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vendredi 15 avril 2011

Maroc : Libération de prisonniers politiques, vidéos

Par Ayad Ahram, ASDHOM, 14/4/2011


Je viens d’avoir au téléphone la femme de Sriti, l’un des prisonniers politiques du groupe Belliraj. Elle me confirme leur libération survenue vers 11h (heure locale) aujourd’hui. Les prisonniers d’opinion sahraouis ainsi que le défenseur des droits de l’Homme Chakib El Khyari* sont de la partie également. Ils se dirigent actuellement au Conseil National des Droits de l’Homme pour une conférence de presse en présence de leurs familles.
Une page se tourne, mais le combat lui, continue.

*************************
 Mohammed VI gracie 190 détenus
Par Nouvel Obs, 14/4/2011

RABAT (AP) — Le roi Mohammed VI du Maroc a gracié 190 détenus des prisons de Salé et de Casablanca en réponse à un mémorandum du Conseil National des Droits de l'Homme (CNDH), a annoncé jeudi le ministère marocain de la Justice.
Dans le cadre de cette grâce, certains détenus ont été libérés, d'autres ont vu la durée de leur peine réduite ou leur peine de mort commuée en peine de prison.
Parmi les détenus libérés figurent cinq personnes présentées comme islamistes modérés. Il s'agit de Mustapha Mouatassim et Mohamed Marouani dont les partis politiques ont été dissous, Mohammed Amine Regala, Alaa Biadella Maa Al-anin et Abdelhafid Sriti. Ce dernier était le correspondant au Maroc de la chaîne libanaise Al Manar, proche du Hezbollah.

Par ailleurs, le juge d'instruction chargé du complément d'enquête par le tribunal de première instance de Casablanca a ordonné jeudi la mise en liberté provisoire des mis en cause Ali Salem Tamek, Ibrahim Dahhane et Ahmed Naciri, des militants pour l'indépendance du Sahara Occidental, contrôlé par le Maroc. La chambre pénale prés la cour d'appel de Casablanca a décidé quant à elle la mise en liberté provisoire d'un autre détenu sahraoui, Ahmed Mahmoud Hadi, plus connu sous le nom d'Al Kinane.

Depuis les attentats de mai 2003 dans lesquels 45 personnes avaient été tuées, dont 13 kamikazes, des centaines de suspects islamistes ont été arrêtés et condamnés à des peines de prison ou à la peine capitale. AP 
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20110414.FAP7732/maroc-mohammed-vi-gracie-190-detenus.html

http://youtu.be/ALDUFEiT0NU ( Chakib Al Khayari)
http://www.youtube.com/watch?v=_WqUvZgDxO4 (devant le Conseil National des Droits de l’Homme CNDH)
http://www.youtube.com/watch?v=1I9zE91R7Ww (réception au siège du Club des avocats de Rabat)
http://www.youtube.com/watch?v=TepYggz9t8A   (sit-in du mouvement du 20 février devant le CNDH)

samedi 4 décembre 2010

Maroc : Familles en détresse

Par NOURA MOUNI, 3/12/2010
Trois ans après l’arrestation du père, la famille Al Moatassim continue à clamer l’innocence de ce «papa», bien que la justice ait déjà dit son dernier mot. Soumaya, cadette des quatre enfants Moatassim (Abdeslam, Zineb et Mohamed), décide de se faire le porte-fanion de la défense de son père, sa mère, professeur de lycée, ayant désormais la charge du foyer. Du jour au lendemain, à 19 ans, elle se retrouve dans un tourbillon politico-médiatique auquel rien ne la prédestinait. Rencontre
Soumaya Al Moatassim: « La place de mon père est auprès de nous»
Soumaya, 22 ans, milite depuis trois ans pour la libération de son père, condamné à 25 ans de prison dans l’affaire du réseau terroriste Belliraj, ramenés à 10 ans en seconde instance. Pour cette future lauréate de l’Ecole nationale des sciences appliquées de Tanger, pas question de baisser les bras, tant la cause de son géniteur lui semble juste. Coupable avéré pour les uns, complice indirect pour les autres, Mustafa Al Moatassim demeure aux yeux de sa fille un père «engagé, responsable et pur», «loin de l’image qu’on tente de lui coller à tout prix». Au bout de quelques mois de campagne médiatique, Soumaya est parvenue à attirer l’attention de l’opinion publique et d’organisations de droits de l’homme sur le cas de son père.
Retour au 18 février 2008, jour de l’arrestation de Mustafa Al Moatassim. Installée à Tanger, Soumaya apprend la nouvelle de l’arrestation de son père. Sous le choc, elle reçoit l’appel de son frère qui tente de la calmer. «Il sera interrogé et libéré dans 48 heures», la rassure-t-il. Le même jour, les autorités perquisitionnent l’appartement familial, sis à Hay Riad, Rabat. La famille Al Moatassim est dans l’appréhension. Aucune nouvelle depuis l’arrestation. Ce n’est qu’après la conférence de presse accordée par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Chakib Benmoussa, autour du réseau Belliraj, que la famille se rend compte de ce qui se passe réellement. Le destin des Moatassim bascule en quelques heures.
Une semaine après l’arrestation, un appel de la police apprend à la famille Al Moatassim que leur père est à Casablanca pour des interrogatoires. «On est allé le voir, ma mère, mon frère et moi, pour lui apporter des vêtements neufs, du matériel d’hygiène et de la nourriture. Mais les policiers ne nous ont pas permis de le voir», se remémore Soumaya, la voix tremblante d’émotion. Près de 4 ans après les faits, la jeune fille peine toujours à l’idée de savoir son géniteur derrière les barreaux pour atteinte à la sûreté intérieure de son pays. La famille subit une double peine : celle de l’incarcération du père par la justice, condamnation à laquelle vient s’ajouter l’opprobre d’une société marocaine encore meurtrie par le souvenir des sanglants attentats du 16 mai 2003.
Trois semaines après l’arrestation, Mustafa Moatassim est transféré à la prison civile de Salé où sa famille est finalement autorisée à le voir. Amaigri, le visage pâle et le regard éteint, le père leur est méconnaissable.
Le coup est dur pour l’épouse et les quatre enfants. Lorsque les médias annoncent la nouvelle de l’arrestation des « Six politiques » (voir encadré), l’appartement des Al Moatassim, d’habitude calme, ne désemplit plus, entre proches, voisins et amis venus s’enquérir du sort du chef de famille.
Mais si les proches offrent leur soutien à la famille privée de son pilier moral et financier, la société et l’entourage sont loin d’être aussi compréhensifs. Les regards inquisiteurs se font de plus en plus insistants, et les qu'en-dira-t-on étouffent les Al Moatassim qui essaient tant bien que mal de garder la tête hors de l’eau : «Certains de mes camarades d’école ne voulaient plus m’aborder de peur d’une mauvaise réaction de ma part», explique Soumaya.
Au fil des jours, l’absence du père pèse sur la maison. A l’instar de ses proches, Soumaya subit silencieusement les débuts de l’affaire. Un mois après l’arrestation de son père, la jeune fille sombre dans une dépression nerveuse qui la conduira à deux hospitalisations successives. Gravé dans sa mémoire, le contrôle policier lors de sa première visite de son père à Casablanca, qu’elle a vécu comme un «épisode humiliant» sera l’élément déclencheur de «l’éveil de conscience» de la jeune fille, qui commence son activité militante par la création d’une page sur Facebook consacrée à son père. Elle rassemble ainsi 3000 adhérents à sa cause. Soumaya s’adresse ensuite aux médias conventionnels et donne une série d’interviews dans les journaux nationaux, avant d’intégrer l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH).
Elle participe aux sit-in, prend part à des conférences et se fait connaître dans le monde associatif. La réduction de peine fait poindre une lueur d’espoir pour la famille Moatassim. Entre son grand frère récemment marié, le benjamin de la famille, étudiant en première année du bac, sa mère partagée entre son travail et ses trois visites hebdomadaires à la prison de Salé, Soumaya attaque sa cinquième et dernière année d’études sans pour autant abandonner son combat. Ramener son père à la maison, c’est le défi de sa vie…

Sakina Kada : «Mon Abdelhafid reviendra…»
«Le 19 février 2008, on est venu arrêter mon mari chez nous, on a fouillé notre maison et confisqué des objets. J’ai versé toutes les larmes de mon corps…Ce n’était pas à cause de l’appartement chamboulé, cela n’avait pas d’importance. Je m’inquiétais pour mon fils de trois ans, effrayé à la vue de ces inconnus, qui avaient fait irruption dans son petit monde et refusé que je le conduise à la crèche pour lui éviter cette triste scène», se rappelle Sakina Kada, épouse de Abdelhafid Sriti, correspondant à la chaîne de télévision libanaise Al Manar, organe médiatique du parti chiite Hezbollah.
Face au choc de l’arrestation, la mère de famille perd ses moyens, avant de retrouver ses esprits quelques temps plus tard. Elle s’improvise coordinatrice des familles des «six politiques» de l’affaire Belliraj. Une cause à laquelle elle consacre la majeure partie de son temps, sans oublier ses enfants pour autant. Elle a peur pour l’équilibre et l’avenir de ses petits : Yassir, 5 ans, et Chaimaâ, 16 ans. Elle les rassure, les réconforte, tentant de préserver l’image d’un père « intègre et pacifiste», insiste-t-elle. Mais les mots ne suffisent pas à conserver la sérénité du foyer. Sakina doit également prendre la relève financière du chef de famille, au quotidien, en attendant son retour. Elle ne veut pas que ses enfants soient victimes de privations, elle se doit de les accompagner dans cette épreuve difficile. C’est que l’affaire des «six politiques» de l’affaire Belliraj a fait le tour du pays, avant de se répandre comme une traînée de poudre dans les médias du monde entier.
Dès le transfert d’Abdelhafid Sriti à la prison de Salé, la famille s’organise pour les visites, tous les lundi matins. «C’est un vrai cauchemar pour nous tous. On doit à chaque fois faire la queue, passer des heures à attendre et se plier aux fouilles embarrassantes des gardiens. C’est une épreuve pénible pour mes enfants, surtout pour Yassir, qui n’a aujourd’hui que 5 ans et demi», déplore-t-elle. Dans sa bataille pour la libération de son mari, Sakina sillonne le Maroc et l’étranger afin de sensibiliser les organisations des droits de l’homme. Elle organise également des sit-in, des rencontres et des conférences auxquels elle participe, en compagnie des autres familles, avec le comité national de solidarité avec les «six politiques».
Sakina vit toujours mal en revanche les questions incessantes de son benjamin sur la raison de l’absence de son père: «Il n’est toujours pas au courant qu’il est en prison. Lorsqu’on lui rend visite, il croit que c’est son lieu de travail», raconte la mère de famille. «Chaima est en âge de tout comprendre, elle est très attachée à son père. Elle s’intéresse à toute l’actualité qui le concerne… mais j’essaie de la tenir à l’écart de cette affaire, j’ai peur qu’elle ne souffre de l’incompréhension de son entourage», ajoute Sakina. Une épouse qui réclame le retour d’un homme avec qui elle a partagé vingt années de sa vie. Une maman qui se bat pour revoir ses enfants dans les bras de leur père.
«Je vous laisse imaginer ce que représente pour un foyer la détention de son chef de famille, seul et unique pourvoyeur de revenus.»
Questions à Abderrahim Mouhtad, président d'Ennassir
L’Observateur du Maroc A combien estimez-vous le nombre de détenus islamistes et comment sont-ils répartis dans les différentes prisons du Maroc ?
Abderrahim Mouhtad. Il n’existe pas de chiffre officiel, par conséquent on se réfère généralement aux déclarations de l’année dernière d’un responsable du ministère de la Justice, qui avait fourni l’effectif de 700 à 800 détenus islamistes. Dans son recensement, Ennassir, pour sa part, se fie uniquement aux courriers manuscrits qui lui sont envoyés par les détenus et aux familles de ces derniers qui viennent régulièrement à l’association, ce qui fait un total de 427 prisonniers. Mais, étant donné le nombre de transfèrements des détenus islamistes d’une prison à l’autre, et leur présence dans plusieurs prisons, il est difficile d’établir une cartographie exacte de leur répartition dans les différents pénitenciers du Royaume. Ceci dit, à titre indicatif, la prison locale de Salé à elle seule compte environ 360 détenus islamistes.
Combien de familles soutient votre association ? Et quel genre d’aide leur apportez-vous ?
Environ 427 familles- proches, parents et enfants de détenus islamistes-avec lesquelles nous maintenons un contact permanent au siège de l’association. Nous essayons, en fonction de la situation de chacun et de nos moyens limités, d’apporter un soutien à différents niveaux, notamment en faisant connaître les revendications des familles des détenus islamistes, et ce que celles-ci subissent comme épreuves du fait de l’incarcération de leurs proches. Nous concentrons l’essentiel de nos efforts sur cet aspect-là, car nous le considérons comme la solution collective et efficace à tous les problèmes des familles concernées. Dans ce sens, nous encadrons les sit-in et les manifestations de ces dernières, de même que nous nous occupons de la communication avec les associations des droits de l’Homme et les médias. Nous leur rendons en outre d’autres services spécifiques, comme la rédaction, l’impression et la distribution de leurs doléances. Il faut souligner qu’Ennassir est elle-même soutenue par des partenaires, qui nous fournissent notamment conseils juridiques et assistance administrative.
Quelles sont les conséquences psychologiques, matérielles et sociales sur ces familles de la détention de leurs proches?
Quoique je puisse vous dire à ce sujet, les mots ne suffiraient pas à décrire leur situation, mais je vous laisse imaginer ce que représente pour un foyer la détention de son chef de famille, souvent le seul et unique pourvoyeur de revenus pour toute la maisonnée. La plupart des prisonniers islamistes sont en effet mariés et pères d’enfants en bas âge. Et ce sont ces petits qui paient aujourd’hui le plus lourd tribut de l’emprisonnement de leurs pères. Les épreuves qu’ils endurent vont au-delà de l’imaginable, ils sont victimes entre autres d’abandon scolaire et souffrent de l’indifférence totale de l’Etat, mais également de la société civile, à leur égard. En 2010, certains parmi ces enfants de détenus islamistes, âgés de 14 ou 15 ans à peine, ont ainsi été arrêtés pour des délits de vol ou de consommation de stupéfiants. Qu’en sera-t-il de leur avenir avec une enfance aussi ardue ?
Quelles sont les revendications de ces familles aujourd’hui?
Leurs revendications sont les mêmes que celles d’hier, à savoir la libération de tous leurs proches (arrêtés durant la campagne menée par les autorités au lendemain du 16 mai 2003), dont les procès se sont déroulés dans des conditions particulières, en outre sous le choc consécutif aux attentats de Casablanca. Nous considérons que les condamnations à l’encontre de ces personnes ont été trop sévères, eu égard aux faits qui leur sont reprochés, sans oublier que les détenus islamistes ont été privés de toute possibilité de contestation de leur jugement, et ne bénéficient ni de mesures de grâce ni de libération.
Avez-vous jamais pensé à faire rencontrer les familles des condamnés islamistes du 16 mai 2003 avec celles des victimes de ces attentats? Si oui, comment se sont déroulées ces rencontres?
Au niveau de l’Association Ennassir, nous n’avons jamais organisé de rencontre de ce genre. Ceci étant, il est arrivé qu’en marge de meetings ou de réunions entre associations de défense des droits de l’homme, des proches des victimes du tragique 16 mai 2003 se retrouvent sous le même toit que des familles de détenus islamistes. Leur rencontre leur a permis d’aboutir à la conclusion que ces tristes évènements ont engendré des victimes de tous les côtés. Ceux qui ont été touchés directement et douloureusement par ces attentats ont vu leur vie se transformer en une épreuve et des souffrances quotidiennes. Et ceux qui ont été arrêtés et emprisonnés suite à ces attentats, alors qu’ils n’avaient aucun lien direct ou indirect avec ces derniers, subissent un sort affligeant à leur tour.
Votre association est perçue par certains comme « l’avocat du diable». Comment pouvez-vous justifier devant tous ces Marocains votre défense d’individus condamnés par la société et par la justice ?
Ennassir est une association jeune, qui a défini le cadre exact de son activité dès sa naissance en 2004. La plupart des membres de son bureau et de ses adhérents sont des parents ou des proches de détenus islamistes. Ennassir a commencé à travailler sur le dossier sensible de ces prisonniers particuliers au moment où nombre de concernés ont préféré s’en détourner, par crainte, si l’on peut dire, de « jouer avec le feu ». Mais aujourd’hui, grâce à Dieu, beaucoup d’organisations non gouvernementales, aussi bien marocaines qu’internationales, ont décidé de se joindre à leur tour à la défense de ces détenus islamistes, ce qui fait que nous ne sommes plus seuls au front. Cette nouvelle donne nous pousse à réfléchir ensemble à d’autres voies d’aide et de soutien aux enfants et aux proches de ces prisonniers, dans l’attente de leur délivrance. Il faut souligner à ce niveau que nous demandons la libération uniquement des détenus islamistes qui ne sont aucunement impliqués dans des actes sanguinaires, et qui condamnent l’idéologie de la violence dans son ensemble. Enfin, nous appelons au respect de la dignité et des droits de l’ensemble des détenus à l’intérieur de tous les établissements pénitentiaires du pays.

dimanche 18 juillet 2010

Confirmation en appel de la perpétuité à l'encontre d'Abdelkader Belliraj, réductions de peines pour les 6 détenus politiques

Par THE ASSOCIATED PRES, 17/7/2010
RABAT, Morocco - La cour d'appel de Salé a confirmé samedi la peine de prison à vie frappant Abdelkader Belliraj, ce ressortissant maroco-belge condamné en juillet 2009 pour avoir dirigé un réseau terroriste de 35 membres démantelé en février 2008.
Son frère Salah a en revanche vu sa peine réduite de 8 à 5 ans. La chambre criminelle a confirmé les jugements prononcés en première instance à l'encontre de Mohamed El Yousfi, Redouane Khalidi, Abdessamad Bennouh, Abdellah Remache, Jamal El Bay, Hossein Brighach et Abdellatif Bekhti, condamnés à 30 ans de prison ferme. Elle a aussi confirmé les autres peines prononcées allant d'un an avec sursis à 15 ans ferme.
La cour a aussi décidé de réduire de 25 à 10 ans de prison ferme les peines prononcées en première instance à l'encontre de Mustapha Moâtassim et Mohamed Marouani, leaders de deux partis, l'un banni et l'autre interdit, et de 20 à 10 ans de prison ferme celles frappant Ma-El Ainin Alaa Badella et Abdelhafid Sriti, ancien correspondant au Maroc de la chaîne de télévision libanaise Al-Manar, proche du Hezbollah.
Réagissant a ce verdict, Sakina Kada, épouse d'Abdelhafid Sriti, a déclaré à l'Associated Press qu'elle n'accordait "aucune importance aux sentences prononcées contre les prisonniers politiques et que 25, 20, 10 ou 5 ans de détention restent des chiffres sans valeur".
Me Khalid Soufiani, avocat des détenus politiques, a estimé que ces réductions de peine "ne veulent rien dire car le seul verdict que la défense attendait est l'acquittement pur et simple". Pour lui, "le verdict est de nature politique et le plus grand perdant n'est autre que le Maroc".
AP
ala/mw

dimanche 16 août 2009

Le procès le plus étrange de l’histoire de la justice marocaine



par Mohamed Sassi, Al Massae, 6/8/2009. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Original :
أغــرب محاكمة في تاريخ القضاء المغربي



Le 27 juillet dernier, la cour spéciale antiterroriste de Rabat-Salé, au terme du long procès surréaliste du soi-disant « réseau Belliraj », a rendu un verdict incroyable mais attendu.
Le principal accusé, Abdelkader Belliraj a été condamné à la réclusion à perpétuité. Les six prisonniers politiques faisant partie des 35 accusés ont reçu les condamnations suivantes :


Mustapha Mouatassim et Mohamed Amine Regala, dirigeants du parti Al Badil Al Hadari (Alternative civilisationnelle), Mohamed Marouani, dirigeant du parti Oumma : 25 ans
Laabadla Maâ El Aïnine, du Parti Justice et Développement, et Abdelhafid Sriti, correspondant la chaîne de télévision Al Manar : 20 ans
Hamid Najibi, Parti socialiste unifié : 2 ans.
Voici un commentaire du juriste marocain Mohamd Sassi, publié par le quotidien marocain Al Massae . (
Tlaxcala)

Hamid Najibi - Laabadla Maâ El Aïnine - Abdelhafid Sriti


Mohamed Marouani- Mustapha Mouatassim - Med Amine Regala



Le procès le plus étrange qu’ait connu le Maroc dans une période où le ministre de la Justice est le premier secrétaire de l’UFSP. Il n’était pas supposé porter atteinte à l’impartialité du juge mais plutôt créer une ambiance favorable à celle-ci.

Les deux conditions à remplir pour un juge ayant à rendre un verdict, où que ce soit dans le monde, sont la transparence et le caractère équitable du jugement au terme d’un procès où le débat contradictoire a été possible et où les droits des accusés ont été respectés. Toute personne, où qu’elle se trouve sur la planète, devrait pouvoir discuter un jugement et apprécier s’il a été rendu dans le respect des lois et des droits des accusés. C’est ce raisonnement qui a conduit les organisations de défense des droits humains les plus représentatives et les plus influentes à exprimer leur solidarité avec les six prisonniers politiques de l’affaire Belliraj.

Ces six hommes étaient connus pour leur engagement de longue date dans un travail politique pacifique et le choix de la violence fait autrefois par certaines organisations auxquelles certains d’entre eux ont appartenu fait partie d’un passé lointain et d’une histoire révolue. Cette évolution est de notoriété publique. Les affirmations du ministre l’Intérieur, selon lequel ces hommes auraient fait partie d’une cellule jihadiste armée n’ont jamais été étayées, elles ont été contradictoires et, pour tout dire, peu convaincantes pour quiconque réfléchit un tant soit peut. C’est pour ces raisons qu’un grand nombre de personnalités, d’organisations politiques et de la société civile ont pris et fait et cause pour les accusés et ont défendu les six prisonniers politiques. Le juge aurait du trouver d’autres éléments que les accusations sans fondement émanant du ministère de l’Intérieur, pour pouvoir convaincre l’opinion publique par des preuves concrètes.

Ceux et celles qui ont défendu Marouani, Mouatassim, Regala, Laabadla Maâ El Aïnine, Sriti et Najibi ne sont pas moins soucieux que le juge ou le ministre de la sécurité intérieure et de la paix domestique. Ils ne peuvent pas être moins intelligents et clairvoyants pour identifier les menaces contre la sécurité intérieure.
La version officielle a été présentée sous trois angles :
1°- Cette « organisation terroriste » aurait été fondée lors de la « rencontre de Tanger » de 1992, avec deux ailes, l’une politique –ce sera l’association « Al Badil Al Hadari » (Alternative civilisationnelle), fondée en 1995 et l’association Al Haraka Min Hajli El Oumma (Mouvement pour la Cause de la Nation), fondée en 1998, toutes deux confluant dans le parti Al Badil Al Hadari, créé en 2005 -, et l’aile militaire, chargée d’opérations terroristes avec armes à feu et explosifs, de l’assassinat de personnalités connues – ministres, responsables, officiers supérieurs et citoyens juifs -, de hold-up et de cambriolages pour se financer ;
2°- La police a dit avoir saisi des armes hautement sophistiquées que la « cellule » aurait introduit au Maroc, et ce serait là la preuve de l’extrême dangerosité de ces « terroristes »
3°- Cette « cellule » aurait commencé –ou essayé de commencer - à mettre en œuvre son programme : exemple : l’opération « Macro » (une tentative de hold-up). Elle aurait aussi essayé d’assassiner un citoyen juif marocain appelé Azemkot.
Seul point faible dans ce scénario : tout cela – Tanger, Macro, Azemkot – se serait passé avant la création de l’Instance Équité et Réconciliation et l’adoption de la législation antiterroriste. Or, la première a tourné définitivement la page du passé et de la violence d’avant 1999, et la seconde ne peut s’appliquer que rétroactivement. Pour surmonter ces failles dans le scénario, on a trouvé des explications comiques : ainsi le projet terroriste relève d’une criminalité chronique, récurrente de 1992 à 1996, en 2002, 2004 et 2005 – or, pendant toute cette période, le seul événement a été la tentative d’assassinat d’Azemkot ; quant aux armes qui auraient été introduites au compte-gouttes au Maroc , on a interprété les propos tenus par Mustapha Mouatassim à Redouane Khalidi, lors de l’enterrement, en 2004, du père du journaliste Hassan Moukdad –« Nous tiendrons ce que nous avons promis ».

Cette phrase, selon la vision officielle, est une preuve suffisante de ce que le projet terroriste était toujours en cours : pendant douze ans, les concepteurs de ce projet auraient « planifié soigneusement », sans jamais passer aux actes. Après les attentats du 16 mai 2003, Mouatassim et Regala ont été les premiers à descendre manifester sur l’avenue Mohamed V à Rabat pour manifester et dire non au terrorisme. Comment imaginer qu’une telle hypocrisie et une telle duplicité soient possibles chez des êtres humains, pendant une si longue période, qui auraient caché leur double jeu à toute monde, y compris leurs proches ?

Quand les avocats ont pu consulter les dossiers de l’accusation, la première infamie qu’ils ont trouvé, c’était que l’unique source ayant orienté l’enquête était le « président » de la « cellule Belliraj », évoqué dans un procès-verbal du 18 février 2008. Mouattasim et Regala ont été arrêtés sur cette seule base, au même moment où sortait l’information que les deux hommes étaient interdits de se rendre à l’étranger. Ces arrestations politiques se sont fondées sur les prétendus aveux de Belliraj. On a ensuite assisté à un feuilleton d’absurdités, d’où il ressort que Belliraj lui-même était une victime de la guerre des services [marocains et belges, NdT]. Les défenseurs des droits humains étaient, quant à eux, convaincus dès le départ, de l’innocence des six prisonniers politiques et que le dossier d’accusation était un tissu d’absurdités qui ne pouvait déboucher sur un procès équitable. Où sont les preuves fiables que les six étaient impliqués dans un projet terroriste ?

On ne nous a rien montré au procès, à part les armes présentées en vrac, comme des bibelots dans une brocante, sans qu’il soit possible pour le public et les observateurs de les regarder de près ou sur un grand écran. Il est indiscutable que des armes peuvent entrer au Maroc. En 1994, suite à l’opération « Atlas Isni » [attaque d’un hôtel de Marrakech, pour laquelle plusieurs Franco-Algériens et Franco-Marocains ont été condamnés à mort et attendent leur exécution à la prison de Kénitra, NdT], on a en effet débusqué des réseaux de trafiquants de drogue utilisant ce genre d’armes pour régler des comptes entre eux ou contre la Sûreté nationale. Il est possible que des armes achetées en Europe et destinées à alimenter la guerre civile dans l’Algérie voisine aient transité par le Maroc, mais comment affirmer la provenance et la destination des armes exhibées au procès Belliraj ? Aucun lien n’ pu être établi entre les accusés et ces armes.

En outre, les armes présentées au tribunal ne l’ont pas été dans les formes légales –presque toute la presse l’a noté – et on remarqué sur les photos que les armes d’abord présentées par la police à la presse puis au tribunal n’étaient pas les mêmes, ce qui n’est vraiment pas sérieux, comme tout le procès, mené par la justice avec un je-m’en-foutisme flagrant. Aucun des détails scabreux qui ont émaillé le procès n’ a suscité la moindre réaction du président de la cour, comme par exemple la confusion dans la date de création du groupe « Choix islamique » créée en 1981 et non pas, comme l’affirment les procès-verbaux, en 1992.

On a pratiqué des amalgames incroyables : ainsi, pour l’opération « Macro », les avocats des Six ont exposé au tribunal que d’autres accusés avaient déjà été convaincus de culpabilité et condamnés et que leurs clients n’avaient donc rien à voir avec cette affaire. Le dossier d’accusation du « réseau Belliraj » contenait des procès-verbaux qui étaient des copiés-collés de ceux du procès des vrais auteurs de l’opération « Macro », remontant à 1994. Cela a laissé le président de la cour imperturbable. De même lorsque Me Khalid Soufiani a demandé au président de lui montrer où, parmi les accusés, se trouvait le « Grand Blond avec des taches de rousseur » évoqué dans un procès-verbal. Ce « Grand Blond » venait tout droit des procès-verbaux d’enquête sur la tentative d’assassinat contre Azemkot, que les policiers s’étaient contentés de reverser au dossier Belliraj…
Ces procès-verbaux falsifiés auraient du normalement conduire à une nullité de procédure mais il n’en a rien été. La cour a rejeté toutes les requêtes en nullité présentée par les défenseurs comme elle refusé d’entendre des témoins comme le professeur Harazni [président du Conseil Consultatif des Droits de l’Homme, ancien militant d’extrême--gauche détenu sous Hassan II, aujourd’hui membre du PPS, gauche modérée, NdT], qui avait déclaré devant des millions de téléspectateurs marocains que Mouatassim l’avait prévenu qu’il avait eu vent que des armes avaient pénétré au Maroc et qu’il avait transmis l’information à qui de droit.

Y a-t-il un tribunal au monde qui puisse prétendre qu’un témoignage comme celui d’El Harazni n’aurait pas été essentiel ici et de nature à changer l’issue du procès ? Et comment un procès pouvait-il être équitable alors qu’on refusait de donner la parole à des personnalités, associatives et officielles, défenseurs des droits humains, hommes politiques ou représentants de la société civile marocaine, dont Sion Assidon [ancien prisonnier politique, sous Hassan II, détenu à Kénitra, NdT]. Ce dernier s’était présenté au tribunal, demandant à témoigner sur les accusés, qu’il connaissait bien. Devant le refus de la cour de l’entendre, il a du rédiger un témoignage écrit.

Comment ce procès pouvait-il être équitable, quand la cour a refusé d’examiner le passeport de Laabadla, où il apparaît qu’il n’avait pas quitté le territoire national, alors qu’il était accusé de s’être rendu en Belgique ?


Comment ce procès pouvait-il être équitable alors qu’on a refusé d’entendre les six accusés sur les tortures subies pendant leur détention, de la part de tortionnaires dont ils connaissaient même l’identité ?
Comment ce procès pouvait-il être équitable alors que le président de la cour déclarait qu’il n’avait pas d’opinion sur la présence de caméras dans l’enceinte du tribunal alors que celle-ci relevait théoriquement de son autorité ?
Et comment ce procès pouvait-il être équitable alors que les avocats ont vécu des galères qu’ils n’avaient jamais connu dans leur carrière ? Comme par exemple la quasi-impossibilité de rencontrer leurs clients et de consulter leurs dossiers d’accusation ?
Est-ce que la télévision publique marocaine peut aire une émission spéciale pour interroger ces avocats sur cet étrange procès ?

Deux éléments provoquent la douleur : ce procès le plus étrange dans l’histoire judiciaire du Maroc s’est déroulé ici et maintenant [et pas à une époque reculée, NdT], alors que c’est le premier Secrétaire de l’Union socialiste des forces populaires qui est ministre de la Justice. Il n’était pas supposé porter atteinte à l’impartialité du juge mais plutôt créer une ambiance favorable à celle-ci.