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jeudi 20 février 2014

Le M20 affaibli, son esprit se déploie...autrement


 Par  Nizar Bennamat, 20/2/2014
Le théâtre de l'opprimé lors d'une de ses représentation
Le théâtre de l'opprimé lors d'une de ses représentation. © DR
Alors qu'on commémore le 3e anniversaire du mouvement contestataire du "20 Février", nous sommes allés à la rencontre de ces jeunes qui ont créé leurs propres outils pour le changement.
Il y a trois ans, le Maroc assistait à la première sortie du Mouvement du 20 février (M20F). La contestation a perdu sa force de frappe. Les personnes derrière la naissance du mouvement n'ont pas baissé les bras pour autant. Du culturel aux droits de l'Homme, plusieurs initiatives ont vu le jour, gardant l'esprit du mouvement qu'ils ont participé à créer. H24info vous livre une liste non exhaustive de projets qui ont vu le jour après le recul du M20.

Le théâtre de l'opprimé: rendre le mégaphone aux citoyens
Après un an d'activisme au sein du M20, Hosni Almoukhlis et ses amis sont arrivés à un constat: les manifestations du M20 ne sont plus pertinentes. "Répéter le même discours dans un contexte qui a changé revenait à du Don-quichottisme", souligne Almoukhlis. "Il était inimaginable pour nous de tomber dans les discours creux de plusieurs partis politiques", ajoute-t-il. Le jeune homme décide alors, avec un groupe d'activistes du M20F, de travailler sur le front culturel en donnant des représentations de pièces de théâtre dans la rue. Le concept du théâtre de l'opprimée du Brésilien Augusto Boal les séduit.

En mars 2012, Hosni Almoukhlis et les siens commencent les répétitions. Un mois plus tard, la troupe donne sa première représentation. Oppression, corruption, argent public, voilà autant de thèmes traités par ces jeunes qui, dans leurs représentations, trouvent le moyen d'inviter le public à interpréter un rôle. "C'est notre façon de donner le mégaphone aux citoyens lambda", déclare Hosni Almoukhlis.

La troupe de théâtre compte déjà une dizaine de performances à son actif, dont une tournée dans quatre villes avec Transparency Maroc sur le thème de la corruption. Actuellement, la bande à Hosni se livre à des séances d'écoute avec les femmes du quartier Sidi Moumen à Casablanca.

Le but est de recueillir les témoignages et de traiter le thème le plus récurrent dans une représentation qui se tiendra dans le même quartier. "Être citoyen, ce n'est pas vivre en société, c'est la changer", disait le père du théâtre de l'opprimé Augusto Boal. Une citation érigée en leitmotiv par Hosni Almoukhlis et les siens.

Institut Prometheus pour la démocratie et les droits de l'Homme
Lors de la montée des contestations, certains jeunes militants ont remarqué un manque d'adhésion aux valeurs de la démocratie et des droits de l'Homme. Ils décident alors de créer l'Institut Prometheus, dédié à la promotion de ces valeurs.

"C'est essentiel de réformer les institutions, les lois, la constitution. Mais cela n'aura pas l'effet escompté tant que nous n'avons pas travaillé sur la démocratisation de la société" analyse Yassin Bazzaz, président de l'institut.

Prometheus entend d'abord travailler sur l'enseignement, afin qu'il soit porteur des valeurs des droits de l'homme. Les médias, puis l'art et la Culture sont les autres axes de réflexion de l'institut. Bazzaz nous confie que son équipe travaille actuellement sur les manuels scolaires pour trouver tout ce qui peut aller à l'encontre des droits de l'homme.

Un mémorandum doit être publié fin septembre. En attendant, l'institut multiplie les conférences, ateliers et formations en direction de leur cible: élèves, étudiants et diplômés chômeurs. L'institut travaille également sur des petites émissions autour de la promotion des droits de l'Homme destinées aux radios et à internet.

UX: l'activisme en faveur de l'enseignement
L'Union des étudiants pour le changement du système éducatif (Uecse, aussi dit "UX") a une histoire un peu particulière. La révolte des étudiants, en juillet 2012 contre les seuils très élevés pour l'accès aux écoles et instituts supérieurs, a posé les bases d'une réflexion sur une autre manière de militer pour l'égalité des chances.

Au début, il était question d'organiser des sit-in dans différentes villes du pays pour protester. L'UX a ensuite trouvé d'autres formes d'expression à l'instar de "Lfelsafa f Zen9a" (la philosophie dans la rue), qui consiste en une rencontre dans un lieu public où les jeunes débattent de thèmes philosophiques. La liberté, l'amour, l'oppression, la démocratie sont autant de sujets discutés dans un cadre décontracté. L'UX a également lancé l'initiative "Node te9ra" durant laquelle des jeunes, livre en main, se rencontrent une heure ou deux, pour lire. Un moyen d'inciter à la lecture dans une société qui lit très peu. Récemment, le mouvement s'est constitué en association.

Le Festival Résistance et Alternatives (F.R.A): parce qu'il faut résister
C'est l'un des rendez-vous qui a commencé avec le premier anniversaire du M20. Youness Belghazi et Hamza Mahfoudi, deux activistes, et amis inséparables, remarquent que les formes d'expression culturelle lors des manifestations du M20 avaient besoin de plus de visibilité. Le festival offre une paillette d'activités: de la musique, des ateliers sur l'expression corporelle, des tables rondes, des pièces de théâtre dans la rue, des documentaires et des films. Le tout dans un espace d'échange et de discussion ouverts à tous.

Le F.R.A est généralement organisé sur les trois jours les plus proches de la date du 20 février. "C'est notre façon de commémorer une date et non seulement un mouvement", nous confie Youness Belghazi co-fondateur du FRA. Il nous explique que le festival est un lieu de rencontre qui donne une idée sur ce qui a été fait dans le domaine culturel et ce qui va être fait l'année suivante. Par exemple, c'est du festival qu'est né le groupe Guérilla Cinéma. Un groupe de jeunes qui réalise des documentaires sur des questions sociales et politiques au Maroc. Ils comptent déjà à leur actif plusieurs productions comme "My Makhzen and me" et "475". La 3e édition qui commence aujourd'hui a été interdite par les autorités aux anciens abattoirs, où était prévu le festival. Très vite, les activistes du festival ont trouvé un plan B.

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