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lundi 17 février 2014

Maroc : Mariage des mineures :La société civile condamne fermement un phénomène inquiétant

Aufait, :

Un débat a été organisé mercredi à Fès par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et le Centre des droits des gens, sur la thématique de la grossesse chez l'adolescente, et partant, celle du mariage des mineures. La société civile a sonné la mobilisation pour tenter d'inverser la tendance d'un phénomène qui sévit de manière inquiétante au Maroc, en dépit des restrictions imposées par le Code de la famille.


Un débat organisé mercredi à Fès par la société civile autour du thème “La mère-enfant: face aux défis de la grossesse chez l'adolescente” a fait le point sur l'ampleur de ce phénomène et sur son coût élevé pour la communauté. / DR Un débat organisé mercredi à Fès par la société civile autour du thème “La mère-enfant: face aux défis de la grossesse chez l'adolescente” a fait le point sur l'ampleur de ce phénomène et sur son coût élevé pour la communauté. / DR Agrandir

    Le phénomène du mariage des mineures sévit de manière inquiétante au Maroc en dépit des restrictions imposées par le Code de la famille, ce qui a poussé la société civile à sonner la mobilisation pour tenter d'inverser la tendance.
    C'est ce qui a de nouveau été constaté lors d'un débat organisé mercredi à Fès par le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) et le Centre des droits des gens sur la thématique : “La mère-enfant: face aux défis de la grossesse chez l'adolescente”.
    Un débat qui a permis de faire le point sur l'ampleur de ce phénomène et sur son coût élevé pour la communauté. Un phénomène qualifié de “violation des droits de l'Homme”.


    Violences et insuffisance de l'éducation
    Pour les juristes et militants des droits de l'Homme qui ont animé ce débat, les grossesses précoces sont la conséquence de mariages d'enfants, de violences sexuelles ou de l'insuffisance de l'éducation à la santé sexuelle et reproductive.

    12% Selon le ministère de la Justice, le nombre de filles mariées à moins de 18 ans au Maroc est passé de 33.253 en 2009 à 39.031 en 2011, soit 12% de l'ensemble des mariages.
    7% Toujours selon le ministère de la Justice, le nombre des naissances chez les filles âgées de 15 à 19 ans est estimé à 50.000 cas, soit 7% du total des naissances.
    62% Des chiffres qui, ajoutés à ceux du Haut commissariat au plan (HCP) selon lesquels 62,8% des femmes au Maroc ont été victimes de violences, ne laissent personne de marbre.
    Par ailleurs, du fait de l'insuffisance de l'éducation à la santé sexuelle et reproductive, force est de constater qu'au Maroc, un jeune sur 5 ne connaît pas la maladie du SIDA, et que seulement un jeune sur 10 a eu une idée sur les autres maladies sexuellement transmissibles..

    15% Bien pire, 15% des jeunes ne connaissent aucun moyen de contraception.
    Ainsi, les grossesses des adolescentes restent aussi étroitement liées à la pauvreté, à la faiblesse du statut des femmes, au manque d'éducation et à l'abandon scolaire, ainsi qu'à l'échec des systèmes et institutions qui devraient protéger les droits de cette catégorie.
    Pour Mieko Yabuta, la représentante du FNUAP à Rabat qui ouvrait le débat, le mariage des mineures “demeure un challenge pour le Maroc” en dépit des progrès accomplis en matière d'égalité entre les sexes et de promotion des droits des femmes.
    A ce titre, elle a cité  la levée des réserves sur la Convention sur l'élimination des discriminations à l'égard des femmes, l'adoption d'une nouvelle Constitution, le Code de la famille, qui instaure l'égalité dans la capacité de contracter le mariage à 18 ans, ainsi que la récente révision du Code pénal concernant le mariage des jeunes filles mineures victimes de viol.
    Avec une proportion de 12% de mariages contractés au Maroc en 2011, le phénomène du mariage des mineures est non seulement élevé, mais il progresse d'une année sur l'autre”.
    Mieko Yabuta, la représentante du FNUAP à Rabat
    Conséquences négatives des grossesses des adolescentes
    Par ailleurs le forum n'a pu que constater que les grossesses des adolescentes s'accompagnent de conséquences négatives pour leur santé, réduisant leur chance de bénéficier de leur droit à l'éducation et de faire des choix dans leur vie tels que l'emploi, la formation et la participation à la prise de décisions, contribuant ainsi à perpétuer le cycle de la pauvreté, de l'inégalité et de l'exclusion.
    Si les jeunes filles ont moins d'intérêt pour le suivi de la grossesse et sont plus exposées aux avortements à risques, les mères les plus jeunes, enceintes pour la première fois, encourent en outre un risque significativement élevé de décès ou d'invalidité maternelle, selon le FNUAP.
    Ce qui fait dire à la représentante de cet organisme onusien au Maroc que le mariage des enfants “est une violation des droits de l'Homme”.
    “Le phénomène du mariage des filles est le résultat d'une vue très étroite des potentiels des filles, les privant de leurs droits fondamentaux à l'éducation et la formation et les enfermant dans un rôle reproductif”.
    Mieko Yabuta, la représentante du FNUAP à Rabat.
    Très sensible au fait que le taux de fécondité chez les adolescentes âgées de 15 à 19 ans est de 32% au Maroc, -contre seulement 6% en Tunisie par exemple-, l'ambassadeur du Canada à Rabat Sandra McCardell, n'y est pas allée pas par quatre chemins:
    “C'est une injustice flagrante et insupportable envers les jeunes filles (...) C'est un phénomène qui ôte à ces enfants le droit de choix à l'éducation, à la santé et à l'emploi, et réduit leur potentiel d'épanouissement”.
    Sandra McCardell, ambassadeur du Canada à Rabat.
    Cette dernière a d'ailleurs plaidé pour une interdiction “formelle” du mariage des jeunes filles.

    Plusieurs pistes explorées
    Les participants à cette journée de plaidoyer ont proposé plusieurs pistes pour juguler le phénomène.
    Certains ont réclamé l'“abolition” pure et simple du mariage des mineures par une révision des articles 20 et 21 du code de la famille qui accordent au juge de la famille la possibilité d'autoriser, exceptionnellement, le mariage avant l'âge de capacité matrimoniale fixé à 18 ans. Une démarche entreprise par certains groupes parlementaires à la Chambre des représentants.
    D'autres ont milité pour l'adoption d'une loi “complète” sur la violence.
    D'autres encore ont relevé que le travail législatif ne suffit pas à lui seul pour inverser la tendance et qu'il faut en conséquence étendre l'offre et l'accès à l'information et aux services de la santé sexuelle et reproductive pour les adolescentes et les jeunes, qui représentent à eux seuls 28,2% de la population au Maroc.
    Mais pour la majorité des intervenants, il faut surtout investir dans l'éducation, puisque des filles éduquées et en bonne santé ont une meilleure chance de se marier plus tard, de différer le moment de leur première grossesse, d'avoir des enfants en meilleure santé et de gagner un revenu plus élevé.
     Voir aussi:

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