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jeudi 2 mars 2017

L'UE interpellée par la Cimade sur le respect des droits et de la dignité des migrants


Société Publié Le 1/3/2017 


C’est par une lettre ouverte, adressée au président François Hollande et aux responsables européens, que la Cimade a décidé d’interpeller l’Union européenne quant à la situation des migrants, et notamment en se focalisant sur le respect des droits et de la dignité de cette catégorie de la population.
Pour l'ONG, l’UE fait certainement erreur concernant la question migratoire. Et pour cause, le 25 janvier dernier, des responsables parlaient dans la communication de la Commission européenne sur la Méditerranée centrale de «l’orientation de la politique de coopération entre l’UE et la Libye visant à arrêter les mouvements migratoires à travers la Libye». 



Société Publié Le 01/03/2017 à 17h30

L'UE interpellée par la Cimade sur le respect des droits et de la dignité des migrants

C’est par une lettre ouverte, adressée au président François Hollande et aux responsables européens, que la Cimade a décidé d’interpeller l’Union européenne quant à la situation des migrants, et notamment en se focalisant sur le respect des droits et de la dignité de cette catégorie de la population.
Pour l'ONG, l’UE fait certainement erreur concernant la question migratoire. Et pour cause, le 25 janvier dernier, des responsables parlaient dans la communication de la Commission européenne sur la Méditerranée centrale de «l’orientation de la politique de coopération entre l’UE et la Libye visant à arrêter les mouvements migratoires à travers la Libye». Un point qui ne rassure aucunement l’organisation, qui d’après elle, «la gestion des mouvements migratoires le long de la route de la Méditerranée centrale à la Libye ne permettra ni de réduire les violations des droits humains ni de mettre fin à l’entreprise des passeurs». Cela ne fera qu’augmenter l’atteinte aux droits humains et surtout la souffrance déjà grande des migrants.
En découle en premier lieu des différentes décisions qui ont été prises par l’Union européenne dans le but de «renforcer» la coopération avec la Libye. Bien sûr, ces mesures se voulaient un empêchement des départs de ce pays et ce «malgré la situation géopolitique très préoccupante qui y règne et les risques évidents de violations des droits des migrants», poursuit la lettre ouverte.
La Cimade n’est pas seule dans sa révolte, puisque ce sont «plus de 70 organisations et réseaux européens» qui sont mobilisés «afin de dénoncer ce pas de plus dans l’externalisation des politiques migratoires». Des ONG qui estiment que «les décisions de l’UE vont augmenter le nombre d’arrestations et le recours à la détention des migrants en Libye, ainsi que les risques de graves violations des droits humains».


...Suite : https://www.yabiladi.com/articles/details/51467/l-ue-interpellee-cimade-respect-droits.html
Société Publié Le 01/03/2017 à 17h30

L'UE interpellée par la Cimade sur le respect des droits et de la dignité des migrants

C’est par une lettre ouverte, adressée au président François Hollande et aux responsables européens, que la Cimade a décidé d’interpeller l’Union européenne quant à la situation des migrants, et notamment en se focalisant sur le respect des droits et de la dignité de cette catégorie de la population.
Pour l'ONG, l’UE fait certainement erreur concernant la question migratoire. Et pour cause, le 25 janvier dernier, des responsables parlaient dans la communication de la Commission européenne sur la Méditerranée centrale de «l’orientation de la politique de coopération entre l’UE et la Libye visant à arrêter les mouvements migratoires à travers la Libye». Un point qui ne rassure aucunement l’organisation, qui d’après elle, «la gestion des mouvements migratoires le long de la route de la Méditerranée centrale à la Libye ne permettra ni de réduire les violations des droits humains ni de mettre fin à l’entreprise des passeurs». Cela ne fera qu’augmenter l’atteinte aux droits humains et surtout la souffrance déjà grande des migrants.
En découle en premier lieu des différentes décisions qui ont été prises par l’Union européenne dans le but de «renforcer» la coopération avec la Libye. Bien sûr, ces mesures se voulaient un empêchement des départs de ce pays et ce «malgré la situation géopolitique très préoccupante qui y règne et les risques évidents de violations des droits des migrants», poursuit la lettre ouverte.
La Cimade n’est pas seule dans sa révolte, puisque ce sont «plus de 70 organisations et réseaux européens» qui sont mobilisés «afin de dénoncer ce pas de plus dans l’externalisation des politiques migratoires». Des ONG qui estiment que «les décisions de l’UE vont augmenter le nombre d’arrestations et le recours à la détention des migrants en Libye, ainsi que les risques de graves violations des droits humains».


...Suite : https://www.yabiladi.com/articles/details/51467/l-ue-interpellee-cimade-respect-droits.html

dimanche 26 février 2017

Sahara occidental: les députés européens exhortent la Commission à se conformer à l'arrêt de la CJUE

Barbara Weingartner


BRUXELLES, 21 fév 2017 (APS) -
 Les députés européens ont exhorté la Commission européenne à se conformer à l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) qui a jugé, en décembre dernier que les accords d’association et de libéralisation conclus entre l’UE et le Maroc ne sont pas applicables au Sahara occidental.
Dans une question écrite adressée à l'exécutif européen et signée par une vingtaine d'europédutés dont Florent Marcellesi, Barbara Lochbihler, Jordi Solé, Klaus Buchner, Jens Nilsson et Kostadinka Kuneva, ces derniers ont exigé de la Commission d'indiquer, dans le détail, les mesures prises et qu'elle compte prendre pour se conformer à l'arrêt de la CJUE en relation avec les accords bilatéraux et multilatéraux conclus entre l'Union et le Maroc.

lundi 6 février 2017

Énergie renouvelable : l’UE exclut le Sahara occidental des éch$anges avec le Maroc



 Par Riyad Hamadi | Actualité , 2/2/2017


Résultat de recherche d'images pour "La réforme des retraites instaurée par le gouvernement de Benkirane, continue à faire des mécontents"
L’Union européenne (UE) tiendra désormais compte du statut « distinct et séparé » du territoire du Sahara occidental dans ses échanges avec le Maroc en matière d’énergie renouvelable, a affirmé le Commissaire européen chargé de l’action pour le climat et de l’énergie, Miguel Arias Canete.
« La déclaration (sur l’échange d’électricité renouvelable) sera mise en œuvre en tenant dûment compte du statut distinct et séparé du territoire du Sahara occidental selon le droit international », a-t-il affirmé dans sa réponse, au nom de la Commission européenne, aux députés européens Florent Marcellesi, Josep-Maria Terricabras et Jill Evans qui l’exhortaient à exclure l’énergie produite au Sahara occidental de ces échanges.

mercredi 4 janvier 2017

Pour la justice européenne, le Sahara occidental n’est pas marocain. Une victoire pour le Front Polisario









Selon la Cour de justice de l’Union européenne, les accords d’association et de libéralisation entre l’Union européenne et le Maroc ne s’appliquent pas au Sahara occidental. Ce jugement du 21 décembre 2016 prend le contre-pied de la politique de Bruxelles à l’égard du royaume chérifien, à un moment où ce dernier s’apprête notamment à relancer une bataille pour faire reconnaître sa souveraineté sur le Sahara occidental par l’Union africaine.


Pendant des années, l’Union européenne (UE) a fermé les yeux sur la politique marocaine au Sahara occidental au nom du partenariat fort qui l’unit au royaume chérifien. Mais le 21 décembre 2016, le verdict de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) est tombé, et il représente une véritable épine dans le pied de la diplomatie européenne. La Cour a en effet décidé en dernière instance que ni l’accord d’association entré en vigueur en 2000, ni celui de libre-échange de 2012 entre l’UE et le Maroc ne s’appliquent au Sahara occidental, celui-ci ne pouvant être considéré comme faisant partie du royaume du Maroc.

dimanche 24 juillet 2016

Annulation de l’accord agricole UE-Maroc : l’avocat du Front Polisario regrette le "double langage" de l’Europe

Luxembourg, 19 juil 2016 (SPS) L’Union européenne (UE) a été "incapable" de réfuter la prétendue souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental et elle s’en remet aujourd’hui à la justice pour définir le statut de ce territoire, pourtant inscrit dès 1963 sur la liste de l’ONU des territoires non autonomes, a affirmé mardi l’avocat du Front Polisario, Gilles Devers, regrettant le "double langage" de l’Europe.

"J’émets l’hypothèse que, pris dans cette impasse privilégiant ses relations avec le Maroc, et incapable d’aller dire aux autorités marocaines qu’il faut que l’on change, l’UE s’en remet à la justice", a-t-il déclaré à l’issue des plaidoiries dans l’affaire opposant le Conseil de l’UE et la Commission au Front Polisario devant la grande chambre de la Cour de justice de l’UE.
 Selon, ce juriste, chef de fil du collectif des avocats constitué par le Front Polisario, l’attitude de l’UE qui a fait appel de la décision du Tribunal européen rendue en décembre dernier "en est la parfaite illustration".
 "Les débats (devant la grande chambre de la CJUE) confortent notre analyse, à savoir que l’UE s’en est remis au Maroc pour la définition d’un territoire et cela n’est vraiment pas acceptable en droit des traités", a-t-il souligné.
"Si le politique ne peut pas trancher, on verra bien ce que dira le juge", a-t-il ajouté.
Pour Me Gilles Devers, le champ d’application de l’accord conclu entre l’UE et le Maroc doit être défini par le Conseil de l’UE et non pas par le Maroc qui inclut un territoire à décoloniser, rappelant que, dans son avis rendu en 1975, la Cour de justice internationale a affirmé que le Maroc n’a pas de souveraineté sur le Sahara occidental.
 Insatisfait de l’arrêt rendu en décembre dernier par le Tribunal européen qui a annulé l’accord conclu en 2012 entre l’UE et le Maroc prévoyant des mesures de libéralisation réciproques en matière de produits agricoles, de produits agricoles transformés, de poissons et de produits de la pêche dans la mesure où il s’applique au Sahara occidental, le Conseil de l’UE a introduit un pourvoi devant la Cour de justice de l’UE pour en réclamer l’annulation.
 Le Front Polisario a saisi le Tribunal de l’UE pour demander l’annulation de l’accord à l’égard du Sahara occidental au motif que cet accord a vocation de s’appliquer également au territoire du Sahara occidental.
Par arrêt du 10 décembre 2015, le Tribunal européen a décidé d’annuler l’accord dans la mesure où il s’applique au Sahara occidental. Le Tribunal a considéré que le Conseil avait manqué à son obligation d’examiner, avant l’adoption de l’accord, s’il n’existait pas d’indice d’une exploitation des ressources naturelles du territoire du Sahara occidental occupé susceptible de se faire au détriment de ses habitants et de porter atteinte à leurs droits fondamentaux.
Le Tribunal européen a reconnu dans cet arrêt, la capacité d’ester en justice du Front en tant que personne morale et a déclaré le recours recevable du fait que le Front Polisario était directement et individuellement concerné par l’accord.
Le Conseil de l’UE, soutenu par la France, l’Allemagne, l’Espagne, le Portugal et la Belgique, estime que le Tribunal a commis une erreur de droit en concluant que le Front Polisario avait qualité pour agir devant le Tribunal de l’UE et soutient dans son appel que le Tribunal a commis une autre erreur de droit en concluant que le Front Polisario était directement et individuellement concerné par la décision annulée.
Cependant, pour Me Gilles Devers, le statut du Front Polisario est "extrêmement clair". Il s’agit, a-t-il poursuivi, d’un mouvement de libération nationale, reconnu par l’Union africaine (UA) et interlocuteur de l’ONU dans les pourparlers pour la résolution du conflit au Sahara occidental.
  "En juin 2015, le Front Polisario a demandé à pouvoir ratifier les conventions de Genève, une capacité réservée aux Etats et mouvements nationaux de libération.
La Suisse l’a accepté et il a été notifié aux 184 Etats signataires de la convention.
Un seul a protesté, c’était le Maroc. Mais aucun des autres Etats qui ont été destinataires de cet acte dans lequel le Front Polisario s’engage, dans le cadre des hostilités avec le Maroc, à respecter le droit international humanitaire et la convention  de Genève, n’a protesté", a-t-il fait savoir.
Le Conseil de l’UE reproche également au Tribunal d’avoir commis une erreur en fondant l’annulation qu’il a prononcée sur un moyen qui n’avait pas été invoqué par le Front Polisario et sur lequel le Conseil n’a pas eu la possibilité de se défendre.      
Réfutant tous les arguments avancées par les avocats de la partie adverse, Me Gilles Devers a mis l’accent dans sa plaidoirie sur de nombreux points considérés comme des "constantes", notamment sur le fait que le Maroc n’a pas de souveraineté sur le Sahara occidental, qu’il n’a pas de mandat international, et que le Front Polisario est le seul représentant du Sahara occidental.  Des points que l’avocat du Front Polisario considère comme "définitivement acquis", parce que reconnus par le Conseil et la Commission.
Pour Me Gilles Devers, "le Maroc n’a pas le contrôle administratif sur le Sahara occidental, mais plutôt militaire".  L’objectif visait par cette action devant la justice européenne est de "dire à l’Europe qu’il y a un peuple, il y a des frontières, reconnues internationalement, il faut respecter cela", a-t-il conclu.
La grande chambre de la CJUE devrait délibérer le 13 septembre prochain.(SPS)
 020/090/700 192100 JUIL 016 SPS

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samedi 11 juin 2016

U.E : Une eurodéputée charge sévèrement le Maroc.

Par Malik Moffok

Une semaine après la disparition du leader historique du Front Polisario, une eurodéputée espagnole, Paloma Lopez en l’occurrence, a fortement chargé le Royaume marocain l’accusant de porter gravement atteinte aux droits de l’homme dans les territoires occupés du Sahara Occidental.

Interpellant aujourd’hui en réponse à une question, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, cette eurodéputée a accusé le Maroc de violer systématiquement les droits humains en réprimant les citoyens sahraouis qui réclament leurs droits socio-économiques et politiques. Elle a mis en avant l’assassinat du syndicaliste sahraoui Brahim Saika, qu’elle a condamné énergiquement. Paloma Lopez a dénoncé  « les autorités marocaines qui  ont, à nouveau, dispersé violemment une manifestation pacifique organisée par des chômeurs sahraouis pour condamner l’assassinat de Brahim Saika et marquer la Journée mondiale de la justice sociale, une initiative des Nations Unies pour lutter contre le chômage et l’exclusion sociale, dont souffre particulièrement le peuple sahraoui qui vit sous l’occupation marocaine ».

Violation des droits des prisonniers
Cette parlementaire européenne insiste sur l’intervention «brutale » de la police marocaine lors de cette manifestation qui a fait de nombreux blessés. Parmi ces blessés, Paloma Lopez cite, entre autres, les militants Mohamed Salem Aluat et Mohamed Molud Mansur. L’eurodéputée a demandé à la chef de la diplomatie européenne, Mme Mogherini, d’élever une « protestation officielle » auprès du Maroc « pour dénoncer ce déchaînement de violence sur les manifestants ». Pour cette parlementaire, « le recours excessif de la police marocaine à la force contre les défenseurs sahraouis des droits économiques et sociaux, viole les engagements internationaux du Maroc ». Paloma Lopez a également évoqué la violation des droits fondamentaux des prisonniers sahraouis qui croupissent dans les geôles marocaines. Elle a cité un nouveau cas, à savoir Abdelkhalek Merkhi*, qui allonge ainsi la liste des détenus politiques sahraouis dont les droits ont été bafoués. L’état de santé de ce prisonnier sahraoui s’est gravement détérioré, après une grève de la faim qu’il a entamée en avril dernier pour protester contre sa détention illégale. Cette eurodéputée s’est offusqué en soulignant que « ce n’est pas la première fois que les droits fondamentaux des prisonniers politiques sahraouis sont violés par les forces marocaines d’occupation ».

Répression à huis clos
Paloma Lopez a ainsi dénoncé la position de l’Union européenne qui se contente de dialoguer « avec la force occupante et avec le Conseil national marocain des droits de l’homme », alors que la violation systématique des droits fondamentaux des sahraouis se poursuit. Elle a, par ailleurs, estimé que l’expulsion, début mai, d’un couple de journalistes polonais des territoires occupés du Sahara occidental, sans aucune justification officielle, est une preuve supplémentaire que le Maroc veut imposer le huis clos dans les territoires occupés pour réprimer tranquillement les citoyens sahraouis. « Le Royaume du Maroc impose habituellement des restrictions sur l’accès à ces territoires pour les journalistes, dans le but de maintenir le voile du secret sur la brutalité de son occupation », a-t-elle soutenu. Une situation que l’UE doit changer, a-t-elle estimé.
Par Malik Moffok
Média: Impact 24.info

*Rappel :  http://fr.allafrica.com/stories/201504200026.html

mercredi 4 mai 2016

Coupes de l'UE dans l'aide humanitaire au SO


Barbara Weingartner Coupes de l'UE dans l'aide humanitaire
  La réduction de l'aide de la Commission européenne pourrait encore dégrader l'atmosphère. La commission a désigné 90'000 personnes dans les camps sahraouis, qui sont presque entièrement dépendants de l'aide étrangère, comme étant «les plus vulnérables». Son agence d'aide humanitaire, Echo, a dans le passé a contribué 10 millions € par an pour leurs soins. Dans sa propre littérature Echo décrit la situation comme un conflit «oublié». Mais deux sources de l'UE ont dit à EUobserver que l'aide sera réduite à 9 M € à partir de 2016. Stefaan Declercq, directeur d'Oxfam Belgique: "Je ne peux pas comprendre les mouvements de la communauté internationale des donateurs, Echo, et la commission de l'UE de réduire l'aide." La coupe à venir, a lieu au milieu d'une baisse des envois de fonds de la part des familles de réfugiés en Europe, notamment en Espagne, qui ont été durement touchés par la crise économique de l'Europe. Traduit de l'anglais ·

samedi 30 avril 2016

Nuit Debout: un remix de la Commune de Paris ?







Les crises ont toujours une valeur constituante. Krisis (κρίσις) signifie choix, la décision. Krino (κρίνω), le verbe dont dérive le substantif krisis, signifie séparer, distinguer ordonner. Rupture, choix, nouvel ordre. Les crises n'ont jamais eu une issue acquise d'avance,  univoque. Des facteurs dialectiques jouent dans les crises, impliquant par définition  une possibilité, ou une autre, ou encore une autre. Des contradictions réelles" qui font marcher l'histoire, pourrait- on dire.
La Grande Récession en Europe a entraîné un appauvrissement dramatique de la population, une baisse des revenus du travail comparable seulement avec celle enregistrée dans l'immédiat après-guerre. Les inégalités ont énormément augmenté, en raison d'une redistribution gigantesque de la richesse vers le haut, et plus de 25 millions de personnes (19 dans la seule zone euro) sont exclues de la population active. Les élites économiques et institutionnelles ont déchargé sur les citoyens le coût de l'assainissement budgétaire, en prenant, dans la foulée, la crise comme prétexte pour infliger le coup final au modèle social européen et à sa civilisation du travail. Une austérité combinée avec des contre-réformes du marché du travail pour réorganiser les sociétés européennes en fonction des intérêts du capital, la subrogation de la démocratie par un succédané, une gouvernance fonctionnelle. Une structure postmoderne du pouvoir, dans laquelle la souveraineté cède la place à la règle, à sa «rationalité mathématique», à la primauté de la procédure sur la décision démocratique, sur le consentement.

La crise des grandes organisations politiques de masse, des corps intermédiaires, a certainement favorisé cette dérive, ainsi que la faiblesse intrinsèque de la pensée critique, à savoir la soumission intrinsèque d'une part de celui-ci à l'idéologie dominante, à la suite de la défaite du mouvement ouvrier du XXe siècle et des transformations qui ont affecté la sphère productive, les relations entre le capital et le travail. 


mercredi 27 avril 2016

Me Gilles Devers, avocat du Front Polisario : «L’UE ne reconnait pas la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental»


Le 10 décembre dernier, une décision du Tribunal de l’Union européenne annulait l’accord agricole signé entre l’UE et le Maroc car il intégrait le Sahara occidental au sein du royaume marocain, alors qu’en droit international, l’ex-colonie espagnole demeure un territoire à décoloniser. Mais l’affaire n’est pas pour autant close. Le Maroc ne digère pas sa défaite et le Conseil de l’UE a formé un pourvoi devant la Cour de Justice de l’Union européenne. Pour bien comprendre cette bataille juridique à dimension politique importante pour la suite de la lutte du peuple sahraoui pour la mise en œuvre de son droit à l’autodétermination conformément aux résolutions des Nations unies, Maître Gilles Devers, avocat au barreau de Paris, avocat du Front Polisario, a bien voulu nous donner un éclairage, des informations pour bien comprendre les données du problème et la procédure en cours.

La Tribune : Tout d’abord, quelles sont les procédures engagées par le Front Polisario ?
Me GILLES DEVERS : Le Front Polisario a introduit deux procédures demandant l’annulation d’accords de coopération entre l’Union européenne et le Maroc : l’accord agricole et l’accord de pêche. La procédure a été engagée contre le Conseil de l’Union européenne, qui est l’organe politique décisionnaire. Dans un second temps, la Commission européenne, qui est l’organe administratif, est intervenue dans la procédure. Le Maroc n’est pas partie au procès : il n’y a aucune instance judiciaire entre le Front Polisario et le Maroc.

Où en est la procédure ?
Par arrêt du 10 décembre 2015, le Tribunal de l’Union européenne a annulé la décision approuvant l’accord de rehaussement agricole de 2012, au motif que l’Union européenne applique cet accord sur le territoire du Sahara occidental. Cela a été une magnifique victoire pour le peuple sahraoui. Le Conseil de l’Union européenne a interjeté un appel, et l’affaire sera donc à nouveau plaidée, cette fois-ci par la Cour de Justice de l’Union européenne, sans doute d’ici la fin de l’année. De ce fait, la procédure «pêche» va être mise en attente, car certaines problématiques sont communes et doivent être d’abord tranchées par la Cour.

Sur quels principes repose cette procédure ? Et pourquoi maintenant ?
L’état du droit est inchangé, mais ce sont les procédures qui changent, surtout en droit européen. Depuis 1963, le Sahara occidental est inscrit par l’ONU sur la liste des territoires non-autonomes à décoloniser, et en 1975, la Cour internationale de justice a dit que le Maroc n’était pas souverain, et qu’il fallait organiser un référendum d’autodétermination. L’arrêt rendu le 10 décembre 2015 par le Tribunal de l’Union européenne reprend les mêmes principes, mais, et c’est toute la différence, nous les faisons inscrire dans le droit européen, qui est immédiatement applicable. Ainsi, nous agissons sur la base des principes de la décolonisation, mais nous pouvons les rendre opposables à toutes les entités publiques et privées présentes au Sahara occidental.

Une action du Front Polisario devant la justice européenne, cela ne paraît pas évident... Pourtant l’action a été jugée recevable.
Le Front Polisario a passé avec succès toutes les étapes de la recevabilité. Ainsi, il a été jugé que le Front Polisario est un sujet de droit international, qu’il a la possibilité d’agir en justice, et qu’il est recevable à agir contre les décisions prises par le Conseil de l’Union européenne. Ce dernier critère était très discuté, car les conditions fixées par les Traités européens sont très restrictives. Le tribunal, de manière pragmatique, a jugé qu’effectivement seul le Front Polisario est en mesure de conduire cette action, car il était «individuellement et directement» concerné, selon les termes du Traité.

Sur le fond, pour quels motifs le tribunal a-t-il donné raison au Front Polisario ?
Ce qui s’est passé lors de la procédure est vraiment très intéressant. Avant d’analyser le raisonnement juridique du tribunal, il faut d’abord s’arrêter sur les faits, c’est-à-dire les points sur lesquels les parties sont d’accord.

Mais il n’y a aucun accord entre le Front Polisario et le Conseil de l’Union européenne !
Bien au contraire ! Et c’est le principal apport du procès. Lors de la procédure, le Conseil de l’Union européenne et la Commission européenne ont été amenés à reconnaître eux-mêmes que le Maroc n’est pas souverain au Sahara occidental, que le Maroc n’a pas de mandat international sur le Sahara occidental, et que le Front Polisario est le seul représentant du peuple Sahraoui. Ce sont des avancées considérables! A huit reprises, le Tribunal souligne dans l’arrêt du 10 décembre : «Comme l’ont reconnu le Conseil de l’Union européenne et la Commission européenne…». Dans ces conditions, le Tribunal tire ensuite les conséquences logiques de ces reconnaissances : l’accord conclu avec le Maroc ne peut s’appliquer que sur le territoire du Maroc, il ne pourrait y avoir d’application sur le territoire du Sahara occidental qu’avec l’accord exprès du Front Polisario.

Mais c’est une remise en cause totale de la position du Maroc par les dirigeants politiques européens !
Oui, fondamentalement. Devant le Tribunal, le Conseil de l’Union européenne a adopté une position franche, conforme au droit international, mais qui dénie la réalité d’un Maroc souverain sur le Sahara occidental. Ainsi, s’il y a actuellement un débat entre le Maroc et les instances européennes, c’est en réalité en fonction de cette prise de position et non pas des conséquences qu’en a tirées le tribunal.

Dès lors qu’ils contestent la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, comment les dirigeants européens acceptent-il que l’accord s’applique sur le territoire du Sahara occidental ?
Cela ressort de la lecture de l’arrêt du 10 décembre. Le Conseil et la Commission ont soutenu que le Maroc prenait ses initiatives, et qu’ils n’avaient pas à répondre de la politique du Maroc au Sahara occidental. Mais nous avons démontré, preuves à l’appui, que le Conseil et la Commission sont totalement impliqués, et pour deux raisons
 d’abord, ils ne peuvent ignorer que le Maroc applique directement sa législation au Sahara occidental, car il s’y considère souverain ;

 ensuite, les instances européennes sont directement présentes, pour assurer des contrôles vétérinaires ou agréer des exportateurs. Finalement ce que dit le Tribunal est simple : pour qu’il puisse y avoir une activité économique au Sahara occidental, cela doit être fait avec l’accord exprès du Front Polisario.

Le Conseil a formé un pourvoi devant la Cour de Justice de l’Union européenne, et le Maroc s’affirme satisfait des arguments du Conseil.
C’est à n’y rien comprendre. Les actes de procédure sont secrets, nous n’en parlons pas. En revanche, comme le Conseil a formé un pourvoi, il a dû en publier le résumé au Journal Officiel, (JO du 29 mars 2016, C 111/17) et donc tout le monde peut lire les arguments du Conseil…et à aucun moment le Conseil n’évoque une souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Tout son argumentaire est de trouver des solutions pour que l’accord UE - Maroc puisse s’appliquer au Sahara occidental alors que le Maroc n’y est pas souverain.

Comment analyser le point de vue européen ?
Il y a un double discours, destiné à l’opinion publique, mais ça ne pourra pas durer éternellement. Et dans la procédure, le Conseil et la Commission soutiennent des argumentaires qui ignorent les principes fondamentaux de la décolonisation. Pour notre part, nous mettons en avant ce que représente la décolonisation dans l’histoire de l’Afrique, et le soutien constant apporté par l’Union Africaine. Le Sahara occidental est le dernier territoire à décoloniser d’Afrique : l’Union européenne cherche à nous enfermer dans le juridisme et nous opposons le droit des peuples à l’autodétermination.
C’est-à-dire ?
Notre réponse est nette : le Maroc est puissance occupante selon la IV° Convention de Genève, et à ce titre, il n’a aucun droit pour exercer une activité économique quelconque au Sahara occidental. Je rappelle que le Front Polisario est partie à la IV° Convention de Genève, sa signature ayant été acceptée par les autorités confédérales suisses, et aucun Etat au monde n’a protesté…à part le Maroc. De plus, le Secrétaire général de l’ONU s’est clairement exprimé sur le sujet.
Comment se présente la procédure devant la Cour de Justice qui va donc juger le recours ?
Le débat est assez ouvert,…mais essentiellement sur la question de la recevabilité. En revanche, il n’y a plus de débat sur l’absence de souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, ce qui était notre objectif principal. Sur le plan de la recevabilité, la question est : le Front Polisario peut-il attaquer directement un acte du Conseil de l’Union européenne pris dans le domaine de la politique étrangère ? Le Tribunal avait répondu oui, et nos argumentaires sont donc plutôt renforcés, mais objectivement le débat est assez ouvert. Ceci dit, c’est une question de procédure, et si la recevabilité directe n’était pas admise, nous avons déjà mis en place des procédures pour une recevabilité indirecte, en passant d’abord par les juridictions nationales. Un arrêt de la Cour de Justice qui n’admettrait pas la recevabilité directe du Front Polisario ne ferait que reporter le débat. D’une manière ou d’une autre, et le plus tôt sera le mieux, il faudra répondre à la question : «dans quelles conditions le Maroc, qui n’est pas souverain au Sahara occidental, peut-y appliquer un accord européen ?»
Quelle devrait être l’attitude de l’Europe ?
L’Europe n’admet pas la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, et elle l’a confirmé devant la Cour comme le montre le résumé de son recours. Aussi, l’Europe doit se mettre en cohérence avec cette prise de position : elle doit renoncer à sa présence au Sahara occidental, annuler les licences qu’elle a concédées à des sociétés exportatrices basées au Sahara occidental et refuser tous les produits qui viennent du Sahara occidental et sont exportés avec un certificat d’origine marocain.
Quels sont les moyens d’action du Front Polisario ?
La procédure n’est pas une fin en soi : elle vise simplement à rétablir les conditions pour des solutions diplomatiques et politiques correctes. Ceci étant, nous sommes sur un plan d’action à long terme. Les avocats savent que les procédures sont toujours compliquées, et nous ne pouvons pas garantir que nous n’aurons que des succès. Mais à partir du moment où l’Union européenne ne reconnaît plus la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, nous savons que nous nous inscrivons dans une perspective de victoire.
M. M.