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samedi 30 novembre 2013

France : Prostituées et femmes voilées face aux bien-pensants


Par Youssef Jebri, novembre 2013
 Après avoir interdit aux prostituées le racolage sur la voie publique, les autorités françaises envisagent désormais de pénaliser le recours aux relations sexuelles tarifées. En guise d’arguments à ce projet de loi, les membres du gouvernement actuel soutiennent qu’il s’agit là assurément du seul moyen efficace de mettre un terme à l’exploitation sexuelle, économique et psychologique des femmes par les hommes. En effet, la plupart des prostitués sont des femmes et leurs clients des hommes. Nul ne peut nier cela.
Depuis l’annonce de ce projet, de nombreuses voix se sont élevées afin de dénoncer son côté liberticide. Certaines personnalités ont même signé une pétition intitulée les « 343 salauds », faisant un parallèle – pour le moins maladroit, voire ignoble – avec le texte signé, il y a plus de quarante ans, par des femmes réclamant le droit à l’avortement et, partant, de disposer de leurs corps.
Au vrai, les signataires de cette pétition réclament de pouvoir continuer de jouir, moyennant finance, du corps d’autrui. 
Mais celles qui se prostituent, le font-elles par libre-choix, sans contraintes physiques, psychologiques ou économiques ? Pourtant, il s’agit là de la seule question à laquelle le législateur doit répondre ; car nul ne peut, et ne doit, interdire des relations sexuelles entre adultes consciemment et librement consentants. Et ce même législateur se doit, à la fois, de protéger celles qui exercent ce métier librement et d’émanciper celles qui le font sous la contrainte, quelle qu’elle soit.
Cependant, ce projet de loi, en pénalisant les clients de toutes les prostituées, sans égards aux conditions d’exercice de leur profession, s’attaquent également, et sans discernement, à celles, certes peu nombreuses, qui ont choisi librement de faire commerce de leurs corps. Pis, les proxénètes et les réseaux de souteneurs, nullement ciblés par cette loi, continueront à opérer et prospérer.
Il est donc légitime de vouloir cerner le véritable dessein des hommes et des femmes porteurs de ce projet. De manière grossièrement détournée, les autorités françaises agissent là, sans oser le reconnaître, au nom de la morale. Oui, la morale ; car notre époque, bien qu’elle refuse de l’admettre, se languit d’une morale bien-pensante. Partout, les prêcheurs de bonne vertu, toutes religions, idéologies et philosophies confondues, sont de retour, forts de l’appui du nombre, le pas triomphant et le verbe haut et menaçant. Souvenons-nous des débats autour du mariage pour tous et de la procréation médicalement assistée !
Après avoir légiféré, au nom d’une morale laïque, sur le port du voile dans l’espace publique, voici que la France, cette fois-ci au nom d’une morale religieuse, s’en prend aux petites-filles de Marie-Madeleine. Aux yeux des autorités françaises, il ne fait aucun doute : toutes les prostituées, sans exception, sont contraintes de vendre leurs corps et, toutes les femmes voilées sont obligées par leurs familles ou leurs entourages de s’accoutrer de la sorte. Pendant ce temps, un jeune homme hétérosexuel qui vend ses charmes est tout au plus un gigolo, sa cliente simplement qualifiée, avec parfois une pointe de jalousie, de cougar et, un musulman vêtu d’un kamis et arborant une barbe de plusieurs semaines, d’islamiste. Aucun d’eux n’est passible de poursuites judiciaires. Et tant mieux d’ailleurs. Seules les prostituées et les femmes voilées ne sont pas libres de choisir, pour les premières leur métier, pour les secondes leurs vêtements et, pour les deux réunies, leurs modes de vie.

samedi 8 août 2009

Un homme a parlé

par Youssef Jebri, août 2009

Comment réagir à la décision arbitraire et liberticide prise par les autorités marocaines samedi 1er août de saisir et détruire près de 100 000 exemplaires des magazines TelQuel et Nichane ? Un communiqué, une déclaration à la presse. Mais quels mots choisir, que dire quand la bêtise s'allie à la vilénie pour combattre la liberté de penser, d'écrire et de parler ? Ma plume n'a pu rendre qu'une brève copie dont voici le contenu. Le texte qui suit peut paraître naïf mais il a le mérite d'être sincère. Face à la dictature, la démocratie a justement besoin d'amants sincères et fidèles.

Hier, un homme a parlé.
Il a osé
Décrire et dénoncer
Ce que les autres, par peur ou servitude,
Intérêts ou habitudes,
Essayent d'occulter.

Hier, un homme a parlé ;
Plus précisément, il a hurlé.
Qu'a-t-il dit ?
Des vérités ou des mensonges ?
Des réalités ou des songes ?
Il a juste narré des tranches de vies.

Hier, un homme a parlé.
En brisant le silence, il a tenu à ne rien cacher.
Sans tabous, débarrassé de tout censeur,
Affranchi des interdits, il s'est libéré.
Prenant soin de ne rien oublier,
Il a révélé tout ce qu'il avait sur le cœur.

Hier, un homme a parlé
Du roi et de la liberté.
Il a dit qu'un pays
Où les journaux sont mis au pilon
Et les libres-penseurs envoyés en prison
Etait tout sauf une démocratie.

Hier, un homme a parlé,
Mais personne n'a semblé l'écouter.
Conteur sans auditoire,
Oiseau refusant de vivre dans une cage,
Marin sans port d'attache, voyageur sans bagages,
Il a largué les amarres.

Aujourd'hui, cet homme est sorti des mémoires.
Toutefois, quelques avertis - bien que rares -
S'entêtent à tendre les oreilles et, à force de patience,
Réussissent parfois à entendre
Sa voix et à comprendre
Ses paroles et ses histoires ; instantanés virtuels de leur existence.

Aujourd'hui comme hier,
Aujourd'hui plus qu'hier
Le silence et la servitude
L'ignorance et la turpitude
Ne s'imposent qu'à ceux
Qui le veulent… bon gré, malgré eux.

© Youssef Jebri, août 2009.

L'auteur
Je suis né en 1973, l'année du putsch militaire au Chili qui renversa le gouvernement de Salvatore Allende, l'année où décédèrent Bruce Lee et Pablo Picasso, l'année de la guerre de Yom Kippour et du premier choc pétrolier. En 1973, heureusement, un cessez-le-feu fut enfin signé au Vietnam. Les Américains arrêtèrent leur boucherie, en attendant de recommencer ailleurs. L'Ajax de Johan Cruyff inventait le football total pendant que Bob Marley enregistrait I shot the sheriff et que le groupe Nass El Ghiwane cartonnait au Maroc. Deux ans auparavant, jour pour jour, Jim Morrison décédait à Paris.

En France, Georges Pompidou était président de la République. Aux États-Unis, Richard Nixon s'était fait réélire pour un second mandat et Mao dirigeait encore la Chine, mais plus pour très longtemps. Je suis né à Marrakech, au Maroc en plein règne de Hassan II, monté sur le trône en 1961.
Mes parents m'ont inscrit à l'école française où j'ai accompli l'intégralité de ma scolarité.
Depuis dix ans, je réside en France. Fin 2006, je décide de me consacrer à l'écriture. En mai 2007, pour inaugurer leur nouvelle collection, "Lettres du Maroc", les Editions du Cygne publient "Le manuscrit d'Hicham : destinées marocaines," mon premier roman. La même année, fin septembre , mon second ouvrage, "Réflexions clandestines" paraît.
Début juin 2008, les Éditions du Cygne publient "l'Orient, l'Occident et moi" et l'année suivante, en juin 2009, "Mohammed VI, une décennie de règne".
Youssef Jebri

lundi 27 juillet 2009

« Une décennie de règne » & « La transition inachevée »: 2 livres sur les 10 ans de règne

Par Mounir Bensalah, Des maux à dire, 27/07/2009

Le débat au sein de la
blogoma ( facebookoma, twittoma, … merci Star si tu peux nous trouver la bonne syntaxe ) sur la décennie passée est pour le moins constructif. De simples citoyens exposent leurs évaluations sur le règne de Mohamed VI. Impensable il y a 10 ans ( vous me diriez il n’y avait pas Internet ).
J’ai déjà commencé à faire le tour des bouquins sortis à l’occasion, et entamé la série par
une lecture du livre de Ali Amar. Je vous propose aujourd’hui deux autres ouvrages : « Le Maroc de Mohammed VI, la transition inachevée » de Pierre Vermeren et « Mohammed VI, une décennie de règne » de Youssef Jebri.
Vermeren est professeur-maître de conférence dans plusieurs universités. Il a enseigné 7 ans au Maroc et publié plusieurs ouvrage sur le pays : « Le Maroc en transition » ( 2001 ), « Histoire du Maroc depuis l’indépendance » ( 2002 ), « La formation des élites marocaines et tunisiennes : des nationalistes aux islamistes 1920-2000 » ( 2002 ). Si Amar a raconté les histoires vécues dans son job de journaliste au « Journal », Vermeen rapporte beaucoup ce qu’il a lu sur tel-quel. N’empêche que malgré la référence, l’auteur apporte sa propre analyse, exhibe des portraits des protagonistes de la « nouvelle » ère et ramène une bibliographie intéressante. L’ouvrage est scindé en deux parties : « un système politique peinant à évoluer » et « une société à la recherche d’elle même sur fond de volontarisme économique ». « Il serait excessif de prêter à Mohammed VI un contrôle sur l’ensemble de ce réseau makhzénien. Mais, par le jeu des alliances, sa connaissance des familles, son pouvoir de nomination et d’influence, … il exerce, avec sa garde rapprochée, une surveillance vigilante sur les trajectoires et les performances … » rapporte l’auteur sur la relation qu’entretient la monarchie avec les familles makhzaniennes et l’élite des « technocrates éclairés, les ingénieurs-managers du roi ». Sur le plan politique, Vermeren avance qu’ en « revanche, en laissant la gauche se fractionner en une dizaine de formations rivales, voire en accompagnant ce mouvement comme aimait à le faire D. Basri, ….laissant concourir en 2002 et 2007 près de 35 formations, dont une bonne moitié contrôlées par des hommes proches du palais » avant de se demander « quelle sera la capacité des forces sociales, des élites montantes et d’une jeunesse pléthorique et remuante à accepter ce cadre ? ». Il explique ici, dans un entretien avec libé ( Maroc ), pourquoi il pense que la transition est inachevée.
Jebri, jeune écrivain marocain établi en France, pense clairement qu’ « après une décennie de pouvoir sans réforme constitutionnelle, il est permis d’écrire, sans grand risque d’erreur, que l’actuelle constitution – toujours octroyée et qui fait de lui un monarque absolu -, convient à Mohammed VI ». « S’il est un domaine où la continuité entre le régime de Hassan II et celui de Mohammed VI est manifeste, il s’agit bien de celui de l’économie. » ajoute l’auteur, non sans équivoque. Alors que Jebri se demande dans l’intro du livre « 1999-2009, une décennie s’est écoulée. Mohammed VI a-t-il réussi son pari, celui de faire entrer son pays dans l’ère de la modernité ? A-t-il réussi, comme il s’était engagé à le faire, à instaurer un véritable Etat de droit », il répond en conclusion, sur un ton confiant « Le pays ne peut en aucun cas être qualifié d’Etat de droit et il est loin d’avoir réalisé sa mue démocratique ». Sur le plan socio-économique, l’auteur souligne l’importance des chantiers ouverts, comme l’INDH, qualifié par le Roi lui même de « chantier de règne ».
Vous aurez suivi certainement la presse nationale, les radios ( médi1 par exemple ) et les télévisions marocaines ( woooow ). Elles ont multiplié les analyses et les chroniques sur les 10 ans de règne. Comme formulé plus haut, bien de simples citoyens ont aussi participé à ce jeu de bilan. Espérons que ce débat public puisse être constructif et saura être ouï. Attendons alors le discours du trône et espérons que les réformes sollicitées soient annoncées !