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samedi 31 août 2013

Intervention militaire en Syrie : la stratégie du chaos

Par Marc Vandepitte, investig'action, 29/8/2013

Ces jours-ci, l'opinion publique est travaillée au corps en vue d'une intervention militaire en Syrie. Une telle intervention était dans l'air depuis un bon moment. La question est de savoir pourquoi elle arrive à ce moment-ci et surtout, quel est son objectif. Tentative de réponse par Marc Vandepitte.

 

Chronique d'une intervention annoncée
La stratégie élaborée en vue d'intervenir en Syrie était prévisible et en réalité déjà connue. En avril 2012, un haut conseiller de Tony Blair notait déjà la recette d'une telle intervention. Il était important que l'armée ou le gouvernement outrepasse une limite qui soit intolérable pour l'opinion publique étrangère. Quatre mois plus tard, en août 2012, Obama indiquait quelle serait cette limite : l'usage d'armes chimiques ou biologiques. http://www.dewereldmorgen.be/artike... http://edition.cnn.com/2012/08/20/w...

La menace a été brandie avec la régularité d'un métronome, mais elle ne s'est jamais concrétisée. A la mi-juin Washington affirmait pour la première fois disposer des preuves de l'utilisation d'armes chimiques par l'armée syrienne. Sur base de cette prétendue preuve – qui n'est jamais venue – un appui militaire plus important a été promis aux rebelles. http://www.theguardian.com/world/20...

Aujourd'hui il n'y a pas davantage de preuve et on peut douter que l'armée syrienne ait procédé à une attaque chimique. A ce propos, Stratford, un groupe de réflexion et d'information privé très proche de l’administration étatsunienne, déclare : « Assad est un homme impitoyable. Il n'hésiterait pas à utiliser des armes chimiques si c'était nécessaire. Mais c'est aussi un homme très rationnel. Il se servirait d'armes chimiques uniquement si c'était la seule option qui lui reste. En ce moment on voit difficilement quelle situation désespérée l'aurait poussé à user d'armes chimiques et à risquer le pire. Ses adversaires sont tout aussi impitoyables et on peut imaginer qu'ils utilisent des armes chimiques pour forcer les Etats-Unis à intervenir et à renverser Assad. (…) Il est possible que le nombre de victime soit bien inférieur à ce qui a été allégué. Et il est possible que certaines images aient été falsifiées. Tout cela est possible, mais nous ignorons tout bonnement quelle est la vérité ». http://www.stratfor.com/weekly/obam...

Évidemment, les USA apporteront encore des « preuves ». Mais depuis les « preuves solides » d'armes de destruction massive dans l'Irak de Saddam Hussein, nous savons ce qu'il en est de la crédibilité de la Maison Banche dans ce domaine.

Les raisons de l'intervention
La question n'est pas de savoir si une intervention armée se prépare, car elle existe déjà depuis un certain temps. Dès le début de la guerre civile, les USA sont sur place avec des Unités Spéciales, tout comme ce fut le cas en Libye. Ces Forces Spéciales entraînent les rebelles, fournissent un soutien logistique, surveillent les livraisons d'armes du Qatar et d'Arabie Saoudite et préparent éventuellement une intervention ou des bombardements à grande échelle. http://articles.latimes.com/2013/ju... http://www.economist.com/news/leade...

L'intervention de troupes au sol est peu probable, si cela avait été une option, elle aurait déjà été prise depuis longtemps. Le Pentagone se rend parfaitement compte que l'armée syrienne est un adversaire redoutable et qu'un nouvel échec après l'Afghanistan et l'Irak paraît inconcevable. http://www.stratfor.com/analysis/sy...

Il semble plutôt qu'il s'agira d'une attaque de missiles, prétendument pour punir l'armée syrienne d'avoir utilisé des armes chimiques, afin de prévenir toute répétition à l'avenir. Un autre objectif serait de détruire l'arsenal d'armes chimiques. http://www.stratfor.com/analysis/us...

Tout cela paraît peu convaincant. La formulation de ces objectifs doit servir à amadouer l'opinion publique et à légitimer une entrée en scène militaire. Les véritables raisons de l'opération militaire, il faut plutôt les chercher dans les dernières évolutions de la guerre civile. Deux choses sont importantes : d'une part le nouveau rapport de forces entre l'armée et les rebelles, et d'autre part l'évolution du rapport des forces au sein des milices.

Commençons par le second point. Les djihadistes ont peu à peu pris la main au sein des milices. Les milices les plus « efficaces » sont à présent liées à Al-Qaeda. Si Assad est chassé du pouvoir, la Syrie risque donc de tomber aux mains d'un régime islamiste ultra-radical. C'est une option exclue par les USA et plus encore par le voisin israélien. Cela signifie que pour Washington, Assad est actuellement le moindre mal et que sa liquidation, dans les circonstances actuelles, n'est pas souhaitée. Mais cela ne veut pas dire qu'ils veuillent laisser Assad agir à sa guise, au contraire. http://www.dewereldmorgen.be/artike...

Ce qui nous amène à la seconde raison. Avec le soutien de l'Iran et du Hezbollah, l'armée syrienne a repris pas mal de terrain aux milices ces derniers mois. Cette progression n'est pas terminée et il apparaît que l'armée syrienne a trouvé son second souffle. C'est pourquoi Obama a commencé à parler d'armes chimiques dès début juin, conjointement avec une promesse de fourniture d'armes plus lourdes et en plus grand nombre aux milices.

Il est peu probable qu'Assad puisse frapper un coup décisif contre les milices à bref délai, mais sa position n'en est pas moins renforcée et la tendance semble se maintenir. Lors d'éventuels pourparlers de paix, Assad pourrait donc faire pencher la balance en sa faveur. Ce qui n'est pas du goût des Etats-Unis. Ils tolèrent peut-être Assad comme le moindre mal, mais certainement pas comme le plus fort. Aussi les bombardements ne sont pas destinés à écraser l'armée syrienne mais bien à l'affaiblir suffisamment.

L'échec des guerres en Irak et en Afghanistan montre clairement que les Etats-Unis ne sont désormais plus capables de modeler le Moyen-Orient à leur guise. Comme ils risquent de perdre de plus en plus leur emprise, ils raisonnent en ces termes : « si nous ne pouvons pas le contrôler nous-mêmes, alors, personne d'autre ne le peut ». C'est bien ce qu'on peut qualifier de stratégie du chaos. http://www.michelcollon.info/spip.p...;;ref=chaos&lang=fr

Traduit par Anne Meert pour Investig'Action
Source : Investig'Action - michelcollon.info

mardi 25 septembre 2012

Syrie : une ONG dénonce d'"épouvantables violences" contre les enfants

 

 L'organisation internationale de défense des enfants Save the Children publie un recueil de témoignages d'enfants syriens, témoins de meurtres, tortures et autres atrocités et traumatisés par le conflit qui secoue le pays depuis 18 mois.

Par FRANCE 24 (vidéo), 25/9/2012

L'ONG Save the children, basée au Royaume-Uni, a recueilli des "témoignages choquants" dans des camps de réfugiés aux frontières de la Syrie, montrant que "des enfants ont vu mourir leurs parents, frères, sœurs et d'autres enfants, ou ont été témoins voire victimes de tortures".
"Des actes de violences épouvantables sont commis contre les enfants en Syrie. Ces enfants ont besoin de soins spécialisés pour essayer de se remettre de ces expériences horribles", a estimé Jasmine Whitbread, dirigeante de Save the Children International.
Depuis le début du soulèvement contre le régime de Bachar al-Assad, qui s'est militarisé face à la répression, 2 000 enfants ont été victimes des violences, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).
Lundi, au moins 12 enfants ont péri dans les violences qui ont secoué la Syrie. Au total, 116 personnes ont été tuées -69 civils, 29 soldats et 18 rebelles.
Mardi, une fillette a été tuée à l'aube par des tirs des forces syriennes sur la route nationale entre Damas et Alep, deuxième ville du pays, selon l'OSDH.

Le conflit syrien au cœur de l’Assemblée générale
 à l’ONU
De violents combats entre soldats syriens et rebelles ont continué de secouer plusieurs régions de la Syrie, mardi. La situation désespérée du pays, en proie à un interminable conflit depuis un an et demi, sera débattue lors de la 67e session de l’Assemblée générale de l'ONU qui débute à New York. Des dizaines de chefs d'État, dont le président américain Barack Obama, y sont attendus.
L'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe Lakhdar Brahimi, de retour de Syrie, a qualifié lundi, devant le Conseil de sécurité de l'ONU, la situation d'"extrêmement grave" estimant qu'elle se détériorait de jour en jour.
"Il n'y a pas de progrès en vue aujourd'hui ou demain" pour un règlement du conflit, a-t-il lancé, faisant état d'une crise alimentaire croissante, et de prisonniers subissant des "formes médiévales de torture", dans un discours pessimiste reflétant la situation sur le terrain.
Depuis le début du conflit syrien en mars 2011, 27 000 personnes ont trouvé la mort.

FRANCE 24 avec AFP

jeudi 12 juillet 2012

Syrie : l’incroyable aveu de Laurent Fabius

Par Pierre Levy - Blogueur associé, marianne2 ,11/7/2012

 Selon les déclarations du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, les grandes puissances préparent déjà l'après El Assad. Elles ont même réfléchi à trouver un successeur au président syrien, au mépris de la souveraineté du peuple. Pierre Levy «se frotte les yeux». 

Chaussures, bagages et valises de luxe. Voilà quelques-uns des articles que les Vingt-sept ont placés sous embargo à travers la énième vague de sanctions contre Damas. On aurait presque envie d’en rire (on avait en effet cru comprendre que les dirigeants européens souhaitaient la fuite du président syrien) si la situation n’était si tragique. Cette énumération surréaliste (figurent également cigares, caviar, eau de vie et bijoux…) illustre l’insondable suffisance qui domine à Bruxelles, où l’on semble considérer Bachar el-Assad comme une marionnette s’accrochant au pouvoir pour le plaisir de «massacrer son propre peuple» entre deux orgies. 

 En tout cas, on peut être rassuré sur un point : la propagande de guerre n’a rien perdu de son allant. Ainsi la BBC (modèle de rigueur journalistique, dit-on) a-t-elle mis à la une de son site la photo d’un massacre syrien… prise quelques années plus tôt en Irak. Quant à la tuerie d’Houla – des familles entières achevées à l’arme blanche – qui a été présentée comme un «tournant dans l’horreur», ses auteurs ne semblent pas être les affidés du président, mais bien ses adversaires armés ; c’est en tout cas ce qu’indiquent les indices et témoignages recueillis par un reporter chevronné, et publiés dans le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung , qui ne passe pas pour être un suppôt du président Assad. 

 Le régime de ce dernier serait-il alors blanc comme neige ? Certes non. Mais cela est l’affaire du peuple syrien, qui semble loin d’être majoritairement acquis à l’opposition. En réalité, les souffrances de celui-ci sont bien la dernière des préoccupations des chancelleries : celles-ci tentent de déstabiliser la Syrie afin d’affaiblir l’Iran, contre qui l’étranglement économique vient de monter d’un cran. Pour l’heure, une intervention armée directe n’est pas à l’ordre du jour : Moscou et Pékin semblent cette fois décidés à garantir le principe de non-ingérence, seul fondement d’un ordre international qui ne soit pas la loi du plus fort. Et quand bien même ce verrou sauterait, il n’est pas certain qu’une invasion soit envisagée avec enthousiasme par les alliés atlantiques, tant le terrain est miné. Ce qui n’empêche nullement les livraisons d’armes occidentales, ainsi que la présence de forces spéciales (notamment sous couvert qatari et saoudien) aidant les rebelles armés, qui multiplient les attentats. 

 «Un pouvoir doit avoir un successeur» 

Le ministre français des Affaires étrangères assume un soutien officiel à la rébellion, confirmant en la matière la parfaite continuité entre les deux locataires successifs de l’Elysée. Mais Laurent Fabius ne s’en tient pas là. Appelant à ce que «le tyran (soit) dégagé au plus tôt», il a précisé au micro de France Inter : «un pouvoir doit avoir un successeur ; donc il y a des discussions très précises et très difficiles». On se frotte les yeux : pour la première fois ouvertement, un responsable avoue que les grandes puissances entendent non seulement abattre un régime, mais choisir qui le remplacera. Le plus extraordinaire est qu’une telle déclaration soit passée quasiment inaperçue, comme s’il s’agissait d’une chose finalement très naturelle. Après tout, n’étaient-ce pas déjà Bruxelles, Berlin et Paris qui avaient organisé la mise à pied de l’Italien Berlusconi et du Grec Papandréou, puis nommément introduit leurs successeurs ? Plus discrètement, un double règlement européen (baptisé «pack de deux») est actuellement en discussion entre le Conseil et le parlement européens, qui permettrait de placer directement sous tutelle (et sans son aval) un pays qui se montrerait incapable d’«assainir» suffisamment ses finances publiques. La banalisation, en quelque sorte, de l’expropriation politique que subissent Grecs, Portugais et Irlandais. La raison d’être des empires a toujours été d’imposer leurs choix. En cette ère postmoderne, les armes, selon les circonstances, sont celles des services spéciaux ou de l’Otan ; ou bien de la BCE, de la Commission et du FMI. On n’en a décidément pas fini avec les derniers des Troïkans.