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mardi 19 février 2013

Dans le plus beau pays du monde, une femme malade abandonnée parmi les détritus

Par demainonline, 19/2/2013

 Une femme dans le coma abandonnée dans la rue à Larache

 La femme de Larache (Photo prise d'écran)
La femme de Larache (Photo prise d’écran)
Cette femme, d’un âge avancé, s’appelle Fatna. Elle n’a pas de famille. Elle vit dans un cagibi digne du Moyen Âge dans la bienheureuse ville de Larache. Entourée de détritus, elle a été mordue par un rat.
Ses bienveillants voisins ont bien prévenu les autorités. Le caïd de disctrict a refusé de se déplacer pour constater cette misère marocaine. Grand seigneur, il a tout de même appelé l’antenne locale de la Protection civile qui a envoyé une ambulance sur place.
Selon les voisins de Fatna, quand les ambulanciers de la Protection civile ont constaté que Fatna respirait encore, ils se sont retirés. Un vivant coûte plus cher qu’un mort et surtout il est plus emmerdant...

 http://www.youtube.com/watch?v=_O5JmsWaW_A&feature=share&list=UURxltaFPgcMxdKoaFllWz3g
 Depuis, Fatna est là ! Selon un médecin contacté par Demain qui a visionné cette vidéo depuis Casablanca, cette pauvre femme est dans un état lamentable qui nécessite une hospitalisation urgente. Il ne croit pas qu’elle ait été mordue par un rat. Cet œil enflé l’inquiète et il croit qu’elle risque d’un moment à un autre de sombrer dans le coma. A son âge c’est fatal !
Où est le ministre de la santé ? Où est le ministre de la justice et des libertés (sic) ? Où est le ministre de l’intérieur dont dépend la Protection civile ? Où est l’Etat ?
Assez de populisme ! Qu’elle crève cette Fatna et qu’elle nous laisse vaquer à nos occupations ! Le caïd de district n’a pas que ça à faire ! Et la Protection civile est là pour protéger les civils, pas les mourants !
Circulez, il n’y a rien à voir !
URL courtehttp://www.demainonline.com/?p=25347

dimanche 8 juillet 2012

Douar Chlihat en révolte : les habitants témoignent







 La révolte du Douar Chlihat, Loukos,région Ksar Kebir
 Par Souad Guennoun, 21/6/2012

       A 25 Km de Ksar Kebir, région de Loukos, Chlihat est un douar regroupant 350 maisons, soit près de 2500 habitants. La population vit de cultures vivrières, d’élevage, sur des lopins de terres collectives et de travail saisonnier notamment lors de la récolte des fraises dans la région de Larache. Ils vendent leurs produits au souk hebdomadaire le mercredi. D'autres partent em Espagne, comme travailleurs émigrés.
    Le chômage des jeunes est très important dans cette région, les infrastructures, équipements publics sont absents.

    Le bassin du Loukkos est riche en eau, la terre est fertile. Il est bien desservi par la route.

    Du temps du protectorat espagnol, l’entreprise semi-publique Loukkos exploitait les terres. Elle employait 5000 à 7000 personnes. On y cultivait traditionnellement la pomme de terre et la cacahuète.
    Sous les pressions des institutions internationales, le plan d’ajustement structurel impose la privatisation des entreprises publiques ouvertes au capital international. Un programme de privatisations débute en 1993 et touche tous les secteurs de l’économie : mines, transport, télécommunication, et agriculture.

    La Société Loukos mise en faillite en 1998, se prépare à la privatisation, crée des filiales comme AgroMorwan privées ou semi –publiques, s’ouvre au capital international. C’est alors que la société espagnole « Ribera del arroz » s’installe. Elle exploite 2000 ha qu’elle obtient par bail de location avec l’Etat au prix de 400 dh par an l’hectare. Un montant dérisoire quand on évalue le prix du marché à 4000 dh/l’ha, soit 100 fois plus !
    Au départ, elle cultive la pomme de terre, puis le riz. La superficie exploitée par la société passe à 4500ha !

    La culture du riz, cause des problèmes de douar Chlihat: moustiques et chômage
    La culture du riz non seulement nécessite beaucoup d’eau, mais les moustiques y prolifèrent. L’été les habitants du douar Chlihat qui se trouve à proximité des champs en souffrent . Ils se plaignent auprès de la société, des pouvoirs locaux, en vain.
    Mais les habitants gardaient espoir de voir la société créer des emplois, permettre aux jeunes de travailler sur place plutôt que de devoir immigrer.
    Ils attendent mais seules 82 personnes sont embauchées par la société.
    A l’approche de la saison de culture et de l’été, les habitants s’organisent, un comité de négociation se met en place, «  la jamaa », conseil villageois, est composée de jeunes et de vieux du village.
    Ils demandent à la société de trouver des solutions aux problèmes des moustiques et du chômage.
    A partir d’ avril 2012, les négociations sur les deux problèmes soulevés sont menées avec les représentants de l’autorité locale qui se substituent à la société. Ils promettent que la société plantera de la canne à sucre sur une largeur de 150 mètres pour faire barrière aux moustiques. Mais la société, forte de son pouvoir, refuse de se plier à une quelconque contrainte.
    Les habitants occupent alors la terre et décident d’empêcher la culture au début de la saison du riz.
    La police harcèle les jeunes et menace d’arrêter les membres de la « jamaa ».
    Le jeudi 14 juin, des affrontements éclatent entre des gendarmes et les habitants, faisant plusieurs blessés.
    Le vendredi 15, les habitants poursuivent la résistance,
    Mais le samedi 16 juin, l’armée arrive en force, use de bombes lacrymogènes, tire à balles en caoutchouc. Elle rentre dans les maisons, saccage, vole,
    Le dimanche 17, le village est encerclé, les routes barrées, les affrontements se poursuivent, l’armée se déploie, l’usage de canons à eau provoque de nombreux blessés parmi les femmes et enfants. Les habitants fuient le village, les jeunes se cachent dans la forêt. Actuellement 2 personnes sont incarcérées à Ksar Kébir et 3 à Tanger.
    On parle de nombreuses autres arrestations, 5 femmes sont arrêtées, maltraitées, violentées avant d’être relâchées. On parle de nombreux détenus, torturés, évacués à Tanger et jugés en criminels. Les blessés ne sont pas soignés. Les autorités ont fait pression et menacent les habitants des douars environnants pour dissuader toute aide ou secours aux femmes en fuite de Chlihat. Le CNDH (Centre National des Droits Humains, organisme dépendant de l'Etat) a été empêché de rentrer à Chlihat le mardi 19 juin, et il a fallu une intervention de Rabat pour qu’il soit autorisé à visiter le village.

    Arrestations et procès :
    -Yachi Riyahi, secrétaire Général du PADS (Parti de l'Avant-garde et du Socialisme) et AMDH (Association Marocaine des Droits Humains) de Ksar Kbir, arrêté alors qu’il rendait visite aux habitants de Chlihat, a été présenté devant le tribunal de Ksar et inculpé pour : attroupement armé, blocage voix publiques, insultes à agents d’autorité.
    Son jugement est reporté au 3 juillet 2012, sa mise en liberté provisoire a été rejetée

    Les revendications des habitants de Chlihat :
    - la levée du blocus et la démilitarisation de la région
    - la libération de tous les prisonniers
    - les soins aux blessés
    - le jugement des responsables des viols des femmes, vols, tortures
    - l’arrêt de la culture du riz
    - l'éradication des moustiques
    - la création d’emplois
    - la construction d’équipements publics, de santé notamment
    - la terre aux habitants de Chlihat

    La caravane de solidarité

    Mercredi 20 juin, à l’appel d’Attac Ksar el Kébir, de l’Association des Droits humains, des syndicats, une caravane de solidarité s’est rendue à Chlihat, avec comme objectifs :
    La levée du blocus, apporter son soutien à la population, permettre le retour au village des habitants ayant fui la répression, recueillir les témoignages des victimes.

    Arrivés à Ksar Kbir, les militant-e-s venu-e-s de Larache se sont rencontré-e-s sur la route menant à Chlihat où un rassemblement a débuté avec des slogans de solidarité avec Chlihat en résistance, dénonçant la violence et la répression, les militants ont commencé à rejoindre le rassemblement, sans savoir si l’accès au village Chlihat était possible, si l’armée s’était retirée.

    Vers 11h 30, nous prenons la route qui mène au village distant de 6 km, nous longeons la forêt à droite, la caserne à gauche. Plus loin, des jeunes se montrent dans la forêt, nous approchons, en disant que nous sommes venus en solidarité. Certains fuient, d’autres nous laissent approcher. Ce sont tous des garçons, jeunes pour la plupart. Blessés, affamés, assoiffés, le regard hagard, ils disent qu’ils ont soif, qu’ils ont peur. Ils racontent, montrent leurs blessures, un jeune a perdu l’oeil, touché par une balle en caoutchouc, d’autres n’ont pu aller passer leur examen du bac, de peur de se faire arrêter sur le chemin. Ils sont terrés dans la forêt depuis 4 jours et 4 nuits sans boire, sans manger. Ils ne savent pas ce qui se passe dans le village. Nous disons que nous sommes venus pour qu’ils puissent revenir dans leur village. Ils ne sont pas rassurés. Nous proposons d’aller au village pour voir et de revenir les chercher. Ils reprennent confiance.

    Nous arrivons quelques kilomètres plus tard à Chlihat. Personne, un village vide, seul l’imam est terré dans la mosquée et quelques personnes filent comme des ombres. Nous expliquons pourquoi nous sommes là. L’imam monte alors sur le minaret et lance un appel aux femmes, pour qu’elles rentrent au village. Nous lançons nos slogans en solidarité avec la population de Chlihat. Les gens commencent à venir un par un, puis par groupes. On s’embrasse, se serre, on veut parler, pleurer, mais la peur est toujours là. On nous parle des blessés, une femme a fait une fausse couche quand elle a vu les militaires. Je vais la voir, elle souffre, toute maigre, jeune, incapable de dire un mot. On appelle une ambulance, du secours. On nous parle d’une jeune fille qui a été arrêtée puis maltraitée, puis relâchée. Elle a peur, ne veut pas se montrer, ni parler. Elle a un rire hystérique, nerveux. Elle est jeune et jolie, peut-être…
    Une femme plus vieille, pleure, n’arrive pas à dire un mot, pleure, dit que c’est l’enfer, l’enfer. Beaucoup de femmes, de drames.

    Plus tard les jeunes sortis de la forêt arrivent, ils sont accueillis en manifestations et des slogans contre ce régime dictateur, de Sidi Bouzid à Chlihat, faisons la révolution, paysans ouvriers, étudiants, solidaires…
    L’imam remonte sur le minaret et appelle au retour au village. Nous sommes nombreux, la parole se libère, on montre les traces. Les tirs à balles de caoutchouc, les canons à eau, L’eau est chaude dit une femme et elle a l’odeur du soufre, elle montre ses lèvres en cloques. Une autre femme montre ses deux mains pleines de pustules, elle ne peut plus travailler ni dans la cuisine ni aux champs.
    Les femmes ont une force extraordinaire. Au début elles ne veulent pas parler, ni se montrer, mais une fois qu’elles se lancent, plus rien ne les arrête. Elles parlent du village, de l’injustice, des moustiques qui bouffent leurs petits. De la société qui est à l’origine de tous les malheurs. De ces étrangers qui viennent prendre tout et ne donnent rien. De ces terres qui leur appartiennent cédées pour rien à des riches. De leurs enfants sans travail. De l’absence d’équipements, de soin, de transport. Et toujours les moustiques qui envahissent, terrorisent.

    D’autres parlent de ces jours noirs où les militaires sont rentrés dans leurs maisons, ont pris tout ce qu’il y avait à boire et manger, ont tout cassé et volé le peu de sous qu'ils ont trouvés, elles ont parlé des sévices, des insultes, des obscénités et de celles qui ont été menacées avec une matraque… Dans une maison, un vieillard souffre allongé, sans soin, il s’est brisé le dos. Un homme raconte que tout le monde a fui le village occupé par les militaires. Pendant quatre jours le troupeau est resté enfermé. D’autres témoignent de l’hélicoptère qui jetait des vivres aux militaires, et pourchassait tous ceux qui se cachaient. Des restes de plastiques, bouteilles vides, déchets longent les sentiers, partout, sur des kilomètres. Preuve qu’ils étaient nombreux.

    Plus loin en hauteur, on domine la plaine, une énorme étendue, on aperçoit Larache au loin et les terres de la société espagnole, quelques 4500 ha loué 400dh l'hectare par an (40 euros environ!) autant dire un cadeau, pour cultiver du riz, culture qui nécessite beaucoup d’eau, et qui, à défaut d’employer les jeunes au chômage, envahit le village de moustiques.

    Pour avoir réclamé du travail et l'éradication des moustiques, les habitants de Chlihat ont été réprimés, matraqués, traqués, volés, violés, emprisonnés. L’armée est intervenue pour mâter la population qui a osé défier une société espagnole venue cultiver du riz sur des terres cédées pour un loyer symbolique.

    Telle est la lutte des paysans dépossédés de leur terre, contre un Etat au service du capital et aux allures de mafia avide de terre qui sème la terreur et nourrit la révolte.
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    Relire : Scandaleux : Un village marocain rebelle cadenassé et pillé par les forces de l’ordre
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Après avoir vu et lu ce qui se passe dans ce pays exemplaire, lire cet extrait de "Journaux du Maroc"du 6/7/2012

"Le Maroc a toujours été une terre de respect des droits de l'Homme, et des libertés et le chemin emprunté par le Royaume, sous la conduite éclairée de S.M. le Roi Mohammed VI, est bel et bien celui qui mène à davantage de libertés et de démocratie, a souligné le président du Conseil constitutionnel français, Jean-Louis Debré.
Dans une déclaration à la MAP en marge du 6e Congrès triennal des cours constitutionnelles ayant en partage l'usage du français (ACCPUF), dont les travaux se déroulent à huis clos à Marrakech, Debré a ajouté que le Maroc se veut un modèle en matière de justice constitutionnelle à l'échelle des pays arabes qui sont actuellement en pleine mutation. Et de poursuivre que ces pays se cherchent, à l'instar des pays du monde, «cette lumière qu'offre le Maroc, qui les éclaire et qui leur montre que bien que le chemin vers la liberté est toujours naturellement difficile, il est le seul qui mène vers la démocratie».
Tout en saluant les efforts exemplaires accomplis par le Conseil Constitutionnel marocain dans la promotion d'une véritable justice constitutionnelle, Debré a tenu à rappeler que «S.M. le Roi Mohammed VI demeure un homme exceptionnel, sage, averti et un visionnaire, dont il nous appartient tous de s'inspirer».(...)"

Sans commentaire(ndlr)

samedi 15 août 2009

Ida, Atika : une mère, une fille

Par Ali Fkir,15/8/2009

Chaque jour le réveil sonne à cinq heures et demi. C’est tôt, très tôt. Mais chaque fois Ida était déjà debout. C’est le cas de la plupart des femmes des travailleurs. Elles se réveillent avant la sonnerie du réveil. Elles sont comme ça. Des millénaires ont conditionné ces braves femmes. Elles se lèvent avant tout le monde, pour préparer à manger, traire, moudre les céréales, chercher du bois…Tout ce travail qui dure de cinq heure du matin à dix heures du soir n’est pas reconnu comme labeur. Aujourd’hui encore, au Maroc, dans la case réservée à la profession de la personne concernée dans la carte nationale d’identité, on indique pour ces femmes : néant ( c'est-à-dire qu’elles ne font rien. Des oisives quoi !!).



Atika et Mouhcine

Ida prépare le petit déjeuner de son mari qui se réveille à cinq heure trente minutes.
A six heures, Si B. quittait la maison. Le plus souvent, il rejoint la mawkif ; place publique où les patrons viennent s’approvisionner en force de travail. Contrairement aux autres marchés, dans le « marché de travail », les prix de la marchandise/la force de travail n’existent pas. A la fin de la journée le patron vous paie selon son humeur. Vous n’êtes pas contentE ? demain, montrez vos gueules ailleurs! Les MarocainEs, dépouillés de leurs sources de vie, se voient obligéEs aujourd’hui d’accepter de travailler dans des conditions précapitalistes qui caractérisaient le passage entre deux modes de production : des rapports du féodal avec « ses » serfs aux rapport du capitaliste avec « ses » ouvriers. La législation de travail ? Elle moisit dans les tiroirs des diverses administrations. On n’en connaît que l’article 188 qui permet à l’Etat de mettre en prison les ouvriers pour entrave au travail !
C’est un véritable marché des bêtes de somme. Les acheteurs passent et repassent, scrutent, peuvent même tâter la marchandise…On prend souvent B pour sa robustesse, surtout lorsqu’il s’agit de pénibles travaux.
Mais il arrive que B travaille régulièrement pour quelques mois ou années chez le même patron. Bien sûr, pas de SMAG (salaire minimum agricole), ni couverture sociale, ni assurance-maladie…
Les seize dernières années, B les a passées dans les fermes d’un grand propriétaire terrien. Aujourd’hui, il est cloué au sol par la maladie, sans revenu aucun. Il n’a été jamais déclaré aux organismes sociaux.

Sa fille Atika a bossé dur pour réussir ses études universitaires, essentiellement pour venir en aide à sa famille. Atika croyait au miracle des diplômes. Le diplôme, c’est la clé du travail. Du moins c’est ce qu’on dit. Travail bien rémunéré, travail à CDI, avantages légaux garantis…le véritable miroir aux alouettes !
Son diplôme dans son sac à main, sans attendre, Atika, prit le sentier du travail. La famille voyait déjà sa situation améliorée.
Atika découvrit très vite qu’au Maroc, pour « fructifier » son diplôme, il faut avoir des connaissances, payer des pots, supporter des comportements dégradants…en un mot, laisser de côté sa dignité.

Ida, la mère de Atika, qui n’a quitté la maison de ses parents que pour rejoindre celle de son mari, dont elle ne sortira, selon le rétrograde adage que pour rejoindre, l’au-delà au cimetière, donc Ida « retroussa ses manches », met de côté le soucis des racontars, et plongea dans le monde de travail rémunéré, dans le monde du capitalisme sauvage. Elle se lève à cinq heure du matin, prépare à manger pour toute la famille, s’acquitte de toutes les autres besognes domestique, et prend quotidiennement le sentier du mawkif tenter sa chance.
Elle bosse dure, sérieuse. Elle fait partie de la main d’œuvre tant recherchée par les patrons. A haute voix, ceux-ci ne reconnaissent jamais les mérites de ce type de travailleuses et de travailleurs. Les patrons préfèrent n’utiliser que « les bras-cassés » pour parler des prolétaires.

Armée de son bagage intellectuel, se débattant dans les méandres de la dure et amère réalité, Atika appréhende petit à petit sa naïveté, la naïveté des millions de ses semblables. Au début il y a eu le doute, puis le questionnement, puis la remise en question, et enfin l’engagement conscient pour changer ce monde pourri.
La région de Beni Mellal est l’une des régions agricoles les plus fertiles au Maroc. Avant la colonisation française, ces riches terres appartenaient à la communauté. La propriété privée faisait l’exception.
Le colonisateur a exproprié (dans le sang), sans indemnité aucune, les paysans et les pasteurs de la région. Des fermes modernes fleurirent dans toute la région. Les paysans jadis organisés en jemaâ, devinrent ouvriers, trimaient toute la journée pour un salaire de misère... Des Hommes libres qu’ils étaient, ils devinrent esclaves du capitalisme.
Au lendemain de « l’indépendance de 1956 », les fermes passèrent « miraculeusement » aux mains des nouveaux maîtres du pays. Les années soixante et soixante-dix ont constitué l’épopée de la ruée vers la terre fertile. On se servait librement mais selon la logique du plus fort d’abord : les proches du palais, les généraux, les hauts dignitaires de l’Etat, les notables (anciens collaborateurs du colonialisme)…
Atika se posait la question (elle n’était pas la seule à se la poser, puisque la question s’était posée au lendemain de « l’indépendance »). Pourquoi la terre ne revint pas à ses véritables propriétaires d’avant le colonialisme ?. Quel contenu peut-on donner à « l’indépendance » à « la libération nationale », si elles se limitent à changer des individus portants des noms chrétiens par des individus de même nature portant des noms musulmans ?.
La question est toujours d’actualité.
Atika arrive à des conclusions bouleversantes. La question ne relève plus de la nationalité, ni de la religion, mais de l’appartenance de classe sociale.
Il y a des millions d’exploités et une poignée d’exploiteurs. Il y a des millions qui triment toute leur vie tout en vivant dans le besoin, et la minorité qui amasse de colossales fortunes. La plus-value créée par l’énergie des millions, par leur travail, se mue en richesse chez la minorité qui s’est appropriée les moyens et conditions de production. En remontant un peu le temps, Atika va découvrir avec stupéfaction, que la plupart des malheurs de l’Humanité sont apparus et se sont développés avec la propriété privée. On ne voit dans l’autre que le moyen de devenir plus riche. « L’humanisme » disparaît petit à petit. Les relations interhumaines sont réduites aux relations de domination et de dépendance, aux relations d’intérêts égoïstes. Les lois étatiques ne font qu’officialiser cette réalité.
Atika constate avec colère que les travailleurs de Souk Sebt trouvent des difficultés à s’approvisionner en sucre, denrée de base pour les humbles gens (rappelons que le thé sucré est « le passe pain » de la majorité des marocains) ; et pourtant beaucoup de ces travailleurs triment dans les sucreries de la région. Les dites sucreries, étatiques dans le passé, sont raflées aujourd’hui par le gigantesque groupe ONA dont la famille royale constitue, et de très loin, le premier actionnaire. L’ONA a le quasi-monopole de la production du sucre, de l’huile, du lait, classé deuxième après l’OCP dans les activités minières, 1er dans la distribution (à grandes surfaces), 1er dans le secteur bancaire, constitue un tiers de la capitalisation boursière, et leader dans d’autres secteurs vitaux tels l’immobilier, l’agriculture, la pêche maritime…On peut sans exagération dire que le Maroc appartient à l’ONA.
Scandalisée, honteuse de sa naïveté, Atika va se redresser. Elle choisit le chemin de la lutte, le chemin de la fierté. Atika devint communiste avant de lire Marx, Engels, Lénine…
En réponse à des jeunes militants d’ANNAHJ, j’avais déjà dit : au fond d’eux mêmes les gens sont communistes, mais les rapports de production basés sur l’exploitation des uns par d’autres détruisent chez ces derniers tout ce qu’ils ont d’humain. Atika ne pouvait qu’être communiste.
Pour Atika et ses semblables, la terre avec tout ce qu’elle porte en elle comme richesses, doit revenir à toute l’Humanité. L’Humanité doit se réorganiser démocratiquement pour mieux gérer ces richesses au profit de toutes les femmes et de tous les hommes, tout en sauvegardant la faune et la flore. L’être humain doit vivre heureux dans une nature heureuse, dont il n’est qu’une partie ; peut-être la partie consciente, même si certains se comportent en fils ingrats envers leur génitrice.
Les lycéens marxistes-léninistes d’Azrou, incarcérés à la prison de Ghbila de Casablanca en 1972, chantaient déjà :
Notre mère, la terre chérie, pleure ses richesses pillées,
et les révolutionnaires sont prêts à tous les sacrifices
pour que l’Humanité reconquière le sourire printanier de notre mère
.
(Je m’excuse pour la traduction si elle laisse à désirer)
L’essence du communisme, c’est la réorganisation de la vie sur la terre de telle façon que les humains, tous les humains vivent dans le bonheur, vivent avec toutes les autres composantes de la nature dans une parfaite symbiose.
Désormais, pour Atika, dans une société de classe les droits s’arrachent. Elle va s’engager dans l’Association Nationale des Diplômés Chômeurs (ANDCM), association qui couvre aujourd’hui toutes les régions du Maroc. L’Etat refuse de reconnaître l’ANDCM. Rappelons que l’ANDCM et l’AMDH (Association Marocaine des Droits humains) sont constamment dans le collimateur des appareils répressifs de l’Etat.
Atika observa une grève de la faim qui a duré 45 jours. Elle obtint un boulot à Souk Sebt ; mais à quel prix !
Atika rejoint les rangs d’ANNAHJ ADDIMOCRATI. Elle décida ainsi d’associer ses efforts à ceux des autres communistes et lutter ensemble pour une autre société. Sans conscience révolutionnaire, sans lutte, sans organisation, sans détermination, sans sacrifice, rien ne changera. C’est ce qui l’a attiré chez ANNAHJ qui constitue la continuité de l’organisation « ILA AL AMAM » (EN AVANT) marxiste-léniniste marocaine qui a perdu dans le brasier de la lutte de classes nombreux de martyrEs dont Abdellatif Zeroual, Saïda Mnebhi, Amine Tahani… Pour Atika la communiste, ANNAHJ incarne les valeurs communistes, les valeurs humaines.
En juillet 2009, Atika est présente (mandatée des militants de Souk Sebt) au deuxième congrès national d’ANNAHJ ADDIMOCRATI qui s’est tenu à Casablanca.
A la veille de la clôture du congrès, tard dans la nuit en quittant la salle des travaux, j’ai vu un groupe de militants et militantes assisEs à côté d’une jeune camarade allongée sur le gazon. Je me suis approché et appris que la camarade (c’était Atika) souffrait, et que des camarades de Casa sont allés en ville chercher des médicaments.
Le lendemain, en se dirigeant vers l’amphithéâtre où se déroula la séance de clôture du congrès, je remarquai une camarade qui se dirigeait avec effort vers la salle. C’était Atika. C’était ma première et dernière rencontre avec cette militante. « Tu sais depuis la grève de 45 jours, et des conditions de chômages d’avant, je suis, physiquement parlant « bousillée ». Je ne survis que par le moral, que par mes convictions, que par la camaraderie des centaines de militantEs ».
Pendant une heure, la jeune militante, déballe devant son camarade retraité, ce qu’elle a enfoui/refoulé dans ses profondeurs. Atika comme tant de millions de jeunes, filles et garçons, délaisséEs, excluEs, pourchasséEs, portent en elles, en eux, toutes les misères, toutes les souffrances, toutes les privations, toute LA HOUGRA…engendrées par la société de classes, par le système makhzanien, l’un des pires systèmes qu’a connus l’histoire de l’Humanité.
Dans la salle, sur l’estrade avec la présidence du congrès dont j'étais membre, je voyais Atika et non loin d’elle un remarquable jeune camarade, qui scandaient des slogans révolutionnaires, devant des marxistes venus de la Palestine, de la Tunisie, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie…tout ce monde chantait le radieux lendemain, la liberté future, l’Humanité émancipée, la nature radieuse, la terre-notre mère généreuse…
Trois heures après, sur la route de Souk Sebt, Atika et le jeune camarade qui n’est autre que Mouhcine Elbichri (congressiste de Guercif) perdirent leurs vies dans un accident de circulation. ANNAHJ ADDIMOCRATI, venait de perdre deux de ses meilleurs combattants, la jeunesse marocaine venait de perdre deux de ses meilleurs militantEs.
Une année après, la jeunesse communiste d’ANNAHJ ADDIMOCRATI, organisa à Larach sa colonie de vacance sous un thème relatif à la commémoration du 1er anniversaire du décès de ses deux membres Atika et Mouhcine.
Arrivés à Larach quelques heures avant la séance d’ouverture, et après avoir repéré le nouveau local de l’UMT (le plus ancien et important syndicat ouvrier) où devrait se dérouler cette séance, nous rejoignîmes, Zhor et moi, le centre de la ville, où nous retrouvâmes le camarade Lahnaoui, membre du secrétariat national d’ANNAHJ, et le camarade Hamdouchi responsable local et membre du comité national d’ANNAHJ, et avec eux IDA, la mère de Atika.
Ida a fait plus de 500 km pour participer à cette commémoration.
IDA resta avec nous deux. Les deux autres camarades sont allés contribuer aux préparations matérielles de l’événement.
Nous prîmes place dans une terrasse de café.
IDA est venue de Souk Sebt où la température descend rarement au dessous de 40 degrés en été. Peut-être qu’elle voit pour la première fois la mer.
Le mari immobilisé par la maladie à la maison après des décennies de travail, sans ressource aucune pour subvenir au minima des besoins de la famille, IDA, et sans hésitation, se jette dans le monde de travail rémunéré.
C’est le calvaire de l’exploitation : elle se lève à cinq heure, prépare le petit déjeuner, le déjeuner, fait la vaisselle, fait la lessive…puis rejoint le mawkif
Après 10 heures de travail sur les terres qui, jadis, étaient des terres collectives, aujourd’hui propriétés privées d’individus sans scrupule aucun. La majorité de ces rapaces portent des noms étrangers à la région, elle rentre chez elle. Avant de se coucher, IDA doit préparer le dîner, faire la vaisselle, arranger « la maison »…Mao, et avec raison, a déjà parlé de la triple exploitation de la femme, de la triple exploitation de cette moitié de ciel.
IDA est venue à Larache pour une seule nuit : arrivée l’après-midi du 22 juillet 2009, elle reprit la route à minuit. Les diverses besognes et corvées ne savent pas attendre !
A 19 heures, IDA, la mère de Atika et Azzouz le père de Mouhcine qui a fait plus de 600 km pour assister à cette commémoration, furent accueillis par les camarades de leurs enfants avec des slogans et chants révolutionnaires. Ce fut un moment émouvant ; ça vous prend à la gorge, aux tripes, même à 60 ans vous ne pouvez pas empêcher vos larmes de couler.
La commémoration a débuté par une minute de silence à la mémoire de Atika et de Mouhcine. Lorsque la prolétaire IDA, Oummi IDA (ma mère Ida) pour les jeunes communistes d’ANNAHJ, prit la parole, elle remercia tout d’abord ANNAHJ ADDIMOCRATI en général et sa jeunesse en particulier d’avoir organisé cette commémoration. « J’ai perdu Atika ma fille, mais j’ai gagné des dizaines de filles et de garçons. Je suis votre mère, vous êtes mes enfants. Je suis fière de ce que faisait Atika, je suis heureuse de ce que vous faites. Je souhaite de tout mon cœur la victoire d’ ANNAHJ ADDIMOCRATI dans son combat »…
L’intervention du camarade Azzouz était aussi émouvante que celle d’Oummi IDA. Azzouz a perdu un fils et un camarade de combat. Azzouz et Mouhcine faisaient partie de la même section d’ANNAHJ ADDIMOCRATI (Guercif).
A minuit, Azzouz reprit le chemin de Guercif, Ida celui de Souk Sebt, les jeunes rejoignirent leur lieu de campement à l’autre bout de la ville.
ANNAHJ ADDIMOCRATI, ne peut qu'être fier de ses jeunes communistes qui ne ratent jamais les rendez-vous avec l’Histoire. Il ne doit jamais oublier les combattants qui tombent dans le champ de la lutte. Il doit continuer à incarner (en idée et pratique) les valeurs communistes, les valeurs léguées par ILA AL AMAM marxiste-léniniste.

Ida

samedi 23 mai 2009

Le patronat agraire attaque

par Ali Fkir 22/05/2009
C'est incroyable, mais c'est vrai ! Les grands propriétaires terriens et autres capitalistes agraires manifestent à Agadir.
Contre qui ?
Contre les ouvriers, les "ingrats".
Que demandent ils?
Que l'Etat utilise plus de matraques contre ces "ingrats".
Pourquoi?
Par ce que ces "zoufrias" et "zoufriates", exigent le respect de la réglementation en vigueur:
- L'application du SMAG
- Le respect de la durée de travail hebdomadaire
- Le paiement des heures supplémentaires
- L'établissement des bulletins de paie
- La déclaration à la CNSS
- Le respect du droit à l'adhésion syndicale
- Le respect de la dignité des ouvrier-Ers
- Mettre fin au harcellement sexuel dont sont victimes les ouvrières
.......
La région de Chouka Aït Baha et du Sous Massa-Drâa ( plus de 100 000 ouviRer-Eres dont plus de 70 000 à Chtouka) est devenue l'eldorado (vert) des capitalistes (marocains et étrangers): terres fertiles, réserves d'eau relativement importantes, force de travail à très bon marcher, les rapports de productions médiévaux, la loi n'est faite que pour protéger les vampires agraires...les différents ministères (de l'agriculture, de l'intérieur, des finances...) sont totalement dévoués au service de ces voraces. Ceux-ci ne paient pas d'impôts! C'est le comble !!!
Depuis quelques temps, les capitalistes agraires organisent de véritables expéditions punitives contre les travailleurs et les travailleuses, recrutant pour cela des marginalisés et autres "bras cassés", épaulés dans cette sale besogne par les les forces de répression publiques. Des blessés, des détenus se comptent par dizaines. Les militants syndicalistes restent les premiers visés.
Les "patrons" ont manifesté à Agadir. Ils n'ont pas été gênés par les "forces de l'ordre". La télévision était là pour assurer la couverture de l'événement.
Et si c'étaient les ouvrierEs? les blessés (et pourquoi pas les morts) et les détenus seraient des centaines.
C'est très grave ce qui se passe dans le "monde de travail".
Les directions syndicales doivent sortir de leur torpeur, les militants doivent dépasser leur bavardages stériles, les distributeurs de promesses électorales sans lendemain doivent revoir leur stratégie de "démocratie par la démocratie".
À Chouka, dans le Sous Massa-Drâa, à Sidi Bernoussi, à Aïn Sebâa, à Skoura-Boulmane, à Larache, à Beni Mellal...la lutte des travailleurs est la même. La cause reste la même.
Nous devons tous réagir à ce qui se passe, le train de la lutte de classes n'attend pas les traînards.