Archives 2009-2017 du blog du Réseau de solidarité avec les peuples du Maroc, du Sahara occidental et d'ailleurs(RSPMSOA), créé en février 2009 à l'initiative de Solidarité Maroc 05, AZLS et Tlaxcala. Rejoignez-nous!
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SAHARA - Plusieurs centaines de milliers de personnes (3 millions selon
les dernières estimations de la MAP) ont participé ce dimanche à une
grande marche dans plusieurs quartiers du centre-ville de Rabat pour
protester contre les "les déclarations biaisées" du Secrétaire général
des Nations unies, Ban Ki-moon, sur le Sahara.Lire la suite
par l' Association des Amis de la RASD , 13/3/2016 Voilà plus de quarante ans que la Cour Internationale de justice (octobre 1975) a dit le droit : « Les éléments et les renseignements portés à sa connaissance n'établissent l'existence d'aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental d'une part, et le Royaume du Maroc d'autre part. La Cour n'a donc pas constaté l'existence de liens juridiques de nature à modifier l'application de la résolution 1514 (XV) de l'Assemblée générale des Nations Unies quant à la décolonisation du Sahara occidental, et en particulier l'application du principe d'autodétermination grâce à l'expression libre et authentique de la volonté des populations du territoire. » Voilà quarante ans que le Maroc et en particulier ses rois, Hassan II et Mohamed VI, s'entêtent à imposer à la Communauté internationale la « marocanité » de ce territoire. Voilà quarante ans que les Sahraouis et le Front Polisario tiennent bon, font peu à peu avancer leur droit en articulant dans le temps lutte armée et diplomatie, sans jamais dévier du respect des règles du fonctionnement de la Communauté internationale.
par saharavoice, 13/3/2016 Le régime monarchique de Rabat fait appel a sa population pour
participer dans une manifestation prévue aujourd’hui, 13 Mars 2016, dans la capital du Maroc, Rabat. Cette marée humaine qui comptera des centaines
de milliers de participants est destinée à lancer un message de
dénonciation contre les propos de Ban Ki-moon qui a qualifié le Sahara
Occidental de territoire occupé. Une description qui a fortement ébranlé le
Makhzen qui a réagi en termes acerbes.
par APS, 13/3/2016 L’Union européenne (UE) a exprimé ses «préoccupations» à l’égard de la situation des droits de l’homme au Maroc, notamment dans le domaine de la liberté d’expression et de la presse, la liberté d’association et de réunion ainsi que la détention dans les prisons. «L'UE exprime ses préoccupations au sujet des questions relatives aux droits de l'homme dans le cadre de notre dialogue politique régulier avec les autorités marocaines, et en particulier dans le cadre du sous-comité des droits de l'homme, la démocratie et la gouvernance », a écrit la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, dans sa réponse samedi aux eurodéputés Juan Carlos Girauta Vidal et Javier Nart qui l’interpellaient sur l’expulsion du Maroc en septembre dernier de l’avocat espagnol Luis Mangrané Cuevas au moment où il s’apprêtait à se rendre dans les territoires sahraouis occupés.
Une manifestation de soutien aux prisonniers
politiques sahraouis de Gdeim Izik, « injustement et illégalement
emprisonnés » par les Maroc a été organisée hier à Madrid par les
associations et les organisations soutenant la cause sahraouie.
Une manifestation de soutien aux prisonniers politiques sahraouis de
Gdeim Izik, « injustement et illégalement emprisonnés » par le Maroc a
été organisée hier à Madrid par les associations et les organisations
soutenant la cause sahraouie. Les manifestants constitués d’associations
et d’ONG amies avec le peuple sahraoui outre des citoyens sahraouis
établis en Espagne se sont regroupés en face du ministère espagnol des
Affaires étrangères, scandant des slogans tels que « libérez les
prisonniers », « le Maroc coupable et l’Espagne responsable ». Les
représentants de la société civile ont rappelé que des prisonniers
sahraouis qui observent depuis 12 jours une grève de la faim, sont «
arbitrairement détenus depuis cinq ans et demi et condamnés par un
tribunal militaire marocain à des peines allant de 20 ans à la
perpétuité ».
La première visite, au Maghreb, du secrétaire général des Nations Unies,
Ban Ki-Moon, réservée à la question sahraouie, sera-t-elle suivie d'une
réelle avancée dans le processus d'autodétermination, au Sahara
Occidental? Il est permis, en réalité, d'esquisser quelque espoirs, tant
la position de M. Ban est, pour le moment, sans «équivoque» sur ses
intentions de mener à son terme, un processus bloqué depuis le
cessez-le- feu, à la fin des années 1980, du temps de M. Perez de
Cuellar. A la fin de cette visite, en Algérie, et dans les camps de
refugiés sahraouis, le Maroc ayant refusé la venue, sur son territoire,
au SG de l'ONU, le secrétariat général de l'ONU a indiqué, dans un
communiqué, que «le statut final du Sahara Occidental reste à déterminer
par un référendum d'autodétermination», et a dans la foulée rejeté les
prétentions du Maroc, sur le Sahara Occidental, qu'il estime être un
territoire non autonome. «Le statut du territoire du Sahara Occidental
reste à déterminer, comme il est considéré territoire non autonome»,
précise le communiqué du secrétariat général de l'ONU, mercredi soir.
Le communiqué du SG de l'ONU fait suite aux accusations de Rabat contre
M. Ban ki-moon et les tentatives du Makhzen de jeter le discrédit sur le
SG de l'ONU, qui a rappelé que les territoires sahraouis sont,
injustement, occupés par le Maroc. Mieux, l'ONU rappelle au Maroc, qu'il
a lui-même signé et reconnu le statut des territoires non autonomes,
dont le Sahara Occidental, avec tous les Etats membres de l'ONU, qui ont
accepté de déterminer le statut final de ces territoires, en vertu des
résolutions de l'Assemblée générale, adoptées, sans vote.
Agences, 09.03.16 La haute représentante de l’Union européenne (UE) aux Affaires
étrangères et à la Politique de sécurité, Federica Mogherini, a
réaffirmé le droit du peuple sahraoui à disposer de lui-même, soulignant
que le Sahara occidental est un territoire non autonome éligible à
l’autodétermination.
«Le Sahara occidental est un territoire non autonome. Les principes
fondamentaux applicables aux territoires non autonomes sont fixés dans
l'article 73 de la Charte des Nations unies» qui accorde à ces
territoires un droit inaliénable à l’autodétermination, a écrit la chef
de la diplomatie de l’UE dans sa réponse à l’eurodéputé Miguel Viegas
qui s’inquiétait des conséquences de l’annulation de l’accord agricole
UE-Maroc. «L'UE soutient pleinement les efforts du secrétaire général des Nations
unies pour parvenir à une solution politique juste, durable et
mutuellement acceptable qui permette l'autodétermination du peuple du
Sahara occidental dans le cadre d'arrangements conformes aux buts et
principes de la Charte de l'ONU», a insisté Mogherini dans sa réponse. De son côté, le commissaire européen à l’Agriculture et au
Développement rural, Phil Hogan, a affirmé que l’appel, introduit par le
conseil des Affaires étrangères de l’UE suite à l’annulation de
l’accord agricolele 10 décembre dernier par la cour de justice de
l’Union européenne est «non suspensif».
Dans le cadre de la 11ème édition de Semaine
Anticoloniale et Antiraciste, qui se tient à Paris du 5 au 19 mars, les
associations de Sahraouis en France et les associations françaises de soutien à
la cause sahraouie ont animé un stand au salon anticolonial les 5 et 6 mars. De
nombreux échanges ont eu lieu avec les visiteurs sur la situation au Sahara
occidental, des documents ont été distribués et une lettre-pétition à François
Hollande a été signée par plus de 180 personnes qui ont également apporté leur
soutien à la grève de la faim des prisonniers politiques sahraouis du groupe de
Gdeim Izik.
La Semaine Anticoloniale sera conclue, comme
chaque année, par une manifestation le samedi 19 mars contre la guerre, le
colonialisme et le racisme et pour le
soutien au droit à l'autodétermination des peuples.
Voici le texte de la Lettre-pétition adressée au
président de la République française:
Monsieur le président de
la République
Au cours de votre déplacement à Cuba en mai 2015, vous avez déclaré: "Je parlerai des droits de l'homme car
chaque fois qu'il y a des prisonniers politiques, chaque fois qu'il y a des
manquements à la liberté, la France ne reste pas bouche cousue".
Le coordinateur sahraoui
avec la MINURSO, M’hamed Khadad a considéré la décision du Conseil
fédéral suisse d’accepter le Front Polisario aux Conventions de
Genève, renforce sa position sur la scène internationale et affirme que
la présence du Maroc au Sahara occidental est une occupation illégale.
Dans une interview au journal algérien Elkhabar, le responsable sahraoui
a souligné qu’un État dépositaire comme la Suisse ne peut pas agir
d’une manière aléatoire, et sa décision a été prise après une étude
juridique approfondie, ajoutant que le Front Polisario demeure préoccupé
par la poursuite de l'occupation marocaine du Sahara Occidental
conformément à la recommandation 34-37 du 21 novembre 1979 des Nations
Unies.
El Aaiun (territoires sahraouis occupés) 04 fév
2015 (SPS) Le Collectif des défenseurs sahraouis des droits de l'homme
(CODESA), s’est entretenu mardi avec les membres de la délégation de
région de San Sebastián/Donostia (Pays basque, Espagne) dans la ville d’El Aaiun occupée,
selon une source de ministre des territoires occupés et des communautés
sahraouies établies à l’étranger.
Jeudi 2 juillet le
journaliste Sahraoui Haissan Mahmoud a été arrêté à l'aube par des agents de la
police marocaine qui l’attendaient devant son domicile. Le 1er
juillet, la TVRASD avait publié une vidéo d'une manifestation pacifique
populaire à El Aaiun occupée dans laquelle le journaliste
apparaissait.
Notre correspondant
sur place a confirmé avoir vu El Haissan couvrir la manifestation organisée rue
Tan-Tan pour célébrer joyeusement la performance sportive de l'équipe algérienne
au Brésil dans la Coupe du Monde de football.
Selon ses proches, le
journaliste sahraoui Haissan a été conduit à la préfecture de la police pour
être interrogé, puis il a été présenté devant le procureur le lendemain, sous
les accusations « entrave à la circulation, attaque des forces de
l'ordre »
Samedi 5 juillet dans
l'après midi les avocats de la défense ont rapporté après leur rencontre avec El
Haissan avoir vu des signes de torture bien visibles sur le corps du détenu. El
Haissan leur a dit d’autre part qu’il avait été intimidé et menacé par le
procureur du roi qui a donné l’ordre de le transférer à la Prison
Noire.
Les militants de
l'intifada et en particulier les journalistes sont régulièrement et de plus en
plus la cible des autorités d’occupation marocaine, qui réagissent par la
répression aux témoignages objectifs et médiatisés de leurs exactions contre la
population civile sahraouie dans les territoires occupés.
Si l’on ne considère
les 4 dernières années, après le démantèlement de Gdaim Izik, des journalistes
sont incarcérés, blessés de manière à entrainer leur incapacité physique,
intimidés par la violence, ou dépouillés de leurs matériels
professionnels.
Le 5 décembre 2010
les autorités d'occupation ont arrêté les journalistes Bachir Khadda et Hassan
Dah du groupe Equipe media qui ont été condamnés après 2 ans de détention
préventive à 30 et 20 ans de prison ferme.
Le 8 décembre 2010, les journalistes
de l’équipe média Hayat Rguibi et Nguia El Haouassi ont été arrêtées à
l'aéroport d'El Aaiun occupée alors qu’elles partaient pour l’Afrique du Sud.
Elles ont été incarcérées et ont passé plus de six mois dans la "prison noire"
de El Aaiun sans jugement.
Le 24 décembre 2010, Khatar Mraizig et Mohamed Ali
Sidzein, deux journalistes de l'équipe media, arrêtés à Casablanca puis
transférés à El Aaiun, ont passé plus de huit mois à la "prison noire" sans
jugement.
Hassana Alya,
journaliste de l'équipe media, arrêté en janvier 2011 par la police marocaine
est lui relâché après trois jours d’interrogatoire en garde-à-vue. Néanmoins,
les autorités marocaines émettent un mandat d'arrêt contre lui lors de son
séjour en Espagne en raison de ses activités journalistiques, le jugent par
contumace avec le groupe de Gdaim Izik et le condamnent à la prison à vie. Il
est depuis en Espagne et ne peut rentrer au Sahara Occidental.
Le 11 février 2014
les journalistes sahraouis Sidi Sbai, Bouamoud Bachir, Jamour Mohamed et Tobali
Hafed de l'instance indépendante du media sont arrêtés au check-point nord de
Sidi Ifni, ville du sud du Maroc. Ils sont condamnés à des peines de 4 à 6 mois
de prison ferme.
Le 29 septembre 2013,
Mlle Afaf Husseini journaliste de l'équipe média est attaquée pour une seconde
fois en 6 mois par la police marocaine qui lui casse le bras. Outre le préjudice
des gros frais nécessaires à l’opération faite à Agadir, elle en garde une
incapacité à travailler de plusieurs mois.
Depuis 4 ans, 13
journalistes sahraouis ont été privés de leurs outils de travail, caméra photo,
vidéo, enregistreurs, véhicule, confisqués ou endomagés sans contrepartie par la
police marocaine. Ce sont des journalistes des équipes EM, TVRASD, Radio
Maizerat, et centre sahraoui de la communication.
30 journalistes des
mêmes équipes ont été frappés et blessés sérieusement heureusement sans
fractures.
L’Equipe Média est
solidaire de la RASD TV qui réclame la libération de son journaliste Haissan
Mahmoud.
Les arrestations
arbitraires, intimidations, agressions des journalistes sahraouis par les
autorités marocaines d’occupations sont des atteintes à la liberté d’expression
et à la liberté de la presse, tout à fait contraire aux valeurs revendiquées par
le régime marocain, et par les lois internationales.
Spécialiste du Maghreb, Khadija Mohsen-Finan est chercheure associée à
l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) et une
très bonne connaisseuse du conflit du Sahara occidental. Au lendemain du
vote du Conseil de sécurité de l’ONU sur ce dossier, elle livre à
Nouvellesdusahara.fr son analyse de la situation actuelle. Pour cette
universitaire, si la communauté internationale veut contribuer à trouver
une issue à ce conflit, « il faut poser les bonnes questions et inciter
les acteurs à proposer de vraies réponses ».
Nouvellesdusahara.fr : Le 29 avril, le conseil de sécurité de l’ONU a approuvé à l’unanimité
le renouvellement du mandat de la MINURSO. Le fait marquant des débats
qui ont entouré ce vote est le rejet d’étendre ce mandat en y incluant
un mécanisme de surveillance des droits de l’homme, comme le réclament à
la fois des associations (non reconnues) sahraouies, plusieurs pays
(comme l’Algérie, le Royaume-Uni, les USA l’an dernier) et des ONG
internationales. Comment analysez-vous cette décision alors que ce « monitoring » est
présenté comme un moyen de faire évoluer le dossier et alors que
l’impasse est dénoncé de toutes parts ?
Khadija Mohsen-Finan : La question des droits de l’homme est en effet très importante. Elle
révèle deux facteurs qu’il faut nécessairement prendre en compte dans
l’évolution du conflit. D’une part, depuis 1999, les Sahraouis revendiquent différemment.
Bien avant ce qu’on appelle le « printemps arabe », ils ont puisé dans
un nouveau registre référentiel, celui des droits de l’homme, des
libertés individuelles et politiques et de la légalité internationale.
Ce mode de revendication est devenu le leur, que ce soit en 2005, en
2009 avec l’affaire Aminatou Haïdar (Note de Nouvellesdusahara.fr
: refus par le Maroc de laisser la militante revenir chez elle à El
Ayoun, après qu’elle ait écrit « Sahraouie » devant la case
« Nationalité » de sa fiche de renseignements, et grève de la faim
suivie par cette même militante dans l’aéroport de Lanzarote aux îles
Canaries) et après, chaque fois qu’il y a des manifestations. D’autre part, après les révolutions qui se sont produites dans le
monde arabe en 2011, la communauté internationale ne peut plus fermer
les yeux sur le traitement des droits de l’homme. Pour preuve, le
langage des Nations Unies a changé. Dans le rapport du Secrétaire
Général de l’ONU en 2012, Christopher Ross, l’envoyé spécial du SG,
mentionnait la nécessité de prendre en compte le « peuple du Sahara » (Note de Nouvellesdusahara.fr : et non plus « la population du Sahara occidental », comme dans le rapport d’avril 2011, point 118). En introduisant ce concept, le rapport essayait de briser le côté
figé de la situation en la plaçant dans la dynamique du « printemps
arabe ». Compte tenu de cela, le conflit du Sahara ne doit plus revêtir cet
aspect exceptionnel qui était le sien. En effet dans tous les conflits,
les missions de l’ONU sont dotées de prérogatives au niveau des droits
de l’homme, à l’exception de la Minurso.
Lors
du séjour en août 2012 de la délégation de l’ONG Center Robert F.
Kennedy. Crédit : Center Robert F. Kennedy for Justice and Human Rights
Nouvellesdusahara.fr : L’argument principal pour justifier ce rejet est l’opposition du
Maroc et l’action du royaume à travers la création du CNDH fin 2011. Que pensez-vous de cet argument alors qu’on peut noter que le
secrétaire général de l’ONU lui-même doute de l’efficacité d’une telle
instance ? Ce dernier a demandé dans le rapport d’avril 2013 la « surveillance »
des droits de l’homme et avait préalablement réitéré la préconisation
directe d’un « mécanisme » dans son rapport d’avril 2014, avant de
supprimer le mot et de se contenter de demander la mise en place d’un
« contrôle », indépendant et impartial…
Khadija Mohsen-Finan : La question de la recherche d’une issue à ce conflit est confiée à
l’ONU depuis 1991. Ce n’est donc pas au Maroc de gérer la question des
droits de l’homme. Le Maroc ne peut pas être juge et partie dans ce
conflit.Dire que la gestion des droits de l’homme au Sahara est gérée
par le Conseil National des Droits de l’Homme, c’est rattacher le Sahara
au Maroc, car le Conseil est bien « national » comme son nom l’indique.
Si c’est le cas, alors il faut le dire, nous n’avons plus besoin de la
MINURSO et le conflit n’a plus de raison d’être, il est réglé sans que
nous le sachions. Mais ce n’est pas le cas, l’ONU n’ayant pas statué sur
ce territoire. De la part du Maroc, nous sommes une fois de plus dans la politique
du fait accompli. Ce n’est pas une question d’efficacité ou
d’inefficacité du CNDH, c’est qu’il n’a pas vocation à traiter du Sahara
et des Sahraouis. Mais, le Secrétaire Général de l’ONU n’est pas clair
là-dessus, il louvoie pour ménager Rabat, et ce manque de clarté
contribue à l’inertie dans la recherche d’une issue au conflit. L’ONU en
parle comme si c’était une question interne au Maroc et, ensuite, les
représentants de l’ONU disent qu’ils ne peuvent pas travailler au Sahara
car les Marocains se comportent comme chez eux. Il faudrait que l’ONU
communique mieux et plus clairement pour que les gens comprennent les
enjeux de ce conflit. Plus personne ne comprend les véritables enjeux de
ce conflit. Le SG de l’ONU évoque la nécessité d’un « contrôle
indépendant », cela signifie que ce n’est pas du ressort du Maroc, ce
qui est vrai, mais il faut le dire plus clairement.
Beaucoup de Sahraouis rejoignent une voie médiane
Nouvellesdusahara.fr : Que pensez-vous du fait que le Front Polisario et ses amis focalisent
autant les discussions autour du renouvellement du mandat de la MINURSO
sur la question des droits de l’homme ? Est-ce selon vous une stratégie intéressante ou est-ce désormais un
échec, étant donné que sur ce terrain-là, le Maroc prend des décisions
(création du CNDH, accueil de représentants de l’ONU et d’instances
satellites, validation d’une loi pour interdire désormais le jugement de
civils par des tribunaux militaires…) pour prouver sa bonne volonté, ce
que louent très rapidement ses pays amis ?
Khadija Mohsen-Finan : La partie adverse, c’est-à-dire le Front Polisario, a raison de
mettre l’accent sur la question des droits de l’homme. C’est un déni de
souveraineté à l’adresse du Maroc et, en plus, ils sont au diapason des
revendications des Sahraouis qui manifestent dans le Sahara administré
par le Maroc ou à Tindouf comme en mars 2011. C’est aussi, pour le Front Polisario, une manière de récupérer les
Sahraouis qui lui échappent de plus en plus sans reconnaître pour autant
l’autorité de Rabat. Certains de ces Sahraouis rejoignent une voie
médiane, celle de « khat el chahid », qui est un mouvement constitué de
dissidents du Front Polisario installés en Espagne, ou militent
simplement au niveau individuel. Ils rejoignent ainsi les soulèvements
observés dans le monde arabe depuis 2011. Par ailleurs, en mettant l’accent sur les droits de l’homme, les
cadres du Front Polisario espèrent sensibiliser la communauté
internationale et la mettre en accusation en la mettant devant ses
responsabilités. On ne pourra plus dire que les instances
internationales ne savent pas, elles agissent en connaissance de cause. Le Maroc n’a pas à prouver sa bonne ou sa mauvaise volonté… Le
problème c’est que la gestion des ressources et des hommes du Sahara
n’est pas de son ressort, si c’était le cas pourquoi est-il question de
débattre d’une éventuelle autonomie du Sahara sous souveraineté. Cela complique considérablement les choses, car le Maroc ne peut
négocier l’avenir d’un territoire qu’il considère déjà comme le sien,
alors que la communauté internationale et le droit international ne lui
en reconnaissent pas la propriété. En 2009, l’affaire Aminatou Haïdar a
bien montré que l’affrontement et la négociation entre les protagonistes
avaient changé de nature. Le Maroc n’est plus invité à combattre un
groupe indépendantiste qui se nomme Front Polisario, mais des individus
qui, au nom de leurs droits, refusent de voir leur identité diluée dans
la nation marocaine. Si l’autonomie venait à être reconnue, ce serait
différent car là, il s’agirait d’une reconnaissance de l’identité
sahraouie justement.
La
militante Aminatou Haidar a attiré l’attention des media internationaux
en décembre 2009 lors de sa grève de la faim et a obligé le Maroc à
revenir sur sa décision de lui retirer son passeport. Crédit ph. : http://www.flickr.com/photos/sahara/89507564/
Nouvellesdusahara.fr : On a l’impression que toute initiative qui pourrait faire bouger les
lignes -on a parlé du mécanisme de surveillance, on pourrait parler
encore de l’action de députés européens qui replaçaient l’accord de
pêche entre l’UE et le Maroc dans le cadre général du conflit- est
systématiquement écartée grâce à un travail intense de lobbying du Maroc
et aux poids qu’ont les relais puissants du royaume. Dans ce contexte, pensez-vous que le conflit du Sahara occidental peut un jour prendre un nouveau tournant ? si oui, comment ?
Khadija Mohsen-Finan : Le travail intense de lobbying marocain est certainement une réalité.
De nombreux Marocains y contribuent, et le coût financier de ces
opérations est très élevé. Toutefois, la classe politique marocaine
considère qu’il est nécessaire dans la mesure où elle a lié le succès de
son régime à l’affaire du Sahara. Compte tenu de l’importance de ce dossier, certains acteurs
économiques ou politiques œuvrent aussi dans ce sens pour se rapprocher
du roi, écartant de ce fait d’autres acteurs ou institutions comme le
gouvernement par exemple, ou les doublant. En ayant recours à de telles
pratiques, ils marginalisent des institutions et des acteurs qui ont été
élus. Ils mettent ainsi à mal l’ouverture politique qui a été amorcée
par Hassan II à la fin des années 1990. L’enjeu est donc doublement important, puisqu’il s’agit de faire
pression sur les instances de décision et par ailleurs, ces pratiques
entravent considérablement le fonctionnement politique. Sans compter que
le procédé écarte complètement les sociétés civiles. Cela n’est pas nouveau et le Maroc en a plutôt bénéficié sans
toutefois réussir à vaincre l’adversaire, malgré la faiblesse du Front
Polisario. Mais j’ai le sentiment que ce genre de pratique est décalé
par rapport à la réalité. L’offre politique des deux protagonistes me
semble anachronique. Elle est en parfait décalage par rapport aux
demandes des Sahraouis et ne tient pas compte des évolutions du conflit.
Ce fossé observé entre offre politique et revendication que l’on peut
aisément qualifier de « citoyennes » contribue à l’immobilisme et rend
toute négociation impossible.
En appuyant telle ou telle partie, les grandes puissances contribuent à figer ce dossier
Maroc et Front Polisario continuent à penser le conflit comme dans
les années 1970 ou 1980. Cela prouve bien que l’essentiel pour eux n’est
pas de trouver une solution qui puisse satisfaire les Sahraouis, mais
d’avoir raison contre l’adversaire et avec des positions qui s’excluent
mutuellement. Les puissances, grandes et moyennes ont une responsabilité dans cet
immobilisme. En appuyant telle ou telle partie, elles contribuent à
figer ce dossier. Or, si on veut contribuer à trouver une issue à ce
conflit, il faut poser les bonnes questions, inciter les acteurs à
proposer de vraies réponses ou offres politiques. S’il s’agit d’autonomie, alors il faut veiller à ce que le contenu du
plan marocain corresponde à une vraie autonomie. Mais dire que c’est
une base de négociation ne veut rien dire puisque la discussion est
impossible. S’il s’agit d’une consultation référendaire, il faut alors
s’interroger sur les questions à poser aux Sahraouis et à la définition
du Sahraoui, ce qui est à mon avis la chose la plus complexe.
Wakkala
à Dakhla, au Sahara occidental, un quartier où vivent beaucoup de
Marocains venus s’installer tout au sud de ce territoire. O.Quarante
Nouvellesdusahara.fr : Fin février, une crise diplomatique est survenue entre la France et
le Maroc. Alors que le Quai d’Orsay a très vite qualifié d’ »incident
regrettable » la convocation du directeur du contre-espionnage marocain
de passage à Paris par une juge dans le cadre des plaintes déposées
contre lui par des ressortissants marocains et un militant sahraoui, le
gouvernement du Maroc a été jusqu’à suspendre les coopérations
judiciaires entre les deux pays, une décision très importante étant
donné les relations étroites entre français et marocains. On peut avoir l’impression que le Maroc sur-réagit, en dramatisant
beaucoup, en n’hésitant pas à forcer la porte, comme au lendemain de
l’élection de François Hollande en mai 2012, en utilisant le moindre
fait pour exercer une certaine pression sur son allié historique,
surtout quand on approche d’échéances importantes. Partagez-vous cette impression ? Est-ce un trait caractéristique de la diplomatie marocaine ?
Khadija Mohsen-Finan : Je ne sais pas si nous devons en tirer pareille conclusion et dire
que c’est une caractéristique de la diplomatie marocaine. Je pense que
la « crise » maroco-française de février 2014, provoquée par la
présentation du documentaire de Javier Bardem, est à situer dans un
cadre plus large. Je crois sincèrement que le « printemps arabe » a modifié la donne
dans les relations entre Paris et Rabat. Pour les Français, même si
c’est de l’ordre de l’implicite, il existait un « bon élève » au Sud de
la Méditerranée et dans le monde arabe : c’était le Maroc, qui évoluait à
petits pas vers la démocratie, avait opté pour une politique
d’ouverture politique et avait exprimé la volonté de tourner le dos à la
mauvaise gestion des droits de l’homme. Tout cela a rapproché les deux pays. Mais cette appréciation a fait
écran et les Français ne sont pas allés regarder ce qu’il y avait
derrière cette belle image du Maroc. Ils n’ont pas vu qu’il y avait
reflux au niveau des libertés, notamment celle de la presse et des
médias, n’ont pas été curieux au niveau de l’objectif de l’Instance
Equité et Réconciliation, une politique de pardon qui se faisait avec
les seuls victimes et sans les bourreaux, n’ont pas été attentifs aux
effets de la modification de la dernière constitution et de la supposée
réorganisation des pouvoirs. Paris s’est contenté de la politique
d’affichage que pratique avec aisance le Maroc.
Acculer son allié à se prononcer…
De plus, le « printemps arabe » fait voler en éclats ces normes
construites. Il montre qu’il n’y a pas d’exception arabe et que la
volonté de changement peut être définie par d’autres acteurs venant de
la société civile, décidés à rompre avec la dictature et
l’autoritarisme. Les sociétés civiles ont montré leur détermination à
aller vers la citoyenneté et la démocratie. Le soubassement de la
relation entre la France et le Maroc s’en trouve fragilisé et Rabat a
manifesté une volonté d’avoir des assurances sur le soutien
inconditionnel de son ami et allié français en l’acculant à faire des
choix, à se prononcer, à sortir de sa réserve.
François
Hollande et Mohamed VI lors de la visite du chef d’Etat français les 3
et 4 avril 2013. Photo : Présidence de la République française
Nouvellesdusahara.fr : Avec l’arrivée de François Hollande à l’Elysée voilà deux ans,
certains avaient quelques espoirs de voir l’Etat changer son approche du
conflit du Sahara occidental. La nomination de Jean-Marc Ayrault à Matignon, dont on se souvient le
courrier daté de mars 2011 qui utilisait des termes peu habituels dans
le vocabulaire de la diplomatie française, était également un signe
plutôt positif selon certains. Comment analysez-vous l’approche et l’action françaises sur ce dossier depuis ? Le discours de François Hollande à Rabat en avril 2013, parlant des
efforts à accomplir pour aider les familles sahraouies séparées de
chaque côté du mur, pouvait donner l’impression d’une certaine prise de
distance par rapport aux formules consacrées, se bornant à dire tout le
bien que la France pense de la proposition d’autonomie marocaine de
2007…
Khadija Mohsen-Finan : L’arrivée de nouveaux chefs à la tête des Etats susceptibles
d’influencer le cours des événements dans ce dossier saharien suscite
toujours beaucoup d’espoir. Or, l’histoire de cette région montre que le
changement d’hommes aux commandes n’implique pas de changement
significatif sur le conflit. Cela est vrai de l’Algérie comme de la
France. En réalité, les politiques et les intérêts restent inchangés, mais
chacun des chefs d’Etat y met les formes qui lui conviennent le mieux. La politique saharienne de la France n’est pas différente. Paris
appuie et encourage le plan d’autonomie marocain pour plusieurs raisons.
La France souhaite certainement atténuer la puissance géopolitique
algérienne. Elle veut aussi voir son allié marocain stabilisé et
renforcé et redoute une déstabilisation du régime marocain. Mais dans le
même temps, Paris a besoin de l’Algérie qui est son allié stratégique
dans sa lutte contre AQMI.
François
Hollande et Mohamed VI lors de la visite du chef d’Etat français les 3
et 4 avril 2013. Photo : Présidence de la République française
Au large du Sahara occidental - territoire conflictuel occupé par le Maroc
depuis près de quarante ans -, Total et d’autres firmes internationales
commencent à mener des activités de prospection pétrolière et gazière. Le tout
dans des conditions contestables du point de vue de la consultation des
populations locales et du partage équitable des bénéfices éventuels avec
celles-ci. Les militants sahraouis dénoncent depuis des années le rôle de
l’entreprise française dans ce qu’ils considèrent comme une remise en cause de
la souveraineté de leur territoire. Total est désormais critiquée aussi par
certains investisseurs « éthiques », au premier rang desquels les fonds
norvégiens.
Le fonds souverain norvégien, quatrième actionnaire de Total avec un peu
plus de 2% des actions (pour une valeur d’environ 3 milliards d’euros), a annoncé qu’il allait se pencher sur les activités
de Total au Sahara occidental afin de vérifier leur conformité avec son code
éthique.
Total bénéficie d’une licence couvrant une zone offshore de plus de 100 000
kilomètres carrés (la surface du Portugal) au large du Sahara occidental, le
« bloc Anzarane ». Originellement octroyée en 2002 par le gouvernement marocain,
elle vient d’être renouvelée, pour des opérations de reconnaissance.
L’entreprise française souligne n’avoir pas encore, à ce jour, déposé de demande
de réalisation de forages exploratoires.
Selon les défenseurs des droits du peuple sahraoui - notamment l’ONG
Western Sahara Resources Watch (WSRW, « Veille sur les ressources naturelles du
Sahara occidental ») -, les licences octroyées à Total et à d’autres firmes
pétrolières et gazières sur le territoire sahraoui par le gouvernement marocain
sont illégales du point de vue du droit international.
Les affaires sont les affaires
Ils estiment même que Total contribue dans les faits, en collaborant avec
un « gouvernement d’occupation », à délégitimer la lutte pour
l’autodétermination du peuple sahraoui : « L’industrie pétrolière devient un
obstacle qui empêche de faire pression sur le Maroc pour qu’il accepte ce droit
[à l’autodétermination] », déclare ainsi Erik Hagen, président de
WSRW.
L’ONG a publié l’année dernière un rapport très critique sur le rôle de
Total au Sahara occidental, intitulé « Injustice totale ». « Total démontre un mépris
complet des principes fondamentaux de la responsabilité sociale des entreprises.
La compagnie refuse d’engager la moindre discussion sur les droits légitimes du
peuple du territoire occupé », déclarait alors Erik Hagen. Selon WRSW, Total
refuse de clarifier ses projets au Sahara occidental et se défausse de toute
responsabilité dans le conflit en arguant du fait qu’elle ne s’occupe pas de
politique.
En réponse à l’annonce du fonds souverain norvégien, Total a déclaré à Reuters que ses « activités offshore au Sahara
occidental, comme dans d’autres régions où [elle opère], sont en ligne avec le
droit et les standards internationaux applicables figurant dans [son] Code de
conduite, en particulier ceux liés aux droits humains ».
Comme le soulignait un récent article du Monde (à propos de
l’engagement de Total dans le pétrole de schiste russe en pleine crise
diplomatique sur l’Ukraine), « la politique de Total a toujours été de
poursuivre ses activités dans des pays critiqués tant qu’une interdiction
émanant du gouvernement français ou des Nations unies ne les interdisait pas,
comme ce fut le cas en Irak et en Iran ».
Désinvestissement
Le fonds souverain norvégien, qui gère un portefeuille de 600 milliards
d’euros, a mis en place un certain nombre de critères éthiques, qui l’ont
conduit dans le passé à se désinvestir de 63 entreprises au total -
principalement du fait de leur implication dans le secteur du tabac, des armes
nucléaires et des mines antipersonnel. Le fonds réfléchirait actuellement à une
extension de ses critères d’exclusion, pour y inclure les compagnies pétrolières
et gazières opérant dans des pays à fort risque de corruption, les firmes
impliquées dans des atteintes aux droits des travailleurs dans le secteur
textile, ou encore celles impliquées dans la surpêche ou la destruction des
forêts. Il pourrait même renoncer à investir dans les énergies fossiles
(un paradoxe dans la mesure où le fonds est issu des royalties pétrolières et
gazières norvégiennes).
Le fonds norvégien s’était déjà désinvesti en 2005 d’une autre firme
pétrolière alors active au Sahara occidental, Kerr-McGee En juin 2013, la firme
norvégienne d’assurance-vie KLP avait, de son côté, également annoncé son
désinvestissement de Total en raison de ses activités au Sahara occidental [1].
Une autre multinationale pétrolière bénéficie d’une licence d’exploration
au Sahara occidental octroyée par le gouvernement marocain : la ’junior’
américaine Kosmos Energy. Celle-ci est spécialisée dans les opérations de
prospection « pionnières », et s’est illustrée notamment dans la découverte et
l’exploitation du champ Jubilee, au large du Ghana [2]. Kosmo a déjà des activités de prospection avec BP
au Maroc au large d’Agadir et d’Essaouira, et a annoncé son intention d’entamer
des activités similaires en octobre dans la zone dite du Cap Boujdour, au large
du Sahara occidental.
« Intérêts et aspirations du peuple sahraoui »
Colonie espagnole jusqu’en 1976, le Sahara occidental a été ensuite occupé
par le Maroc, qui en revendique la souveraineté. Des années de conflit s’en sont
suivies entre les forces armées marocaines et le Front Polisario
indépendantiste, soutenu par l’Algérie. Un cessez-le-feu a été imposé par les
Nations Unies en 1991, suite auquel devait se tenir un référendum
d’autodétermination. Lequel n’a jamais eu lieu, les deux parties étant en
désaccord sur le droit des colons marocains à y participer. Aucun autre pays ne
reconnaît à ce jour la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental.
Suite à l’octroi par le Maroc en 2002 de licences de prospection
pétrolières au Sahara occidental, les Nations Unies ont publié un avis ambigu,
dit « Opinion Corell », qui reconnaît l’autorité administrative de fait du Maroc
et estime que les activités pétrolières ne seront légales que si elles ne
contreviennent pas « aux intérêts et aux aspirations du peuple du Sahara
occidental ».
Le Maroc et les compagnies pétrolières se sont empressés de mettre en avant
les « retombées économiques positives » du pétrole pour légitimer leurs actes.
Les autorités marocaines assurent souhaiter un « partage équitable des
bénéfices » avec les Sahraouis - même si pour l’instant ils soulignent surtout
la création d’emplois, sans qu’il soit question de retombées financières. En
renouvelant, au début de l’année, les licences de Total et de Kosmos, le
gouvernement du Maroc a aussi promis que « les populations locales et leurs
représentants seront consultés et associés », sans autre précision. Depuis
la publication de l’Opinion Corell en 2002, rien n’a jamais été fait en termes
de consultation formelle.
Les organisations sahraouis estiment que la population locale est opposée à
l’arrivée des multinationales pétrolières, et que les licences sont donc
illégales dans les termes mêmes de l’Opinion Corell. Cela n’a pas empêché le
Front Polisario d’accorder lui-même, en mars 2014, une licence de
prospection pétrolière et gazière à une firme britannique, Red Rio
Petroleum, dans un territoire sous son contrôle. Une licence qui inclut une
étude de faisabilité sur l’extraction de gaz de schiste par fracturation
hydraulique [3]...
En tout état de cause, le territoire du Sahara occidental reste occupé par
l’armée marocaine. Une grande partie de la population sahraouie vit en exil et
dans des camps de réfugiés. Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la
torture a confirmé, dans un rapport de 2013, l’usage généralisé de la torture
et de la violence par les Marocains au Sahara occidental. Dans ces conditions,
peut-on considérer que les Sahraouis sont libres de donner ou non leur
consentement aux activités de Total et autres ?
Olivier Petitjean
Cet article a été mis à jour le 30 avril 2014 pour inclure les
informations sur la license de prospection pétrolière et gazière accordée par le
Front Polisario à Rio Red Petroleum.
[2] Les activités de Kosmos au Ghana sont au centre du
film documentaire Big Men. Les prochains rois du pétrole, de Rachel
Boynton, qui sort en salles aux États-Unis ce mois-ci et a obtenu plusieurs
prix, dont le Grand prix du Festival international du film d’environnement de
Paris 2014. Voir le site du film : http://bigmenthemovie.com/
[3] Red Rio Petroleum est une entreprise créée en 2013,
visiblement expressément pour obtenir cette licence (elle n’en a pas d’autres à
ce jour). Son directeur, Frederik E. Dekker, est un ancien dirigeant de Wessex
Exploration, une autre "start-up" pétrolière et gazière britannique aujourd’hui
au bord de la faillite après que ses licences au Royaume-Uni et en Guyana se
soient révélées très décevantes au regard des promesses faites aux
investisseurs.
« Enfants des Nuages, la dernière colonie », un film produit par l'acteur espagnol Javier Bardem Chapeau Melon Distribution
L'ONU devrait décider ce mardi
29 avril de prolonger le mandat de la Minurso, la mission des Nations
Unies pour un référendum au Sahara occidental. Depuis le retrait des
colons espagnols, en 1975, le Maroc a conquis la majeure partie de ce
territoire, alors que le Front Polisario, basé en Algérie, réclame
l'indépendance. La situation est enlisée dans les sables du désert et
c'est précisément ce que dénonce un film qui sort ce mercredi 30 avril
sur les écrans en France : Enfants des Nuages, la dernière colonie, produit par l'acteur espagnol Javier Bardem, qui a pris fait et cause pour les Saharaouis.
Sauf surprise, les Nations Unies
devraient prolonger ce mardi 29 avril le mandat de la Minurso sans
inclure de clause contraignante sur la protection des droits de l'Homme.
Les États-Unis et la France s'y opposent. Pour Alvaro Longoria, le réalisateur d'Enfants des Nuages, la dernière colonie, les deux pays portent une lourde responsabilité dans le blocage de la situation au Sahara occidental. « Au
fond, dans la politique internationale, il n’y a que cinq pays qui
décident : ceux qui ont le droit de véto au Conseil de Sécurité de
l’ONU. Et dans ce conflit, c’est la France qui a utilisé ce veto à
plusieurs reprises, parfois de manière indirecte. Donc, c’est la seule,
avec les États-Unis, qui peut trouver une réponse à cette anomalie
historique et dépourvue de sens. Au regard des droits de l’homme, c’est
une situation inacceptable pour tous. » Interrogés dans Enfants des Nuages, plusieurs diplomates ne sont pas tendres avec le Maroc. Un ancien responsable de la Minurso dénonce les « escroqueries » marocaines pour « truquer » le référendum d'autodétermination… qui n'a jamais eu lieu. L'ambassadeur français à l'ONU a refusé d'être filmé, mais ses propos sont rapportées par Javier Bardem : « La relation France-Maroc,
c'est comme une relation amoureuse, il y a des choses que l'on
n'apprécie pas chez l'autre, mais on est obligé de défendre cette
personne ». Lors de la présentation du film, le Maroc a fustigé des déclarations « blessantes et inadmissibles », mais aucun officiel du royaume n'a accepté de témoigner lors du tournage d'Enfants des Nuages, la dernière colonie.
«Enfants de nuages, la dernière colonie » : le conflit oublié du Sahara occidental par Sandrine Marques, Le Monde.fr, 29.04.2014
Ce documentaire ne nous est pas parvenu sans heurts. Sa sortie sur
le territoire français est restée longtemps incertaine, en raison de son
sujet politique
sulfureux : le sort du peuple sahraoui et son droit à
l'autodétermination. Face à d'éventuelles frictions diplomatiques -
qu'il n'a d'ailleurs pas manqué de susciter, la France étant directement mise en cause dans le film pour sa collusion avec le Maroc -, les distributeurs hypothétiques se sont montrés frileux.
Ces tensions se sont exprimées encore plus vivement lors de la venue à Paris, en février, de l'acteur Javier Bardem. Porte-parole de la cause sahraouie, il est venu accompagné d'une délégation, afin d'interpeller
le monde politique français et la presse sur le scandale, lié à ce
peuple abandonné de tous. A ses côtés se tenait Alvaro Longoria, le
réalisateur du film, plus connu pour ses activités de producteur. Il a, dans ce cadre, financé les deux volets du Che de Steven Soderbergh, avant de passer pour la première fois à la réalisation avec Enfants des nuages. RÉCIPIENDAIRE D'UN GOYA EN 2013 Ce film engagé, récipiendaire d'un Goya en 2013 (l'équivalent de nos César en Espagne)
affiche une volonté pédagogique manifeste, qui prime sur une forme
qu'on aurait aimé plus ambitieuse. La narration vient en renfort
d'images d'archives et de témoignages bouleversants de victimes de la
répression marocaine. Elle donne aussi au film son caractère violemment
émotionnel. Impossible de ne pas être scandalisé, au terme de la projection, par la condition terrible de ce peuple, dont le vaste territoire est au centre de toutes les revendications. Le Sahara occidental fut, jusqu'en 1976, une colonie espagnole.
Depuis quarante ans, la région est à l'origine d'un conflit entre le
Maroc, convaincu de sa souveraineté, et de l'Algérie qui a apporté son soutien au Front Polisario, constitué d'indépendantistes. Les opposants au gouvernement marocain continuent de subir une répression violente, dans le plus grand mépris des droits de l'homme. Depuis
2008, l'acteur espagnol Javier Bardem (dont la mère œuvrait avant lui
en direction des femmes sahraouies), est allé à la rencontre des hommes
politiques du monde entier pour les rallier à cette cause, ce que montre le documentaire. CONJURER LEUR DOULEUR DE PEUPLE DÉRACINÉ On voit, à ce titre, l'acteur prendre la parole à l'ONU. Il partage également le quotidien de réfugiés sahraouis, en vivant avec eux dans leur camp. Pour conjurer leur douleur de peuple déraciné, il leur a organisé un festival de cinéma, auquel prit part l'actrice Victoria Abril, la narratrice du film. Mais l'acteur, oscarisé pour son rôle dans No Country for Old Men des frères Coen, n'entend pas se servir de ce combat pour sa gloriole personnelle. Humblement, il s'efface derrière des personnalités comme Aminatou
Haidar, une militante sahraouie, qui fut séquestrée et torturée par la police
marocaine, à maintes reprises. Le film n'occulte rien des compromis
diplomatiques et des défaillances politiques. Il renvoie surtout chaque
spectateur à sa conscience de citoyen. Enfants de nuages, la dernière colonie, documentaire espagnol
de Alvaro Longoria avec Javier Bardem, Carlos Bardem, Elena Anaya.
(1 h 20)
Solidarité Maroc, Réseau de solidarité avec les peuples du Maroc, du Sahara occidental et d'ailleurs(RSPMSOA) solidmar05[at]gmail.com 17 rue Jean Eymar 05000 Gap France
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