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mercredi 20 février 2013

Le M20F, CE N'EST PAS FINI !




Ce n’est pas fini…




  • Par : Karim Boukhari, Tel Quel, 15/2/2013
Ce n’est pas fini…
(DR)

Le Mouvement du 20 février se prépare à souffler sa deuxième bougie. Deux ans, ce n’est peut-être pas assez pour renverser un régime ou révolutionner une mentalité, mais c’est suffisant pour amorcer une vraie tendance de fond.

Né à l’aube du Printemps arabe, à l’époque de tous les possibles, le mouvement a rapidement grandi en séduisant les jeunes de tous bords et en intégrant invariablement gauchistes et islamistes. Un mois après sa naissance, il a pu rassembler plusieurs dizaines de milliers de personnes, qui ont manifesté dans le même temps à travers tout le royaume. Du jamais vu. Les raisons de ce succès fou, tel que le recul nous permet aujourd’hui de les examiner, sont évidentes. L’explosion des réseaux sociaux et la création d’une nouvelle communauté horizontale, communiquant librement et en temps réel, telle que le Maroc n’en avait jamais connue, en est une, et majeure. Nous vous expliquons la genèse et la réalité, aujourd’hui, de cette véritable révolution par le Net . 
Ce qu’il s’est passé à ce niveau est proprement extraordinaire. Le premier verrou à sauter a été celui de la peur. La presse ne peut pas caricaturer le roi par crainte d’interdiction, de prison et de sanctions économiques ? Eh bien, les jeunes internautes n’ont pas la même contrainte, alors ils se lâchent. Zéro tabou, zéro interdit, les langues se sont déliées, l’information, l’analyse et le commentaire ont été soudainement décuplés, démultipliés, “démocratisés” et complètement ouverts aux quatre vents. Malgré les dérives inhérentes à ce genre de situation nouvelle, sans encadrement et sans frein (les insultes, la désinformation), pratiquement tout le monde s’est jeté dans l’arène, même ce Maroc qui ne lisait pas ou se disait dépolitisé, pas concerné, ringardisant au passage les moyens de communication et les sources d’information classiques (télévision et journaux officiels). Ces bouleversements en série ont rapidement érigé de nouveaux référentiels, voire de nouveaux champions (les blogueurs et les “twitteurs”), éveillant des vocations, et une conscience politique que l’on croyait perdue. Tout un monde underground a pu émerger à la surface. Ce monde, que l’on appelait généralement “la jeunesse”, et que l’on jugeait cyniquement “oisif, désœuvré, désinformé, sans conscience sociale ni politique”, a renversé la vapeur en étant désormais pris au sérieux. Il est réel, actif, il a des opinions, quelque chose à dire. Il ne peut pas, il ne peut plus être tenu en laisse.

Bien entendu, l’émergence de ce Maroc dormant doit aussi beaucoup au stimulateur externe qu’aura été le vent des révoltes arabes. Mais ce vent a agi aussi bien en accélérateur qu’en décélérateur. L’euphorie qui a accompagné la chute des Ben Ali, Moubarak et Kadhafi a été suivie par une phase de désenchantement née des difficultés de l’après-révolution dans les pays concernés. Contrairement à ce que l’on pourrait hâtivement croire, l’apathie qui traverse actuellement le monde arabe n’a pas tué le Mouvement du 20 février. Elle n’a pas renvoyé la jeunesse à son underground ni replongé le Maroc dormant dans le sommeil. Il faudrait être sourd et aveugle, et se couper les mains de son clavier et les pieds de la rue, pour le croire. Le contrecoup et l’effet ressac des révoltes arabes n’ont pas dégarni les rangs des contestataires. Ils ne les ont pas assagis mais sont, au contraire, en train de leur offrir une plus grande accumulation et un vécu plus riche. Les deux années que l’on vient de vivre ne sont pas une parenthèse que l’on referme avant d’aller se rendormir, mais le début de quelque chose de plus grand.
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samedi 26 janvier 2013

Maroc - Fermeture de l'hebdomadaire Actuel

  Un vrai signal d'alarme !

Par Slate 22/1/2013
L'hebdomadaire marocain francophone Actuel publiait son dernier numéro le 5 janvier 2013. Jeune Afrique revient sur cet évènement, un «signal d'alerte» pour nombre de journaux du Royaume chérifien.
  «Le contexte économique marocain particulièrement difficile, en 2012, a conduit les principaux annonceurs à couper dans leurs budgets publicitaires au point de mettre certains titres de presse en difficulté», rapporte Yabiladi.
Selon Yabiladi, l’hebdomadaire a été lancé en 2009 pour concurrencer l'autre magazine francophone Tel Quel. La fermeture d'Actuel est pourtant bien un "Signal d'alarme" selon l'éditorialiste de Tel Quel, qui s'adresse autant à la presse qu'aux lecteurs.
Avec une circulation totale des journaux qui stagne depuis 2008 selon l'Organisme de la justification de la diffusion du Maroc, la diffusion moyenne est de trois exemplaires par an et par habitant.  Un chiffre bien moins élevé que celui de l'Algérie, rapporte Jeune Afrique.
En effet, le développement des sites web d'infos gratuits vient perturber la diffusion de la presse payante, et son financement par la publicité, plus attirée par le web.
Mais le problème vient aussi de ce que ces journaux sont francophones, dans un pays très majoritairement arabophone, relève Jeune Afrique.
Pour Aziz Boucetta, éditeur du site Panoramaroc «depuis le Printemps arabe, l'argument qui consistait à cibler, via l'utilisation de la langue française, les cadres et les professions supérieures (ndlr) fonctionne de moins en moins».
Pour Karim Boukhari, éditorialiste de Tel Quel, au-delà du magazine Actuel et du papier, c'est l'indépendance de la presse marocaine qui est en jeu.
«Le Maroc, qui a eu tant de mal à enfanter une presse indépendante digne de ce nom, est évidemment concerné
Mais l'avènement du web et de la gratuité dans une certaine mesure, ont permis aussi de redonner, selon Tel Quel, une certaine liberté au lecteur, qui impose de plus en plus ses choix.
Et dans ce contexte, «si la presse papier perd en vente, elle gagne, en revanche, en influence et en impact, en recrutant dans le même temps des lecteurs nouveaux, supplémentaires», conclut l'éditorialiste.
 http://www.slateafrique.com/102175/maroc-lhebdomadaire-actuel-cest-deja-du-passe

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dimanche 14 octobre 2012

Merci pour la polémique ( sur le “bateau de l’avortement” )


  • Par : Karim Boukhari, TelQuel, 12/10/2012

Merci pour la polémique Il y a quelques jours, un navire affrété par une ONG néerlandaise a tenté d’accoster dans le nord du royaume pour pratiquer des avortements en série. Comme prévu, le “bateau de l’avortement” a été empêché de pratiquer la moindre opération. Mais était-ce son but ? Non, évidemment. L’ONG néerlandaise, qui a agi de plein concert avec le Mouvement alternatif marocain MALI, déjà responsable d’un déjeuner sur l’herbe pendant le ramadan 2009, voulait simplement réussir ce qu’on appelle un coup médiatique. Un show pour attirer l’attention sur un sujet dramatique : l’avortement. 

 L’interdiction frappée du sceau des autorités marocaines, la colère des conservateurs et des bien-pensants, voire la production littéraire entre pro et anti “bateau”, tout cela a participé à la réussite du show. Le but était la polémique et polémique il y a eu. C’est utile. Personnellement, je dis chapeau.

Au Maroc, près d’un millier de femmes avortent chaque jour clandestinement, souvent dans des conditions d’hygiène et de soutien psychologique épouvantables. D’autres femmes n’ont pas cette “chance” de pouvoir avorter puisqu’une moyenne quotidienne de 150 accouchent clandestinement et 24 parmi elles, soit une sur six, abandonnent leur bébé à la naissance*.

Vous pouvez imaginer la stigmatisation dont souffrent, tout au long de leur vie, les mères et, plus encore, les “nés sous X” qui représentent, globalement, un enfant sur dix. Enorme. Légalement, l’avortement est interdit puisque considéré comme crime contre l’humanité. Les autorités ferment pourtant les yeux devant cette pratique qui a concerné, un jour ou l’autre, la plupart des familles marocaines.

Quel est l’horizon qui s’offre, aujourd’hui, devant les centaines de milliers de Marocains nés sous X ? Pas grand-chose : grandir à l’orphelinat ou bénéficier d’une kafala, l’équivalent d’une adoption mais au sens prise en charge sans aucun droit de filiation ni succession.

En ce moment même, à Taza, dans le nord-est du royaume, une jeune femme victime de viol, tombée enceinte de son violeur, incapable d’avorter, a pu établir scientifiquement la paternité de sa fille de deux ans sans que le tribunal ne lui rende justice**. Les tests ADN ont établi la paternité du violeur mais la justice, en première instance comme en appel, ne veut pas en entendre parler, se reposant sur un article de loi, promulgué en 1983, qui explique en substance que l’enfant du zina (relation extraconjugale, illicite) reste un enfant du zina et n’a aucun droit de filiation. La réforme du Code de la famille en 2004 et la nouvelle Constitution de 2011 n’y ont rien changé. Un enfant né sous X est considéré, du point de vue du législateur marocain, comme un sous-citoyen, un éternel sous X même si la science venait à établir l’identité de son père. Et même si son père biologique en venait à le reconnaître…

Voyez comment, partis d’un gentil navire néerlandais tentant d’accoster au large de Tétouan, nous sommes arrivés au creux de la vague : une justice très en retard sur la néo-réalité de la société. Avec toute la cascade d’injustices et de catastrophes sociales à la chaîne. Que faire ? La société civile mène un combat d’avant-garde depuis plusieurs décennies. Elle est très peu soutenue par les décideurs politiques et souvent mal comprise par la société traditionnelle. Plutôt que de rester les bras croisés, elle tente, en plus de la voie consensuelle, d’enclencher des actions spectaculaires. Le “show” de MALI et de l’ONG néerlandaise est à inscrire dans cette veine. Ce n’est pas du tout gratuit. Ce n’est surtout pas contre-productif. Ce sont des coups de boutoir, des attaques destinées à affaiblir le monstre-système avant de le faire craquer, cela revient à choquer pour réveiller et se donner une chance d’avancer. Je le répète, c’est utile.
Croiser les bras et croire que tout le problème peut être réglé en menant campagne pour la seule prévention, revient à dire que la principale cause du divorce s’appelle le mariage. Ou que le meilleur moyen de ne pas tomber est de ne pas marcher. Ce n’est pas sérieux.

* ces chiffres non officiels ont été obtenus auprès de plusieurs associations féminines.
** la victime, soutenue par l’association Solidarité féminine, est en dernier recours devant la Cour suprême.

samedi 15 septembre 2012

Mauvais film


  • Par : Karim Boukhari, Telquel, 14/9/2012
Mauvais film
(DR)
Un obscur cinéaste américain du nom de Sam Bacile, inconnu au bataillon, a eu l’idée de filmer une sorte de pamphlet retraçant le parcours de Mohammed, le prophète de l’islam. Personne n’a vu le film au doux nom de Innocence of muslims, qui n’a presque eu aucune carrière commerciale, mais des millions d’internautes ont créé le buzz après avoir visionné des extraits de la bande-annonce, une quinzaine de minutes qui tournent en boucle sur les réseaux sociaux.  

Qu’y voit-on ? Les pires clichés véhiculés sur l’islam et son messager : violence, racisme, sexisme, pédophilie, etc. Le “bidule” tourné par Sam Bacile, qui a tout du parfait nanar, mérite sans doute sa place au cimetière des plus mauvais films jamais réalisés. En plus d’être, à sa manière, très approximative, une sorte de film à thèse, une démonstration que l’islam est le pire ennemi de notre époque. Bête, stupide et méchant.

Bien entendu, l’histoire ne s’arrête pas là et la suite ressemble, aujourd’hui, à la boutique des horreurs. Dans un monde arabe qui continue de refuser toute représentation du prophète, et dont la susceptibilité plafonne toujours à des sommets alarmants, la foule en colère s’en est pris…à l’Amérique. En Libye, des terroristes (comment les appeler autrement ?) sont allés jusqu’à attaquer le consulat américain de Benghazi, tuant au passage l’ambassadeur Christopher Stevens. D’autres manifestations ont lieu devant les représentations américaines dans le monde arabe. Dont l’une, importante, à Casablanca, où des centaines de personnes se sont rassemblées pour prier et protester…contre un très mauvais film américain qu’elles n’ont pas vu.

Et voilà comment le monde arabe, pourtant en plein “printemps”, a commémoré le 11ème anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 : en tuant un diplomate américain. Et en semant la confusion générale : à cause du timing si particulier du 11 septembre, mais aussi à cause du profil du diplomate, Christopher Stevens étant connu pour son soutien au Printemps arabe.

L’affaire du film américain ressemble à une arme de destruction massive. Elle est pire que celle des caricatures du prophète parues dans un journal danois en 2007. Pire aussi que l’histoire d’un autre cinéaste, le Hollandais Théo Van Gogh, assassiné en 2004 pour avoir réalisé un autre mauvais film, Submission. L’affaire Innocence of muslims porte en elle tous les germes destinés à faire tourner la tête du manifestant arabe moyen : le film est réalisé par un Américano-Israélien qui considère l’islam comme “un cancer”, et il a été principalement soutenu par un blogueur copte égyptien et un pasteur américain islamophobe. Avec les Etats-Unis et Israël comme toile de fond, et la double opposition musulmans – chrétiens et Islam – Occident pour faire monter la température, secouez tous ces ingrédients et lâchez dans la nature : le cocktail est mortel !

A ce stade, la tentation est grande d’emprunter tous les raccourcis du monde. A commencer par l’idée selon laquelle l’Amérique a fabriqué le Printemps arabe dont les vainqueurs, les salafistes, se retournent contre elle. Simpliste. Nous n’avons ni le recul, ni les éléments pour étayer ce qui ressemble, pour le moment, à une déclinaison de la fameuse théorie du complot (anti-arabe, anti-islam, etc.).Avant d’aller aussi loin, revenons simplement à l’objet de la discorde : Innocence of muslims. Ce n’est qu’un mauvais film, un de plus, que l’on peut éviter de voir, ou que l’on peut voir, nous énerver quelques minutes durant, et oublier. Ni plus ni moins.
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dimanche 8 janvier 2012

Démocratie zéro


Par Karim Boukhari, Telquel, 7/1/2012

Les islamistes se sont soumis parce qu’ils ont cru bien faire.
Ils ont eu tort.

La composition du nouveau gouvernement ne laisse aucune place au doute : la monarchie vient de creuser un peu plus le fossé qui la sépare de la démocratie. Elle aurait pu, le rapport de forces lui étant favorable et l’hégémonie du roi étant constitutionnellement garantie, lâcher du lest et soigner au moins le décor en installant un gouvernement entièrement politique. Eh bien non. La monarchie n’a renoncé ni à ses ministères de souveraineté (5 sur 30) pour verrouiller doublement le système, ni à ses ministres délégués qui ont valeur de sentinelles et de garde-fous soigneusement placés aux postes-clés

(l’Intérieur et les Affaires étrangères). Sans oublier que le cabinet royal, en accélérant brusquement le recrutement de conseillers poids lourds, commence à ressembler furieusement à un gouvernement bis avec ses “ministres” de l’Intérieur (Fouad Ali El Himma), des Affaires étrangères (Taïeb Fassi Fihri), de la Justice (Omar Azziman), du Tourisme et des Finances (Yassir Zenagui), des Affaires sociales (Zoulikha Nasri), etc.
A elle seule, la répartition des ministères de souveraineté est un indicateur cruel de la nature fondamentalement anti-démocratique du régime. Mis à part le cas particulier, et très étonnant, de Aziz Akhannouch (élu RNI jusqu’au 31 décembre, il a précipitamment démissionné de son parti pour être reconduit à la tête de l’Agriculture), les autres “ministres de souveraineté” renforcent les pouvoirs du roi là où il n’y en a objectivement nul besoin : la Défense et les Habous, alors que le roi est déjà chef suprême des armées et des services de renseignement, Commandeur des croyants et premier acteur religieux du pays. De son côté, Charki Draïss, ancien patron de la police, a été “délégué” à l’Intérieur pour continuer de gérer le pays selon la vision royale. Et Driss Dahak a été dépêché au Secrétariat général du gouvernement qui est, comme on le sait, une trappe capable d’“engloutir” les lois et décisions gouvernementales à n’importe quel moment.
Avec ce système de blocages et de verrouillages, le débat sur la compétence des ministres politiques devient de facto accessoire. Que pèseront-ils et comment pourront-ils tromper la vigilance de leurs sentinelles ? Quelle sera leur marge de manœuvre en dehors de celle que daigneront leur accorder ces mêmes gardiens du temple ?
Nous sommes donc devant le renouvellement d’un mode opératoire que l’on ne connaît que trop bien : la monarchie gouverne sans partage, directement ou via les hommes qu’elle a pris le soin de choisir ; et la volonté populaire, incarnée par les partis politiques vainqueurs aux élections, est tenue en laisse ad vitam æternam. Ce schéma autoritaire et anti-démocratique ne tient absolument pas compte de la nouvelle réalité créée par le Printemps arabe, qui a remis les mannes du pouvoir à la volonté populaire. Ce schéma, donc, nous éloigne encore plus de la démocratie.
Si la monarchie a imposé ses manières et ses vues, c’est que, en face, le PJD l’a accepté. Les islamistes viennent de commettre une grave erreur stratégique, trahissant la confiance d’une partie de leurs électeurs et engageant très mal un bras de fer qui s’annonce déséquilibré avec la monarchie. Pourquoi se sont-ils donc si docilement soumis ? Pour plusieurs raisons : la première c’est qu’ils sont tout heureux d’arriver, même d’une manière boiteuse, aux affaires. La deuxième c’est qu’ils croient avoir obtenu, avec la nomination de leurs principaux dirigeants (et notamment celle de Mustapha Ramid à la Justice), une précieuse contrepartie. La troisième c’est que, à l’instar de l’USFP de Youssoufi en 1998, ils sont convaincus d’avoir servi les “intérêts supérieurs de la nation”, du moment que dire Non au roi et se retirer du gouvernement plongeraient le pays dans une profonde crise politique. En résumé, ils se sont soumis parce qu’ils ont cru bien faire. Ils ont eu tort.
En réalité, les islamistes viennent de mettre en péril la crédibilité de leur parti en se coupant si facilement les ailes, consolidant au passage un système profondément anti-démocratique. Et ils se sont mis une pression énorme en étant obligés, avant même le terme de leur délai de grâce, de frapper fort (libérer les détenus politiques, surtaxer les riches, poursuivre les responsables confondus de corruption ou de détournements de fonds, etc.). Bon courage, les frères.
http://www.telquel-online.com/504/edito_504.shtml

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Quelques largesses du gouvernement Belkirane

Par Mahdi Midou  sur facebook

    En hiver, des enfants meurent à cause du froid sur les montagnes et le gouvernement islamiste a distribué aux 40 ministres, à chacun : une voiture (Audi), coûtant chacune 100 000 € + 7000 € par mois + une villa + un montant de 12000 euro seulement pour le protocole (cravates, costumes et chaussures)
  Est-ce que vraiment, ce qu’ attendent les Marocains du gouvernement islamiste ???????

samedi 6 août 2011

Le peuple, la monarchie, et nous

Par Karim Boukhari (directeur de publication de TelQuel, 6/8/2011

Le roi aurait pu, et dû, accorder un grand entretien à un ou plusieurs journaux marocains

Le peuple, la monarchie, et nous
Dans sa forme et dans son contenu, le dernier discours du Trône n’a rien apporté de nouveau. Il a sonné comme un rappel à l’ordre puisque le roi a expliqué à sa manière que c’est lui qui gouverne, et lui seulement. S’il y avait le moindre doute, le voilà levé. Ce n’est pas un hasard si le discours a d’ailleurs fait la part belle à la toute nouvelle Constitution puisque celle-ci consacre, comme nous le savons, le principe du roi qui gouverne. Et tout cela est très peu en rapport avec l’idéal de démocratie auquel nous aspirons… L’avenir ? Il porte un nom : les élections anticipées, qui devraient se tenir
début octobre. Là-dessus, Mohammed VI a été clair : il veut, il lui faut de nouvelles élites politiques pour mettre en exécution…son programme à lui. Ce que le roi a dit, libre à nous de le traduire très simplement ainsi : “Peuple, choisissez bien vos candidats ; futurs élus, n’oubliez pas d’appliquer ce que je dis”. En gros, le discours qui clôture en quelque sorte la saison politique a été très conservateur. Il a mis un terme à sept mois, pourtant, durant lesquels nous avions cru entrevoir autre chose, un souffle nouveau, un vent de fraîcheur, la possibilité et surtout la volonté, je dirais même le besoin, de changer.
La montagne a accouché d’une souris, voilà c’est dit. La monarchie n’a pas joué franc jeu, elle a plus manœuvré et cherché à gagner du temps (ce qu’elle a bien réussi, du reste) qu’autre chose. Elle n’a fondamentalement pas changé et elle a prouvé, au passage, qu’elle n’est pas près de le faire. Qu’entend-on par “changer” ? Lâcher du lest et laisser les autres gouverner, déjà. Mais pas seulement.

Changer, c’est aussi jouer sur l’immédiat, améliorer sans plus tarder ce qui peut l’être et ce qui ne coûte rien : c’est-à-dire le cérémonial, la forme, le détail, l’élément humain. Je vais vous dire une chose : le roi aurait pu, et dû, accorder un grand entretien à un ou plusieurs journaux marocains. J’insiste sur le vocable “marocains”.

Parce qu’il a des choses à nous dire et parce qu’on a des choses à lui demander. S’il avait consenti à le faire, on aurait eu l’immense plaisir de découvrir (oui, découvrir) que le chef de l’Etat est avant tout un être humain comme les autres, un Marocain pas au-dessus des autres, quelqu’un d’accessible et qui nous ressemble, qui doute et qui n’a pas réponse à tout, quelqu’un qui peut se tromper et le dire, et tout cela aurait renforcé la crédibilité de l’institution monarchique et donné un formidable coup de fouet au très vague “projet démocratique marocain”. Dieu sait si nous en avions tous besoin…

Dans le même ordre d’idées, le roi aurait pu, et dû, alléger le rituel de la Bey’a, dont le dernier épisode, qui nous a été donné à voir en fin de semaine, n’est pas très réjouissant. Tout de même : comment peut-on, au 21ème siècle, et au moment où le vent de la démocratie et de l’égalité entre les hommes souffle sur la planète entière, admettre – excusez-moi le terme – qu’une “armée d’esclaves” se plie en quatre et se roule par terre au passage du souverain ? Anachronique, archaïque et même, même, osons le terme parce qu’il est juste : dégradant, esclavagiste. Je sais bien ce que l’on va me répondre : ce cérémonial est une manière de garder l’équilibre entre tradition et modernité. Certes. Mais qu’attend-on pour l’alléger et le rendre plus humain ? Que perdra-t-on à faire cela ? N’est-il pas temps de faire en sorte que la tradition ne soit plus un frein au progrès ? Pourquoi enfermer le cérémonial dans ce schéma maître – serviteurs et dominant – dominés comme si le Maroc sortait à peine d’une bataille médiévale ?

Nous sommes donc déçus mais pas aigris, pas le moins du monde. Je ne crois pas. Le système, le Makhzen, l’archaïsme ont gagné…mais contre qui ? Je vais le dire autrement : “ils” ont gagné mais ceux d’en face, c'est-à-dire le peuple, n’ont pas perdu. Je ne suis personnellement pas aigri parce que j’ai vu des petites choses changer, des détails, des réflexes. Le peuple, et contrairement à des idées reçues, n’est pas seulement celui dont on achète la voix, qui dit oui ou non sans réfléchir, qui est corrompu jusqu’à l’os et qui ne pense qu’à brûler et à casser.

Le peuple n’est pas bête. Il a peut-être mis du temps à se réveiller mais il n’est pas près de s’endormir. Nous avons pu le constater tout au long de ces premiers mois de l’année 2011…

C’est sur cette note malgré tout optimiste que je vous dis au revoir, au nom de toute l’équipe de TelQuel. Merci de nous lire et de nous soutenir. Et rendez-vous en septembre avec l’espoir que, d’ici là, le Maroc sera meilleur. On peut rêver, non ?