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lundi 17 août 2009

Le Maroc de Mohammed VI, 10 ans après...un siècle en arrière

Par sim3an, 15/8/2009
Les cérémonies ont été peu poussées pour la 10ème fête du trône du roi Mohammed VI, et pour cause, le souverain n’aime pas beaucoup s’exprimer, il parait plus occuper à ses affaires économiques... privées... En attendant, je me proposes d’éclairer les rédacteurs français sur la situation actuelle du royaume, et de son peuple.
Il y a 10 ans, le dernier Sultan, Hassan fils de Mohammed fils de Youssef, héritier d’un Etat centralisé concédé clef en main par la résidence française en 1961 était mort, des suites de ses excès...
10 ans plus tard, beaucoup de choses ont changé, mais pas forcément dans le sens qu’on imagine.

Tout d’abord, il y a eu un changement d’alliance mafieuse entre le clan Alaouite Yousoufide (descendant de Youssef bn Al-Hassan (1912-1927)) et les groupes de pression principaux. Après 20 années de domination du clan des arabes de la Chaouia et de ses marges, derrière le puissant El Basri, ce dernier a du fuir le pays, l’ensemble de ses alliés ont été pourchassés, ou se sont murés dans le silence, de nombreuses propriétés ont été saisies, le nouveau Roi s’est progressivement rapproché du parti Istiqlal, tenu par l’aristocratie commerçante issue de la ville de Fès, laquelle a pris le contrôle des entreprises coloniales, juives et étrangères au cours des années 70 à Casablanca avant d’être écrasée par la mafia arabe.

Les Fassis (de Fès) ont alors obtenu un pouvoir sans équivalent dans les régions soumises au contrôle électoral (provinces sahariennes) et se sont organisées au point de progresser vers un contrôle total du gouvernement après les élections de 2007 (37% de participation, la moitié dans les provinces sahariennes, l’autre moitié constituée de la bourgeoisie urbaine socialiste (c’est à dire occidentalisée, istiqlalienne (c’est à dire chauvine et conservatrice), et PJDiste (c’est à dire la même chose pour les nouvelles élites issues des campagnes).

Entre temps, ils ont marié une fille de leur sang au souverain en 2003, et se sont accaparés les biens du clan précédent. Le régime Fassi-Mohammedien de ces 10 années a également changé le jeu, jusqu’en 2003, le déficit commercial, maintenu vers 30% par le régime Basriste, tendait à se résorber, depuis, il est reparti à la hausse, et atteint 45% en 2008, sans doute plus cette année.

Ils ont vendu à peu près toutes les prérogatives de l’Etat, c’est à dire qu’ils les ont mis en régies, dans lesquelles la famille royale, la firme monopolistique ONA (qui appartient au Roi) et les intérêts alaouites et fassis ont profité d’investissements étrangers, souvent en pure perte pour ces derniers.

Ils ont ouvert toutes les vannes de l’importation, au risque d’un effondrement des changes (uniquement compensé par la vente au plus offrant du pays, par l’investissement occidental et arabo-pétrolier dans des secteurs sans réelles retombées à moyen terme pour l’économie et la population marocaine, ce qui a entraîné une bulle immobilière, qui a permis d’engranger encore plus de devises en vendant notamment aux retraités et classes moyennes européennes paupérisés.



Le tourisme est devenu une industrie rentière sans nom, qui doit atteindre le chiffre de 10 millions d’entrées en 2009.

Pour financer les importations, les banques ont reçu toute latitude de proposer des crédits à toutes les couches de la populations (tous les ménages au dessus du seuil de pauvreté (180 euro/mois), et ont entraîné un surendettement considérable qui a largement réduit la consommation et limité les ménages modestes quand il n’est pas tout simplement une arnaque, pour vendre plusieurs fois les même appartements.

Parallèlement, la production s’est effondrée, autant au plan industriel que dans le secteur exportateur, seuls les IDE industriels de basse qualification, usant du bon niveau de français de petites diplômée payées à 90ct de l’heure, ont freiné cette tendance.

90% des marocains vivaient du secteur informel, commerce, corruption, commissions et compagnie, tout ce secteur a été largement freiné par la modernisation, les nécessités d’un Etat dépensier, décidé à goudronner pour se faire bien voir, a entraîné une véritable chasse routière qui a augmenté la rapacité des forces de l’ordre.

L’institution scolaire s’est effondrée sans aucun rapport avec la place dans une société où quiconque a un capital devient richissime et ou les autres vivent à la limite de la misère, et où la bonne société de Casablanca et Rabat ou Tanger, Agadir insère ses enfants dans des écoles privées dont le marché est loin d’avoir atteint ses limites, et qui importe également, comme dans le tourisme moderne, une main d’œuvre occidentale qualifiée ; pour les enseignants, le bon salaire a finit par être seulement un rente, l’idée de faire progresser les science a disparu, l’intérêt du peuple ou de l’Etat est devenu vieux jeu face au consumérisme et au libéralisme, plus à la mode. La fracture scolaire est donc énorme entre 90% des enfants et les privilégiés.

Pendant ce temps, les nouvelles générations ne cessent de conspuer leurs anciennes croyances, ce qui mêle un effondrement des mœurs à un mouvement réactionnaire salafiste, un islam désincarné, totalitaire et absurde, qui conforte l’individualisme et la consumérisme.
Les anciens n’ont plus aucune écoute, les jeunes sont devenues "libres" c’est à dire que désormais, la règle de l’argent a été étendue à toutes les classes de la société, la morale mise derrière la réussite ou la sunna.

La prostitution des hommes et des femmes à un régime économique immoral est devenu monnaie courante (d’ailleurs l’exportation des femmes comme prostituées est une source non négligeable de devises).

On ne cesse de pourchasser le secteur informel, avec le développement des supermarchés, qui sont plus chers, et appartiennent à l’ONA, donc au Roi. Les vendeurs de fruits, légumes, poisson de rue sont sans cesse saisis par les agents de l’Etat, et tout ça pour aider les supermarchés royaux, les petits marchés traditionnels reçoivent des avis d’expulsion parce qu’ils sont en terrain domanial (donc du Roi).

Parallèlement, le foulard est interdit dans le secteur formel pour les femmes, et même pour les hommes, il faut avoir un comportement laïc, car la mafia socialiste et istiqlalienne se rejoignent sur leur adoration de la "modernité". Une nouvelle classe moyenne urbaine superficielle et consumériste, adepte du crédit (l’intérêt est interdit en droit musulman) apparait, alors qu’une autre classe moyenne se radicalise dans un sunnisme salafiste sans faille.

Le Maroc vit uniquement de son surplus d’IDE et du prix du phosphate qui compensent le déficit commercial sans fond. L’ensemble de l’économie a été vendue à l’étranger, et profite à la famille royale, au Roi et aux fassis.

Les Marocains sont devenus roublards, menteurs et voleurs, l’économie promeut la mendicité, il faut donc bien attraper les devises au vol...

Je suis désespéré, je voudrais que tout le monde se rende compte de ce que signifie cette modernisation sans réflexion autre que l’apparence de la richesse elle même..

Toutes mes amitiés à ceux qui croient encore au Tiers Monde libre et ne crachent pas sur les valeurs de nos pères, la liberté et la démocratie des communuatés tribales primitives...



Source : Agora Vox

dimanche 9 août 2009

"Volupté, mystère, sérénité, équilibre et force" : le serment d'allégeance de Paris-Match


Une fois de plus, Paris-Match (le poids des mots, le choc des photos) nous fait la totale à propos du 10ème anniversaire de l'accession au trône de M6. Aucun mot-clé ne manque:
"le visage moderne de la transition"
"plus populaire que jamais. Tranquillement, il guide son peuple vers les valeurs du XXIe siècle"

"chaleur moite"

"lourd destin"

"à la tête du glorieux et complexe ­héritage de ses ancêtres"

"sa compassion pour les gens modestes et les déshérités n’est pas feinte"

"être très riche ne l’empêche pas d’avoir la fibre sociale "

"Une vraie révolution"

"Longue, fine, gracieuse, chevelure roux vénitien, teint de porcelaine, yeux bleus, ­ravissant sourire... Le peuple ­marocain a, pour la première fois de son histoire, découvert le visage radieux de sa nouvelle princesse. Intelligente et fort diplomate, Lalla Salma..."

"Mohamed VL (sic) cultive avec volupté le goût du mystère".

Et ça continue comme ça, sur des pages et des pages. Madame Caroline Pigozzi ne recule devant rien. Dernier exemple de sa prose :"Qui a eu comme moi le privilège de faire le reportage historique paru dans Paris Match en novembre 2005, à l’occasion du ­cinquantenaire de l’indépendance, a pu mesurer la complicité, l’affection profonde et la joie évidente qu’éprouvent les vingt-neuf membres du clan royal à se retrouver. En particulier Mohammed VI, son frère le prince Moulay Rachid et leurs trois sœurs, Lalla Meriam, Lalla Hasna et Lalla Asma, qui entament des conversations sans fin, comme s’ils ne s’étaient pas vus depuis des lustres. On ne peut imaginer à quel point cette sérénité familiale donne à Sa Majesté équilibre et force."

Bref, si vous voulez vous détendre un moment, visitez http://www.parismatch.com/Actu-Match/Monde/Actu/Mohammed-VI-le-visage-moderne-de-la-tradition-118638/, sans oublier le portfolio dix ans de règne en photos ! Et surtout ne posez pas la question qui fâche : combien le Palais a-t-il payé pour ce publi-reportage ?

Photo Ali Linh PARU DANS PARIS-MATCH

Sa Majesté et notre pain quotidien

Par Ali Lmrabet, El Khabar, Traduit par Courrier international, 28/7/2009
Le journaliste marocain Ali Lmrabet a été condamné en 2005 à dix ans d’interdiction d’exercice de la profession de journaliste par un tribunal de Rabat. C’est dans la presse algérienne qu’il "juge" les dix ans de règne de "son" roi.


Quand le père, Hassan II [décédé le 23 juillet 1999], pouvait dans de mémorables discours gratter dans le sens du poil son "cher peuple", le faire rire ou le menacer, puis, sans aucune hésitation, détruire au canon des quartiers entiers et passer à la mitrailleuse depuis son royal hélicoptère les émeutiers d’une énième révolte populaire, le fils, Mohammed VI [intronisé le 29 juillet 1999], s’il n’excelle pas dans le massacre et ne paraît pas trop apprécier les proclamations au toujours soumis "cher peuple", partage néanmoins avec le fantôme de son défunt géniteur le sentiment que, sans la dynastie alaouite, sans ce régime en fait, nous sommes condamnés au déluge.

Voilà peut-être, au-delà des bilans sur les dix années de règne de Mohamed VI qui commencent à nous assommer, notre dilemme de Marocains du XXIe siècle. Peut-on vivre au Maroc d’aujourd’hui en faisant omission de cette réalité qui veut que tout doit tourner autour du roi ? Peut-on se défaire de ce sentiment diffus qui veut que nous devons être, de par la loi, les fils respectueux d’un père bienveillant qui a réponse à tout, est présent partout, dans le politique, le religieux, l’économique, les affaires, le social et même dans l’action caritative et spectaculaire ? N’a-t-on pas vu dernièrement le roi ordonner le rapatriement par avion militaire des restes (comme s’il s’agissait de ceux d’un maréchal d’Empire mort en exil) d’un nouveau-né décédé dans un hôpital madrilène à cause d’une erreur médicale ? Au-delà du douloureux drame qui a frappé la famille du bébé, a-t-on seulement conscience du ridicule de ce geste dont le but est seulement d’émouvoir bassement le peuple et d’exalter les sentiments patriotiques ?

C’est cela notre dilemme, notre détresse. Nous sommes une nation qui se prosterne par peur, se soumet au baise-main par tradition, et baisse instinctivement la voix quand elle dit du mal du régime. Même dans l’intimité de ce qu’il y a de plus sacré pour un homme, sa maison. L’expression "les murs ont des oreilles" nous sied encore à merveille. C’est ainsi. Nous avons un cerveau normalement constitué, nous ne sommes pas plus arriérés ni plus avancés que d’autres, mais nous sommes incapables de faire la nécessaire distinction entre nos intérêts légitimes et ceux de nos gouvernants. Ce fait est tellement installé dans notre subconscient que c’est devenu un affront permanent à notre intelligence.

Les Marocains croient avoir besoin d’un homme providentiel qui prend des décisions providentielles, alors qu’ils devraient exiger des institutions qui n’ont rien à voir avec la Providence et beaucoup avec un Etat de droit où chacun, même le roi, doit jouer un rôle clairement défini par une Constitution démocratique. Comment, enfin, peut-on croire qu’un seul homme qui, pour gouverner, fait appel à ses ancêtres, à la religion, aux traditions ou à l’Histoire, est la meilleure réponse à nos attentes ? La logique ne veut-elle pas que nous ayons plutôt besoin d’hommes démocratiquement élus qui gouvernent en utilisant leurs connaissances et expériences, et qui ont conscience que leur pouvoir peut être court ou pérenne selon le verdict des urnes ?

Et il est paradoxal de constater que ceux qui font leur cette analyse, en particulier les Français, les voisins espagnols et les lointains Américains (avant et avec Obama), ceux-là mêmes qui tiennent bec et ongles à leurs institutions et à leurs chères libertés, veulent nous garder en cage et nous pressent, indirectement bien entendu, de rester sages et d’accepter d’être gentiment conduits par le prince. Constamment et indéfiniment, puisque, croient-ils, ce type de régime autoritaire, théocratique, peu démocratique, etc., est le meilleur remède à nos maux. Nous ne serions pas prêts pour la démocratie, se lamentent ces hypocrites. Mais enfin, de quoi ont-ils peur ? Que nous commencions à penser par nous-mêmes ? A nous émanciper ? Que nous trouvions des solutions à nos besoins, matériels et autres ? Que veulent-ils, enfin, ces lointains Occidentaux ? On a du mal à croire qu’ils veulent que notre région continue à être la grande fabrique d’extrémistes – qui se nourrissent, justement, des dictatures, des injustices faites aux gens et du manque de liberté criant qui sont notre pain quotidien.

jeudi 6 août 2009

L'interview censurée d'Abdelhamid Amine

Par Abdelhamid Amine, vice-président de l'AMDH, 6/08/2009



En juillet 2009, j'ai été sollicité par le journaliste LEMAIZI pour réaliser, pour le compte de l'hebdomadaire marocain en français L'OBSERVATEUR, une interview se rapportant au bilan des droits humains au MAROC durant les 10 dernières. Le numéro 42 de L'OBSERVATEUR( août 2009) consacré au bilan de la "nouvelle ère" est paru sans mon interview. Je n'en n'ai pas reçu d'explication; mais je pense que l'interview a été considérée comme atypique par la rédaction de l'hebdomadaire et qu'elle ne cadrait pas avec le reste des articles qui pour leur quasi totalité étaient très satisfaits du bilan.


Abdelhamid Amine, vice-président de l’AMDH, depuis dix ans le Maroc a-t-il fait sa mue en matière des droits de l’homme ?

Il y a une idée préconçue que le pays n’a commencé à bouger qu’avec l’intronisation de Mohammed VI et le début de la dénommée nouvelle ère. Or, la question des droits de l’Homme était sur la table dès la fin des années 80 grâce à la lutte des démocrates marocains soutenus par les démocrates de l’étranger et aidés par le contexte mondial marqué par la chute du mur de Berlin qui a contribué à ce que des régimes comme le nôtre, semi-dictatoriaux ou dictatoriaux changent d’attitude vis-à-vis des droits humains.

Mais pour ces dix ans passés, quel bilan faites-vous, à l'AMDH, de cette période en matière de droits de l'Homms ?

Les progrès sont limités, les avancées partielles et les acquis fragiles, donc objets de régression faute de leur consécration par une constitution démocratique et de progrès simultanés au niveau du respect des droits économiques, sociaux et culturels. En gros le changement est essentiellement au niveau du discours de l’Etat, ce qui est peu important. Même les quelques acquis obtenus depuis les années 90 commencent à s’estomper. À partir de 2003, on vit une régression, notamment avec ce qu’on a appelé ‘’la lutte contre le terrorisme’’.Tant que le Maroc continuera à vivre sous la constitution hassanienne de 1996, il ne peut y avoir de progrès significatifs. Il faut mettre en place les mécanismes de l’Etat de droit pour aboutir à une société citoyenne. En un mot le Maroc reste une ‘’démocrature’’ et la lutte pour le respect des droits de l’homme est encore de rigueur.
Le travail réalisé par l'IER constitue une avancée majeure tout de même...
Le travail de l’IER a son importance mais il est insuffisant, et de ce fait il n’a pu permettre de clore le dossier des violations graves qu’a vécues notre pays. L’IER a exclu de son champ d’activité la lutte contre l’impunité, et son pouvoir dans la recherche de la vérité a été limité, dans la mesure où l’instance n’avait pas de prérogatives pour fixer les responsabilités individuelles et institutionnelles. Il fallait par exemple déterminer quel est le degré de responsabilité de l’institution monarchique, de l’armée, des services de sécurité et du ministère de l’Intérieur. Malgré tout, nous avons considéré que les recommandations de l’IER étaient positives et nous continuons à demander fermement leur application intégrale. Seule la réparation matérielle a été effective non sans plaintes d’ailleurs des concernés. Sur le plan de la réforme constitutionnelle, la réforme de la justice et le contrôle de l’appareil sécuritaire, rien n’a été fait depuis.
Vous continuez toujours a demander des excuses de l’Etat sur les violations des droits del’homme ?

À l’AMDH nous exigeons toujours que l’Etat présente des excuses au sujet des violations graves connues par notre pays entre 1956-1999. C’est d’ailleurs une des recommandations de l’IER qui est restée sans suite.

Finalement, pour vous rien n’a changé ?
Ces dix ans ont été caractérisées par une inflation du discours officiel sur les droits humains et par un certain nombre d’initiatives et de signes positifs que d’aucuns, biens nombreux, ont considérés comme décisifs pour l’enracinement de la démocratie au Maroc. Tout cela était encadré par le slogan de la « transition démocratique ». Durant ces années il a été procédé à la mise en place de l’IER,l’adoption de la loi sur la famille et de la loi contre la torture, la création du Diwan Al Madalim. Mais ily a eu aussi la continuité des violations graves liées à la répression politique surtout en liaison avec la stratégie sécuritaire de lutte contre le terrorisme dont la loi anti terroriste constitue une pièce maîtresse, une recrudescence des violations contre la liberté d’expression et la liberté de la presse,la détérioration de la situation dans les prisons, la persistance de l’inégalité homme-femme,d’énormes violations du droit au travail et des droits des travailleurs au vu et au su des autorités concernées et de grandes violations des droits relatifs à l’enseignement, la santé, la sécurité sociale, le logement, la vie digne, etc… En somme, notre pays n’a toujours pas accédé à l’ère de l’Etat de Droit et de la Société de citoyenneté à laquelle aspirent avec force nos citoyennes et citoyens.
Quel sera le défi en droits humains pour les années à venir ?

Le plus important des défis, c’est de doter notre pays d’une constitution démocratique, sans cela on ne pourra avoir un Etat de droit, une société citoyenne avec le respect profond des droits humains.

"Exporter le modèle marocain"???

Au Maroc, une alternative à l'Iran
Par Anne Applebaum, 30/6//2009



Traduction de Micha Cziffra pour slate.fr (qui ignore que Western Sahara, en français, se dit Sahara occidental et non pas "ouest saharien"...), révisée par SOLIDMAR


SOLIDMAR a publié une série d’articles commentant le bilan de dix années de règne sans partage de Mohammed VI. Mises à part les louanges obséquieuses d'un Driss El Yazami, le bilan est jugé globalement désastreux sur le plan social et celui du respect des droits humains.
Par souci d’équilibre nous publions l’article élogieux d’Anne Applebaum, journaliste américaine du Washington Post, grande admiratrice et amie du roi du Maroc, paru le 30 juin sous le titre
In Morocco, an Alternative to Iran (Au Maroc, une alternative à l'Iran). Article qui, nous le souhaitons, suscitera ici comme cela a été le cas sur d’autres sites, de nombreux commentaires

Si vous voulez un antidote aux photos de policiers tabassant des manifestants et de filles agonisant dans les rues de Téhéran, faites un tour dans les rues de la capitale marocaine. Vous croiserez peut-être des manifestants. Mais ici, ils ne sont pas en danger. Le jour où j’ai visité la ville, un groupe se tenait devant le parlement et brandissait poliment des pancartes. Il y a aussi des filles, mais elles ne sont pas la cible de tireurs. Et elles ne ressemblent pas aux filles iraniennes. Même si à Rabat la mode est clairement aux longs foulards flottants et aux blue-jeans, de nombreuses marocaines se fondraient sans problème dans le paysage urbain de New York ou de Paris.
Bienvenue au Royaume du Maroc, un pays qui, à la lumière des événements qui se sont déroulés ces deux dernières semaines en Iran, mérite quelques minutes d’attention. A l’opposé de la Turquie, le Maroc n’est pas un pays laïque: le roi revendique sa descendance directe du prophète Mahomet. Par ailleurs, le Maroc n’aspire pas à devenir européen. Bien que le français soit encore la langue utilisée en affaires et dans l’enseignement supérieur, le pays fait bel et bien partie du monde arabe sur les plans linguistique et culturel.
Le Maroc n'est pas un paradis démocratique mais...
Contrairement à la plupart de ses voisins arabes, au cours des dix dernières années, le Maroc a subi un processus de mutation lente mais profonde et est passé de la monarchie traditionnelle à la monarchie constitutionnelle. De véritables partis politiques sont nés, et le pays jouit aujourd’hui d’une presse relativement libre. De nouveaux leaders son entrés sur la scène politique (Marrakech a pour maire une jeune femme de 33 ans). En outre, une série de nouvelles dispositions en matière de droit de la famille visent à concilier la loi de la charia et le respect des conventions internationales sur les droits de l’homme.
On ne peut tout de même pas dire que le résultat soit un paradis démocratique. Un militant des droits humains m’a dépeint un portrait de la corruption électorale qui semble d’une complexité byzantine. En résumé, on fait appel à des «médiateurs» qui s’arrangent pour qu’on vote pour tel ou tel candidat. D’autres m’expliquent que si les manifestants que j’ai vus devant le parlement avaient été des islamistes radicaux ou des chefs de guérilla du Sahara occidental et non pas des membres de syndicats, la police n’aurait sans doute pas été si blasée. Par ailleurs, s’il est vrai que les femmes ont des droits, les contraintes culturelles subsistent. Une infime partie de la population lit les journaux et seule une petite minorité de Marocains dispose d’un accès Internet. Entre 40 et 50 % de la population est illettrée. Ce qui explique que le taux de participation aux élections soit si faible. Du reste, les affiches politiques comportent des symboles, pas des mots.
Mais il y a bien un point sur lequel le Maroc fait véritablement figure d’exception. Il est le seul pays d’Afrique dont le gouvernement a reconnu avoir commis des crimes par le passé et a mis en place une «Commission de la vérité et de la réconciliation» sur le modèle de celle établie en Afrique du Sud et dans des pays d’Amérique latine. Depuis 2004, cette commission a enquêté sur des crimes, organisé des audiences télévisées et dédommagé quelque 23.000 victimes ainsi que leur famille. Les crimes concernés – des arrestations arbitraires, des «disparitions», des actes de torture, des exécutions – ont été perpétrés sous le règne du roi Hassan II, décédé en 1999. C’est à son fils, le roi Mohammed VI, que l’on doit la création de cette commission de la vérité. Et c’est le changement de génération qui a rendu possible cette confession au sujet des graves méfaits du passé. Néanmoins, elle n’a pas été accompagnée d’un changement de régime. Il n’y a pas eu de révolution, pas de violence. Le roi est encore en place et il possède toujours ses voitures de collection.
Cette commission de la vérité a le mérite d’avoir instauré une forme de paix sociale. Tout le monde n’est pas favorable à la monarchie, mais même ses détracteurs s’accordent à dire que la rupture avec le passé est bien réelle. En effet, les citoyens marocains ont le sentiment qu’ils peuvent parler ouvertement, former des groupes de défense des droits civils, critiquer le processus électoral et même se plaindre du roi sans risquer quoi que ce soit. Saadia Belmir – une juge marocaine qui est également la première femme musulmane à siéger au Comité de l’ONU contre la torture – m’a confié que, malgré certains obstacles, «[les Marocains] peuvent désormais construire [leur] avenir sur la base d’une bonne connaissance du passé». Les responsables ont été autorisés à disparaître dans le décor, et c’est évidemment sujet à controverse. Mais les contre-courants teintés de colère et de désirs de vengeance qui auraient pu entacher le règne du jeune roi se font de plus en plus rares.
Est-ce un modèle pour les autres pays? Les Marocains en sont persuadés. Ils ont d’ailleurs discrètement «partagé leurs expériences» avec des pays africains et moyen-orientaux. Saadia Belmir m’a appris qu’un groupe informel tentait de mettre sur pied une commission de la vérité au Togo. D’autres ont évoqué la Jordanie (bien sûr, rien n’est officiel). Tous s’empressent de souligner que leur formule – une mutation lente sous l’égide d’un roi populaire (jusqu’ici) – ne peut guère s’appliquer partout. On pense avec nostalgie au shah d’Iran en se demandant comment la situation de ce pays aurait pu évoluer.
Et pourtant, quand on voit l’arc-en-ciel de vêtements et de visages qui animent les rues du Maroc, une idée vient irrésistiblement à l’esprit: le passage de l’autoritarisme à la démocratie est possible. Même dans un Etat ouvertement islamique, même au sein d’une population métissée, et malgré la présence d’une frange djihadiste. Qui plus est, ici, il est possible de reconnaître les violations des droits humains et d’en parler, comme dans les autres démocraties. Dans une grande partie du monde arabe, la volonté politique est insuffisante pour arriver à un tel changement. Mais le cas du Maroc est bien la preuve que le changement n’est pas purement et simplement impossible.



Premier commentaire
par MJF, SOLIDMAR
J’ai cru d’abord que c’était de l’humour….

Mais bien sûr que la police matraque les manifestants au Maroc !! Il y a même eu des morts , comme le syndicaliste Laarej à Tiflet, l’ étudiant El Gadiri à Marrakech… Bien sûr qu’on trouve des photos de jeunes, de militants aux cheveux blanc, de militantes jetés au sol, traînés par terre et roués de coups de matraque. J’ai même la photo d’un commissaire de police jetant à terre et battant une femme portant un bébé sur son dos, simplement parce qu’elle voulait rendre visite à son mari emprisonné arbitrairement à la prison d’Oukacha ! La police ne frappe pas tous les manifestants, bien sûr, puisque l’arbitraire est la règle. Mais toutes les catégories de citoyens qui osent crier leur colère contre les atteintes aux droits de l’Homme ont droit à la répression : les diplômés chômeurs, même handicapés, même aveugles, qui ne savent pas où courir pour échapper aux coups, les ouvriers, les syndicalistes, les paysans, les très jeunes, les très vieux…Un vieillard de 93 ans , handicapé physique et mental, a été incarcéré pour avoir critiqué le roi. Il est mort deux ans plus tard en prison, loin des siens… Les étudiants de Marrakech torturés, humiliés, obligés de recourir aux grèves de la faim illimitées jusqu’à l’extrême limite de leur survie. Parmi eux l’étudiante Zahra Boudkour en est devenue la figure emblématique : torturée, laissée nue au milieu de ses camarades pendant plusieurs jours, gravement malade à la suite d’un viol à la matraque mais interdite de soin d’un gynécologue, condamnée à deux ans de prison avec ses camarades, pour avoir protesté contre les mauvaises conditions de vie et d’études. Quelles seront les pouvoirs de la nouvelle maire de cette ville pour les sortir de là ?

La torture chère à Hassan II n’a pas disparu. On meurt encore dans les centres secrets au Maroc, même si c’est moins fréquent…L’arbitraire fait partie de la vie du peuple marocain : des membres de la famille royale se croient permis impunément de voler, maltraiter, torturer, terroriser toute une région. (en l’occurrence la région de Khénifra) …Un neveu du roi a tiré sur un policier qui a osé lui demander ses papiers parce qu’il avait grillé un feu rouge… Mais là, la police ne bouge pas !

L’IER (Instance Équité et Réconciliation) aurait pu apporter un changement si les résolutions en étaient appliquées…La vitrine est belle, la réalité l’est moins…Les tortionnaires des années de plomb « fondus dans le décor » ? Mais non, profitant de l’impunité totale, certains d’entre eux sont toujours en bonne place : Laânigri à la tête des compagnies mobiles d’intervention, Ben Slimane à celle de la gendarmerie…

Le mot démocratie n’a malheureusement pas encore sa place au Maroc. Le peuple ne fait plus confiance au régime, et s’il ne vote pas, ce n’est pas par analphabétisme, mais parce qu’il a compris que ça ne sert à rien, puisque tous les pouvoirs sont entre les mains d’une seule personne. Drôle de démocratie…

Alors : exporter le modèle marocain…Il faudrait trouver mieux…

Ces photos n'ont pas été prises en Iran, mais au Maroc. C'était le 27 mai 2008, devant la prison Oukacha à Casablanca , lors d'un sit- in organisé par l'association Ennassir. Un commissaire de police et son adjoint en action contre la dangereuse Fatiha Haddad et son non moins dangereux bébé Bilal. Leur tort : être l'épouse et l'enfant du très dangereux détenus islamiste Saïd Farres, condamné à 20 ans de prison. Qu'en dites-vous, Madame Appelbaum?

mardi 28 juillet 2009

Dix ans de règne: l’Hégémonie et l’Avenir



Par Larbi, 28/07/ 2009

·
Mohammed VI: dix ans de règne
Cela fait maintenant dix ans que Mohammed VI est roi du maroc. L’heure de dresser, c’est un euphémisme, le bilan.
Il ne s’agit pas ici de parler des qualités humaines de Mohammed VI , homme sympathique au demeurant, encore moins d’éprouver un quelconque sentiment d’admiration ou d’aversion envers sa personne . Il s’agit d’évoquer un bilan, partiel et forcément partial, de Mohammed VI, roi du Maroc, chef de l’Etat marocain, chef de l’Exécutif marocain, qui préside à la destinée de 30 millions de Marocains. Qu’il soit permis d’aborder ici l’exercice dans ce cadre.
Se revendiquant de l’héritage de Hassan II, le roi Mohammed VI s’est situé dans la continuité des institutions léguées par son père. Une monarchie quasi-absolue par le texte de la constitution marocaine, absolue dans ses pratiques de pouvoir. De la présidence du conseil des ministres à la nomination des hauts fonctionnaires de l’Etat, de la feuille de route fixée au législateur au début de chaque session parlementaire à la présidence du Conseil Supérieur de la Magistrature, de la définition des grandes orientations de l’Etat et la politique territoriale à la conduite de la diplomatie et l’armée, pas une seule affaire majeure ou mineure n’a échappé au contrôle du roi. Dix ans durant, Mohammed VI a non seulement gardé jalousement ses larges prérogatives mais il y est allé de ses pratiques personnelles : la multiplication des fondations, délégations, agences, toutes dotées d’un réel pouvoir exécutif et rattachées au palais. Le roi qualifie lui-même ce régime de «monarchie agissante » et « monarchie exécutive » mais il serait plus juste de parler de monarchie absolue.
Le constat majeur est l’affaiblissement de toutes les autres institutions. Si le parlement et le gouvernement marocains disparaissent, personne ne s’en apercevrait. Le pays continuerait à être gouverné grâce à une hégémonie monarchique assumée et qui bien souvent rabaisse les autres institutions au rang de simples exécutants à la disposition de Sa Majesté.
Avec constance, Mohammed VI n’aura fait aucune concession même sur le symbolique terrain du protocole royal. En 2009, la révérence pour le roi continue à être de mise tout comme le baise-main pratique venue d’un autre temps. La sacralité du roi, chef de l’Etat et chef de l’exécutif, continue à renvoyer aux tribunaux journalistes, citoyens et parfois des vieillards en fin de vie avec des peines de prison en prime. Et si Mohammed VI a relativement laissé libérer la parole politique, il n’en demeure pas moins qu’aujourd’hui encore il est conseillé de doser sa parole et savoir s’arrêter s’agissant des lignes rouges. Situation intenable dans une monarchie exécutive.
Au final, concernant le bilan institutionnel il s’agit d’une stagnation, synonyme de régression eut égard aux dix années d’actions possibles.
Paradoxalement, au terme de dix ans de pouvoir Mohammed VI a beaucoup transformé la culture politique du pays. Pour exercer ses prérogatives le jeune roi s’est entouré de ses anciens camarades et de technocrates désignés par ses soins et ne rendant compte qu’à lui. Ici ils sont walis et gouverneurs, la-bas ils sont directeurs d’administrations centrales, conseillers et membres du cabinet, ou encore directeurs d’offices et organismes publics. Certes la compétence de quelques-uns n’est pas en cause, mais à force de faire des seigneurs et des fortunés, la culture politique a suivi. Tout le monde l’aura assimilé, la méritocratie se conjugue aujourd’hui à la proximité avec le roi synonyme d’ascension sociale et baromètre des gens qui comptent. Un candidat à la direction du patronnant s’est désisté car on ne se porte pas concurrent face au candidat du roi. Tout récemment le patron de la puissante CDG, bras financier de l’Etat, a été brutalement limogé sans que personne ne sache pourquoi. Les présidents de banques à statut privé désignés en dehors de leurs conseils d’administration. Beaucoup d’hommes politiques, anciens militants de gauche, même de simples citoyens se lancent aujourd’hui dans une indigne entreprise de séduction et de servilité pour accéder au sésame de proximité royale. Si bien que quand Fouad Ali El Himma, ami du roi, a crée un parti affilié à la monarchie, il lui en a pas fallu longtemps pour devenir la première force politique du pays. Aujourd’hui, le rêve et l’idéal de beaucoup de Marocains sont d’arriver à rentrer dans le cercle du roi et, à défaut, approcher l’un de ses proches. Le débat public en souffre, il est marqué par la flatterie et les compliments faciles seuls désormais écoutés. Hassan II était craint, Mohammed VI est aimé et surtout flatté. Le roi confirme cet état d’esprit lui qui dans un de ces discours a réduit les derniers refuzniks à des « sirènes nihilistes qui répandent le désespoir et sèment le doute».
Ne donnant pas d’interviews, ne communiquant que pas des discours laborieux, Mohammed VI demeure un mystère, et ce n’est vraiment pas un euphémisme, même pour ses adeptes les plus passionnés. Le projet politique du roi, ses motivations et ses choix en matières de politiques publiques, le pourquoi et le comment des arbitrages illisibles, des décisions changeantes, à supposer qu’un cap soit fixé, restent des énigmes bien gardées dans l’enceinte du palais. Les Marocains se trouvent, et c’est logique, privés d’en discuter la pertinence et la validité pas plus qu’ils ne peuvent les évaluer ou même donner leur avis. Le destin de 30 millions de personnes est engagé par les seuls faits du roi qui selon l’adage sait où est le bonheur de son peuple grâce à sa vision forcément éclairée et pertinente. A dérouler le film des dix ans en arrière, on se retrouve face à un vide éloquent s’agissant des enjeux de la nation: aucun débat économique, aucune consultation sur un aspect ou un autre et aucune évaluation des politiques publiques. A défaut, le débat public est meublé par des mythes, il faut bien remplir le vide.
Parmi ces mythes, le « boom économique » cette contrepartie au pouvoir absolu que le peuple aurait consentie sans que l’on sache quand et comment.
Nul ne contestera que la situation économique et financière du Maroc après dix ans de règne ne s’est pas dégradée au contraire elle s’est nettement améliorée à en juger par les infrastructures qui se sont beaucoup développées. Mais nul ne contestera non plus que dans ce domaine, feu Hassan II a placé la barre si bas qu’il était facile de la franchir.
De 1999 à 2007 la croissance annuelle moyenne du PIB était de 4 % au Maroc, 4 % en Egypte et 5 % en Tunisie. Le revenu national brut/habitant (GNI) est passé de 1320 en 1999 à 2290 USD en 2007 soit un rebond de 73 %. Pour la même période il a progressé de 2090 à 3210 USD en Tunisie (+53 %) et de 1360 à 1580 (+16%) en Egypte. Mais à parité de pouvoir d’achat le GNI PPA/habitant a évolué dans les mêmes proportions que les deux autres pays : 2510 à 4050 pour le Maroc (+61%), 4370 à 7140 pour la Tunisie (+63%), 3570 à 5370 pour l’Égypte (+50 %). Le Maroc, l’Egypte et la Tunisie ont fait des performances équivalentes avec une prime de départ à la dernière. Un Marocain ne s’est pas plus enrichi qu’un Egyptien ou un Tunisien. Les riches sont devenus plus riches et les pauvres quand ils ne deviennent pas plus pauvres ils voient passer la croissance sans en profiter.
En outre, et ce n’est pas l’aspect le moins inquiétant, l’indice composite de développement humain 2007/2008 élaboré par le PNUD et qui agrège les données sur la pauvreté, la santé le savoir et le niveau de vie classe le Maroc 126ème parmi 177 pays (Égypte 112ème, Tunisie 91ème). Un indice balayé d’un revers de main rapide alors qu’il n’est que la synthèse des statistiques officielles. In fine, la croissance économique, réelle sans pour autant être extraordinaire, n’a profité qu’à quelques privilégiés. Les prometteurs immobiliers, les investisseurs étrangers et les holdings locaux dont les plus importantes appartiennent au roi ou à son entourage et représentent une barrière mentale, quand ils n’usent pas de moyens condamnables, à l’épanouissement du monde d’affaires.
Au fond, le pays s’est engagé sur une voie déjà fréquentée par d’autres. Celle empruntée par exemple par le président Benali qui aurait fait à son peuple l’aumône d’un « miracle tunisien ». Avec un petit plus marocain qui ferait la nuance : la sympathie de Mohammed VI, et sa sincère sensibilité sociale, et la relative liberté d’expression comparativement au pays voisin. Il était dès lors nécessaire de construire dans l’opinion l’idée qu’après un roi exécutif, il n’y a point de salut.
La marginalisation des partis politiques, leur rabaissement, a laissé un champ de ruine. Au bout de dix ans tout le monde a fini par lâcher prise, l’enjeu, des miettes de pouvoir, est si minime qu’il ne sert à rien de se battre. Nul ne peut rivaliser avec le palais qui aura exercé pendant dix ans une concurrence déloyale par ses pratiques de pouvoir, leurs étendus et les privilèges accordés à ses hommes. Pire, tout le monde a intégré l’idée que toute autre voie est une prise de risque dont l’issue est un désastre. Ce qui, soit dit en passant, est insultant pour un peuple de 30 millions d’habitants. Le premier ministre se voit empiéter sur ses prérogatives, souvent humilié dans l’exercice de ses tâches, sans oser souffler un mot. Finalement le salut viendra , là-aussi, par un ami du roi qui avec son nouveau parti abrégera la souffrance de tout le monde. La logique est poussée jusqu’à son paroxysme, cela a même une vertu pédagogique !
La classe politique a succombé la première à la résignation. Qui se souvient encore que le roi Hassan II avait fait aux partis du mouvement national la proposition, même incinère, de leur transférer l’essentiel de l’exécutif et ne garder qu’un domaine réservé ! Qui se souvient encore qu’au journaliste du Nouvel Observateur qui s’étonnait de la présence dans le gouvernement des ministres de souveraineté, ils étaient cinq, Abderrahmane EL Youssoufi a eu en 1998 ces mots : « Il fallait démarrer comme ça. Mais cela ne va pas durer éternellement. Dans quelques années, cela changera ». Tout cela paraît aujourd’hui loin, révolutionnaire, porteur de risque pour le Maroc et insultant pour la monarchie. En somme, la marche de l’histoire vers l’arrière. Pour le reste, inutile de refaire le dessin: il y a au Maroc un pouvoir et guère de contre-pouvoirs sinon celui de quelques titres de la presse.
Mais il est à porter au crédit du roi Mohammed VI certains avancées. La création de l’IER et ses travaux de mémoire, à minima, qui demeurent malheureusement inachevés à commencer par ses timides recommandations qui n’ont jamais été appliquées. La réforme du statut de la femme et du code de la nationalité, deux actions louables sans pour autant être de premier plan ni bouleverser la société marocaine.
Il n’y a pas d’incompatibilité entre une monarchie qui règne et la démocratie. C’est même salutaire pour la stabilité du pays et sa cohésion. Il y en a en revanche une entre une monarchie qui gouverne et la démocratie. Surtout quand celle-ci étouffe les institutions issues du suffrage universel. La longévité au pouvoir exécutif n’est pas une chance, c’est une aberration. Fatalement elle s’accompagne de l’usure et des déceptions. Au bout de leurs longs mandats, des chefs d’Etat admirés ont finit par décevoir. Même Nelson Mandela, président, a déçu. Le général de Gaule, président, a déçu.
C’est humain, cela vaut pour tous les chefs d’Etats du monde : on entre au pouvoir en étant de son temps, on finit par ne l’être plus. Au bout d’un moment on évolue, avec son entourage, moins vite que le pays.
Construire une démocratie. Voilà un beau chantier pour ce début de la deuxième décennie du règne de Mohammed VI. Evoluer vers ce régime appelé « monarchie parlementaire » et qui n’est pas la réalité du Maroc d’aujourd’hui. Le lien privilégié, tissé entre le roi et beaucoup de ses concitoyens, pourrait permettre cet espoir. La situation de trop de Mohamed VI , pas assez de Marocains est dangereuse pour le Maroc, elle représente un déni de la démocratie. Dans un monde déstructuré, en plein bouleversement, le destin du Maroc se fera avec les Marocains et non par la seule grâce d’un seul homme fut-il le roi Mohammed VI. Les institutions les pratiques de pouvoir actuelles ont fait leur temps. Le roi Mohammed VI pourrait reprendre à son compte, avec sincérité cette fois-ci, la proposition de son défunt de son père de s’en tenir à un domaine réservé et laisser l’exécutif aux institutions du suffrage universel qui devrait peser et légitimer l’action politique. Il est temps de donner un signe dans ce sens. Rien n’autorise l’attentisme et le renoncement.

Mohammed VI : dix ans de règne, toujours pas d'équilibre des pouvoirs



Par Armel Boubekeur, chercheur au Centre Carnegie 27/07/2009

Dix ans après avoir succédé à son père, le roi Mohammed VI a réalisé d'importantes réformes économiques et sociales, sans toutefois les accompagner des changements politiques tant promis. Le « makhzen », l'élite économique et politique qui gravite autour du pouvoir marocain, domine toujours la scène politique. Cela a été démontré par la victoire du tout nouveau Parti authenticité et modernité (PAM) au cours des dernières élections municipales de juin 2009.
Le PAM a été lancé par un proche du roi et seulement cinq mois avant le lancement de la campagne électorale. Il a remporté 21,7% des votes et a considérablement affaibli les partis historiques de l'opposition. De nombreux élus du Parlement ont ainsi déserté leurs partis d'origine pour rejoindre la nouvelle structure makhzenienne, démontrant que, dans la structuration du champ politique, les alliances avec la monarchie prennent souvent le pas sur une compétition électorale basée sur des idées et des programmes.
Un parti composé d'amis, d'alliés, de clients et de futurs clients du roi
Bien que cette pratique de promotion des « partis d'administration » remonte au roi Hassan II, la création du PAM constitue une première sous son fils Mohamed VI. Le soutien du roi à un parti essentiellement composé d'amis, d'alliés, de clients et de futurs clients a quelque peu délégitimé les promesses d'ouverture du champ politique du début de son règne. Pensée comme un moyen de mettre à niveau les pratiques des partis politiques, cette nouvelle formation semble, au contraire, avoir amoindri le potentiel d'opposition des partis islamistes et de la gauche, et avoir fragmenté un peu plus la scène politique marocaine, déjà encombrée par plus de trente partis.
Le PAM, lancé par
Fouad El Himma -ancien ministre de l'Intérieur et premier conseiller du roi-, est né de la fusion de cinq petits partis dont il a récupéré nombre de députés. Il a ainsi, dès sa création, bénéficié d'une large majorité parlementaire sans même avoir participé aux dernières élections législatives de 2007. Parmi les conquêtes du PAM, on compte même d'anciens militants des droits de l'Homme emprisonnés sous Hassan II -qui espèrent une réhabilitation historique de la part du nouveau roi.
Et pour séduire les électeurs, le PAM s'est très vite présenté comme une alternative politique à la Koutla, la coalition formée au sein des récents gouvernements du pays. Coalition regroupant le
parti Istiqlal (Parti de l'Indépendance, droite conservatrice) et l'Union socialiste des forces populaires (USFP), deux partis historiques de l'opposition ayant finalement rejoint le gouvernement. La campagne du PAM s'en est tout particulièrement prise au Parti islamiste pour la justice et le développement (PJD, islamiste), en le concurrençant notamment sur la question de l'authenticité de l'identité marocaine. Se distinguant des autres partis plus attirés en règle générale par les grandes villes, il s'est principalement occupé de séduire les votants des zones rurales.

Un préjudice à l'utilité même des partis
Toutefois, la visibilité de sa campagne et ses succès électoraux sont plus dûs aux réseaux d'influents notables capables de financer leurs campagnes et de s'assurer l'allégeance des populations locales, qu'à une plus-value en termes d'idées ou un travail militant sur le terrain.
Mais, à la différence d'Hassan II, Mohammed VI n'est plus directement impliqué dans le choix des candidats et des progrès importants ont été réalisés, dont la non-intervention du ministère de l'Intérieur dans le processus électoral. Mais en soutenant un parti comme le PAM, sans consistance idéologique ni projet novateur et reposant principalement sur des alliances clientélistes, la monarchie pourrait bien porter préjudice à l'utilité même des partis et aggraver les phénomènes d'abstention au sein de la population. Les réformes récemment encouragées par le roi, promouvant la participation politique des femmes et des jeunes, seraient ainsi toujours limités par le fonctionnement interne des partis si ces derniers restaient aussi faibles et désorganisés.
Les partis politiques, de leur côté, devraient cesser de s'aligner exclusivement sur les stratégies politiques des élites du makhzen durant les élections ; et se concentrer davantage sur l'éducation de leurs électeurs, sur la formation de leurs activistes et, au plan local, sur un véritable travail de terrain.
Le futur de la « monarchie exécutive » que Mohammed VI tente de construire est face désormais à deux défis majeurs. Premièrement, garantir, de manière démocratique et non invasive, l'intégration politique de ceux qui le soutiennent. Deuxièmement, permettre l'émergence d'une opposition aux bases solides, capable de s'impliquer dans l'élaboration des réformes économiques et sociales dont le Maroc a besoin. Ce n'est qu'en parvenant à asseoir ces deux pôles politiques que le roi, toujours fortement appuyé par la majorité des Marocains, pourra efficacement revendiquer sa neutralité, et donner du sens à la vie politique de son pays.
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lundi 27 juillet 2009

« Une décennie de règne » & « La transition inachevée »: 2 livres sur les 10 ans de règne

Par Mounir Bensalah, Des maux à dire, 27/07/2009

Le débat au sein de la
blogoma ( facebookoma, twittoma, … merci Star si tu peux nous trouver la bonne syntaxe ) sur la décennie passée est pour le moins constructif. De simples citoyens exposent leurs évaluations sur le règne de Mohamed VI. Impensable il y a 10 ans ( vous me diriez il n’y avait pas Internet ).
J’ai déjà commencé à faire le tour des bouquins sortis à l’occasion, et entamé la série par
une lecture du livre de Ali Amar. Je vous propose aujourd’hui deux autres ouvrages : « Le Maroc de Mohammed VI, la transition inachevée » de Pierre Vermeren et « Mohammed VI, une décennie de règne » de Youssef Jebri.
Vermeren est professeur-maître de conférence dans plusieurs universités. Il a enseigné 7 ans au Maroc et publié plusieurs ouvrage sur le pays : « Le Maroc en transition » ( 2001 ), « Histoire du Maroc depuis l’indépendance » ( 2002 ), « La formation des élites marocaines et tunisiennes : des nationalistes aux islamistes 1920-2000 » ( 2002 ). Si Amar a raconté les histoires vécues dans son job de journaliste au « Journal », Vermeen rapporte beaucoup ce qu’il a lu sur tel-quel. N’empêche que malgré la référence, l’auteur apporte sa propre analyse, exhibe des portraits des protagonistes de la « nouvelle » ère et ramène une bibliographie intéressante. L’ouvrage est scindé en deux parties : « un système politique peinant à évoluer » et « une société à la recherche d’elle même sur fond de volontarisme économique ». « Il serait excessif de prêter à Mohammed VI un contrôle sur l’ensemble de ce réseau makhzénien. Mais, par le jeu des alliances, sa connaissance des familles, son pouvoir de nomination et d’influence, … il exerce, avec sa garde rapprochée, une surveillance vigilante sur les trajectoires et les performances … » rapporte l’auteur sur la relation qu’entretient la monarchie avec les familles makhzaniennes et l’élite des « technocrates éclairés, les ingénieurs-managers du roi ». Sur le plan politique, Vermeren avance qu’ en « revanche, en laissant la gauche se fractionner en une dizaine de formations rivales, voire en accompagnant ce mouvement comme aimait à le faire D. Basri, ….laissant concourir en 2002 et 2007 près de 35 formations, dont une bonne moitié contrôlées par des hommes proches du palais » avant de se demander « quelle sera la capacité des forces sociales, des élites montantes et d’une jeunesse pléthorique et remuante à accepter ce cadre ? ». Il explique ici, dans un entretien avec libé ( Maroc ), pourquoi il pense que la transition est inachevée.
Jebri, jeune écrivain marocain établi en France, pense clairement qu’ « après une décennie de pouvoir sans réforme constitutionnelle, il est permis d’écrire, sans grand risque d’erreur, que l’actuelle constitution – toujours octroyée et qui fait de lui un monarque absolu -, convient à Mohammed VI ». « S’il est un domaine où la continuité entre le régime de Hassan II et celui de Mohammed VI est manifeste, il s’agit bien de celui de l’économie. » ajoute l’auteur, non sans équivoque. Alors que Jebri se demande dans l’intro du livre « 1999-2009, une décennie s’est écoulée. Mohammed VI a-t-il réussi son pari, celui de faire entrer son pays dans l’ère de la modernité ? A-t-il réussi, comme il s’était engagé à le faire, à instaurer un véritable Etat de droit », il répond en conclusion, sur un ton confiant « Le pays ne peut en aucun cas être qualifié d’Etat de droit et il est loin d’avoir réalisé sa mue démocratique ». Sur le plan socio-économique, l’auteur souligne l’importance des chantiers ouverts, comme l’INDH, qualifié par le Roi lui même de « chantier de règne ».
Vous aurez suivi certainement la presse nationale, les radios ( médi1 par exemple ) et les télévisions marocaines ( woooow ). Elles ont multiplié les analyses et les chroniques sur les 10 ans de règne. Comme formulé plus haut, bien de simples citoyens ont aussi participé à ce jeu de bilan. Espérons que ce débat public puisse être constructif et saura être ouï. Attendons alors le discours du trône et espérons que les réformes sollicitées soient annoncées !

samedi 25 juillet 2009

Pas de Maroc démocratique sans constitution démocratique

Attadamoun, 25/07/2009

Les acteurs politiques et sociaux et les gens intéressés se préoccupent beaucoup en ce moment du bilan de la dénommée ère nouvelle, celle de Mohamed VI en comparaison avec l’ère de Hassan II qualifié d’ère ancienne.
Cet intérêt s’explique par la commémoration du 10ème anniversaire de l’intronisation de Mohamed VI.
En tant qu’AMDH nous faisons partie des acteurs sollicités pour donner leurs points de vue sur les changements que pourrait avoir connu le Maroc dans notre champs d’activité, celui de la dignité et des droits humains.



Nous venons juste de commémorer le trentième anniversaire de la création de l’AMDH. C’était pour nous l’occasion de faire le bilan sur l’évolution des droits humains durant les trente dernières années depuis le 24 juin 1979. Nous avons considéré que le Maroc qui vivait au cœur des années de plomb en 1979 (des centaines de prisonniers politiques, des centaines de disparus, des centaines d’exilés à l’Etranger, des centaines de syndicalistes licenciés ou même emprisonnés au moment où le pouvoir ne cessait de brandir le slogan du processus démocratique) a connu des avancées partielles dans le domaine des droits politiques et civils grâce au combat sans relâche du mouvement démocratique marocain appuyé par l’opinion démocratique internationale et aux changements au niveau mondial. Nous avons également considéré que ces acquis demeuraient fragiles, donc objets de régression faute de leur consécration par une constitution démocratique et de progrès simultanés au niveau du respect des droits économiques, sociaux et culturels.
Quant aux dix dernières années qui ont commencé en juillet 1999, 16 mois après la mise en place du gouvernement d’alternance consensuelle, elles ont été caractérisées par une inflation du discours officiel sur les droits humains et par un certain nombre d’initiatives et de signes positifs que d’aucuns, biens nombreux, ont considérés comme décisifs pour l’enracinement de la démocratie au Maroc. Tout cela était encadré par le slogan de la « transition démocratique ». Durant ces années il a été procédé à la mise en place de l’Instance Equité et Réconciliation, l’adoption de la loi sur la famille et de la loi contre la torture, la création du Diwan Al Madalim.
Mais ces années ont connu également et sans être exhaustif :
- Les opérations électorales à caractère national des trois dernières années : élections du tiers de la chambre des conseillers en septembre 2006, élections de la chambre des représentants en septembre 2007 et les toutes dernières élections de juin 2009 relatives aux collectivités locales ; elles ont été l’occasion d’un grand détournement de la volonté populaire et de la mise en place d’institutions sans légitimité populaire surtout que le taux de participation réelle pour les deux derniers n’a guère dépassé le tiers des citoyen(ne)s en âge de voter.
- Non application des recommandations de réformes essentielles de l’Instance Equité et Réconciliation concernant la constitution, la justice, la gouvernance sécuritaire, l’abolition de la peine de mort, l’adhésion à la Cour Pénale Internationale et la mise en place d’une stratégie de lutte contre l’impunité, la primauté des conventions internationales sur la législation locale et la poursuite de la recherche de la vérité sur les dossiers en suspens.
- Continuité des violations graves liées à la répression politique (enlèvements, torture, arrestations arbitraires surtout en liaison avec la stratégie sécuritaire de lutte contre le terrorisme dont la loi antiterroriste constitue une pièce maitresse) et à la dilapidation des biens publics.
- Recrudescence des violations contre la liberté d’expression et la liberté de la presse (la dernière en date étant le procès intenté au président de la section AMDH à Khénifra et au directeur de l’hebdomadaire Al Michaal) et exclusion ou marginalisation de l’AMDH et des opposants au niveau des médias publics
- Dégradation de la situation de la justice en liaison avec ses tares connues et reconnues en matière d’indépendance, d’intégrité et de compétence.
- Détérioration de la situation dans les prisons.
- Recrudescence de l’inégalité homme-femme et persistance de la violence et des agissements contre la dignité des femmes.
- Enormes violations du droit du travail qu’il s’agisse du droit au travail – notamment pour les diplômés enchômagés – ou des droits des travailleurs –y compris ceux consacrés par le code du travail – qui sont violés systématiquement au vu et au su des autorités concernées.
- Grandes violations des autres droits économiques et sociaux relatifs à l’enseignement, la santé, la sécurité sociale, le logement, la vie digne.
- Violations en rapport avec la faible protection constitutionnelle et juridique des droits culturels et linguistiques amazigh.
- Dégradation dangereuse d’autres droits relatifs aux enfants, à l’environnement, aux personnes handicapées et aux migrants.
Tout cela montre incontestablement que notre pays n’a toujours pas accédé à l’ère de l’Etat de Droit et de la Société de citoyenneté à laquelle aspirent avec force nos citoyennes et citoyens.
Il est devenu clair aujourd’hui que la passage à l’Etat de Droit et à la Société Citoyenne, et tout simplement à la démocratie dans le cadre de la constitution non démocratique actuelle est une lubie dont il est temps de se débarrasser : il n’y aura pas de Maroc Démocratique sans Constitutions Démocratiques.
C’est bien pour cela que l’AMDH n’a jamais cessé d’appeler à la mise en place d’une constitution démocratique quant à la méthodologie de son élaboration, son contenu et la procédure de son adoption.
Quant aux caractéristiques essentielles de cette constitution, elles ont été fixées notamment par la déclaration finale du dernier congrès de l’AMDH intégrées parmi les « revendications essentielles de l’AMDH » qui ont affirmé :
«La nécessité de l’adoption d’une constitution démocratique qui de par son contenu serait en harmonie avec les principes, les valeurs et les normes des droits humains universels et qui dans la forme garantit la participation des représentants du peuple à son élaboration de manière démocratique avant son adoption par voie de référendum populaire libre et intègre.
La constitution démocratique espérée doit consacrer :
- Les valeurs et normes des droits humains universels dont l’égalité, et en premier lieu l’égalité homme femme dans tous les domaines.
- Le principe de la primauté des conventions et pactes internationaux ratifiés par le Maroc sur la législation nationale.
- La souveraineté populaire qui fait du peuple la base et la source de tous les pouvoirs.
- Le gouvernement en tant que détenteur de toutes les prérogatives exécutives, le parlement en tant que détenteur de l’ensemble des prérogatives législatives et la justice comme pouvoir et non comme simple appareil.
- La séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire mais également de la Religion et de l’Etat.
La constitution Démocratique devra également établir les fondements d’une régionalisation démocratique, de la protection et de la promotion de la culture amazigh et reconnaitre la langue amazigh comme langue officielle aux côtés de la langue arabe.
L’AMDH, tout en posant avec force la revendication d’une constitution démocratique comme voie d’accès à l’édification de l’Etat de Droit et une société de citoyenneté avec l’intégralité des droits, exprime sa grande inquiétude à l’égard de toute nouvelle tentative visant à faire avorter cette revendication démocratique fondamentale en ayant recours à des amendements partiels et conjoncturels qui ne feront que sauvegarder l’essence despotique de l’actuelle constitution.
source : Editorial Attadamoun N°139-1408 Juillet-Aout 2009

Dix ans de règne, peu de résultats



25/07/2009.
Au pouvoir depuis une décennie, le roi Mohammed VI n'a guère encouragé les progrès politiques et la protection des droits humains dans son pays. Le traitement rugueux infligé aux migrants foulant son sol ne suscite pas davantage les critiques de l'Europe. Qui a simplement besoin de lui.
PROPOS RECUEILLIS PAR SYLVAIN MOUILLARD
Ali Amar, journaliste, fondateur de l'hebdomadaire «Le Journal» et auteur de «Mohammed VI, le grand malentendu» (Calmann Lévy), estime que le roi du Maroc n'a pas tenu ses promesses, notamment en termes de rééquilibrage des pouvoirs.
Dix ans après l'accession au pouvoir de Mohammed VI, quel bilan général tirez-vous de son règne?
Ali Amar: Comme pour tout bilan, il y a un actif et un passif. A son actif, et même s'il y a un certain effet de rattrapage, on note des avancées au niveau des infrastructures. La place de la femme a également progressé, même si c'est la conclusion d'un combat de 30 ans des féministes. Mohammed VI a aussi une empathie sincère pour les plus démunis.

Mais ce n'est pas le plus important. On ne construit pas un nouveau Maroc avec 1000 km d'autoroutes. Le bilan institutionnel est négatif pour ceux qui espéraient non pas renverser la monarchie, mais aller vers une transition démocratique, avec plus de pouvoir pour le parlement. Celui-ci reste une chambre d'enregistrement du roi. Il est même moins vigoureux que du temps d'Hassan II. Les partis politiques sont en déshérence face à cet hyper-pouvoir, cette monarchie de droit divin qui décide de tout, mais reste irresponsable.


- On entend souvent au Maroc l'argument suivant: après les années de plomb, il faut procéder par étapes. Ce qui justifie une certaine mesure dans les réformes entreprises. Qu'en pensez-vous?

Il y a eu l'enclenchement d'un processus avec l'instance «Equité et réconciliation». Cela a permis une catharsis et un grand déballage par rapport à ces années. C'est très positif, sauf que les recommandations finales de cette instance, qui demandaient un rééquilibrage et un véritable équilibre des pouvoirs, n'ont jamais été appliquées. De plus, l'étude n'a porté que sur la période 1956-1999. Or, on sait très bien que la torture a perduré durant le règne de Mohammed VI. Le pays est même devenu l'usine de délocalisation de la torture sous l'administration Bush, avec les programmes secrets de la CIA.


- Quelle est la situation pour la presse, après notamment les affaires des caricatures ou d'Ali Lmrabet, ce journaliste condamné en 2005 à dix ans d'interdiction d'exercice de sa profession?

Durant l'entre-deux-règnes, la presse indépendante a bousculé les lignes, sur des questions telles que le statut du roi, le Sahara occidental, l'islam politique. Mais après ce bol d'oxygène, on est entré dans une phase de déclin. Le journalisme d'investigation a été très fragilisé par des amendes colossales, des interdictions, voire des peines privatives de liberté. Aujourd'hui, la personne royale est toujours sacrée. On ne peut pas parler de liberté de la presse au Maroc, sauf à comparer avec les autres pays arabes. Pourtant, le Maroc aurait pu suivre la voie de l'Espagne ou du Portugal des années 70. La montée de certains mouvements islamistes ne sert-elle pas de justification au régime pour accroître la répression?Le régime agite l'épouvantail de l'islamisme. Néanmoins, il y a des islamistes intégrés au jeu politique. Il faut débattre avec eux, car le Maroc reste un pays conservateur, attaché à la tradition et la famille. La répression du régime à leur encontre a également touché les progressistes. Ils ont subi ce retour de bâton et ont vu leur espace de liberté restreint. La croissance marocaine, près de 5% par an, bénéficie-t-elle à tous les Marocains?On parle de fracture sociale en France, c'est un gouffre social au Maroc. Une minorité de la population vit à l'occidentale, alors que la majorité des Marocains vit en dessous du seuil de pauvreté. L'arrière-pays vit encore dans un état de sous-développement. Au niveau de la santé ou de l'éducation, la situation est catastrophique. Et ce malgré les efforts de Mohammed VI, qui tiennent plus du caritatif ou du saupoudrage.Quant au roi, il est un excellent businessman. C'est le premier banquier et agriculteur du pays. Cette interférence avec le monde des affaires est dommageable. La prédation économique de la famille royale tient en effet d'une rente de situation.


- Quels dossiers voudriez-vous voir ouverts en priorité par le roi?

La monarchie doit accepter de débattre de son statut. Il faut réécrire un nouveau contrat social, sortir de ce système féodal. 63% des Marocains en âge de voter se sont abstenus lors des dernières législatives. Pour eux, voter ne sert à rien. C'est très révélateur.

Source : Libération

jeudi 23 juillet 2009

Fête du trône : la Maroc 10 ans après.

Par Chems Eddine Chitour, 23/07/2009

«Il n’y a pas de juifs au Maroc, il y a seulement des sujets marocains», avait répondu le roi au représentant de Vichy, lui demandant de «prévoir 150 étoiles jaunes supplémentaires pour les membres de la famille royale».Sa Majesté Mohammed V

Le Maroc à fêté en grande pompe la fête du trône et la «bay’a» à l’occasion du Xe anniversaire de l’accession au trône de Mohammed VI. Dix ans après, un bilan en demi-teinte laisse l’observateur impartial sur sa faim.«Dix ans après son intronisation, écrit le rédacteur du journal Le Point, le roi Mohammed VI du Maroc reste une énigme pour la plupart de ses compatriotes, qui dressent un bilan contrasté d’une décennie marquée par des réformes importantes et la persistance de points noirs. (..) En accédant au trône alaouite, le 23 juillet 1999 à l’âge de 35 ans, le nouveau roi avait signifié qu’il voulait poursuivre la politique d’ouverture amorcée à la fin du règne de son père Hassan II. (...). Une bouffée d’air frais avait alors soufflé sur un pays anxieux de tourner la page des "années de plomb". En 2008, le pays a obtenu de l’UE le précieux "statut avancé", qui lui permettra à terme d’accéder librement au marché européen, et se dote d’infrastructures sans égales au Maghreb».(1)«Les victimes des "années de plomb" ont été indemnisées à l’issue d’un travail courageux - à défaut d’être complet, puisque les tortionnaires n’ont pas été inquiétés - de l’Instance équité et réconciliation (IER). Un nouveau Code de la famille (Moudawana) a également été adopté en 2004, donnant aux femmes (presque) les mêmes droits qu’aux hommes. Et ce, malgré l’hostilité des islamistes radicaux. (...) Enfin, malgré quelques incidents de parcours irritants, les journaux peuvent écrire à peu près ce qu’ils veulent dès lors qu’ils ne remettent pas en cause le rite sunnite malékite officiel, la monarchie et l’intégrité territoriale. (...) Et, en dépit des efforts des autorités, la corruption reste largement pratiquée à tous les niveaux. Environ 40 pour cent de la population est encore analphabète. De fait, la misère la plus noire côtoie souvent l’opulence la plus insolente».(1)Misère et opulenceD’une façon générale les médias occidentaux ne tarissent pas d’éloge sur le Maroc qui jouit d’un préjugé favorable à la fois des gouvernements, des médias et des communautés juives qui, à raison, se souviennent de la position exemplaire de Mohammed V. Amale Samie écrit: «Le 26 janvier 2005, Serge Berdugo, secrétaire général du conseil des communautés israélites du Maroc, évoquait devant l’agence Associated press ´´l’éternelle reconnaissance´´ des juifs envers le sultan Mohammed V, qui avait protégé la communauté juive marocaine des vexations du régime de Vichy, pendant la Seconde Guerre mondiale. ´´Il n’y a pas de juifs au Maroc, il y a seulement des sujets marocains´´, avait répondu le roi au représentant de Vichy, lui demandant de ´´prévoir 150 étoiles jaunes supplémentaires pour les membres de la famille royale´´. Voilà pourquoi le Maroc ne disparaîtra jamais de la mémoire des juifs jusqu’à la énième génération. Les juifs du Maroc ont le Maroc au coeur, ils l’ont prouvé quand il avait besoin d’un lobby politique fidèle à la mémoire de ses ancêtres».(2)Pourtant un vent d’espoir maghrébin était né lors de l’intronisation de Mohammed VI qui tournait la page de 30 ans de règne de feu Hassan II, caractérisé par la répression sans pitié des opposants, comme le rapporte Gilles Perrault dans son ouvrage «Notre ami le roi» paru en 1990. Ce livre fait le bilan accablant de 30 ans de règne et de torture. Gilles Perrault ne s’est pas contenté de dénoncer les exactions du roi du Maroc de l’époque, il s’est aussi interrogé sur la complaisance à son égard de certains membres des élites françaises...«Son règne est bientôt trentenaire et il est l’ami de la France, de ses dirigeants, de ses industriels, de ses élites de droite et de gauche. Roi du Maroc, Hassan II symbolise pour nombre d’Occidentaux le modernisme et le dialogue en terre d’lslam. Mais ces apparences avenantes dissimulent le jardin secret du monarque, l’ombre des complots et des prisonniers, des tortures et des disparus, de la misère. Il règne, maître de tous et de chacun, brisant par la répression, pourrissant par la corruption, truquant par la fraude, courbant par la peur. S’il n’a pas inventé le pouvoir absolu, son génie aura été de l’habiller des oripeaux propres à tromper ceux des étrangers qui ne demandent qu’à l’être. Sa "démocratie" connaît une moyenne de quatre procès politiques par an, plus de cent depuis l’indépendance, avec, chaque fois, une fournée de militants condamnés à mort ou à des siècles de prison. Tortures du derb Moulay Cherif, morts-vivants de Tazmamart, calvaire des enfants Oufkir, nuit des disparus sahraouis...La peur est l’armature de son système. Comme l’enfer, elle a ses cercles. Chacun, quelle que soit l’horreur de son sort, peut être assuré qu’un autre a connu pire.Si l’on ajoute à cela l’enrichissement personnel, on a une idée de la condition de la société marocaine. Au pouvoir depuis dix ans, le souverain marocain serait, selon le magazine financier Forbes, l’un des hommes les plus riches du monde. Et sa fortune aurait doublé au cours des dernières années (..) Il est à la tête d’un joli pactole s’élevant à 2,5 milliards de dollars [1,8 milliard d’euros] et il caracole à la septième place des rois les plus aisés du monde sur une liste comprenant quinze souverains. (...) Rappelons que le Maroc est toujours à la 126e place dans le classement du rapport mondial sur le développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) et que le taux de pauvreté au Maroc est passé à 18,1%. La dette extérieure publique du Maroc a enregistré une augmentation de 10% par rapport à 2007, pour atteindre la somme de 11,9 milliards d’euros. Cela représente 20% du PIB et 39% des recettes courantes de la balance des paiements». ´´Jamais Hassan II ni la famille royale ne sont apparus dans les classements des fortunes mondiales, établis notamment par le magazine américain Forbes´´, ajoute cet observateur. Alors qu’elle était estimée à 500 millions de dollars au début des années 2000, la fortune de Mohammed VI a en effet été multipliée par cinq, à en croire le magazine américain. Et encore, ce n’est que la partie visible de l’iceberg(3)Justement à propos d’inégalité, la ville de Casablanca est déchirée par ses contradictions. Dans cette ville écrit, Chafaâ Bouaïche, les autorités ont confié presque tous les services à des entreprises étrangères. «On fait appel à des étrangers pour gérer les affaires de la collectivité, comme si nous étions incapables de le faire nous-mêmes», regrette un cadre marocain. Le service de propreté de la ville est dirigé depuis 2004 par trois entreprises espagnoles. Par ailleurs, tout comme à Alger, c’est une société française - la Lyonnaise des eaux - qui gère l’eau et l’électricité de la ville de Casablanca. «C’est vraiment malheureux de voir notre pays confier la gestion de son eau, donc de sa vie, à un pays qui nous a colonisés!» nous confie un journaliste marocain. «A Casablanca, même les autobus sont gérés par une société française», poursuit-il. Casablanca n’arrive pas à cacher la misère de sa population.(4)On l’aura compris, les Marocains ne profitent pas des fruits de la croissance que l’on dit de 5%. On apprend que dans la plus pure tradition esclavagiste, les Espagnols recrutent des femmes. Hicham Houdaïfa écrit: «(...) Il s’agit de 12.000 ouvrières marocaines qui doivent être recrutées dans des exploitations agricoles espagnoles en 2008. Fatema fait partie des milliers de postulantes à ce nouveau type de migration. ´´Ils ne veulent que des femmes, parce qu’ils sont sûrs qu’elles reviendront au Maroc´´, explique-t-elle. Ces futures ouvrières vont quitter hommes et enfants afin de pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles. Contrairement aux hommes, qui sont toujours heureux de décrocher un visa pour travailler ailleurs, ces femmes affichent une mine d’enterrement. Les ´´mmimates´´ (mères de famille, dans le jargon populaire) ont le coeur lourd. Ces femmes doivent être en bonne santé, ni grosses ni maigres, avec une dentition parfaite. Elles doivent non seulement être mariées mais également avoir des enfants âgés de moins de 14 ans! En acceptant toutes les conditions posées par les Européens en matière d’immigration, le gouvernement participe à une nouvelle forme d’esclavagisme»(5)
Le Sahara occidental, pierre d’achoppement pour l’UMASitué à l’ouest du Maghreb, sa superficie est de 266.000 km². A l’époque de son occupation par l’Espagne en 1884, le territoire du Sahara occidental est essentiellement occupé de tribus guerrières, maraboutiques et tributaires, organisées et indépendantes entre elles. La décolonisation bâclée a amené le roi à faire une marche verte sous les yeux des garnisons espagnoles qui quitteront le pays en février 1975. Le Maroc a souvent joué le rôle de gendarme des intérêts de la France en Afrique, ainsi que celui de temporisateur dans le Proche-Orient. Naturellement, ce pays fait l’objet de convoitise. Outre le Maroc, «côté américain, écrit Denise Sollo, il est important de gagner le marché marocain par l’établissement d’une zone franche entre les deux pays. Cette attitude s’inscrit dans la politique américaine de conquête du marché africain. Pour l’Union européenne, il s’agit surtout de garder les marchés déjà acquis.Le Maghreb, de par sa proximité et ses richesses, représente pour l’Europe un marché à préserver et à développer. Néanmoins, pour les Etats-Unis comme pour les Européens, l’instabilité actuelle du Maghreb directement liée au conflit du Sahara occidental ne permet pas un bon déroulement du commerce. Raison pour laquelle ils sont tous pour un retour à la paix au Sahara. (...) On comprend donc pourquoi le Maroc se présente aujourd’hui pour les Occidentaux, comme un allié important face aux doubles fléaux que sont le terrorisme et l’intégrisme.(...) Les enjeux d’ordre économique relèvent des richesses contenues dans le sous-sol du territoire, ainsi que celles contenues au large des côtes et dans les fonds marins. En effet, des compagnies pétrolières y effectuent actuellement de la prospection, sous l’autorisation de l’Etat marocain. Il s’agit des multinationales française et américaine TotalFinaELf et Keer Mc Geer. Finalement, le conflit du Sahara occidental qui, si on part de la perception première de l’ONU et du droit international, se veut un conflit de décolonisation. La négociation demeure toutefois la démarche la plus réaliste pour espérer parvenir à une situation de paix dans cette partie de la région du Maghreb (...)»(6)Dans cet ordre d’idées, un espoir: on apprend que la première rencontre informelle entre le Maroc et le Front Polisario sur la question du Sahara occidental est prévue à partir du 9 août en Autriche. Pour qu’un Maghreb de l’intelligence puisse émerger, il est bon que les pays en question fassent définitivement la paix avec leur histoire et s’acceptent dans leurs frontières actuelles pour aller progressivement, à l’instar de l’Europe, vers une Union maghrébine dans le plein sens du terme. Dans ce cadre et sans vouloir refaire l’historique des attaques récurrentes, qu’il nous suffise de rappeler la fameuse phrase des Romains: «Flumen malva dirimit mauretenias duas» Le fleuve Moulaya sépare les deux Maurétanie (la Tingitane et la Césarienne). Malgré cela la Moulaya est en territoire marocain et le traité signé le 18 mars 1845 par le Maroc et la France, marque la frontière entre le Maroc et l’Algérie occupée par la France.L’Emir Abdelkader ne pouvant plus avoir de base arrière préfère se rendre en terre algérienne. Il faut aussi rappeler que la frontière algérienne était au méridien de Tabarka et que pendant la Régence d’Alger qui avait la tutelle morale sur les Régences de Tunis et de Tripoli, les pêcheurs de corail de Tabarka payaient un tribut au bey de Constantine.Le pouvoir tunisien a vainement tenté de remettre en cause le tracé des frontières. De Gaulle en parle dans ses mémoires. Bourguiba au plus fort des négociations avec le Gpra, se déplace à Paris et tente de convaincre le général de l’appartenance d’une zone autour de la borne 33 qui serait tunisienne, n’était-ce un tracé flou et problématique qui donnerait indument à l’Algérie un territoire qui n’est pas le sien.L’analyse pertinente du journaliste marocain Ali Lmrabet des dix ans de règne peut à certains égards être étendue à tout le Maghreb, tant il est vrai que les pays le composant ne sont pas acteurs de leurs destins. Ecoutons-le: «Peut-on vivre au Maroc d’aujourd’hui en faisant omission de cette réalité qui veut que tout doit tourner autour du roi? Peut-on se défaire de ce sentiment diffus qui veut que nous devons être, de par la loi, les fils respectueux d’un père bienveillant qui a réponse à tout, est présent partout, dans le politique, le religieux, l’économique, les affaires, le social et même dans l’action caritative et spectaculaire? (...) Et il est paradoxal de constater que ceux qui font leur cette analyse, en particulier les Français, les voisins espagnols et les lointains Américains (avant et avec Obama), ceux-là mêmes qui tiennent bec et ongles à leurs institutions et à leurs chères libertés, veulent nous garder en cage et nous pressent, indirectement bien entendu, de rester sages et d’accepter d’être gentiment conduits par le prince. (...) Nous ne serions pas prêts pour la démocratie, se lamentent ces hypocrites. Mais enfin, de quoi ont-ils peur? Que nous commencions à penser par nous-mêmes? A nous émanciper? Que nous trouvions des solutions à nos besoins, matériels et autres? Que veulent-ils, enfin, ces lointains Occidentaux? On a du mal à croire qu’ils veulent que notre région continue à être la grande fabrique d’extrémistes - qui se nourrissent, justement, des dictatures, des injustices faites aux gens et du manque de liberté criant qui sont notre pain quotidien».(7) Tout est dit.(*) Ecole nationale polytechnique

1.Le bilan contrasté du roi marocain Mohammed VI-Le Point.fr 12/07/20092.Amale Samie - Etre juif au Maroc aujourd’huihttp://www.maroc-hebdo.press.ma/

. Un roi en or massif Courrier international n° 977 23.07.20094.Chafaâ Bouaïche


Maroc, les illusions perdues


Par Pierre Malet , 23/07/2009



Dix ans déjà ! Mohammed VI règne sur le Maroc depuis le décès de son père Hassan II, le 23 juillet 1999. Dès les premiers mois de sa prise de fonction, un climat d'euphorie avait envahi le Maroc, ainsi que les "pays amis". A commencer par la France. Mohammed VI n'était-il pas un jeune roi moderniste qui allait en finir avec les archaïsmes de son père?



Signe des temps nouveaux, les "marocologues" avaient observé un printemps de la presse. A Casablanca, de jeunes publications impertinentes n'hésitaient pas à brocarder le régime. A commencer par le tout puissant ministre de l'intérieur, Driss Basri. Le journal consacrait des Unes au vitriol au premier flic du royaume. Si puissant qu'après avoir servi le père, il servait le fils et s'imposait comme un personnage incontournable. C'était un signe de plus. La démocratie était en marche au Sud de la Méditerranée. Ce pays était bel et bien le modèle démocratique que le monde arabe se cherchait depuis si longtemps. Le Maroc s'était trouvé une belle vitrine. Sa presse subversive, impertinente. Bien plus que celle de la grande rivale, l'Algérie.Une décennie plus tard que reste-t-il de ces espoirs? Pas grand-chose aux dires même de ceux qui ont porté cette "révolution médiatique". Selon Ali Amar, ex-directeur de la rédaction du Journal hebdomadaire, "la presse est aujourd'hui moins entreprenante et moins courageuse parce que l'environnement lui permet de moins en moins de s'exprimer sans contraintes. Le Code de la presse demeure aussi terrorisant, la justice n'est pas indépendante et se transforme volontiers en outil de représailles. Le régime, même s'il n'a plus recours à l'emprisonnement systématique des journalistes, utilise des armes encore plus dissuasives pour censurer: des amendes colossales, la menace de l'interdiction d'exercer et un boycott publicitaire qui fait réfléchir à deux fois les patrons de presse avant de se lancer dans une enquête. Au Maroc, la presse d'investigation est en voie de disparition".Ali Amar vient de quitter ses fonctions de direction de la rédaction alors que le précédent directeur de cette publication, Aboubakr Jamaï s'est exilé en 2007. Le pouvoir avait condamné son organe de presse à des amendes particulièrement élevées. Près de 300000 euros pour avoir tenu des propos critiques vis-à-vis d'un institut... européen qui avait effectué une étude sur le Maroc.


Une décennie de silence

Autre "pionnier de la presse indépendante", Ali Lmrabet, l'ex-rédacteur en chef du même journal a passé en 2003 près d'un an en prison pour avoir écrit des articles qui n'avaient pas eu l'heur de plaire au palais. Par la suite, il a été condamné à dix ans d'interdiction d'exercice de sa profession. Dans quelle démocratie interdit-on à un journaliste d'exercer son métier pendant une décennie?Du coup, la plume d'Ali Lmrabet a trouvé asile dans la presse espagnole ou algérienne. Selon lui, la situation des journalistes dans le royaume chérifien est pire qu'à la fin du règne de Hassan II. Il écrit ainsi dans El Watan, quotidien algérien: "La divine surprise! On vient de découvrit qu'au Maroc, il n'y a point de liberté d'expression, même pour ceux, et ils sont nombreux dans ce pays, qui acceptent de plier leur déférente échine, qui se conforment aux apparences et aux usages, et psalmodient ce joli mensonge qui veut que nous soyons en pleine 'transition démocratique'. Selon ces belles âmes, nous avançons dans la bonne direction en dépit des obstacles et des croassements des oiseaux de mauvais augure qui ne veulent pas comprendre le noble et imperturbable dessein du Sultan".
Comme à l'époque de Hassan II, la presse a des "lignes rouges" à ne pas franchir. Aucun directeur de publication ne l'ignore. Bien des sujets restent tabous. A commencer par le roi, sa famille et ses possessions. De même que l'armée, le Sahara occidental ou la religion. Cela fait beaucoup pour une démocratie. Et cela rend particulièrement périlleux l'exercice du métier de journaliste. Un art presque aussi compliqué que si le roi faisait du jet ski au milieu d'une piscine municipale bondée d'enfants.

"Dans les faits, souligne Ali Amar, les journalistes ne doivent en aucun cas remettre en question ce que le Palais et son gouvernement définissent comme les 'constantes de la nation', c'est-à-dire le caractère sacré du trône - y compris ses choix de gouvernance, l'islam en tant que religion d'Etat, la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental ou encore le caractère inviolable de l'appareil de sécurité".Il ajoute: "Critiquer la politique du monarque ou mettre en lumière la prédation économique de la classe dirigeante, dénoncer la pratique de la torture par les forces de sécurité ou fustiger la 'justice d'abattage' sont bien souvent interprétés comme des actions subversives".Même les journaux étrangers qui ont "l'audace" de publier des caricatures du roi sont régulièrement interdits dans le royaume. Il y a dix ans, des journalistes marocains se plaisaient à rêver d'une transition démocratique à l'Espagnole. Et à l'appeler de leurs vœux dans les colonnes de leurs publications. Ils demandaient la mise en place progressive d'une démocratie constitutionnelle. Un vœu pieux. Le Maroc n'en prend certainement pas le chemin. Les médias marocains qui veulent survivre l'ont bien compris. A quelques exceptions près ils n'abordent plus les sujets qui fâchent. Ils préfèrent traiter des thèmes de société moins brûlants tels que les "Marocains et le sexe" ou "Les Marocains et la psychanalyse". Les "dossiers politiques" sont bien souvent devenus des réflexions historiques. Les Unes sont ainsi consacrées aux atteintes aux Droits de l'homme du régime de... Hassan II. Au Maroc, s'il est parfois loisible de critiquer le roi c'est celui d'avant. Celui qui est enterré depuis trop longtemps pour faire encore peur.