Chers amis lecteurs de solidmar,

Solidmar est fatigué ! Trop nourri ! En 8 ans d’existence il s’est goinfré de près de 14 000 articles et n’arrive plus à publier correctement les actualités. RDV sur son jumeau solidmar !

Pages

Affichage des articles dont le libellé est MUJAO. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est MUJAO. Afficher tous les articles

lundi 24 novembre 2014

Le Maroc est à l'origine du MUJAO selon l'Armée Française


 
Le Maroc a décidé, depuis que la communauté internationale lui a imposé les bons offices du diplomate américain chevronné Christopher Ross en tant qu’Envoyé Personnel du Secrétaire Général des Nations Unies pour le Sahara Occidental, d’utiliser tous les moyens en vue de s’affirmer en partenaire incontournable de la lutte anti-terroriste à un moment où sa réputation a été sévèrement atteinte par plusieurs éléments conjoncturels :
- Le trafic de cannabis, dont les barons agissent sous les ordres du Makhzen, devenu l’une des principales sources de financement des terroristes d’Al-Qaida installés au Mali.
- L’échec du dénommé plan d’autonomie qui n’a pas été avalé par la communauté internationale qui demeure attaché au droit international et aux résolutions onusiennes, à savoir le principe d’autodétermination pour le Sahara Occidental en tant que territoire non-autonome.
- La peur de perdre le contrôle des ressources de l’ancienne colonie espagnole, seul moyen lui permettant de concurrencer l’Algérie au niveau de leadership régional.
- Les violations graves des droits de l’homme dans les territoires occupés du Sahara Occidental dont il a fait une prison à ciel ouvert verrouillée aux étrangers. 
- L’affirmation de l’Algérie en tant que puissance militaire, économique et son rôle stratégique accru.
- L’étalage en public du linge sale du royaume par le cousin du roi Mohammed VI, le prince Hicham El Alaoui
- Les câbles Wikileaks qui ont dévoilé l’implication dans le trafic de cannabis de hautes personnalités de l’entourage du palais royal ainsi que les déclarations d’un ex-agent des services secrets marocains, Hicham Bouchti, au journal Echourouk.
Les autorités marocaines jouissent d’une longue expérience en matière d’instrumentalisation de la menace terroriste, un sujet sensible aux yeux des puissances occidentales. La situation de chaos au Mali leur offre l’occasion. La situation économique et sociale en Mauritanie permet aux éléments de la DGED marocaine d’agir avec facilité. Depuis Nouakchott, les agents du Maroc multiplient les attaques contre le Front Polisario et l’Algérie. Certains sites mauritaniens parlent de « collusion » du mouvement sahraoui avec les organisations terroristes au Mali. 
L’attaque contre les camps sahraouis et la naissance du MUJAO
Le 23 octobre 2011, un groupe de terroristes attaque la localité de Rabouni, capitale administrative du Front Polisario et enlève deux coopérants espagnols et une italienne. Le relais marocain au Mali, le correspondant de l’AFP à Bamako, Serge Daniel s’acharne sur le mouvement sahraoui dans la période de suspense en attendant que les ravisseurs dévoilent leur identité et leurs revendications. La ministre des affaires étrangères espagnole, Trinidad Jimenez débarque à Rabat deux jours après l’enlèvement pour demander l’aide des autorités marocaines. Malgré que l’incident a eu lieu sur des terres algériennes. Elle semble soupçonner le Maroc d’être derrière l’opération terroriste. Des soupçons partagés par les responsables sahraouis.
Les ravisseurs vont entretenir le suspense pendant deux semaines. Ensuite c’est un mystérieux Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) qui va en revendiquer la responsabilité. Un mouvement qui a signé son acte de naissance avec son attaque contre la maison d’accueil de Rabouni où logent les coopérants étrangers chargés de suivre les programmes d’aide aux camps des réfugiés sahraouis. Il va se distinguer des autres organisations terroristes activant sur le territoire malien par son acharnement sur l’Algérie dont il fera sa cible principale. Son nom indique l’Afrique de l’Ouest mais son GPS est coincé sur le Nord et plus précisément sur l’Algérie. Les attentats (à Tindouf le 23 octobre 2011, à Tamanrasset le 3 mars 2012, à Ouargla le 29 juin 2012 et surtout du kidnapping de sept diplomates algériens à Gao, en avril 2012), les sorties et attaques médiatiques visant l’Algérie et le Polisario et dont le MUJAO a fait son cheval de bataille, ne laissent aucun doute sur le rôle des services secrets marocains.
Et comme par hasard, le père fondateur de ce mouvement, Hammada Ould Mohamed Kheirou, est originaire de la Mauritanie, pays qui procédera le 21 décembre 2011, un mois après l’attaque contre Rabouni, à l’expulsion de Abdelhafid El Bakkali, officier de la DGED marocaine agissant sous couverture de correspondant de la MAP, agence officielle de presse du Maroc. La décision mauritanienne est un message de fermeté face aux agissements devenus embarrassants des éléments de la DGED marocaine. Depuis, les relations entre les deux pays sont limitées à sauver les apparences, en particulier depuis la tentative d’assassinat du président Mohamed Ould Abdelaziz. Au même temps, selon des documents révélés par le hacker marocain Chris Coleman, le journaliste français Vincent Hervouet est chargé par un agent de la DGED, Ahmed Charai, d’élaborer une vidéo contre le Polisario. En effet, dans un mail datant du 7 décembre 2011, Hervouet annonçait à son « employeur » marocain qu’il allait parler, dans son émission, « des kidnappeurs des deux français au Mali qui s’avèrent être bien des types d’AQMI et qui viennent des camps du Polisario ». Leur relais en Mauritanie, Sahara Médias, semble assurer la liaison médiatique avec le groupe terroriste devenant leur porte-parole privilégié.
Le reportage qui accable le Maroc
Réagissant à une dépêche du correspondant de l’AFP à Bamako, Serge Daniel, l’autre relais de la DGED au Mali, l’ancien porte-parole du Ministère des Affaires Etrangères algérien, Amar Belani, avait déclaré : « Il s’agit là d’une grossière entreprise de désinformation, puisque les relais régionaux d’instigation et de repli du MUJAO sont bien connus de tous et ils ne se trouvent pas sur le territoire algérien ». Une allusion claire au Maroc. Une accusation qui se trouve renforcée par les découvertes de l’armée française dans la Vallée de l’Amettetaï et qui a été rapportée par un épisode de l’émission Envoyé Spécial diffusée le 17 octobre 2013 sur la chaîne France 2.
Dans le reportage, les éléments du MUJAO ont pris la fuite avant l’arrivée de l’unité de parachutistes français qui fait le ratissage de la vallée de l’Ametettaï : 
« Après la vallée de l’Amettetaï, les militaires s’attaquent à celle de Terz, plus au sud. Au bout de trois jours de marche les parachutistes du deuxième RED descendent dans la vallée. L’essentiel, le contrôle des points d’eau dans cette région désertique. Les renseignements sont exacts. Les djihadistes étaient bien là, mais ils ont fui. Un premier campement est détruit.
Un bivouac pour une quinzaine de personnel en tapis de sol, couvertures. Donc, on suppose que s’il y a des munitions, ce serait côté sud de l’oued. J’ai un groupe en déplacement là-bas pour faire un point-check.
Un peu plus loin dans l’oued, la fouille commence. Rocher après rocher, cavité après cavité, grotte après grotte, jusqu’à ce que les militaires fassent une découverte : Une série de caches que les militaires mettront plusieurs heures à vider. Au milieu de nulle part du matériel informatique, des disques durs, des composants électroniques et aussi tout un arsenal d’armes de gros calibre. Des canons bitubes, des mitrailleuses de 14,5, des armes lourdes qu’on peut installer sur des pick-up". « J’ai trouvé une dizaine de passeports avec une dizaine de cartes d’identité », annonce un des militaires.
Egypte, Tunisie, et même Canada. Ces passeports, précieuses sources de renseignement prouvent que l’international djihadiste s’est constituée ici une base arrière puissamment armée. Tous ces documents et surtout les GPS trouvés ont permis de retracer une autoroute des djihadistes pour les combattants étrangers ». 
Ici, sur l’écran apparaît une carte qui indique le chemin suivi par les terroristes du Maroc jusqu’au Mali. 
« Le massif de l’Ifoghas mettra des mois à livrer tous ses secrets », souligne le commentateur. En effet, les 400 prisonniers capturés par l’armée française ont sûrement apporté des renseignements précieux qui sont actuellement entre les mains des militaires français. Mais « l’autoroute tracée » à travers le décryptage des GPS ne laisse aucun doute. Les terroristes du MUJAO proviennent bel et bien du Maroc et ses dirigeants sont tous d’anciens trafiquants du cannabis marocain.
Une dépêche du magazine Jeune Afrique en date du 5 septembre 2012 rapporte que « Les services de renseignement français affirment que des armes auraient récemment été livrées, via le Burkina Faso, au Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO) ».
« Du coup, les responsables français se montrent perplexes : comment des camions chargés d'armes pourraient-ils traverser le Burkina sans l'aval des autorités », ajoute le magazine français. Une autre complicité découverte dans le pays de Blaise Compaoré qui se trouve aujourd’hui au Maroc pour échapper à la justice de ses compatriotes.


mercredi 20 août 2014

Aucun Etat ne reconnaît "officiellement" la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental

Par responsable sahraoui, 19/8/2014)

ALGER, 19 août 2014 (SPS)- Aucun Etat au monde ne reconnaît "officiellement" la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, a soutenu mardi à Alger le secrétaire général de l'Union des travailleurs sahraouis, Mohamed Cheikh Lahbib.
       
"Aucun Etat au monde ne reconnaît officiellement la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental..( )...Le Maroc cherche à avoir un pied au Sahel et des frontières dans cette région", a ajouté le responsable sahraoui lors de son intervention au forum d'El-Moudjahid, relevant à ce propos, la politique "expansionniste" du Makhzen.

   
Une politique qui, a-t-il ajouté, représente un "danger" pour la stabilité du Maghreb mais aussi du Sahel eu égard aux visées du Maroc sur cette région, relevant des "agissements" peu rassurants de la part du royaume.
       
Le premier responsable de l'Union des travailleurs sahraouis a rappelé, dans ce cadre, la contribution des services secrets marocains à la création du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO), auteur de l'enlèvement dans un passé récent de ressortissants occidentaux dans les camps des réfugiés sahraouis à Tindouf (Sud-ouest algérien).

       Il a estimé que le Maroc tente d"inonder" l'ensemble des populations de la région de cannabis, dont il est considéré comme étant le fournisseur mondial à hauteur de 82 %, notant l'interférence de ce trafic avec le crime organisé.
       
Dans le chapitre des droits de l'homme, M.Cheikh Lahbib a fait état d'une situation "déplorable" rappelant l'existence de 65 détenus politiques sahraouis dans les geôles marocaines, de 151 prisonniers de guerre et de 500 disparus, auxquels s'ajoute un "black-out" médiatique international pour tenir l'opinion internationale en ignorance des violations des droits de l'homme dans les territoires sahraouis occupés.
   
Plaidant, à ce propos, pour un élargissement des prérogatives de la Mission des Nations-Unies pour le référendum au Sahara occidental (Minurso) aux questions des droits de l'homme, le conférencier a fait savoir que le Maroc "mobilise" tous les moyens à sa portée en vue de faire avorter cette perspective.

      
Cela, a-t-il indiqué, s'explique par deux motivations essentielles, l'une étant que le royaume "craint" sa comdamnation par le Conseil de sécurité de l'ONU, l'autre est liée au règlement intérieur de l'Assemblée générale de l'Organisation onusienne, lequel mentionne l'éventualité d'une "intervention militaire pour secourir une population en danger".

      
"Le Maroc est face à une impasse internationale", a fait observer ohamed Cheikh Lahbib.

      
Abordant la "rumeur" ayant été rapportée par un média marocain relative à la démission de Christopher Ross, de sa fonction d'envoyé spécial de Ban Ki-moon pour le Sahara occidental, l'hôte du quotidien gouvernemental a relevé que le même média n'a pas pris le soin de relayer le démenti officiel de l'ONU à cette information.

      
Tout en espérant une avancée dans la résolution du conflit à l'occasion de la visite annoncée pour octobre prochain de Christopher Ross, le responsable sahraoui, M.Lahbib Cheikh a rappelé la dernière résolution onusienne conviant les deux parties en conflit à trouver une "solution juste et définitive" au dernier cas de décolonisation au continent noir. (SPS)088/700/090

mardi 29 janvier 2013

Réfugiés touaregs du Nord-Mali : « Les habitants au teint clair étaient massacrés »


Dans le camp de réfugiés de M’béra, en Mauritanie, le 3 mai 2012 (ABDELHAK SENNA/AFP)
(De Nouakchott) Après trois jours de marche à travers le Sahel, Habaye Ag Mohamed vient d’arriver au camp de réfugiés de M’béra, en Mauritanie.
Ce commerçant touareg de 48 ans a fui les combats qui faisaient rage à Diabali, au Nord-Mali.
« J’ai tout perdu, les militaires maliens ont tout brûlé : ma maison, mes boutiques… Plus rien ne reste, mais ce qui compte c’est d’être vivant. »
Parti seul, il n’a aucune nouvelle de sa famille restée sur place. D’abord arrêté « sans raison » par des soldats maliens en poste à Diabali, avant l’arrivée des jihadistes et de l’armée française, Habaye Ag Mohamed a été relâché parce qu’il connaissait l’un de ses geôliers.
Peu de temps après, les extrémistes sont arrivés et ont mis l’armée malienne en fuite.
C’est alors qu’un ami soldat en poste à Ségou, ville abritant le commandement militaire pour la zone centre-ouest, lui a conseillé de partir, loin et vite. Surtout avant que les troupes loyalistes ne reviennent dans la ville pour en chasser définitivement les islamistes armés, avec l’aide de l’armée française.
« Cela pouvait me coûter la vie, comme à deux Touaregs qu’ils ont déjà tués à Siribala, près de Niono, en les désignant comme des extrémistes. D’ailleurs, le soldat qui m’a averti, lui-même d’origine touarègue, était en train de déserter sa propre armée par crainte de représailles du fait de son appartenance ethnique. »
Un non-sens, puisque la majorité des populations du Nord-Mali, Touaregs compris, a soutenu l’intervention armée pour chasser les islamistes.

Des jihadistes qui fuient à pied, désarmés

Avec ses seuls vêtements comme bagage, Habaye Ag Mohamed erre aujourd’hui dans le camp de M’Béra, déboussolé comme les 700 autres réfugiés qui arrivent chaque jour, principalement du Nord-Mali.
Car les Touaregs et autres Maures fuient en masse quand bien même leur zone n’a pas encore été délivrée des jihadistes.
Depuis le début de l’offensive voilà treize jours, plus de 6 500 Maliens sont arrivés à M’béra, venant grossir les rangs des 55 000 personnes accueillies depuis le déclenchement de la crise en 2012.
Des membres d’Al Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) et d’Ansar Dine, deux factions jihadistes, ont pris part aux combats à Diabali. Des témoins sur place les ont ensuite aperçus fuyant vers le Nord et l’Est, souvent en voiture, parfois à pied, totalement désarmés.

« Le désert, jonché de voitures calcinées »

« Le désert est jonché de-ci de-là de voitures calcinées ou abandonnées par les jihadistes », témoigne Ibrahim Ag Mohamed, ancien guide touristique à Tombouctou.
Arrivé récemment en Mauritanie, il est « passé par des campements de nomades qui [lui] ont assuré observer continuellement des avions de guerre silencieux, qui ne sont pas des hélicoptères, survoler les étendues désertiques ».
Les populations locales sont étonnées par la précision de ces machines à la pointe de la technologie. Un nomade raconte :
« Nous avons vu un avion tourner en boucle autour du campement pendant plusieurs heures. Nous étions surpris par cette insistance, et des hommes ont remarqué qu’une charrette se trouvait dans un arbuste, pile dans la ligne de mire. L’avion a disparu aussitôt après qu’ils ont déplacé la charrette. »

Possible charnier à Sévaré

Si les Touaregs et autres Maures paniquent et fuient par milliers à l’idée que l’armée malienne arrive dans leur village, c’est aussi parce qu’il y a des antécédents.
Abdourahmane Ag Mohamed El Moctar, est un Touareg malien, réfugié depuis vingt ans en Mauritanie et président de l’Association des réfugiés victimes de la répression de l’Azawad. Il se souvient :
« Je vivais à Diabali. Un jour, l’ordre a été donné d’attaquer le Nord, sous le leitmotiv de “Kokadjié” [le nettoyage, mort aux Blancs, ndlr]. C’est-à-dire que tous les habitants au teint clair comme nous étaient massacrés. »
Son propre frère avait alors été tué par l’armée malienne, victime d’un lynchage sous les yeux de leur mère.
La situation actuelle, pour Abdourahmane Ag Mohamed El Moctar, « c’est l’histoire qui se répète ».
Et le dignitaire de comptabiliser les exécutions sommaires de civils qui lui sont rapportées par ses contacts sur le terrain. Dimanche, un ami de la région de Mopti, au Mali, l’a averti d’un possible charnier :
« A Sévaré, il y a un puits dans lequel on aurait retrouvé une dizaine de personnes assassinées, près du bureau des travaux publics. Ce seraient des Peulhs et des Touaregs entassés pêle-mêle. »
Sans possibilité de vérifier la véracité de ces informations, les communautés concernées ne peuvent que trembler.
D’autant plus que ces allégations sont soutenues par Human Rights Watch (HRW) et la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Le 24 janvier, les deux organisations internationales de défense des libertés ont demandé l’ouverture d’une enquête pour « une série d’exécutions sommaires perpétrées par l’armée malienne » dans le centre du pays.
-------------------------------------------------------------------------------
 Éviter les vengeances pour gagner la paix
Mise à jour le 28/1/2013

Alors que la contre-offensive des armées franco-malienne reprend le contrôle des principales villes du nord du pays, la FIDH s’inquiète des possibles représailles contre les personnes qui ont, de gré ou de force, collaboré avec les islamistes radicaux et des conflits inter-communautaires qui pourraient en découler. Notre organisation appelle les belligérants et les populations à la retenue ainsi que les autorités à juger tous les responsables des exactions, principalement les djihadistes, mais aussi les éléments de l’armée malienne auteurs présumés des exactions, notamment dans les villes de Sévaré, Niono, Diabali, Gnimi Gnama et Mopti.
Éviter les vengeances pour gagner la paixLes crimes commis par les groupes islamistes dans le Nord
La prise de Gao et des abords de Tombouctou par les forces franco-maliennes, appuyées par les premières troupes africaines de la Mission africaine de soutien au Mali (MISMA), constitue pour les populations une réelle libération tant les crimes perpétrés par les groupes armés djihadistes ont été nombreux et cruels : exécutions sommaires, viols, esclavage sexuel, enrôlement d’enfants soldats, mutilations, bastonnades, vols, destructions de biens culturels et religieux protégés. Les informations et les témoignages recueillis par la FIDH depuis l’offensive conjointe du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA) et des groupes armés islamistes en janvier 2012 démontrent que des crimes graves, y compris des crimes de guerre, ont été commis contre les populations civiles et des combattants désarmés.

Dans la ville de Gao, reprise aux djihadistes le 26 janvier 2013, les groupes armés djihadistes se sont illustrés ces derniers mois par leur cruauté : 8 hommes amputés (d’une main ou d’un pied et d’une main), de nombreux crimes sexuels et le recrutement d’enfants soldats. Une femme rencontrée par la FIDH témoigne que « de nombreuses femmes ont été emmenées en brousse et violées là-bas ». « Ils escaladaient même les murs des maisons pour venir nous violer » ajoute-t-elle. Les femmes étaient obligées de se dissimuler totalement et il leur était interdit d’écouter la radio, de porter des bijoux, des crèmes, des mèches ou de fréquenter des hommes. « Même saluer un homme pouvait vous faire chicotter [battre] » témoigne une jeune femme.

Lorsque des combats ont éclaté à Gao, fin juin 2012, entre les combattants du MNLA et les islamistes du MUJAO pour le contrôle de la zone, les crimes commis contre la population de la ville par le MNLA (voir rapport de la FIDH et de l’AMDH, 18 juillet 2012,« Crimes de guerre au Nord Mali »), ont été tellement choquants que « des enfants et des jeunes ont coupé des langues, des oreilles et ont traîné des corps de combattants du MNLA morts dans les combats contre le MUJAO ». En chassant les troupes du MNLA, le MUJAO a acquis une certaine notoriété qui lui a permis de recruter massivement parmi certaines populations, notamment les jeunes et les talibés. Ces derniers, étudiants islamiques, « dont certains n’ont même pas 9 ans », selon un témoin, ont été incités à rejoindre les groupes armés par leur « maître » toujours selon cet habitant de Gao. « Certains ne pouvaient même pas porter leurs armes tellement ils étaient petits » précise-t-il. Le recrutement d’enfants soldats s’est aussi fait contre de l’argent distribué directement aux enfants ou aux familles. Ainsi, un témoin dont le cousin s’est engagé dans le MUJAO a vu des combattants promettre 50 000 FCFA par mois à des familles pour enrôler leurs enfants. « Même le chauffeur d’Abdel Akim [un des chefs du MUJAO à Gao] était un enfant ! » a confié un autre témoin à la FIDH. Selon plusieurs témoignages, des personnes recrutées à Gao et entraînées à la hâte au « Camp 1 », le camp d’entraînement du MUJAO à Gao, ont été placées en première ligne, par les islamistes, lors de l’attaque du dernier bastion du MNLA à Menaka, le 19 novembre 2012. La quasi totalité de ces combattants non expérimentés seraient morts dès le premier assaut.

A Tombouctou, qui était principalement contrôlé par AQMI et notamment un de ses chefs, Abdelhamid Abou Zeid, la plupart des scènes vues à Gao ce sont reproduites : une amputation, des condamnations à mort, des flagellations, des crimes sexuels et des recrutements d’enfants-soldats. Tous ces crimes sont constitutifs de crimes de guerre au titre de l’article 8 du Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale. Les groupes armés se sont aussi illustrés par la destruction d’une grande partie des mausolées inscrits au patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO, et par le vol de plus de 2000 manuscrits et d’archives musicales inestimables. L’imposition de la charia s’est accompagnée comme à Gao et dans tout le nord du pays de l’imposition de mode vestimentaire, de la police et de tribunaux islamiques, et même d’un « Centre de recommandation du convenable et de l’interdiction du blâmable », sorte de justice civile et de police religieuse. Les islamistes sont rentrés dans les écoles, imposant la séparation stricte des garçons et des filles et surveillant même les cours pour contrôler l’enseignement donné.

Pour un défenseur des droits de l’Homme qui a dû fuir le nord du pays fin 2012 en raison de risques trop importants pour sa sécurité, « les djihadistes sont fous, ils nous ont coupé du monde ». La reprise des villes du Nord permet selon lui aux populations de « sortir de la nuit dans laquelle nous ont plongé les groupes armés pendant tous ces mois ».

Les exactions de l’armée malienne
A la suite de la prise de Konna par les groupes armés djihadistes, la FIDH a pu établir que le climat de guerre, de psychose et de tension a favorisé des actes de vengeance et de représailles, et une série d’exécutions sommaires a été perpétrée par des éléments des forces armées maliennes, à partir du jeudi 10 janvier 2013, particulièrement à Sevare, Mopti, Nionno et d’autres localités situées dans les zones proches des zones d’affrontements. A Sevare, une trentaine de cas d’exécutions sommaires ont été signalées dont au moins 15 personnes exécutées dans 4 sites différents, notamment dans le camp militaire, à proximité de la gare routière, près de l’hôpital et dans un autre quartier de la ville. A Mopti, un cas d’exécution sommaire a aussi pu être confirmé. A Sevare toujours, des informations crédibles font état de viols et autre cas de sévices sexuels, ainsi que dans d’autres localités de la zone. Dans la région de Niono, à Sikolo, deux maliens d’origine touareg ont été exécutés par des soldats maliens. D’autres allégations d’exécutions sommaires continuent de nous parvenir de l’ensemble des zones de l’ouest et du centre du pays. Par ailleurs, l’imam Cheik Hama Alourou, enlevé par des militaires maliens le 21 janvier au soir, à Gnimi Gnama, un village entre Bore et Douenza est toujours porté disparu.

Les victimes de l’ensemble de ces exactions sont des personnes : accusées d’être complices des djihadistes ou des infiltrés, des personnes en possession d’armes, des individus ne pouvant justifier de leur identité lors de contrôles de l’armée, ou simplement en raison de leur appartenance ethnique et communément appelés les « peaux claires ».

« Les risques de vengeance au Nord sont extrêmes »
Alors que la reconquête du Nord du pays est en bonne voie, la FIDH s’inquiète des risques de dérapages, de représailles et des actes de vengeance contre les populations civiles de la part des militaires, mais aussi entre populations civiles. A Gao, la population a lynché un combattant islamiste Peulh dont le corps se trouve à la morgue de l’hôpital. Trois blessés seraient à dénombrer parmi les civils qui ont voulu prendre l’hôpital où s’étaient retranchés certains djihadistes. Plusieurs maisons appartenant aux Touaregs et Arabes de Gao auraient été pillées et saccagées jusqu’aux portes et fenêtres. Si la vindicte populaire semble mécaniquement cibler les populations touaregs, ces derniers ne sont pas les seuls à risquer de payer de leur vie leur allégeance réelle ou supposée aux groupes armés. Ainsi à Gao, les populations du village de Kadji (Gourma – sur la rive droite du fleuve), qui ne sont pas touaregs mais qui ont rejoint assez largement les groupes armés, notamment en raison d’un différent antérieur avec le reste des habitants de la ville, risque d’être prises pour cibles. Une jeune femme, entendue par la FIDH rapportait d’ailleurs les paroles de plusieurs habitants de Gao selon lequelles, « on va éliminer tous les ’peaux claires’ [islamistes étrangers] et tout ceux qui sont du Gourma ». A Diabaly, des habitants de la région auraient ces derniers jours pillés les biens et les maisons de personnes des communautés arabes et touaregs.

Ce sentiment de vengeance se fonde notamment sur les crimes et les exactions perpétrés depuis l’offensive du MNLA et des groupes armés islamistes en janvier 2012, notamment le massacre des soldats maliens à Aguelhoc et Tessalit ou encore les campagnes de viols et la vague de violations des droits de l’Homme perpétrées par les éléments armés touaregs du MNLA, notamment lors des prises de Gao et Tombouctou, que nos organisations ont condamné et ont documenté (voir le rapport de la FIDH et de l’AMDH, 18 juillet 2012, « Crimes de guerre au Nord Mali »). Ces crimes récents font resurgir les exactions perpétrées de part et d’autre lors des précédentes rébellions touaregs, particulièrement celles des années 90, où aux exécutions de fonctionnaires au Nord par les rebelles touaregs, l’armée répondait alors par des opérations de contre-insurrection meurtrières et indiscriminées contre des civils touaregs. Pour un défenseur des droits de l’Homme du Nord du pays, l’ensemble de ces faits font que « les risques de vengeance et de représailles au Nord sont extrêmes ».

L’impératif de juger pour briser le cycle de l’impunité et de la violence
L’ensemble des auteurs et responsables de ces crimes, qu’ils soient maliens ou étrangers, doivent être appréhendés et jugés. Ainsi, du côté islamiste, « Aliou commissaire » un des chefs du MUJAO à Gao aurait été capturé par les forces franco-maliennes le 25 janvier 2013 à Hombori. Des éléments du MUJAO, se seraient rendus aux forces de sécurité nigériennes et auraient été désarmés. L’ensemble de ces auteurs, y compris les membres et responsables du MNLA qui ont commis des crimes de guerre et des violations graves des droits de l’Homme doivent pouvoir être jugés de façon équitable et le cas échéant, condamnés. L’exemplarité de tels procès devrait permettre de renforcer l’État de droit au Mali. De la même façon, les militaires qui ont commis des crimes contre des civils doivent, selon la FIDH, pouvoir être jugés de façon impartiale pour rappeler l’obligation de protection du droit international humanitaire et des droits de l’Homme, y compris en temps de conflit armé.

« On ne combat pas les auteurs des crimes d’Aguelhoc par les mêmes méthodes qu’eux » a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH. « La reconquête du Nord par les troupes franco-africaines ne doit pas être entachée par des crimes et des méthodes qui servent les islamistes. Il faut casser le cycle de l’impunité et de la violence » a-t-elle ajouté.

Pour Sidiki Kaba, président d’honneur de la FIDH, « il ne faut pas seulement gagner la guerre, mais il faut maintenant gagner la paix ; et celle-ci ne peut se construire dans l’immédiat que par le respect des droits humains, le refus de toute logique punitive et de vengeance, le jugement de tous les auteurs de violations des droits de l’Homme, le retrait des militaires de la vie politique ; et dans l’après-guerre, la tenue d’élections libres et transparentes ».
 

dimanche 20 janvier 2013

Femmes du Mali: Disons "NON !" à la guerre par procuration

Slate, 20/1/2013

La féministe Aminata Traoré et de nombreuses personnalités maliennes s'opposent à l'intervention armée au Mali.

Femmes voilées en classe à Gao le 10 septembre 2012. Reuters/Stringer
l'auteur

De la situation dramatique du Mali, il ressort une réalité terrible qui se vérifie dans d’autres pays en conflit: l’instrumentalisation des violences faites aux femmes pour justifier l’ingérence et les guerres de convoitise des richesses de leurs pays.
Les femmes africaines doivent le savoir et le faire savoir.
Autant l’amputation du Mali des deux tiers de son territoire et l’imposition de la charia aux populations des régions occupées sont humainement inacceptables, autant l’instrumentalisation de cette situation, dont le sort réservé aux femmes, est moralement indéfendable et politiquement intolérable.
Nous avons, de ce fait, nous femmes du Mali, un rôle historique à jouer, ici et maintenant, dans la défense de nos droits humains contre trois formes de fondamentalisme: le religieux à travers l’islam radical; l’économique à travers le tout marché; le politique à travers la démocratie formelle, corrompue et corruptrice.
Nous invitons toutes celles et tous ceux qui, dans notre pays, en Afrique et ailleurs, se sentent concernés par notre libération de ces fondamentalismes à joindre leurs voix aux nôtres pour dire «Non» à la guerre par procuration qui se profile à l’horizon. Les arguments suivants justifient ce refus.

Le déni de démocratie

La demande de déploiement de troupes africaines au nord du Mali, transmise par la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et l’Union Africaine (UA) aux Nations Unies, repose sur un diagnostic délibérément biaisé et illégitime.
Il n'est fondé sur aucune concertation nationale digne de ce nom, ni au sommet, ni à la base. Ce diagnostic exclut par ailleurs la lourde responsabilité morale et politique des nations, celles qui ont violé la résolution 1973 du Conseil de Sécurité en transformant la protection de la ville libyenne de Benghazi en mandat de renverser le régime de Mouammar Kadhafi et de le tuer.
La coalition des séparatistes du mouvement national de libération de l'Azawad (MLNA), de Al Qaïda au Maghreb Islamique (Aqmi) et de ses alliés qui a vaincu une armée malienne démotivée et désorganisée doit également cette victoire militaire aux arsenaux issus du conflit libyen.
Le même Conseil de Sécurité va-t-il approuver, dans les jours à venir le plan d’intervention militaire que les Chefs d’Etat africains ont approuvé en prétendant corriger ainsi les conséquences d’une guerre injuste par une guerre tout aussi injuste?
Marginalisée et humiliée dans la gestion de la crise libyenne, l'Union Africaine doit-elle se lancer dans cette aventure au Mali sans méditer les enseignements de la chute du régime de Mouammar Kadhafi?
Où est la cohérence dans la conduite des affaires du continent par les dirigeants africains, dont la plupart s’était opposé en vain à l’intervention de l’OTAN en Libye, lorsqu'ils s’accordent sur la nécessité d'un déploiement de forces militaires au Mali, aux conséquences incalculables.

L’extrême vulnérabilité des femmes dans les zones en conflit

L'international Crisis Group prévient, à juste titre, que:
«Dans le contexte actuel, une offensive de l’armée malienne appuyée par des forces de la Cédéao et/ou d’autres forces a toutes les chances de provoquer davantage de victimes civiles au Nord, d’aggraver l’insécurité et les conditions économiques et sociales dans l’ensemble du pays, de radicaliser les communautés ethniques, de favoriser l’expression violente de tous les groupes extrémistes et, enfin, d’entraîner l’ensemble de la région dans un conflit multiforme sans ligne de front dans le Sahara».
Ces conséquences revêtent une gravité particulière pour les femmes. Leur vulnérabilité qui est sur toutes les lèvres, devrait être présente dans tous les esprits lors des prises de décisions, et dissuasive quand la guerre peut être évitée. Elle peut l'être. Elle doit l’être au Mali.
Rappelons que les cas de viols que nous déplorons dans les zones occupées du Nord de notre pays risquent de se multiplier avec le déploiement de plusieurs milliers de soldats. A ce risque, il faut ajouter celui d’une prostitution plus ou moins déguisée qui se développe généralement dans les zones de grande précarité et par conséquent les risques de propagation du Sida.
Le  plan d’intervention militaire sur lequel le Conseil de Sécurité va se pencher prévoit-il des moyens de mettre réellement les femmes et les fillettes du Mali à l’abri de ce type de situation désastreuse?
Rappelons également que sur l'ensemble du territoire les sanctions économiques imposées par la communauté internationale au peuple malien au nom du retour à un ordre constitutionnel discrédité affectent considérablement les groupes vulnérables.
Les femmes du fait de la division sexuelle des tâches sont confrontées au niveau domestique à l'énorme difficulté d'approvisionnement des familles en eau, nourriture, énergie domestique, médicaments.
Cette lutte quotidienne et interminable pour la survie est déjà en soi une guerre. Dans ces circonstances de précarité et de vulnérabilité des populations, et des femmes en particulier, l'option militaire en préparation est un remède qui a toutes les chances d'être pire que le mal alors qu’une alternative pacifique, émanant de la société malienne, civile, politique et militaire, sera constructive.

Des incohérences de la communauté internationale

Chacun des puissants représentants  de la «communauté internationale»  ainsi que  la Cédéao (la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest) et l’UA (Union africaine) ont prononcé des mots à propos de nos maudits maux de femmes en situation de conflit.
A tout seigneur tout honneur,  le président français, François Hollande, qui joue le rôle de chef de file dans la défense de l’option militaire, a souligné la souffrance des femmes «premières victimes des violences de guerre»                                                                                                        
Et pourtant, il a déclaré le 26 septembre 2012, à New York, lors de la réunion spéciale sur le Sahel, en marge de l'Assemblée Générale des Nations Unies:
«Je sais qu'il peut y avoir une tentation de mener des négociations. Négocier avec des groupes terroristes? Il ne peut en être question. Toute perte de temps, tout processus qui s'éterniserait ne pourrait faire que le jeu des terroristes».                                                 
«Il faut savoir terminer une guerre», semblent dire les présidents américains et français.
«La guerre d’Afghanistan s’est prolongée au-delà de la mission initiale. Elle attise la rébellion autant qu’elle permet de la combattre. Il est temps de mettre fin en bon ordre à cette intervention et j’en prends ici l’engagement», déclara le candidat François Hollande dans son discours d’investiture à l’élection présidentielle.
La Secrétaire d’Etat américaine aux affaires étrangères, Hillary Clinton dont l’escale du 29 octobre 2012, à Alger, avait en partie pour objet de convaincre le président Abdelaziz Bouteflika de rejoindre le camp de la guerre, s'était adressée aux chefs d’Etat africains réunis à Addis-Abeba en ces termes :
«En République Démocratique du Congo, la poursuite des actes de violences contre les femmes et les filles et les activités des groupes armés dans la région orientale du pays, sont pour nous une source constante de préoccupation. L’Union Africaine et les Nations Unies ne doivent épargner aucun effort en vue d’aider la RDC à réagir à ces crises sécuritaires incessantes ».
L’initiative du secrétaire des Nations Unies, Ban Ki Moon, intitulée «Unis pour mettre fin à la violence contre les femmes », lancée le 25 janvier 2008, accorde une attention particulière aux femmes de l’Afrique de l’Ouest. C'était avant les guerres en Côte d'Ivoire et en Libye qui ont largement compromis la réalisation des objectifs assignés à cette initiative.
Nous comprenons sa réserve quant au déploiement militaire et espérons qu'il ne soutiendra pas le plan d'intervention des Chefs d'États de la Cédéao. La guerre, rappelons-le, est une violence extrême contre les populations civiles, dont les femmes. Elle ne peut que nous éloigner des objectifs visés par cette initiative. 
Pourquoi les puissants de ce monde qui se préoccupent tant du sort des femmes africaines ne nous disent pas la vérité sur les enjeux miniers, pétroliers et géostratégiques des guerres.
La présidente de la commission de l'UA, Nkosazana Dlamini-Zuma, pour sa part, souligne qu' «il est crucial que les femmes contribuent à, et s’impliquent activement dans, la recherche d’une solution au conflit. Leurs voix doivent être entendues dans les efforts visant à promouvoir et à consolider la démocratie dans leur pays. A cette fin, vous pouvez, sans aucun doute, compter sur le soutien de l`UA, ainsi que sur mon engagement personnel.»
La nomination pour la première fois d'une femme à ce poste pourrait être un facteur véritable d'émancipation politique pour les femmes et donc de libération du continent, si Nkosazana Dlamini-Zuma accepte d'élargir la base du débat sur les femmes africaines en y intégrant les enjeux globaux qui nous sont dissimulées.

Notre triste statut d’otages

Le Mali est un pays à la fois agressé, humilié et pris en otage par des acteurs politiques et institutionnels qui n'ont aucun compte à nous rendre, à commencer par la Cédéao. L'une des traductions de cette réalité est l'énorme pression exercée sur ce qui reste de l'État malien.
Le Président par intérim, Dioncounda Traoré, est le premier des otages maliens. S’il a cru devoir rappeler, le 19 octobre 2012, lors de la réunion du groupe de soutien et de suivi de la situation de notre pays, qu’il n’est pas un président pris en otage, c’est précisément parce qu’il l’est.
Sinon il n’aurait pas répété à trois reprises, le 21 septembre 2012, la veille de l’anniversaire de l’indépendance de notre pays qu’il privilégie le dialogue et la concertation, et demandé aux Nations Unies, trois jours plus tard, une intervention militaire internationale immédiate.
«J’ai conscience d’être le président d’un pays en guerre mais le premier choix est le dialogue et la négociation. Le deuxième choix est le dialogue et la négociation et», insiste-il « le troisième choix demeure le dialogue et la négociation.  Nous ferons la guerre si nous n’avons pas d’autre choix… », a-t-il déclaré dans son discours à la nation avant de changer d’avis.
Au-delà du président intérimaire, nous sommes tous des otages prisonniers d'un système économique et politique inégalitaire et injuste qui excelle dans l'art de briser les résistances à coup de chantage au financement. La suppression de l'aide extérieur se traduit cette année 2012 par un manque à gagner de 429 Milliards de francs CFA. La quasi totalité des investissements publics sont suspendus.
La fermeture de nombreuses entreprises a occasionnée licenciements et chômage technique pour des dizaines de milliers de travailleurs alors que les prix des denrées alimentaires continuent de flamber. Les pertes les plus importantes sont enregistrées dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics.

Paix et intégrité territoriale

Le tourisme, l'artisanat, l'hôtellerie et la restauration, qui subissaient depuis 2008 les conséquences de l'inscription du Mali sur la liste des pays à risques, sont gravement affectés alors qu'ils constitutuaient des sources de revenus substantiels pour les régions aujourd'hui occupées, notamment celle de Tombouctou.
Référence est faite au statut d'otage non point pour dédramatiser l'épreuve insupportable des otages européens et de leurs familles mais pour rappeler l’égale gravité de la situation de tous les êtres humains piégés dans des systèmes dont ils ne sont pas personnellement responsables.
La question est toutefois de savoir comment agir de telle sorte que notre pays retrouve son intégrité territoriale et la paix, et que les six Français détenus par Aqmi retrouvent leurs familles sains et saufs, sans que ces libérations n’ouvrent la voie à une intervention militaire qui mettrait en péril la vie des centaines de milliers d'habitants du Nord Mali qui sont autant d'otages (...)
Nous demandons à toutes celles et à tous ceux qui partagent notre approche d'interpeller immédiatement les principaux acteurs de la communauté internationale, par écrit ou sous toutes autres formes d’expression, en plaidant pour que le Conseil de Sécurité n'adopte pas une résolution autorisant le déploiement de milliers de soldats au Mali.

Signataires :Aminata D. TRAORE ; SISSOKO Safi  SY ; SANOGO Sylvie KONE ; IMBO Mama SY ;  Kadiatou TOURE ;  TRAORE Sélikèné SIDIBE(Vieux) ;  DICKO Rokia SACKO ; Ténin  DIAKITE ;  DOUMBIA Fanta DIALLO ;  KONE Mamou TOURE ;  TRAORE Sarata SANOGO ;  TRAORE Penda DIALLO ; DIABATE Kadiatou KOUYATE ; Aminata BOCOUM ; Oumou KODIO ;  Assatou KAREMBE ; Awa KOÏTA ; Aminata DOUMBIA ; Fatoumata COULIBALY ; Badji BOIRE ; Awa TOURE ; Bintou KONE ; Fatoumata MARIKO ; Mariam KONE ; Minata DIARRA ; Oumou KEITA ; Kadiatou DIALLO ; Kankou KONE ; Rokia NIARE ; Kadia DJIRE ; Ada NANTOUMA ; Awa COULIBALY ; Soungoura DOUMBIA ; Fanta KANTE ; Safiatou COULIBALY ; Djaba TANGARA ; KONE Mama DIARRA ; Ismael DIABATE ; Karamoko BAMBA; Doumbi FAKOLY; Coumba SOUKO ;  Clariste SOH-MOUBE ; Nathalie M’Dela-Mounier ;
Lire la suite de l'appel:



vendredi 18 janvier 2013

Le Canada et l’opération militaire française au Mali


par , Rédacteur en chef adjoint, membre de Tolerance.ca®,18/1/2013
À l’instar d’autres puissances occidentales, le Canada appuie ''Serval.'' Une opération militaire française menée dans le nord du Mali. Un soutien apporté par Ottawa au nom de la ''lutte contre le terrorisme'' dans ce pays. Mais sans dépêcher de soldats sur place. Pour le moment…
Après la chute du régime Kadhafi en automne 2011, de nombreux partisans touaregs maliens du ''Guide'' libyen sont retournés chez eux, avec armes et bagages, dans une région demeurée marginalisée par Bamako. Ils ont retrouvé un pays instable en raison, entre autres, d’une mal-gouvernance, d’une classe politique inefficace et largement corrompue et d’une armée aux réflexes putschistes. D’ailleurs, un des siens, le capitaine Amadou Haya Sanogo (1972-), a fomenté un coup d’État en mars 2012, forcé la démission du président Amadou Toumani Touré et du Premier ministre Cheick Modibo Diarra et suspendu les institutions et la Constitution. Malgré les concessions faites aux pressions internationales, ce putschiste demeure le véritable homme fort de Bamako.
C’est dans ce contexte de crise politique que s’est inscrit l’apport aggravant des Touaregs de Kadhafi.








S’alliant avec les djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et d’Ansar Dine, la rébellion touarègue du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) a cru arriver l’heure de la sécession du nord du Mali. Mais c’était sans compter, entre autres, avec l’appétit et les ambitions de ses alliés islamistes. Sa déclaration unilatérale, faite le 6 avril 2012, de l’indépendance de ce qu’il appelle ''l’Azawad'' ne lui a été d’aucun recours face aux alliés d’hier qui l’ont rapidement écrasé. Un autre groupe djihadiste, le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ne lui a pas non plus épargné une nouvelle défaite humiliante. C’est donc la charia islamique à la sauce wahhabo-salafiste qui règne depuis plusieurs mois sur plus de la moitié du Mali (les provinces de Tombouctou, Gao et Kidal) avec comme emblème la bannière noire des salafistes. Suscitant la peur de nombre de Maliens, l’exil de 150 mille réfugiés dans les pays limitrophes et le déplacement à l’intérieur du pays de 250 mille personnes. Sans oublier le patrimoine malien qui en a lui aussi souffert.

La contribution logistique canadienne à l’effort de guerre de l’allié français
Suite aux demandes répétées des autorités politiques de Bamako (dont le Premier ministre Diango Cissoko et son prédécesseur démis) à l’adresse de la ''communauté internationale'', le Conseil de sécurité de l’ONU a, le 21 décembre, adopté la résolution 2085 autorisant le déploiement d’une force militaire internationale au Mali pour y mettre un terme à l’expansion du terrorisme djihadiste. À la lumière du précédent afghan, la crainte était de voir le territoire malien devenir un refuge ou base-arrière pour groupes islamistes radicaux. À l’ombre du surplace dans leurs négociations avec différentes parties et de l’hésitation de plusieurs pays à intervenir, les nouveaux maîtres du nord du Mali ont cru le temps jouer en leur faveur. C’est pourquoi ils ont, le 14 janvier, avancé vers Bamako. Une grave erreur stratégique de leur part.
Au lieu d’attendre la constitution de la force internationale avant d'agir, le président français Françoist Hollande a sauté sur l'occasion fournie par le nouveau développement pour entrer en jeu et autoriser les raids aériens contre les unités rebelles, avec comme double objectif, d'abord, de freiner leur mouvement et, ensuite, les obliger à rebrousser chemin.  Surprenant l’adversaire. Tout comme nombre d’alliés, y compris le Canada.
Le Mali fait partie des pays bénéficiaires de l’aide canadienne au développement. Il a reçu, à titre d’exemple, en 2011 une enveloppe de 110 millions de dollars. Ceux qui voulaient qu’Ottawa intervienne dans le conflit malien devaient être déçus d’entendre en septembre dernier le ministre canadien des Affaires étrangères rejeter cette idée. Au lieu d’envoyer des soldats ou apporter une aide logistique à Bamako, John Baird a exprimé sa préférence pour les pressions diplomatiques sur les autorités maliennes.
Mais il n’a pas fallu attendre longtemps avant de voir un premier signe d’évolution de la position canadienne. Mais cette fois, c’était autour du ministre de la Défense d’entrer en scène. Peter MacKey a, à la fin du mois de décembre, évoqué l'idée que le type d’aide militaire canadienne à apporter était à l'étude. Mais si Ottawa devait contribuer à l’entrainement de soldats africains, cela ne serait pas une incongruité. Rappelons-nous à ce propos d’un fait: les forces spéciales canadiennes avaient formé des unités maliennes et sont également en train de former, sur le sol nigérien des troupes attendues au nord du Mali pour en reprendre le contrôle. C’est dire l’engagement militaire indirect du Canada dans cette région.
Si la déclaration de M. MacKay pouvait réjouir les partisans d’une participation militaire canadienne au conflit malien, cela était de courte durée. Conformément à la déclaration faite, le 8 janvier, par le Premier ministre, le Canada n’envisageait pas de «mission militaire au Mali»! Et de préciser que le pays va en revanche apporter de l’aide humanitaire à la région et encourager les négociations en collaboration avec ses alliés africains et occidentaux.
Mais, cette déclaration n'a pas empêché la survenue, le 14 janvier, d'un nouveau glissement! Dans un communiqué de presse, Stephen Harper s’est dit inquiet de «l'établissement des terroristes dans cette région, au cœur de l'Afrique» et a déclaré que le Canada était «disposé», non à participer «directement à une mission militaire au Mali», mais à «fournir un soutien logistique limité et clairement défini pour assister les forces qui interviennent au Mali», conformément à la résolution 2085. C’est pourquoi il a déclaré mettre, durant une semaine, à la disposition de ''Serval'', la mission française, «un avion (militaire) de transport C-17». Cet avion-cargo devra appuyer les opérations de l’armée française.
Cette contribution logistique est une réponse à la demande d’aide faite par Paris relativement au transport d'équipement lourd par voie aérienne vers Bamako.
Ce volet logistique s’ajoute, toujours selon le communiqué du Premier ministre Harper, à d’autres volets, à savoir «l'aide humanitaire et l'aide au développement» fournies à ce pays.
On est donc loin d’une participation militaire directe aux combats contre les rebelles.
Le jeudi 17 janvier, l’avion-cargo canadien a par conséquent atterri dans la capitale malienne. Il transportait, en plus de véhicules blindés, de l'équipement et 900 kg de batteries. Si l’ambassadeur français Philippe Zeller a, dans un premier temps, remercié le gouvernement conservateur pour cette assistance logistique (Cf. l'entrevue accordée à Anne-Marie Dussault, Émission "24 heures en 60 minutes", RDI, 15 janvier), Paris lui a demandé, le jour même de l'atterrisage du C-17 à Bamako, d’en prolonger la durée. Mais si l’ambassadrice du Mali Traoré Ami Diallo en a parlé comme si c’était une chose déjà acquise, le gouvernement canadien a quant à lui annoncé ne pas en avoir pris encore de décision.
***
Même si Stephen Harper donne l’impression de freiner des quatre fers, il n’est pas exclu qu’il cède advenant le cas où la crise malienne s’emballe et force la redistribution des cartes et donc la dépêche des troupes sur le terrain des opérations. Si ce glissement devait survenir, l’opposition ne manquerait pas se faire entendre.

jeudi 17 janvier 2013

Mali : communiqué du Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA)

PARIS (SIWEL) — Dans un communiqué daté du 12 janvier, le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA), bien que soutenant les opérations militaires contre les groupes terroristes, alerte la communauté internationale que l'intervention armée étrangère ne devrait pas autoriser l'armée malienne à franchir la ligne de démarcation entre l'Azawad et le Mali, avant un règlement politique du conflit entre les Touaregs et les Maliens.


Bilal Ag Acherif, Secrétaire général du MNLA et Président du CTEA. (PH/DR)
Bilal Ag Acherif, Secrétaire général du MNLA et Président du CTEA. (PH/DR)
Ci-dessous, la déclaration dans son intégralité :

 Le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA) alerte la communauté internationale que l'intervention armée étrangère contre les groupes terroristes ne devrait pas autoriser l'armée malienne à franchir la ligne de démarcation entre l'Azawad et le Mali, avant un règlement politique du conflit entre lui et le Mali.


Dans ce contexte, le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad participera dans la réussite des opérations contre les groupes terroristes, et la réduction du nombre de victimes civiles innocentes.

Nous demandons que la population civile ne soit pas victime de cette intervention armée et de la confusion entre elle et les terroristes.

Nous notons que le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad a toujours respecté ses engagements, y compris la cessation des opérations militaires entre lui et l'armée malienne, et reste prêt à la négociation.
.
Le 12/01/2013
Tinzaouatène./ Azawad
Bilal Ag Achérif
Secrétaire général du Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA)
Président du Conseil de Transition de l’État de l'Azawad (CTEA)