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dimanche 14 octobre 2012

Merci pour la polémique ( sur le “bateau de l’avortement” )


  • Par : Karim Boukhari, TelQuel, 12/10/2012

Merci pour la polémique Il y a quelques jours, un navire affrété par une ONG néerlandaise a tenté d’accoster dans le nord du royaume pour pratiquer des avortements en série. Comme prévu, le “bateau de l’avortement” a été empêché de pratiquer la moindre opération. Mais était-ce son but ? Non, évidemment. L’ONG néerlandaise, qui a agi de plein concert avec le Mouvement alternatif marocain MALI, déjà responsable d’un déjeuner sur l’herbe pendant le ramadan 2009, voulait simplement réussir ce qu’on appelle un coup médiatique. Un show pour attirer l’attention sur un sujet dramatique : l’avortement. 

 L’interdiction frappée du sceau des autorités marocaines, la colère des conservateurs et des bien-pensants, voire la production littéraire entre pro et anti “bateau”, tout cela a participé à la réussite du show. Le but était la polémique et polémique il y a eu. C’est utile. Personnellement, je dis chapeau.

Au Maroc, près d’un millier de femmes avortent chaque jour clandestinement, souvent dans des conditions d’hygiène et de soutien psychologique épouvantables. D’autres femmes n’ont pas cette “chance” de pouvoir avorter puisqu’une moyenne quotidienne de 150 accouchent clandestinement et 24 parmi elles, soit une sur six, abandonnent leur bébé à la naissance*.

Vous pouvez imaginer la stigmatisation dont souffrent, tout au long de leur vie, les mères et, plus encore, les “nés sous X” qui représentent, globalement, un enfant sur dix. Enorme. Légalement, l’avortement est interdit puisque considéré comme crime contre l’humanité. Les autorités ferment pourtant les yeux devant cette pratique qui a concerné, un jour ou l’autre, la plupart des familles marocaines.

Quel est l’horizon qui s’offre, aujourd’hui, devant les centaines de milliers de Marocains nés sous X ? Pas grand-chose : grandir à l’orphelinat ou bénéficier d’une kafala, l’équivalent d’une adoption mais au sens prise en charge sans aucun droit de filiation ni succession.

En ce moment même, à Taza, dans le nord-est du royaume, une jeune femme victime de viol, tombée enceinte de son violeur, incapable d’avorter, a pu établir scientifiquement la paternité de sa fille de deux ans sans que le tribunal ne lui rende justice**. Les tests ADN ont établi la paternité du violeur mais la justice, en première instance comme en appel, ne veut pas en entendre parler, se reposant sur un article de loi, promulgué en 1983, qui explique en substance que l’enfant du zina (relation extraconjugale, illicite) reste un enfant du zina et n’a aucun droit de filiation. La réforme du Code de la famille en 2004 et la nouvelle Constitution de 2011 n’y ont rien changé. Un enfant né sous X est considéré, du point de vue du législateur marocain, comme un sous-citoyen, un éternel sous X même si la science venait à établir l’identité de son père. Et même si son père biologique en venait à le reconnaître…

Voyez comment, partis d’un gentil navire néerlandais tentant d’accoster au large de Tétouan, nous sommes arrivés au creux de la vague : une justice très en retard sur la néo-réalité de la société. Avec toute la cascade d’injustices et de catastrophes sociales à la chaîne. Que faire ? La société civile mène un combat d’avant-garde depuis plusieurs décennies. Elle est très peu soutenue par les décideurs politiques et souvent mal comprise par la société traditionnelle. Plutôt que de rester les bras croisés, elle tente, en plus de la voie consensuelle, d’enclencher des actions spectaculaires. Le “show” de MALI et de l’ONG néerlandaise est à inscrire dans cette veine. Ce n’est pas du tout gratuit. Ce n’est surtout pas contre-productif. Ce sont des coups de boutoir, des attaques destinées à affaiblir le monstre-système avant de le faire craquer, cela revient à choquer pour réveiller et se donner une chance d’avancer. Je le répète, c’est utile.
Croiser les bras et croire que tout le problème peut être réglé en menant campagne pour la seule prévention, revient à dire que la principale cause du divorce s’appelle le mariage. Ou que le meilleur moyen de ne pas tomber est de ne pas marcher. Ce n’est pas sérieux.

* ces chiffres non officiels ont été obtenus auprès de plusieurs associations féminines.
** la victime, soutenue par l’association Solidarité féminine, est en dernier recours devant la Cour suprême.

samedi 6 octobre 2012

Bateau de l'avortement : « Je suis totalement opposé à cette démarche » [Interview]




L'opération mise en oeuvre par l'association Women on waves et le MALI pour permettre à des Marocaines d'avorter en procédant à des IVG dans les eaux internationales n'a reçu le soutien d'aucune association féministe marocaine. Chafik Chraïbi, président de l'Associaton marocaine de lutte contre l'avortement clandestin, est furieux. Il estime que la démarche est contre-productive.
Yabiladi : Soutenez vous l’action de Women on waves de faire accoster un bateau destiné à accueillir des Marocaines enceintes pour leur permettre d’avorter dans les eaux internationales ?
Chaïk Chraïbi : Je suis totalement opposé à cette démarche. Cette action n’a réussi qu’à irriter la population, la société civile, les hommes politiques. Notre association a été contacté en début d’année par Women on waves pour participer depuis le Maroc à cette opération. J’ai dit non ; c’est une provocation, ce n’est pas dans notre démarche. Symboliquement, cette action est bonne, mais la démarche ne fait qu’irriter.

Vous dites que vous avez été sollicité par Women on waves. Connaissez vous les deux organisateurs du « bateau de l’avortement » ?
Je connais bien Women on waves, je connais son travail et je le respecte. Elle travaille beaucoup sur l’avortement médicamenteux. Après qu’elle nous ait sollicités, nous sommes resté en contact pour partager dans le domaine de la recherche. Le MALI est un groupuscule provocateur. C’est une philosophie, mais ça ne résout aucun problème social ! C’est un mouvement composé de jeunes très insouciants que je peux comprendre, mais ce discours ne prendra jamais au Maroc.

 Quelles sont les réactions que vous avez pu constater ?
Depuis le début de l’opération, je suis invité à m’exprimer dans les médias audiovisuels : les gens sont furieux. Je dois me rendre, demain [samedi 6 octobre, au centre culturel d’Anfa, Casablanca ndlr], au salon du bébé, de la petite enfance et de la kafala. Certaines personnes qui devaient venir m’ont dit qu’elles hésitaient à le faire dans le contexte de ces derniers jours. Tout le travail que j’ai fait depuis 7 ans... je ne dis pas qu’il est anéanti, mais là il y un autre travail à faire ; tenir un langage réaliste.

 En quoi consiste ce langage réaliste : Quelle est votre démarche ?
Nous faisons de la sensibilisation en insistant sur la détresse des femmes qui viennent dans mon cabinet, celles qui meurent d’un avortement clandestin, celles qui se suicident faute d’avoir pu avorter, celles qui tuent leur enfant en proie au désespoir ... Nous disons que l’avortement existera toujours et qu’il vaut mieux l’autoriser dans des conditions de sécurité pour la santé des femmes. L’objectif est de sensibiliser les hommes politiques et religieux. J’ai fait une conférence auprès du conseil des oulémas de Tanger, dans la mosquée Mohamed V, pour faire passer ce message. Tous étaient d’accord avec ce que j’expliquais, il n’y avait personne pour s’opposer.
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Le "navire pour l'avortement" expulsé du Maroc

Le navire de "Women on Waves" a été escorté, jeudi soir, hors des eaux territoriales marocaines par la marine du royaume. Les militants ont promis de revenir, notamment en saisissant les instances internationales.

Par Stéphanie DE SILGUY (vidéo) (FRANCE 24 avec dépêches),6/10/2012
Il a été escorté hors du pays par la marine du pays. Le "navire pour l'avortement" de l'ONG néerlandaise "Women on Waves", arrivé il y a quelques jours dans le port de Smir, dans le nord du Maroc, a quitté les eaux territoriales du royaume dans la soirée de jeudi.
"Sitôt avisées, les autorités ont attiré l'attention de l'équipage du voilier sur la nécessité du respect des dispositions légales, après quoi ledit voilier a quitté les eaux territoriales marocaines", a confirmé le ministère de l'Intérieur dans un autre communiqué.
"L'embarcation supposée être 'le bateau de l'avortement' n'est qu'un voilier de croisière arrivé (dès) le 2 septembre", a par ailleurs affirmé ce ministère.
"Aucune loi n'a été enfreinte"
Invitée par le Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali), une association marocaine, "Women on Waves" a souligné qu'"aucune loi n'avait été enfreinte".
Le 1er octobre, l'ONG néerlandaise avait fait part de son intention de se rendre au Maroc afin de proposer des avortements médicamenteux. Chaque jour, 600 à 800 Marocaines ont recours à une interruption volontaire de grossesse dans la clandestinité et, chaque année, 78 femmes meurent des suites de ces avortements.
Mercredi, après avoir laissé planer le suspense, elle avait annoncé que son navire devait arriver le lendemain. Mais, coup de théâtre, elle avait reconnu jeudi que le navire se trouvait déjà sur place. "Le bateau est arrivé il y a plusieurs jours déjà, car ils ont su que les autorités allaient les empêcher et c'était le seul moyen de parvenir jusqu'aux côtes marocaines", avait expliqué à l'AFP une députée néerlandaise, Liesbeth van Tongeren, présente à la marina de Smir.
Les militants de l'ONG, expulsés jeudi soir, ont promis de revenir. Dans d'autres pays, comme au Portugal en 2009, "Women on Waves" a fait condamner les autorités du pays par la Cour de justice européenne pour "violation de la liberté d'expression".