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samedi 15 novembre 2014

Lettre ouverte à Mohamed VI à propos du Sahara

Par Hamza Mahfoud
Interprétation de Salah Elayoubi, 15/11/2014

Hamza Mahfoud M6

Sire,
Si je m’adresse à vous, c’est pour faire suite à votre discours du 6 novembre et vous exposer mon avis de citoyen, tiraillé par le doute et vous dire combien il est ardu de défendre la mère patrie, lorsque celle-ci est gouvernée par l’autoritarisme, les atteintes aux droits de l’homme, les privilèges et la rente ?
«Halte aux surenchères sur le Maroc, et halte à l’instrumentalisation des droits et des libertés, pour comploter contre lui », disiez-vous, insinuant, que défendre les droits de l’homme et la liberté d’expression, serait assimilable à la trahison. Je pense qu’une appréciation différente sur la question du Sahara, relève plutôt de la liberté d’opinion, alors que le mélange des genres entre pouvoirs et affaires, se rapproche bien plus du crime que vous évoquez.
Défendre les droits de nos semblables est un devoir citoyen, même s’il est le fait de ceux qui ne partagent pas nos opinions. A contrario, justifier les exactions et les atteintes aux droits de l’homme et en protéger les auteurs est assurément un crime.
Affirmer que l’Algérie est une dictature est une vérité que nul ne vous contestera. Mais cela ne fait de sens que si vous vous décidiez à sauter le pas, pour vous joindre au club des démocrates tout en abandonnant le monde des affaires, avant que les indépendantistes sahraouis ne fassent, demain, des émules, dans d’autres régions du pays.
Vous dites que le Sahara occidental coûte au Maroc sept dirhams investis, pour un dirham de ses recettes ! Que doivent en penser les habitants du Sud-est marocain qui survivent dans l’exclusion et dans la plus insupportable des misères ? Devraient-ils, à leur tour, revendiquer leur indépendance, pour que nous leur prêtions enfin attention ? Comment se convaincre de son appartenance à une nation qui vous refuse toute dignité et vous contraint à l’exil, au péril de votre vie. Vous citez votre ancêtre, à propos des envieux. Pourquoi n’évoquez-vous pas plutôt cet autre Hadith : « Je m’étonne que ne brandisse le glaive, celui qui ne dispose de son pain quotidien ! ».
Dois-je comprendre de vos paroles qu’un ralliement des sahraouis à la patrie, signerait la fin des investissements colossaux que vous évoquez, comme vous le faites des autres provinces du pays ?
Pardonnez toutes ces questions. Elles viennent en réponse à ce jeu hilarant que vous aviez initié, avec votre drôle de question, « Où sont les richesses du Maroc ? ». Nous avions répondu, dans un même élan, que leur grande majorité était passée dans vos poches, celles de votre famille et vos courtisans. Des richesses bâties grâce à la proximité avec le Palais. Nul ne nous avait alors, écoutés.
Sire,
De Washington à Paris en passant par New York et Bruxelles, nombreuses sont les bonnes volontés, des compatriotes, des amis du Maroc, cadres hautement qualifiés et décideurs qui seraient disposées à défendre un projet cohérent, mais qui s’en abstiennent, face à l’ampleur de la tyrannie, des exactions et de la corruption qu’ils découvrent et qui les révulse. Alors, affirmer aussi péremptoire que vous le faites, que «  Le Maroc restera dans son Sahara jusqu’à la fin des temps » relève, si vous me le permettez, du sophisme pur ! Nul ne sait, en effet, si le Maroc existera dans une centaine d’années, car l’une des particularités de « l’injustice est de détruire toute civilisation », comme disait notre ancêtre commun, Ibn Khaldoun.
Tout comme il ne peut y avoir d’horizon commun, sans un minimum de justice.

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jeudi 18 septembre 2014

Maroc : liberté de presse ? Oui, mais pas trop !

ali

Ecrit par Dania Akkad, pour le « Middle-East Eye »
Traduit de l’anglais par Salah Elayoubi

 

Middle-East Eye se penche sur la liberté de la presse au Maroc, au moment même où le code de la profession est dans le pipe-line du parlement, dans une quelconque sous-commission, d’où il ne manquera pas de sortir sans même l’ombre d’un amendement, ou si peu.  On peut légitimement déplorer qu’il n’ait pas, une seule fois, été fait mention dans ce papier du nom de Ali Lmrabet, condamné à dix ans d’interdiction d’exercice de la profession de journaliste. Sans doute le cas le plus emblématique de la répression menée par le régime de Mohammed VI contre la presse. Sans doute aussi, l’un des journalistes  les plus courageux de sa génération.
Dana
Dania Akkad
Au baromètre de la liberté de presse, l’indicateur  pointe désormais, en direction de plus de coercition, après avoir, un temps, oscillé entre liberté relative et répression sévère. Rédacteurs et journalistes sont de fait, confrontés à d’inquiétantes  méthodes, plus ou moins  subtiles, destinées à les museler et qui rappellent cette  période de sinistre mémoire, quelques années après l’intronisation de Mohammed VI,  lorsque certains des meilleurs et des plus brillants journalistes, durent se résoudre à quitter le pays, sous des pressions financières ou privées, afin de continuer à exercer le métier, tandis que d’autres y renoncèrent tout simplement.
Black-out sur l’information
Freedom House, Reporters sans frontières, ont abondamment décrit la lutte de ceux qui sont restés et qui ont osé enfreindre les lignes rouges que sont la vie des sahraouis, le Front Polisario, le Sahara Occidental, la critique du roi ou la remise en question de son budget. Tout comme  Human Rights Watch et Freedom House, qui, de leur côté et avec d’autres,  avaient rappelé comment les tracas n’épargnaient même pas les journalistes étrangers, comme en 2011, lorsque les autorités marocaines firent annuler l’accréditation d’Al-Jazira, à la suite d’articles jugés tendancieux, sur le Sahara occidental, et comme en 2012, lorsque le quotidien espagnol El País, fut interdit, à deux reprises, pour avoir publié une caricature du roi et évoqué un livre critique envers ce dernier.
Autant d’initiatives qui, de l’avis des observateurs et des journalistes, signifient qu’au moment même où le  gouvernement se vante de mener de vastes réformes, dans le cadre de la nouvelle constitution de 2011 (celle-là même qui a permis à la monarchie de se sortir indemne du Printemps arabe), les Marocains ont moins accès à une presse indépendante ou à des enquêtes impartiales, traitant de questions aussi cruciales que la corruption ou les dépenses publiques.
Ministres autant qu’acteurs de la société civile se plaignent également du manque d’informations fiables, mais divergent lorsqu’il s’agit d’en interpréter les raisons :
Mustapha Al-Khalfi, ministre de l’information et ancien journaliste, reconnaît bien un problème de la presse, mais comme ses collègues, il marque sa préférence pour une «troisième voie », plutôt qu’une révolution ou le maintien du statu quo.
 - « Nos médias parlent, malheureusement, très peu de l’action gouvernementale, alors que les réformes en cours, exigent une plus grande vulgarisation. Nos débats méritent meilleure couverture.  », déplore Idriss Azami Al-Idrissi,  ministre du budget.
- « Nous somme incapables de discerner le vrai du faux, en matière d’informations…….Nous nageons en plein doute.», déclare Mohammed Al-Boukili, membre de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH), avant d’ajouter :
- « La véritable information demeure inaccessible aux lecteurs en zones rurales. Les journalistes n’ont accès ni aux chiffres ni aux statistiques. Nous non plus !»

Au commencement était « Le Journal »


abou bakr
Abou Bakr Jamaï
L’affaiblissement des médias « participe de l’exclusion du citoyen de base, de toute vie politique », commente Abou Bakr Jamaï, ex-directeur de la publication francophone de « Lakome ». L’homme faisait partie de ce cercle de journalistes qui s’était fait connaître, à la fin des années 1990. Considérés comme subversifs, explique-t-il, parce qu’ils ne se contentaient pas d’écrire des articles d’opinion, mais faisaient également état d’informations et de points de vue.
- « Nous faisions du journalisme. Nous allions à la rencontre des gens, les interviewions et rendions compte de ce que nous avions appris. »
Alors que les ministres étaient régulièrement taclés dans les médias, donnant l’illusion d’un semblant de presse libre, le monarque était, lui, largement épargné. Jamaï et ses associés voulaient changer ce postulat.  Ce fut « Le Journal », un hebdomadaire au sein duquel de jeunes journalistes se firent les dents en brisant de grands tabous, comme cette interview du chef du Polisario ou encore cet article, sur la présumée implication de l’ancien premier ministre, Abderrahmane Youssoufi, dans le complot, visant à assassiner Hassan II.
A la veille de chaque parution, c’était comme se dire : « Mon Dieu, de quoi vont-ils parler cette semaine? », commente Michael Willis, professeur titulaire de la Chaire Mohammed VI pour les études marocaines et méditerranéennes, à l’Université d’Oxford.
La décennie suivante fut le théâtre d’une série d’escarmouches, sous la forme « édition-répression », qui opposa le journal aux autorités, jusqu’à l’interdiction de 2000, faisant suite à l’entretien avec le chef du Front Polisario. En 2001, les rotatives reprirent du service, sous un nouveau nom, avec une édition arabophone, Assahifa, avant que procès réguliers et boycott des annonceurs, n’aient raison de la santé financière du journal, avec ce coup de grâce administré par le procès en diffamation, intenté en 2006, par Claude Moniquet, directeur de l’Intelligence stratégique européen et Security Center, et l’amende de trois cent soixante mille (360 000) Dollars américains qui en a résulté. Le plaignant avait assigné le « Journal Hebdomadaire » (son nouveau nom) en justice, l’ accusant de l’avoir diffamé en avançant que son rapport sur le Sahara occidental, avait été financé par le Maroc.
Une fois le jugement confirmé par la Cour d’appel de Rabat, Jamai incapable de payer l’amende, démissionna, pour permettre au journal de continuer et quitta le pays.
- « On m’a forcé ! », dira-t-il, plus tard lors d’un entretien téléphonique, depuis la France.
Hormis quelques prestations à distance, comme  sa participation à la version francophone de Lakome, Jamai est désormais persona non grata dans le milieu professionnel. Pourtant, l’idée de reprendre la chefferie d’une rédaction, au Maroc, continue de le hanter. Il dit :
- « En fait, ça me manque à un point tel,  que je me fais violence pour l’oublier ! »

Le cas Taoufik Bouachrine et l’ « Affaire des primes »


bouachrine
Taoufik Bouachrine
  Alors que la liberté de la presse au Maroc a connu des hauts et des bas, depuis l’avènement de Mohammed VI, deux méthodes ont régulièrement cours, afin de contrôler les médias :
- Aux journalistes, les procès infamants, pour entacher leur crédibilité et jeter l’opprobre sur leur nom.
- Aux annonceurs, dont les entreprises dépendent du Makhzen, on impose le boycott des publications enfreignant les lignes rouges, afin de les asphyxier financièrement. Parfois, dit Willis, ce sont les annonceurs eux- mêmes qui s’imposent la mesure inquiets de préserver les contrats sur lesquels le monarque a un droit de regard.
- « Le Makhzen est tellement persuasif que beaucoup n’ont même pas besoin du fameux coup de téléphone pour s’exécuter ! » explique Willis
Un autre procédé, confie Touafik Bouachrine, d’Akhbar Al Youm, consiste à punir les sources.
- «  Sans doute, le procédé le plus redoutable, parce qu’il s’en prend à l’esprit même du journalisme », ajoute le rédacteur en chef, dont le quotidien tire à quarante mille (40.000) exemplaires.
L’homme qui travaille au dix-septième (17°) étage d’un immeuble casablancais, aux vitres opaques, ne peut ni voir à l’extérieur, ni être vu, et ne sait jamais qui frappe à la porte.
En 2012, son journal avait révélé l’affaire des primes que l’ex-ministre des Finances, Salaheddine Mezouar, et le trésorier général, Nourredine Bensouda, s’étaient mutuellement consenties, en se fondant sur des documents provenant d’informateurs,  au sein même du ministère des Finances.
Sitôt le papier publié, qu’une enquête fut diligentée par le ministre de la Justice,  Mustapha Ramid, membre du Parti de la Justice et du Développement (PJD), arrivé au pouvoir,  en 2012, avec pour principale étiquette, la lutte contre la corruption..
Deux ans plus tard, alors que Bouachrine persistait dans son refus de divulguer ses sources, les enquêteurs réussirent à retracer ses appels téléphoniques vers deux employés du ministère des Finances, Abdelmajid Louiz et Mohamed Reda, qui furent livrés à la justice pour « divulgation de secrets professionnels » et perdirent leur emploi. Reda fut acquitté, en mars dernier, Louiz condamné à deux mois avec sursis et une amende de deux cent quarante (240) Dollars.
Salaheddine Mezouar, ne fut jamais inquiété. Il est aujourd’hui ministre des affaires étrangères du Maroc. Nourreddine Bensouda est toujours en poste à la trésorerie.
Pour Akhbar Al Youm, l’affaire eut l’effet dissuasif que l’on devine. Le rédacteur en chef raconte :
- « Beaucoup de ceux avec lesquels nous avions coutume de travailler ne prennent même plus nos appels. Nous craignons de parler aux gens. Le métier est devenu dangereux pour nous, comme pour nos sources. »
Début 2014, Bouachrine a fait, l’objet d’un procès pour fraude fiscale à hauteur de deux cent mille (200.000) Euros,  portant sur l’achat d’une maison, à Rabat en 2007.  Le procès s’est achevé par un non-lieu, mais le mal était fait.
- « Le but est de vous isoler et vous calomnier », explique Maati Monjib, militant des droits de l’homme. « Les gens craignent plus pour leur réputation que pour leur liberté » avant d’ajouter, à propos de Bouachrine :
- «C’est très douloureux pour lui !»

Le cas Maati Mounjib et « Freedom now »


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Maati Mounjib
Le temps d’avaler une boisson à la terrasse d’un café à rabat et Mounjib qui est aussi professeur d’histoire à l’université de Rabat, brosse une rétrospective du Maroc de ces trente (30) dernières années, dans une large perspective régionale et  jusqu’aux luttes intestines qui secouent le microcosme politique marocain.
Exilé au Sénégal, après sa participation au mouvement estudiantin marocain, l’homme y avait publié en 1992, La monarchie marocaine et la lutte pour le pouvoir. L’ouvrage est toujours interdit au Maroc. En 1995, profitant d’une amnistie générale,  il rentre au pays où il est arrêté huit jours, à la fin de la période d’amnistie. Il quitte le Maroc à nouveau pour y revenir en 2000. Depuis, il écrit dans les colonnes de Zamane traitant des sujets d’actualité du pays, à travers le prisme de son histoire :
- « C’est moins polémique ! », commente l’homme qui a  contribué à fonder Freedom Now, une organisation dont le but était le soutien au journaliste Ali Anouzla, emprisonné et dont les objectifs furent élargis à la liberté d’expression et de la presse.
Malgré des tentatives répétées Freedom Now n’a toujours pas réussi à obtenir le quitus nécessaire à sa reconnaissance et la plainte déposée en son nom, a été déboutée par la justice en juillet dernier. Interrogé à ce sujet, en Juin, le ministre de l’Information, Al-Khalfi a eu cette réponse :
- « Je ne me permettrais pas d’intervenir dans les affaires de la justice »,
Quant à l’historien qui a subi des pressions de la part d’agents, en juillet dernier, afin qu’il cesse de parler de la situation des libertés au Maroc, il conclut au téléphone :
- « Je vais poursuivre mes activités pour les droits humains et la liberté,  parce que je suis un citoyen et parce que je respecte la loi ! »

Le cas Ali Anouzla et « Lakome »

Ali Anouzla
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Ali Anouzla
Ali Anouzla est probablement l’une des plus grandes figures emblématiques du journalisme marocain. Il a passé quarante (40)  jours, en prison, après avoir publié sur la version arabophone de son journal électronique Lakome – un lien vers le site du quotidien espagnol El País  qui relayait une vidéo d’Al-Qaïda menaçant de s’en prendre au maroc.
Arrêté le 17 Septembre 2013, il est inculpé d’apologie du terrorisme et d’aide et assistance à une entreprise terroriste. Une accusation pour laquelle il risque jusqu’à vingt (20) ans de prison.  Anouzla et ses défenseurs soutiennent que la vidéo n’était qu’un  n’était qu’un prétexte.
- « Il n’a pas été arrêté en raison de Al-Qaïda, mais plutôt en raison de ce qu’il avait écrit quelques mois plus tôt sur le monarque. » soutient Mohamed Al Boukili, le plus ancien membre de l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH).
Quelques mois précédant son arrestation, Anouzla avait publié un rapport sur les carrières de sable et la corruption qui entoure ce marché. Ses éditoriaux  s’étaient attaqués à l’enveloppe budgétaire du roi (851 000 Dollars par jour), à la fréquence de ses voyages à l’étranger et au  Danielgate, du nom de ce pédophile, Daniel Fino Galvin, condamné à trente (30)  ans de prison, pour le viol de onze (11) marocains âgés de quatre (4) à quinze (15) ans et que Mohammed VI avait gracié, lors de la visite au Maroc, du roi d’Espagne, Juan Carlos,.
- « J’ai été arrêté pour d’autres raisons que le terrorisme !» dit Anouzla, avant de préciser :
- « Je ne critique pas le roi pour le critiquer !»
Plusieurs mois après sa libération, Anouzla emmène l’équipe de Middle-East Eye (MEE) à travers l’étroit escalier qui mène aux bureaux, à présent déserts, de Lakome.  Quelques chaises à roulettes, trois écrans d’ordinateurs, une forêt de câbles débranchés, et quelques feuilles de papiers détachées d’un conférencier gisent à terre. C’est tout ce qu’il reste du journal.
En liberté sous caution, le journaliste explique qu’il n’est qu’ « à moitié libre ». S’il ne croit pas qu’il sera renvoyé en prison, il ne peut, en revanche, ni voyager hors des frontières du Maroc, ni publier tout ce qu’il se dit prêt à faire, en raison de la fermeture du journal, par les autorités.
- « J’ai eu plusieurs propositions à l’étranger, mais je préfère rester, parce que je pense que ma voix a plus d’écho ici et parce que je pense avoir des devoirs envers mon pays » dit-il. Et de poursuivre :
- « Le principal problème de la presse marocaine, est qu’elle est considérée comme une menace pour le pouvoir. Le gouvernement considère que Lakome est dans l’opposition. Pour eux, toute personne qui critique est dans l’opposition. Le journalisme n’est pas l’opposition. C’est juste un autre pouvoir. »
Entre révolution et statu quo, les réformes impossibles
Fraîchement arrivé de Chine, où il était en visite officielle, Mustapha Al-Khalfi, ministre de l’Information, reçoit ses invités en jeans et bras de chemise, dans un lieu qu’il affectionne tout particulièrement,  le lobby d’un hôtel de la capitale.  Ainsi attablé au milieu de l’équipe du Middle-East Eye, il passerait presque pour un journaliste, parmi les siens, plutôt que pour le politicien de carrière qu’il est.
- « Nous avons une dynamique de réformes qui se situe entre révolution et statu quo. Nous appelons cela,  la réforme dans la stabilité. »  Explique le ministre
Par réformes, Al-Khalfi et d’autres entendent l’ensemble de lois organiques destinées à mettre en application, la Constitution de 2011, contestée par le Mouvement du 20 Février, en raison de ses parrains, choisis par le roi.
Une version préliminaire du code de la presse a été présentée au parlement. Ce dernier devrait, selon le ministre, résoudre à la plupart des problèmes auxquels sont confrontés les journalistes. Mais l’adoption de la loi traîne, en grande partie,  en raison du dialogue entre l’Union des Journalistes et le ministère de tutelle :
- « Je comprends que certains exigent une mise en place rapide du nouveau code de la presse. Mais si nous avions procédé ainsi, ils n’auraient pas manqué de nous reprocher de ne pas les avoir consultées. Dix (10) mois ont été nécessaires, afin d’examiner le projet initial et y intégrer les deux tiers des cents (100) recommandations du syndicat de la presse.  Le code devrait  protéger efficacement les journalistes contre l’emprisonnement et les interdictions seraient  laissées à l’initiative des tribunaux et non du ministère de l’Information. »
A la question de savoir ce qu’il pense du boycott de ceux qui franchissent les lignes rouges, Khalfi déclare que des aides étatiques sont à la disposition de ceux qui éprouvent des difficultés financières, tout en précisant que ces cas étaient rarissimes. Il suggère :
- « Ma réponse est claire : visitez avec moi des kiosques à journaux, et vous pourrez y voir des parutions qui traitent du Sahara  ou des institutions politiques marocaines sans que les annonceurs n’en soient absents »
Ce à quoi Willis rétorque que c’est précisément dans les kiosques que l’on se rend compte du problème :
- « Ils racontent tous la même histoire. Personne ne fait du travail d’avant-garde. En lieu et place du journalisme d’investigation, on a droit à des sujets aussi indigents que des reportages sur le secteur des affaires, alors qu’il est question de changements profonds.  Ce n’est pas tant le fait que ce soit si flagrant, ou que ça relève d’une propagande ridicule, mais écrire ce genre d’articles revient purement et  simplement à enfoncer des portes ouvertes ! »
Ceci expliquant sans doute cela, les ventes de magazines et de journaux ont chuté et le public averti de se tourner plutôt vers Twitter et Facebook à la recherche d’informations fiables.
- « Il est illusoire de penser que Facebook et Twitter puissent remplacer un journal ! », déplore Jamai.
Il est également difficile, dans ces conditions, de trouver des journalistes prêts à remettre en question le statu quo et, par conséquent, perdre leurs annonceurs, et risquer de sous-payer leurs employés,  notent les observateurs.

Le silence, cette petite mort des démocrates 

Hamza Mahfoud
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Hamza Mahfoud
Hamza Mahfoud, 28 ans, a travaillé avec Anouzla, à Lakome. Il parle de « la pire année» de sa courte carrière. Mahfoud a commencé à écrire sur les bancs de l’université avant de devenir correspondant marocain pour une agence de presse russe et d’écrire pour plusieurs journaux marocains dont l’Express hebdomaire, fermé depuis.
Son implication dans le Mouvement du 20 février, et les sujets politiques qu’il traite dans ses billets, constituent un frein à ses aspirations de journaliste. Il raconte :
- « Plusieurs journaux ne peuvent pas travailler avec moi, parce que j’appartiens au Mouvement du 20 Février. Tous ceux qui critiquent la monarchie, la politique au Sahara ou l’islam, se heurteront au même problème. »
Mahfoud cite les noms de ses héros en journalisme. Ils ont quitté le pays ou ont été interdits d’exercer leur profession, ces dernières années, avant d’exprimer sa crainte d’être un jour ou l’autre arrêté. Il conclut :
« Nous avons très peu d’espoir de changer cette situation. Nous n’avons donc pas grand choix, si nous ne voulons pas être définitivement réduits au silence. ».


vendredi 30 août 2013

Hamza Mahfoud, plume du M20F, critique roi qui a décoré le rappeur "BIG" non-opposant à la grâce pour "Daniel"


Hamza Mahfoud



L’instigateur de l’événement Facebook anti-grâce  DanielGate, Hamza Mahfoud réagit aux attaques du rappeur Bigg qui a qualifié les manifestants de "moutons suivistes"
Hamza Mahfoud, (premier activiste a avoir créé un événement Facebook pour manifester contre le scandale de la grâce royale profitant au violeurs d'enfants marocains) a été surpris par les propos acerbes du rappeur Taoufiq Hazib, de son nom de scène "Bigg"  à l’encontre des personnes qui se sont opposées à la grâce royale, et que le chanteur a qualifié de "moutons suivistes".
 Contacté par Lakome, Mahfoud a commenté les propos tenus par "Bigg" lors d’une interview télévisée en disant : "cette personne (Bigg) nous a habitués à ce type de déclarations de bas étage et à son manque de respect vis-à-vis d’autrui".
Mahfoud a par ailleurs déclaré que "les véritables moutons suivistes sont ceux qui défendent les erreurs du pouvoir et s’entêtent à les justifier même lorsque ce même pouvoir reconnaît ses fautes comme dans le cas du DanielGate."
Et Mahfoud d’ajouter : " si le communiqué du Cabinet royal n’avait pas reconnu l’erreur, Bigg et ses semblables auraient continué à défendre l’indéfendable. Ces gens là ne font preuve d’éloquence qu’à mesure des instructions qu’ils reçoivent".
Mahfoud considère que les attaques de Bigg n’expriment pas sa conviction personnelle mais simplement la volonté de ses mentors. A ce propos Mahfoud a déclaré :"ceux qui vivent de la rente et de flagorneries ne peuvent avoir d’avis indépendant de leurs maîtres"
Dans ce qui ressemble être un défi lancé au rappeur (qui vient d'être décoré par le roi le 21 août dernier, ainsi que d'autres artistes) et à "ses mentors", Hamza précise que "ceux qui sont sortis contre ce crime de grâce accordée par le roi au criminel Daniel, sortiront chaque fois que la monarchie commettra de nouvelles erreurs pour faire savoir que le roi est, comme le reste du monde, susceptible de commettre des fautes"… "Il n’ y a pas d’autre alternative à une réelle séparation des pouvoirs dans ce pays que nous aimons" a-t-il ajouté.
Par ailleurs, lors de cet entretien avec Lakome, Hamza Mahfoud s’est inquiété du silence des autorités marocaines sur le résultat de l’enquête judiciaire concernant les violences policières qui ont accompagné la manifestation du vendredi 2 août au cours de laquelle des manifestants anti-grâce ont été violemment agressés par les forces de l’ordre. Pour Mahfoud, "ce silence pourrait être un nouveau message du pouvoir pour creuser encore plus le manque de confiance entre la rue et les institutions officielles".
Rappelons que Bigg a été décoré d'un "Ouissame" par le roi Mohammed VI, à l'occasion de la célébration de son 50ème anniversaire. Plusieurs autres personnalités du monde de l'art et du sport ont été également décorées.

 http://fr.lakome.com/index.php/maroc/1293-les-betises-de-bigg-et-la-reponse-de-hamza-mahfoud

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 MAROC Hamza Mahfoud, la plume du 20 février

Par : Courrier International, 30/8/2013


Etudiant en philosophie, âgé de 25 ans, Hamza Mahfoud signe les slogans des marches de protestation et donne de la voix dans le haut-parleur pendant les manifestations. Itinéraire d’un militant de la première heure du “printemps marocain
   

Hamza Mahfoud - Mamfakinch 
 Hamza Mahfoud - Mamfakinch


Hamza MahfoudHamza Mahfoud est de toutes les manifestations du Mouvement du 20 février 2011 à Casablanca. Son credo est la non-violence. Son objectif, une monarchie parlementaire

Au lendemain d’une raclée reçue pendant une manifestation à Sbata [quartier populaire à Casablanca], Hamza Mahfoud trouve le temps de s’attabler avec nous dans un café de son quartier, Bournazel, à Casablanca. Cet étudiant en philosophie est l’un des ténors des marches du Mouvement du 20 février. A chaque manifestation, on le voit s’époumoner dans le haut-parleur, dressé sur le pick-up Honda qui mène le cortège. Mais Hamza n’est pas seulement une voix du mouvement, il est aussi la plume qui signe la majorité des slogans scandés par les jeunes. “Wal lhall lwahid, iskat al hokouma” (La seule solution, c’est la dissolution du gouvernement), c’est lui. “Wa lmakhzen yatla’ barra” (Le makhzen dehors), c’est encore lui. Pendant que la discussion va bon train sur l’avenir du “printemps marocain”, son téléphone sonne plusieurs fois. “C’est vicieux. Plusieurs militants sont en train de se faire pirater leur compte Facebook. Ils ont déclenché une guerre totale contre nous sur le Net”, lance-t-il d’une voix calme et dans un arabe digne d’un présentateur d’Al-Jazira [chaîne satellitaire arabe]. http://youtu.be/PiDrpTv3LZE

Militant de la première heure du Mouvement du 20 février, Hamza Mahfoud prône la désobéissance civile pacifique, à la manière du mahatma Gandhi. Et il n’en est pas à sa première expérience. “J’ai côtoyé toutes les tendances idéologiques, mais je préfère être un électron libre et garder mon sens critique”, précise Hamza en écrasant sa cigarette. Tout a commencé à la veille de la marche du 20 février. Fasciné par les récits rapportés par ses potes militants d’Attac Maroc, dont certains étaient présents sur la place Tahrir du Caire, il se met à rêver de slogans percutants et fédérateurs. “Je griffonne des ébauches de slogans tard la nuit. Il ne s’agit pas d’inventer le fil à couper le beurre : il suffit juste de détourner une chanson, de travestir un slogan propagandiste pour en faire un truc que les gens aiment scander à l’unisson”, explique-t-il. Un mordu de lecture

Après une nuit blanche, Hamza sort, comme des milliers de Marocains, le 20 fé­vrier sur la place Lahmam de Casablanca. A partir de ce jour, il sera de toutes les marches du mouvement. Au fur et à mesure que les manifestations se multiplient, sa plume fait mouche. “Les délires de Kadhafi sont une aubaine pour moi. Placer l’expression ‘zenga zenga’[ruelle par ruelle] dans un slogan, c’est le strike garanti”, confie-t-il. Mais, au fait, qui est Hamza Mahfoud ?

Né dans le quartier de Bournazel en 1986, le jeune homme est l’incarnation même du clash des générations. Fils d’instituteur, il devient un mordu de la lecture dès l’âge de 8 ans et découvre le monde des idées par le truchement des écritures religieuses. Fervent croyant, il a 13 ans quand il croise la route du Mouvement unicité et réforme [MUR, islamiste, fondé en 1996], où il fait son premier apprentissage idéologique. “Au début, on se réunissait dans les mosquées du quartier. Ensuite, j’ai été autorisé à assister aux jalassat [réunions] d’apprentissage du Coran et de prêche”, déclare-t-il. Grâce à sa mémoire phénoménale et à son engouement pour la lecture, Hamza va vite monter en grade. Il finit par organiser ses propres jalassat, durant lesquelles il aiguise ses talents de tribun. Ce qui ne manque pas d’éveiller l’inquiétude de son père, qui le pousse à suivre un cursus scientifique au lycée pour l’éloigner de la littérature. Hamza, la mort dans l’âme, joue le jeu, mais le père se ravise quatre mois plus tard et exige que son rejeton suive une formation professionnelle. Le clash est inévitable. “J’ai fugué de chez moi à 15 ans. J’ai passé un mois à Meknès à vivre comme un chamkar [celui qui vit dans la rue et qui n’a rien à perdre dans une société dominée par l’argent]”, se souvient-il, tout sourire.
Changement pacifique

Hamza finit par reprendre ses études et dé­croche son bac à 17 ans. Pourtant, quelque chose semble brisé dans la tête de cet adolescent qui couve sa révolte et la cultive à travers ses lectures. Il dévore la littérature des Frères musulmans, ainsi que les écrits du Saoudien Khalis Jalabi [chirurgien, penseur islamique, défenseur de la non-violence et adepte de l’autocritique au sein des mouvements de l’islam politique] et du Syrien Haidar Haidar [écrivain prônant la lutte contre toutes les formes de répression et de violation des droits de l’homme], deux grands déconstructeurs du discours des courants salafistes. “Mais le choc de ma vie est certainement Nikos Kazantzakis [écrivain grec 1883-1957, lauréat du Prix international de la paix en 1950]. Bac en poche, j’ai décidé de partir une année pour travailler sur un chalutier à Martil, à côté de Tétouan. J’avais besoin de gagner un peu d’argent, de lire et de poursuivre ma quête personnelle”, raconte Hamza. De retour dans le giron familial, il a les idées plus claires. Il décide de s’orienter vers le journalisme. Pour l’heure, Hamza ne se laisse pas intimider par les coups de matraque des forces de l’ordre, qui lui ont valu une entorse au bras et des blessures au dos lors des manifestations à Sbata, les 22 et 29 mai. Avec un zèle qui frôle le masochisme, il est à chaque fois rentré chez lui poster les premières vidéos et photos de la manifestation sur Facebook. “On ne lâchera pas l’affaire tant que ce pays ne changera pas”, assène-t-il. Mais il n’est pas question de céder aux sirènes anarcho-révolutionnaires. Son credo est la non-violence et l’exigence d’une démocratisation dans le cadre d’une monarchie parlementaire. Il faut dire qu’avec son passé de militant il a vu défiler beaucoup d’illuminés et de naïfs. “Ce sont des composantes inéluctables dans chaque mouvement. Il faut même composer avec les flics en civil qui viennent à nos réunions. Mais la vérité finit toujours par triompher”, martèle Hamza, qui continue à revendiquer un modèle de changement pacifique.





REPÈRE — Manifestations


Le 20 février 2011 ont lieu les premières manifestations. Le 9 mars, Mohammed VI annonce une réforme constitutionnelle. La contestation se poursuit. Elle est violemment réprimée. Le 17 juin, le nouveau texte constitutionnel est adopté en Conseil des ministres et le roi annonce la tenue, le 1er juillet, d’un référendum sur la nouvelle Constitution. Le scrutin recueille 98,5 % de oui. Des législatives anticipées sont prévues pour le 25 novembre.
Source :    Hicham Oulmouddane, TelQuel, 15/9/2011
 http://www.courrierinternational.com/article/2011/09/15/hamza-mahfoud-la-plume-du-20-fevrier

vendredi 30 novembre 2012

Younes Derraz a retrouvé son policier-voleur

Par Salah Elayoubi, 


L’activiste Younes Derraz jeté par terre par les policiers et le policier-voleur qui s’enfuit avec le butin. C’était lors de la manifestation du du 23 août 2012 (Photo DR) !
Qui n’a pas assisté à la première partie de la confrontation entre forces de l’ordre et militants du vingt février,  le dimanche 18 novembre, où il s’agissait de dénoncer l’enveloppe budgétaire du palais royal, aura raté un grand moment d’hilarité.

Afin de prévenir tout rassemblement devant le parlement, les policiers avaient fait de la prévention une priorité. Tous les rassemblements de plus de deux personnes ou ceux  des militants connus devaient être dispersés.
Sur la terrasse du BALIMA, le célèbre hôtel, le gérant, obéissant aux instructions de la maréchaussée, n’ a dressé qu’un minimum vital de tables et de chaises. La curiosité de nos compatriotes étant légendaire,  les autorités redoutaient de laisser derrière elles les témoins gênants de leurs exactions et de leur sauvagerie habituelle.
La scène s’ouvre sur cinq militants debout,  à l’ombre des splendides frondaisons des « Ficus Benjamina » de la terrasse du BALIMA. On reconnaît Younes Derraz et Hamza Mahfoud, entourés de trois autres militants inconnus. Un officier de police en grand uniforme s’approche, le talkie-walkie  crachotant. Il ordonne sèchement aux quatre militants de se disperser. On l’entend crier avec la délicatesse qui sied à notre police.
-         «  Sir Bhalek ! Yalla oua sir bhalek ! »
L’un des militants ne se le fait pas redire. Il bat en retraite. Impassible, Younes ne bouge pas. Hamza esquisse un mouvement de rotation puis se ravise. Le pandore qui devient carrément menaçant s’avance alors vers Younes. Pour toute réponse celui-ci, d’un calme olympien, a ces mots :
-         « Tu te souviens de moi ? »
   La conversation prend des allures surréalistes :


Younes Derraz affrontant le policier-voleur (Photo prise d’écran
« Non qui es-tu ? » demande le policier devenu  soudain prudent.

-         « Je suis celui à qui tu as pris le sac l’autre jour à la manifestation ! »
-         «  Non, non non ! tu dois faire erreur ! »
-         «  Si si ! insiste Younes,  j’ai même la photo ! Ne pourrais-tu me le rendre, à présent ?  »
Le policier qui bombait le torse jusque-là, histoire de distiller la peur, perd alors toute contenance. Il a la visière qui le démange. Il la gratte, soulève sa casquette pour s’aérer le front qui transpire. Plus question d’avancer, mais plutôt de battre en retraite, en se drapant d’un semblant de dignité. L’officier se retourne. Il aperçoit la caméra qui a tout saisi. Il est abattu !
-         «  Non non non tu te trompes ! »
Younes enfonce le clou, alors que le pandore pivote sur lui-même pour battre gentiment en retraite :
-         «  Tu vas me le rendre ? Dis ! »
-         «  Non non ! Tu fais erreur, ce n’est pas de moi qu’il s’agit ! »
-         « Si si ! Ta photo est parue dans les journaux »
Vidé de toute substance, l’homme en uniforme décide de tourner les talons, alors que Younès continue de le titiller et lui rappeler les faits qui ont valu à l’intéressé sa célébrité. Le bonhomme se retourne encore une fois et soulève la casquette qui lui enserre décidément bien trop fort la tête. Un dernier coup d’œil aux militants qui se sont regroupés, confortés par la confusion qu’ils ont semée dans l’esprit du voleur de sac.
Hamza  intervient à son tour, pour réclamer le retour de la musette. Espiègle et rieur, il lance :
-         «  Ta photo a paru dans les journaux ! elle a même paru dans les journaux français ! Une Chouha 3alamiya ! (Une honte internationale) »
On voit le policier redescendre, penaud, les quatre marches, qu’il avait gravies fièrement quelques minutes auparavant, investi de la mission de terroriser ses semblables. Il marmonne misérablement dans sa moustache.
Une centaine d’yeux ont suivi la scène. La caméra ne le montre pas, mais le policier bat piteusement en retraite, sous les quolibets des militants complètement hilares. Les  consommateurs et les quelques policiers en tenue d’intervention, médusés n’ont pas perdu une miette du spectacle. Notre homme disparaît en se grattant le derrière.
- «  Nous ne te battons pas de gaieté de cœur ! »


La suite est connue. Une chasse à l’homme impitoyable dans les rues avoisinantes avec des blessures à déplorer dans les rangs des militants. Au passage, quelques citoyens qui se trouvaient, par inadvertance,  sur la route de la charge policière, subiront également les foudres de la répression. Hamza s’en tirera avec de graves écorchures à la jambe ainsi que des contusions multiples qu’il doit, en partie à l’esprit revanchard du représentant du désordre, le policier-voleur !
Blessures au pied de l’activiste Hamza Mahfoud (Photo prise d’écran)
Salah Elayoubi
URL courte: http://www.demainonline.com/?p=23108http://www.demainonline.com/?p=23108
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Le Maroc de "la force imbécile"
Cet homme sur la photo est un tortionnaire attitré ! A chaque manifestation qui se déroule dans la capitale ou les environs, il est de la partie. 
Ici, on le voit gifler violemment Hamza Mahfoud et lui maintenir la tête baissée, alors que l'officier de police lui assène des coups de talkie-walkie sur l'épaule et le crâne ! 
Sur le cliché de gauche, il contemple son oeuvre, après avoir participé à la bastonnade de Younes Derraz.
Les deux photos ont été prises, lors de la parodie de l'allégeance face au parlement !
Pourtant rien dans ses fonctions n'oblige cet ignoble individu, ce suppôt de la torture à procéder ainsi, son rôle devant se limiter à donner des ordres à ses forces auxiliaires !
Le peuple se souviendra !!!!
Cet homme sur la photo est un tortionnaire attitré ! A chaque manifestation qui se déroule dans la capitale ou les environs, il est de la partie.
Ici, on le voit gifler violemment Hamza Mahfoud et lui maintenir la tête baissée, alors que l'officier de police lui assène des coups de talkie-walkie sur l'épaule et le crâne !
Sur le cliché de gauche, il contemple son oeuvre, après avoir participé à la bastonnade de Younes Derraz.
Les deux photos ont été prises, lors de la parodie de l'allégeance face au parlement !
Pourtant rien dans ses fonctions n'oblige cet ignoble individu, ce suppôt de la torture à procéder ainsi, son rôle devant se limiter à donner des ordres à ses forces auxiliaires !
Le peuple se souviendra !!!!

samedi 25 août 2012

Maroc-Allégeance au roi : « Nous reviendrons l’année prochaine en plus grand nombre ».

[Interview d’un membre du M20]
Hamza Mahfoud s'est, lui aussi, fait tabasser par les forces de l'ordre (DR)
Au lendemain de la cérémonie d’allégeance au roi, célébrée mardi au Maroc, des dizaines de manifestants se sont données rendez-vous mercredi, devant le siège du Parlement, pour réclamer la suppression de cette pratique. Plusieurs des participants, dont des journalistes qui couvraient l’événement, ont été passés à tabac par les forces de l’ordre. Pour en savoir plus, nous avons contacté Hamza Mahfoud, journaliste et militant dans les rangs du Mouvement du 20 février, qui a, lui aussi, subi le même sort. 


Yabiladi.com : Vous avez participé mercredi, à Rabat, à la manifestation contre l’allégeance au roi. Racontez-nous comment tout cela a commencé. 

Hamza Mahfoud : Nous avons d’abord créé un événement sur Facebook qu’on a baptisé : « la Fête d'allégeance à la dignité et à la liberté ». Plus de 15 000 personnes ont reçu des invitations pour y partciiper. Finalement, plus de 1500 ont répondu favorablement à l’invitation. Ce ne sont que des estimations bien sûr, mais cela nous sert d’indicateur pour pouvoir mesurer le nombre de personnes qui seront réellement présentes le jour J.
De nombreuses activités artistiques étaient programmées pour cette « fête », du théâtre, de la poésie… L’annonce de l’événement faisait déjà beaucoup parler la presse étrangère. L’AFP et Reuters ont notamment relayé l’information qui a été par la suite reprise par de nombreux supports étrangers.
Que s’est-il passé par la suite ? 

H.M : Comme convenu, on est arrivés aux alentours de 17h50 sur le lieu où était prévu le rassemblement. Au départ, on était une dizaine, puis d’autres personnes nous ont rejoints ensuite. Il y avait principalement des militants, des membres du M20 et des journalistes étrangers venus couvrir l’événement. C’est alors qu’on a été surpris par l’intervention brutale des forces de l’ordre. Ils insultaient et tapaient toutes les personnes qui étaient à leur portée…. hommes, femmes, enfants, sans distinction. Ils voulaient à tout prix saisir tout ce qui est caméras, appareils photos, téléphones portables pour éviter la publication des photos démontrant les violences de la police.

Vous avez vous-même subi des agressions de la part des forces de l’ordre...
H.M : Oui effectivement, j’ai reçu plusieurs coups. On m’a même déchiré la chemise blanche que je portais ce jour-là. Le caïd de Rabat (ndlr : l’homme qui porte des lunettes noires sur la photo) est celui qui a été le plus violent à mon égard. Il m’a donné une gifle en pleine figure.

Le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication Mustapha El Khalfi a fait part de ses regrets à la direction de l’AFP, suite à l’agression de l’un de ses journalistes lors de la manifestation.  Les journalistes marocains, eux, n’ont pas eu droit à des excuses. Qu’est-ce que vous en pensez ?

H.M : El Khalfi ne s’excusera pas. En tout cas, on ne s’attend pas à recevoir des excuses de sa part. Les Marocains ne font pas partie des préoccupations du gouvernement. Mais là, n’est pas la question. En agissant de la sorte, on nous a confirmé le citoyen marocain n’a pas de valeur aux yeux du gouvernement. De plus, El Khalfi n’est pas le commanditaire de cette violente intervention policière. Il ne fait que présenter des justifications insensées. C’est le roi et son entourage proche qui gouverne en réalité.

Pourtant cela faisait un moment que l’on n’avait plus entendu parler de violences policières lors des manifestations. 

H.M : Peut-être, mais la répression n’a jamais cessé. Pas plus loin qu’il y a deux semaines deux militants du Mouvement du 20 février ont été placés derrière les barreaux pour avoir participé à un sit-in de soutien à d’autres manifestants arrêtés auparavant.

Qu’espériez-vous atteindre comme objectifs par l’organisation de cette manifestation ?

H.M : Cette cérémonie d'allégeance est pour nous le summum de l’humiliation. D’autant plus que les personnes qui y assistent nous représentent nous les citoyens, le peuple. Notre principal objectif à travers cette action était de réclamer la suppression de cette cérémonie qui renvoie une très mauvaise image de notre pays. Pour l’instant, nous avons réussi à susciter le débat et à lever les tabous qui entouraient cette pratique archaïque. Nous reviendrons l’année prochaine en plus grand nombre  et Mamfakinch. 
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Par Aziz Enhaili
Du Bled du Makhzenistan:

Maintenant que le Makhzen a commis la bourde de s'en prendre à des journalistes, dont le correspondant de l'AFP, M. Brouksy, il a aidé, à son corps défendant à ouvrir les yeux à plusieurs de ceux qui jusque-là en disaient (surtout) du bien. Même le Washington Post a ouvert les yeux... Tout cela se passant à l'ombre du refus grandissant de la population de ce cérémonial despotique et archaïque de la Beïa (allégeance).

Je vous parie que dans les jours à venir, peut-être la semaine prochaine ou au début de la rentrée de septembre, le Makhzen nous arrivera avec un autre ''Talsint''. Vous rappelez-vous ce cet éléphant blanc et de ce qui a suivi?? Tout cela pour détourner les regards de là où il faut et où ca fait mal, très mal...