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samedi 10 janvier 2015

La stratégie du « choc des civilisation » a été conçue à Tel-Aviv et à Washington



L’idéologie et la stratégie des Frères musulmans, d’Al-Qaïda et de Daesh ne préconise pas de créer de guerre civile en « Occident », mais au contraire de la créer en « Orient » et de séparer hermétiquement les deux mondes. Jamais Saïd Qotb, ni aucun de ses successeurs, n’ont appelé à provoquer d’affrontement entre les musulmans et les non-musulmans chez ces derniers.
Au contraire, la stratégie du « choc des civilisations » a été formulée par Bernard Lewis pour le Conseil de sécurité nationale états-unien, puis vulgarisée par Samuel Huntington non plus comme une stratégie de conquête, mais comme une situation prévisible [1]. Elle visait à persuader les populations membres de l’Otan d’un affrontement inévitable qui prit préventivement la forme de la « guerre au terrorisme ».
Ce n’est pas au Caire, à Riyad ou à Kaboul que l’on prône le « choc des civilisations », mais à Washington et à Tel-Aviv.
Les commanditaires de l’attentat contre Charlie Hebdo n’ont pas cherché à satisfaire des jihadistes ou des talibans, mais des néo-conservateurs ou des faucons libéraux.
N’oublions pas les précédents historiques.
Nous devons nous souvenir qu’au cours des dernières années, nous avons vu les services spéciaux états-uniens ou de l’Otan
Description : - tester en France les effets dévastateurs de certaines drogues sur des populations civiles [2] ;
Description : - soutenir l’OAS pour tenter d’assassiner le président Charles De Gaulle [3] ;
Description : - procéder à des attentats sous faux drapeau, contre des civils, dans plusieurs États membres de l’Otan [4].
Nous devons nous souvenir que, depuis le démembrement de la Yougoslavie, l’état-major états-unien a expérimenté et mis en pratique dans de très nombreux pays sa stratégie des « combats de chiens ». Elle consiste à tuer des membres de la communauté majoritaire, puis des membres des minorités en renvoyant les responsabilités dos-à-dos jusqu’à ce que chacun soit convaincu d’être en danger de mort. C’est de cette manière que Washington a provoqué la guerre civile aussi bien en Yougoslavie que dernièrement en Ukraine [5].
Les Français seraient bien avisés de se souvenir également que ce ne sont pas eux qui ont pris l’initiative de la lutte contre les jihadistes revenant de Syrie et d’Irak. À ce jour d’ailleurs, aucun d’entre eux n’a commis le moindre attentat en France, le cas de Mehdi Nemmouche n’étant pas celui d’un terroriste solitaire, mais d’un agent chargé d’exécuter à Bruxelles deux agents du Mossad [6] [7]. C’est Washington qui a convoqué, le 6 février 2014, les ministres de l’Intérieur de l’Allemagne, des États-Unis, de la France (M. Valls s’est fait représenter), de l’Italie, de la Pologne et du Royaume-Uni pour faire du retour des jihadistes européens une question de Sécurité nationale [8]. Ce n’est qu’après cette réunion que la presse française a abordé ce sujet, puis que les autorités ont commencé à réagir.
John Kerry s’est exprimé pour la première fois en français pour adresser un message aux Français. Il dénonce une attaque contre la liberté d’expression (alors que son pays n’a cessé depuis 1995 de bombarder et de détruire les télévisions qui lui faisaient ombrage en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak et en Libye) et célèbre la lutte contre l’obscurantisme.
Nous ignorons qui a commandité cette opération professionnelle contre Charlie Hebdo, mais nous ne devrions pas nous emballer. Nous devrions considérer toutes les hypothèses et admettre, qu’à ce stade, son but le plus probable est de nous diviser ; et ses commanditaires les plus probables sont à Washington.
Sur le même sujet, lire : « Selon McClatchy, Mohammed Mehra et les frères Kouachi seraient liés aux services secrets français », Réseau Voltaire, 9 janvier 2015.
[1] « La "Guerre des civilisations" », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juin 2004.
[2] « Quand la CIA menait des expériences sur des cobayes français », par Hank P. Albarelli Jr., Réseau Voltaire, 16 mars 2010.
[3] « Quand le stay-behind voulait remplacer De Gaulle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 septembre 2001.
[4] « Les Armées Secrètes de l’OTAN », par Daniele Ganser, éd. Demi-Lune. Disponible par chapitre sur le site du Réseau Voltaire.
[5] « Le représentant adjoint de l’ONU en Afghanistan est relevé de ses fonctions », « Washington peut-il renverser trois gouvernements à la fois ? », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie), Réseau Voltaire, 23 février 2014.
[6] « L’affaire Nemmouche et les services secrets atlantistes », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie), Réseau Voltaire, 9 juin 2014.
[7] On objectera les affaires Khaled Kelkal (1995) et Mohammed Mehra (2012). Deux cas de « loups solitaires » liés à des jihadistes ; mais ni à la Syrie, ni à l’Irak. Malheureusement, tous deux furent exécutés en opération par les Forces de l’ordre de sorte qu’il est impossible de vérifier les théories officielles.

samedi 31 août 2013

Intervention militaire en Syrie : la stratégie du chaos

Par Marc Vandepitte, investig'action, 29/8/2013

Ces jours-ci, l'opinion publique est travaillée au corps en vue d'une intervention militaire en Syrie. Une telle intervention était dans l'air depuis un bon moment. La question est de savoir pourquoi elle arrive à ce moment-ci et surtout, quel est son objectif. Tentative de réponse par Marc Vandepitte.

 

Chronique d'une intervention annoncée
La stratégie élaborée en vue d'intervenir en Syrie était prévisible et en réalité déjà connue. En avril 2012, un haut conseiller de Tony Blair notait déjà la recette d'une telle intervention. Il était important que l'armée ou le gouvernement outrepasse une limite qui soit intolérable pour l'opinion publique étrangère. Quatre mois plus tard, en août 2012, Obama indiquait quelle serait cette limite : l'usage d'armes chimiques ou biologiques. http://www.dewereldmorgen.be/artike... http://edition.cnn.com/2012/08/20/w...

La menace a été brandie avec la régularité d'un métronome, mais elle ne s'est jamais concrétisée. A la mi-juin Washington affirmait pour la première fois disposer des preuves de l'utilisation d'armes chimiques par l'armée syrienne. Sur base de cette prétendue preuve – qui n'est jamais venue – un appui militaire plus important a été promis aux rebelles. http://www.theguardian.com/world/20...

Aujourd'hui il n'y a pas davantage de preuve et on peut douter que l'armée syrienne ait procédé à une attaque chimique. A ce propos, Stratford, un groupe de réflexion et d'information privé très proche de l’administration étatsunienne, déclare : « Assad est un homme impitoyable. Il n'hésiterait pas à utiliser des armes chimiques si c'était nécessaire. Mais c'est aussi un homme très rationnel. Il se servirait d'armes chimiques uniquement si c'était la seule option qui lui reste. En ce moment on voit difficilement quelle situation désespérée l'aurait poussé à user d'armes chimiques et à risquer le pire. Ses adversaires sont tout aussi impitoyables et on peut imaginer qu'ils utilisent des armes chimiques pour forcer les Etats-Unis à intervenir et à renverser Assad. (…) Il est possible que le nombre de victime soit bien inférieur à ce qui a été allégué. Et il est possible que certaines images aient été falsifiées. Tout cela est possible, mais nous ignorons tout bonnement quelle est la vérité ». http://www.stratfor.com/weekly/obam...

Évidemment, les USA apporteront encore des « preuves ». Mais depuis les « preuves solides » d'armes de destruction massive dans l'Irak de Saddam Hussein, nous savons ce qu'il en est de la crédibilité de la Maison Banche dans ce domaine.

Les raisons de l'intervention
La question n'est pas de savoir si une intervention armée se prépare, car elle existe déjà depuis un certain temps. Dès le début de la guerre civile, les USA sont sur place avec des Unités Spéciales, tout comme ce fut le cas en Libye. Ces Forces Spéciales entraînent les rebelles, fournissent un soutien logistique, surveillent les livraisons d'armes du Qatar et d'Arabie Saoudite et préparent éventuellement une intervention ou des bombardements à grande échelle. http://articles.latimes.com/2013/ju... http://www.economist.com/news/leade...

L'intervention de troupes au sol est peu probable, si cela avait été une option, elle aurait déjà été prise depuis longtemps. Le Pentagone se rend parfaitement compte que l'armée syrienne est un adversaire redoutable et qu'un nouvel échec après l'Afghanistan et l'Irak paraît inconcevable. http://www.stratfor.com/analysis/sy...

Il semble plutôt qu'il s'agira d'une attaque de missiles, prétendument pour punir l'armée syrienne d'avoir utilisé des armes chimiques, afin de prévenir toute répétition à l'avenir. Un autre objectif serait de détruire l'arsenal d'armes chimiques. http://www.stratfor.com/analysis/us...

Tout cela paraît peu convaincant. La formulation de ces objectifs doit servir à amadouer l'opinion publique et à légitimer une entrée en scène militaire. Les véritables raisons de l'opération militaire, il faut plutôt les chercher dans les dernières évolutions de la guerre civile. Deux choses sont importantes : d'une part le nouveau rapport de forces entre l'armée et les rebelles, et d'autre part l'évolution du rapport des forces au sein des milices.

Commençons par le second point. Les djihadistes ont peu à peu pris la main au sein des milices. Les milices les plus « efficaces » sont à présent liées à Al-Qaeda. Si Assad est chassé du pouvoir, la Syrie risque donc de tomber aux mains d'un régime islamiste ultra-radical. C'est une option exclue par les USA et plus encore par le voisin israélien. Cela signifie que pour Washington, Assad est actuellement le moindre mal et que sa liquidation, dans les circonstances actuelles, n'est pas souhaitée. Mais cela ne veut pas dire qu'ils veuillent laisser Assad agir à sa guise, au contraire. http://www.dewereldmorgen.be/artike...

Ce qui nous amène à la seconde raison. Avec le soutien de l'Iran et du Hezbollah, l'armée syrienne a repris pas mal de terrain aux milices ces derniers mois. Cette progression n'est pas terminée et il apparaît que l'armée syrienne a trouvé son second souffle. C'est pourquoi Obama a commencé à parler d'armes chimiques dès début juin, conjointement avec une promesse de fourniture d'armes plus lourdes et en plus grand nombre aux milices.

Il est peu probable qu'Assad puisse frapper un coup décisif contre les milices à bref délai, mais sa position n'en est pas moins renforcée et la tendance semble se maintenir. Lors d'éventuels pourparlers de paix, Assad pourrait donc faire pencher la balance en sa faveur. Ce qui n'est pas du goût des Etats-Unis. Ils tolèrent peut-être Assad comme le moindre mal, mais certainement pas comme le plus fort. Aussi les bombardements ne sont pas destinés à écraser l'armée syrienne mais bien à l'affaiblir suffisamment.

L'échec des guerres en Irak et en Afghanistan montre clairement que les Etats-Unis ne sont désormais plus capables de modeler le Moyen-Orient à leur guise. Comme ils risquent de perdre de plus en plus leur emprise, ils raisonnent en ces termes : « si nous ne pouvons pas le contrôler nous-mêmes, alors, personne d'autre ne le peut ». C'est bien ce qu'on peut qualifier de stratégie du chaos. http://www.michelcollon.info/spip.p...;;ref=chaos&lang=fr

Traduit par Anne Meert pour Investig'Action
Source : Investig'Action - michelcollon.info

dimanche 27 janvier 2013

Quelle guerre mène la France au Mali ? conférence-débat à Toulouse

Jeudi 14 février à 20H30, salle Duranti,


6 rue du lieutenant colonel Pelissier, Toulouse (Métro Capitole).


L’Université Populaire de Toulouse, l’association Survie MP, les Amis du Monde Diplomatique, avec le soutien d’organisations de solidarités internationales, vous invitent à la
 Conférence-débat : 

Quelle guerre mène la France au Mali ?


Avec quelles conséquences ?


 

Avec



Bernard Dreano, président du centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale (CEDETIM) et membre fondateur du réseau international Helsinki Citizens’ Assembly (représenté en France par l’Assemblée européenne des citoyens). Il est l’auteur de La perle et le colonel, réflexions sur les révolutions arabes, éditions Non Lieu, 2011. Il participe au conseil international du Forum social mondial (FSM) dont la prochaine rencontre à lieu à Tunis du 26 au 30 mars2013 

Danyel Dubreuil, salarié de l’association Survie, qui depuis 1984 lutte pour un changement dans la politique de la France en Afrique, basée sur le respect de la souveraineté des peuples. Il est par ailleurs un des animateurs du réseau "Areva ne fera pas la loi au Niger". 
 

 
  Quelle guerre mène la France au Mali ? Avec quelles conséquences ?

Une opération militaire ponctuelle pour stopper l’offensive des jihadistes ? Beaucoup plus ambitieuse pour les « éradiquer » du Sahara ? Partie prenante d’une nouvelle version de la « guerre globale contre le terrorisme » ?

Une opération militaire pour permettre au Mali de recouvrer son intégrité territoriale ou une participation à une guerre civile contre les minorités arabo-touarègues ?

Une opération politico-militaire pour rétablir un État malien défaillant ? Ou pour assurer la stabilité dans la région et protéger l’accès au ressources naturelles stratégiques (en particulier l’uranium exploité au Niger et exploitable au Nord Mali) ?

Le Mali, présenté longtemps comme un « miracle démocratique », était en crise, l’Etat en déconfiture, le pays en ruine, la corruption galopante. Une situation résultant pour une bonne part des pressions externes et « ajustements » imposés par les Occidentaux, à commencer par les Français. La question des populations sahariennes minoritaires et marginalisées, largement une conséquence de la colonisation, est restée sans solution après l’échec des accords de paix des années 90 au Nord Mali et la reprise des révoltes. La situation de ces populations s’est encore aggravée avec l’arrêt brutal des subsides versés par Kadhafi et l’arrivée de ses anciens « légionnaires » et de leurs armes.

Mais dans ce contexte, pourquoi et comment les jihadistes ont-ils pu gagner de telles capacités ?

Les exactions des jihadistes et la menace qu’ils peuvent représenter pour l’ensemble des populations du Mali expliquent pourquoi, en majorité, les Maliens soutiennent l’intervention française (et notamment la grande majorité des Maliens résident en France).

Faut-il pour autant donner carte blanche l’armée française et aux forces de la CEDEAO ? Et quel rôle joue l’Algérie (et son allié américain) ?

Il est certain, dans ce contexte, que l’opération « Serval » ne pourra pas se limiter à une guerre éclair où les blindés Sagaies et des Rafales français liquident les Toyota jihadistes comme dans un jeu vidéo.

Mais quelle seront les conséquences d’une guerre prolongée ? Dans les pays du Sahel ? Dans les pays du Maghreb ? En Europe et en particulier en France. Et que peut on faire pour soutenir les Maliens et les peuples de la région, revenir à la paix ?


jeudi 17 janvier 2013

Mali : communiqué du Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA)

PARIS (SIWEL) — Dans un communiqué daté du 12 janvier, le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA), bien que soutenant les opérations militaires contre les groupes terroristes, alerte la communauté internationale que l'intervention armée étrangère ne devrait pas autoriser l'armée malienne à franchir la ligne de démarcation entre l'Azawad et le Mali, avant un règlement politique du conflit entre les Touaregs et les Maliens.


Bilal Ag Acherif, Secrétaire général du MNLA et Président du CTEA. (PH/DR)
Bilal Ag Acherif, Secrétaire général du MNLA et Président du CTEA. (PH/DR)
Ci-dessous, la déclaration dans son intégralité :

 Le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA) alerte la communauté internationale que l'intervention armée étrangère contre les groupes terroristes ne devrait pas autoriser l'armée malienne à franchir la ligne de démarcation entre l'Azawad et le Mali, avant un règlement politique du conflit entre lui et le Mali.


Dans ce contexte, le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad participera dans la réussite des opérations contre les groupes terroristes, et la réduction du nombre de victimes civiles innocentes.

Nous demandons que la population civile ne soit pas victime de cette intervention armée et de la confusion entre elle et les terroristes.

Nous notons que le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad a toujours respecté ses engagements, y compris la cessation des opérations militaires entre lui et l'armée malienne, et reste prêt à la négociation.
.
Le 12/01/2013
Tinzaouatène./ Azawad
Bilal Ag Achérif
Secrétaire général du Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA)
Président du Conseil de Transition de l’État de l'Azawad (CTEA)