Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

Affichage des articles dont le libellé est SAHARA OCCIDENTAL صحراء غربية. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est SAHARA OCCIDENTAL صحراء غربية. Afficher tous les articles

lundi 14 mars 2016

Sahara : manifestation monstre à Rabat pour protester contre les propos de Ban Ki-moon.


SAHARA - Plusieurs centaines de milliers de personnes (3 millions selon les dernières estimations de la MAP) ont participé ce dimanche à une grande marche dans plusieurs quartiers du centre-ville de Rabat pour protester contre les "les déclarations biaisées" du Secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, sur le Sahara.

Plutôt que de pratiquer l'invective et le chantage, la royauté marocaine doit s'engager en urgence dans la négociation avec le Front Polisario

par l' Association des Amis de la RASD , 13/3/2016
Voilà plus de quarante ans que la Cour Internationale de justice (octobre 1975) a dit le droit : « Les éléments et les renseignements portés à sa connaissance n'établissent l'existence d'aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental d'une part, et le Royaume du Maroc d'autre part. La Cour n'a donc pas constaté l'existence de liens juridiques de nature à modifier l'application de la résolution 1514 (XV) de l'Assemblée générale des Nations Unies quant à la décolonisation du Sahara occidental, et en particulier l'application du principe d'autodétermination grâce à l'expression libre et authentique de la volonté des populations du territoire. »
Voilà quarante ans que le Maroc et en particulier ses rois, Hassan II et Mohamed VI, s'entêtent à imposer à la Communauté internationale la « marocanité » de ce territoire.
Voilà quarante ans que les Sahraouis et le Front Polisario tiennent bon, font peu à peu avancer leur droit en articulant dans le temps lutte armée et diplomatie, sans jamais dévier du respect des règles du fonctionnement de la Communauté internationale.

Maroc: Tentations et représailles pour manifester contre Ban Ki Moon

par , 13/3/2016
Le régime monarchique de Rabat fait appel a sa population pour participer dans une manifestation prévue aujourd’hui, 13 Mars 2016, dans la capital du Maroc, Rabat. Cette marée humaine qui comptera des centaines de milliers de participants est destinée à lancer un message de dénonciation contre les propos de Ban Ki-moon qui a qualifié le Sahara Occidental de territoire occupé. Une description qui a fortement ébranlé le Makhzen qui a réagi en  termes acerbes.

Droits de l’homme au Maroc : L’Europe exprime ses «préoccupations»

 par APS, 13/3/2016
L’Union européenne (UE) a exprimé ses  «préoccupations» à l’égard de la situation des droits de l’homme au Maroc, notamment dans le domaine de la liberté d’expression et de la presse, la liberté d’association et de réunion ainsi que la détention dans les prisons.
«L'UE exprime ses préoccupations au sujet des questions relatives aux droits de l'homme dans le cadre de notre dialogue politique régulier avec les autorités marocaines, et en particulier dans le cadre du sous-comité des droits de l'homme, la démocratie et la gouvernance », a écrit la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, dans sa réponse samedi aux eurodéputés Juan Carlos Girauta Vidal et Javier Nart qui l’interpellaient sur l’expulsion du Maroc en septembre dernier de l’avocat espagnol Luis Mangrané Cuevas au moment où il s’apprêtait à se rendre dans les territoires sahraouis occupés.

Espagne : Manifestation de soutien à Madrid aux prisonniers sahraouis

par El Moudjahid, 13/3/2016
Une manifestation de soutien aux prisonniers politiques sahraouis de Gdeim Izik, « injustement et illégalement emprisonnés » par les Maroc a été organisée hier à Madrid par les associations et les organisations soutenant la cause sahraouie.
Manifestation de soutien à Madrid aux prisonniers sahraouis dans le camp de Gdeim izik
 Une manifestation de soutien aux prisonniers politiques sahraouis de Gdeim Izik, « injustement et illégalement emprisonnés » par le Maroc a été organisée hier à Madrid par les associations et les organisations soutenant la cause sahraouie. Les manifestants constitués d’associations et d’ONG amies avec le peuple sahraoui outre des citoyens sahraouis établis en Espagne se sont regroupés en face du ministère espagnol des Affaires étrangères, scandant des slogans tels que « libérez les prisonniers », « le Maroc coupable et l’Espagne responsable ». Les représentants de la société civile ont rappelé que des prisonniers sahraouis qui observent depuis 12 jours une grève de la faim, sont  « arbitrairement détenus depuis cinq ans et demi et condamnés par un tribunal militaire marocain à des peines allant de 20 ans à la perpétuité ».

Sahara Occidental: Ban Ki-Moon répond aux accusations marocaines




par Mahdi Boukhalfa, Le Quotidien d'Oran, 14/3/2016
La première visite, au Maghreb, du secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-Moon, réservée à la question sahraouie, sera-t-elle suivie d'une réelle avancée dans le processus d'autodétermination, au Sahara Occidental? Il est permis, en réalité, d'esquisser quelque espoirs, tant la position de M. Ban est, pour le moment, sans «équivoque» sur ses intentions de mener à son terme, un processus bloqué depuis le cessez-le- feu, à la fin des années 1980, du temps de M. Perez de Cuellar. A la fin de cette visite, en Algérie, et dans les camps de refugiés sahraouis, le Maroc ayant refusé la venue, sur son territoire, au SG de l'ONU, le secrétariat général de l'ONU a indiqué, dans un communiqué, que «le statut final du Sahara Occidental reste à déterminer par un référendum d'autodétermination», et a dans la foulée rejeté les prétentions du Maroc, sur le Sahara Occidental, qu'il estime être un territoire non autonome. «Le statut du territoire du Sahara Occidental reste à déterminer, comme il est considéré territoire non autonome», précise le communiqué du secrétariat général de l'ONU, mercredi soir. 
Le communiqué du SG de l'ONU fait suite aux accusations de Rabat contre M. Ban ki-moon et les tentatives du Makhzen de jeter le discrédit sur le SG de l'ONU, qui a rappelé que les territoires sahraouis sont, injustement, occupés par le Maroc. Mieux, l'ONU rappelle au Maroc, qu'il a lui-même signé et reconnu le statut des territoires non autonomes, dont le Sahara Occidental, avec tous les Etats membres de l'ONU, qui ont accepté de déterminer le statut final de ces territoires, en vertu des résolutions de l'Assemblée générale, adoptées, sans vote. 

mercredi 9 mars 2016

Selon Federica Mogherini, le Sahara Occidental est un territoire éligible à l’autodétermination

Agences, 09.03.16
 La haute représentante de l’Union européenne (UE) aux Affaires étrangères et à la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a réaffirmé le droit du peuple sahraoui à disposer de lui-même, soulignant que le Sahara occidental est un territoire non autonome éligible à l’autodétermination.
«Le Sahara occidental est un territoire non autonome. Les principes fondamentaux applicables aux territoires non autonomes sont fixés dans l'article 73 de la Charte des Nations unies» qui accorde à ces territoires un droit inaliénable à l’autodétermination, a écrit la chef de la diplomatie de l’UE dans sa réponse à l’eurodéputé Miguel Viegas qui s’inquiétait des conséquences de l’annulation de l’accord agricole UE-Maroc.
«L'UE soutient pleinement les efforts du secrétaire général des Nations unies pour parvenir à une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable qui permette l'autodétermination du peuple du Sahara occidental dans le cadre d'arrangements conformes aux buts et principes de la Charte de l'ONU», a insisté Mogherini dans sa réponse.
De son côté, le commissaire européen à l’Agriculture et au Développement rural, Phil Hogan, a affirmé que l’appel, introduit par le conseil des Affaires étrangères de l’UE suite à l’annulation de l’accord agricole le 10 décembre dernier par la cour de justice de l’Union européenne est «non suspensif».

Sahara Occidental : Lettre-pétition à François Hollande


Dans le cadre de la 11ème édition de Semaine Anticoloniale et Antiraciste, qui se tient à Paris du 5 au 19 mars, les associations de Sahraouis en France et les associations françaises de soutien à la cause sahraouie ont animé un stand au salon anticolonial les 5 et 6 mars. De nombreux échanges ont eu lieu avec les visiteurs sur la situation au Sahara occidental, des documents ont été distribués et une lettre-pétition à François Hollande a été signée par plus de 180 personnes qui ont également apporté leur soutien à la grève de la faim des prisonniers politiques sahraouis du groupe de Gdeim Izik.
La Semaine Anticoloniale sera conclue, comme chaque année, par une manifestation le samedi 19 mars contre la guerre, le colonialisme et  le racisme et pour le soutien au droit à l'autodétermination des peuples.
Voici le texte de la Lettre-pétition adressée au président de la République française:
Monsieur le président de la République
Au cours de votre déplacement à Cuba en mai 2015, vous avez déclaré: "Je parlerai des droits de l'homme car chaque fois qu'il y a des prisonniers politiques, chaque fois qu'il y a des manquements à la liberté, la France ne reste pas bouche cousue".

lundi 31 août 2015

M’hamed Khadad : "L’adhésion du Front Polisario aux Conventions de Genève renforce sa position sur la scène internationale"

par SPS, 30/8/2015

Le coordinateur sahraoui avec la MINURSO, M’hamed Khadad a considéré la décision du Conseil fédéral suisse d’accepter le Front Polisario  aux Conventions de Genève,  renforce sa position sur la scène internationale et affirme que la présence du Maroc au Sahara occidental est une occupation illégale.
Dans une interview au journal algérien Elkhabar, le responsable sahraoui a souligné qu’un État dépositaire comme la Suisse ne peut pas agir d’une manière aléatoire, et sa décision a été prise après une étude juridique approfondie, ajoutant que le Front Polisario demeure préoccupé par  la poursuite de l'occupation marocaine du Sahara Occidental conformément à la recommandation 34-37 du 21 novembre 1979 des Nations Unies.

vendredi 6 février 2015

Une délégation basque à El Aaiun

par SPS, 4/2/2015
El Aaiun  (territoires sahraouis occupés) 04 fév 2015 (SPS) Le Collectif des défenseurs sahraouis des droits de l'homme (CODESA), s’est entretenu  mardi  avec  les membres de la délégation de région de San Sebastián/Donostia (Pays basque, Espagne) dans la ville d’El Aaiun occupée, selon une source de ministre des territoires occupés et des communautés sahraouies établies à l’étranger.

samedi 12 juillet 2014

Communiqué : arrestations et harcèlement de journalistes dans les Territoires Occupés du Sahara Occidental

 Par Claude Mangin, 9/7/22014



Communiqué


Jeudi  2 juillet le journaliste Sahraoui Haissan Mahmoud a été arrêté à l'aube par des agents de la police marocaine qui l’attendaient devant son domicile. Le 1er juillet, la TVRASD avait publié une vidéo d'une manifestation pacifique populaire à El Aaiun occupée dans laquelle le journaliste apparaissait.


Notre correspondant sur place a confirmé avoir vu El Haissan couvrir la manifestation organisée rue Tan-Tan pour célébrer joyeusement la performance sportive de l'équipe algérienne au Brésil dans la Coupe du Monde de football.

Selon ses proches, le journaliste sahraoui Haissan a été conduit à la préfecture de la police pour être interrogé, puis il a été présenté devant le procureur le lendemain, sous les accusations « entrave à la circulation, attaque des forces de l'ordre »

Samedi 5 juillet dans l'après midi les avocats de la défense ont rapporté après leur rencontre avec El Haissan avoir vu des signes de torture bien visibles sur le corps du détenu. El Haissan leur a dit d’autre part qu’il avait été intimidé et menacé par le procureur du roi qui a donné l’ordre de le transférer à la Prison Noire.


Les militants de l'intifada et en particulier les journalistes sont régulièrement et de plus en plus la cible des autorités d’occupation marocaine, qui réagissent par la répression aux témoignages objectifs et médiatisés de leurs exactions contre la population civile sahraouie dans les territoires occupés.  
Si l’on ne considère les 4 dernières années,  après le démantèlement de Gdaim Izik, des journalistes sont incarcérés, blessés de manière à entrainer leur incapacité physique, intimidés par la violence, ou dépouillés de leurs matériels professionnels.


Le 5 décembre 2010 les autorités d'occupation ont arrêté les journalistes Bachir Khadda et Hassan Dah du groupe Equipe media qui ont été condamnés après 2 ans de détention préventive à 30 et 20 ans de prison ferme. 
Le 8  décembre 2010, les journalistes de l’équipe média Hayat Rguibi et Nguia El Haouassi ont été arrêtées à l'aéroport d'El Aaiun occupée alors qu’elles partaient pour l’Afrique du Sud. Elles ont été incarcérées et ont passé plus de six mois dans la  "prison noire" de El Aaiun sans jugement. 
Le 24 décembre 2010, Khatar Mraizig  et Mohamed Ali Sidzein, deux journalistes de l'équipe media, arrêtés à Casablanca puis transférés à El Aaiun, ont passé plus de huit mois à la "prison noire" sans jugement.


Hassana Alya, journaliste de l'équipe media, arrêté en janvier 2011 par la police marocaine est lui relâché après trois jours d’interrogatoire en garde-à-vue. Néanmoins, les autorités marocaines émettent un mandat d'arrêt contre lui lors de son séjour en Espagne en raison de ses activités journalistiques, le jugent par contumace avec le groupe de Gdaim Izik et le condamnent à la prison à vie. Il est depuis en Espagne et ne peut rentrer au Sahara Occidental.


Le 11 février 2014 les journalistes sahraouis Sidi Sbai, Bouamoud Bachir, Jamour Mohamed et Tobali Hafed de l'instance indépendante du media sont arrêtés au check-point nord de Sidi Ifni, ville du sud du Maroc. Ils sont condamnés à des peines de 4 à 6 mois de prison ferme.


Le 29 septembre 2013, Mlle Afaf Husseini  journaliste de l'équipe média est attaquée pour une seconde fois en 6 mois par la police marocaine qui lui casse le bras. Outre le préjudice des gros frais nécessaires à l’opération faite à Agadir, elle en garde une incapacité à travailler de plusieurs mois.


Depuis 4 ans, 13 journalistes sahraouis ont été privés de leurs outils de travail, caméra photo, vidéo, enregistreurs, véhicule, confisqués ou endomagés sans contrepartie par la police marocaine. Ce sont des journalistes des équipes EM, TVRASD, Radio Maizerat, et centre sahraoui de la communication.

30 journalistes des mêmes équipes ont été frappés et blessés sérieusement heureusement sans fractures.


L’Equipe Média est solidaire de la RASD TV qui réclame la libération de son journaliste Haissan Mahmoud.

Les arrestations arbitraires, intimidations, agressions des journalistes sahraouis par les autorités marocaines d’occupations sont des atteintes à la liberté d’expression et à la liberté de la presse, tout à fait contraire aux valeurs revendiquées par le régime marocain, et par les lois internationales.


EM, Sahara Occidental occupé

Le 8 juillet 2014


samedi 31 mai 2014

« Le Maroc et le Front Polisario continuent à penser le conflit comme dans les années 1970 ou 1980″

Par Olivier Quarante, 23/5/2014


La spécialiste du Maghreb, Khadija Mohsen-Finan
La spécialiste du Maghreb, Khadija Mohsen-Finan
Spécialiste du Maghreb, Khadija Mohsen-Finan est chercheure associée à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et une très bonne connaisseuse du conflit du Sahara occidental. Au lendemain du vote du Conseil de sécurité de l’ONU sur ce dossier, elle livre à Nouvellesdusahara.fr son analyse de la situation actuelle. Pour cette universitaire, si la communauté internationale veut contribuer à trouver une issue à ce conflit, « il faut poser les bonnes questions et inciter les acteurs à proposer de vraies réponses ».

Nouvellesdusahara.fr :
Le 29 avril, le conseil de sécurité de l’ONU a approuvé à l’unanimité le renouvellement du mandat de la MINURSO. Le fait marquant des débats qui ont entouré ce vote est le rejet d’étendre ce mandat en y incluant un mécanisme de surveillance des droits de l’homme, comme le réclament à la fois des associations (non reconnues) sahraouies, plusieurs pays (comme l’Algérie, le Royaume-Uni, les USA l’an dernier) et des ONG internationales.
Comment analysez-vous cette décision alors que ce « monitoring » est présenté comme un moyen de faire évoluer le dossier et alors que l’impasse est dénoncé de toutes parts ?

Khadija Mohsen-Finan :
La question des droits de l’homme est en effet très importante. Elle révèle deux facteurs qu’il faut nécessairement prendre en compte dans l’évolution du conflit.
D’une part, depuis 1999, les Sahraouis revendiquent différemment. Bien avant ce qu’on appelle le « printemps arabe », ils ont puisé dans un nouveau registre référentiel, celui des droits de l’homme, des libertés individuelles et politiques et de la légalité internationale. Ce mode de revendication est devenu le leur, que ce soit en 2005, en 2009 avec l’affaire Aminatou Haïdar (Note de Nouvellesdusahara.fr : refus par le Maroc de laisser la militante revenir chez elle à El Ayoun, après qu’elle ait écrit « Sahraouie » devant la case « Nationalité » de sa fiche de renseignements, et grève de la faim suivie par cette même militante dans l’aéroport de Lanzarote aux îles Canaries) et après, chaque fois qu’il y a des manifestations.
D’autre part, après les révolutions qui se sont produites dans le monde arabe en 2011, la communauté internationale ne peut plus fermer les yeux sur le traitement des droits de l’homme. Pour preuve, le langage des Nations Unies a changé. Dans le rapport du Secrétaire Général de l’ONU en 2012, Christopher Ross, l’envoyé spécial du SG, mentionnait la nécessité de prendre en compte le « peuple du Sahara » (Note de Nouvellesdusahara.fr : et non plus « la population du Sahara occidental », comme dans le rapport d’avril 2011, point 118).
En introduisant ce concept, le rapport essayait de briser le côté figé de la situation en la plaçant dans la dynamique du « printemps arabe ».
Compte tenu de cela, le conflit du Sahara ne doit plus revêtir cet aspect exceptionnel qui était le sien. En effet dans tous les conflits, les missions de l’ONU sont dotées de prérogatives au niveau des droits de l’homme, à l’exception de la Minurso.

Lors du séjour en août 2012 de la délégation de l'ONG Center Robert F. Kennedy. Crédit : Center Robert F. Kennedy for Justice and Human Rights
Lors du séjour en août 2012 de la délégation de l’ONG Center Robert F. Kennedy. Crédit : Center Robert F. Kennedy for Justice and Human Rights

Nouvellesdusahara.fr :
L’argument principal pour justifier ce rejet est l’opposition du Maroc et l’action du royaume à travers la création du CNDH fin 2011.
Que pensez-vous de cet argument alors qu’on peut noter que le secrétaire général de l’ONU lui-même doute de l’efficacité d’une telle instance ?
Ce dernier a demandé dans le rapport d’avril 2013 la « surveillance » des droits de l’homme et avait préalablement réitéré la préconisation directe d’un « mécanisme » dans son rapport d’avril 2014, avant de supprimer le mot et de se contenter de demander la mise en place d’un « contrôle », indépendant et impartial…

Khadija Mohsen-Finan :
La question de la recherche d’une issue à ce conflit est confiée à l’ONU depuis 1991. Ce n’est donc pas au Maroc de gérer la question des droits de l’homme. Le Maroc ne peut pas être juge et partie dans ce conflit. Dire que la gestion des droits de l’homme au Sahara est gérée par le Conseil National des Droits de l’Homme, c’est rattacher le Sahara au Maroc, car le Conseil est bien « national » comme son nom l’indique. Si c’est le cas, alors il faut le dire, nous n’avons plus besoin de la MINURSO et le conflit n’a plus de raison d’être, il est réglé sans que nous le sachions. Mais ce n’est pas le cas, l’ONU n’ayant pas statué sur ce territoire.
De la part du Maroc, nous sommes une fois de plus dans la politique du fait accompli. Ce n’est pas une question d’efficacité ou d’inefficacité du CNDH, c’est qu’il n’a pas vocation à traiter du Sahara et des Sahraouis. Mais, le Secrétaire Général de l’ONU n’est pas clair là-dessus, il louvoie pour ménager Rabat, et ce manque de clarté contribue à l’inertie dans la recherche d’une issue au conflit. L’ONU en parle comme si c’était une question interne au Maroc et, ensuite, les représentants de l’ONU disent qu’ils ne peuvent pas travailler au Sahara car les Marocains se comportent comme chez eux. Il faudrait que l’ONU communique mieux et plus clairement pour que les gens comprennent les enjeux de ce conflit. Plus personne ne comprend les véritables enjeux de ce conflit. Le SG de l’ONU évoque la nécessité d’un « contrôle indépendant », cela signifie que ce n’est pas du ressort du Maroc, ce qui est vrai, mais il faut le dire plus clairement.

Beaucoup de Sahraouis
rejoignent une voie médiane

Nouvellesdusahara.fr :
Que pensez-vous du fait que le Front Polisario et ses amis focalisent autant les discussions autour du renouvellement du mandat de la MINURSO sur la question des droits de l’homme ?
Est-ce selon vous une stratégie intéressante ou est-ce désormais un échec, étant donné que sur ce terrain-là, le Maroc prend des décisions (création du CNDH, accueil de représentants de l’ONU et d’instances satellites, validation d’une loi pour interdire désormais le jugement de civils par des tribunaux militaires…) pour prouver sa bonne volonté, ce que louent très rapidement ses pays amis ?

Khadija Mohsen-Finan :
La partie adverse, c’est-à-dire le Front Polisario, a raison de mettre l’accent sur la question des droits de l’homme. C’est un déni de souveraineté à l’adresse du Maroc et, en plus, ils sont au diapason des revendications des Sahraouis qui manifestent dans le Sahara administré par le Maroc ou à Tindouf comme en mars 2011.
C’est aussi, pour le Front Polisario, une manière de récupérer les Sahraouis qui lui échappent de plus en plus sans reconnaître pour autant l’autorité de Rabat. Certains de ces Sahraouis rejoignent une voie médiane, celle de « khat el chahid », qui est un mouvement constitué de dissidents du Front Polisario installés en Espagne, ou militent simplement au niveau individuel. Ils rejoignent ainsi les soulèvements observés dans le monde arabe depuis 2011.
Par ailleurs, en mettant l’accent sur les droits de l’homme, les cadres du Front Polisario espèrent sensibiliser la communauté internationale et la mettre en accusation en la mettant devant ses responsabilités. On ne pourra plus dire que les instances internationales ne savent pas, elles agissent en connaissance de cause.
Le Maroc n’a pas à prouver sa bonne ou sa mauvaise volonté… Le problème c’est que la gestion des ressources et des hommes du Sahara n’est pas de son ressort, si c’était le cas pourquoi est-il question de débattre d’une éventuelle autonomie du Sahara sous souveraineté.
Cela complique considérablement les choses, car le Maroc ne peut négocier l’avenir d’un territoire qu’il considère déjà comme le sien, alors que la communauté internationale et le droit international ne lui en reconnaissent pas la propriété. En 2009, l’affaire Aminatou Haïdar a bien montré que l’affrontement et la négociation entre les protagonistes avaient changé de nature. Le Maroc n’est plus invité à combattre un groupe indépendantiste qui se nomme Front Polisario, mais des individus qui, au nom de leurs droits, refusent de voir leur identité diluée dans la nation marocaine. Si l’autonomie venait à être reconnue, ce serait différent car là, il s’agirait d’une reconnaissance de l’identité sahraouie justement.
La militante Aminatou Haidar a attiré l'attention des media internationaux en décembre 2009 lors de sa grève de la faim et a obligé le Maroc à revenir sur sa décision de lui retirer son passeport. Crédit ph. : http://www.flickr.com/photos/sahara/89507564/

La militante Aminatou Haidar a attiré l’attention des media internationaux en décembre 2009 lors de sa grève de la faim et a obligé le Maroc à revenir sur sa décision de lui retirer son passeport.
Crédit ph. : http://www.flickr.com/photos/sahara/89507564/

Nouvellesdusahara.fr :
On a l’impression que toute initiative qui pourrait faire bouger les lignes -on a parlé du mécanisme de surveillance, on pourrait parler encore de l’action de députés européens qui replaçaient l’accord de pêche entre l’UE et le Maroc dans le cadre général du conflit- est systématiquement écartée grâce à un travail intense de lobbying du Maroc et aux poids qu’ont les relais puissants du royaume.
Dans ce contexte, pensez-vous que le conflit du Sahara occidental peut un jour prendre un nouveau tournant ? si oui, comment ?

Khadija Mohsen-Finan :
Le travail intense de lobbying marocain est certainement une réalité. De nombreux Marocains y contribuent, et le coût financier de ces opérations est très élevé. Toutefois, la classe politique marocaine considère qu’il est nécessaire dans la mesure où elle a lié le succès de son régime à l’affaire du Sahara.
Compte tenu de l’importance de ce dossier, certains acteurs économiques ou politiques œuvrent aussi dans ce sens pour se rapprocher du roi, écartant de ce fait d’autres acteurs ou institutions comme le gouvernement par exemple, ou les doublant. En ayant recours à de telles pratiques, ils marginalisent des institutions et des acteurs qui ont été élus. Ils mettent ainsi à mal l’ouverture politique qui a été amorcée par Hassan II à la fin des années 1990.
L’enjeu est donc doublement important, puisqu’il s’agit de faire pression sur les instances de décision et par ailleurs, ces pratiques entravent considérablement le fonctionnement politique. Sans compter que le procédé écarte complètement les sociétés civiles.
Cela n’est pas nouveau et le Maroc en a plutôt bénéficié sans toutefois réussir à vaincre l’adversaire, malgré la faiblesse du Front Polisario. Mais j’ai le sentiment que ce genre de pratique est décalé par rapport à la réalité. L’offre politique des deux protagonistes me semble anachronique. Elle est en parfait décalage par rapport aux demandes des Sahraouis et ne tient pas compte des évolutions du conflit. Ce fossé observé entre offre politique et revendication que l’on peut aisément qualifier de « citoyennes » contribue à l’immobilisme et rend toute négociation impossible.

 En appuyant telle ou telle partie,
les grandes puissances
contribuent à figer ce dossier
Maroc et Front Polisario continuent à penser le conflit comme dans les années 1970 ou 1980. Cela prouve bien que l’essentiel pour eux n’est pas de trouver une solution qui puisse satisfaire les Sahraouis, mais d’avoir raison contre l’adversaire et avec des positions qui s’excluent mutuellement.
Les puissances, grandes et moyennes ont une responsabilité dans cet immobilisme. En appuyant telle ou telle partie, elles contribuent à figer ce dossier. Or, si on veut contribuer à trouver une issue à ce conflit, il faut poser les bonnes questions, inciter les acteurs à proposer de vraies réponses ou offres politiques.
S’il s’agit d’autonomie, alors il faut veiller à ce que le contenu du plan marocain corresponde à une vraie autonomie. Mais dire que c’est une base de négociation ne veut rien dire puisque la discussion est impossible.
Wakkala à Dakhla, au Sahara occidental, un quartier où vivent beaucoup de Marocains venus s'installer tout au sud de ce territoire. O.QuaranteS’il s’agit d’une consultation référendaire, il faut alors s’interroger sur les questions à poser aux Sahraouis et à la définition du Sahraoui, ce qui est à mon avis la chose la plus complexe.


Wakkala à Dakhla, au Sahara occidental, un quartier où vivent beaucoup de Marocains venus s’installer tout au sud de ce territoire. O.Quarante

Nouvellesdusahara.fr :
Fin février, une crise diplomatique est survenue entre la France et le Maroc. Alors que le Quai d’Orsay a très vite qualifié d’ »incident regrettable » la convocation du directeur du contre-espionnage marocain de passage à Paris par une juge dans le cadre des plaintes déposées contre lui par des ressortissants marocains et un militant sahraoui, le gouvernement du Maroc a été jusqu’à suspendre les coopérations judiciaires entre les deux pays, une décision très importante étant donné les relations étroites entre français et marocains.
On peut avoir l’impression que le Maroc sur-réagit, en dramatisant beaucoup, en n’hésitant pas à forcer la porte, comme au lendemain de l’élection de François Hollande en mai 2012, en utilisant le moindre fait pour exercer une certaine pression sur son allié historique, surtout quand on approche d’échéances importantes.
Partagez-vous cette impression ? Est-ce un trait caractéristique de la diplomatie marocaine ?

Khadija Mohsen-Finan :
Je ne sais pas si nous devons en tirer pareille conclusion et dire que c’est une caractéristique de la diplomatie marocaine. Je pense que la « crise » maroco-française de février 2014, provoquée par la présentation du documentaire de Javier Bardem, est à situer dans un cadre plus large.
Je crois sincèrement que le « printemps arabe » a modifié la donne dans les relations entre Paris et Rabat. Pour les Français, même si c’est de l’ordre de l’implicite, il existait un « bon élève » au Sud de la Méditerranée et dans le monde arabe : c’était le Maroc, qui évoluait à petits pas vers la démocratie, avait opté pour une politique d’ouverture politique et avait exprimé la volonté de tourner le dos à la mauvaise gestion des droits de l’homme.
Tout cela a rapproché les deux pays. Mais cette appréciation a fait écran et les Français ne sont pas allés regarder ce qu’il y avait derrière cette belle image du Maroc. Ils n’ont pas vu qu’il y avait reflux au niveau des libertés, notamment celle de la presse et des médias, n’ont pas été curieux au niveau de l’objectif de l’Instance Equité et Réconciliation, une politique de pardon qui se faisait avec les seuls victimes et sans les bourreaux, n’ont pas été attentifs aux effets de la modification de la dernière constitution et de la supposée réorganisation des pouvoirs. Paris s’est contenté de la politique d’affichage que pratique avec aisance le Maroc.

Acculer son allié à se prononcer…

De plus, le « printemps arabe » fait voler en éclats ces normes construites. Il montre qu’il n’y a pas d’exception arabe et que la volonté de changement peut être définie par d’autres acteurs venant de la société civile, décidés à rompre avec la dictature et l’autoritarisme. Les sociétés civiles ont montré leur détermination à aller vers la citoyenneté et la démocratie. Le soubassement de la relation entre la France et le Maroc s’en trouve fragilisé et Rabat a manifesté une volonté d’avoir des assurances sur le soutien inconditionnel de son ami et allié français en l’acculant à faire des choix, à se prononcer, à sortir de sa réserve.


François Hollande et Mohamed VI lors de la visite du chef d’Etat français les 3 et 4 avril 2013. Photo : Présidence de la République française

Nouvellesdusahara.fr :
Avec l’arrivée de François Hollande à l’Elysée voilà deux ans, certains avaient quelques espoirs de voir l’Etat changer son approche du conflit du Sahara occidental.
La nomination de Jean-Marc Ayrault à Matignon, dont on se souvient le courrier daté de mars 2011 qui utilisait des termes peu habituels dans le vocabulaire de la diplomatie française, était également un signe plutôt positif selon certains.
Comment analysez-vous l’approche et l’action françaises sur ce dossier depuis ?
Le discours de François Hollande à Rabat en avril 2013, parlant des efforts à accomplir pour aider les familles sahraouies séparées de chaque côté du mur, pouvait donner l’impression d’une certaine prise de distance par rapport aux formules consacrées, se bornant à dire tout le bien que la France pense de la proposition d’autonomie marocaine de 2007…

Khadija Mohsen-Finan :
L’arrivée de nouveaux chefs à la tête des Etats susceptibles d’influencer le cours des événements dans ce dossier saharien suscite toujours beaucoup d’espoir. Or, l’histoire de cette région montre que le changement d’hommes aux commandes n’implique pas de changement significatif sur le conflit. Cela est vrai de l’Algérie comme de la France.
En réalité, les politiques et les intérêts restent inchangés, mais chacun des chefs d’Etat y met les formes qui lui conviennent le mieux.
La politique saharienne de la France n’est pas différente. Paris appuie et encourage le plan d’autonomie marocain pour plusieurs raisons. La France souhaite certainement atténuer la puissance géopolitique algérienne. Elle veut aussi voir son allié marocain stabilisé et renforcé et redoute une déstabilisation du régime marocain. Mais dans le même temps, Paris a besoin de l’Algérie qui est son allié stratégique dans sa lutte contre AQMI.
François Hollande et Mohamed VI lors de la visite du chef d'Etat français les 3 et 4 avril 2013. Photo : Présidence de la République française
François Hollande et Mohamed VI lors de la visite du chef d’Etat français les 3 et 4 avril 2013. Photo : Présidence de la République française
Sa proximité géographique, culturelle et politique avec ces deux pays qui faisaient partie de son empire colonial en fait un acteur particulier souvent sollicité et facilement accusé d’hégémonie.
Pour toutes ces raisons et bien d’autres, la France n’a jamais véritablement pensé le conflit du Sahara de manière intrinsèque, mais toujours en lien avec la politique saharienne du Maroc et de l’Algérie, avec un parti pris pour le Maroc.
Pour aller plus loin : sélection chronologique de ressources
*Le CV de Mme Khadija Mohsen-Finan
*Participation en mai 2013 de Khadija Mohsen-Finan à une émission spéciale de RFI intitulée : « La peur d’une contagion du conflit malien peut-elle être bénéfique aux Sahraouis ? », en présence du journaliste Ignacio Cembrero et de l’historien Pierre Vermeren, et diffusée en deux épisodes : 1 et 2
*« L’exception marocaine » dans le contexte des soulèvements arabes, texte écrit en décembre 2011 par Khadija Mohsen-Finan
*Interview de Khadija Mohsen-Finan sur RFI le 8 novembre 2010, quelques heures avant le démantèlement du camp de Gdeim Izik par les forces de l’ordre marocaines
*« Inextricable, le conflit du Sahara occidental rebondit », article écrit par Khadija Mohsen-Finan et paru dans Le Monde diplomatique en Janvier 2006
*« Le Sahara occidental, le maintien du statu quo », texte de Khadija Mohsen-Finan publié en mai 2004
*« Le règlement du Sahara occidental – A l’épreuve de la nouvelle donne régionale », long texte paru en 1999 dans le N°176 de la revue Politique africaine.
Source : http://www.nouvellesdusahara.fr/le-maroc-et-le-front-polisario-continuent-a-penser-le-conflit-comme-dans-les-annees-1970-ou-1980/

samedi 10 mai 2014

Que fait Total au Sahara occidental ?

par Olivier Petitjean, Observatoire des multinationales, 31 mars 2014 

Au large du Sahara occidental - territoire conflictuel occupé par le Maroc depuis près de quarante ans -, Total et d’autres firmes internationales commencent à mener des activités de prospection pétrolière et gazière. Le tout dans des conditions contestables du point de vue de la consultation des populations locales et du partage équitable des bénéfices éventuels avec celles-ci. Les militants sahraouis dénoncent depuis des années le rôle de l’entreprise française dans ce qu’ils considèrent comme une remise en cause de la souveraineté de leur territoire. Total est désormais critiquée aussi par certains investisseurs « éthiques », au premier rang desquels les fonds norvégiens.
Le fonds souverain norvégien, quatrième actionnaire de Total avec un peu plus de 2% des actions (pour une valeur d’environ 3 milliards d’euros), a annoncé qu’il allait se pencher sur les activités de Total au Sahara occidental afin de vérifier leur conformité avec son code éthique.
Total bénéficie d’une licence couvrant une zone offshore de plus de 100 000 kilomètres carrés (la surface du Portugal) au large du Sahara occidental, le « bloc Anzarane ». Originellement octroyée en 2002 par le gouvernement marocain, elle vient d’être renouvelée, pour des opérations de reconnaissance. L’entreprise française souligne n’avoir pas encore, à ce jour, déposé de demande de réalisation de forages exploratoires.
Selon les défenseurs des droits du peuple sahraoui - notamment l’ONG Western Sahara Resources Watch (WSRW, « Veille sur les ressources naturelles du Sahara occidental ») -, les licences octroyées à Total et à d’autres firmes pétrolières et gazières sur le territoire sahraoui par le gouvernement marocain sont illégales du point de vue du droit international.
http://a133.idata.over-blog.com/1/06/13/86/photos-blog-num-ro-3/dsc_0569.jpg

Les affaires sont les affaires

Ils estiment même que Total contribue dans les faits, en collaborant avec un « gouvernement d’occupation », à délégitimer la lutte pour l’autodétermination du peuple sahraoui : « L’industrie pétrolière devient un obstacle qui empêche de faire pression sur le Maroc pour qu’il accepte ce droit [à l’autodétermination] », déclare ainsi Erik Hagen, président de WSRW.
L’ONG a publié l’année dernière un rapport très critique sur le rôle de Total au Sahara occidental, intitulé « Injustice totale ». « Total démontre un mépris complet des principes fondamentaux de la responsabilité sociale des entreprises. La compagnie refuse d’engager la moindre discussion sur les droits légitimes du peuple du territoire occupé », déclarait alors Erik Hagen. Selon WRSW, Total refuse de clarifier ses projets au Sahara occidental et se défausse de toute responsabilité dans le conflit en arguant du fait qu’elle ne s’occupe pas de politique.
En réponse à l’annonce du fonds souverain norvégien, Total a déclaré à Reuters que ses « activités offshore au Sahara occidental, comme dans d’autres régions où [elle opère], sont en ligne avec le droit et les standards internationaux applicables figurant dans [son] Code de conduite, en particulier ceux liés aux droits humains ».
Comme le soulignait un récent article du Monde (à propos de l’engagement de Total dans le pétrole de schiste russe en pleine crise diplomatique sur l’Ukraine), « la politique de Total a toujours été de poursuivre ses activités dans des pays critiqués tant qu’une interdiction émanant du gouvernement français ou des Nations unies ne les interdisait pas, comme ce fut le cas en Irak et en Iran ».

Désinvestissement

Le fonds souverain norvégien, qui gère un portefeuille de 600 milliards d’euros, a mis en place un certain nombre de critères éthiques, qui l’ont conduit dans le passé à se désinvestir de 63 entreprises au total - principalement du fait de leur implication dans le secteur du tabac, des armes nucléaires et des mines antipersonnel. Le fonds réfléchirait actuellement à une extension de ses critères d’exclusion, pour y inclure les compagnies pétrolières et gazières opérant dans des pays à fort risque de corruption, les firmes impliquées dans des atteintes aux droits des travailleurs dans le secteur textile, ou encore celles impliquées dans la surpêche ou la destruction des forêts. Il pourrait même renoncer à investir dans les énergies fossiles (un paradoxe dans la mesure où le fonds est issu des royalties pétrolières et gazières norvégiennes).
Le fonds norvégien s’était déjà désinvesti en 2005 d’une autre firme pétrolière alors active au Sahara occidental, Kerr-McGee En juin 2013, la firme norvégienne d’assurance-vie KLP avait, de son côté, également annoncé son désinvestissement de Total en raison de ses activités au Sahara occidental [1].
Une autre multinationale pétrolière bénéficie d’une licence d’exploration au Sahara occidental octroyée par le gouvernement marocain : la ’junior’ américaine Kosmos Energy. Celle-ci est spécialisée dans les opérations de prospection « pionnières », et s’est illustrée notamment dans la découverte et l’exploitation du champ Jubilee, au large du Ghana [2]. Kosmo a déjà des activités de prospection avec BP au Maroc au large d’Agadir et d’Essaouira, et a annoncé son intention d’entamer des activités similaires en octobre dans la zone dite du Cap Boujdour, au large du Sahara occidental.
http://s.tf1.fr/mmdia/i/61/2/tf1-lci-militants-de-greenpeace-manifestant-contre-total-au-2271612.jpg?v=1

« Intérêts et aspirations du peuple sahraoui »

Colonie espagnole jusqu’en 1976, le Sahara occidental a été ensuite occupé par le Maroc, qui en revendique la souveraineté. Des années de conflit s’en sont suivies entre les forces armées marocaines et le Front Polisario indépendantiste, soutenu par l’Algérie. Un cessez-le-feu a été imposé par les Nations Unies en 1991, suite auquel devait se tenir un référendum d’autodétermination. Lequel n’a jamais eu lieu, les deux parties étant en désaccord sur le droit des colons marocains à y participer. Aucun autre pays ne reconnaît à ce jour la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.
Suite à l’octroi par le Maroc en 2002 de licences de prospection pétrolières au Sahara occidental, les Nations Unies ont publié un avis ambigu, dit « Opinion Corell », qui reconnaît l’autorité administrative de fait du Maroc et estime que les activités pétrolières ne seront légales que si elles ne contreviennent pas « aux intérêts et aux aspirations du peuple du Sahara occidental ».
Le Maroc et les compagnies pétrolières se sont empressés de mettre en avant les « retombées économiques positives » du pétrole pour légitimer leurs actes. Les autorités marocaines assurent souhaiter un « partage équitable des bénéfices » avec les Sahraouis - même si pour l’instant ils soulignent surtout la création d’emplois, sans qu’il soit question de retombées financières. En renouvelant, au début de l’année, les licences de Total et de Kosmos, le gouvernement du Maroc a aussi promis que « les populations locales et leurs représentants seront consultés et associés », sans autre précision. Depuis la publication de l’Opinion Corell en 2002, rien n’a jamais été fait en termes de consultation formelle.
Les organisations sahraouis estiment que la population locale est opposée à l’arrivée des multinationales pétrolières, et que les licences sont donc illégales dans les termes mêmes de l’Opinion Corell. Cela n’a pas empêché le Front Polisario d’accorder lui-même, en mars 2014, une licence de prospection pétrolière et gazière à une firme britannique, Red Rio Petroleum, dans un territoire sous son contrôle. Une licence qui inclut une étude de faisabilité sur l’extraction de gaz de schiste par fracturation hydraulique [3]...
En tout état de cause, le territoire du Sahara occidental reste occupé par l’armée marocaine. Une grande partie de la population sahraouie vit en exil et dans des camps de réfugiés. Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture a confirmé, dans un rapport de 2013, l’usage généralisé de la torture et de la violence par les Marocains au Sahara occidental. Dans ces conditions, peut-on considérer que les Sahraouis sont libres de donner ou non leur consentement aux activités de Total et autres ?
Olivier Petitjean
Cet article a été mis à jour le 30 avril 2014 pour inclure les informations sur la license de prospection pétrolière et gazière accordée par le Front Polisario à Rio Red Petroleum.

Photo : Western Sahara Resources Watch
[1Source.
[2Les activités de Kosmos au Ghana sont au centre du film documentaire Big Men. Les prochains rois du pétrole, de Rachel Boynton, qui sort en salles aux États-Unis ce mois-ci et a obtenu plusieurs prix, dont le Grand prix du Festival international du film d’environnement de Paris 2014. Voir le site du film : http://bigmenthemovie.com/
[3Red Rio Petroleum est une entreprise créée en 2013, visiblement expressément pour obtenir cette licence (elle n’en a pas d’autres à ce jour). Son directeur, Frederik E. Dekker, est un ancien dirigeant de Wessex Exploration, une autre "start-up" pétrolière et gazière britannique aujourd’hui au bord de la faillite après que ses licences au Royaume-Uni et en Guyana se soient révélées très décevantes au regard des promesses faites aux investisseurs.

samedi 3 mai 2014

"Enfants des Nuages, la dernière colonie" : Javier Bardem prend fait et cause pour les Saharaouis

par Sébastien Jédor, RFI, 29/4/2014
media
 « Enfants des Nuages, la dernière colonie », un film produit par l'acteur espagnol Javier Bardem
 Chapeau Melon Distribution
L'ONU devrait décider ce mardi 29 avril de prolonger le mandat de la Minurso, la mission des Nations Unies pour un référendum au Sahara occidental. Depuis le retrait des colons espagnols, en 1975, le Maroc a conquis la majeure partie de ce territoire, alors que le Front Polisario, basé en Algérie, réclame l'indépendance. La situation est enlisée dans les sables du désert et c'est précisément ce que dénonce un film qui sort ce mercredi 30 avril sur les écrans en France : Enfants des Nuages, la dernière colonie, produit par l'acteur espagnol Javier Bardem, qui a pris fait et cause pour les Saharaouis.
Sauf surprise, les Nations Unies devraient prolonger ce mardi 29 avril le mandat de la Minurso sans inclure de clause contraignante sur la protection des droits de l'Homme. Les États-Unis et la France s'y opposent.
Pour Alvaro Longoria, le réalisateur d'Enfants des Nuages, la dernière colonie, les deux pays portent une lourde responsabilité dans le blocage de la situation au Sahara occidental. « Au fond, dans la politique internationale, il n’y a que cinq pays qui décident : ceux qui ont le droit de véto au Conseil de Sécurité de l’ONU. Et dans ce conflit, c’est la France qui a utilisé ce veto à plusieurs reprises, parfois de manière indirecte. Donc, c’est la seule, avec les États-Unis, qui peut trouver une réponse à cette anomalie historique et dépourvue de sens. Au regard des droits de l’homme, c’est une situation inacceptable pour tous. »
Interrogés dans Enfants des Nuages, plusieurs diplomates ne sont pas tendres avec le Maroc. Un ancien responsable de la Minurso dénonce les « escroqueries » marocaines pour « truquer » le référendum d'autodétermination… qui n'a jamais eu lieu.
L'ambassadeur français à l'ONU a refusé d'être filmé, mais ses propos sont rapportées par Javier Bardem : « La relation France-Maroc, c'est comme une relation amoureuse, il y a des choses que l'on n'apprécie pas chez l'autre, mais on est obligé de défendre cette personne ». Lors de la présentation du film, le Maroc a fustigé des déclarations « blessantes et inadmissibles », mais aucun officiel du royaume n'a accepté de témoigner lors du tournage d'Enfants des Nuages, la dernière colonie.

«Enfants de nuages, la dernière colonie » : le conflit oublié du Sahara occidental
par
Le Monde.fr 29.04.2014





"Enfants des nuages, la dernière colonie", d'Alvaro Longoria (2014).

Ce documentaire ne nous est pas parvenu sans heurts. Sa sortie sur le territoire français est restée longtemps incertaine, en raison de son sujet politique sulfureux  : le sort du peuple sahraoui et son droit à l'autodétermination. Face à d'éventuelles frictions diplomatiques - qu'il n'a d'ailleurs pas manqué de susciter, la France étant directement mise en cause dans le film pour sa collusion avec le Maroc -, les distributeurs hypothétiques se sont montrés frileux.

Ces tensions se sont exprimées encore plus vivement lors de la venue à Paris, en février, de l'acteur Javier Bardem. Porte-parole de la cause sahraouie, il est venu accompagné d'une délégation, afin d'interpeller le monde politique français et la presse sur le scandale, lié à ce peuple abandonné de tous. A ses côtés se tenait Alvaro Longoria, le réalisateur du film, plus connu pour ses activités de producteur. Il a, dans ce cadre, financé les deux volets du Che de Steven Soderbergh, avant de passer pour la première fois à la réalisation avec Enfants des nuages.

RÉCIPIENDAIRE D'UN GOYA EN 2013
Ce film engagé, récipiendaire d'un Goya en 2013 (l'équivalent de nos César en Espagne) affiche une volonté pédagogique manifeste, qui prime sur une forme qu'on aurait aimé plus ambitieuse. La narration vient en renfort d'images d'archives et de témoignages bouleversants de victimes de la répression marocaine. Elle donne aussi au film son caractère violemment émotionnel. Impossible de ne pas être scandalisé, au terme de la projection, par la condition terrible de ce peuple, dont le vaste territoire est au centre de toutes les revendications.
Le Sahara occidental fut, jusqu'en 1976, une colonie espagnole. Depuis quarante ans, la région est à l'origine d'un conflit entre le Maroc, convaincu de sa souveraineté, et de l'Algérie qui a apporté son soutien au Front Polisario, constitué d'indépendantistes.
Les opposants au gouvernement marocain continuent de subir une répression violente, dans le plus grand mépris des droits de l'homme.
Depuis 2008, l'acteur espagnol Javier Bardem (dont la mère œuvrait avant lui en direction des femmes sahraouies), est allé à la rencontre des hommes politiques du monde entier pour les rallier à cette cause, ce que montre le documentaire.

CONJURER LEUR DOULEUR DE PEUPLE DÉRACINÉ
On  voit, à ce titre, l'acteur prendre la parole à l'ONU. Il partage également le quotidien de réfugiés sahraouis, en vivant avec eux dans leur camp. Pour conjurer leur douleur de peuple déraciné, il leur a organisé un festival de cinéma, auquel prit part l'actrice Victoria Abril, la narratrice du film. Mais l'acteur, oscarisé pour son rôle dans No Country for Old Men des frères Coen, n'entend pas se servir de ce combat pour sa gloriole personnelle.
Humblement, il s'efface derrière des personnalités comme Aminatou Haidar, une militante sahraouie, qui fut séquestrée et torturée par la police marocaine, à maintes reprises. Le film n'occulte rien des compromis diplomatiques et des défaillances politiques. Il renvoie surtout chaque spectateur à sa conscience de citoyen.

Enfants de nuages, la dernière colonie, documentaire espagnol de Alvaro Longoria avec Javier Bardem, Carlos Bardem, Elena Anaya. (1 h 20)