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jeudi 8 août 2013

DanielGate-suite: El Himma en première ligne



Fouad Ali El Himma, conseiller du roi Mohammed VI

Le déclenchement de l'affaire DanielGate est le résultat de la guerre larvée entre le cabinet royal et l'équipe Benkirane selon des sources proches des autorités espagnoles. C'est Fouad Ali El Himma qui a demandé à l'ambassadeur d'Espagne d'adresser les demandes de transfèrements et de grâce directement au cabinet royal. C'est sous son égide que la fusion des deux listes a permis à Daniel Galvan, inscrit sur la liste des transfèrements, d'être gracié. Récit.

Le communiqué du cabinet royal en date du 30 juillet, qui met en cause le roi d'Espagne Juan Carlos 1er en affirmant que c'est à sa demande que les 48 prisonniers espagnols, et donc le pédophile Daniel Galvan, avaient été graciés par le souverain marocain, a sans doute contribué à délier les langues côté autorités espagnoles. C'est effectivement de source proche de l'Etat espagnol que Lakome a appris deux informations majeures qui mettent à mal la thèse du cabinet royal et surtout, soulignent l'ambiance délétère entre le cabinet royal et le gouvernement Benkirane.

La chaîne des événements qui va mener à la grâce de Daniel Galvan commence avec la rencontre entre Juan Carlos et Abdelilah Benkirane le 17 juillet à Rabat. En visite officielle, Juan Carlos arrive chez le chef du gouvernement avec une requête. Un prisonnier de 74 ans diabétique et cardiaque condamné à 4 années de prison pour trafic de drogue demande à purger sa peine en Espagne. La requête n'est pas si exceptionnelle puisque les conventions signées entre les deux états permettent aux citoyens d'un pays incarcéré dans l'autre pays, et remplissant un certain nombre de conditions, de demander leur transfèrement dans leur pays de nationalité pour y purger le reste de leur peine. Jusque là rien d'exceptionnel.
Le 19 juillet alors que Juan Carlos vient juste de monter dans l'avion qui va le ramener à Madrid, Abdelilah Benkirane, présent au coté de Mohammed VI pour saluer le monarque espagnol, informe le chef de l'Etat de la requête espagnole de transfèrement d'Antonio Garcia. Selon une source proche du PJD, le souverain marocain lui signifie son accord et lui demande même d'accélérer la procédure. Le premier ministre contactera Mustapha Ramid, son ministre de la justice, pour lui demander d'entamer la procédure et de prendre attache avec son vis à vis espagnol.

L'appel du 20 Juillet
Ce sera un appel téléphonique de Fouad Ali El Himma à l'ambassadeur d'Espagne, Alberto Navarro, qui accélérera les événements. Selon des sources proches des autorités espagnoles, le samedi 20 juillet alors que Juan Carlos avait à peine quitté le pays, un El Himma passablement énervé signifie son courroux au diplomate, surpris. L'objet de l'ire difficilement contenue du conseiller royal et plus proche collaborateur du roi du Maroc,  est cette requête de transfèrement d'un prisonnier espagnol adressé non pas au Cabinet royal, mais, insulte des insultes, au chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane. «Sa Majesté aussi peut régler ce genre de problème» s'entend dire l'ambassadeur.
Décontenancé, l'ambassadeur espagnol explique qu'en fait, la maison royale a parfaitement respecté le protocole puisqu'il s'agit d'une demande de transfèrement, légalement du ressort du ministère de la justice marocain, et non pas d'une demande de grâce royale, auquel cas elle aurait été adressée au cabinet royal.
Le conseiller marri n'en démord pas et insiste auprès du diplomate pour que les listes des demandes de grâce et de transfèrements aussi soient envoyées au cabinet royal.  Les six consulats espagnols du royaume seront mis à contribution pour compiler la liste de tous les prisonniers de nationalité espagnole incarcérés au Maroc. Les services de l'ambassade dresseront deux listes. La première de 30 individus concernent les demandes de transfèrement, la deuxième composée de 18 individus concernent les demandes de grâce.

Fusion des listes
Notre source affirme que les autorités espagnoles ont été surprises en prenant connaissance de la décision du cabinet royal marocain. D'abord ce ne sont pas deux listes qui sont annoncées mais une seule. Une liste unique qui annonce la grâce de la totalité des 48 noms contenus dans les deux listes initiales, y compris donc les demandeurs de transfèrement.
Parmi les prisonniers graciés quelques noms embarrassent les Espagnols, c'est notamment le cas d'un certain Antonio Garcia Ancio, fils d'Antonio Garcia Vidriel en faveur duquel Juan Carlos avait intercédé. Le fils était considéré comme le principal accusé dans l'opération de transport de 9 tonnes de hashish et avait été condamné à 10 années de prison. Une grosse prise lâchée dans la nature.
Ironie de l'histoire, le fils que les espagnols ne voulaient absolument pas voir libéré a été gracié alors que le père lui doit attendre la fin de la procédure de demande de transfèrement, qui peut durer jusqu'à un mois.
Et puis il y a ce monstre pédophile de Daniel Galvan.
Mais les autorités espagnoles ne sont pas plus inquiètes que cela : elles pensent que l'histoire passera sous les radars de l'opinion publique. Après tout, c'est le Maroc et les décisions du roi ne se discutent pas. C'est lorsque l'opinion publique marocaine s'avérera moins docile que prévu et que la monarchie marocaine s'empêtrera dans ses contradictions pour expliquer sa décision, qu'ils appréhenderont l'ampleur du désastre.

Le ministère de la Justice avait prévenu le cabinet royal
Pourquoi les listes ont-elles été fusionnées ? Est ce par erreur ? Et si c'est une erreur, n'est ce pas le cabinet royal et plus précisément Fouad Ali El Himma qui en est le premier responsable, puisque c'est lui, peut être à la demande du roi, qui a appelé l'ambassadeur espagnol pour lui demander de s'adresser au palais en pareilles circonstances ?
Et si ce n'était pas une erreur. Ce pourrait-il que le cabinet royal ait voulu démontrer sa supériorité institutionnelle vis à vis du gouvernement ? Faire preuve de munificence en graciant tout le monde sans prendre en considération l'avertissement du ministère de la justice ? Cet avertissement donné lorsque la décision d'exécuter est redescendue du cabinet royal a été confirmé à Lakome par un proche de Mustapha Ramid, malgré le démenti public de ce dernier.

Daniel Galvan, l'inconnue
Le passé nébuleux du pédophile espagnol d'origine irakienne complique cette affaire d'Etat. Son avocat a affirmé à Lakome que son client prétendait avoir travaillé pour les services Irakiens. Des sources proches de la diplomatie espagnole ont assuré à Lakome que sa maîtrise de la langue espagnole était anormalement approximative pour quelqu'un qui prétendait avoir travaillé pendant de nombreuses années dans un milieu universitaire espagnol. Les recherches de Lakome dans la base de données du bulletin officiel espagnol n'ont pu trouver trace de la publication de sa naturalisation comme l'exige la loi. Les versions de la nature de son travail à l'université de Murcia se multiplient, toutes différentes les unes des autres. Tout cela entoure le personnage d'un halo de mystère.
D'un autre côté, l'information selon laquelle sa grâce avait été demandée par les services espagnols est sortie du palais à Rabat. Rapportée par Lakome, cette information avait-elle pour but de dédouaner un Cabinet royal aux abois ? L'opinion publique accepte mieux la version de la grâce octroyée dans le cadre de l'intérêt supérieur de la nation, comme l'a d'ailleurs affirmé le ministre de la justice dans son communiqué (qui a depuis été retiré du site du ministère), que celle d'une querelle infantile entre le cabinet royal et l'équipe Benkirane, qui a dérapé avec les conséquences que l'on connait maintenant.

samedi 3 août 2013

DanielGate: le cabinet royal «divisé» Version du ministère de la Justice



Par Kaouthar Oudrhiri, h24info.ma, 2/8/2013, 15:30
 
Omar Azziman et Fouad Ali Himma

"Omar Azziman, Conseiller du roi responsable des relations maroco-espagnoles et Fouad Ali Himma sont pointés du doigt". ©Photomontage DR


Le tollé que provoque scandale de la libération de Danial Fino Galvan, gracié par le roi Mohammed VI « divise le cabinet royal ». D’après le site d’information Aleef Post, les conseillers royaux Omar Aziman et Fouad Ali Himma sont pointés du doigt.

Le scandale du pédophile Daniel Fino Galvan, gracié par le roi Mohammed VI alors qu’il avait été condamné à 30 ans de prison en 2011, n’en finit pas de faire couler de l'encre et de faire réagir les réseaux sociaux et médias électroniques. Le site d’information arabophone Alif Post cite des sources qui révèlent que le cabinet est divisé entre ceux qui veulent garder le silence sur le DanielGate et ceux qui pensent qu’ils seraient préférable de rédiger un communiqué pour «calmer l’opinion publique».
Le cabinet royal chercherait aussi à trouver «les responsables» de cette bourde. «A l’heure actuelle, les doigts sont pointés vers Omar Azziman, Conseiller du roi responsable des relations maroco-espagnoles et du dossier juridique au Palais, ainsi que  Fouad Ali Himma» écrit le site d’information.

Toujours selon Alif Post, le roi Mohammed VI serait furieux contre le tollé «négatif pour son image» que provoque la décision de gracier Daniel Fino Galvan condamné en 2011 pour pornographie et viol sur mineurs.
Contacté par H24info, le cabinet royal reste injoignable.

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DanielGate: la version du ministère de la Justice



Mustapha Ramid au Parlement
"La constitution confère au roi le droit de grâce, comme c’est le cas des rois et présidents du monde entier" Ministère de la Justice et des libertés. ©H24info


Le ministère de la Justice et des libertés se désengage de toute responsabilité dans le scandale de la libération de Daniel Fino Galvan et annonce que «la décision de grâce royale est sans doute dictée par les intérêts nationaux».
Le ministère de la Justice et des libertés réagit officiellement dans un communiqué, aujourd’hui 2 août,  face à la tornade que provoque la grâce de Daniel Fino Galvan,  pédophile condamné à 30 ans de prison en 2011. Le ministère explique que «la décision de gracier des citoyens espagnols a été validée dans le cadre des relations d’amitiés nouées entre le Maroc et l’Espagne, deux pays liés par des intérêts stratégiques. Libération qui vient dans le cadre de la visite du roi Juan Carlos».
Le ministère donne aussi l’exemple de la visite du président tunisien Moncef Marzouki. Suite à laquelle «des prisonniers tunisiens ont été graciés par le roi Mohammed VI».

Pour justifier la décision de grâce du roi Mohammed VI, le ministère de la Justice joue la carte de la Constitution. « La Constitution confère au roi le droit de grâce, comme c’est le cas des rois et présidents du monde entier. Chose qui permet au roi de prendre les décisions qu’il estime justes et en accord avec l’intérêt national quand il s’agit d’étrangers».

En clair, le ministère se livre à un grand numéro d'équilibrisme : se désengageant de toute responsabilité tout en évitant de rejeter la responsabilité de l'acte sur le cabinet royal.

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Par Fouad Abdelmoumni, fb
C'est un signe très positif que même les lieutenants du palais ne parviennent pas à défendre la faute qu'a commise le roi en graciant le pédophile. Benkirane, Lachgar, Chabat, Mézouar, Bakoury et consorts ont tous avalé leur langue.
Continuons la pression pour que les décisions politiques relèvent toutes du domaine normal des instances élues, responsables et comptables devant les citoyens.

www.lakome.com
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 L'affaire Daniel fragilise la monarchie au Maroc


Surprise : les Marocains contestent sinon l'arbitraire royal dans son ensemble, du moins une décision du roi. Le slogan qu'on a le plus entendu hier soir, dans les manifestations durement réprimées hier à Rabat, Tanger et Tétouan, était « 'acha al-cha'b » (vive le peuple). Comme une réponse à l'habituel « 'acha al-malik » (vive le roi).
La décision du roi de gracier Daniel Galvan, reconnu coupable d'abus sexuels sur mineurs en 2011, a renversé la twittoma (sphère des utilisateurs marocains de Twitter). La manifestation prévue le vendredi même a su regonfler les rangs des manifestants du M20 que l'essoufflement du mouvement avait dispersé. « Il y avait des visages que je n'avais pas vu depuis longtemps », rapporte Ahlem, militante du mouvement, présente hier soir dans le rassemblement de la capitale, Rabat.
En interpellant derrière leurs uniformes de policiers, les pères, les manifestants avaient un angle parfait pour donner corps à un rassemblement pour le moins inédit, puisque les décisions royales sont évidemment incontestables, en temps normal.
L'un des slogans crié vendredi 2 août à RabatL'un des slogans crié vendredi 2 août à Rabat©:



Et même si cela n'a pas empêché l'habituelle répression violente (voir la vidéo), le fait est que jamais l'étendue des pouvoirs du roi n'a été aussi spécifiquement l'objet d'une révolte aussi large. De la presse aux réseaux sociaux (voir la page Facebook de l'appel à manifester vendredi 2 août, ou sur Twitter avec #Danielgate), le sujet scandalise tout le Maroc, les défenseurs du régime étant relativement démunis pour donner la réplique aux critiques.
Alors que la branche francilienne de l'Association Marocaine des Droits de l'Homme (AMDH) appelle à manifester à Paris ce soir (18h) devant l'ambassade du Maroc, le journal indépendant Lakome publie une chronique selon laquelle le roi Mohamed 6 vient de commettre sa pire faute politique en 14 ans de règne (conjointement avec la décision, également contestée, de décorer un éminent lobbyiste pro-israélien).
Et de fait, à partir de cette décision pour le moins polémique, c'est l'institution monarchique qui montre ses failles. Les questions s'enchaînent et ouvrent sur les limites même du fonctionnement des institutions marocaines.
Comment Mohamed VI a-t-il pu consentir cette grâce ? C'est la visite de son homologue espagnol Juan Carlos, et dans le cadre d'une libération de 48 prisonniers espagnols, que Daniel Galvan a été gracié et libéré. Le ministre de la Justice ne s'est pas risqué à assumer la décision, se contentant de rappeler qu'elle venait « des deux souverains ». Un problème de transparence ressort, car l'Espagne et le Maroc indiquent chacun que c'est l'autre qui a constitué la liste des 48 prisonniers.
Finalement, les médias espagnols et marocains ont ouvert l'hypothèse que Daniel Galvan, d'origine irakienne, soit un agent de renseignement irakien ayant soutenu la coalition ayant envahi son pays en 2003, et qu'il ait à ce titre bénéficié de la protection espagnole et de cette nouvelle identité. Ce qui expliquerait ce soutien au plus haut niveau : selon Lakome, ce sont les services secrets espagnols qui ont demandé « avec insistance » au palais royal marocain cette grâce (et sa sortie du territoire marocain avec un passeport périmé). Mais il s'agit là d'une information qui repose sur des déclarations d'une source marocaine « proche du dossier », sans plus de précision.
C'est aussi un effet de l'hyper concentration des pouvoirs sur la personne du roi : aucune voix dissonante ne peut témoigner à visage découvert. Ce qui fragilise in fine les investigations menées sur le sujet.
PS : pour se faire une idée précise des faits eux-même dans cette affaire de pédophilie, c'est parfois difficile, tant la presse marocaine est proprement exaspérante, en particulier sur ces sujets, associant approximations, erreurs factuelles, effets de manche ridicules... Un petit tour d'horizon désabusé des articles parus en 2011 lors du déclenchement de l'affaire.

commentaire



03/08/2013, 18:56 | Par JJMU

Beau papier. Il faudra enfin que la complaisance de la presse occidentale en finisse une fois pour toutes avec notre ami le roi (sic) et les pratiques claniques de sa famille.
Jean-Jacques M’µ


lundi 15 avril 2013

Sahara/droits de l'homme : les USA lâchent le Maroc , la réaction du Palais



Les Etats-Unis vont demander l'extension du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l'homme au Sahara et à Tindouf. Un cinglant désaveu du « processus de réformes » marketé par Rabat depuis le déclenchement du printemps arabe. Même si la France va probablement opposer son véto, cette décision constitue un tournant majeur sur la question du Sahara.

L'information a été confirmée à Lakome par plusieurs sources proches du dossier : les Etats-Unis vont présenter un projet de résolution au Conseil de sécurité de l'ONU pour demander l'extension du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l'homme au Sahara et à Tindouf.
Le texte est actuellement en préparation au sein du « Groupe des Amis du Sahara Occidental » (Etats-Unis, Royaume Uni, France, Russie et Espagne), en vue de la réunion du Conseil de Sécurité prévue à la fin du mois pour examiner le renouvellement du mandat de la Minurso.
« Cette proposition innovatrice faite par les Etats-Unis intervient après des décennies de silence de la part de la communauté internationale sur cette crise persistante des droits de l'homme », commente le RFK Center, ONG proche des démocrates américains et des activistes indépendantistes.

L'Etat marocain y échappe depuis plusieurs années
La question de l'extension du mandat de la Minurso fait pourtant l'objet de débats depuis plusieurs années au sein du Conseil de sécurité mais les autorités marocaines - grâce notamment à la France et son droit de véto - ont toujours réussi jusqu'à présent à faire reporter la décision.
En avril 2010, c'est justement le véto français qui avait permis « d'éliminer » toute référence à la question des droits de l'homme dans la résolution du Conseil de Sécurité. L'année suivante, en avril 2011, Rabat y avait une nouvelle fois échappé de peu malgré l'épisode Gdim Izik fin 2010, durant lequel la Minurso avait été interdite d'accès au camp par Rabat.
Une première version du rapport annuel 2011 de Ban Ki Moon demandait en effet cette extension du mandat de la Minurso mais le rapport final avait été modifié au dernier moment sous la pression du Maroc, qui s'engageait en échange à "accueillir" au Sahara les Représentants spéciaux de l'ONU.
Cette année, le rapport annuel de Ban Ki Moon est clair : le Secrétaire Général de l'ONU demande la mise en place d'un mécanisme indépendant pour surveiller le respect des droits de l'homme au Sahara (et à Tindouf), reprenant ainsi les recommandations du Rapporteur spécial sur la torture, Juan Mendez, et celles du Conseil des Droits de l'homme de l'ONU, toutes deux émises en 2012.
Seule la France pourra s'y opposer en y mettant son véto ou en minimisant la portée de l'extension, Paris contrôlant à New York la Direction des opérations de maintien de la paix de l'ONU (DPKO) depuis quatre mandats successifs.

En quoi consisterait le nouveau rôle de la Minurso ?
Une extension du mandat de la Minurso signifierait la présence au Sahara et à Tindouf d'une équipe d'agents onusiens chargés de promouvoir et de surveiller les droits de l'homme dans le territoire, à travers des actions de sensibilisation et de formation auprès de la population et des autorités locales, mais aussi des rapports réguliers transmis au siège de l'ONU.
Les militants indépendantistes, souvent harcelés et passés à tabac par les forces de l'ordre marocaines, seraient donc « protégés » dans leurs actions militantes pour l'indépendance du territoire et bénéficieraient d'un espace politique sans précédent : meetings, discours publics, création d'associations et de médias pro-indépendance, etc.

Un tournant de la diplomatie US
Cette proposition américaine constitue ainsi un tournant majeur de l'attitude de Washington concernant le Sahara. Alors que jusqu'en 2008, la diplomatie US soutenait fermement Rabat, allant jusqu'à proposer de qualifier l'option d'indépendance « d'irréaliste », le vent a tourné depuis. En cause : l'arrivée de Barack Obama à la Maison Blanche mais surtout les nombreuses promesses non-tenues de Rabat concernant l'amélioration des droits de l'homme dans le territoire.
Certains câbles diplomatiques rédigés par l'ambassade US à Rabat (et révélés par Wikileaks), comme les rapports annuels du département d'Etat, notaient la nette amélioration des droits de l'homme au Sahara jusqu'en 2008 mais un inversement de tendance à partir de 2009. La déconvenue du palais, à travers le PAM, aux élections municipales à Laâyoune en juin 2009, l'arrestation des 7 militants indépendantistes à leur retour d'Alger en septembre puis l'affaire Aminatou Haidar dénotaient une crispation du Palais, reflétée dans le discours agressif du roi Mohammed VI de novembre 2009, qualifié de «populiste » par la diplomatie américaine.

Paris prévient Rabat dès 2010
En 2010, alors que l'Etat marocain s'inquiétait de la possible extension du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l'homme, Paris avait pourtant prévenu Rabat, selon un câble diplomatique daté de février 2010 : « les officiels français ont expliqué à leurs homologues marocains l'importance de mener des réformes en interne afin de permettre à la France et aux amis du Maroc de s'opposer à toute extension du mandat de la Minurso ».
Or, les promesses de réforme, non-tenues par Rabat, semblent avoir fini par exaspérer Washington. L'exemple de l'association sahraouie pro-indépendance ASVDH est significatif : les diplomates US expliquent en 2009 dans un câble diplomatique avoir fait du lobbying pendant près d'un an auprès des autorités marocaines pour qu'elles reconnaissent le statut légal de l'association. Malgré un verdict du tribunal administratif puis de la cour d'appel d'Agadir favorables à l'ASVDH, Rabat refuse jusqu'à présent d'autoriser sa création !

La nouvelle constitution ne change rien pour Washington 
Aujourd'hui, la position américaine peut donc être considérée comme un désaveu des réformes promises par Rabat après le déclenchement du printemps arabe. Ni la création du CNDH ni les avancées constitutionnelles de la nouvelle loi fondamentale ne semblent suffisants aux yeux de Washington et de la communauté internationale pour garantir en pratique le respect des droits de l'homme au Sahara. Le rapport de Juan Mendez, établit suite à sa visite dans le territoire en septembre 2012, parle de torture quasi-systématique envers les militants indépendantistes.
Que la France s'oppose ou non à l'extension du mandat de la Minurso dans les jours qui viennent, la décision des Etats-Unis a d'ors et déjà une conséquence politique majeure : l'éloignement de Washington de la proposition d'autonomie, une attitude qui fait aujourd'hui paniquer le Palais. Lors de son « pot de départ » jeudi dernier à Rabat, l'ambassadeur américain Samuel Kaplan a été on ne peut plus clair : la proposition marocaine d'autonomie « ne peut pas servir de seule base dans les négociations avec les autres parties du conflit » (1).

1 L'Economiste, 15 avril 2013, page 36

http://fr.lakome.com/index.php/politique/637-sahara-droits-de-l-homme-les-usa-lachent-le-maroc

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 Par Yabiladi via 2 Minutes, 15/4/2013

Sahara-Gouvernement. Le Sahara au cœur d’une réunion de crise au cabinet royal après le soutien des USA au Polisario. 
Sur le dossier du Sahara, le Polisario chemine-t-il vers le succès au conseil de sécurité? Sa principale demande d’élargir les prérogatives du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l’Homme  dans la région a eu le soutien des Etats-Unis. La représentante de l’administration Obama au sein du CS vient de présenter, dans ce sens, une proposition de résolution. Le Centre Robert Kennedy de la Justice et des droits de l’Homme présidé par Mme Kerry Kennedy applaudi ce ralliement américain. Au Maroc, aucun commentaire là-dessus. 
Au ministère des Affaires étrangères, l’heure est au silence. En revanche, c’est du côté du cabinet royal qu’une activité a été détectée lundi après-midi. Les chefs de partis ayant une représentativité au parlement ont été invités à une réunion d’urgence. Au menu de laquelle se trouve la proposition américaine d’élargir du mandat de la MINURSO.
 Une rencontre qui n’est pas sans rappeler celle tenue, au siège du ministère des Affaires étrangères, au lendemain de l’annonce du retrait de confiance en Christopher Ross en mai 2012. « Nous avons discuté pendant plus de cinq heures et demi avec la présence de conseillers du roi et du chef du gouvernement. Les chefs de partis ont écouté des exposés des ministres des Affaires étrangères, Intérieur et Justice », nous confie Mohamed Labied, le secrétaire général de l’Union constitutionnelle, une formation de l’opposition. Et d’ajouter que « les conseillers du roi n’ont fait aucune intervention ». L’objectif de ce genre de réunion est de solliciter une adhésion sans faille des formations politiques à la décision prise par l’Etat sur la question du Sahara. Le ministre de la Communication porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi a lui qualifié, lundi, d'"incompréhensible" et d'"injustifiée" la tentative de dénaturer le mandat de la MINURSO, relevant "la partialité de ce type de démarche unilatérale et sans consultation préalable". M. El Khalfi, qui était l'invité du journal du soir de la chaîne de télévision Al Oula, a indiqué que cette tentative visant à élargir les compétences de la MINURSO pour englober les droits de l'Homme, intervient à un moment où le Maroc a accumulé d'importantes réalisations en la matière. Cette démarche constitue "un danger pour notre Cause Nationale" et "une atteinte injustifiée" à la souveraineté du Maroc, a-t-il poursuivi, estimant qu'une telle démarche n'est qu'une "récompense politique pour les autres parties n'ayant pas répondu favorablement aux résolutions du Conseil de sécurité". La proposition américaine a encore du chemin devant elle avant de devenir une résolution mais le Maroc va devoir agir vite. (Yabiladi)   
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Exclusif. Sahara/USA : l'Etat marocain annule l'opération militaire conjointe African Lion 2013




Le commandement militaire marocain a donné ses instructions pour suspendre l'opération African Lion 2013. Une possible mesure de « rétorsion » après la décision de Washington d'étendre le mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l'homme au Sahara.
La pression monte entre Rabat et Washington. Suite à la décision des Etats-Unis, annoncée hier sur Lakome, de demander l'extension du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l'homme au Sahara et à Tindouf, le palais se braque.
Lakome a en effet appris de source proche du dossier qui n'a pas souhaitée être identifiée, que le commandement militaire marocain vient d'envoyer des instructions pour suspendre le lancement de l'opération militaire African Lion 2013, prévue ce mois-ci dans la région d'Agadir. Washington attend toujours une notification officielle des autorités marocaines mais a commencé à organiser la logistique pour le rapatriement du matériel et des hommes déjà sur place.
African Lion est une importante opération annuelle d'exercices militaires conjoints entre les FAR et l'armée américaine. Près de 1400 militaires US étaient attendus ce mois d'avril à Agadir.
A travers cette suspension, le palais semble vouloir faire pression sur Washington en capitalisant sur l'importance stratégique régionale acquise par le royaume. Une attitude risquée car à double tranchant pour le Maroc si les Etats-Unis refusent de céder et décident de revoir leurs alliances en conséquence...
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Sahara/USA : la réaction du Palais



Le cabinet royal a convoqué hier les chefs des principaux partis politiques. Le communiqué final ne mentionne pas les Etats-Unis mais parle « d'incompréhension et de rejet ».

Suite à la décision des Etats-Unis de demander l'extension du mandat de la Minurso à la surveillance des droits de l'homme au Sahara et à Tindouf, le palais a réagi hier en convoquant à Fès les chefs des principaux partis politiques.
Ces derniers ont donc été informés « des derniers développements de la Question Nationale au sein des Nations Unies, et plus particulièrement certaines initiatives tendant à dénaturer le mandat de la MINURSO », selon un communiqué du cabinet royal publié à l'issue de la rencontre. Ce n'est pas le roi Mohammed VI lui-même qui a mené les échanges mais son conseiller Fouad Ali El Himma.
« La réunion a été l'occasion de réitérer le consensus national autour de la position constante du Royaume du Maroc pour rejeter catégoriquement ces initiatives », selon le communiqué. «[...] la partialité de ce type de démarche unilatérale et sans consultation préalable, en terme de contenu, de contexte et de procédé ne peuvent que susciter incompréhension et rejet. », affirme par ailleurs le texte.
Les Etats-Unis ne sont pas mentionnés dans ce communiqué qui semble destiné essentiellement à un usage interne.

lundi 26 novembre 2012

L'ambassade marocaine à Bruxelles l'a échappée belle grâce à l'intervention d'un conseiller du roi



Intervention d’un conseiller de Mohamed VI pour éviter un scandale à Bruxelles
Certaines sources associatives en Belgique ont révélé en exclusivité à notre site web que le premier conseiller du Roi Mohammed VI, Fouad Ali Al Himma, est intervenu en personne pour silencier les plaintes de nombreuses organisations non gouvernementales pro-marocains contre ce qu’elles appellent le refus de l’ambassade marocaine d’honorer ses promesses de payer les frais de leur participation à l’initiative de la marche pro-marocain pour le Sahara occidental à Bruxelles le 4 Novembre dernier.
Les mêmes sources ont révélé que les responsables de l’ambassade et le ministère de la communauté marocaine à l’étranger avaient accordé avec les représentants de la communauté marocaine en Belgique de financer tous les frais de transport et de nourriture et avaient promis d’organiser un concert de musique à l’occasion. Cependant, le ministre du parti de l’Istiqlal, Abdullatif Maazouz, a refusé et essayé d’échapper à la responsabilité de payer les coûts estimés à 17 000€. Devant cette réalité, après avoir payé les frais de cette marche par leurs propres moyens, de nombreux militants se avaient l’intention de se rassembler, avec des pancartes, devant l’ambassade du Maroc à Bruxelles pour protester contre ce qu’ils qualifient comme un scandale.
Au sein de la communauté marocaine en Belgique, on dit que peu de temps après avoir été informé de cet événement, Al Himma a téléphoné au ministre responsable et lui reprocha son manque de responsabilité et a ordonné le paiement immédiat de toutes les personnes ayant participé à cette marche, ce qui a empêché , selon eux, un véritable scandale qui aurait sali la réputation du Maroc dans la capitale de l’Europe.

http://plan-paix-onu.blogspot.fr/2012/11/lambassade-marocaine-bruxelles-la.html

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Honte sur vous, prédateurs sans âmes! Vous avez donc organisé la manifestation à Bruxelles pour le "Sahara marocain" à coup de corruption et de promesses non tenues... pour berner les gens simples que vous maintenez dans l'ignorance... Voyous!

lundi 25 juillet 2011

Sans El Himma et le PAM, la démocratie marocaine était médiocre. Avec le PAM, elle est perverse.

Par Karim Boukhari (directeur de publication de TelQuel), 24/7/2011

Au revoir et merci !
Cela fait très exactement quatre ans que Fouad Ali El Himma a quitté le gouvernement pour rejoindre ce qu’on peut appeler le “jeu” démocratique, d’abord via le Mouvement pour tous les démocrates, ensuite le PAM. Bien entendu, son parti et lui ont pratiquement tout gagné, mais nous, qu’y a-t-on gagné ? Pas grand-chose. Et qu’y a-t-on perdu ? Beaucoup.

Récapitulons. El Himma a “déboulé” en politique pour deux raisons essentielles. La première, c’est qu’il était et il se veut toujours le représentant de “dieu”, c’est-à-dire du roi, en politique. C’est quelque chose que l’on peut, à la limite, faire l’effort de comprendre : Mohammed VI étant un arbitre au-dessus de la mêlée, il a choisi de tout déléguer à El Himma, son confident et ami, devenu de facto l’œil et l’oreille du roi. Soit. El Himma a porté la pensée de son ami le roi, il l’a si bien fait que des milliers de Marocains ont cru bon de lui concéder jusqu’au rituel du baise-main, mais au final le résultat est bien décevant : ni El Himma, ni le PAM n’ont fait avancer la cause de la démocratie. Ils ont, au contraire, contribué, peut-être à leur corps défendant, à pervertir le champ politique et à rendre la démocratie marocaine plus impopulaire que jamais. Sans le PAM, la démocratie marocaine était médiocre. Avec le PAM, elle est perverse.

La deuxième raison qui explique l’irruption d’El Himma en politique est encore plus vicieuse : contrecarrer le projet obscurantiste qui menace le royaume, en clair faire barrage à la montée du PJD (puisque la gauche en est incapable). Cette mission avait, sur le papier, de quoi appâter les plus démocrates parmi nous. Est-ce que Fouad El Himma a réussi son pari ? Clairement non. Au-delà des chiffres trompeurs (nombres d’élus, de conseillers, etc), nous savons tous que les islamistes restent la première force mobilisatrice du pays. Et le PAM, pourtant catapulté premier parti au royaume, n’y a rien changé.

En résumé, et avec tout mon respect pour les quelques personnes de qualité qui siègent encore au PAM, El Himma a construit un parti bidon et il n’a pas pu mettre à genoux le projet islamiste. Il a échoué. Son projet, du coup, devient caduc. Le PAM, qui est à Mohammed VI ce qu’aura été le FDIC à Hassan II (en gros un remède temporaire), ressemble aujourd’hui à un ovni politique et à un médicament périmé. A quoi peut-il encore servir ? 

Cela fait cinq mois, depuis le 20 février, qu’El Himma figure en tête de liste des personnalités les plus décriées.
Il y a quasi unanimité contre lui. La rue réclame sa tête et les principaux partis politiques aussi, même si personne n’a le courage de le déclamer publiquement. Je me joins à ce petit cortège et je le dis clairement : El Himma doit quitter le “jeu” politique. Il est temps. Le Maroc de 2011 n’est pas celui de 2007. Quatre ans, c’est une éternité. El Himma, tout sourire, a pu avancer en terrain conquis. Il avait pour lui tout l’appareil de l’administration (des gouverneurs aux walis, en passant même par plusieurs ministres qui lui devaient leur nomination), mais il y a un moment où l’on se demande : pourquoi ? A quoi bon ? Quel est le but ? Tout cela est-il bien utile ?

Nous sommes à quelques semaines des élections législatives et le tort serait de croire que la parenthèse “révolutionnaire” est définitivement refermée. Ce serait une grave erreur. Le PAM, et El Himma en tête, ont-ils bien analysé les événements en cours ? Si oui, il faudrait que l’ami du roi quitte l’arène politique sans plus tarder. Si le roi, et c’est son droit le plus absolu, a besoin de ses services, il peut toujours l’intégrer au sein de son cabinet de conseillers. Personne n’y trouverait à redire, du moment que le roi peut s’entourer de qui il veut. Mais si, comme tout porte à le croire, le député de Rhamna se présente aux prochaines élections et continue de participer au “jeu” démocratique, il nous fait courir de gros risques. Lahcen Daoudi, numéro 2 du PJD, nous dit dans le dossier de la semaine (p. 14), que Si le PAM et El Himma gagnent aux prochaines élections, “nous serons alors tous des 20 févriéristes”. Khadija Rouissi, qui vient de claquer la porte du PAM en début de semaine, porte une analyse encore plus fine : on ne peut pas faire semblant et reprendre les mêmes (et tout recommencer) comme si de rien n’était.
Je vous le dis : avec la perspective d’un PAM vainqueur aux législatives et d’un El Himma reconduit à la députation, le Maroc tient une vraie bombe à retardement. Attention.

mardi 17 mai 2011

Au Maroc, les manifestations se multiplient avec comme cible la corruption


 Par La rédaction de Mediapart, 27/4/2011


Deux jours après des défilés rassemblant plusieurs dizaines de milliers de Marocains dans de nombreuses villes du royaume, et après plusieurs heures de négociations avec les syndicats, les autorités ont finalement cédé. 55 euros d'augmentation par mois dès le 1er mai pour les fonctionnaires quand les plus bas salaires stagnent à 200 euros: l'annonce est de taille. Le premier ministre a également annoncé que la pension des retraités ferait un « bond » de 70% pour s'établir à... 90 euros. Le roi est même intervenu pour promettre de choyer les ouvriers agricoles en « revalorisant le SMAG, le salaire minimum agricole » et en leur garantissant une couverture médicale.
Ces ouvertures du régime ont été aussitôt contestées. « Ne nous trompons pas, assure l'économiste Mehdi Lahlou, ces mesures sont un écran de fumée. Ce sont des mesures à la marge. Dans le milieu rural, qui représente plus d'un tiers de la population, les gros exploitants agricoles sont exonérés de l'impôt sur le revenu depuis 1986. Parmi ces gros exploitants, on retrouve le roi, le président de la chambre haute du Parlement, etc. Si on avait voulu une véritable réforme pour les ouvriers agricoles, on aurait rétabli cet impôt en redistribuant les richesses.»
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Casablanca, le 24 avril.© Demain Online
Pour ce professeur à Rabat, les annonces gouvernementales ont principalement pour objectif de « réagir aux demandes de la rue. Ces dernières semaines, les syndicats se sont mis dans la partie, en plus des jeunes du Mouvement du 20 février. Le gouvernement tente de réduire le décalage entre les salaires du privé et du public car on détient le triste record dans le monde arabe. Entre les rémunérations du premier ministre Abbas el Fassi et un smicard, c'est un rapport de 1 à 50 ! ». Selon l'économiste, ces annonces risquent de faire pschitt car « ces mesures concernent essentiellement ceux qui ne descendent pas dans la rue. La priorité pour les manifestants, c'est la révolution constitutionnelle et la lutte contre l'impunité ».


La corruption, justement, tout le monde avait ce mot à la bouche, dimanche 24 avril. Les auteurs, supposés ou réels, des transactions douteuses, ceux qui font partie du « Makhzen économique », les « El Himma », « Majidi », des noms des proches du monarque étaient affichés sur des pancartes avec en dessous : « Dégage ».
Dans le cortège, Aziza, chef d'entreprise dans le textile est venue avec homme et enfants. « Dans mon secteur, tous les appels d'offres sont tronqués. Si vous n'êtes pas fils de... vous n'avez aucune chance », raconte-t-elle. Lasse, elle lâche : « On en a marre, la justice ne doit pas faire de différence de traitement, ce n'est pas normal. » Aziza explique que c'est la première fois qu'elle manifeste alors que le mouvement de contestation a débuté il y a deux mois. « J'ai peur que les choses traînent, que les promesses ne soient pas suivies d'effet. Jusqu'à quand on va attendre la liberté ? J'ai 38 ans, pour moi, c'est fini. Mais c'est pour mes enfants venus avec moi que je me bats ici.»
Son mari, biologiste, acquiesce et ajoute : « Il faut changer les règles politiques et économiques. Mon fils ne doit pas être le “fils de” pour réussir. C'est contre le favoritisme et contre la corruption au niveau des tribunaux, des commissariats que je suis là. Il faut réaliser ce que l'on promet, il faut une retranscription dans nos vies. Beaucoup de gens ne savent pas ce que ça veut dire le changement de la constitution. Mais il faut que ce soit palpable.»
La corruption est vécue comme une gangrène qui touche toutes les couches de la société. Dans la santé, l'éducation ou la justice, pas un secteur au Maroc n'échappe au « bakchich ». « Des clients viennent me voir en me demandant de trouver un juge pour le payer, témoigne Zohra, avocate. On s'en sort pas. Il faut miser sur l'éducation. On n'a pas d'autre choix. En matière d'alphabétisation, on est en retard, on est bien loin de la Tunisie. »