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dimanche 21 juillet 2013

Survie : Des associations dénoncent un défilé néocolonial le 14 juillet

 

Réunis à l’occasion d’une conférence tenue à Paris le 11 juin, des militants de l’association Survie, de Sortir du Colonialisme et un activiste tchadien ont dénoncé l’organisation par la France le 14 juillet d’un défilé sur les Champs-Élysées mettant à l’honneur des troupes françaises et tchadiennes mobilisées dans la guerre au Mali.
« Ce défilé donne un parfum de victoire à une opération militaire qui est loin de pouvoir être présentée ainsi étant donné les nombreuses zones d’ombre qui l’entourent et les incertitudes qui demeurent sur son issue » a déclaré Fabrice Tarrit, Président de l’association Survie, rappelant que la France était probablement le pays le moins légitime pour intervenir au Mali, du fait de son passif historique dans la sous-région et de la succession d’interventions militaires qu’elle y a mené depuis 50 ans, contribuant à sa déstabilisation ». 
Une publication de l’association, intitulée « La France en guerre au Mali : enjeux et zones d’ombre » [1] apporte de nombreux éclairages sur ces aspects qui ont été jusque-là peu développés dans les médias.
Pour le Président de Survie, « sous couvert de mobilisation en faveur de la démocratie et des droits de l’Homme, cette intervention sert clairement les intérêts politiques, économiques et militaires de la France au Mali. Un parallèle peut être dressé avec le défilé organisé par Nicolas Sarkozy en 2010, année de commémoration du cinquantenaire des indépendances africaines, en présence de 10 chefs d’État africains. François Hollande perpétue cette politique, en prenant l’initiative sur des dossiers qui concernent avant tout les africains, en s’entourant d’un aréopage de chefs d’État et dictateurs alliés et en vantant l’ingérence militaire française sur le continent. »
« Cette intervention marque un échec », a renchéri David Mauger, lui aussi membre de Survie, « l’échec du multilatéralisme, tant il est flagrant que la France, concernant le Mali, a tenu le stylo pour toutes les initiatives, toutes les résolutions de l’ONU, qu’elle a dû constater l’incapacité opérationnelle des forces africaines de la Cedeao qu’elle est supposée renforcer depuis des décennies, et que par ailleurs elle n’a trouvé aucun partenaire pour intervenir au niveau de l’OTAN, peinant même à obtenir des soutiens européens à la mission de formation EUTM ». « Nous assistons à un retour du bilatéral entre la France et l’Afrique », a-t-il ajouté.
Ce retour du bilatéralisme est visible concernant la mobilisation des troupes tchadiennes au Mali, qui a fait l’objet de tractations diplomatiques entre la France et le Tchad, pays dirigé par le dictateur Idriss Déby et dont les forces armées sont réputées pour leurs violations des droits de l’homme et le recrutement d’enfants soldats. « La société civile tchadienne, est la victime principale de cette intervention militaire française appuyée par le Tchad » a relevé Abdelkerim Yacoub Koundougoumi, soulignant la vague de répression qui a suivi ce début de retour en grâce de Déby sur le plan diplomatique, donnant lieu à de très faibles réprobations, de la France en particulier. « Je suis choqué et déçu que les troupes tchadiennes soient mobilisées pour défendre la liberté et la démocratie dans un pays étranger alors qu’elles les refusent à leur propre peuple », Le militant tchadien en a profité pour lancer un appel de soutien à Makaila Nguebla, blogueur poursuivi par le régime tchadien jusqu’au Sénégal, dont il a été récemment expulsé, actuellement en attente d’un visa pour la France.
Le porte-parole de Sortir du Colonialisme, Patrick Farbiaz a appuyé cette demande et exprimé sa préoccupation à propos du refus de visa subi récemment par l’écrivaine malienne Aminata Traoré, jusque-là considérée en France comme une interlocutrice de poids, mais victime de son discours discordant sur l’intervention militaire française.
Le mouvement Sortir du Colonialisme, qui a émis en février un appel intitulé « Mali : la politique de la canonnière n’est pas une solution » voit dans ce défilé du 14 juillet une relégitimation de l’ordre colonial, à travers la mise en scène d’une armée française intervenant en Afrique, de troupes africaines lavées de tout soupçon d’exactions, et plus globalement d’une Françafrique qui a adopté un nouveau look tout en restant dans le giron de l’Élysée, de l’Etat-major et des entreprises françaises. Le nouveau Livre Blanc de la Défense, redonne une légitimité d’intervention militaire française en Afrique, cautionnant cette « stratégie du gendarme ».
Ce défilé intervient en effet à mi-chemin entre deux dates importantes. Le lancement le 1er juillet de la MINUSMA, la mission onusienne censée prendre le relais de Serval pour « pacifier » le pays, au sein de laquelle la France conserve un rôle de commandement, disposant par ailleurs de sa propres force « parallèle » d’intervention. D’autre part la date prévue du premier tour de la Présidentielle malienne, le 28 juillet, date imposée par la France, qui avait menacé d’être « intraitable » selon les propres mots de François Hollande, alors que les conditions d’organisation de l’élection sont bien loin d’être réunies. A la veille de ce scrutin, alors que la France est très investie dans la course aux marchés pour la reconstruction du Mali, qu’elle engrange peu à peu, il y a fort à redouter que le régime qui sera issu de ce processus peine à conquérir une vraie légitimité, continuant ainsi à laisser la part belle à ceux qui, comme la France, ont décidé de maintenir le pays sous tutelle.
Les représentants de l’association Survie, en conclusion de la conférence de presse ont tenu à dénoncer le rôle autoproclamé de gendarme de l’Afrique que la France s’est octroyé au Mali et condamné l’ingérence politique, diplomatique et militaire dont elle a fait preuve depuis le déclenchement de la crise malienne, appelant à un départ des troupes françaises du pays et plus globalement du continent africain.
Un appel à la vigilance et à la mobilisation citoyenne a également été lancé en prévision de l’organisation à Paris les 5 et 6 décembre d’une conférence internationale consacrée à la sécurité en Afrique, initiative pilotée par la France et qui s’apparente à une nouvelle version des Sommets France-Afrique dont les prédécesseurs de François Hollande ont tous usé pour rassembler la « famille françafricaine ».

Conférence Survie : La France en guerre au Mali... par survie-media
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18/7/2013 /

Mali - Les enfants, premières victimes des explosifs de guerre


mali
© Handicap International
Au Nord du Mali, les combats et les groupes armés ont laissé derrière eux des armes et des restes explosifs de guerre. Pour limiter les accidents, dont les enfants sont les premières victimes, Handicap International sensibilise les populations aux risques liés à ces armes et mobilise des démineurs pour nettoyer les champs de bataille.

Plus d'un an après avoir fui le Nord du Mali, les personnes déplacées ne peuvent toujours pas rentrer chez elles. Nombre d'entre elles vivent dans des conditions très difficiles, notamment à Mopti, où Handicap International concentre une part importante de ses opérations d'urgence, notamment la prévention des risques liés aux restes explosifs de guerre.

La sensibilisation au danger vise particulièrement les enfants qui sont spontanément attirés par les engins explosifs. Aujourd'hui, elle cible plus spécifiquement les personnes déplacées qui seront amenées à retourner sur des zones où des combats ont eu lieu et les personnes dont la profession implique un risque élevé, comme les agriculteurs.

Il est impératif de sécuriser au plus vite les zones contaminées. C'est pourquoi, l'association déploie des opérations de dépollution, en particulier des axes de circulation et des lieux de vie autour des localités de Diabali et de Tombouctou.

Soutenez nos actions au Mali et améliorez les conditions de vies des personnes en situation de handicap.
Je fais un don Je deviens parrain

jeudi 14 mars 2013

L'impasse !


Par Mohammed Hifad



La mort de Choukri Belaïd le 6 février 2012 en Tunisie , qui rappelle étrangement celle de Farhat Hached et qui a soulevé un tsunami populaire , a marqué un tournant dans le printemps des peuples en Afrique du Nord et au Moyen Orient .

Il a entrainé la démission immédiate du gouvernement tunisien et il a relancé les contestations de rue en Egypte et qui demandent de nouveau , surtout au port Saïd et au Caire, le départ du Président islamiste Morsi traité de Pharaon à son tour. 

Au Maroc , c’est le mutisme absolu,comme le silence qui précède un orage, à part la comédie des partis du Makhzen dans les deux chambres , les débats-épouvantails habituels des médias marocains sur le cancer, le sida, le viol , le mariage des filles mineures , surtout le crime, pour occuper le petit peuple et un manque de visibilité absolu dans tous les domaines.

Les médias, les partis, les syndicats et les associations de service entretiennent une fiction de changement , de démocratie , des droits de l’homme et de liberté d’expression.

J’ai déjà dit avant les élections que le prochain gouvernement fonctionnera comme une super-commune urbaine ou rurale et s’occupera de la gestion quotidienne des petits problèmes à l’échelon national .

Si BenKiran le répète à longueur de journée à qui veut l’entendre , c’est le Roi qui est responsable de tout.

J’espère qu’il aura le courage de le dire à ses électeurs dans les prochaines élections car si c’est ainsi , le peuple n’a pas besoin de voter pour des représentants qui n’ont aucun pouvoir , aucun programme et continuent à mentir pour tout un peuple toujours considéré comme mineur . 

Sur le plan local , les multiples collaborateurs civils des autorités introduits partout , dans les administrations, les usines, les cafés , les associations, ils reviennent à la charge et reprennent les mêmes pratiques alors qu’ils se sont éclipsés pour un moment d’incertitude et de chaos par peur de représailles de la part de la population lors du printemps des peuples.

Les manifestants de Sidi Ifni,de Tinghir, de Bouâayach,de Taza , de Tanger, de Douar Chlihat , de Nknafa à Haha, de Khénifra , en général du Rif, de l’Atlas et de Souss lors de Tawada 3 amazighe (la 3e marche amazighe ) , tout ce beau monde semble essoufflé et comme dit le proverbe marocain « lli tlef iched lard »(celui qui est perdu doit s’asseoir par terre).

Pour combien de temps ?

La guerre des Amazighs du Nord-Mali interpelle tous les amazighs de Tamzgha sans distinction .

Les gouvernements arabes des pays de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient et les Africains noirs de la CEDEAO ont répondu présent à la voix de leur Maîtresse et marraine la France pour chasser les terroristes qu’ils ont envoyés avec sa bénédiction décimer ce qu'elle-même et les Maliens noirs auxquels elle a passé le pouvoir au Mali après son départ , ont encore laissé de vivants des Amazighs Touaregs autochtones.

Le Maroc, et sa sœur l'Algérie , par solidarité d’intérêts , de religion et de culture , ont ouvert leurs espaces respectifs aux avions de leur marraine la France coloniale d’hier et d’aujourd’hui sans aucune réaction des peuples laissés incultes , des partis et des parlements de service. 

Pire , le Maroc , pays où se trouve la majorité des Amazighs de Tamazgha mais bien tenus en laisse par l’analphabétisme , les pétrodollars et le wahhabisme , s’apprête à accueillir le président français François Hollande qui est en train de massacrer les Amazighs Touaregs avec la complicité de l’ONU et de tous les gouvernements africains de la CEDEAO tous ses protégés depuis le protectorat. 

C’est difficile d’être un Amazigh en Afrique du Nord avec une élite Amazighe qui trahit par égoïsme ou commodité, les siens et une majorité des Amazighs, laissée exprès inculte, démunie et marginalisée , par la France et les gouvernements successifs auxquels elle a passé le pouvoir pour sauvegarder ses intérêts après l’indépendance de nos pays respectifs.

La prise de conscience d’un(e) Amazigh(e) ayant encore un brin de dignité , devient un supplice infernal.

Tous les scénarios sont possibles si le peuple échappe pour un instant seulement aux diverses drogues qu’on lui fait avaler au quotidien .

Mais et un grand Mais , le syndrome syrien d’une guerre civile et toutes ces révolutions avortées, obligent toute personne dotée d’un bon sens de ne pas opter pour la violence.

Et pourtant, le Roi , comme l’admettent tous ses subalternes a tous les pouvoirs encore concentrés entre ses mains .

Est-il conscient du danger qui guette ce pays et sa propre couronne ? 

Le proverbe marocain dit que « lid lli man nqder nqetha , nbousha »(la main que je ne peux pas couper, je la baise).

Si tout le monde l'applaudit , aujourd'hui comme hier, c’est par peur seulement .Et celles et ceux qui ont l’habitude d’applaudir, ils le feront avec n’importe qui au pouvoir.C'est leur métier leur gagne- pain et leur vile stratégie mais qui a malheureusement fait ses preuves.

L’Occident fait de même : il vous applaudit tant que vous êtes au pouvoir.

Les délégations occidentales, juste hier , s’empressaient auprès de Kadhafi pour lui vendre leurs armes , avions et divers services.

Que puis-je faire?

dimanche 27 janvier 2013

Quelle guerre mène la France au Mali ? conférence-débat à Toulouse

Jeudi 14 février à 20H30, salle Duranti,


6 rue du lieutenant colonel Pelissier, Toulouse (Métro Capitole).


L’Université Populaire de Toulouse, l’association Survie MP, les Amis du Monde Diplomatique, avec le soutien d’organisations de solidarités internationales, vous invitent à la
 Conférence-débat : 

Quelle guerre mène la France au Mali ?


Avec quelles conséquences ?


 

Avec



Bernard Dreano, président du centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (CEDETIM) et membre fondateur du réseau international Helsinki Citizens’ Assembly (représenté en France par l’Assemblée européenne des citoyens). Il est l’auteur de La perle et le colonel, réflexions sur les révolutions arabes, éditions Non Lieu, 2011. Il participe au conseil international du Forum social mondial (FSM) dont la prochaine rencontre à lieu à Tunis du 26 au 30 mars2013 

Danyel Dubreuil, salarié de l’association Survie, qui depuis 1984 lutte pour un changement dans la politique de la France en Afrique, basée sur le respect de la souveraineté des peuples. Il est par ailleurs un des animateurs du réseau "Areva ne fera pas la loi au Niger". 
 

 
  Quelle guerre mène la France au Mali ? Avec quelles conséquences ?

Une opération militaire ponctuelle pour stopper l’offensive des jihadistes ? Beaucoup plus ambitieuse pour les « éradiquer » du Sahara ? Partie prenante d’une nouvelle version de la « guerre globale contre le terrorisme » ?

Une opération militaire pour permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale ou une participation à une guerre civile contre les minorités arabo-touarègues ?

Une opération politico-militaire pour rétablir un État malien défaillant ? Ou pour assurer la stabilité dans la région et protéger l’accès au ressources naturelles stratégiques (en particulier l’uranium exploité au Niger et exploitable au Nord Mali) ?

Le Mali, présenté longtemps comme un « miracle démocratique », était en crise, l’Etat en déconfiture, le pays en ruine, la corruption galopante. Une situation résultant pour une bonne part des pressions externes et « ajustements » imposés par les Occidentaux, à commencer par les Français. La question des populations sahariennes minoritaires et marginalisées, largement une conséquence de la colonisation, est restée sans solution après l’échec des accords de paix des années 90 au Nord Mali et la reprise des révoltes. La situation de ces populations s’est encore aggravée avec l’arrêt brutal des subsides versés par Kadhafi et l’arrivée de ses anciens « légionnaires » et de leurs armes.

Mais dans ce contexte, pourquoi et comment les jihadistes ont-ils pu gagner de telles capacités ?

Les exactions des jihadistes et la menace qu’ils peuvent représenter pour l’ensemble des populations du Mali expliquent pourquoi, en majorité, les Maliens soutiennent l’intervention française (et notamment la grande majorité des Maliens résident en France).

Faut-il pour autant donner carte blanche l’armée française et aux forces de la CEDEAO ? Et quel rôle joue l’Algérie (et son allié américain) ?

Il est certain, dans ce contexte, que l’opération « Serval » ne pourra pas se limiter à une guerre éclair où les blindés Sagaies et des Rafales français liquident les Toyota jihadistes comme dans un jeu vidéo.

Mais quelle seront les conséquences d’une guerre prolongée ? Dans les pays du Sahel ? Dans les pays du Maghreb ? En Europe et en particulier en France. Et que peut on faire pour soutenir les Maliens et les peuples de la région, revenir à la paix ?


dimanche 20 janvier 2013

Femmes du Mali: Disons "NON !" à la guerre par procuration

Slate, 20/1/2013

La féministe Aminata Traoré et de nombreuses personnalités maliennes s'opposent à l'intervention armée au Mali.

Femmes voilées en classe à Gao le 10 septembre 2012. Reuters/Stringer
l'auteur

De la situation dramatique du Mali, il ressort une réalité terrible qui se vérifie dans d’autres pays en conflit: l’instrumentalisation des violences faites aux femmes pour justifier l’ingérence et les guerres de convoitise des richesses de leurs pays.
Les femmes africaines doivent le savoir et le faire savoir.
Autant l’amputation du Mali des deux tiers de son territoire et l’imposition de la charia aux populations des régions occupées sont humainement inacceptables, autant l’instrumentalisation de cette situation, dont le sort réservé aux femmes, est moralement indéfendable et politiquement intolérable.
Nous avons, de ce fait, nous femmes du Mali, un rôle historique à jouer, ici et maintenant, dans la défense de nos droits humains contre trois formes de fondamentalisme: le religieux à travers l’islam radical; l’économique à travers le tout marché; le politique à travers la démocratie formelle, corrompue et corruptrice.
Nous invitons toutes celles et tous ceux qui, dans notre pays, en Afrique et ailleurs, se sentent concernés par notre libération de ces fondamentalismes à joindre leurs voix aux nôtres pour dire «Non» à la guerre par procuration qui se profile à l’horizon. Les arguments suivants justifient ce refus.

Le déni de démocratie

La demande de déploiement de troupes africaines au nord du Mali, transmise par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et l’Union Africaine (UA) aux Nations Unies, repose sur un diagnostic délibérément biaisé et illégitime.
Il n'est fondé sur aucune concertation nationale digne de ce nom, ni au sommet, ni à la base. Ce diagnostic exclut par ailleurs la lourde responsabilité morale et politique des nations, celles qui ont violé la résolution 1973 du Conseil de Sécurité en transformant la protection de la ville libyenne de Benghazi en mandat de renverser le régime de Mouammar Kadhafi et de le tuer.
La coalition des séparatistes du mouvement national de libération de l'Azawad (MLNA), de Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) et de ses alliés qui a vaincu une armée malienne démotivée et désorganisée doit également cette victoire militaire aux arsenaux issus du conflit libyen.
Le même Conseil de Sécurité va-t-il approuver, dans les jours à venir le plan d’intervention militaire que les Chefs d’Etat africains ont approuvé en prétendant corriger ainsi les conséquences d’une guerre injuste par une guerre tout aussi injuste?
Marginalisée et humiliée dans la gestion de la crise libyenne, l'Union Africaine doit-elle se lancer dans cette aventure au Mali sans méditer les enseignements de la chute du régime de Mouammar Kadhafi?
Où est la cohérence dans la conduite des affaires du continent par les dirigeants africains, dont la plupart s’était opposé en vain à l’intervention de l’OTAN en Libye, lorsqu'ils s’accordent sur la nécessité d'un déploiement de forces militaires au Mali, aux conséquences incalculables.

L’extrême vulnérabilité des femmes dans les zones en conflit

L'international Crisis Group prévient, à juste titre, que:
«Dans le contexte actuel, une offensive de l’armée malienne appuyée par des forces de la Cédéao et/ou d’autres forces a toutes les chances de provoquer davantage de victimes civiles au Nord, d’aggraver l’insécurité et les conditions économiques et sociales dans l’ensemble du pays, de radicaliser les communautés ethniques, de favoriser l’expression violente de tous les groupes extrémistes et, enfin, d’entraîner l’ensemble de la région dans un conflit multiforme sans ligne de front dans le Sahara».
Ces conséquences revêtent une gravité particulière pour les femmes. Leur vulnérabilité qui est sur toutes les lèvres, devrait être présente dans tous les esprits lors des prises de décisions, et dissuasive quand la guerre peut être évitée. Elle peut l'être. Elle doit l’être au Mali.
Rappelons que les cas de viols que nous déplorons dans les zones occupées du Nord de notre pays risquent de se multiplier avec le déploiement de plusieurs milliers de soldats. A ce risque, il faut ajouter celui d’une prostitution plus ou moins déguisée qui se développe généralement dans les zones de grande précarité et par conséquent les risques de propagation du Sida.
Le  plan d’intervention militaire sur lequel le Conseil de Sécurité va se pencher prévoit-il des moyens de mettre réellement les femmes et les fillettes du Mali à l’abri de ce type de situation désastreuse?
Rappelons également que sur l'ensemble du territoire les sanctions économiques imposées par la communauté internationale au peuple malien au nom du retour à un ordre constitutionnel discrédité affectent considérablement les groupes vulnérables.
Les femmes du fait de la division sexuelle des tâches sont confrontées au niveau domestique à l'énorme difficulté d'approvisionnement des familles en eau, nourriture, énergie domestique, médicaments.
Cette lutte quotidienne et interminable pour la survie est déjà en soi une guerre. Dans ces circonstances de précarité et de vulnérabilité des populations, et des femmes en particulier, l'option militaire en préparation est un remède qui a toutes les chances d'être pire que le mal alors qu’une alternative pacifique, émanant de la société malienne, civile, politique et militaire, sera constructive.

Des incohérences de la communauté internationale

Chacun des puissants représentants  de la «communauté internationale»  ainsi que  la Cédéao (la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) et l’UA (Union africaine) ont prononcé des mots à propos de nos maudits maux de femmes en situation de conflit.
A tout seigneur tout honneur,  le président français, François Hollande, qui joue le rôle de chef de file dans la défense de l’option militaire, a souligné la souffrance des femmes «premières victimes des violences de guerre»                                                                                                        
Et pourtant, il a déclaré le 26 septembre 2012, à New York, lors de la réunion spéciale sur le Sahel, en marge de l'Assemblée Générale des Nations Unies:
«Je sais qu'il peut y avoir une tentation de mener des négociations. Négocier avec des groupes terroristes? Il ne peut en être question. Toute perte de temps, tout processus qui s'éterniserait ne pourrait faire que le jeu des terroristes».                                                 
«Il faut savoir terminer une guerre», semblent dire les présidents américains et français.
«La guerre d’Afghanistan s’est prolongée au-delà de la mission initiale. Elle attise la rébellion autant qu’elle permet de la combattre. Il est temps de mettre fin en bon ordre à cette intervention et j’en prends ici l’engagement», déclara le candidat François Hollande dans son discours d’investiture à l’élection présidentielle.
La Secrétaire d’Etat américaine aux affaires étrangères, Hillary Clinton dont l’escale du 29 octobre 2012, à Alger, avait en partie pour objet de convaincre le président Abdelaziz Bouteflika de rejoindre le camp de la guerre, s'était adressée aux chefs d’Etat africains réunis à Addis-Abeba en ces termes :
«En République Démocratique du Congo, la poursuite des actes de violences contre les femmes et les filles et les activités des groupes armés dans la région orientale du pays, sont pour nous une source constante de préoccupation. L’Union Africaine et les Nations Unies ne doivent épargner aucun effort en vue d’aider la RDC à réagir à ces crises sécuritaires incessantes ».
L’initiative du secrétaire des Nations Unies, Ban Ki Moon, intitulée «Unis pour mettre fin à la violence contre les femmes », lancée le 25 janvier 2008, accorde une attention particulière aux femmes de l’Afrique de l’Ouest. C'était avant les guerres en Côte d'Ivoire et en Libye qui ont largement compromis la réalisation des objectifs assignés à cette initiative.
Nous comprenons sa réserve quant au déploiement militaire et espérons qu'il ne soutiendra pas le plan d'intervention des Chefs d'États de la Cédéao. La guerre, rappelons-le, est une violence extrême contre les populations civiles, dont les femmes. Elle ne peut que nous éloigner des objectifs visés par cette initiative. 
Pourquoi les puissants de ce monde qui se préoccupent tant du sort des femmes africaines ne nous disent pas la vérité sur les enjeux miniers, pétroliers et géostratégiques des guerres.
La présidente de la commission de l'UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, pour sa part, souligne qu' «il est crucial que les femmes contribuent à, et s’impliquent activement dans, la recherche d’une solution au conflit. Leurs voix doivent être entendues dans les efforts visant à promouvoir et à consolider la démocratie dans leur pays. A cette fin, vous pouvez, sans aucun doute, compter sur le soutien de l`UA, ainsi que sur mon engagement personnel.»
La nomination pour la première fois d'une femme à ce poste pourrait être un facteur véritable d'émancipation politique pour les femmes et donc de libération du continent, si Nkosazana Dlamini-Zuma accepte d'élargir la base du débat sur les femmes africaines en y intégrant les enjeux globaux qui nous sont dissimulées.

Notre triste statut d’otages

Le Mali est un pays à la fois agressé, humilié et pris en otage par des acteurs politiques et institutionnels qui n'ont aucun compte à nous rendre, à commencer par la Cédéao. L'une des traductions de cette réalité est l'énorme pression exercée sur ce qui reste de l'État malien.
Le Président par intérim, Dioncounda Traoré, est le premier des otages maliens. S’il a cru devoir rappeler, le 19 octobre 2012, lors de la réunion du groupe de soutien et de suivi de la situation de notre pays, qu’il n’est pas un président pris en otage, c’est précisément parce qu’il l’est.
Sinon il n’aurait pas répété à trois reprises, le 21 septembre 2012, la veille de l’anniversaire de l’indépendance de notre pays qu’il privilégie le dialogue et la concertation, et demandé aux Nations Unies, trois jours plus tard, une intervention militaire internationale immédiate.
«J’ai conscience d’être le président d’un pays en guerre mais le premier choix est le dialogue et la négociation. Le deuxième choix est le dialogue et la négociation et», insiste-il « le troisième choix demeure le dialogue et la négociation.  Nous ferons la guerre si nous n’avons pas d’autre choix… », a-t-il déclaré dans son discours à la nation avant de changer d’avis.
Au-delà du président intérimaire, nous sommes tous des otages prisonniers d'un système économique et politique inégalitaire et injuste qui excelle dans l'art de briser les résistances à coup de chantage au financement. La suppression de l'aide extérieur se traduit cette année 2012 par un manque à gagner de 429 Milliards de francs CFA. La quasi totalité des investissements publics sont suspendus.
La fermeture de nombreuses entreprises a occasionnée licenciements et chômage technique pour des dizaines de milliers de travailleurs alors que les prix des denrées alimentaires continuent de flamber. Les pertes les plus importantes sont enregistrées dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics.

Paix et intégrité territoriale

Le tourisme, l'artisanat, l'hôtellerie et la restauration, qui subissaient depuis 2008 les conséquences de l'inscription du Mali sur la liste des pays à risques, sont gravement affectés alors qu'ils constitutuaient des sources de revenus substantiels pour les régions aujourd'hui occupées, notamment celle de Tombouctou.
Référence est faite au statut d'otage non point pour dédramatiser l'épreuve insupportable des otages européens et de leurs familles mais pour rappeler l’égale gravité de la situation de tous les êtres humains piégés dans des systèmes dont ils ne sont pas personnellement responsables.
La question est toutefois de savoir comment agir de telle sorte que notre pays retrouve son intégrité territoriale et la paix, et que les six Français détenus par Aqmi retrouvent leurs familles sains et saufs, sans que ces libérations n’ouvrent la voie à une intervention militaire qui mettrait en péril la vie des centaines de milliers d'habitants du Nord Mali qui sont autant d'otages (...)
Nous demandons à toutes celles et à tous ceux qui partagent notre approche d'interpeller immédiatement les principaux acteurs de la communauté internationale, par écrit ou sous toutes autres formes d’expression, en plaidant pour que le Conseil de Sécurité n'adopte pas une résolution autorisant le déploiement de milliers de soldats au Mali.

Signataires :Aminata D. TRAORE ; SISSOKO Safi  SY ; SANOGO Sylvie KONE ; IMBO Mama SY ;  Kadiatou TOURE ;  TRAORE Sélikèné SIDIBE(Vieux) ;  DICKO Rokia SACKO ; Ténin  DIAKITE ;  DOUMBIA Fanta DIALLO ;  KONE Mamou TOURE ;  TRAORE Sarata SANOGO ;  TRAORE Penda DIALLO ; DIABATE Kadiatou KOUYATE ; Aminata BOCOUM ; Oumou KODIO ;  Assatou KAREMBE ; Awa KOÏTA ; Aminata DOUMBIA ; Fatoumata COULIBALY ; Badji BOIRE ; Awa TOURE ; Bintou KONE ; Fatoumata MARIKO ; Mariam KONE ; Minata DIARRA ; Oumou KEITA ; Kadiatou DIALLO ; Kankou KONE ; Rokia NIARE ; Kadia DJIRE ; Ada NANTOUMA ; Awa COULIBALY ; Soungoura DOUMBIA ; Fanta KANTE ; Safiatou COULIBALY ; Djaba TANGARA ; KONE Mama DIARRA ; Ismael DIABATE ; Karamoko BAMBA; Doumbi FAKOLY; Coumba SOUKO ;  Clariste SOH-MOUBE ; Nathalie M’Dela-Mounier ;
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