus. Mine de rien, il sera bientôt quinze fois plus long que le défunt mur de Berlin.

Et que penser du mur qui perpétue depuis 20 ans l’occupation par le Maroc du Sahara occidental ? Autant dire qu’on n’en parle jamais. Ce mur, protégé par des mines et constamment gardé par des milliers de soldats, se révèle pourtant 60 fois plus long que le mur de Berlin. Pourquoi certains murs font si souvent parler d’eux alors que d’autres sont entourés d’un grand silence ? Serait-ce à cause des murs de silence que les grands médias érigent chaque jour ? Mystère et boule de gomme.

En juillet 2004, la Cour internationale de La Haye a statué que le mur de Cisjordanie violait la loi internationale et elle a ordonné son démantèlement. Jusqu’ici, Israël a fait la sourde oreille.

L’attitude d’Israël n’apparaît pas sans précédent. En octobre 1975, la Cour internationale jugeait qu’il n’y avait pas de lien territorial entre le Sahara occidental et le Royaume du Maroc. Dire que le gouvernement marocain a ignoré cette décision de la Cour constitue un euphémisme. En fait, c’est bien pire que cela. Le lendemain de la décision de la Cour, le Maroc a envahi le Sahara occidental, dans ce qu’on a appelé la « marche verte ». Le royaume a confisqué de vastes portions du territoire, tout en expulsant les populations, de gré de force, dans une vague de feu et de sang.

Ainsi va la vie

Environ un millier de résolutions des Nations unies ont confirmé le droit à l’autodétermination des citoyens du Sahara occidental. A quoi bon ? Un plébiscite devait aussi être organisé, pour décider de l’avenir du territoire. Pour être sûr de faire triompher ses vues, le Maroc a inondé le territoire avec des colons marocains. Mais bientôt, même ces gens-là n’apparaissaient plus assez loyaux. Alors le roi, celui-là même qui avait accepté l’idée d’un plébiscite, s’est mis à reculer. Plus tard, il a refusé de tenir la consultation.

Et maintenant son fils, l’héritier du trône, poursuit dans la même voie. Le déni de la réalité constitue une forme de confession. En refusant de permettre la tenue d’un vote, c’est comme si le Maroc admettait qu’il a volé un pays. Est-ce que nous allons continuer à accepter ce genre de choses ? Quels effets ont eu les innombrables résolutions des Nations unies condamnant l’occupation du territoire palestinien ? Et les innombrables résolutions contre le blocus de Cuba ? Comme le dit le vieil adage : l’hypocrisie est le tribut que le vice paye à la vertu.

De nos jours, le patriotisme constitue le privilège des pays dominants. Le patriotisme des faibles est immanquablement associé à du populisme ou pire, à du terrorisme. A moins qu’il ne suscite que la plus totale indifférence. Les patriotes du Sahara occidental qui se battent depuis 30 ans pour reprendre une place sur l’échiquier mondial ont obtenu la reconnaissance diplomatique de 82 pays, incluant le mien, l’Uruguay. Ce dernier a rejoint la majorité des pays d’Amérique latine et d’Afrique.

L’Europe fait exception. Aucun pays européen n’a reconnu la République sahraouie. Même pas l’Espagne. Selon le cas, on peut interpréter cela comme de l’irresponsabilité, de l’amnésie ou de la désaffection. Il y a trois décennies, le Sahara occidental constituait pourtant une colonie espagnole, et l’Espagne avait le devoir moral de protéger son indépendance. Or, qu’a donc légué l’administration espagnole, au bout d’un siècle ? Une poignée d’experts et une trahison. Elle a servi les Sahraouis sur un plateau pour qu’ils soient dévorés par le Royaume du Maroc. Il y a quelques années, un journaliste interviewait dans un hôpital de Bagdad une petite fille de huit ans, grièvement blessée, dans un bombardement. Au terme de la 11e opération nécessaire pour lui reconstruire un bras, la petite fille s’était écriée : « Si seulement nous n’avions pas de pétrole ! »

Aujourd’hui, les gens du Sahara occidental sont bien placés pour comprendre le désarroi de la fillette. Peut-être sont-ils coupables seulement parce que la côte de leur pays est reconnue comme l’une des plus poissonneuses de tout l’océan Atlantique ? Ou parce que sous l’immensité désertique qui couvre une grande partie de leur territoire, se cachent les plus grandes réserves de phosphate du monde ? Ou peut-être parce qu’on pense y trouver du pétrole, du gaz naturel et de l’uranium ?

Les ressources naturelles feront le malheur de ton peuple. Cette « prophétie » pourrait faire partie du Coran, même si elle ne s’y trouve pas.

Les camps de réfugiés sahraouis du sud de l’Algérie se trouvent dans le plus aride des déserts. Là -bas, tout n’est qu’un vide immense dans lequel seuls des rochers semblent pousser. Et pourtant, c’est à ces endroits et dans les quelques territoires libérés que les Sahraouis ont réussi à construire l’une des sociétés les plus ouvertes et les moins machistes de tout le monde musulman.

Le miracle des Sahraouis, qui sont très pauvres et trop peu nombreux, ne s’explique pas seulement par leur volonté farouche d’être libre. Il dépend aussi de la solidarité internationale. Et une grande partie de celle-ci provient des gens d’Espagne. Leur solidarité, leur mémoire et leur dignité apparaissent bien plus puissantes que les atermoiements des gouvernements et les calculs cyniques du monde des affaires. Vous aurez remarqué que j’écris le mot solidarité. Pas charité. La charité humilie, la solidarité donne du courage. N’oubliez pas le proverbe africain : « La main qui reçoit est toujours plus basse que la main qui donne. »

Les Sahraouis attendent. Ils semblent condamnés à l’angoisse et à la nostalgie. Les camps de réfugiés portent les noms de leurs villes occupées, de leurs liens de rencontres disparus, de leurs familles dispersées : l’Ayoun, Smara, Dakhla. On les appelle les enfants des nuages parce qu’ils ont toujours poursuivi la pluie. Mais depuis plus de 30 ans, ils sont aussi en quête de justice. Dans notre monde, c’est une denrée qui se révèle bien plus rare que l’eau dans le désert.

Eduardo Galéano
    La planète des murs.

    « l’hypocrisie est le tribut que le vice paye à la vertu »

    Par Eduardo GALEANOn 2 mai 2007.
    Des barrières pour emprisonner les peuples.
    Un peu partout à travers le monde, des murs ont été érigés pour séparer les peuples. Certains font les manchettes. D’autres font rarement parler d’eux. C’est le cas du mur érigé par le Maroc au Sahara occidental.

    Vous souvenez-vous du célèbre mur qui divisait la ville de Berlin en deux ? Tous les jours, ou presque, il défrayait les manchettes. Nous avions tellement lu sur lui, nous avions entendu tant des commentaires à son sujet, et nous l’avions aperçu si souvent, à la télévision, que nous avions l’impression de le connaître personnellement. « Mur de la honte », « mur de l’infamie », « rideau de fer », la plus fameuse construction de l’ère soviétique avait reçu plusieurs sobriquets peu flatteurs.

    En novembre 1989, le mur de Berlin est finalement tombé. Personne ne s’en plaindra. Mais d’autres murs ont surgi, ailleurs dans le monde. Plusieurs continuent de s’étendre. Certains sont même devenus beaucoup plus imposants que le défunt mur de Berlin. Mais nous n’y accordons guère d’attention, comme si certains murs étaient plus télégéniques ou plus présentables que d’autres.

    Par exemple, on parle très peu du mur que les États-Unis sont en train d’ériger le long de leur frontière avec le Mexique. Ni de la double rangée de fils barbelés qui a été installée autour des enclaves espagnoles de Ceata et de Melilla, sur la côte du Maroc. Le mur que les Israéliens construisent en Cisjordanie occupée ne fait pas souvent les manchettes, lui non plus. Mine de rien, il sera bientôt quinze fois plus long que le défunt mur de Berlin.

    Et que penser du mur qui perpétue depuis 20 ans l’occupation par le Maroc du Sahara occidental ? Autant dire qu’on n’en parle jamais. Ce mur, protégé par des mines et constamment gardé par des milliers de soldats, se révèle pourtant 60 fois plus long que le mur de Berlin. Pourquoi certains murs font si souvent parler d’eux alors que d’autres sont entourés d’un grand silence ? Serait-ce à cause des murs de silence que les grands médias érigent chaque jour ? Mystère et boule de gomme.

    En juillet 2004, la Cour internationale de La Haye a statué que le mur de Cisjordanie violait la loi internationale et elle a ordonné son démantèlement. Jusqu’ici, Israël a fait la sourde oreille.

    L’attitude d’Israël n’apparaît pas sans précédent. En octobre 1975, la Cour internationale jugeait qu’il n’y avait pas de lien territorial entre le Sahara occidental et le Royaume du Maroc. Dire que le gouvernement marocain a ignoré cette décision de la Cour constitue un euphémisme. En fait, c’est bien pire que cela. Le lendemain de la décision de la Cour, le Maroc a envahi le Sahara occidental, dans ce qu’on a appelé la « marche verte ». Le royaume a confisqué de vastes portions du territoire, tout en expulsant les populations, de gré de force, dans une vague de feu et de sang.

    Ainsi va la vie

    Environ un millier de résolutions des Nations unies ont confirmé le droit à l’autodétermination des citoyens du Sahara occidental. A quoi bon ? Un plébiscite devait aussi être organisé, pour décider de l’avenir du territoire. Pour être sûr de faire triompher ses vues, le Maroc a inondé le territoire avec des colons marocains. Mais bientôt, même ces gens-là n’apparaissaient plus assez loyaux. Alors le roi, celui-là même qui avait accepté l’idée d’un plébiscite, s’est mis à reculer. Plus tard, il a refusé de tenir la consultation.

    Et maintenant son fils, l’héritier du trône, poursuit dans la même voie. Le déni de la réalité constitue une forme de confession. En refusant de permettre la tenue d’un vote, c’est comme si le Maroc admettait qu’il a volé un pays. Est-ce que nous allons continuer à accepter ce genre de choses ? Quels effets ont eu les innombrables résolutions des Nations unies condamnant l’occupation du territoire palestinien ? Et les innombrables résolutions contre le blocus de Cuba ? Comme le dit le vieil adage : l’hypocrisie est le tribut que le vice paye à la vertu.

    De nos jours, le patriotisme constitue le privilège des pays dominants. Le patriotisme des faibles est immanquablement associé à du populisme ou pire, à du terrorisme. A moins qu’il ne suscite que la plus totale indifférence. Les patriotes du Sahara occidental qui se battent depuis 30 ans pour reprendre une place sur l’échiquier mondial ont obtenu la reconnaissance diplomatique de 82 pays, incluant le mien, l’Uruguay. Ce dernier a rejoint la majorité des pays d’Amérique latine et d’Afrique.

    L’Europe fait exception. Aucun pays européen n’a reconnu la République sahraouie. Même pas l’Espagne. Selon le cas, on peut interpréter cela comme de l’irresponsabilité, de l’amnésie ou de la désaffection. Il y a trois décennies, le Sahara occidental constituait pourtant une colonie espagnole, et l’Espagne avait le devoir moral de protéger son indépendance. Or, qu’a donc légué l’administration espagnole, au bout d’un siècle ? Une poignée d’experts et une trahison. Elle a servi les Sahraouis sur un plateau pour qu’ils soient dévorés par le Royaume du Maroc. Il y a quelques années, un journaliste interviewait dans un hôpital de Bagdad une petite fille de huit ans, grièvement blessée, dans un bombardement. Au terme de la 11e opération nécessaire pour lui reconstruire un bras, la petite fille s’était écriée : « Si seulement nous n’avions pas de pétrole ! »

    Aujourd’hui, les gens du Sahara occidental sont bien placés pour comprendre le désarroi de la fillette. Peut-être sont-ils coupables seulement parce que la côte de leur pays est reconnue comme l’une des plus poissonneuses de tout l’océan Atlantique ? Ou parce que sous l’immensité désertique qui couvre une grande partie de leur territoire, se cachent les plus grandes réserves de phosphate du monde ? Ou peut-être parce qu’on pense y trouver du pétrole, du gaz naturel et de l’uranium ?

    Les ressources naturelles feront le malheur de ton peuple. Cette « prophétie » pourrait faire partie du Coran, même si elle ne s’y trouve pas.

    Les camps de réfugiés sahraouis du sud de l’Algérie se trouvent dans le plus aride des déserts. Là -bas, tout n’est qu’un vide immense dans lequel seuls des rochers semblent pousser. Et pourtant, c’est à ces endroits et dans les quelques territoires libérés que les Sahraouis ont réussi à construire l’une des sociétés les plus ouvertes et les moins machistes de tout le monde musulman.

    Le miracle des Sahraouis, qui sont très pauvres et trop peu nombreux, ne s’explique pas seulement par leur volonté farouche d’être libre. Il dépend aussi de la solidarité internationale. Et une grande partie de celle-ci provient des gens d’Espagne. Leur solidarité, leur mémoire et leur dignité apparaissent bien plus puissantes que les atermoiements des gouvernements et les calculs cyniques du monde des affaires. Vous aurez remarqué que j’écris le mot solidarité. Pas charité. La charité humilie, la solidarité donne du courage. N’oubliez pas le proverbe africain : « La main qui reçoit est toujours plus basse que la main qui donne. »

    Les Sahraouis attendent. Ils semblent condamnés à l’angoisse et à la nostalgie. Les camps de réfugiés portent les noms de leurs villes occupées, de leurs liens de rencontres disparus, de leurs familles dispersées : l’Ayoun, Smara, Dakhla. On les appelle les enfants des nuages parce qu’ils ont toujours poursuivi la pluie. Mais depuis plus de 30 ans, ils sont aussi en quête de justice. Dans notre monde, c’est une denrée qui se révèle bien plus rare que l’eau dans le désert.

    Eduardo Galéano

mercredi 19 décembre 2012

Déconvenue pour le Maroc, espoir pour les Sahraouis


PLATEFORME
POUR LA SOLIDARITE
AVEC LE PEUPLE
DU SAHARA OCCIDENTAL
 

 LE PARLEMENT EUROPEEN ADRESSE UN MESSAGE CLAIR AU MAROC

         Par deux fois déjà en 2012, les 18 avril et 12 septembre, le Parlement européen a dénoncé les violations des droits de l'homme dans les territoires sahraouis occupés et réclamé l'application du droit à l'autodétermination du peuple sahraoui.
            A l'initiative de parlementaires membres de l'intergroupe "Sahara occidental", le Parlement européen a enrichi le rapport annuel sur "les droits de l'Homme dans le monde" en adoptant le 13 décembre un amendement sur le Sahara occidental:" 

Le Parlement européen  
-  exprime son inquiétude quant à la détérioration des droits de l'homme au Sahara occidental; 
-  appelle au respect des droits fondamentaux de la population du Sahara occidental, y compris la liberté d'association, la liberté d'expression et le droit de manifester; 
-  demande que soient libérés tous les prisonniers politiques sahraouis; 
- exige que le territoire soit ouvert aux observateurs indépendants, aux ONG et aux médias;
 -  réaffirme son soutien à l'établissement d'un mécanisme international visant à contrôler le respect des droits de l'homme au Sahara occidental;
-   encourage un règlement juste et durable du conflit, sur la base du droit de la population sahraouie à l'autodétermination, conformément aux résolutions pertinentes des Nations unies". Pour la troisième fois cette année, c'est un message clair adressé au Maroc pour qu'il tienne ses engagements et reconnaisse le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination. C'est aussi un message au gouvernement français pour qu'il change de position en arrêtant de soutenir le plan marocain d'autonomie qui bafoue le droit international. La Plateforme félicite les parlementaires européens pour ce vote qui constitue pour le mouvement de solidarité un encouragement et un point d'appui contre l'occupation coloniale et pour l'autodétermination du peuple sahraoui.
En décembre 2011, le Parlement européen avait rejeté la prolongation de l'accord de pêche UE-Maroc qui incluait les eaux territoriales sahraouies au mépris de la légalité internationale. La Commission européenne prépare un nouvel accord de pêche sans vraiment tenir compte de l'avertissement du Parlement européen. La mobilisation doit se poursuivre pour faire échec à ce nouveau projet par des interventions auprès des gouvernements, des autorités européennes et des parlementaires européens mais aussi en signant la pétition sur http://www.fishelwhere.eu.

mardi 20 novembre 2012

Israël / Effacez le nom de mon grand-père à Yad Vashem

Par Mohammed Belmaïzi, 19/11/2012
Texte de Jean-Moïse Braitberg, LE MONDE | 28.01.09

Monsieur le Président de l’État d'Israël, je vous écris pour que vous interveniez auprès de qui de droit afin que l'on retire du Mémorial de Yad Vashem dédié à la mémoire des victimes juives du nazisme, le nom de mon grand-père, Moshe Brajtberg, gazé à Treblinka en 1943, ainsi que ceux des autres membres de ma famille morts en déportation dans différents camps nazis durant la seconde guerre mondiale.  
Je vous demande d'accéder à ma demande, monsieur le président, parce que ce qui s'est passé à Gaza, et plus généralement, le sort fait au peuple arabe de Palestine depuis soixante ans, disqualifie à mes yeux Israël comme centre de la mémoire du mal fait aux juifs, et donc à l'humanité tout entière.

Voyez-vous, depuis mon enfance, j'ai vécu dans l'entourage de survivants des camps de la mort. J'ai vu les numéros tatoués sur les bras, j'ai entendu le récit des tortures ; j'ai su les deuils impossibles et j'ai partagé leurs cauchemars.

Il fallait, m'a-t-on appris, que ces crimes plus jamais ne recommencent ; que plus jamais un homme, fort de son appartenance à une ethnie ou à une religion n'en méprise un autre, ne le bafoue dans ses droits les plus élémentaires qui sont une vie digne dans la sûreté, l'absence d'entraves, et la lumière, si lointaine soit-elle, d'un avenir de sérénité et de prospérité.

Or, monsieur le président, j'observe que malgré plusieurs dizaines de résolutions prises par la communauté internationale, malgré l'évidence criante de l'injustice faite au peuple palestinien depuis 1948, malgré les espoirs nés à Oslo et malgré la reconnaissance du droit des juifs israéliens à vivre dans la paix et la sécurité, maintes fois réaffirmés par l'Autorité palestinienne, les seules réponses apportées par les gouvernements successifs de votre pays ont été la violence, le sang versé, l'enfermement, les contrôles incessants, la colonisation, les spoliations.

Vous me direz, monsieur le président, qu'il est légitime, pour votre pays, de se défendre contre ceux qui lancent des roquettes sur Israël, ou contre les kamikazes qui emportent avec eux de nombreuses vies israéliennes innocentes. Ce à quoi je vous répondrai que mon sentiment d'humanité ne varie pas selon la citoyenneté des victimes.

Par contre, monsieur le président, vous dirigez les destinées d'un pays qui prétend, non seulement représenter les juifs dans leur ensemble, mais aussi la mémoire de ceux qui furent victimes du nazisme. C'est cela qui me concerne et m'est insupportable. En conservant au Mémorial de Yad Vashem, au coeur de l’État juif, le nom de mes proches, votre État retient prisonnière ma mémoire familiale derrière les barbelés du sionisme pour en faire l'otage d'une soi-disant autorité morale qui commet chaque jour l'abomination qu'est le déni de justice.

Alors, s'il vous plaît, retirez le nom de mon grand-père du sanctuaire dédié à la cruauté faite aux juifs afin qu'il ne justifie plus celle faite aux Palestiniens. Veuillez agréer, monsieur le président, l'assurance de ma respectueuse considération.

Jean-Moïse Braitberg / est écrivain.