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jeudi 20 août 2009

Belliraj : Un mouton sacrifié pour l'ouverture des frontières

Le gouvernement marocain est prêt à tout pour la réouverture des frontières avec l’Algérie.

Par : Collectif Diaspora Sahraouie,19/8/2009

A l’instar de son ami George Bush Junior, Mohamed VI a promulgué la loi relative aux interrogatoires et aux procès des terroristes présumés qui suscite l’hostilité des mouvements de défense des droits de l’homme. Sur fond de terrorisme, soupe de tonnerre dans le paysage politique, le ministère de l’intérieur, bénéficie d’une carte blanche.
Celui-ci a condamné, le 28 juillet, sans surprise, le citoyen belgo-marocain Abdelkader Belliraj à la détention à perpétuité par le tribunal antiterroriste de Salé, tandis que les six codétenus politiques ont été lourdement condamnés à des peines allant de 20 à 25 ans de prison. A l’énoncé du verdict, certains avocats ont eu les larmes aux yeux. Tandis que les familles, visiblement sous le choc, applaudissaient les juges en criant ironiquement : "Bravo la justice". "C’est une véritable catastrophe", commentait pour sa part le bâtonnier Abderrahim Jamai à la sortie du tribunal. "La justice a cédé aux pressions du ministre de l’intérieur et c’est proprement scandaleux", s’emportait Khalid Soufiani, lui aussi avocat de la défense.

La situation a été brillamment décrite, d’une façon ironique, par l’excellent blogueur Ibn Kafka, dans son article intitulé "
X-Files, Affaire Belliraj, quelques conseils à Chakib Benmoussa" :

"Si vous estimez que le Maroc est le plubopaysdumonde – traversé par
une révolution silencieuse – que seuls des nihilistes, enfants gâtés, bobos, islamo-gauchistes, séparatistes, chiites, Moulay Hicham, Abdelkader Belliraj, Bob Ménard, Ali Lmrabet, Gilles Perrault et Roger Lemerre oseraient critiquer, vous êtes exemptés de lire la suite.
Pour ceux qui estiment que dans un pays
classé 120e dans le Democracy Index de The Economist (juste avant le Rwanda et juste après l’Egypte, et largué par l’Irak et Haïti), placé juste après le Montenegro et avant le Mozambique dans le Global Integrity Report axé sur la corruption, 122e dans le classement Worldwide Press Freedom Index de RSF (juste après l’Algérie et juste avant Oman), 127e dans le classement 2008 du PNUD sur l’Indice de développement humain (juste après le Botswana et juste avant Sao Tomé e Principe), 74e sur 104 dans le classement Legatus de la prospérité mondiale et 82e dans le classement Environmental Performance Index (juste après le Népal, et juste avant la Roumanie), tout n’est pas rose, et que la responsabilité en incombe à l’autorité constitutionnelle suprême du pays, vous faites partie des 9% de Marocains à la solde de Tindouf et de Téhéran.
Vous vous rappelez sans doute de
l’affaire Belliraj, où vendeurs ambulants, leaders de partis politiques et MRE marginaux et délinquants auraient amassé des millions d’euros à des fins terroristes sans jamais commettre d’attentats – les meurtres mis au compte d’Abdelkader Belliraj, le MRE marocain – et informateur de la Sûreté de l’Etat belge – qui serait le cerveau de ce réseau remontent à près de vingt ans. Le réseau a une composition qui ressemble au rêve mouillé d’un éditorialiste du Matin du Sahara : duPSU au PJD en passant par deux mouvement islamistes mineurs, Al Manar et le Hezbollah. Ne manquent à l’appel que Bob Ménard, Ali Lmrabet, Moulay Hicham, le Polisario, l’AMDH et Boubker Jamaï pour que la dream-team soit au complet."

Ce présumé chef terroriste a nié catégoriquement la totalité des chefs d’inculpation retenus contre lui. Les accusés étaient poursuivis pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, association de malfaiteurs en vue de préparer et commettre des actes terroristes, meurtre avec préméditation, tentative d’homicide volontaire avec préméditation, vol qualifié et tentative de vol qualifié et détention illégale d’armes et d’explosifs. Des accusations que Abdelkader Belliraj a catégoriquement niées au même titre que d’avoir contribué à faire passer des armes pour le Front islamique du salut (FIS dissous).
Parmi les accusés figurent des chefs de partis islamistes modérés dissouts par les autorités marocaines. Certains entretenaient des liens avec des associations de défense des droits de l’homme.

Il avait été arrêté le 18 février 2008 au Maroc avec 33 membres de son réseau. D’après la presse marocaine de l’époque, ils étaient sous surveillance depuis plusieurs années mais le réseau aurait été démantelé car ils prévoyaient une série d’attentats. Quelques mois plus tard, Abdelkader Belliraj aurait avoué avoir commis les crimes dont il est accusé, mais il s’est ensuite rétracté car ses aveux auraient été arrachés sous la torture. Au cours du procès, il a nié tous les faits qui lui sont reprochés. Le 1er juin dernier, le procureur avait requis la peine capitale contre lui.
La justice belge a exprimé ses réserves sur cette "condamnation pour des faits autres que ceux jugés au Maroc qui ont mené à sa réclusion à perpétuité. La justice belge a demandé une copie conforme de cette condamnation à la justice marocaine". Il est évident que les autorités belges voient dans cette affaire un montage dont ils ignorent les causes et dont la victime n’est ni plus ni moins que l’un des meilleurs informateurs des services de sécurité belge et dont les informations ont permis, dans le passé, de déjouer une opération terroriste dans un pays européen dont le nom a été soigneusement gardé en secret pour des raisons de sécurité.

L’ironie est que, avec ce procès ultra médiatisé, ils n’ont pas convaincu les autorités algériennes de l’efficacité de la police marocaine et la nécessité d’ouvrir les frontières et ainsi offrir leurs services pour empêcher le trafic d’armes destinées aux criminels de l’AQIM opérants en Algérie.

Le malheureux Belliraj a été le mouton sacrifié dans le but de charmer les autorités algériennes. Encore un échec dans les tentatives marocaines d’imposer le statu quo au Sahara Occidental en faisant semblant de normaliser les relations avec l’Algérie. Mais celle-ci a encore fait preuve que sa politique est basée la légalité internationale et toute normalisation ne pourra se faire au détriment des souffrances du peuple sahraoui.

Dattes israéliennes pour le Ramadan ?


Certainement pas !
Par Saïd Yanis, 20/8/2009

La plupart des dattes israéliennes, qui envahissent actuellement les marchés à la veille du ramadan, sont produites dans des colonies de la vallée du Jourdain, en Cisjordanie, sur les terres des Palestiniens, avec leur eau et leur sueur. Ceux qui en consomment encouragent la colonisation israélienne.
A cette époque de Ramadan, Israël cible spécifiquement les petits commerçants qui fournissent les dattes à la communauté musulmane. Ces dattes, plus grosses et plus foncées que la plupart des autres peuvent se présenter sous différentes marques et avec des provenances diverses.Les variétés "Medjoul" et "Deglet Nour", sont connues sous les marques Bat Sheva, Carmel, Jordan Plains ou Jordan Valley. Les variétés "Hayani" et "Bahri" sont le plus souvent étiquetées KingSolomon et Jordan River.On les trouve aussi bien dans des supermarchés que chez des détaillants. A nous d'être vigilants, car ces dattes proviennent de colonies de la vallée du Jourdain, après que la majorité de la population palestinienne a été chassée de la région et que ceux qui restent sont souvent contraints de se faire exploiter par les entreprises israéliennes, Carmel, Agrexco, Hadiklaim qui maintiennent l'apartheid.
Ainsi, le mois dernier, l'armée israélienne a démoli les villages de Ras al-Ahmar et Hadidiya dans la vallée du Jourdain. Elle a détruit ou confisqué les moyens d'accès à l'eau dont les villageois dépendent pour survivre en travaillant le peu de terres qui leur restent. Du coup, beaucoup sont obligés d'aller travailler et d'envoyer leur enfants dans les colonies. Là, ils passent plusieurs heures sur des palmiers de 10 à 12 mètres de haut sans pouvoir descendre pour aller aux toilettes. Sous le soleil ou secoués par le vent, dérangés par des insectes ou des scorpions, et parfois des serpents, ils doivent rester accrochés par un bras et travailler de l'autre sans interruption pour remplir leurs quotas. S'ils se plaignent ou ne respectent pas leurs quotas, ils perdent leur travail et les ressources de leur famille. Les Israéliens préfèrent employer des enfants, plus lestes pour monter aux arbres. Plus faciles à mater, ils sont moins payés et souvent escroqués. L'extrême pauvreté des Palestiniens les oblige à enlever leurs enfants de l'école pour les louer aux colons.
Près de 80 % des dattes israéliennes sont exportées, principalement en Europe (environ 1 000 tonnes en France). Et comme vous le savez, nos gouvernements ferment les yeux, malgré les résolutions de l'ONU, les conventions de Genève, tout comme le jugement de 2004 de la Cour Internationale de Justice, qui a déclaré illégales ces colonies installées sur les territoires palestiniens occupés. Et malgré les appels au boycott de la société palestinienne, comme ceux des militants israéliens contre la colonisation. Mais nous ne sommes pas prêts à manger de ce pain là. Vous non plus, n'est-ce pas ? Il y a suffisamment de dattes produites par d'autres pays pour faire au moins ce geste de refus, et en expliquer le sens à tous les commerçants. Aucune excuse pour ceux qui fermeront les yeux. Ils ne pourront pas dire qu'ils ne savaient pas.

Source : CAPJPO-EuroPalestine

mercredi 19 août 2009

Enaama Asfari n’est pas une femme…

Par APSO, Amis du Peuple du Sahara Occidental APSOlument@yahoo.fr, 18/8/2009

En France, on sauve les femmes, de préférence jeunes et jolies, et/ou avec un sacré caractère…

Enaama Asfari est co-président d’une association française de défense des droits de l’Homme au Sahara Occidental. C’est donc un homme. Et Enaama est Sahraoui. Et en France aussi, on oublie soigneusement les Sahraouis.


Le Sahara Occidental est occupé depuis 34 ans par le Maroc, qui l’a coupé en deux par un mur de 2400 km, en pille les richesses et matraque les habitants jeunes ou vieux, hommes ou femmes, qui revendiquent leur identité sahraouie.Le pays est un Territoire Non Autonome à décoloniser selon la loi internationale, et le pillage est illégal…Enaama a été arrêté à Tan-Tan par les forces de police Marocaines. Il a été tabassé, méthodiquement probablement puisque ces lunettes en ont été cassées. Il revendique son identité sahraouie, l’existence de sa république, la République Arabe Sahraouie Démocratique, en exil, et ça ne se fait pas là-bas, il fait trop de bruit…
Pour en savoir plus il faut lire la presse belge, ou norvégienne, ou téléphoner à sa femme, Claude, qui est française. Elle a pu constater et déplorer les blessures de Enaama.Dans la presse française, rien. L’année dernière, Enaama avait été arrêté au Maroc déjà, rondement jugé, dans une parodie de procès. Sa femme avait été expulsée du Maroc… Quelques petits entrefilets avaient filtré. Ils étaient 4 à avoir été expulsés.Il est très difficile d’atteindre le Sahara Occidental ! Attrapé le 14 août au soir, disparu toute la nuit, Enaama est en détention et sera jugé à Tan-Tan le 24 août. Le ministère français des affaires étrangères était informé le 15 août au matin. Il n’a pas réagi, ou alors très discrètement. Et s’il avait été une jeune femme…?

mardi 18 août 2009

Héroïne sans gloire

Par Hassan ISMAILI, Transmis par Ali Fkir, 18/8/2009

Bonsoir Si Ali, je vous écris de Beni Mellal , votre texte "une fille, une mère" m'a interpellé, d'autant que j'ai connu feue Atika, pendant les 45 jours de grève de la faim observée par les diplômés chômeurs dans le cadre de leur association, je faisais partie du comité de soutien et j'avais alors écrit un texte, qui apparaîtra plus tard dans un recueil intitulé "Figures de la Marginalité" dans les Editions Milafat Tadla; j'aimerai le partager avec vous en hommage et à la mémoire de la chère disparue!
H.I.


Les grévistes avaient besoin qu’on les soutienne. Elle surtout. Elle en avait le plus besoin, mais elle refusait qu’on l’aide. Elle était au monde depuis onze mille six cents quatre vingt jours environ, elle était au chômage depuis huit années, et elle en était à son dix-huitième jour de grève de la faim et à son sixième ou septième évanouissement. Elle se sentait sucée jusqu’à l’os par cette lutte de David contre Goliath, mais elle était loin d’être abattue, car à chaque fois qu’elle était tombée, elle avait acquis une autre force, une autre aura.

Elle persistait dans l’idée d’y parvenir toute seule, et qu’importait son cœur fatigué. Combien de fois était- elle tombée? Tellement qu’elle ne comptait plus. Mais les contusions qui tâchaient son corps étaient assez éloquentes. Pourtant, à chaque fois que ses jambes flanchaient, elle était allée puiser au fond d’elle-même dans cette énergie amère du désespoir la force de lutter. Ménageant chaque battement de ce cœur malade, chaque tressaillement, elle continuait à faire acte de présence auprès des camarades. Elle repoussait toujours un peu plus l’ultimatum fixé par sa santé défaillante. Encore un jour, se disait-elle. Encore une lutte ! Pour l’heure, seuls les camarades comptaient ! Il faut que la lutte continue ! Pour la dignité, pour ce pays où elle comptait bien vivre à sa guise un jour, si bien sûr on lui laissait le temps et le souffle nécessaire ! Ce pays qu’elle aimait malgré tout. Ce pays où elle aimerait étancher sa soif de liberté! Son besoin de ne plus dépendre de personne, et pouvoir enfin s’occuper de soi-même, aimer, se faire aimer, cultiver la vie autour de soi et avoir plein de gosses ! Se sentir exister enfin!

Elle se sentait autre à chaque fois qu’elle sombrait dans cet état d’absence du à l’abstinence, elle devenait capable de tous les prodiges! Elle réenclenchait son pouls défaillant, régnait au-dessus d’elle-même, au-dessus du monde, de la société et de la douleur, planait victorieuse en haut de toute cette platitude qui l’enchaînait à sa condition d’humaine minable, rompait tous ces liens pétris de mensonges et de promesses non tenues avec cette terre qui faisait vivre ses enfants dans l’illusion continue de l’irréalisable !

En de tels moments, elle n’était plus la victime désignée à l’immolation sur l’autel des discours impuissants et du dire prônant le réalisme politico-économique.

En de tels moments, elle choisissait elle-même pour elle-même. N’ayant pu choisir sa vie auparavant, elle entendait choisir sa mort. Avoir au moins cela pour elle. Son combat acharné contre sa faiblesse incitait ses camarades à continuer la lutte.

Or ce jour-là, l’occasion s’annonçait propice justement. Un cortège solennellement officiel qui comptait faire du social se rendait à la Zawiya Kadiria Boudchichia, dans le but de remettre au Moqadem le don annuel octroyé par l’état aux nombreuses confréries qui jonchent le pays. Mis au courant, les grévistes de la faim qui comptaient bien faire feu de tout bois conformément à la tactique retenue au niveau national ne ratèrent pas la pertinence de rappeler leur existence aux responsables quitte à les importuner. Dix sept silhouettes cadavériques se trainèrent tant bien que mal, jusqu’au lieu appelé comme par ironie Place de la Liberté pour manifester. Ils essayèrent de passer, mais leur fougue vacillante se brisa rapidement sur le bouclier d’acier trempé du cordon de sécurité. Ils auraient fait belle figure dans les romans du 19ème Siècle dans l’illustration des rôles d’émeutiers ou de barricadistes présentant des poitrines nues aux baïonnettes de la garde qui les charge. On pouvait aisément cependant se rendre compte que toute comparaison relevait du risible.

Passés les premiers moments de choc, ils se reprirent pour revenir à la charge. Certains d’entre eux, peu nombreux en réalité, réussirent à passer. Elle en faisait partie. Quelques gardes qui y remarquèrent une opportunité d’avancement, oublièrent dans leur hâte qu’il n’était pas de coutume de taper sur les cadavres, et s’empressèrent de leur sauter dessus bien contents de présenter enfin à leur chef quelque chose de concret qui atteste de leurs bons et loyaux services, un coupable, en chair et en os.

Les vigiles s’en saisirent et les coups se mirent à pleuvoir ! Un brodequin lui laboura le tibia, un coup de pied lancé à toute volée la faucha comme épis mûre. Elle n’avait pas plutôt touchée terre qu’un autre l’atteignit à l’estomac et l’étendit raide sur l’asphalte.

Alors, la garde. Toute la garde, dans un respect étrange, un respect presque religieux, malgré l’atmosphère de tension qui régnait sur les lieux, s’écartait d’elle. Une douleur à achever un mulet se concentra au niveau de son abdomen en s’irradiant au reste des muscles, la mettant aux limites de l’humainement supportable. Quiconque d’autre en aurait été achevé. A…avait en de telles circonstances des ressources insoupçonnables. Elle usait de ce baume adoucissant de l’aigreur des cœurs qu’est le rire pour se protéger contre la douleur, pour se soustraire au présent invivable. Bien sûr ce n’était pas un rire aux éclats comme elle l’aurait souhaité mais un raz de marée qui balaya comme d’un revers de main le réel en le tournant à la dérision.

Bien que consciente de ce qui se passait aux alentours, elle gisait en pâle pantin disloqué entre les bottes cloutées, et n’avait aucune envie de rigoler. Elle pouvait percevoir les camarades s’empresser autour d’elle pour empêcher qu’on la piétine, et suivre avec satisfaction leurs efforts de garder à distance la garde acharnée. Une voix qu’elle reconnaitrait entre mille se fit entendre alors. M…, responsable de la logistique du groupe, attentif comme à son habitude, venait une fois encore à la rescousse. Il criait : « le portable ! Prenez le portable! Il est dans sa poche ! ». On le nommait « le vigilant » pour rigoler, et il méritait bien son surnom. A... sentit une main fouiller dans ses vêtements. Et quoique les pantalons qu’elle portait ce jour- là fussent sans poches, la main fouineuse ne cessa pas son activité. Quelque chose de bien dur et d’assez arrondi qui gonflait sous la toile se fit sentir. C’était sûrement le portable qu’elle cherchait. Une autre voix lança, comme pour confirmer le chercheur dans son hypothèse « Dans la poche intérieure! Le portable ... dans la poche intérieure! ». La main fouineuse glissa nous le vêtement suivit le haut du fémur et croyant avoir trouvé son bonheur, empoigna le grand trochanter qui faisait saillie -tant A… avait maigrie !- puis, sûr de son affaire, tira triomphalement dessus. A… qui se sentit soulevée de terre, en oublia sa douleur et pouffa de rire. Bien sûr ce n’était pas un rire aux éclats comme elle l’aurait souhaité, mais l’effet était le même. A… s’en sentit soulagée, débarrassée du fardeau qui lui pesait sur le cœur. Elle n’était plus concernée par la triste et grave humanité qui l’entourait. Elle balayait le réel et ses complications d’un revers de main et se serait esclaffée si ses muscles répondaient à ses désirs. Elle aurait ri de bon cœur de toute cette absurdité qui la contraignait à batailler comme une forcenée pour accéder à ce que tout le monde considérait sans conteste comme un droit.

A…du haut de son perchoir survolait ainsi sa vie présente et passée. L’ambulance qui arrivait ululant comme un furibond sur les lieux, mit fin à ses réflexions et quand les ambulanciers la mirent sur le brancard, elle trouva encore la force de lever la main en signe de victoire, pour répondre au salut de la foule qui l’ovationnait. Victoire! Victoire! répétaient ses camarades. Victoire !...Victoire, oui ! mais victoire sur quoi? Victoire sur qui? Il n’y avait aucune gloire à récolter, aucune victoire à remporter. A… et ses camarades faisaient piètres figures dans un conflit qu’ils n’avaient jamais soupçonné. Elevés dans le vague sociétal et l’insouciance du lendemain, ils se sentaient meurtris de voir se fracasser leur jeunesse longtemps bercée d’illusion sur la falaise tenace de l’impasse. Piégés par une appartenance qui exigeait le don de soi sans rien proposer en retour, ils se sont laissé submerger par le désespoir. Depuis trois ou quatre décennies, rampant comme des limaces, ils juchaient par terre, et ne bougeaient que lorsqu’on le leur demandait sans prétendre à un quelconque sens thérapeutique ou philosophique.

A… continuait sa grève de la faim. Elle avait atteint ses trente quatrième jours de pénitence, mais trouvait malgré tout, entre un crachat de sang, un épanchement de chaudes larmes et quelques torsions de douleurs, le temps de rire d’un passé qui pèse toujours sur le présent et étouffe le futur.

Titouan Lamazou, le Gascon de Tétouan, artiste navigateur





Par Valérie Terrée, 18/8/2009

Titouan a depuis longtemps troqué la barre contre les pinceaux. Titouan Lamazou se destinait à l'art. Il a 17 ans lorsqu'il intègre l'École nationale des beaux-arts d'Aix-en-Provence. Mais quelques mois plus tard, déçu par un enseignement jugé trop conventionnel, il préfère laisser ses études derrière lui pour s'aventurer sur les flots.


À la poursuite du temps
Titouan Lamazou décide d'embarquer la première fois pour faire le tour du monde afin de constituer un carnet de voyage. Il propose alors ses services d'équipier à des bateaux en escale. C'est comme ça qu'il fait la connaissance d'Yvon Fauconnier en 1975, avec qui il embarque sur « Vendredi 13 ». Puis il rencontre Éric Tabarly et passe avec lui deux ans à bord du « Pen Duick VI ». En 1985, il baptise son premier navire « Écureuil d'Aquitaine ».
Très attiré par le monde de la course, il se lance à la poursuite du temps dans toutes les épreuves internationales de courses au large, dans lesquelles il se fait rapidement un nom. Après quelques années, il a sa place parmi les plus grands navigateurs.
En 1986, il est deuxième du BOC Challenge, puis il accède au podium dans plusieurs transats en 1988 et 1989. Mais surtout, il gagne le premier Vendée Globe, la course en solitaire autour du monde sans escale, en 1990-1991, ainsi que la Route du rhum en monocoque la même année. Ses succès rapides lui valent le titre de champion du monde de course au large pour la période 1986-1990.
L'année suivante, il s'associe à Florence Arthaud pour fonder le Trophée Jules-Verne. Cette première course sans limite de taille pour les navires lui permet la construction du plus grand monocoque de course jamais réalisé en matériaux composite, le « Tag Heuer ». Mais des problèmes matériels à répétition causeront finalement son naufrage en 1993, qui marquera la fin de la carrière de Lamazou comme navigateur professionnel.
Carnets de voyage
Il revient alors à sa première vocation d'artiste, tout en gardant sa passion du voyage. Durant ses nombreuses traversées, parmi lesquelles celle du Groënland avec Jean-Louis Étienne ainsi que celle du désert marocain, Lamazou remplit de nombreux carnets de croquis, de dessins ou de notes. Et c'est avec ces « Carnets de voyages » ou « Rêves de désert » qu'il nous fait partager son parcours et les rencontres qui l'accompagnent.
« Durant vingt ans, j'ai sillonné la planète de port en port. Lorsque j'ai mis un terme à ma vie de navigateur professionnel, j'ai poursuivi cette itinérance selon un mode plus ''terrestre'' et culturel. Cette existence vagabonde m'a révélé à quel point les rencontres avec chaque individu à travers le monde m'importaient plus que la traversée des nations et de leurs frontières. »
Titouan Lamazou ne cessera de concilier ses deux passions, la navigation et l'art. Il lance ainsi en 1997 son projet de bateau atelier (retenu par la Mission française pour la célébration de l'an 2000). Un symbole de sa vie.
source : Sud Ouest (Pied marin)



en savoir plus :Titouan Lamazou et le Maroc

Nom : Lamazou, la maison en gascon.

Prénom : Antoine pour l’état civil, devenu Titouan – mélange de titou, petitou, diminutifs affectueux donnés aux enfants dans notre sud-ouest, et de Tétouan, la plus andalouse des villes marocaines. Identité d’un citoyen du monde…

Profession : artiste nomade.

CV : né à Casablanca ; lecteur fasciné de Cendrars, Stevenson, London et Melville, plumes voyageuses ; lycéen initié aux livres d’art par son professeur de dessin ; étudiant aux Beaux-arts de Marseille, puis d’Aix-en-Provence… Titouan a dix-huit ans lors de sa première traversée de l’Atlantique, en bateau-stop.

Son projet, déjà : un carnet de voyage.

Il met sac à terre aux Canaries, puis deux ans aux Antilles. Il y rencontre le skipper Yvan Fauconnier et Éric Tabarly. C’est avec ce dernier, et un équipage qui compte notamment Jean-Louis Étienne et Philippe Poupon, que le jeune Lamazou prend le large vers les mers du Sud. La route de Pen-Duick VI croisera celles de Jacques Brel, marin des mots, et du vagabond des mers Bernard Moitessier… “Tabarly m’a tout appris. Non seulement la navigation, mais aussi une manière de vivre vrai en allant jusqu’au bout de ses idées” : ainsi Lamazou résume-t-il ces deux années passés à bonne et rude école. Le jeune marin a repris alors le crayon pour illustrer le guide pratique de manœuvre rédigé par le navigateur breton. Épisode symbolique des deux amours de l’artiste de haute mer…
Qui séjournera longuement dans le Haut Atlas marocain, où il écrit un roman et illustre plusieurs livres avant de réaliser qu’il n’en a pas fini avec la mer. Celui que la presse comparera plus tard au pilote et dessinateur Saint-Exupéry, quitte le rôle d’équipier pour prendre sa course en solitaire. Deuxième au Bock Challenge ; vainqueur de la Québec-Saint-Malo en monocoque ; deuxième de la Lorient-Saint-Barth ; vainqueur du Vendée Globe Challenge, première course en solitaire sans escale… Titouan Lamazou est proclamé champion du monde de la course au large. Il crée, avec Florence Arthaud, le Trophée Jules-Verne : un tour du monde à la voile en équipage, en moins de 80 jours. Le goût des mers, le goût des mots…
Il met fin à sa carrière maritime quand le Tag Heuer, le plus grand monocoque du monde, fait naufrage dans l’Adriatique trois mois après avoir quitté les chantiers italiens. Cinq ans plus tard, en 1998, le terrien publie ses premiers

Carnets de voyage : croquis, aquarelles, collages, montages photo et mots y racontent ses rencontres. Titouan Lamazou a souvent évoqué le séjour de Delacroix au Maroc pour appuyer son ambition de faire revivre le carnet de voyage ; l’un de ses grands projets prévoit d’accueillir à bord d’un catamaran-atelier une sorte de villa Médicis flottante, où des artistes séjourneraient pour réaliser leurs carnets… Lamazou continue de noircir les siens. Il en publie de nouveaux en 2000 qui, comme les précédents, font l’objet d’expositions en France et à l’étranger. À la fois artistique et humanitaire, le projet de Femmes du monde qu’il a entrepris en 2001 a valu à Titouan Lamazou le titre d’artiste pour la paix, décerné par l’Unesco, qui le parraine. Shakiba, Koutchougou, Kobra, Lia, Juana… Quelques prénoms de ces femmes qu’il a regardées, dessinées, écoutées, interrogées - les trois premières questions sont signées Gauguin : “d’où viens-tu, qui es-tu, où vas-tu ?”. La longue course de Titouan apporte quelques réponses : voilà comment vivent des femmes dans le monde… Et plus de questions encore, sur ces femmes si loin, si proches, sur ces vies courant sur leur erre, vies d’errance ou de survie, de courage et de combat, gouttes d’eau dans l’océan.

Source : Titouan Lamazou.doc




URGENT ! Avis de recherche : qui est ce vrai-faux journaliste marocain ?

Par Khaled Ben M'Barek, 17/8/2009



Je viens à l'instant de voir un reportage sur Al Jazeera à propos du prétendu "congrès extraordinaire" du syndicat national des journalistes tunisiens. Le président légitime du syndicat Néji Bghouri a pris la parole, alors qu'aucun fantoche de ce congrès n'a daigné répondre aux questions de la journaliste pugnace Faïrouz Ziani.Jusqu'ici rien que de trop normal.


Mais cela se corse lorsqu'on nous annonce un journaliste et responsable syndical marocain : un certain Younès Moujahid. MmeZiani lui demande ce qu'il en pense. Il répond qu'il participe au congrès parceque - tenez-vous bien ! « la direction légitime a eu recours à la justice. », qui a rejeté sa requête. "Nous sommes face à une décision de justice", a-t-il dit sans avoir l'air de rire. J'en ai conclu de suite qu'il est soit ignorant des réalités tunisiennes, soit complaisant pour des raisons d'intérêt personnel.

J'ai quand même continué à suivre l'interview de cet individu apparemment sans scrupules : Semblant perplexe, Mme Ziani lui fait remarquer que l'Union internationale des Journalistes n'a pas reconnu ce congrès et a écrit au Bureau légitime du syndicat qu'elle refusait d'y prendre part pour ne pas le cautionner. Le prétendu journaliste a répondu qu'il était lui-même vice-président de l'Union internationale et a cherché à délégitimer la positionde l'organisation. Mme Ziani l'a alors achevé en lui lançant à la figure que l'Union dont il se réclamait avait informé le bureau légitime ainsi que l'opinion que le dénommé Mjehid (c'est le nom de notre fameux journaliste) ne pouvait être à ce faux congrès qu'en son nom personnel et aucunement au nom de l'Union internationale.

Au lieu de se suicider, notre homme a tenté d'embarquer l'Union internationale dans sa prétendue neutralité par laquelle il apportait son concours à des putschistes dirigés directement du palais de Carthage, notre makhzen national.


Question à tous les amis marocains :
Qui est ce Moujahid, présenté comme président du syndicat des journalistes marocains ??
Il serait ainsi le patron de gens tels que Ali Lemrabet ou de Khalid Jemaï, par exemple ?!.
Absolument n'importe quoi !
Merci d'éclairer notre lanterne

PS : J'en ai appris encore un peu plus depuis que j'ai commencé la rédaction du présent sujet, mais je serais heureux de connaître l'avis de ceux qui connaissent ce personnage.

lundi 17 août 2009

Lettre ouverte des étudiants sahraouis aux dirigeants du monde libre et aux organisations internationales.

Par APSO, 17/8/2009
Deux groupes d’étudiants sahraouis, l’un des territoires occupés et l’autre des campements de réfugiés, ont envoyé une lettre ouverte aux dirigeants du monde libre et aux organisations internationales pour protester contre les obstacles mis par le Maroc à leur participation à un dialogue entre jeunes à Oxford, Londres.

Les deux groupes étaient invités par l’organisation britannique Talk Together, avec un groupe de jeunes venant du Maroc et des groupes d’étudiants de 7 autres nationalités, dont la Norvège et le Royaume-Uni pour prendre part à un cours destiné à développer leurs compétences en communication, apprendre des techniques de résolution de conflit et connaître des gens de différents pays.

Les autorités marocaines ont empêché les 6 participants sahraouis venant des territoires occupés, et sept étudiant marocains, qui devaient prendre des vols d’Agadir et de Casablanca.

Ci-dessous la lettre envoyée aujourd’hui au Président des USA, au Premier Ministre Britannique, au Haut-commissariat aux Droits de l’Homme aux Nations Unies, au Premier Ministre suédois dont le pays assure la présidence de l’UE, au Président du Parlement Européen…

Madame, Monsieur

Nous souhaitons vous adresser cette lettre urgente pour attirer votre attention sur le fait qu’une partie de notre groupe a rencontré de sérieux problèmes pour voyager et participer au cours sur la résolution de conflit organisé à Oxford par l’organisation britannique “Talk Together” du 5 au 18 août 2009.
Comme vous pouvez le savoir, Talk Together invite des jeunes gens venant des deux cotés de conflits actuels et les défie de trouver de nouvelles façons de confronter leurs préjugés afin qu’une meilleure compréhension puisse conduire à trouver des solutions, et stimuler un plus large débat public.
Nous avions hâte de faire connaissance et de collaborer avec des pairs de pays neutres dans un espace serein et ouvert dans lequel nous pourrions exprimer nos opinions sur les questions qui nous importent dans la vie. Nous avions aussi hâte de nous faire de nouveaux amis, et d’établir des liens par lesquels nous pourrions aborder ensemble et dans une atmosphère amicale, nos préoccupations quotidiennes et chercher à trouver des moyens communs pour comprendre le conflit qui affecte nos vies et celle de nos peuples.
Nous étions et nous sommes toujours prêt à présenter nos idées aux dirigeants politiques et à l’opinion publique internationale, et à approfondir nos connaissances pour la résolution de conflit, le travail en équipe, et la capacité de diriger.
Le 5 août, 6 jeunes Sahraouis devaient partir de l’Aéroport d’Agadir au Maroc pour suivre deux semaines de cours à Oxford, mais les autorités marocaines les ont empêchés de voyager, bien qu’étaient en règle les billets, documents de voyages, ainsi que leurs visas britanniques. Ils ont ensuite été interrogés et violement agressés par les forces de sécurité marocaines.
Comme vous le savez, le Sahara Occidental est une question de décolonisation et est actuellement sous la responsabilité de l’ONU par le biais de sa mission sur le territoire, la MINURSO. Ces jeunes doivent bénéficier d’une protection complète, et leur droit de voyager à l’intérieur et à l’extérieur du territoire sans aucune contrainte, doit être pleinement respecté.
Cela d’autant plus lorsqu’il s’agit de participer à un cours destiné à favoriser la compréhension et à bâtir des ponts de dialogue avec leurs pairs Marocains dans l’intérêt d’un avenir plus prometteur de coopération et respects mutuels entre les deux peuples et pays.
Nous avons aussi appris que le même jour, un groupe de sept jeunes marocains qui devaient également participer au même cours ont été empêchés d’embarquer dans l’avion, à l’aéroport de Casablanca au Maroc. Nous ne savons toujours pas les raisons réelles de ce malheureux incident.
Le Maroc occupe le Sahara Occidental depuis plus de 30 ans, et a constamment commis des violations des droits de l’Homme contre les citoyens sahraouis de tous ages. Ces violations sont dénoncées par les organisations internationales et les observateurs indépendants. Il est inadmissible d’autoriser ces atteintes alors que la mission de paix de l’ONU est sur le territoire.
Nous appelons votre intervention urgente pour que soit assurée la sécurité des jeunes Sahraouis et pour demander aux autorités Marocaines de les autoriser à voyager librement à l’intérieur et hors du territoire occupé du Sahara Occidental.
Acceptez s’il vous plait notre considération et nos sincères salutations.

Signé :

- Les étudiants « les six d’oxford » -Aaiun, territoires occupés du Sahara Occidental ,
-Les étudiants sahraouis venant des campements de réfugiés, participant au cours « résolution de conflit » de “Talk Together” à Oxford.

Les six d’ Oxford :• El Haouasi Nguia (19, f), Amaidane Maimouna (17, f), Hayat Rguibi (19 f ), Elassri Mohamed Fadel (24; h) Razouk Choummad (20; h) Mohamed Daanoun (20; h).

Informations complémentaires

- Les étudiants devaient participer aux ateliers du 5 au 19 août à l’école St Edward d’Oxford. Les cours ont eu lieu en présence d’étudiants britanniques, norvégiens, philippins et venant des campements de réfugiés vers Tindouf.
- Le projet est financé par le programme européen « jeunesse en action » et le conseil britannique.
- Un rapport de 2008 de Human Rights Watch constatait les violations par le Maroc des droits d’expression, d’association et de réunion au Sahara Occidental.
- Un rapport de 2008 d’Amnesty International constatait que “des obstacles à motivation politique avaient été utilisés pour empêcher l’enregistrement juridique de groupes de droits de l’homme et réduire leur champ d’activité.”

- Le désaccord au Sahara Occidental est l’un des conflits le plus long et le plus oublié dans le monde. Le pays subit une occupation par son voisin le Maroc, en dépit des décisions de la Cour de Justice Internationale et plus de 100 résolutions de l’ONU. Pendant les 34 dernières années, 165 000 réfugiés sahraouis ont été contraints de vivre dans des campements de réfugiés dans le désert algérien.

La nouvelle ère makhzenienne...

La route est barrée. Les droits de citoyenneté ne passent pas. C'est la nouvelle ère makhzenienne!
Photo prise par des militants de l'ANDCM à Alhouceima
(été 2009)

Envoyé par ar Ali Fkir, 17/8/2009

Le Maroc de Mohammed VI, 10 ans après...un siècle en arrière

Par sim3an, 15/8/2009
Les cérémonies ont été peu poussées pour la 10ème fête du trône du roi Mohammed VI, et pour cause, le souverain n’aime pas beaucoup s’exprimer, il parait plus occuper à ses affaires économiques... privées... En attendant, je me proposes d’éclairer les rédacteurs français sur la situation actuelle du royaume, et de son peuple.
Il y a 10 ans, le dernier Sultan, Hassan fils de Mohammed fils de Youssef, héritier d’un Etat centralisé concédé clef en main par la résidence française en 1961 était mort, des suites de ses excès...
10 ans plus tard, beaucoup de choses ont changé, mais pas forcément dans le sens qu’on imagine.

Tout d’abord, il y a eu un changement d’alliance mafieuse entre le clan Alaouite Yousoufide (descendant de Youssef bn Al-Hassan (1912-1927)) et les groupes de pression principaux. Après 20 années de domination du clan des arabes de la Chaouia et de ses marges, derrière le puissant El Basri, ce dernier a du fuir le pays, l’ensemble de ses alliés ont été pourchassés, ou se sont murés dans le silence, de nombreuses propriétés ont été saisies, le nouveau Roi s’est progressivement rapproché du parti Istiqlal, tenu par l’aristocratie commerçante issue de la ville de Fès, laquelle a pris le contrôle des entreprises coloniales, juives et étrangères au cours des années 70 à Casablanca avant d’être écrasée par la mafia arabe.

Les Fassis (de Fès) ont alors obtenu un pouvoir sans équivalent dans les régions soumises au contrôle électoral (provinces sahariennes) et se sont organisées au point de progresser vers un contrôle total du gouvernement après les élections de 2007 (37% de participation, la moitié dans les provinces sahariennes, l’autre moitié constituée de la bourgeoisie urbaine socialiste (c’est à dire occidentalisée, istiqlalienne (c’est à dire chauvine et conservatrice), et PJDiste (c’est à dire la même chose pour les nouvelles élites issues des campagnes).

Entre temps, ils ont marié une fille de leur sang au souverain en 2003, et se sont accaparés les biens du clan précédent. Le régime Fassi-Mohammedien de ces 10 années a également changé le jeu, jusqu’en 2003, le déficit commercial, maintenu vers 30% par le régime Basriste, tendait à se résorber, depuis, il est reparti à la hausse, et atteint 45% en 2008, sans doute plus cette année.

Ils ont vendu à peu près toutes les prérogatives de l’Etat, c’est à dire qu’ils les ont mis en régies, dans lesquelles la famille royale, la firme monopolistique ONA (qui appartient au Roi) et les intérêts alaouites et fassis ont profité d’investissements étrangers, souvent en pure perte pour ces derniers.

Ils ont ouvert toutes les vannes de l’importation, au risque d’un effondrement des changes (uniquement compensé par la vente au plus offrant du pays, par l’investissement occidental et arabo-pétrolier dans des secteurs sans réelles retombées à moyen terme pour l’économie et la population marocaine, ce qui a entraîné une bulle immobilière, qui a permis d’engranger encore plus de devises en vendant notamment aux retraités et classes moyennes européennes paupérisés.



Le tourisme est devenu une industrie rentière sans nom, qui doit atteindre le chiffre de 10 millions d’entrées en 2009.

Pour financer les importations, les banques ont reçu toute latitude de proposer des crédits à toutes les couches de la populations (tous les ménages au dessus du seuil de pauvreté (180 euro/mois), et ont entraîné un surendettement considérable qui a largement réduit la consommation et limité les ménages modestes quand il n’est pas tout simplement une arnaque, pour vendre plusieurs fois les même appartements.

Parallèlement, la production s’est effondrée, autant au plan industriel que dans le secteur exportateur, seuls les IDE industriels de basse qualification, usant du bon niveau de français de petites diplômée payées à 90ct de l’heure, ont freiné cette tendance.

90% des marocains vivaient du secteur informel, commerce, corruption, commissions et compagnie, tout ce secteur a été largement freiné par la modernisation, les nécessités d’un Etat dépensier, décidé à goudronner pour se faire bien voir, a entraîné une véritable chasse routière qui a augmenté la rapacité des forces de l’ordre.

L’institution scolaire s’est effondrée sans aucun rapport avec la place dans une société où quiconque a un capital devient richissime et ou les autres vivent à la limite de la misère, et où la bonne société de Casablanca et Rabat ou Tanger, Agadir insère ses enfants dans des écoles privées dont le marché est loin d’avoir atteint ses limites, et qui importe également, comme dans le tourisme moderne, une main d’œuvre occidentale qualifiée ; pour les enseignants, le bon salaire a finit par être seulement un rente, l’idée de faire progresser les science a disparu, l’intérêt du peuple ou de l’Etat est devenu vieux jeu face au consumérisme et au libéralisme, plus à la mode. La fracture scolaire est donc énorme entre 90% des enfants et les privilégiés.

Pendant ce temps, les nouvelles générations ne cessent de conspuer leurs anciennes croyances, ce qui mêle un effondrement des mœurs à un mouvement réactionnaire salafiste, un islam désincarné, totalitaire et absurde, qui conforte l’individualisme et la consumérisme.
Les anciens n’ont plus aucune écoute, les jeunes sont devenues "libres" c’est à dire que désormais, la règle de l’argent a été étendue à toutes les classes de la société, la morale mise derrière la réussite ou la sunna.

La prostitution des hommes et des femmes à un régime économique immoral est devenu monnaie courante (d’ailleurs l’exportation des femmes comme prostituées est une source non négligeable de devises).

On ne cesse de pourchasser le secteur informel, avec le développement des supermarchés, qui sont plus chers, et appartiennent à l’ONA, donc au Roi. Les vendeurs de fruits, légumes, poisson de rue sont sans cesse saisis par les agents de l’Etat, et tout ça pour aider les supermarchés royaux, les petits marchés traditionnels reçoivent des avis d’expulsion parce qu’ils sont en terrain domanial (donc du Roi).

Parallèlement, le foulard est interdit dans le secteur formel pour les femmes, et même pour les hommes, il faut avoir un comportement laïc, car la mafia socialiste et istiqlalienne se rejoignent sur leur adoration de la "modernité". Une nouvelle classe moyenne urbaine superficielle et consumériste, adepte du crédit (l’intérêt est interdit en droit musulman) apparait, alors qu’une autre classe moyenne se radicalise dans un sunnisme salafiste sans faille.

Le Maroc vit uniquement de son surplus d’IDE et du prix du phosphate qui compensent le déficit commercial sans fond. L’ensemble de l’économie a été vendue à l’étranger, et profite à la famille royale, au Roi et aux fassis.

Les Marocains sont devenus roublards, menteurs et voleurs, l’économie promeut la mendicité, il faut donc bien attraper les devises au vol...

Je suis désespéré, je voudrais que tout le monde se rende compte de ce que signifie cette modernisation sans réflexion autre que l’apparence de la richesse elle même..

Toutes mes amitiés à ceux qui croient encore au Tiers Monde libre et ne crachent pas sur les valeurs de nos pères, la liberté et la démocratie des communuatés tribales primitives...



Source : Agora Vox

dimanche 16 août 2009

Le procès le plus étrange de l’histoire de la justice marocaine



par Mohamed Sassi, Al Massae, 6/8/2009. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Original :
أغــرب محاكمة في تاريخ القضاء المغربي



Le 27 juillet dernier, la cour spéciale antiterroriste de Rabat-Salé, au terme du long procès surréaliste du soi-disant « réseau Belliraj », a rendu un verdict incroyable mais attendu.
Le principal accusé, Abdelkader Belliraj a été condamné à la réclusion à perpétuité. Les six prisonniers politiques faisant partie des 35 accusés ont reçu les condamnations suivantes :


Mustapha Mouatassim et Mohamed Amine Regala, dirigeants du parti Al Badil Al Hadari (Alternative civilisationnelle), Mohamed Marouani, dirigeant du parti Oumma : 25 ans
Laabadla Maâ El Aïnine, du Parti Justice et Développement, et Abdelhafid Sriti, correspondant la chaîne de télévision Al Manar : 20 ans
Hamid Najibi, Parti socialiste unifié : 2 ans.
Voici un commentaire du juriste marocain Mohamd Sassi, publié par le quotidien marocain Al Massae . (
Tlaxcala)

Hamid Najibi - Laabadla Maâ El Aïnine - Abdelhafid Sriti


Mohamed Marouani- Mustapha Mouatassim - Med Amine Regala



Le procès le plus étrange qu’ait connu le Maroc dans une période où le ministre de la Justice est le premier secrétaire de l’UFSP. Il n’était pas supposé porter atteinte à l’impartialité du juge mais plutôt créer une ambiance favorable à celle-ci.

Les deux conditions à remplir pour un juge ayant à rendre un verdict, où que ce soit dans le monde, sont la transparence et le caractère équitable du jugement au terme d’un procès où le débat contradictoire a été possible et où les droits des accusés ont été respectés. Toute personne, où qu’elle se trouve sur la planète, devrait pouvoir discuter un jugement et apprécier s’il a été rendu dans le respect des lois et des droits des accusés. C’est ce raisonnement qui a conduit les organisations de défense des droits humains les plus représentatives et les plus influentes à exprimer leur solidarité avec les six prisonniers politiques de l’affaire Belliraj.

Ces six hommes étaient connus pour leur engagement de longue date dans un travail politique pacifique et le choix de la violence fait autrefois par certaines organisations auxquelles certains d’entre eux ont appartenu fait partie d’un passé lointain et d’une histoire révolue. Cette évolution est de notoriété publique. Les affirmations du ministre l’Intérieur, selon lequel ces hommes auraient fait partie d’une cellule jihadiste armée n’ont jamais été étayées, elles ont été contradictoires et, pour tout dire, peu convaincantes pour quiconque réfléchit un tant soit peut. C’est pour ces raisons qu’un grand nombre de personnalités, d’organisations politiques et de la société civile ont pris et fait et cause pour les accusés et ont défendu les six prisonniers politiques. Le juge aurait du trouver d’autres éléments que les accusations sans fondement émanant du ministère de l’Intérieur, pour pouvoir convaincre l’opinion publique par des preuves concrètes.

Ceux et celles qui ont défendu Marouani, Mouatassim, Regala, Laabadla Maâ El Aïnine, Sriti et Najibi ne sont pas moins soucieux que le juge ou le ministre de la sécurité intérieure et de la paix domestique. Ils ne peuvent pas être moins intelligents et clairvoyants pour identifier les menaces contre la sécurité intérieure.
La version officielle a été présentée sous trois angles :
1°- Cette « organisation terroriste » aurait été fondée lors de la « rencontre de Tanger » de 1992, avec deux ailes, l’une politique –ce sera l’association « Al Badil Al Hadari » (Alternative civilisationnelle), fondée en 1995 et l’association Al Haraka Min Hajli El Oumma (Mouvement pour la Cause de la Nation), fondée en 1998, toutes deux confluant dans le parti Al Badil Al Hadari, créé en 2005 -, et l’aile militaire, chargée d’opérations terroristes avec armes à feu et explosifs, de l’assassinat de personnalités connues – ministres, responsables, officiers supérieurs et citoyens juifs -, de hold-up et de cambriolages pour se financer ;
2°- La police a dit avoir saisi des armes hautement sophistiquées que la « cellule » aurait introduit au Maroc, et ce serait là la preuve de l’extrême dangerosité de ces « terroristes »
3°- Cette « cellule » aurait commencé –ou essayé de commencer - à mettre en œuvre son programme : exemple : l’opération « Macro » (une tentative de hold-up). Elle aurait aussi essayé d’assassiner un citoyen juif marocain appelé Azemkot.
Seul point faible dans ce scénario : tout cela – Tanger, Macro, Azemkot – se serait passé avant la création de l’Instance Équité et Réconciliation et l’adoption de la législation antiterroriste. Or, la première a tourné définitivement la page du passé et de la violence d’avant 1999, et la seconde ne peut s’appliquer que rétroactivement. Pour surmonter ces failles dans le scénario, on a trouvé des explications comiques : ainsi le projet terroriste relève d’une criminalité chronique, récurrente de 1992 à 1996, en 2002, 2004 et 2005 – or, pendant toute cette période, le seul événement a été la tentative d’assassinat d’Azemkot ; quant aux armes qui auraient été introduites au compte-gouttes au Maroc , on a interprété les propos tenus par Mustapha Mouatassim à Redouane Khalidi, lors de l’enterrement, en 2004, du père du journaliste Hassan Moukdad –« Nous tiendrons ce que nous avons promis ».

Cette phrase, selon la vision officielle, est une preuve suffisante de ce que le projet terroriste était toujours en cours : pendant douze ans, les concepteurs de ce projet auraient « planifié soigneusement », sans jamais passer aux actes. Après les attentats du 16 mai 2003, Mouatassim et Regala ont été les premiers à descendre manifester sur l’avenue Mohamed V à Rabat pour manifester et dire non au terrorisme. Comment imaginer qu’une telle hypocrisie et une telle duplicité soient possibles chez des êtres humains, pendant une si longue période, qui auraient caché leur double jeu à toute monde, y compris leurs proches ?

Quand les avocats ont pu consulter les dossiers de l’accusation, la première infamie qu’ils ont trouvé, c’était que l’unique source ayant orienté l’enquête était le « président » de la « cellule Belliraj », évoqué dans un procès-verbal du 18 février 2008. Mouattasim et Regala ont été arrêtés sur cette seule base, au même moment où sortait l’information que les deux hommes étaient interdits de se rendre à l’étranger. Ces arrestations politiques se sont fondées sur les prétendus aveux de Belliraj. On a ensuite assisté à un feuilleton d’absurdités, d’où il ressort que Belliraj lui-même était une victime de la guerre des services [marocains et belges, NdT]. Les défenseurs des droits humains étaient, quant à eux, convaincus dès le départ, de l’innocence des six prisonniers politiques et que le dossier d’accusation était un tissu d’absurdités qui ne pouvait déboucher sur un procès équitable. Où sont les preuves fiables que les six étaient impliqués dans un projet terroriste ?

On ne nous a rien montré au procès, à part les armes présentées en vrac, comme des bibelots dans une brocante, sans qu’il soit possible pour le public et les observateurs de les regarder de près ou sur un grand écran. Il est indiscutable que des armes peuvent entrer au Maroc. En 1994, suite à l’opération « Atlas Isni » [attaque d’un hôtel de Marrakech, pour laquelle plusieurs Franco-Algériens et Franco-Marocains ont été condamnés à mort et attendent leur exécution à la prison de Kénitra, NdT], on a en effet débusqué des réseaux de trafiquants de drogue utilisant ce genre d’armes pour régler des comptes entre eux ou contre la Sûreté nationale. Il est possible que des armes achetées en Europe et destinées à alimenter la guerre civile dans l’Algérie voisine aient transité par le Maroc, mais comment affirmer la provenance et la destination des armes exhibées au procès Belliraj ? Aucun lien n’ pu être établi entre les accusés et ces armes.

En outre, les armes présentées au tribunal ne l’ont pas été dans les formes légales –presque toute la presse l’a noté – et on remarqué sur les photos que les armes d’abord présentées par la police à la presse puis au tribunal n’étaient pas les mêmes, ce qui n’est vraiment pas sérieux, comme tout le procès, mené par la justice avec un je-m’en-foutisme flagrant. Aucun des détails scabreux qui ont émaillé le procès n’ a suscité la moindre réaction du président de la cour, comme par exemple la confusion dans la date de création du groupe « Choix islamique » créée en 1981 et non pas, comme l’affirment les procès-verbaux, en 1992.

On a pratiqué des amalgames incroyables : ainsi, pour l’opération « Macro », les avocats des Six ont exposé au tribunal que d’autres accusés avaient déjà été convaincus de culpabilité et condamnés et que leurs clients n’avaient donc rien à voir avec cette affaire. Le dossier d’accusation du « réseau Belliraj » contenait des procès-verbaux qui étaient des copiés-collés de ceux du procès des vrais auteurs de l’opération « Macro », remontant à 1994. Cela a laissé le président de la cour imperturbable. De même lorsque Me Khalid Soufiani a demandé au président de lui montrer où, parmi les accusés, se trouvait le « Grand Blond avec des taches de rousseur » évoqué dans un procès-verbal. Ce « Grand Blond » venait tout droit des procès-verbaux d’enquête sur la tentative d’assassinat contre Azemkot, que les policiers s’étaient contentés de reverser au dossier Belliraj…
Ces procès-verbaux falsifiés auraient du normalement conduire à une nullité de procédure mais il n’en a rien été. La cour a rejeté toutes les requêtes en nullité présentée par les défenseurs comme elle refusé d’entendre des témoins comme le professeur Harazni [président du Conseil Consultatif des Droits de l’Homme, ancien militant d’extrême--gauche détenu sous Hassan II, aujourd’hui membre du PPS, gauche modérée, NdT], qui avait déclaré devant des millions de téléspectateurs marocains que Mouatassim l’avait prévenu qu’il avait eu vent que des armes avaient pénétré au Maroc et qu’il avait transmis l’information à qui de droit.

Y a-t-il un tribunal au monde qui puisse prétendre qu’un témoignage comme celui d’El Harazni n’aurait pas été essentiel ici et de nature à changer l’issue du procès ? Et comment un procès pouvait-il être équitable alors qu’on refusait de donner la parole à des personnalités, associatives et officielles, défenseurs des droits humains, hommes politiques ou représentants de la société civile marocaine, dont Sion Assidon [ancien prisonnier politique, sous Hassan II, détenu à Kénitra, NdT]. Ce dernier s’était présenté au tribunal, demandant à témoigner sur les accusés, qu’il connaissait bien. Devant le refus de la cour de l’entendre, il a du rédiger un témoignage écrit.

Comment ce procès pouvait-il être équitable, quand la cour a refusé d’examiner le passeport de Laabadla, où il apparaît qu’il n’avait pas quitté le territoire national, alors qu’il était accusé de s’être rendu en Belgique ?


Comment ce procès pouvait-il être équitable alors qu’on a refusé d’entendre les six accusés sur les tortures subies pendant leur détention, de la part de tortionnaires dont ils connaissaient même l’identité ?
Comment ce procès pouvait-il être équitable alors que le président de la cour déclarait qu’il n’avait pas d’opinion sur la présence de caméras dans l’enceinte du tribunal alors que celle-ci relevait théoriquement de son autorité ?
Et comment ce procès pouvait-il être équitable alors que les avocats ont vécu des galères qu’ils n’avaient jamais connu dans leur carrière ? Comme par exemple la quasi-impossibilité de rencontrer leurs clients et de consulter leurs dossiers d’accusation ?
Est-ce que la télévision publique marocaine peut aire une émission spéciale pour interroger ces avocats sur cet étrange procès ?

Deux éléments provoquent la douleur : ce procès le plus étrange dans l’histoire judiciaire du Maroc s’est déroulé ici et maintenant [et pas à une époque reculée, NdT], alors que c’est le premier Secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires qui est ministre de la Justice. Il n’était pas supposé porter atteinte à l’impartialité du juge mais plutôt créer une ambiance favorable à celle-ci.

Sans-papiers: à Notre-Dame, des portraits pas en odeur de sainteté

Par Willy le Devin, Libération, 15/8/2009
TEMOIGNAGES
A Paris, le Réseau Education sans frontières craint une interdiction par la préfecture de ses affichage de photos de familles séparées. Récits.


Lors d'un rassemblement le 9 août dernier sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame à Paris. (AFP)


Drôle de partie de cache-cache à laquelle se livrent le Réseau Education sans frontières (RESF) et la préfecture de police de Paris. Chaque dimanche matin depuis le début du mois d’août, les militants de RESF exposent sur le parvis de Notre-Dame des photos dédiées aux familles sans-papiers victimes d’un démembrement.

Selon l’association, les cas de séparation se multiplient après que l’un des parents en situation irrégulière a été expulsé par la police aux frontières. «Notre campagne recueille un certain écho, si bien que la préfecture de police de Paris envisage de nous interdire l’accès au parvis de Notre-Dame. Ils désirent dissimuler par la force une action qui met en lumière la politique nauséabonde de l’Etat français en matière d’immigration», dénonce un membre de RESF.
La préfecture de police a affirmé vendredi qu’«il n’y avait absolument aucun problème avec l’action menée par RESF»: «L’association nous a averti de son intention de procéder à cet affichage. Pour nous tout est en règle.»
Mais il semble que la version du service de presse ne soit pas exactement la même que celle signifiée à RESF. Une militante chargée de l’exposition des portraits a assuré à Libération que «Jean-François Desmarais, qui dirige la Direction de l’ordre public et de la circulation, a interdit à RESF l’accès au parvis de Notre-Dame à titre exceptionnel pour cause, dimanche 16 août, de célébrations religieuses. Mais à la question de savoir si nous pourrions y retourner les dimanches suivants, il nous a répondu également par la négative, et ce, sans arguments plausibles»…
Libération s’est procuré certains portraits que RESF projette d’exposer, dimanche, au public parisien.

Un compagnon chassé par l’Elysée
Jimia Sylla aurait préféré découvrir les dorures du palais de l’Elysée dans un contexte plus joyeux. Le 20 juillet, accompagnée d’une délégation de parlementaires verts et communistes, cette Ivoirienne titulaire d’une carte de séjour valable dix ans rencontrait un émissaire du président de la République afin qu’un visa soit délivré en urgence à son compagnon nigérian, Emmanuel Oladipo.
Décision personnelle. Celui-ci, père de l’une des deux filles de Jimia et beau-père de la seconde, a en effet été expulsé le 15 juillet sur décision personnelle de Nicolas Sarkozy. «Ce sont les conseillers de la présidence de la République qui ont informé eux-mêmes, le 14 juillet dans l’après-midi, madame Sylla, du choix de Nicolas Sarkozy de reconduire son compagnon à la frontière», affirme un militant de RESF.
Emmanuel Oladipo embarque donc avec une compatriote et six policiers français dans un appareil, direction… Amsterdam. Aux Pays-Bas, 33 autres Nigérians sont placés dans l’avion, qui prend cette fois la direction de Madrid où d’autres sans-papiers sont embarqués. Alors que le Nigeria approche, l’avion est victime en plein vol d’une grave avarie technique qui le contraint à faire demi-tour pour réatterrir en urgence à Madrid. Finalement, ce n’est que le lendemain, après plus de vingt-quatre heures de voyage, qu’Emmanuel pose le pied à Lagos. Depuis, celui qui vivait à Evreux, dans l’Eure, ne cesse d’appeler Jimia, qui, enceinte de plus de huit mois, doit accoucher de leur second enfant dans les jours qui viennent.
«Prier». Econduite par les services de l’Elysée, Jimia Sylla est entrée en contact, par l’intermédiaire du député vert Yves Cochet, avec Simone Veil. Celle-ci, touchée par la situation, a invitée Jimia Sylla a lui faire parvenir un dossier complet dans les meilleurs délais. «Aujourd’hui, il ne reste plus qu’à prier pour que les autorités françaises entendent raison», confie un ami de la famille.
Mari et père expulsé en pleine nuit
Nadia, la quarantaine, Française d’origine marocaine, vit à Montrouge, dans les Hauts-de-Seine. En 2006, elle tombe amoureuse de Mohamed, son aîné de quelques années, ex-boxeur professionnel tunisien qui a vécu près de quinze ans en Italie. A l’époque, cette mère célibataire élève son fils Naoufel avec le soutien de ses parents. La jeune femme, qui est malentendante et muette et ne communique qu’à l’aide de la langue des signes, travaille à mi-temps dans une maison de retraite grâce à un contrat adapté. Nadia et Mohamed se marient le 3 février 2007 à Clichy (Hauts-de-Seine). Mohamed prend la décision de reconnaître Naoufel, aujourd’hui âgé de 11 ans. Le couple obtient même un logement de la municipalité de Montrouge.
Enquête. Mohamed, qui a définitivement renoncé aux gants afin de fuir un milieu où les frontières entre médicaments, dopage et toxicomanie sont parfois poreuses (il a connu les cellules italiennes pour trafic de stupéfiants), trouve un emploi dans une pizzeria. Parent d’un enfant français, mari d’une Française, salarié, et soutien d’une femme handicapée, il remplit les conditions requises pour être régularisé. Mais les autorités ne l’entendent pas de cette oreille, et diligentent une enquête sur une union perçue comme douteuse. Procédure que RESF qualifie de bâclée - «pas d’audition du couple, enquête de voisinage limitée à un témoin, erreurs multiples sur les dates de naissance du couple au sein du dossier».
Rétention. Mohamed est interpellé dans le métro et se voit signifier par le préfet un arrêté de reconduite à la frontière. Le 6 mai 2009, RESF apprend que Mohamed doit être expulsé le lendemain à 8 h 40. Vers 5 heures du matin, une vingtaine de personnes, dont des élus de Montrouge et de la commune voisine de Malakoff, se retrouvent devant le centre de rétention de Palaiseau (Essonne) pour tenter d’arrêter la procédure. Mais Mohamed Allouche est déjà loin. La police l’a emmené à l’aéroport dès 3 h 30…
Les intenables allers-retours des Amedjar
«C’est l’histoire d’une forte tête qui refuse de voir ses enfants grandir loin de lui, et ce, même si les autorités d’un pays tout entier le lui refusent», raconte un militant de RESF. Et pour cause, Ammar Amedjar, 27 ans, a déjà foulé à quatre reprises le tarmac des aéroports français, flanqué de la police aux frontières qui l’expulsait vers le Maroc, son pays de naissance.
«Cavalcade». Par deux fois, Ammar a refusé d’embarquer, aidé par des passagers et des «membres de RESF, devenus des amis qui m’empêchent de craquer», ce qui lui a valu respectivement un et deux mois de prison ferme. Les deux autres fois, Ammar est parti. Mais, bravant la mer Méditerranée et les douanes espagnoles, il a toujours réussi à se frayer un chemin clandestin pour rejoindre sa famille établie en France. «Lorsque je rentre après plusieurs milliers de kilomètres de cavalcade, et que je découvre le visage de mes filles qui entre-temps ont toujours bien changé, je me dis que le jeu en valait la chandelle», confia-t-il à un militant de RESF.
Ammar a épousé Rahma au Maroc, en septembre 2005. De nationalité marocaine mais vivant depuis l’âge de 1 an en France, elle est en situation régulière. Pour son mari, Rahma tente plusieurs fois de s’installer au Maroc entre 2005 et 2007 mais, à chaque fois, elle rentre au bout de quelques mois, n’ayant jamais pu s’acclimater à la vie locale.
Fol espoir. Entre ces multiples allers-retours, Rahma donne naissance dans le Maine-et-Loire à Maria, leur premier enfant. Le couple vit alors avec le fol espoir d’obtenir une procédure de regroupement familial. Malheureusement, les ressources de Rahma sont alors jugées insuffisantes par les pouvoirs publics qui ne valident pas la requête. Ammar entre alors irrégulièrement sur le territoire. Le début d’un interminable jeu du chat et de la souris avec la police. Ammar est aujourd’hui au Maroc. Et vit avec une douleur intenable. «J’ai appris la naissance de ma seconde fille, Amina, au fin fond d’un centre de rétention.»

Assassinée par l'arrogante rigidité administrative du pays des droits de l'Homme : Aicha Mokhtari est morte

par smirnova, 15/8/2009
Vous vous en souvenez peut -être??
C’est cette dame de Oujda qui devait être soignée en France
et à qui on a refusé le visa !!!
elle s'est éteinte hier dans la maladie
avec un sentiment de HOGRA..
Pourtant on a frappé à toutes les portes pour essayer de la sauver
Son frère s'est démené comme il pouvait et comme il ne pouvait pas!!

Aicha est morte

Aicha a été assassinée!!! par l'arrogance de ce voisin du nord
par l'arrogance d'un consul qui
bien que son erreur fut prouvée n'a pas voulu revoir sa position!!
quelle position??

De quel droit empêche-t-on les gens de circuler??
empêche-t-on les gens d'être sauvés!!!!!
et rendez vous compte, malgré toutes les portes frappées, notre État, notre gouvernement n' pas bougé le petit doigt pour la sauver Aicha !

et je crie : faudra les poursuivre, les responsables, pour non-assistance à personne en danger !
les nôtres, les autres, ceux du nord, du pays des « droits de l’Homme »

***

SOLIDMAR publie un SOS lancé il y a plus d 'un an :

Besoin urgent de votre aide !

Une femme, Aicha Mokhtari, gravement malade, est privée de visa par le consul de Fès. Pourtant l'hôpital, les médecins, tout le monde l'attend…

Réagissez ! écrivez ! frappez à toutes les portes ! C
'est sa vie qu'elle risque…


Solidarité Maroc 05 avait alors écrit :


Solidarité Maroc 05
05000 GAP
France


A Monsieur le Consul de France à Fès

L’association Solidarité Maroc 05 a été informée de la dramatique situation dans laquelle se trouve Madame Aïcha Mokhtari, née en 1957, femme au foyer à Oujda..
Malade depuis deux ans, elle ne comprend pas pourquoi le sort s’acharne sur elle. Malgré ses souffrances, et en dépit de toutes les pièces administratives dont elle s’est armée, elle n’a toujours pas l’autorisation d’aller se faire soigner en France.
Atteinte d’un cancer, elle nourrissait, tout comme les membres de sa famille, un grand espoir de guérison, après que l’institut de cancérologie Gustave Roussy - situé à Villejuif dans le Val-de-Marne - ait accepté de l’admettre dans ses services. En vain.
Malgré deux opérations chirurgicales et plusieurs séances de chimiothérapie, son cancer a continué de se développer. Son frère, Abdelaziz Mokhtari, cadre à la BMCI Oujda, a produit toutes les garanties demandées pour appuyer son dossier auprès du consulat de France à Fès. Le paiement des frais de l’hôpital a été effectué par Abdelhadi, un autre membre de la famille Mokhtari, vivant en France.
Malheureusement, à Fès, tout semble verrouillé. Le refus est catégorique de la part des services consulaires. Aucune explication n’a été donnée à l’intéressée.
Après des semaines de recherches, Abdelaziz est parvenu à un début de réponse, une malencontreuse homonymie : D’après lui, «il existe deux Aïcha Mokhtari, l’une née le 27 avril 1942 est algérienne; et l’autre, née le 1er novembre 1957, est marocaine. La première ayant eu des problèmes de visa pour visite familiale déposé au consulat de France à Oran, la seconde en a payé les frais à Fès». Plusieurs ministres français ont été saisis ( Bernard Kouchner, Brice Hortefeu, Fadela Amara ). En vain…
Face à ces refus injustifiés, la sénatrice française, Alima Boumediene Thiery, a écrit au même Brice Hortefeux, une réponse où elle a notamment écrit: “Certes, vous avez le droit de refuser sa demande de visa, mais nous regrettons que le pays des droits de l’Homme utilise de faux prétextes pour justifier son refus...”
De son côté M. Mokhtari a contacté des députés de la région et le cabinet du ministre de la Santé. En vain également.
Nous ne comprenons pas cet acharnement injustifié et injuste envers cette personne qui meurt à petit feu alors qu’elle pourrait être soignée
tant qu’il n’est pas trop tard.
Aussi vous demandons-nous de faire d’urgence tout ce qui est en votre pouvoir , dans un esprit humanitaire, pour régulariser la situation de Madame Mokhtari et lui permettre d’aller se faire soigner en France .
Pour Solidarité Maroc 05
La Présidente

samedi 15 août 2009

Ida, Atika : une mère, une fille

Par Ali Fkir,15/8/2009

Chaque jour le réveil sonne à cinq heures et demi. C’est tôt, très tôt. Mais chaque fois Ida était déjà debout. C’est le cas de la plupart des femmes des travailleurs. Elles se réveillent avant la sonnerie du réveil. Elles sont comme ça. Des millénaires ont conditionné ces braves femmes. Elles se lèvent avant tout le monde, pour préparer à manger, traire, moudre les céréales, chercher du bois…Tout ce travail qui dure de cinq heure du matin à dix heures du soir n’est pas reconnu comme labeur. Aujourd’hui encore, au Maroc, dans la case réservée à la profession de la personne concernée dans la carte nationale d’identité, on indique pour ces femmes : néant ( c'est-à-dire qu’elles ne font rien. Des oisives quoi !!).



Atika et Mouhcine

Ida prépare le petit déjeuner de son mari qui se réveille à cinq heure trente minutes.
A six heures, Si B. quittait la maison. Le plus souvent, il rejoint la mawkif ; place publique où les patrons viennent s’approvisionner en force de travail. Contrairement aux autres marchés, dans le « marché de travail », les prix de la marchandise/la force de travail n’existent pas. A la fin de la journée le patron vous paie selon son humeur. Vous n’êtes pas contentE ? demain, montrez vos gueules ailleurs! Les MarocainEs, dépouillés de leurs sources de vie, se voient obligéEs aujourd’hui d’accepter de travailler dans des conditions précapitalistes qui caractérisaient le passage entre deux modes de production : des rapports du féodal avec « ses » serfs aux rapport du capitaliste avec « ses » ouvriers. La législation de travail ? Elle moisit dans les tiroirs des diverses administrations. On n’en connaît que l’article 188 qui permet à l’Etat de mettre en prison les ouvriers pour entrave au travail !
C’est un véritable marché des bêtes de somme. Les acheteurs passent et repassent, scrutent, peuvent même tâter la marchandise…On prend souvent B pour sa robustesse, surtout lorsqu’il s’agit de pénibles travaux.
Mais il arrive que B travaille régulièrement pour quelques mois ou années chez le même patron. Bien sûr, pas de SMAG (salaire minimum agricole), ni couverture sociale, ni assurance-maladie…
Les seize dernières années, B les a passées dans les fermes d’un grand propriétaire terrien. Aujourd’hui, il est cloué au sol par la maladie, sans revenu aucun. Il n’a été jamais déclaré aux organismes sociaux.

Sa fille Atika a bossé dur pour réussir ses études universitaires, essentiellement pour venir en aide à sa famille. Atika croyait au miracle des diplômes. Le diplôme, c’est la clé du travail. Du moins c’est ce qu’on dit. Travail bien rémunéré, travail à CDI, avantages légaux garantis…le véritable miroir aux alouettes !
Son diplôme dans son sac à main, sans attendre, Atika, prit le sentier du travail. La famille voyait déjà sa situation améliorée.
Atika découvrit très vite qu’au Maroc, pour « fructifier » son diplôme, il faut avoir des connaissances, payer des pots, supporter des comportements dégradants…en un mot, laisser de côté sa dignité.

Ida, la mère de Atika, qui n’a quitté la maison de ses parents que pour rejoindre celle de son mari, dont elle ne sortira, selon le rétrograde adage que pour rejoindre, l’au-delà au cimetière, donc Ida « retroussa ses manches », met de côté le soucis des racontars, et plongea dans le monde de travail rémunéré, dans le monde du capitalisme sauvage. Elle se lève à cinq heure du matin, prépare à manger pour toute la famille, s’acquitte de toutes les autres besognes domestique, et prend quotidiennement le sentier du mawkif tenter sa chance.
Elle bosse dure, sérieuse. Elle fait partie de la main d’œuvre tant recherchée par les patrons. A haute voix, ceux-ci ne reconnaissent jamais les mérites de ce type de travailleuses et de travailleurs. Les patrons préfèrent n’utiliser que « les bras-cassés » pour parler des prolétaires.

Armée de son bagage intellectuel, se débattant dans les méandres de la dure et amère réalité, Atika appréhende petit à petit sa naïveté, la naïveté des millions de ses semblables. Au début il y a eu le doute, puis le questionnement, puis la remise en question, et enfin l’engagement conscient pour changer ce monde pourri.
La région de Beni Mellal est l’une des régions agricoles les plus fertiles au Maroc. Avant la colonisation française, ces riches terres appartenaient à la communauté. La propriété privée faisait l’exception.
Le colonisateur a exproprié (dans le sang), sans indemnité aucune, les paysans et les pasteurs de la région. Des fermes modernes fleurirent dans toute la région. Les paysans jadis organisés en jemaâ, devinrent ouvriers, trimaient toute la journée pour un salaire de misère... Des Hommes libres qu’ils étaient, ils devinrent esclaves du capitalisme.
Au lendemain de « l’indépendance de 1956 », les fermes passèrent « miraculeusement » aux mains des nouveaux maîtres du pays. Les années soixante et soixante-dix ont constitué l’épopée de la ruée vers la terre fertile. On se servait librement mais selon la logique du plus fort d’abord : les proches du palais, les généraux, les hauts dignitaires de l’Etat, les notables (anciens collaborateurs du colonialisme)…
Atika se posait la question (elle n’était pas la seule à se la poser, puisque la question s’était posée au lendemain de « l’indépendance »). Pourquoi la terre ne revint pas à ses véritables propriétaires d’avant le colonialisme ?. Quel contenu peut-on donner à « l’indépendance » à « la libération nationale », si elles se limitent à changer des individus portants des noms chrétiens par des individus de même nature portant des noms musulmans ?.
La question est toujours d’actualité.
Atika arrive à des conclusions bouleversantes. La question ne relève plus de la nationalité, ni de la religion, mais de l’appartenance de classe sociale.
Il y a des millions d’exploités et une poignée d’exploiteurs. Il y a des millions qui triment toute leur vie tout en vivant dans le besoin, et la minorité qui amasse de colossales fortunes. La plus-value créée par l’énergie des millions, par leur travail, se mue en richesse chez la minorité qui s’est appropriée les moyens et conditions de production. En remontant un peu le temps, Atika va découvrir avec stupéfaction, que la plupart des malheurs de l’Humanité sont apparus et se sont développés avec la propriété privée. On ne voit dans l’autre que le moyen de devenir plus riche. « L’humanisme » disparaît petit à petit. Les relations interhumaines sont réduites aux relations de domination et de dépendance, aux relations d’intérêts égoïstes. Les lois étatiques ne font qu’officialiser cette réalité.
Atika constate avec colère que les travailleurs de Souk Sebt trouvent des difficultés à s’approvisionner en sucre, denrée de base pour les humbles gens (rappelons que le thé sucré est « le passe pain » de la majorité des marocains) ; et pourtant beaucoup de ces travailleurs triment dans les sucreries de la région. Les dites sucreries, étatiques dans le passé, sont raflées aujourd’hui par le gigantesque groupe ONA dont la famille royale constitue, et de très loin, le premier actionnaire. L’ONA a le quasi-monopole de la production du sucre, de l’huile, du lait, classé deuxième après l’OCP dans les activités minières, 1er dans la distribution (à grandes surfaces), 1er dans le secteur bancaire, constitue un tiers de la capitalisation boursière, et leader dans d’autres secteurs vitaux tels l’immobilier, l’agriculture, la pêche maritime…On peut sans exagération dire que le Maroc appartient à l’ONA.
Scandalisée, honteuse de sa naïveté, Atika va se redresser. Elle choisit le chemin de la lutte, le chemin de la fierté. Atika devint communiste avant de lire Marx, Engels, Lénine…
En réponse à des jeunes militants d’ANNAHJ, j’avais déjà dit : au fond d’eux mêmes les gens sont communistes, mais les rapports de production basés sur l’exploitation des uns par d’autres détruisent chez ces derniers tout ce qu’ils ont d’humain. Atika ne pouvait qu’être communiste.
Pour Atika et ses semblables, la terre avec tout ce qu’elle porte en elle comme richesses, doit revenir à toute l’Humanité. L’Humanité doit se réorganiser démocratiquement pour mieux gérer ces richesses au profit de toutes les femmes et de tous les hommes, tout en sauvegardant la faune et la flore. L’être humain doit vivre heureux dans une nature heureuse, dont il n’est qu’une partie ; peut-être la partie consciente, même si certains se comportent en fils ingrats envers leur génitrice.
Les lycéens marxistes-léninistes d’Azrou, incarcérés à la prison de Ghbila de Casablanca en 1972, chantaient déjà :
Notre mère, la terre chérie, pleure ses richesses pillées,
et les révolutionnaires sont prêts à tous les sacrifices
pour que l’Humanité reconquière le sourire printanier de notre mère
.
(Je m’excuse pour la traduction si elle laisse à désirer)
L’essence du communisme, c’est la réorganisation de la vie sur la terre de telle façon que les humains, tous les humains vivent dans le bonheur, vivent avec toutes les autres composantes de la nature dans une parfaite symbiose.
Désormais, pour Atika, dans une société de classe les droits s’arrachent. Elle va s’engager dans l’Association Nationale des Diplômés Chômeurs (ANDCM), association qui couvre aujourd’hui toutes les régions du Maroc. L’Etat refuse de reconnaître l’ANDCM. Rappelons que l’ANDCM et l’AMDH (Association Marocaine des Droits humains) sont constamment dans le collimateur des appareils répressifs de l’Etat.
Atika observa une grève de la faim qui a duré 45 jours. Elle obtint un boulot à Souk Sebt ; mais à quel prix !
Atika rejoint les rangs d’ANNAHJ ADDIMOCRATI. Elle décida ainsi d’associer ses efforts à ceux des autres communistes et lutter ensemble pour une autre société. Sans conscience révolutionnaire, sans lutte, sans organisation, sans détermination, sans sacrifice, rien ne changera. C’est ce qui l’a attiré chez ANNAHJ qui constitue la continuité de l’organisation « ILA AL AMAM » (EN AVANT) marxiste-léniniste marocaine qui a perdu dans le brasier de la lutte de classes nombreux de martyrEs dont Abdellatif Zeroual, Saïda Mnebhi, Amine Tahani… Pour Atika la communiste, ANNAHJ incarne les valeurs communistes, les valeurs humaines.
En juillet 2009, Atika est présente (mandatée des militants de Souk Sebt) au deuxième congrès national d’ANNAHJ ADDIMOCRATI qui s’est tenu à Casablanca.
A la veille de la clôture du congrès, tard dans la nuit en quittant la salle des travaux, j’ai vu un groupe de militants et militantes assisEs à côté d’une jeune camarade allongée sur le gazon. Je me suis approché et appris que la camarade (c’était Atika) souffrait, et que des camarades de Casa sont allés en ville chercher des médicaments.
Le lendemain, en se dirigeant vers l’amphithéâtre où se déroula la séance de clôture du congrès, je remarquai une camarade qui se dirigeait avec effort vers la salle. C’était Atika. C’était ma première et dernière rencontre avec cette militante. « Tu sais depuis la grève de 45 jours, et des conditions de chômages d’avant, je suis, physiquement parlant « bousillée ». Je ne survis que par le moral, que par mes convictions, que par la camaraderie des centaines de militantEs ».
Pendant une heure, la jeune militante, déballe devant son camarade retraité, ce qu’elle a enfoui/refoulé dans ses profondeurs. Atika comme tant de millions de jeunes, filles et garçons, délaisséEs, excluEs, pourchasséEs, portent en elles, en eux, toutes les misères, toutes les souffrances, toutes les privations, toute LA HOUGRA…engendrées par la société de classes, par le système makhzanien, l’un des pires systèmes qu’a connus l’histoire de l’Humanité.
Dans la salle, sur l’estrade avec la présidence du congrès dont j'étais membre, je voyais Atika et non loin d’elle un remarquable jeune camarade, qui scandaient des slogans révolutionnaires, devant des marxistes venus de la Palestine, de la Tunisie, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie…tout ce monde chantait le radieux lendemain, la liberté future, l’Humanité émancipée, la nature radieuse, la terre-notre mère généreuse…
Trois heures après, sur la route de Souk Sebt, Atika et le jeune camarade qui n’est autre que Mouhcine Elbichri (congressiste de Guercif) perdirent leurs vies dans un accident de circulation. ANNAHJ ADDIMOCRATI, venait de perdre deux de ses meilleurs combattants, la jeunesse marocaine venait de perdre deux de ses meilleurs militantEs.
Une année après, la jeunesse communiste d’ANNAHJ ADDIMOCRATI, organisa à Larach sa colonie de vacance sous un thème relatif à la commémoration du 1er anniversaire du décès de ses deux membres Atika et Mouhcine.
Arrivés à Larach quelques heures avant la séance d’ouverture, et après avoir repéré le nouveau local de l’UMT (le plus ancien et important syndicat ouvrier) où devrait se dérouler cette séance, nous rejoignîmes, Zhor et moi, le centre de la ville, où nous retrouvâmes le camarade Lahnaoui, membre du secrétariat national d’ANNAHJ, et le camarade Hamdouchi responsable local et membre du comité national d’ANNAHJ, et avec eux IDA, la mère de Atika.
Ida a fait plus de 500 km pour participer à cette commémoration.
IDA resta avec nous deux. Les deux autres camarades sont allés contribuer aux préparations matérielles de l’événement.
Nous prîmes place dans une terrasse de café.
IDA est venue de Souk Sebt où la température descend rarement au dessous de 40 degrés en été. Peut-être qu’elle voit pour la première fois la mer.
Le mari immobilisé par la maladie à la maison après des décennies de travail, sans ressource aucune pour subvenir au minima des besoins de la famille, IDA, et sans hésitation, se jette dans le monde de travail rémunéré.
C’est le calvaire de l’exploitation : elle se lève à cinq heure, prépare le petit déjeuner, le déjeuner, fait la vaisselle, fait la lessive…puis rejoint le mawkif
Après 10 heures de travail sur les terres qui, jadis, étaient des terres collectives, aujourd’hui propriétés privées d’individus sans scrupule aucun. La majorité de ces rapaces portent des noms étrangers à la région, elle rentre chez elle. Avant de se coucher, IDA doit préparer le dîner, faire la vaisselle, arranger « la maison »…Mao, et avec raison, a déjà parlé de la triple exploitation de la femme, de la triple exploitation de cette moitié de ciel.
IDA est venue à Larache pour une seule nuit : arrivée l’après-midi du 22 juillet 2009, elle reprit la route à minuit. Les diverses besognes et corvées ne savent pas attendre !
A 19 heures, IDA, la mère de Atika et Azzouz le père de Mouhcine qui a fait plus de 600 km pour assister à cette commémoration, furent accueillis par les camarades de leurs enfants avec des slogans et chants révolutionnaires. Ce fut un moment émouvant ; ça vous prend à la gorge, aux tripes, même à 60 ans vous ne pouvez pas empêcher vos larmes de couler.
La commémoration a débuté par une minute de silence à la mémoire de Atika et de Mouhcine. Lorsque la prolétaire IDA, Oummi IDA (ma mère Ida) pour les jeunes communistes d’ANNAHJ, prit la parole, elle remercia tout d’abord ANNAHJ ADDIMOCRATI en général et sa jeunesse en particulier d’avoir organisé cette commémoration. « J’ai perdu Atika ma fille, mais j’ai gagné des dizaines de filles et de garçons. Je suis votre mère, vous êtes mes enfants. Je suis fière de ce que faisait Atika, je suis heureuse de ce que vous faites. Je souhaite de tout mon cœur la victoire d’ ANNAHJ ADDIMOCRATI dans son combat »…
L’intervention du camarade Azzouz était aussi émouvante que celle d’Oummi IDA. Azzouz a perdu un fils et un camarade de combat. Azzouz et Mouhcine faisaient partie de la même section d’ANNAHJ ADDIMOCRATI (Guercif).
A minuit, Azzouz reprit le chemin de Guercif, Ida celui de Souk Sebt, les jeunes rejoignirent leur lieu de campement à l’autre bout de la ville.
ANNAHJ ADDIMOCRATI, ne peut qu'être fier de ses jeunes communistes qui ne ratent jamais les rendez-vous avec l’Histoire. Il ne doit jamais oublier les combattants qui tombent dans le champ de la lutte. Il doit continuer à incarner (en idée et pratique) les valeurs communistes, les valeurs léguées par ILA AL AMAM marxiste-léniniste.

Ida