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vendredi 18 janvier 2013

Le Canada et l’opération militaire française au Mali


par , Rédacteur en chef adjoint, membre de Tolerance.ca®,18/1/2013
À l’instar d’autres puissances occidentales, le Canada appuie ''Serval.'' Une opération militaire française menée dans le nord du Mali. Un soutien apporté par Ottawa au nom de la ''lutte contre le terrorisme'' dans ce pays. Mais sans dépêcher de soldats sur place. Pour le moment…
Après la chute du régime Kadhafi en automne 2011, de nombreux partisans touaregs maliens du ''Guide'' libyen sont retournés chez eux, avec armes et bagages, dans une région demeurée marginalisée par Bamako. Ils ont retrouvé un pays instable en raison, entre autres, d’une mal-gouvernance, d’une classe politique inefficace et largement corrompue et d’une armée aux réflexes putschistes. D’ailleurs, un des siens, le capitaine Amadou Haya Sanogo (1972-), a fomenté un coup d’État en mars 2012, forcé la démission du président Amadou Toumani Touré et du Premier ministre Cheick Modibo Diarra et suspendu les institutions et la Constitution. Malgré les concessions faites aux pressions internationales, ce putschiste demeure le véritable homme fort de Bamako.
C’est dans ce contexte de crise politique que s’est inscrit l’apport aggravant des Touaregs de Kadhafi.








S’alliant avec les djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et d’Ansar Dine, la rébellion touarègue du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) a cru arriver l’heure de la sécession du nord du Mali. Mais c’était sans compter, entre autres, avec l’appétit et les ambitions de ses alliés islamistes. Sa déclaration unilatérale, faite le 6 avril 2012, de l’indépendance de ce qu’il appelle ''l’Azawad'' ne lui a été d’aucun recours face aux alliés d’hier qui l’ont rapidement écrasé. Un autre groupe djihadiste, le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ne lui a pas non plus épargné une nouvelle défaite humiliante. C’est donc la charia islamique à la sauce wahhabo-salafiste qui règne depuis plusieurs mois sur plus de la moitié du Mali (les provinces de Tombouctou, Gao et Kidal) avec comme emblème la bannière noire des salafistes. Suscitant la peur de nombre de Maliens, l’exil de 150 mille réfugiés dans les pays limitrophes et le déplacement à l’intérieur du pays de 250 mille personnes. Sans oublier le patrimoine malien qui en a lui aussi souffert.

La contribution logistique canadienne à l’effort de guerre de l’allié français
Suite aux demandes répétées des autorités politiques de Bamako (dont le Premier ministre Diango Cissoko et son prédécesseur démis) à l’adresse de la ''communauté internationale'', le Conseil de sécurité de l’ONU a, le 21 décembre, adopté la résolution 2085 autorisant le déploiement d’une force militaire internationale au Mali pour y mettre un terme à l’expansion du terrorisme djihadiste. À la lumière du précédent afghan, la crainte était de voir le territoire malien devenir un refuge ou base-arrière pour groupes islamistes radicaux. À l’ombre du surplace dans leurs négociations avec différentes parties et de l’hésitation de plusieurs pays à intervenir, les nouveaux maîtres du nord du Mali ont cru le temps jouer en leur faveur. C’est pourquoi ils ont, le 14 janvier, avancé vers Bamako. Une grave erreur stratégique de leur part.
Au lieu d’attendre la constitution de la force internationale avant d'agir, le président français Françoist Hollande a sauté sur l'occasion fournie par le nouveau développement pour entrer en jeu et autoriser les raids aériens contre les unités rebelles, avec comme double objectif, d'abord, de freiner leur mouvement et, ensuite, les obliger à rebrousser chemin.  Surprenant l’adversaire. Tout comme nombre d’alliés, y compris le Canada.
Le Mali fait partie des pays bénéficiaires de l’aide canadienne au développement. Il a reçu, à titre d’exemple, en 2011 une enveloppe de 110 millions de dollars. Ceux qui voulaient qu’Ottawa intervienne dans le conflit malien devaient être déçus d’entendre en septembre dernier le ministre canadien des Affaires étrangères rejeter cette idée. Au lieu d’envoyer des soldats ou apporter une aide logistique à Bamako, John Baird a exprimé sa préférence pour les pressions diplomatiques sur les autorités maliennes.
Mais il n’a pas fallu attendre longtemps avant de voir un premier signe d’évolution de la position canadienne. Mais cette fois, c’était autour du ministre de la Défense d’entrer en scène. Peter MacKey a, à la fin du mois de décembre, évoqué l'idée que le type d’aide militaire canadienne à apporter était à l'étude. Mais si Ottawa devait contribuer à l’entrainement de soldats africains, cela ne serait pas une incongruité. Rappelons-nous à ce propos d’un fait: les forces spéciales canadiennes avaient formé des unités maliennes et sont également en train de former, sur le sol nigérien des troupes attendues au nord du Mali pour en reprendre le contrôle. C’est dire l’engagement militaire indirect du Canada dans cette région.
Si la déclaration de M. MacKay pouvait réjouir les partisans d’une participation militaire canadienne au conflit malien, cela était de courte durée. Conformément à la déclaration faite, le 8 janvier, par le Premier ministre, le Canada n’envisageait pas de «mission militaire au Mali»! Et de préciser que le pays va en revanche apporter de l’aide humanitaire à la région et encourager les négociations en collaboration avec ses alliés africains et occidentaux.
Mais, cette déclaration n'a pas empêché la survenue, le 14 janvier, d'un nouveau glissement! Dans un communiqué de presse, Stephen Harper s’est dit inquiet de «l'établissement des terroristes dans cette région, au cœur de l'Afrique» et a déclaré que le Canada était «disposé», non à participer «directement à une mission militaire au Mali», mais à «fournir un soutien logistique limité et clairement défini pour assister les forces qui interviennent au Mali», conformément à la résolution 2085. C’est pourquoi il a déclaré mettre, durant une semaine, à la disposition de ''Serval'', la mission française, «un avion (militaire) de transport C-17». Cet avion-cargo devra appuyer les opérations de l’armée française.
Cette contribution logistique est une réponse à la demande d’aide faite par Paris relativement au transport d'équipement lourd par voie aérienne vers Bamako.
Ce volet logistique s’ajoute, toujours selon le communiqué du Premier ministre Harper, à d’autres volets, à savoir «l'aide humanitaire et l'aide au développement» fournies à ce pays.
On est donc loin d’une participation militaire directe aux combats contre les rebelles.
Le jeudi 17 janvier, l’avion-cargo canadien a par conséquent atterri dans la capitale malienne. Il transportait, en plus de véhicules blindés, de l'équipement et 900 kg de batteries. Si l’ambassadeur français Philippe Zeller a, dans un premier temps, remercié le gouvernement conservateur pour cette assistance logistique (Cf. l'entrevue accordée à Anne-Marie Dussault, Émission "24 heures en 60 minutes", RDI, 15 janvier), Paris lui a demandé, le jour même de l'atterrisage du C-17 à Bamako, d’en prolonger la durée. Mais si l’ambassadrice du Mali Traoré Ami Diallo en a parlé comme si c’était une chose déjà acquise, le gouvernement canadien a quant à lui annoncé ne pas en avoir pris encore de décision.
***
Même si Stephen Harper donne l’impression de freiner des quatre fers, il n’est pas exclu qu’il cède advenant le cas où la crise malienne s’emballe et force la redistribution des cartes et donc la dépêche des troupes sur le terrain des opérations. Si ce glissement devait survenir, l’opposition ne manquerait pas se faire entendre.

mercredi 28 novembre 2012

Les habitants de Tawargha - Libye


LES HABITANTS DE TAWARGHA - LIBYE
Déplacés de force, en sécurité nulle part
« Mon seul pêché est ma couleur de peau… Les Thuwwar [miliciens] de Misratah nous ont menacés de ne jamais nous laisser revenir dans notre ville. »
  1. [1/17] Mon épouse Mina, nos deux fils Abou et Kaba et moi vivions à Tawargha en Tripolitaine. Tawargha n’est éloignée que de quarante kilomètres à peine de Misratah, la grande ville côtière. A Tawargha, nous étions presque tous des descendants d’esclaves noirs. Depuis toujours les Tawarghas cultivaient la terre que possédaient les Misratis. Et depuis toujours un racisme larvé existait entre les Tawarghas africains et les Misratis arabes. Je suis sûr que les évènements qui sont arrivés ont pris leur source dans cette haine ancestrale que se vouent les deux villes.
  2. [2/17] En 2011, la Libye connait la guerre civile. Le pays est à feu et à sang. Le 25 février, Misratah tombe aux mains des rebelles. Dès le lendemain, les troupes de Kadhafi commencent le siège de la ville. Elles installent leur base arrière mais aussi des centres de détention et de torture à Tawargha, dans des bâtiments administratifs. Maintenant je vais vous dire la vérité : c’est vrai que des hommes de Tawargha ont combattu dans les rangs des forces pro-Kadhafi, mais tous les Tawarghas n’étaient pas kadhafistes. La plupart d’entre nous, à l’époque, nous nous  terrions dans nos maisons en attendant des jours meilleurs. Par la grâce de Dieu. 
  3. Avec Amnesty pour les droits dans la région Moyen Orient et Afrique du Nord[3/17] Les combattants rebelles remportent la bataille de Misratah en mai. Ils se font appeler Thuwwar - révolutionnaires. Ils sont livrés à eux même, constitués en vagues milices, désœuvrés, surarmés et hors de tout contrôle. Dans les journaux, à la télé, sur les réseaux sociaux, ils montent les gens contre nous. Ils nous accusent d’avoir participé au siège, d’avoir tué des civils et violé des femmes. Aucune enquête n’a établi que des gens de Tawargha se soient livrés à de telles exactions. Et quand bien même cela serait, il est criminel de vouloir faire payer à une population toute entière les agissements de quelques uns.
  4. [4/17] Les Thuwwar continuent d’exciter la population. Ils disent que nous sommes une race d’esclaves et qu’il faut qu’on retourne en Afrique car il n’y a pas de place pour nous dans la nouvelle Libye. Ils disent que les Tawarghas méritent d’être rayés de la surface de la terre. Les gens à la peau noire sont régulièrement pris pour cible sous prétexte d’être des anciens mercenaires africains de Kadhafi. Beaucoup sont enlevés à leur domicile, à leur travail, aux checks points ou dans la rue, frappés à coups de bâtons, de crosse de fusil, de poing, de pieds, insultés, blessés par balle. Leurs affaires sont volées. Même les enfants ne sont pas épargnés. 

  5. [5/17] En août 2011, ce que nous craignions tant arrive. Les Thuwwar attaquent. Ils ont des armes lourdes, des roquettes Grad. Sous la menace des kalachnikovs, ils nous forcent à abandonner nos maisons, nos affaires, nos souvenirs… Ils nous obligent à quitter la ville. Avec ma femme et nos deux petits, on part sans rien, juste quelques billets cachés dans nos chaussures, sans rien pouvoir faire, avec la rage au ventre. Nous avons tout perdu. Ils tirent sur Moussa, notre voisin qui cherchait à s’échapper, je ne sais même pas s’il est mort. Ils emprisonnent et battent ceux qui veulent rester. Ils nous jurent que personne ne reviendra plus habiter Tawargha. 


    [7/17]] Une fois la ville vidée de ses 30 000 habitants, les thuwwars pillent les maisons. Ils volent, cassent, détruisent et mettent le feu. Ils effectuent plusieurs raids pour être bien sûrs que personne n’est revenu et pour « terminer le travail ». Afin de rendre la ville définitivement inhabitable, ils démontent toutes les infrastructures puis ils déversent des monceaux de sable pour bloquer les entrées. Enfin ils effacent le nom de Tawargha sur les panneaux routiers. Tawargha, la ville où nous avons vécu, où j’ai connu Mina, où sont nés Abou et Kaba, Tawargha est effacée de la carte http://bit.ly/_tawar
    ‎ Une fois la ville vidée de ses 30 000 habitants, les thuwwars pillent les maisons. Ils volent, cassent, détruisent et mettent le feu. Ils effectuent plusieurs raids pour être bien sûrs que personne n’est revenu et pour « terminer le travail ». Afin de rendre la ville définitivement inhabitable, ils démontent toutes les infrastructures puis ils déversent des monceaux de sable pour bloquer les entrées. Enfin ils effacent le nom de Tawargha sur les panneaux routiers. Tawargha, la ville où nous avons vécu, où j’ai connu Mina, où sont nés Abou et Kaba, Tawargha est effacée de la carte

    [8/17] Mina et moi décidons d’aller à Tripoli car nous pensons y être plus en sécurité. Beaucoup de nos compagnons ne savent où aller. En plus les thuwwars ont « confisqué » les voitures et les téléphones portables. A Tripoli on nous explique qu’il y a une ancienne base navale désaffectée qui pourrait servir provisoirement de camp. Nous nous y rendons. On nous dit que nous sommes déjà 2500. Les deux familles avec lesquelles nous avons fait une partie du voyage préfèrent se rendre à Benghasi. Il paraît qu’il y a des camps aussi là bas. On vit la peur au ventre et sans la moindre ressource. http://bit.ly/_tawar
     
    [8/17] Mina et moi décidons d’aller à Tripoli car nous pensons y être plus en sécurité. Beaucoup de nos compagnons ne savent où aller. En plus les thuwwars ont
    « confisqué » les voitures et les téléphones portables. A Tripoli on nous explique qu’il y a une ancienne base navale désaffectée qui pourrait servir provisoirement de camp. Nous nous y rendons. On nous dit que nous sommes déjà 2500. Les deux familles avec lesquelles nous avons fait une partie du voyage préfèrent se rendre à Benghasi. Il paraît qu’il y a des camps aussi là bas. On vit la peur au ventre et sans la moindre ressource. 
    [9/17] Les Thuwwar effectuent régulièrement des raids dans les camps. La population sans défense est terrorisée. Ils repartent avec des personnes, sans le moindre mandat. On sait ce qui se passe ensuite. La personne est frappée, battue avec des fils électriques… Sous la torture, elle avoue ce qu’on veut qu’elle avoue, qu’elle faisait partie de l’armée de Kadhafi, qu’elle a tué des civils,  qu’elle a violé des femmes… Ces personnes, on ne les revoit plus jamais. Je fais la connaissance d’un type qui semble avoir pas mal d’informations, son nom est Babacar. C’est lui qui m’a dit ce qui s’est passé après notre départ de Tawargha. http://bit.ly/_tawar
    ‎[9/17] Les Thuwwar effectuent régulièrement des raids dans les camps. La population sans défense est terrorisée. Ils repartent avec des personnes, sans le moindre mandat.
     On sait ce qui se passe ensuite. La personne est frappée, battue avec des fils électriques… Sous la torture, elle avoue ce qu’on veut qu’elle avoue, qu’elle faisait partie de l’armée de Kadhafi, qu’elle a tué des civils, qu’elle a violé des femmes… Ces personnes, on ne les revoit plus jamais. 
    Je fais la connaissance d’un type qui semble avoir pas mal d’informations, son nom est Babacar. C’est lui qui m’a dit ce qui s’est passé après notre départ de Tawargha.

dimanche 17 avril 2011

Libye, Côte d’Ivoire, Sarkozy : Le « come-back » des neo-cons (...)


Libye, Côte d’Ivoire, Sarkozy : Le « come-back » des neo-cons ?
Par Vladimir Caller, 12/4/2011
Les arbres, encore une fois, servent à cacher des forêts. Qui pourra, de bonne foi, ignorer la nature non seulement tyrannique mais même criminelle du régime du Colonel Kadhafi ? Le massacre, en une seule journée, des 1200 détenus dont parle Baudouin Loos dans sa carte blanche de ce 31.03, celles des attentats terroristes contre des passagers innocents de l’aviation civile, les cas des infirmières bulgares et bien d’autres suffisent largement à nous donner le profil de ce tyran, victime, probablement, de perturbations mentales. Mais la question n’est pas là.

La question est que des indices graves semblent indiquer que l’on utilise, plus exactement, que l’on ‘rétroactive’ ce CV, pour justifier de toutes pièces une intervention qui a très peu à voir avec les massacres contre des opposants désarmés et d’autres motivations ‘humanitaires’. L’espace de cette chronique m’oblige à ne mentionner, à ce propos, que l’article de Natalie Nougayrède au journal Le Monde du 11.03 disant que « les carnages provoqués par des bombardements aériens n’ont pas, à ce jour, été vérifiés » et aux informations des services de renseignement russes selon lesquels aucun bombardement de populations civiles par l’aviation de Kadhafi n’avait pu être vérifié. Comment par ailleurs expliquer que, dans un monde où le plus petit coin d’une ruelle est sous l’œil des satellites, les services occidentaux, toujours si prêts à susciter nos compassions par une profusion d’images n’en ont produit aucune montrant ces méchants bombardements kadhafistes contre des populations civiles ?

Quant aux motivations humanitaires, toujours aussi compassionnelles, comment ne pas être ébranlé par la révélation du même quotidien français lorsque sa correspondante, Nathalie Guibert nous informe que « les forces interventionnistes ne touchent pas la marine libyenne parce qu’elle sera utile pour faire barrage aux immigrés dans le ‘post-kadhafi’ » ? (Le Monde, 31.03). Pour ce qui est des opposants désarmés, le doute s’impose lorsqu’on apprend que le 18 mars un avion de chasse abattu à Benghazi et que l’on croyait du dictateur appartenait en réalité aux insurgés. Et que des médias si peu suspects de kadhafisme comme The Telegraph, The Wall Street Journal ou la BBC informaient, des semaines avant la décision du Conseil de sécurité des Nations Unies, que des commandos armées occidentaux se trouvaient déjà en territoire libyen. Plus près de nous, le ‘Canard Enchaîné’, dans un article titré « Fournitures gratuites aux insurgés libyens », informait le 9 mars, (soit 9 jours avant la résolution du Conseil de sécurité autorisant l’usage de la force) que des opérations militaires franco-anglo-américaines se déroulaient déjà sur le terrain. Ce journal récidive trois jours plus tard, en nous apprenant que la DGSE — le service de renseignement et d’action extérieur français — « aurait livré discrètement à Benghazi, dès la mi-mars, quelques canons de 105 mm et des batteries antiaériennes mobiles ».

Comme si toute cette démonstration d’aventurisme de tout genre était insuffisante, voilà que le couple Sarkozy - Ban-ki Moon se lance dans une opération encore plus douteuse dans le contexte des élections en Côte d’Ivoire. Avec un empressement digne des meilleures causes, le second ordonne à son représentant sur place de valider l’élection du candidat Ouattara, ami personnel du premier. C’est ainsi que, dûment entouré par les ambassadeurs de France et des Etats-Unis, ce fonctionnaire décide que Ouattara est le vainqueur malgré de très lourdes et sérieuses contestations. Le Français Alberto Bourgi, professeur du droit public et africaniste reconnu, s’étonnait à la radio française ce vendredi 01.04 de cette curieuse célérité.

Sauf que ce sont toujours des arbres pour cacher la forêt. Encore une fois, le problème semble un peu moins altruiste que le droit humanitaire ou le sacro-saint principe du respect des urnes qui tirent les ficelles de la gestion du dossier ivoirien. Il se fait que le Président Gbagbo avait osé envisager de ne pas limiter aux seuls capitaux occidentaux les perspectives d’investissement dans son pays, mais les ouvrir aussi aux Chinois et aux Indiens. Pire encore, il avait des plans pour faire de la commercialisation du cacao, jusqu’alors dans les mains d’une grosse multinationale, un service public contrôlé par l’Etat, avec la participation des petits producteurs organisés en coopératives. Projets fort gênants parce qu’il se fait qu’un des patrons de cette multinationale, la ‘Armajaro Trading Inc’, Loïc Folleroux, est le propre beau-fils de Ouattara, lequel, en spéculateur habile, venait d’acheter un mois avant les élections 240.000 tonnes de cacao en anticipant une envolée de son cours. Suprême irrévérence, le président Gbagbo se proposait de constituer un système financier essentiellement axé sur une banque publique contrôle par l’Etat. Projet quelque peu détonnant si l’on considère que son rival Ouattara était l’ancien patron du département Afrique du FMI.

Triste scénario de bien douteuse morale. L’Occident se prépare ainsi, au nom des valeurs humanitaires et de liberté qui sont « les siennes », à sacrer le candidat Ouattara dont la Croix Rouge est occupée à découvrir d’importants chantiers semés par ses troupes dans sa route vers Abidjan. Monsieur Sarkozy joue à l’apprenti sorcier en Côte d’Ivoire, deuxième acte d’une partition qui, après la Libye, viserait l’Iran. Délocalisation aidant, les néo-conservateurs ont déménagé vers l’Elysée ? Tout en cherchant à assurer la réélection du patron, seront-ils en train d’explorer les traits d’une folle sortie de crise ?

lundi 21 mars 2011

Un militant marocain s'interroge sur les frappes aériennes en Libye

Questions relatives à ce qui se passe en Libye:
Par Ali Fkir, communiste marocain, 21/3/2011
1 - Y a t-il un véritable mouvement démocratique en Libye?
L'opposition au dictateur Kadhafi :
*a  ressuscité le drapeau de la monarchie
* est allé voir directement Sarkozy demander son aide
* a sollicité l'aide des régimes réactionnaires arabes
2 -Quelles sont les forces qui soutiennent cette opposition?
* les régimes antidémocratiques arabes, y compris celui du Maroc qui étouffe quotidiennement les aspirations du peuple marocain
* Les forces impérialistes, les forces anti révolutionnaires (France, GB, USA...)
Ces forces:
- contribuent à la répression du peuple Bahrayanis, directement (Arabie Saoudite), indirectement par le silence complice des autres
- n'avaient pas soutenu les révolutions tunisiennes et égyptiennes
- cautionnent les répressions au Maroc, en Arabie Saoudite, en Jordanie, en Palestine occupée...
3 - La réaction et l'impérialisme peuvent-ils défendre des causes justes?
4 - Peut-on accepter que l'opposition à la dictature syrienne fasse appel à Israël pour renverser Assad?
5 - Ne doit-on pas dénoncer l'intervention impérialiste qui cause plus de pertes humaines que la répression du dictateur local?
6 - Ne doit-on pas lutter pour l'autodétermination du peuple de Libye sans l'ingérence étrangère?
Bravo les milliers de communistes grecs qui sont descendus dans les rues pour condamner l'intervention militaire impérialiste en Libye!

jeudi 3 mars 2011

Le régime marocain soutient Kadhafi


Par Zineb El Rhazaoui,3/3/2011
Coups de matraques et de pieds sont la réponse des autorités marocaines aux citoyens qui dénoncent les crimes contre l’humanité du guide de Tripoli. Un sit-in organisé par un réseau d’associations des Droits de l’Homme le mardi 21 février 2011 à 17h devant le centre culturel libyen à Rabat a été violemment réprimé par les forces anti émeutes marocaines.
Insultes, coups, mépris, rien n’a été épargné à ceux qui sont venus dénoncer le dictateur libyen. «Ils m’ont volé mon portable et violenté devant mon fils», affirme Mohammed Ennouhi, Président de l’Instance marocaine des Droits Humains.
Des représentants de l’Association Marocaine des droits de l’Homme (AMDH) ont été convoqués à 15h (deux heures avant la tenue du sit-in), au bureau de Mohamed Regraga, Gouverneur et adjoint au préfet de Rabat, qui leur a signifié que la manifestation était interdite par ordre écrit. « Nous lui avons répondu que cette interdiction était illégale, étant donné qu’elle viole le droit de manifester, il a rétorqué que les ordres viennent d’en haut, et que cela est donc au-dessus des lois », explique Youssef Raissouni, membre de l’AMDH convoqué à la réunion. Sachant que les gouverneurs et les préfets sont directement nommés par le roi, ces « ordres d’en haut » ne peuvent donc venir que du cabinet royal.
Aux yeux des militants et des journalistes présents au sit-in, Mohammed VI démontre de la sorte que non seulement il ne compte pas condamner l’action génocidaire de la dictature libyenne, mais qu’il sera prêt à lui renouveler son amitié. Si de nombreux diplomates libyen en poste à l’étranger ont d’ores et déjà annoncé leur désolidarisation avec le régime de Tripoli et leur ralliement à la révolte populaire, l’ambassadeur de Kadhafi à Rabat n’en a rien fait.
Selon le journaliste indépendant et analyste politique Ali Amar, «par son silence face à ces événements historiques qui secouent la région, par sa répression contre les manifestations anti Ben Ali, puis anti Kadhafi au Maroc, et par sa totale déconsidération des messages que le peuple marocain lui a transmis pendant la marche du 20 février qu’il a qualifiés de démagogiques, il se fait l’allié objectif des dictateurs arabes».
Il est à rappeler que le Maroc est l’asile traditionnel des dictateurs africains : Mubutu Sese Seko, ex-potentat du Zaïre, un des chefs d’Etat les plus sanguinaires d’Afrique, décédé paisiblement à Rabat après une longue carrière de dictateur, Dadis Camara qui a été accueilli à l’Hôpital Cheikh Zayed à Rabat après avoir été blessé au crâne, et Obiang Nguéma, le pétro-dictateur dont la sécurité est assurée par les Marocains et qui investit massivement au royaume chérifien. Trois exemples édifiants d’une longue liste d’alliés inconditionnels reçus avec les honneurs par Rabat.
La réaction de l’Etat marocain semble incompréhensible de la part d’un régime qui prétend être démocrate dans sa communication officielle. Depuis le début de la fronde tunisienne, l’Etat marocain a déployé une puissante machine de propagande à coups de censure et de détournement des faits pour tuer dans l’œuf une fronde de plus en plus inévitable au royaume chérifien.
«Les autorités marocaines mentent même à leurs propres agents, pendant que nous-nous faisions tabasser par les merdas (ndlr : appellation donnée par les Marocains aux forces auxiliaires à cause de la couleur douteuse de leurs uniformes), leurs supérieurs leurs criaient que nous sommes un groupe d’homosexuels et de mécréants qui ne font pas le ramadan», raconte Saddik lahrach, membre du Forum Vérité et Justice présent au sit-in de solidarité. Le régime de Mohammed VI démontre dorénavant qu’il n’hésitera pas à recourir à la violence, ni à appeler à la haine et livrer à la vindicte populaire ceux qui osent le critiquer. Tout ceci, en exigeant évidemment d’être considéré comme un grand démocrate.
Article écrit pour GuinGuinBali


lundi 21 février 2011

Massacre général en Libye


La répression du mouvement de contestation du régime de Mouammar Kadhafi, au pouvoir à Tripoli depuis plus de 40 ans, a fait des centaines de victimes dans la deuxième ville du pays,  Benghazi, depuis mardi dernier.
La milice spéciale de Kadhafi et les mercenaires étrangers tirent sur tout ce qui bouge à Benghazi et les autres villes de l'est. Benghazi témoigne d'un massacre effroyable!
Les manifestations étaient pacifiques mais les forces spéciales de sécurité ont tiré sur la foule! A cette heure-ci, plus de 200 morts en 4 jours et les hôpitaux appellent au don de sang.
Des habitants cités par la BBC ont par ailleurs affirmé que les militaires avaient tiré à l'arme lourde, lançant notamment des obus de mortier, à Benghazi. La majorité des blessés présentaient des blessures par balles à la tête, au cou et aux épaules.
Le dernier bilan établi dimanche par l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW), basée à New York, fait état de 104 morts depuis le début de la semaine, après vingt décès samedi à Benghazi.
Selon le quotidien britannique The Independent, deux cents personnes auraient trouvé la mort dans la capitale de la Cyrénaïque Benghazi  lors de la répression du mouvement de contestation.
Un médecin de Benghazi, cité par la chaîne de télévision Al Djazira, a indiqué que son hôpital avait reçu quinze cadavres et prodiguait des soins à des centaines de blessés."Des dizaines de personnes ont été tuées (...) pas 15, des dizaines. Nous sommes au milieu d'un massacre ici", a déclaré pour sa part un témoin à Al Djazira, ajoutant qu'il avait aidé à transférer des victimes dans un hôpital local.
Les liaisons téléphoniques sont fréquemment coupées et l'accès à Internet est bloqué!
"C'est une photographie incomplète de la situation car les communications avec la Libye sont très difficiles. Nous avons de fortes inquiétudes (...) qu'une catastrophe soit en cours en matière de droits de l'Homme", a déclaré le directeur du bureau de HRW .
Où est l'Europe? Où est l'Amérique? Où sont les ONG?
Est-ce que la valeur du pétrole et de l'uranium est plus importante que le peuple libyen?
Quand est-ce que la communauté internationale va intervenir? Un bain de sang en Libye et Kadhafi fera tout pour réprimer!
Kadhafi a déclaré une guerre contre le peuple. Un génocide à l'est de la Libye!
Bougeons pour la Libye! Bougeons au nom des droits de l'homme! bougeons au nom de l'humanité!
On nous massacre!

jeudi 16 décembre 2010

Kadhafi plaide pour une armée africaine d'un million de soldats

Par Julie Rafondriaka, La Lettre Méditerranée, 15/12/2010
Khadafi et Wade
L’inamovible chef de l’Etat libyen ne rate aucune occasion pour étaler au grand public ses projets presque titaniques. Alors qu’il était invité au troisième Festival mondial des arts nègres (FESNAM) à Dakar, le colonel Kadhafi a appelé mardi, à la création d'une armée africaine d'un million d'hommes pour assurer la protection du continent noir contre des agresseurs extérieurs tels que l'Otan ou la Chine. Il pense que les armées nationales seules ne peuvent plus assurer la défense leurs pays.
Kadhafi a également renouvelé sa proposition de mettre en place un gouvernement unifié pour toute l’Afrique. Une idée que partage son homologue sénégalais, Abdoulaye Wade qui a plaidé lui aussi en faveur de "l'instauration des Etats-Unis d'Afrique". Wade, 84 ans, a tenu aussi à féliciter Kadhafi pour son projet, le présentant comme "son compagnon de lutte pour l'édification des Etats-Unis d'Afrique". Seule une force commune, a affirmé le dirigeant libyen, peut surveiller "les frontières et les mers, protéger l'indépendance de l'Afrique et faire face à l'Otan, à la Chine, à la France, à la Grande-Bretagne et à d'autres pays" velléité expansionniste. "Nous sommes en train de vivre un nouvel assujettissement", a mis en garde le dirigeant libyen, présentant l'Afrique comme "une proie que tous les loups de par le monde veulent dévorer" en pillant ses ressources minières et halieutiques. Kadhafi s'en est aussi pris à ceux qui s'opposent à sa proposition d’un gouvernement unifié pour toute l’Afrique, un projet qu'il traîne depuis longtemps sans parvenir à convaincre ses pairs africains pour l’adopter.
"A bas l'impérialisme! L'Afrique doit s'unir, pour qu'on ne redevienne pas des serfs ou des esclaves. Il faut mettre en place un gouvernement d'union pour le continent africain, que l'Afrique ait une seule armée ", a insisté le colonel Kadhafi. Les idées d'unifier l'Afrique et ses armées ont suscité un intérêt poli chez les dirigeants de certains pays amis particulièrement ceux qui profitent des largesses du colonel Kadhafi. Mais, nombreux sont ceux qui affichent un certain scepticisme, comme l'Afrique du Sud ou l'Ethiopie qui jugent le projet utopique et attentatoire aux souverainetés nationales. Les Etats Unis d’Afrique est un beau rêve longtemps caressé par Mouammar Kadhafi, mais il risque de ne jamais voir le jour avec les guerres et les litiges politiques et territoriaux qui divisent le continent noir.

vendredi 17 septembre 2010

Les Libyens mitraillent un bateau italien et s’excusent ! Affaire close.

Par Julie Rafondriaka, La Lettre Méditerranée, 16/9/2010
"Lorsque les événements nous échappent, donnons l’impression d’en être les instigateurs."
Jean Cocteau (1889-1963)
Pour préserver leurs intérêts économiques, les co-équipiers de Silvio Berlusconi sont prêts à tout faire. Les dirigeants italiens se montrent d’une complaisance incomparable à l’endroit des Libyens. Hier c’était le colonel Mouammar Kadhafi qui, à l’occasion de sa visite à Rome, a appelé à l’islamisation de toute l’Europe, provoquant l’ire du Vatican et de toutes les formations conservatrices d’Italie et aujourd’hui, c’est au tour de la marine libyenne de prendre pour cible et mitrailler un bateau de pêche sicilien dans les eaux du Golfe de Syrte.
La raison avancée par les autorités libyennes c’est que le bateau de pêche Ariete de 32 mètres de long, a été pris pour une patera transportant des immigrés clandestins, une thèse, d’ailleurs confirmée et approuvée du côté officiel italien. Le ministre de l’intérieur, Roberto Maroni a qualifié le mitraillage de simple « incident », alors que son collègue des affaires étrangères, Franco Frattini a assuré que "cela ne changera rien aux relations" entre les deux pays. Tout à fait normal, puisqu’en cas d’escalade, le grand perdant dans les circonstances actuelles, sera forcément l’Italie qui, durement frappée par la crise financière internationale, a trouvé en le marché libyen et ses pétrodollars, une bouffée d’oxygène inespérée. Plus grave encore, au moment de l’incident lundi 13 septembre, un militaire et du personnel technique italiens se trouvaient à bord de la vedette libyenne. Le commandant du bateau de pêche sicilien et ses dix hommes d’équipage qui ont réussi à prendre la fuite en direction de Lampedusa, ont eu pour unique consolation, des excuses présentées par le commandant général des gardes-côtes libyens. Pour le patron de l’Ariete, Gaspare Marrone, « les Libyens ne peuvent pas nous avoir pris pour des clandestins. J'ai parlé par radio avec le commandant de la vedette et je lui ai dit très clairement que nous étions Italiens ». Devant la pression des syndicats des pêcheurs appuyés par les médias italiens, les co-équipiers de Silvio Berlusconi qui voulaient passer l’éponge sur cet incident, ont finalement décidé l’ouverture d’une enquête pour connaitre les circonstances exactes du mitraillage de l’Ariete. La complaisance des Italiens à l’égard des libyens a-t-elle des limites, ou au contraire, Berlusconi et ses hommes sont prêts à tous les sacrifices pour sauver leurs affaires ?

mercredi 1 septembre 2010

Kadhafi veut faire plier les Italiens à ses caprices


Par JULIE RAFONDRIAKA, La lettre MED, 30/8/2010
Qu’est-ce qu’il y a de mieux que de profiter des faiblesses des autres pour les faire plier à ses caprices ? C’est la stratégie que semblerait faire sienne le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi qui est allé à Rome fêter avec son ami Silvio Berlusconi, le deuxième anniversaire de la signature du traité d'amitié italo-libyen. Par ce traité, les ennemis d’hier et amis d’aujourd’hui, ont clos un vieux contentieux colonial qui envenimait leurs relations. Rien que pour le signer, Kadhafi avait arraché à Rome un pactole de 5 milliards de dollars à titre de dédommagement pour plus 30 ans de colonisation.
Sous une tente dressée dans l’enceinte de l’ambassade libyenne à Rome, Kadhafi a donné dimanche soir, puis lundi après-midi, deux leçons sur l’Islam suivie respectivement par 500 puis 200 jeunes femmes, sélectionnées par une agence d’hôtesses et rémunérées à hauteur de 80 euros chacune. Le colonel Kadhafi a exhorté ses invitées à se convertir à l’Islam, en leur remettant à la sortie, une copie du Coran.
Comme son audace n’a pas de limites, le colonel Kadhafi a appelé à la conversion de toute l’Europe. L’islam, a-t-il expliqué devant son assistance féminine, est la dernière religion et si l’on doit avoir une seule foi, cela doit être la foi musulmane.
Dans la soirée de lundi, il a même poussé la provocation jusqu'à réclamer à l'Union Européenne 5 milliards d'euros par an, pour stopper l'immigration clandestine aux frontières de la Libye, afin d'éviter que l'Europe "ne devienne noire".
Si certains hommes politiques italiens ont dénoncé les comportements et propos provocateurs du leader libyen, Berlusconi et les hommes d’affaires ont préféré rester bouche cousue et laisser passer l’orage. Le marché libyen qui regorge de pétrodollars représente pour eux un salut incontournable pour l’Italie, dont la crise est en train de ronger son économie. Les affaires d’abord et le protocole après.