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samedi 10 mai 2014

Universités marocaines : Qui provoque qui ? fin de d'inviolabilité de l'enceinte universitaire par les forces de sécurité






Après avoir récemment mis un terme à la gratuité des frais de scolarité des universitaires marocains, le ministre islamiste Daoudi signe un accord conjoint avec le ministre de l'intérieur Hassad mettant un terme au principe cardinal et historique d'inviolabilité de l'enceinte universitaire face à toute intervention des forces de sécurité. Désormais, la police pourra intervenir à tout moment et sans même attendre le feu vert des autorités universitaires.
Pour rappel, le syndicat étudiant UNEM et celui des professeurs n'avaient JAMAIS accepté que l'université marocaine se transforme en lieu ''militarisé'' et l'ont toujours dit.
Jamais, un gouvernement marocain, issu des ''partis'' du Palais royal ou des formations de l'opposition historique, n'avait osé ce que vient de faire les islamistes du PJD!
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Par Le Maroc sans tain, 26-04-2014

Le meurtre d’un étudiant péjédiste et l »éventuel 

fracture du champ politique marocain

 Meurtre d’ un étudiant islamiste

Des étudiants islamistes et gauchistes à l’Université de Fès se sont violemment affrontés ce jeudi24 /4/2014 à Dhar Lmahraz  à Fès, le bilan était tragique : un mort et une dizaine de blessés
Selon le secrétaire du groupe islamiste « attajdid attolabi » affilié au Mouvement Unicité et réforme  qui n’est  que le bras idéologique  sous l’égide de laquelle  exerce le PJD au pouvoir,les présumés agresseurs  sont  les membres du groupe de la gauche radicale portant le nom de la Voie Démocratique Basiste « annahj addimoqrati Alkaidi ».
Blessé à coup de couteau , le défunt Arrahim Hasnaoui avait succombé à ses blessures à l’hôpital de Fès
 Selon un communiqué des autorités locales. Le parquet général près la Cour d’appel de Fès a ordonné l’ouverture d’une enquête, précise la même source, faisant état de l’arrestation jeudi soir de quatre étudiants soupçonnés pour leur implication dans cet incident. Les investigations « se poursuivent pour présenter les responsables de cet incident devant la justice ».

L’Etat est responsable ?

Dans une déclaration à F24, le chef de fil de l’organisation estudiantine islamiste a fait assumer la  responsabilité de cette agression mortelle aux responsables de l’Université et aux autorités locales qui selon lui , étaient au courant des préparatifs entretenus par les agresseurs.

Une telle accusation  est révélatrice d’une victimisation  accrue qui augurerait d’une éventuelle  fracture  dans l’espace politique marocaine.Autrement  il serait le signe d’une pure schizophrénie marocaine  incurable.

Cependant, pour quiconque connaissant bien le mouvement estudiantine marocain, ces heurts étaient toujours fréquents dans les universités du pays. Mais qu’il n’y avait pas d’exclusion mutuelle , les factions de gauche coexiistaient   tant qu’il reconnaisaient l’UNEM. L’UGEM affilié à l’istiqlal était presque une organisation secrète. Abhorrée beaucoup plus que les fores de sécurité car elle était  considérée comme un bastion de parasites sans principes ni courage…A Fès , les membres de l’UGEM étaient non pas seulment bannis mais traqués. Oui , la violence  était un recours contre l’UGEM…

Un double défi lancé par les islamistes

Tout en dénonçant vigoureusement  ce meurtre criminel, il serait toutefois important de rappeler que ce qui avait déclenché ces tragiques incidents c’est la décision prise par le groupe islamique d’organiser une table-ronde  au tour du thème :les islamistes ,la gauche et la démocratie à laquelle était invité Abdelali Hamieddine, membre du secrétariat général du PJD,  soupçonné d’être derrière le meurtre d’un étudiant Benissa Ait Al Jid au début des années 90. C’est cette présence au sein de la faculté qui aurait provoqué l’ire des étudiants d’Annahj Democrati Al Qaidi, groupuscule  d’extrême gauche.

Ait Ljid hante la mémoire de la gauche

Une provocation , selon les basistes, qui , soutenues par d’autres forces politiques de gauche continuent de scander les slogans appelant « à la fin de l’impunité, à la réouverture de ce dossier et à la fin de l’extrémisme religieux dans les facultés ». Les agresseurs, Hamieeddine entre autres, courent toujours » .Ils sont même passés pour d’illustres et  respectueux politiciens menant une vie de luxe   et aménageant les plateaux de télévisions et les pages de journaux. Les étudiants de la gauche continuent  de se recueillir sur le lieu où avait été mortellement agressée Benaissa Aït Ljid.

Bonaissa Ait Ljid était un militant de la gauche. il était responsable au sein de la commission transitoire universitaire où étaient représentées toutes les factions historiques de l’Union Nationale des Etudiants du Maroc (UNEM).

Son assassinat a eu lieu le 25 février 1993.Irrités par ses convictions gauchistes et sa capacité à polémiquer,un groupe d’étudiants, affiliés à deux factions islamistes alliées, Al Adl Wa Al Ihsan (Justice et Bienfaisance) et Al Wahda wat-Tawasoul (Unité et Communication), affiliée à L’islah wa Taouhid, futur Parti de Justice et Développement (PJD), avaient décidé de le liquider en dehors de l’enceinte universitaire. Ils ont alors intercepté   un taxi  où  il se trouvait  en compagnie d’un autre étudiant qui est pour le moment le principal témoin, il s’agit de Haddioui El Khemmar, tous deux appartenant à une faction gauchiste. Les deux étudiants, était desecendus  du taxi et sauvagement agressés. L’étudiant Aït El Jid  rendrait l’âme le 1er mars 1993, à ses blessures et à un sévère traumatisme crânien.

Des peines clémentes ?

Omar Mouhib, membre de la mouvance Al Adl wal Ihsane,  avait écopé de  deux années de prison, un verdict jugé « trop clément » par la famille de la victime. Pour la famille de la victime, l’impunité n’est plus acceptable. « Nul n’est au-dessus de la loi », ont crié les manifestants réclamant que justice soit faite.
Abdelali Hami Eddine avait purgé deux ans dans la prison de Ain kadouss de Fès, avant d’être relâché.
Donc c’est un assassinat qui a  malheureusement provoqué  avec le retour de l’assassin qui roderait autour du lieu de son crime.


Carcan idéologique et surestimation de soi
 
Les forces islamistes  éprouvent énormément de difficultés  à s’arracher du carcan idéologique religieux qui soumet les contingences politiques à la transcendance divine pour de laquelle ils se postulent être  les illustrateurs. Leur prétentions démocratiques sont toujours pragmatiques : la démocratie  n’ est bonne que lorsqu’ils en profitent

On sème les graines de la démocratie sur une terre
 érodée et en l’absence de lumière

A l’université de Fès précisément, la politisation à toujours débouché sur une sorte de démocratie sauvage dans le sens où  les concessions  sont souvent rejetées au nom d’une légitimité démocratique , politique , sociale , parfois historique.  L’UNEM est une organisation de masse démocratique progressiste  et indépendante. Ce qui  gênait les islamistes.En 1981 avant le célèbre 20 juin, il y eu des heurts pareils. Les islamistes voulaient organiser une activité en dehors du cadre chéri l’UNEM . Les combats étaient d’une violence extrême. Puis, les forces islamistes s’étaient dissumilées durant toute une décennie avant de réapparaître, fortes, organisées et surtout agressives …C’était l’époque du démantèlement de l’URSS où les anathèmes et les coups  s’abattaient sur la gauche partout dans le monde. C’était en ces moments qu’il y a eu l’assassinat d’Ait AlJid.

Halte à la violence !!

Le PJD et ses étudiants ont lancé un double défi aux étudiants basistes de Fès : faire fi du cadre syndical  actuel et remuer le couteau dans une plaie politique qui est loin d’être cicatrisée. N’avait-on pas un autre conférencier que Hammiddine ? Hammiddine n’a pas encore lavé ses mains de l’assassisnat pour laquelle il avait purgé deux petits ans.
Loin de justifier cette violence gratuite et cette vengeance insensée, il faut que le islamistes au pouvoir sachent que celui qui sème le vent récolte la tempête.  Il est clair et net qu’ils n’ont pu rien changer du vécu des masses  déshéritées et  paupérisées  davantage  par leurs mesures antipopulaires …Dire qu’ils ne disposent pas du pouvoir est une vieille rengaine…Pourquoi ne se retirent-ils pas du  gouvernement  et dire la vérité toute la vérité au peuple. Rien de sérieux n’a été entrepris . Ils ne sont différents ni de l’Istiqla ni du PAM , pourquoi crient-ils au scandale quand ils perdent les élections ?
La démocratie est une conviction qui s’exclut avec tout absolu ou absolutisme
Il  est temps qu’ils soient raisonnables  sinon ils déclencheraient une spirale de réaction et d ‘actions incertaines.
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 Relire:Université de Fès : Qui veut démanteler l’université du Maroc et les Basistes ?

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 Violence dans les universités marocaines: Haddad prend position

Aujourdhui.ma | 6-05-2014
Par 
A A A
L’université est et doit rester un espace de débat, de savoir et d’apprentissage. Elle est également un lieu où des courants de pensée non-conformistes devraient coexister en toute liberté.
Le recours à la violence parmi les étudiants est inacceptable, voire condamnable. La violence de l’UNEM contre les étudiants de l’UGEM (istiqlalienne) était une pratique courante dans les années 70 et 80. La violence de la gauche contre les Islamistes dans les années 80 est bien connue. L’abus verbal et physique des Islamistes contre les autres groupuscules de gauche a été systématique durant les 2 dernières décennies.
La Pensée Unique qui règne dans l’université est ou islamiste ou gauchiste (avec coloration amazighe ou sahraouie). Les libéraux, les centristes, la droite et les  apolitiques constituent une majorité silencieuse qui subit les diktats de la Pensée Unique (islamisante ou gauchiste) d’une façon presque orwellienne.
C’est la démocratisation de la pensée, du débat, du comportement et des choix de vie qui sont les vrais enjeux de l’université d’aujourd’hui et de demain. Quel espace universitaire nous voulons pour nos étudiants?
Est- ce celui d’un stalinisme idéologique (aussi bien islamiste que gauchiste) qui encourage le conformisme intellectuel, la complaisance dans le style et les idées-un stalinisme qui prétend détenir la vérité et qui fait que le recours à la violence soit un comportement acceptable ?
Ou celui d’un espace de débat, de choix, de challenges et de défis intellectuels et physiques susceptibles de forger l’expérience et l’identité d’une jeunesse censée prendre la relève dans quelques années? Le choix devrait être clair.
Malheureusement l’instrumentalisation politicienne de la violence estudiantine n’est pas la bonne démarche pour réaliser ce choix.
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vendredi 1 février 2013

Maroc : Benkirane an II, la désillusion


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Par Zouheir Aït Mouhoub, Watan , 01.02.13

Logement, travail, croissance... Un an après l’arrivée au gouvernement du Parti pour la justice et le développement, les Marocains attendent toujours que se concrétisent les promesses d’Abdelilah Benkirane.  Sur fond de crise économique et de colère sociale, les islamistes patinent.

«Ils étaient tout le temps derrière nous, ils ne nous lâchaient pas. Où sont-ils aujourd’hui  ?», s’interroge Ahmed El Marsi, la cinquantaine, ferronnier dans la banlieue de Casablanca. Lors des législatives marocaines de novembre 2011, organisées après les réformes entreprises par le roi Mohammed VI dans la foulée du Printemps arabe, Ahmed avait voté pour le Parti de la justice et du développement (PJD). Le royaume hachémite, avec une crise économique des plus sévères de son histoire (la dette publique a atteint 18 milliards de dollars) et un an de gouvernement Benkirane, peine à trouver des solutions aux difficultés des Marocains. Chômage, pauvreté, délinquance... Tous les signaux sont au rouge.

Où en est la révolution économique et sociale promise par le PJD ? Les Marocains se posent la question. «Au lieu de s’occuper de nos jeunes, de nos familles, ils s’attaquent à de soi-disant ‘‘lieux de débauche’’ et promettent une révolution morale !», s’offusque Jalil, père de cinq enfants et chômeur depuis trois ans, rencontré à Sbata, un quartier défavorisé de Casablanca. Ici, on a pourtant voté PJD lors des législatives. «Les jours qui ont précédé le vote, les gars du PJD nous rendaient visite et nous promettaient de régler nos problèmes, maintenant on ne les voit plus, bien au contraire, ils nous fuient comme la peste», s’indigne Ahmed El Marsi qui espérait au moins un travail décent pour l’un de ses six fils. Son voisin attend depuis des années un logement pour sa famille et il comptait beaucoup sur le PJD.

Emeutes

«J’ai rêvé de ce bel appartement que les militants locaux m’avaient promis, mais je ne vois rien venir», regrette-t-il. Face au mécontentement général, en juin 2012, Abdelilah Benkirane s’est adressé aux Marocains en direct sur les deux télévisions d’Etat, jusque-là privilège du roi. «Ces décisions sont dictées par une conjoncture internationale morose et un Etat fauché, n’arrivant pas à joindre les deux bouts», a-t-il déclaré dans un long discours en arabe dialectal. «Même si notre parti a eu les faveurs des électeurs, j’ai décidé de prendre des mesures impopulaires, même si elles sont sensibles politiquement», s’est-il aussi justifié. Les Marocains, eux, ont l’impression d’avoir été bernés. Fin décembre, des émeutes contre la cherté de l’électricité et de l’eau secouent Marrakech. Le carburant a lui aussi connu une augmentation de plus de 20%. Même chose à Marrakech, El Baida, Essaouira et d’autres grandes villes du royaume. Au premier semestre 2012, le ministère de l’Emploi a recensé 212 grèves dans presque tous les secteurs. 
 La santé a connu un mouvement de protestation sans précédent.
A l’origine de la protestation : une loi promulguée par le Parlement, interdisant aux praticiens de la santé publique d’exercer dans le secteur privé. «Je viens de déposer ma démission avec 26 autres cadres pour protester contre cette loi, explique un médecin spécialiste rencontré à l’hôpital Ibn Rochd de Casablanca. Le gouvernement devrait plutôt prendre en charge nos problèmes socioprofessionnels. Mais le gouvernement Benkirane s’échine à nous ignorer et veut entrer en confrontation avec notre corporation. Ce qu’ils savent bien faire depuis leur intronisation.» Selon les observateurs et la presse locale d’opposition, le gouvernement Benkirane s’est d’abord inscrit dans une logique de confrontation politique, histoire de régler ses comptes avec ses rivaux, ensuite avec les gouvernés, en prenant des décisions impopulaires. «Ce gouvernement consacre la déception et le désespoir, relève Mohamed Abyadh, secrétaire général de l’Union constitutionnelle, un parti d’opposition, vieux de trente ans.


Prostitution

«A terme, cette façon de gouverner mènera à l’explosion sociale.» Les villes et villages marocains, où règnent chômage et misère, renseignent sur cet état de désespoir. Aïcha vit dans un gourbi à la sortie sud de Casablanca, avec cinq enfants. «Je n’ai ni électricité, ni eau, ni gaz. Mes enfants sont au chômage et mon défunt mari ne m’a laissé aucune pension. Un de mes fils travaille comme manutentionnaire au marché de gros. Avec le peu d’argent que nous avons, nous avons acheté un âne et on a pu fabriquer une calèche pour le transport des marchandises», se plaint la vieille dame, le visage ridé. La journée, elle se rend au centre-ville pour mendier. «Je n’ai pas d’autre solution, mon fils ne gagne pas beaucoup, parfois 100 dirhams, parfois moins de 20 dirhams (200 DA, ndlr), confie-t-elle. Même pas de quoi acheter à manger, alors que ma fille est allongée dans son lit et a besoin de médicaments.» Comme elle, elles sont nombreuses dans les rues de Casablanca à passer la journée à harceler les passants. Entre les buildings et les grandes artères de la cité la plus moderne de l’Afrique du Nord, la mendicité est une banalité. Loin des magazines, des fascicules des tours opérateurs, ou encore ces «success stories» de jeunes entrepreneurs marocains relatées à la télévision de l’Etat, la réalité est amère.
Hakim a 17 ans à peine. Voilà bientôt deux ans qu’ il a quitté son domicile familial, où son père se droguait, à Safi (100 km au sud de Casablanca). Après avoir fait la plonge dans les cafés et restos de la ville, il se retrouve à la rue. «Les patrons ne veulent plus de moi, je suis trop jeune pour travailler, disent-ils. Ils craignent les contrôleurs de l’Etat. Alors je me débrouille autrement», raconte-t-il. En clair, il se prostitue. Sa clientèle : des étrangers. «Des vieux me proposent des passes pour 100 dirhams (1000 DA), parfois 500 dirhams (5000 DA). Cela me permet de louer une chambre dans un hôtel délabré et de manger à ma faim.» Pour Tewfik Lachkar, militant associatif, «le gouvernement a fait de la lutte contre la prostitution une priorité, ce qui, en soi, est bien mais il traite ces jeunes comme des renégats, presque des mécréants ! Alors qu’il devrait plutôt les prendre en charge en vue d’une réinsertion sociale, sensibiliser les parents et arrêter la tolérance envers les touristes étrangers qui abusent de nos filles et garçons», préconise le jeune militant. De l’autre côté de la ville, à Aïn Diab, quartier chic de Casablanca, on danse sur les derniers tubes de l’année et on fait son shopping dans de grands malls flambant neufs. «Les pauvres, on ne connaît pas», nous lance, provocateur, un jeune clubber. En 2012, Jaguar n’a jamais vendu autant de voitures au Maroc.

jeudi 17 janvier 2013

Retour de la tourmente terroriste en Algérie

Par Salah Elayoubi, demainonline, 17/1/2013

Vue par satellite du site d'In Amenas.
Vue par satellite du site d’In Amenas.

Opinion. L’Algérie vient d’expérimenter ce vieux proverbe chinois :« Qui dort avec son ennemi, appelle la mort de ses vœux ! ». Le pays s’est, en effet, réveillé, poignardé par son vieil ennemi mortel, les islamistes qui se sont emparés du site gazier de « In Amenas », où ils retiennent une quarantaine d’otages occidentaux, après en avoir abattu deux, au cours de l’assaut. Des américains, des japonais, des britanniques figurent parmi les otages.
Selon la porte-parole du gouvernement français, Najat Vallaud-Belkacem, aucun ressortissant de l’Hexagone, ne figurerait au nombre des otages.
Les assaillants qui se revendiquent d’Al Qaida, réclament la libération de tous les islamistes détenus en Algérie.
Les installations attaquées comportent un site  d’extraction du gaz, une base de vie et un aérodrome et se trouvent à moins d’une quarantaine de kilomètres de la frontière libyenne, d’où semble être parti le commando.
Il est, en effet, difficile d’imaginer les attaquants remontant depuis le Mali, à travers le territoire algérien. Une impossibilité qui tient plus, à la distance de la cible choisie (1200 kilomètres),  qu’au prétendu bouclage de la frontière algéro-malienne, auquel personne n’a véritablement cru. Un pur effet d’annonce de l’appareil militaire algérien, pour dissuader toute tentative de repli des commandos jihadistes, vers de bases arrières, en territoire algérien, après les frappes aériennes infligées par l’aviation française.
Certains observateurs avancent la version de terroristes partis d’Algérie. Une version peu crédible, compte tenu des barrages mis en place par la sécurité algérienne sur les routes qui mènent aux complexes industriels et le convoi dont on peut penser qu’il était composé de plusieurs véhicules chargés d’hommes lourdement armés, aurait eu quelques difficultés à passer inaperçu.
Les islamistes qui  affirment agir en représailles à l’intervention militaire française au Mali, semblent avoir également déclaré la guerre à l’Algérie, pour l’autorisation de survol de son territoire accordée à l’aviation française qui bombarde les convois et les rassemblements des troupes d’AQMI.
Désormais, l’implication de l’Algérie dans le conflit ne relève plus de la spéculation. Alger qui a toujours refusé de négocier avec les terroristes est contrainte de changer son fusil d’épaule et adopter une position plus tranchée, en faveur des opérations militaires, avec le risque de voir renaître de ses cendres, le terrorisme islamiste qui avait ensanglanté le pays dans les années quatre-vingt.
Le Maroc et la Mauritanie ont également accordé à la France, le feu vert pour le survol de leur territoire respectif. Deux autorisations qui relèvent de la posture, les opérations militaires se déroulant loin des frontières des deux pays. Le trajet le plus court pour les avions qui partent du sol français, en direction du Mali, reste la ligne droite qui passe par l’Algérie. Quant aux « Jaguars » français qui s’envolent du Tchad, ils exécutent une boucle en territoire algérien, dans leur chemin de retour, à leur base.
C’est Mohamed VI, en personne, qui avait pris cette décision, alors que quelques semaines auparavant,  le ministre marocain des affaires étrangères,  plaidaient quant à lui, pour des négociations et que la classe politique marocaine se taisaient. C’est que le Maroc a,  pour le Président français, les yeux de Chimène, depuis que celui-ci a été élu, au grand dam du palais qui lui préférait Nicolas Sarkozy.  Les liens se sont singulièrement distendues depuis lors, entre la France et le Maroc, à la recherche de soutiens sur la question du Sahara et à l’heure des difficultés économiques liées à la crise et à la gestion des mouvements de grogne sociale qui s’amplifient.
On se souvient que le roi avait fait le forcing, aux premières heures de l’élection du candidat socialiste, pour être le premier chef d’Etat à être reçu à l’Elysée. Un zèle particulier qui pourrait bien pousser le Maroc à franchir le pas et expédier des troupes combattantes, en appui  aux deux mille cinq cents soldats français et aux trois mille soldats de la CEDEAO.
Le déclenchement par la France, des opérations et l’attaque du complexe gazier algérien des dernières heures, semblent avoir donc donné un coup de fouet  à la coalition qui se mettait en place. Plusieurs pays dont les Etats-Unis, la Belgique, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, semblent décidés à apporter leur aide à la libération du mali. Les Etats-Unis n’ont pas encore fait part de la nature du soutien qu’ils comptent apporter à la coalition en place. Mais il n’est pas impossible que la prise récente de ses citoyens en otages, convainque Washington de s’impliquer avec plus de détermination et plus de moyens, dans le conflit.

URL courte: http://www.demainonline.com/?p=24429

dimanche 16 septembre 2012

Les fausses règles du jeu démocratique marocain !


Par Mohammed Hifad, 15/9/2012

Nous assistons à un détournement du printemps des peuples par les mouvements islamistes.
Les jeunes ont sacrifié leurs vies pour voir , la mort dans l’âme , de vieux islamistes et salafistes s’accaparer du pouvoir dans tous les pays arabes et musulmans y compris le Maroc et fermer les portes derrière eux au nez de tout le monde. 
Ils ont reçu ce film sur le Prophète comme un don du ciel pour aller de l’avant et canaliser la colère des jeunes contre les États Unis et les laïcs de ces pays .Ces religieux,financés et formés par les régimes théocratiques et les USA eux-mêmes , sont bien organisés et armés. Leurs militants sont envoyés partout en Somalie, en Afghanistan, en Irak et dans tous les pays où a lieu le printemps des peuples en dehors de leurs pays pour mieux les entrainer et les préparer pour les futures opérations contre leurs ennemis. 

Les jeunes diplômés au chômage, les victimes de l’injustice, de la corruption, de la marginalisation, de l’exploitation et en un mot de la dictature se trouvent démunis malgré leur nombre et manipulés par les militants-soldats des islamistes et salafistes qui maîtrisent la situation .La faute de ces jeunes, c’est de faire confiance à ces mouvements islamistes et salafistes pires que les dictatures actuelles .

Ils doivent s’organiser eux-mêmes et piloter la contestation en tant que mouvement révolutionnaire et non pas se contenter des bribes réformistes des partis de gauches et des islamistes et salafistes qui leur font croire qu’ils les soutiennent et leur ouvrent les locaux de leurs partis et Jamâa .

En réalité, les partis de gauche et les islamistes et salafistes , ne font qu’étouffer dans l’œuf la contestation de ces jeunes , qui manquent d'expérience, et leur font épouser leurs idéologies anachroniques du siècle dernier

Avec ou sans ce film, ces mouvements islamistes et salafistes vont désormais profiter du moindre prétexte pour mettre en relief leur rôle de gardiens du Temple céleste et surtout terrestre.

Ce film montre à quel point les habitants du monde arabo-musulman sont ignorants, fanatiques et sous développés ou on veut les montrer ainsi à l'opinion internationale pour justifier des actions futures encore inconnues.

Les indépendances de ces pays n’ont fait qu’accentuer l’analphabétisme et l’obscurantisme. Il reste que ces manifestations de rue sont désormais prises en main par les mouvements islamistes et salafistes qui dépendent du régime théocratique d'une manière directe ou indirecte , comme pour le cas du Maroc ou qui sont financés directement par l’Arabie Saoudite pour ceux qui souscrivent à son idéologie wahhabite.

Ce n’est en réalité qu'un simple buisson qui cache la grande forêt. Les peuples opprimés n’ont encore rien dit et sont plus préoccupés par le pain quotidien, le rentrée scolaire , l’une des plus difficiles depuis l’indépendance du Maroc , la crise, les prix qui ne cessent d’augmenter, un gouvernement impuissant qui invoque lui aussi l'aide du ciel pour justifier ou excuser tous les maux du pays.

La réaction à ce film montre clairement que la démocratie à l’occidentale ne peut fonctionner avec les régimes théocratiques et les populations actuels des pays arabes et musulmans .Il faut y préparer de nouvelles générations à partir de la maison et de l’éducation inculquée.

Tant que la mère marocaine n’apprend pas à sa petite fille et à son petit garçon en même temps à faire de la cuisine,tant que la petite fille assiste à la circoncision de son petit frère et inversement, tant que le petit garçon assiste à sa petite sœur pour qui on pique les oreilles , tant que la fille hérite la moitié de la part du garçon , il n’y aura jamais de parité entre l’homme et la femme au Maroc.

Tant que la religion est enseignée obligatoirement dans nos écoles, contre la volonté des parents, nous resterons un pays sous-développé et anti-démocratique et le plus court chemin pour arriver au pouvoir pour tous les idiots du pays restera la religion .

Si les habitants d’un pays comme la Tunisie , l’Egypte, la Libye , le Yémen et la Syrie qui sont des républiques peuvent combattre la religion et ses terribles désastres , il reste que dans un pays comme le Maroc, l’Arabie Saoudite, la Jordanie , le Bahrein, la tâche est double car il faut à la fois combattre la monarchie et la religion.

Peut-on revenir aujourd’hui au département de philosophie de la Faculté des Lettres tel qu’il était du temps de Aziz Lahbabi ? 

Peut-on revenir aujourd’hui au programme de philosophie de la terminale des années soixante et dix avant cette « Pensée islamique »(fikr islami ) moyenâgeuse mise à sa place sous la même étiquette de philosophie pour les élèves? 

L’arabisation à outrance , la marocanisation des sociétés, l’absence de la philosophie et de l’investissement public dans la recherche scientifique et le renforcement de la religion dans tous les domaines, ont pondu le Maroc sous-développé d'aujourd'hui.

De hauts cadres issus de grandes familles formés dans les alliances françaises et américaines et dans les Universités des pays occidentaux occupent tous les postes-clés sous prétexte de la compétence et de l'adéquation de l'offre et de la demande dans le domaine de l'emploi au pays.

Pour les autres, tous les autres, on leur donne des diplômes nationaux qui ne servent à rien et on les jette à la rue et à la mer .

Le nouveau gouvernement veut qu’en toute transparence les marocains(nes) se présentent aux concours organisés par les établissements publics mais il ne précise pas que les marocains (nes) qui ont fait leurs études à l’étranger ont aussi le droit de les passer, ce qui fait capoter la fameuse égalité des chances qui n’a pas été respectée en tout depuis le début.

On continuera à tourner en rond un bon bout de temps . 

On continuera à tromper ces jeunes un bon bout de temps .

Mais à la fin , ils finiront par comprendre les fausses règles du jeu démocratique marocain et n’hésiteront pas à créer les leurs ce qui surprendra et mettra devant le fait accompli tout le monde.

mercredi 28 mars 2012

Grève de la faim des islamistes incarcérés dans les prisons marocaines

Par Amine Bouderaâ, demainonline, 27/3/2012

Rabat.- Les islamistes incarcérés dans les prisons marocaines, dont la plupart sont des salafistes, ont lancé aujourd’hui, mardi 27 mars, une grève de la faim de 24h afin de dénoncer la non application d’un accord signé entre eux et les autorités administratives et politiques marocaines en 2011.
Le 25 mars 2011, en plein printemps arabe, des représentants de l’Etat marocain (ministère de la justice, administration pénitentiaire et Conseil national des droits de l’homme), ainsi que des représentants de la société civile parlant au nom des islamistes (Forum Karama), avaient trouvé un accord à la prison Salé 2, où sont regroupés les barbus, pour faire libérer petit à petit tous les détenus qui avaient été condamnés injustement.

Après une première fournée d’islamistes et de cheikhs de la salafia libérés, l’Etat ne serait pas allé au bout de sa logique et des promesses qu’il avait faites, selon les salafistes.

C’est pour rappeler l’Etat aux bons souvenirs de leurs barbes que ces derniers se préparent à lancer des grèves à répétition. D’où cette première salve.

Dans un communiqué diffusé aujourd’hui, les islamistes rappellent aussi que la torture dans les prisons marocaines, qui ne dépendent plus du ministère de la justice et des libertés, mais de l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion dirigée par un ancien flic basriste Hafid Benhachem, « est toujours la règle ».

L’année dernière, des affrontements violents entre des détenus islamistes et les matons des prisons, appuyés par des milliers de membres des forces de l’ordre, avaient fait le tour du monde grâce aux vidéos accrochées sur YouTube.
http://www.demainonline.com/?p=15519

vendredi 16 décembre 2011

Au Maroc, les mouvements sociaux vont s’amplifier


Par Kamal Lahbib, coordinateur du collectif associatif pour l’observation des élections au Maroc, ex-secrétaire général du Forum des alternatives Sud, 15/12/2011

Kamal Lahbib
« Un an d’histoire précipitée et un premier bilan s’impose. Les mouvements de protestation dans la rue de tendance démocrate moderniste, voire laïque, ont déclenché un processus électoral qui a porté au pouvoir des partis islamistes conservateurs. La Tunisie, l’Égypte, le Maroc – même la Libye – sont confrontés à ce paradoxe.

Deuxième constat, la démocratie représentative a ses limites. Ces pouvoirs nouvellement élus ont une faible légitimité. Sans doute en raison d’un lourd passif de pratiques électorales falsifiées durant des années, le taux de participation aux élections a été faible : 56 % des inscrits en Tunisie, 45 % au Maroc. Mais si l’on regarde de plus près, il y a eu au Maroc deux millions d’inscrits en moins que pour les élections législatives de 2007. En réalité, à peine 28 % des votants potentiels ont voté…

Enfin les mouvements qui ont emporté ces pays sont l’aboutissement de revendications à caractère social. Mais ce n’est pas l’Assemblée constituante en Tunisie qui va régler les questions d’accès à la terre, au logement, au travail, à la santé et à l’enseignement.

Pousser à des réformes profondes
De plus l’environnement global de crise va faire caisse de résonance. Les pays seront contraints d’adopter des mesures pour s’intégrer à l’économie libérale sur la scène internationale. Or il y a une contradiction fondamentale entre le système libéral dominant et les intérêts des sociétés pauvres de nos pays. Tout ceci risque d’exacerber les conflits. Les manifestations vont probablement reprendre de plus belle. Les mouvements sociaux vont s’amplifier.

Les révolutions vont continuer pour pousser à des réformes profondes. Certes les pays sont à des degrés d’avancement divers, la Tunisie est jusqu’à présent le meilleur modèle. Le Maroc n’a, lui, procédé qu’à de petites retouches.

La part d’optimisme réside dans la conviction que la lame de fond en faveur de la démocratie, de la liberté, de la dignité et de la justice sociale ne s’arrêtera pas. Aucun retour en arrière n’est possible. Le défi sera d’arriver à maintenir la contestation dans un mouvement pacifique et de trouver des solutions consensuelles pour bousculer les systèmes classiques anciens et compenser la faiblesse de la démocratie représentative.

À l’instar d’initiatives menées dans certains pays d’Amérique latine, nous devons innover en matière de démocratie participative, créer de nouveaux modes de représentation et de régulation et mener un travail en profondeur pour rétablir la confiance dans les institutions. Il faudra de l’audace et de la créativité. Les mois et les années qui viennent ne seront pas faciles. »

Recueilli par MARIE VERDIER
http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/Monde/Kamal-Lahbib-Au-Maroc-les-mouvements-sociaux-vont-s-amplifier-_EG_-2011-12-15-747288

vendredi 2 décembre 2011

La France découvre que les droits de l’homme ont un sens au Maghreb

"Notre ami" Alain Juppé
Par Badr Soundouss, 29/11/2011

Rabat.- Le ministre français des affaires étrangères Alain Juppé monte au créneau pour sauver les Maghrébins des méchants barbus. Si le ministre de la France, patrie des droits de l’homme, préconise de discuter « sans complexe » avec les courants islamistes maghrébins, il ne « transigera » pas, dit-il, sur « les règles du jeu démocratique ».
Après avoir pris tout son temps avant d’appeler Rached Ghannouchi, le chef du parti islamiste tunisien Ennahda grand vainqueur des élections dans la patrie de Ben Ali, l’ex-protégé de la France, Alain Juppé veut maintenant faire la loi au Maroc où il n’est pas très content de la « victoire » des barbus light du Parti de la justice et du développement (PJD).
Le PJD est « loin d’avoir la majorité absolue » et il était déjà « représenté dans le précédent parlement marocain », a expliqué le ministre français pour atténuer un peu sa peine.
Mais il n’a pas oublié de menacer tous les barbus de la région. « La France ne transigera pas avec ses lignes rouges que sont le respect des élections, l’État de droit, les droits de l’homme et de la femme ».
Extraordinaire ! Voilà que la France, après des décennies de complicité, souvent sanglantes, avec les dictatures maghrébines, découvre subitement que « le respect des élections, l’État de droit, les droits de l’homme et de la femme » font partie des « lignes rouges » dont Paris ne saurait tolérer le franchissement.
Après avoir « transigé » pendant plus d’un demi siècle, notre ex-bienveillant « Protecteur » se rappelle que les droits de l’homme sont universels et inaliénables.
Même dans l’arrière-cour de la France.

/http://www.demainonline.com/2011/11/29/la-france-decouvre-que-les-droits-de-lhomme-ont-un-sens-au-maghreb/

samedi 4 décembre 2010

Maroc : Familles en détresse

Par NOURA MOUNI, 3/12/2010
Trois ans après l’arrestation du père, la famille Al Moatassim continue à clamer l’innocence de ce «papa», bien que la justice ait déjà dit son dernier mot. Soumaya, cadette des quatre enfants Moatassim (Abdeslam, Zineb et Mohamed), décide de se faire le porte-fanion de la défense de son père, sa mère, professeur de lycée, ayant désormais la charge du foyer. Du jour au lendemain, à 19 ans, elle se retrouve dans un tourbillon politico-médiatique auquel rien ne la prédestinait. Rencontre
Soumaya Al Moatassim: « La place de mon père est auprès de nous»
Soumaya, 22 ans, milite depuis trois ans pour la libération de son père, condamné à 25 ans de prison dans l’affaire du réseau terroriste Belliraj, ramenés à 10 ans en seconde instance. Pour cette future lauréate de l’Ecole nationale des sciences appliquées de Tanger, pas question de baisser les bras, tant la cause de son géniteur lui semble juste. Coupable avéré pour les uns, complice indirect pour les autres, Mustafa Al Moatassim demeure aux yeux de sa fille un père «engagé, responsable et pur», «loin de l’image qu’on tente de lui coller à tout prix». Au bout de quelques mois de campagne médiatique, Soumaya est parvenue à attirer l’attention de l’opinion publique et d’organisations de droits de l’homme sur le cas de son père.
Retour au 18 février 2008, jour de l’arrestation de Mustafa Al Moatassim. Installée à Tanger, Soumaya apprend la nouvelle de l’arrestation de son père. Sous le choc, elle reçoit l’appel de son frère qui tente de la calmer. «Il sera interrogé et libéré dans 48 heures», la rassure-t-il. Le même jour, les autorités perquisitionnent l’appartement familial, sis à Hay Riad, Rabat. La famille Al Moatassim est dans l’appréhension. Aucune nouvelle depuis l’arrestation. Ce n’est qu’après la conférence de presse accordée par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Chakib Benmoussa, autour du réseau Belliraj, que la famille se rend compte de ce qui se passe réellement. Le destin des Moatassim bascule en quelques heures.
Une semaine après l’arrestation, un appel de la police apprend à la famille Al Moatassim que leur père est à Casablanca pour des interrogatoires. «On est allé le voir, ma mère, mon frère et moi, pour lui apporter des vêtements neufs, du matériel d’hygiène et de la nourriture. Mais les policiers ne nous ont pas permis de le voir», se remémore Soumaya, la voix tremblante d’émotion. Près de 4 ans après les faits, la jeune fille peine toujours à l’idée de savoir son géniteur derrière les barreaux pour atteinte à la sûreté intérieure de son pays. La famille subit une double peine : celle de l’incarcération du père par la justice, condamnation à laquelle vient s’ajouter l’opprobre d’une société marocaine encore meurtrie par le souvenir des sanglants attentats du 16 mai 2003.
Trois semaines après l’arrestation, Mustafa Moatassim est transféré à la prison civile de Salé où sa famille est finalement autorisée à le voir. Amaigri, le visage pâle et le regard éteint, le père leur est méconnaissable.
Le coup est dur pour l’épouse et les quatre enfants. Lorsque les médias annoncent la nouvelle de l’arrestation des « Six politiques » (voir encadré), l’appartement des Al Moatassim, d’habitude calme, ne désemplit plus, entre proches, voisins et amis venus s’enquérir du sort du chef de famille.
Mais si les proches offrent leur soutien à la famille privée de son pilier moral et financier, la société et l’entourage sont loin d’être aussi compréhensifs. Les regards inquisiteurs se font de plus en plus insistants, et les qu'en-dira-t-on étouffent les Al Moatassim qui essaient tant bien que mal de garder la tête hors de l’eau : «Certains de mes camarades d’école ne voulaient plus m’aborder de peur d’une mauvaise réaction de ma part», explique Soumaya.
Au fil des jours, l’absence du père pèse sur la maison. A l’instar de ses proches, Soumaya subit silencieusement les débuts de l’affaire. Un mois après l’arrestation de son père, la jeune fille sombre dans une dépression nerveuse qui la conduira à deux hospitalisations successives. Gravé dans sa mémoire, le contrôle policier lors de sa première visite de son père à Casablanca, qu’elle a vécu comme un «épisode humiliant» sera l’élément déclencheur de «l’éveil de conscience» de la jeune fille, qui commence son activité militante par la création d’une page sur Facebook consacrée à son père. Elle rassemble ainsi 3000 adhérents à sa cause. Soumaya s’adresse ensuite aux médias conventionnels et donne une série d’interviews dans les journaux nationaux, avant d’intégrer l’Association marocaine des droits de l’homme (AMDH).
Elle participe aux sit-in, prend part à des conférences et se fait connaître dans le monde associatif. La réduction de peine fait poindre une lueur d’espoir pour la famille Moatassim. Entre son grand frère récemment marié, le benjamin de la famille, étudiant en première année du bac, sa mère partagée entre son travail et ses trois visites hebdomadaires à la prison de Salé, Soumaya attaque sa cinquième et dernière année d’études sans pour autant abandonner son combat. Ramener son père à la maison, c’est le défi de sa vie…

Sakina Kada : «Mon Abdelhafid reviendra…»
«Le 19 février 2008, on est venu arrêter mon mari chez nous, on a fouillé notre maison et confisqué des objets. J’ai versé toutes les larmes de mon corps…Ce n’était pas à cause de l’appartement chamboulé, cela n’avait pas d’importance. Je m’inquiétais pour mon fils de trois ans, effrayé à la vue de ces inconnus, qui avaient fait irruption dans son petit monde et refusé que je le conduise à la crèche pour lui éviter cette triste scène», se rappelle Sakina Kada, épouse de Abdelhafid Sriti, correspondant à la chaîne de télévision libanaise Al Manar, organe médiatique du parti chiite Hezbollah.
Face au choc de l’arrestation, la mère de famille perd ses moyens, avant de retrouver ses esprits quelques temps plus tard. Elle s’improvise coordinatrice des familles des «six politiques» de l’affaire Belliraj. Une cause à laquelle elle consacre la majeure partie de son temps, sans oublier ses enfants pour autant. Elle a peur pour l’équilibre et l’avenir de ses petits : Yassir, 5 ans, et Chaimaâ, 16 ans. Elle les rassure, les réconforte, tentant de préserver l’image d’un père « intègre et pacifiste», insiste-t-elle. Mais les mots ne suffisent pas à conserver la sérénité du foyer. Sakina doit également prendre la relève financière du chef de famille, au quotidien, en attendant son retour. Elle ne veut pas que ses enfants soient victimes de privations, elle se doit de les accompagner dans cette épreuve difficile. C’est que l’affaire des «six politiques» de l’affaire Belliraj a fait le tour du pays, avant de se répandre comme une traînée de poudre dans les médias du monde entier.
Dès le transfert d’Abdelhafid Sriti à la prison de Salé, la famille s’organise pour les visites, tous les lundi matins. «C’est un vrai cauchemar pour nous tous. On doit à chaque fois faire la queue, passer des heures à attendre et se plier aux fouilles embarrassantes des gardiens. C’est une épreuve pénible pour mes enfants, surtout pour Yassir, qui n’a aujourd’hui que 5 ans et demi», déplore-t-elle. Dans sa bataille pour la libération de son mari, Sakina sillonne le Maroc et l’étranger afin de sensibiliser les organisations des droits de l’homme. Elle organise également des sit-in, des rencontres et des conférences auxquels elle participe, en compagnie des autres familles, avec le comité national de solidarité avec les «six politiques».
Sakina vit toujours mal en revanche les questions incessantes de son benjamin sur la raison de l’absence de son père: «Il n’est toujours pas au courant qu’il est en prison. Lorsqu’on lui rend visite, il croit que c’est son lieu de travail», raconte la mère de famille. «Chaima est en âge de tout comprendre, elle est très attachée à son père. Elle s’intéresse à toute l’actualité qui le concerne… mais j’essaie de la tenir à l’écart de cette affaire, j’ai peur qu’elle ne souffre de l’incompréhension de son entourage», ajoute Sakina. Une épouse qui réclame le retour d’un homme avec qui elle a partagé vingt années de sa vie. Une maman qui se bat pour revoir ses enfants dans les bras de leur père.
«Je vous laisse imaginer ce que représente pour un foyer la détention de son chef de famille, seul et unique pourvoyeur de revenus.»
Questions à Abderrahim Mouhtad, président d'Ennassir
L’Observateur du Maroc A combien estimez-vous le nombre de détenus islamistes et comment sont-ils répartis dans les différentes prisons du Maroc ?
Abderrahim Mouhtad. Il n’existe pas de chiffre officiel, par conséquent on se réfère généralement aux déclarations de l’année dernière d’un responsable du ministère de la Justice, qui avait fourni l’effectif de 700 à 800 détenus islamistes. Dans son recensement, Ennassir, pour sa part, se fie uniquement aux courriers manuscrits qui lui sont envoyés par les détenus et aux familles de ces derniers qui viennent régulièrement à l’association, ce qui fait un total de 427 prisonniers. Mais, étant donné le nombre de transfèrements des détenus islamistes d’une prison à l’autre, et leur présence dans plusieurs prisons, il est difficile d’établir une cartographie exacte de leur répartition dans les différents pénitenciers du Royaume. Ceci dit, à titre indicatif, la prison locale de Salé à elle seule compte environ 360 détenus islamistes.
Combien de familles soutient votre association ? Et quel genre d’aide leur apportez-vous ?
Environ 427 familles- proches, parents et enfants de détenus islamistes-avec lesquelles nous maintenons un contact permanent au siège de l’association. Nous essayons, en fonction de la situation de chacun et de nos moyens limités, d’apporter un soutien à différents niveaux, notamment en faisant connaître les revendications des familles des détenus islamistes, et ce que celles-ci subissent comme épreuves du fait de l’incarcération de leurs proches. Nous concentrons l’essentiel de nos efforts sur cet aspect-là, car nous le considérons comme la solution collective et efficace à tous les problèmes des familles concernées. Dans ce sens, nous encadrons les sit-in et les manifestations de ces dernières, de même que nous nous occupons de la communication avec les associations des droits de l’Homme et les médias. Nous leur rendons en outre d’autres services spécifiques, comme la rédaction, l’impression et la distribution de leurs doléances. Il faut souligner qu’Ennassir est elle-même soutenue par des partenaires, qui nous fournissent notamment conseils juridiques et assistance administrative.
Quelles sont les conséquences psychologiques, matérielles et sociales sur ces familles de la détention de leurs proches?
Quoique je puisse vous dire à ce sujet, les mots ne suffiraient pas à décrire leur situation, mais je vous laisse imaginer ce que représente pour un foyer la détention de son chef de famille, souvent le seul et unique pourvoyeur de revenus pour toute la maisonnée. La plupart des prisonniers islamistes sont en effet mariés et pères d’enfants en bas âge. Et ce sont ces petits qui paient aujourd’hui le plus lourd tribut de l’emprisonnement de leurs pères. Les épreuves qu’ils endurent vont au-delà de l’imaginable, ils sont victimes entre autres d’abandon scolaire et souffrent de l’indifférence totale de l’Etat, mais également de la société civile, à leur égard. En 2010, certains parmi ces enfants de détenus islamistes, âgés de 14 ou 15 ans à peine, ont ainsi été arrêtés pour des délits de vol ou de consommation de stupéfiants. Qu’en sera-t-il de leur avenir avec une enfance aussi ardue ?
Quelles sont les revendications de ces familles aujourd’hui?
Leurs revendications sont les mêmes que celles d’hier, à savoir la libération de tous leurs proches (arrêtés durant la campagne menée par les autorités au lendemain du 16 mai 2003), dont les procès se sont déroulés dans des conditions particulières, en outre sous le choc consécutif aux attentats de Casablanca. Nous considérons que les condamnations à l’encontre de ces personnes ont été trop sévères, eu égard aux faits qui leur sont reprochés, sans oublier que les détenus islamistes ont été privés de toute possibilité de contestation de leur jugement, et ne bénéficient ni de mesures de grâce ni de libération.
Avez-vous jamais pensé à faire rencontrer les familles des condamnés islamistes du 16 mai 2003 avec celles des victimes de ces attentats? Si oui, comment se sont déroulées ces rencontres?
Au niveau de l’Association Ennassir, nous n’avons jamais organisé de rencontre de ce genre. Ceci étant, il est arrivé qu’en marge de meetings ou de réunions entre associations de défense des droits de l’homme, des proches des victimes du tragique 16 mai 2003 se retrouvent sous le même toit que des familles de détenus islamistes. Leur rencontre leur a permis d’aboutir à la conclusion que ces tristes évènements ont engendré des victimes de tous les côtés. Ceux qui ont été touchés directement et douloureusement par ces attentats ont vu leur vie se transformer en une épreuve et des souffrances quotidiennes. Et ceux qui ont été arrêtés et emprisonnés suite à ces attentats, alors qu’ils n’avaient aucun lien direct ou indirect avec ces derniers, subissent un sort affligeant à leur tour.
Votre association est perçue par certains comme « l’avocat du diable». Comment pouvez-vous justifier devant tous ces Marocains votre défense d’individus condamnés par la société et par la justice ?
Ennassir est une association jeune, qui a défini le cadre exact de son activité dès sa naissance en 2004. La plupart des membres de son bureau et de ses adhérents sont des parents ou des proches de détenus islamistes. Ennassir a commencé à travailler sur le dossier sensible de ces prisonniers particuliers au moment où nombre de concernés ont préféré s’en détourner, par crainte, si l’on peut dire, de « jouer avec le feu ». Mais aujourd’hui, grâce à Dieu, beaucoup d’organisations non gouvernementales, aussi bien marocaines qu’internationales, ont décidé de se joindre à leur tour à la défense de ces détenus islamistes, ce qui fait que nous ne sommes plus seuls au front. Cette nouvelle donne nous pousse à réfléchir ensemble à d’autres voies d’aide et de soutien aux enfants et aux proches de ces prisonniers, dans l’attente de leur délivrance. Il faut souligner à ce niveau que nous demandons la libération uniquement des détenus islamistes qui ne sont aucunement impliqués dans des actes sanguinaires, et qui condamnent l’idéologie de la violence dans son ensemble. Enfin, nous appelons au respect de la dignité et des droits de l’ensemble des détenus à l’intérieur de tous les établissements pénitentiaires du pays.