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samedi 14 mars 2015

Limogeage de l’ambassadeur de la Côte d’Ivoire à l’ONU pour ses propos sur le Sahara

L'ambassadeur ivoirien à l'ONU démis de ses fonctions

media Ban Ki-moon et Youssoufou Bamba à l'ONU à New-York en 2010. REUTERS
 
L’ambassadeur de Côte d’Ivoire aux Nations unies, Youssoufou Bamba, a été démis de ses fonctions. Un limogeage qui intervient après une prise de position publique du diplomate contraire à la politique d’Abidjan. Youssoufou Bamba avait en effet déclaré que le Sahara Occidental était « l’unique territoire non encore autonome en Afrique ». Une déclaration qui avait fortement contrarié Abidjan et Rabat.
Avec notre correspondante à Washington, Anne-Marie Capomaccio
Youssoufou Bamba a été démis de ses fonctions. Une courte lettre du ministre Dibby Koffi a été envoyée au secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon le 2 mars. Si l’ancien ambassadeur, joint par RFI, confirme son limogeage, le diplomate conteste les faits qui lui sont reprochés. C’est un article de Jeune Afrique, lui attribuant des propos sur le Sahara Occidental, « dernière colonie en Afrique », qui a provoqué la crise. Or le prononcé est différent : « Le Sahara Occidental est l’unique territoire non autonome », a écrit le diplomate.
La décision d’Abidjan est toutefois sans appel. Youssoufou Bamba a quitté New York. « Il respecte sa hiérarchie », mais veut laver son honneur en engageant des poursuites contre l’hebdomadaire. Quelle que soit la nuance, les propos, tenus mi-octobre devant une commission des Nations unies sur la décolonisation, ont provoqué l’ire du président Ouattara et, on l’imagine, du Maroc. La Côte d’Ivoire ne pouvait laisser passer la bévue diplomatique, cette position ne correspondant pas à la ligne adoptée par Abidjan.
Le rappel, dans ces conditions, d’un ambassadeur, est extrêmement rare. Ce sont des affaires en principe réglées dans la plus grande discrétion. Le limogeage de Youssoufou Bamba donne donc une idée de la fureur du président Ouattara, et de l’importance que le chef de l’Etat attache aux relations en plein essor entre la Côte d’Ivoire et le Maroc.
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Le 20 heures, 13/3/2015

 Suite à ses propos hostiles au Maroc concernant le Sahara, Youssoufou Bamba, ambassadeur de Côte d’Ivoire aux Nations Unies a été démis de ses fonctions. 

Selon Jeune Afrique, en octobre 2014, Youssoufou Bamba avait déclaré au siège de l’organisation internationale à New York que le Sahara était « la dernière colonie en Afrique ». Une sortie qui avait obligé le président ivoirien Alassane Ouattara à intervenir personnellement pour corriger la bourde de son ambassadeur. Une intervention du président qui démontre l’importance qu’attache le chef d’état ivoirien aux relations avec le Maroc. Interrogé par la BBC, le diplomate ivoirien a expliqué qu’il n’était pas présent à la 4ème Commission des Nations Unies du 13 octobre 2014 consacrée à la décolonisation et où a été évoquée la question du Sahara. Selon lui, la Côte d’Ivoire y était représentée par un délégué dont il reconnait n’avoir pas supervisé les propos.

samedi 12 avril 2014

Colonisation / décolonisation : indépendance. Sahara Occidental - Côte d'Ivoire


Colonisation / décolonisation : indépendance. 

Sahara Occidental - Côte d'Ivoire

Conférence / débat dans le cadre de la 2ème université Citoyenne et Solidaire de l'Est Lyonnais
Colonisation / décolonisation : indépendance
Sahara Occidental - Côte d'Ivoire
Samedi 19 avril
10h-21h
Espace Frachon, 3 av Maurice Thorez
69 Vaulx en Velin 
 Affiche et programme ci-dessous

dimanche 17 avril 2011

Libye, Côte d’Ivoire, Sarkozy : Le « come-back » des neo-cons (...)


Libye, Côte d’Ivoire, Sarkozy : Le « come-back » des neo-cons ?
Par Vladimir Caller, 12/4/2011
Les arbres, encore une fois, servent à cacher des forêts. Qui pourra, de bonne foi, ignorer la nature non seulement tyrannique mais même criminelle du régime du Colonel Kadhafi ? Le massacre, en une seule journée, des 1200 détenus dont parle Baudouin Loos dans sa carte blanche de ce 31.03, celles des attentats terroristes contre des passagers innocents de l’aviation civile, les cas des infirmières bulgares et bien d’autres suffisent largement à nous donner le profil de ce tyran, victime, probablement, de perturbations mentales. Mais la question n’est pas là.

La question est que des indices graves semblent indiquer que l’on utilise, plus exactement, que l’on ‘rétroactive’ ce CV, pour justifier de toutes pièces une intervention qui a très peu à voir avec les massacres contre des opposants désarmés et d’autres motivations ‘humanitaires’. L’espace de cette chronique m’oblige à ne mentionner, à ce propos, que l’article de Natalie Nougayrède au journal Le Monde du 11.03 disant que « les carnages provoqués par des bombardements aériens n’ont pas, à ce jour, été vérifiés » et aux informations des services de renseignement russes selon lesquels aucun bombardement de populations civiles par l’aviation de Kadhafi n’avait pu être vérifié. Comment par ailleurs expliquer que, dans un monde où le plus petit coin d’une ruelle est sous l’œil des satellites, les services occidentaux, toujours si prêts à susciter nos compassions par une profusion d’images n’en ont produit aucune montrant ces méchants bombardements kadhafistes contre des populations civiles ?

Quant aux motivations humanitaires, toujours aussi compassionnelles, comment ne pas être ébranlé par la révélation du même quotidien français lorsque sa correspondante, Nathalie Guibert nous informe que « les forces interventionnistes ne touchent pas la marine libyenne parce qu’elle sera utile pour faire barrage aux immigrés dans le ‘post-kadhafi’ » ? (Le Monde, 31.03). Pour ce qui est des opposants désarmés, le doute s’impose lorsqu’on apprend que le 18 mars un avion de chasse abattu à Benghazi et que l’on croyait du dictateur appartenait en réalité aux insurgés. Et que des médias si peu suspects de kadhafisme comme The Telegraph, The Wall Street Journal ou la BBC informaient, des semaines avant la décision du Conseil de sécurité des Nations Unies, que des commandos armées occidentaux se trouvaient déjà en territoire libyen. Plus près de nous, le ‘Canard Enchaîné’, dans un article titré « Fournitures gratuites aux insurgés libyens », informait le 9 mars, (soit 9 jours avant la résolution du Conseil de sécurité autorisant l’usage de la force) que des opérations militaires franco-anglo-américaines se déroulaient déjà sur le terrain. Ce journal récidive trois jours plus tard, en nous apprenant que la DGSE — le service de renseignement et d’action extérieur français — « aurait livré discrètement à Benghazi, dès la mi-mars, quelques canons de 105 mm et des batteries antiaériennes mobiles ».

Comme si toute cette démonstration d’aventurisme de tout genre était insuffisante, voilà que le couple Sarkozy - Ban-ki Moon se lance dans une opération encore plus douteuse dans le contexte des élections en Côte d’Ivoire. Avec un empressement digne des meilleures causes, le second ordonne à son représentant sur place de valider l’élection du candidat Ouattara, ami personnel du premier. C’est ainsi que, dûment entouré par les ambassadeurs de France et des Etats-Unis, ce fonctionnaire décide que Ouattara est le vainqueur malgré de très lourdes et sérieuses contestations. Le Français Alberto Bourgi, professeur du droit public et africaniste reconnu, s’étonnait à la radio française ce vendredi 01.04 de cette curieuse célérité.

Sauf que ce sont toujours des arbres pour cacher la forêt. Encore une fois, le problème semble un peu moins altruiste que le droit humanitaire ou le sacro-saint principe du respect des urnes qui tirent les ficelles de la gestion du dossier ivoirien. Il se fait que le Président Gbagbo avait osé envisager de ne pas limiter aux seuls capitaux occidentaux les perspectives d’investissement dans son pays, mais les ouvrir aussi aux Chinois et aux Indiens. Pire encore, il avait des plans pour faire de la commercialisation du cacao, jusqu’alors dans les mains d’une grosse multinationale, un service public contrôlé par l’Etat, avec la participation des petits producteurs organisés en coopératives. Projets fort gênants parce qu’il se fait qu’un des patrons de cette multinationale, la ‘Armajaro Trading Inc’, Loïc Folleroux, est le propre beau-fils de Ouattara, lequel, en spéculateur habile, venait d’acheter un mois avant les élections 240.000 tonnes de cacao en anticipant une envolée de son cours. Suprême irrévérence, le président Gbagbo se proposait de constituer un système financier essentiellement axé sur une banque publique contrôle par l’Etat. Projet quelque peu détonnant si l’on considère que son rival Ouattara était l’ancien patron du département Afrique du FMI.

Triste scénario de bien douteuse morale. L’Occident se prépare ainsi, au nom des valeurs humanitaires et de liberté qui sont « les siennes », à sacrer le candidat Ouattara dont la Croix Rouge est occupée à découvrir d’importants chantiers semés par ses troupes dans sa route vers Abidjan. Monsieur Sarkozy joue à l’apprenti sorcier en Côte d’Ivoire, deuxième acte d’une partition qui, après la Libye, viserait l’Iran. Délocalisation aidant, les néo-conservateurs ont déménagé vers l’Elysée ? Tout en cherchant à assurer la réélection du patron, seront-ils en train d’explorer les traits d’une folle sortie de crise ?

jeudi 24 mars 2011

La France fait la sourde oreille aux injonctions de la Cour Européenne des Droits de l’Homme

par l'Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers, 23 mars 2011
Les ressortissants ivoiriens se présentant aux frontières françaises pour y demander une protection continuent d’être refoulés vers le pays par lequel ils ont transité, alors que la Côte d’Ivoire reste le théâtre de violents affrontements depuis les élections du 28 novembre 2010.
Au moins quatre demandeurs d’asile ivoiriens ont ainsi été refoulés vers leur pays de transit, le Maroc, depuis le début de l’année 2011. Dans ce pays, ils se trouvent dans une situation d’absolue vulnérabilité - sans droit au séjour ni véritable protection. De plus, les autorités peuvent à tout moment procéder à leur renvoi vers la Côte d’Ivoire.
Pourtant, le HCR a recommandé le 21 janvier 2011 de suspendre tous les renvois de ressortissants ivoiriens vers leur pays, et l’Anafé a demandé aux autorités françaises de se conformer à cette recommandation dans un communiqué du 1er février intitulé « Réflexe d’inhumanité : la France renvoie des Ivoiriens vers leurs tortionnaires ».
Le 18 mars 2011, l’Anafé a saisi en urgence la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) de la situation de M. Y, de nationalité ivoirienne, arrivé à l’aéroport de Marseille le 7 mars pour y demander une protection à la France.
Au regard du danger imminent, la CEDH avait enjoint aux autorités françaises de suspendre son renvoi forcé vers Casablanca. Le soulagement n’aura été que de courte durée: en dépit de cette décision, la Police aux Frontières a tout de même tenté de refouler M. Y dans les heures suivantes, prétendant n’avoir jamais été informée par le Ministère de l’Intérieur de la mesure de suspension.
Au mépris des principes du droit international, le Ministère aura donc ignoré pendant trois heures une injonction de la CEDH. Celle-ci note par ailleurs une recrudescence alarmante des requêtes de mesures provisoires au titre de l’article 39 de son Règlement, seule possibilité de suspendre en urgence un renvoi forcé et dangereux. Finalement le Ministère a décidé de libérer M.Y et de l’admettre sur le territoire français, faute de pouvoir le renvoyer dans son pays de provenance ou d’origine.
Ce grave incident éclaire non seulement sur le manque préoccupant de communication au sein de l’administration, mais également sur la détermination des autorités françaises à appliquer coûte que coûte une politique migratoire ferme et incohérente, au risque d’être parfois cruelle et inhumaine.
  • Déclaration du Président de la Cour européenne des droits de l’homme concernant les demandes de mesures provisoires (Article 39 du règlement de la Cour)
Face à une augmentation alarmante du nombre des demandes de mesures
 provisoires et à ses implications pour une juridiction déjà surchargée de travail,
le Président de la Cour, Jean-Paul Costa, rend publique la déclaration suivante.
Celle-ci rappelle aux Gouvernements et aux requérants (ainsi qu’à leurs
représentants) quel est le rôle approprié, mais limité, de la Cour en matière
d’immigration et de droit d’asile, et insiste sur leurs responsabilités respectives
quant à une pleine coopération avec la Cour.

lundi 3 janvier 2011

Les élections de Côte d’Ivoire : Chronique d’un échec annoncé

Libre Opinion de Pierre Sané parue dans mo5-togo.com du 26/12/2010
Pierre Sané est né en 1949 au Sénégal. Il a été Secrétaire Général d’Amnesty International de 1992 à 2001 et sous-directeur général de l’UNESCO pour les sciences sociales et humaines de 2001 à 2010. 
Ce devait être des élections qui allaient permettre de mettre fin à la crise, de tourner enfin la page du legs de Félix Houphouët-Boigny et d’engager la Côte d’Ivoire sur le chemin de la paix et du développement. Cela aura été en tous les cas les élections africaines les plus longuement et méticuleusement préparées qui ont impliqué depuis les accords de Marcoussis en janvier 2003 (1) un nombre impressionnant d’acteurs :
le pouvoir, la rébellion armée, les partis politiques ivoiriens, la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine, la France, l’Union européenne, la Francophonie, les Nations Unies sans oublier les médiateurs successifs (le Togolais Gnassingbé Eyadema, le Sud-africain Thabo Mbeki et le Burkinabè Blaise Compaoré...). Du jamais vu en Afrique !
Le processus électoral avait fait l’objet d’un consensus laborieux entre toutes les parties prenantes même si à chaque étape il y avait eu des dérapages. Des audiences foraines au recensement de la population, de la constitution du fichier électoral à la délivrance de cartes d’identité nationale, de la constitution puis reconstitution de la Commission électorale indépendante à la distribution des cartes d’électeurs, l’ensemble du processus élaboré et mis en œuvre par le pouvoir, l’opposition et les rebelles sous la supervision sourcilleuse de la communauté internationale était censé délivrer un résultat incontesté. Un code de bonne conduite avait même été élaboré par les partis politiques au-delà de la loi électorale et de la Constitution pour s’assurer du respect des règles par tous les acteurs de la compétition électorale… Cerise sur le gâteau, il était fait appel aux Nations Unies pour certifier l’ensemble du processus… Du jamais vu en Afrique !
Ainsi après le premier tour tous s’accordaient pour valider la sincérité du scrutin et les deux candidats s’engageaient à respecter le verdict des urnes au second tour. Mais voilà qu’à l’arrivée on se retrouve avec deux vainqueurs. Un échec et une impasse qui risquent de plonger le pays dans une guerre civile plus dévastatrice encore que celle qu’il a connue de 2002 à 2005. Et au bout du compte, quel que soit le vainqueur, ce dernier risque de gouverner pendant longtemps contre une moitié du pays. Que s’est-il passé ? Pourquoi en est-on arrivé là et comment en sortir ? Au-delà des jugements à l’emporte-pièce, des prises de position partiales, instructions péremptoires et menaces, il est important de dégager un post mortem objectif afin de servir de leçon pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique.
Observateur impartial et objectif de la scène politique ivoirienne et conscient que même si on se réclame du panafricanisme on ne saurait s’adjuger le droit de donner des instructions aux dirigeants ivoiriens surtout dans une Afrique où les conflits internes sont complexes et où la manipulation des processus électoraux est plus la règle qu’autre chose. De ce qui devait être des élections «parfaites» jusqu’au blocage actuel j’ai identifié quatre anomalies/erreurs qui ont à mon avis entrainé des dysfonctionnements menant à l’échec programmé du processus. Cet échec est bien sûr à mettre au passif de tous les acteurs impliqués qu’ils soient nationaux ou internationaux.
La première anomalie a trait au non-respect des accords signés qui prévoyaient notamment un cadre et un échéancier pour l’organisation et la tenue pacifiques des élections présidentielles. Ces modalités ont été stipulées dans le 4e Accord complémentaire à l’Accord politique de Ouagadougou (2) qui dresse un canevas pour les opérations de démobilisation, de désarmement et de stockage des armes, précise les conditions de restauration de l’appareil d’État et de son administration dans le pays tout en prévoyant la sortie de la crise.
Ainsi l’Accord complémentaire, dans son Article 3, stipule «.. afin de favoriser l'organisation des élections dans de bonnes conditions, les deux Parties ont convenu de relancer, sans délai et sous la conduite du CCI [Centre de commandement intégré] et la supervision des Forces impartiales, le désarmement, le stockage des armes des deux Forces ex belligérantes, ainsi que la démobilisation des ex combattants des Forces nouvelles. En tout état de cause, ces opérations devront être achevées au plus tard deux mois avant la date fixée pour l'élection présidentielle. »
L’Accord complémentaire prévoit également le regroupement et le cantonnement des forces rebelles, le démantèlement des milices, le paiement de primes de démobilisation le tout « devant être achevé au plus tard deux mois avant les élections présidentielles. » En outre l’article 8 du même Accord complémentaire reconnaît «  que la non réunification du pays et les lenteurs accusées dans la normalisation institutionnelle et politique constituent de sérieux obstacles à l'organisation d'élections justes, transparentes et démocratiques. »
Il apparaît que les clauses ci-dessus, absolument essentielles à la tenue d’élections ouvertes, n’ont pas été respectées, les rebelles refusant de désarmer et rendant aléatoire le redéploiement de l’administration et la récupération par l’Etat de ses recettes fiscales et douanières. Or l’expérience récente (Irak, Afghanistan) a montré qu’il était illusoire de prétendre tenir des élections libres et transparentes dans des zones contrôlées par des rebelles en armes.
Pourquoi la communauté internationale n’a-t-elle pas exigé des rebelles qu’ils se conforment à l’Accord politique de Ouagadougou et ses quatre Accords complémentaires qu’ils ont eux-mêmes signés ? Pourquoi le Conseil de sécurité des Nations Unies n’a-t-il pas donné instruction aux rebelles de désarmer tel que prévu dans l’Accord de Ouagadougou que le Conseil a entériné ? Pourquoi le Facilitateur parrain du processus de Ouagadougou Blaise Compaoré n’a-t-il pas exercé les pressions nécessaires pour faire respecter cette clause essentielle ? Et enfin pourquoi les rebelles et leur chef politique, le Premier Ministre Guillaume Soro, ont-ils refusé de désarmer alors qu’ils étaient signataires de l’Accord ?
Ce manquement primordial au processus électoral élaboré laborieusement ouvrait fatalement la possibilité de violences et d’intimidations dans des zones contrôlées de fait par des groupes d’opposition armés dans le Centre, dans le Nord et dans l’Ouest du pays. Le fait que ces violences aient pu entacher la régularité du scrutin a été apprécié différemment par le Conseil constitutionnel et par le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en Côte d’Ivoire créant ainsi une nouvelle crise.
La deuxième anomalie à mon avis tient à la composition et au mode de fonctionnement de la Commission électorale indépendante (CEI). Prêtant serment au palais présidentiel le 25 février 2010 devant le Conseil Constitutionnel et en présence du représentant du Facilitateur et du représentant des Nations Unies, ses membres s’étaient « engagés à remplir leur mission dans le respect de la Constitution et en toute impartialité ».
Or cette Commission est composée de 31 membres dont 11 représentant les corps constitués et 20 venant des partis politiques et groupes rebelles. Fait probablement unique en Afrique sur les 20 représentants des partis politiques et groupes rebelles dans la Commission, l’opposition compte 18 représentants et le parti au pouvoir 2 ! A supposer même que les représentants des corps constitués (11) soient tous proches du pouvoir, cela ne ferait jamais que 13 en face de 18. En quelque sorte la Commission « indépendante » est bel et bien contrôlée par l’opposition ! D’ailleurs son Président est un membre éminent de la coalition de l’opposition et ancien ministre PDCI dans le gouvernement Gbagbo. Fait curieux, tous ces membres ont été nommés par décret présidentiel ! Et parmi les 18 membres de l’opposition, on en retrouve 6 qui représentent 3 groupes rebelles (MPCI, MPIGO et MJP) ayant depuis longtemps fusionné dans les Forces nouvelles, et 8 issus de 4 partis politiques d’opposition (PIT, UDPCI, MFA et UDCY) dont le score combiné au 1er tour de la présidentielle s’est élevé à 3,5% des voix exprimées, les 4 autres représentant le RDR et le PDCI…Du jamais vu en Afrique … ou ailleurs !
Et pourtant la loi électorale promulguée en 2001 ne prévoyait que « deux  représentants de chaque parti ou groupement politique ayant au moins un Député à l'Assemblée Nationale ou ayant remporté au moins une élection municipale » (3).
C’est qu’entre-temps il y a eu une tentative de coup d’Etat, une rébellion armée, l’envoi par la France et les Nations Unies de forces d’interposition et le début du ballet politico diplomatique menant de Marcoussis à Ouagadougou en passant par Accra et Pretoria. C’est à Marcoussis qu’une telle composition de la Commission a été concoctée au mépris de la Constitution ivoirienne adoptée deux ans plus tôt par une large majorité des Ivoiriens et au mépris des règles d’équité les plus élémentaires.
En plus de cette composition pour le moins insolite (et sans doute pour en atténuer un peu les conséquences) on y ajoute une modalité de prise de décision qui va nécessairement mener au blocage : le consensus. Ce blocage a découlé du différend concernant le sort à réserver aux résultats  de plusieurs  départements dans le Nord du pays, de l’opportunité de prononcer des résultats provisoires compte tenu du manque de consensus et du dessaisissement de la Commission électorale par le Conseil constitutionnel. C’est suite à ce dessaisissement que le Président de la CEI, membre de l’opposition, a procédé dans la précipitation et la plus grande confusion à une déclaration de résultats provisoires non consolidés et encore moins validés par l’ensemble des commissaires centraux de la CEI et, fait inédit, depuis le QG de campagne du candidat de l’opposition, en d’autres termes de son candidat !
Auparavant une image avait fait le tour du monde, celle de papiers arrachés et déchirés des mains du porte-parole de la CEI, membre de l’opposition. L’auteur de cet acte, commissaire central de la CEI et représentant le ministre de l’Intérieur, a déclaré à la presse pour justifier son acte : « Le mode opératoire que nous avons adopté de façon consensuelle est qu’avant que les résultats ne soient rendus publics, ils ont besoin d’être consolidés en Commission centrale. Ce dont il s’agit, c’est que M. Bamba Yacouba a agi en violation flagrante du mode opératoire unanimement admis par la CEI. »
Il est donc avéré que la Commission électorale n’a pas respecté son serment d’impartialité et de respect de la Constitution. Mais pouvait-il en être autrement au vu de sa composition, de son mode opératoire et des enjeux ? Peut-on être à la fois juge et partie ? Pourquoi devrait on estimer que les résultats collatés et promulgués par le seul Président de la Commission (la Commission n’ayant pas statue à ce jour) reflètent fidèlement le souhait de la majorité des électeurs ? Et surtout pourquoi avoir impose une telle composition de commission électorale ?
En tout état de cause l’ordonnance de 2008 portant ajustement au code électoral pour les élections de sortie de crise indique que la proclamation définitive des résultats relève de la compétence exclusive du Conseil constitutionnel, la proclamation des résultats provisoires par la CEI ne constituant qu’une étape dans le processus électoral. Et c’est là que survient à mon avis la 3e erreur. Elle est due à la précipitation du Conseil constitutionnel. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause sa légitimité ou la légalité de son action. Comme partout ailleurs sa composition et ses attributions sont fixées par la Constitution. Et comme partout ailleurs son Président est nommé par le chef de l’exécutif. L’argument selon lequel son Président serait un proche du Président de la République n’est donc pas recevable. C’est la même chose partout.
Comme partout ailleurs le Conseil constitutionnel de Côte d’Ivoire est juge de la constitutionnalité des lois. II « contrôle la régularité des opérations de référendum et de l’élection des représentants du peuple » (4). Il « statue sur l’éligibilité des candidats aux élections présidentielle et législative, les contestations relatives à l’élection du Président de la République et des députés. Le Conseil constitutionnel proclame les résultats définitifs des élections présidentielles (5) ». C’est fort de ce mandat que le Conseil constitutionnel a procédé à l’annulation du scrutin dans 7 départements (sur les 8 contestés) sur la base de l’examen des 5 requêtes introduites par le candidat Laurent Gbagbo au sujet d’irrégularités ayant trait « à l’absence de ses représentants et délégués dans les bureaux de vote ; au bourrage d’urnes ; au transport des procès-verbaux par des personnes non autorisées ; à l’empêchement de vote des électeurs ; à l’absence d’isoloirs ; et à la majoration des suffrages exprimés ».
Sur la base des éléments de preuve soumis en appui des requêtes le Conseil constitutionnel a procédé à l’annulation du scrutin des départements incriminés et procédé au redressement des résultats aboutissant à la proclamation de Laurent Gbagbo comme vainqueur.
Toutefois, puisque comme partout ailleurs la décision du Conseil constitutionnel est finale et sans recours et compte tenu des circonstances exceptionnelles pourquoi le Conseil n’a t’il pas pris le temps d’enquêter plus à fond sur les requêtes déposées par le candidat Laurent Gbagbo et peut-être même solliciter du candidat Alassane Ouattara un dépôt de requêtes quitte à faire une exception sur le non-respect des délais ? De même  pourquoi n’a t’il pas ordonné la reprise des élections dans les départements incriminés en sollicitant par le biais du Gouvernement les forces armées et les forces des Nations Unies pour assurer la sécurité dans les bureaux de vote de ces 7 départements?
Toujours est-il que cela demeure une décision de la justice suprême du pays qu’il ne nous appartient pas ici de remettre en cause tout comme cela s’est passé dans nombre d’autres élections africaines et même ailleurs (par exemple lors du face-à-face George W. Bush Al Gore aux Etats-Unis). Je peux comprendre que la rapidité choisie avait pour but de contrer l’action du Président de la Commission électorale mais cela a inévitablement créé une suspicion de partialité.
La dernière précipitation et anomalie ont été bien sûr la certification des résultats par le Représentant des Nations Unies.

Lors d’une conférence de presse tenue à Abidjan le 12 novembre 2010, le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour la Côte d’Ivoire, Choi Young Jin, avait certifié les résultats définitifs du premier tour de l’élection présidentielle tenue le 31 octobre 2010, six jours après leur proclamation par le Conseil constitutionnel. S’appuyant sur les cinq critères cadres de la certification (paix, inclusivité, accès aux médias d’Etat, liste électorale définitive et résultats), le chef de l’ONUCI avait estimé que le premier tour de l’élection présidentielle avait eu lieu dans « un environnement globalement pacifique et sécurisé, malgré des incidents isolés, notamment des actes d’intimidation et d’obstruction à la liberté de mouvement dans certaines régions. »
Pour la première fois de son histoire l’ONU se voyait conférer un tel rôle (ndlr, c'est le MO5-Togo.com qui souligne) . A la suite des Accords de Pretoria (2005)(6) le Conseil de sécurité dans sa résolution n°1765 (7) avait confié au Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies le mandat de certification exercé à titre exclusif et personnel. La résolution précise que « le Certificateur doit sauvegarder les résultats légitimes avec engagement, honneur et détermination. Il veillera à ce que les résultats soient respectés ; que le vainqueur soit celui qui a gagné les élections ; que les résultats ne fassent l’objet ni de contestations non démocratiques, ni de compromissions. »
Reposant sur le respect des critères cadres ci-dessus la certification confiée au Représentant spécial du Secrétaire général comprend donc les différentes étapes du processus électoral, la sauvegarde des « résultats légitimes » et la prévention de « contestations non démocratiques ». La question essentielle à laquelle il convient donc de répondre est bien celle de la signification du terme « résultats légitimes ». S’agit-il des résultats provisoires ? Ou des résultats définitifs ? Des résultats proclamés par la Commission électorale indépendante ou de ceux proclamés par le Conseil constitutionnel ?
Est légitime ce qui est conforme à la loi. Et dans ce cas d’espèce la légitimité des résultats découle comme dans toute démocratie de l’organe qui confère la légitimation à savoir le Conseil constitutionnel. Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies aurait donc dû travailler sur les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel et décider ou non de les certifier comme cela a été le cas lors du premier tour. En cas de désaccord persistant il aurait pu procéder à la vérification détaillée des critères d’annulation mis en avant par le Conseil constitutionnel et évaluer leur force de justification et même demander, compte tenu des circonstances exceptionnelles, que Alassane Ouattara puisse soumettre des « contestations démocratiques » et ensuite transmettre un rapport au Conseil de sécurité.
Il n’y a pas d’élections « parfaites », ni en Afrique ni ailleurs. Et personne ne peut en outre prétendre aujourd’hui savoir pour sûr qui a gagné les élections présidentielles et surtout si les requêtes déposées étaient valables ou non. Voilà pourquoi un organe judiciaire est celui à qui la loi confère l’autorité en dernier ressort de trancher et de décider du résultat final du scrutin. En Afrique il y a eu au cours de ces dix dernières années maintes contestations de résultats d’élections. Seules les décisions prises par les organes judiciaires suprêmes ont conféré la victoire à l’un des candidats. Cela aurait donc dû être le cas également en Côte d’Ivoire, à moins de récuser la légitimité de son Conseil constitutionnel ce qui serait contraire à l’ensemble des résolutions du Conseil de sécurité sur la Côte d’Ivoire qui commencent toutes par : « Réaffirmant son ferme attachement au respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’intégrité territoriale et de l’unité de la Côte d’Ivoire, et rappelant l’importance des principes de bon voisinage, de non-ingérence et de coopération régionale ». La supervision exercée par les Nations Unies ne suspend en aucune manière la Constitution ivoirienne.
La précipitation du Certificateur à déclarer un vainqueur a certainement contribué à l’impasse actuelle contrairement à ce qui s’est passé en Guinée où les différents organes ont pris le temps nécessaire ce qui a permis d’apaiser les tensions.
Tous ces dysfonctionnements ont précipité la Côte d’Ivoire au bord de la guerre civile et l’urgence aujourd’hui est  d’abord de la prévenir.
Comment en sortir ?
Depuis l’arrivée au pouvoir du FPI en 2000, force est de constater que ce parti n’a jamais pu gouverner sereinement la Côte d’Ivoire. Victime d’un coup d’Etat avorté suivi d’une rébellion armée qui a abouti à une partition de fait depuis 2002, le régime s’est vu imposer par la communauté internationale un partage du pouvoir qui a amené ses opposants et même les rebelles à exercer une partie du pouvoir y compris le contrôle de la Commission électorale et donc du processus électoral.
Au lieu de sanctionner les rebelles et leurs soutiens on leur a offert des strapontins ministériels en imposant des Premiers ministres successifs jusqu'à installer le chef des rebelles au poste de Premier ministre (censé être neutre pendant les élections présidentielles a venir). Ce qu’ils n’ont pas réussi à obtenir par les armes la communauté internationale le leur a offert sur un plateau d’argent sans pour autant obtenir en contrepartie le désarmement et la réunification du pays !
Il est donc compréhensible que la moitié du pays qui a soutenu le Président Laurent Gbagbo ait une légitime attitude de ras-le-bol et de défiance vis-à-vis de cette même communauté internationale qui s’est empressée de reconnaître des résultats provisoires faisant fi du processus démocratique et des règles constitutionnelles du pays. Les instructions et injonctions ne feront que cristalliser la déchirure qui continue à frapper le pays. Quant a une intervention armée, quelque soit le prétexte utilisé elle aurait des conséquences incalculables pour toute la région. Et même si in fine Alassane Ouattara venait à exercer le pouvoir, il le ferait contre la moitié du pays et sur un pays dévasté.
Ce qui s’impose donc c’est manifestement le dialogue politique, mais cette fois-ci un dialogue politique direct sans intermédiaires ni accompagnateurs. Qu’on laisse enfin les Ivoiriens régler leurs problèmes !
Aujourd’hui il leur appartient à eux seuls de décider des voies de sortie de crise et surtout de la gestion future des ressources du pays et notamment des réserves substantielles de pétrole qui alimentent bien des convoitises comme partout ailleurs en Afrique.(8)
En attendant l’issue de la crise une attention particulière doit être impérativement accordée à la prévention de la violence des deux côtés et à s’assurer que toute allégation de violation de droits humains fasse l’objet d’enquêtes judiciaires nationales impartiales et de sanctions rapides et appropriées. En effet Il serait naïf de penser dans une situation pareille que les violences signalées ne viennent que d’un camp. Il n’y a pas en l’espèce d’un côté les « bons » et de l’autre les « méchants ». Il y a une lutte pour le pouvoir en Afrique aujourd’hui, qui au-delà des clivages nationaux ethniques et religieux apparents oppose surtout deux projets de société qui pour faire simple voient s’affronter des dirigeants tenants d’un libéralisme mondialisé a d’autres  qui adhèrent à un panafricanisme souverain et socialisant.
Au moment où l’on commémore les 50 ans d’indépendance, tous les Africains doivent garder les yeux ouverts sur les véritables enjeux de ce qui se passe actuellement en Côte d’Ivoire. La naïveté passe 50 ans est impardonnable !
 (1)Accord de Marcoussis (France) de 2003
(2)Accord de Ouagadougou (Burkina Faso) de 2007
(3)Article 5 de la loi n° 2001-634 du 9 octobre 2001 portant composition, organisation, attributions et fonctionnement de la Commission électorale indépendante.
(4) Article 32 de la Constitution de la République de Côte d’Ivoire.
(5) Article 94 de la Constitution de la République de Côte d’Ivoire.
(6)Accords de Pretoria (Afrique du Sud) de 2005
(7) Résolution n° 1765 adoptée par le Conseil de sécurité le 16 juillet 2007.
(8) « C’est une zone prometteuse dont les objectifs géologiques s'apparentent aux découvertes importantes réalisées sur les permis voisins au Ghana », confie Marc Blaizot, directeur géosciences de la branche exploration et production de Total. Dans l’état actuel des connaissances, les réserves pourraient atteindre jusqu’à 1,5 milliard de barils. » Jeune Afrique.com, 23 octobre 2010.

jeudi 30 décembre 2010

Côte d’Ivoire: Dates clés d’une décennie de crise politique

par Aziz Enhaili,Chroniqueur de Tolerance.ca, 29/12/2010
Au cours de cette première décennie du vingt-et-unième siècle, la Côte d’Ivoire n’a cessé de s’enfoncer, un peu plus chaque jour, dans les méandres mouvants d’une crise politique sans précédent. Retour ici sur les dates clés de cette crise.
23-24 juillet 2000: Une nouvelle réforme constitutionnelle décrète que tout candidat à la présidence «doit être Ivoirien de père et de mère eux-mêmes Ivoiriens» et qu'il «ne doit pas s'être prévalu d'une autre nationalité», ce qui excluait de facto Alassane Dramane Ouattara (ADO), l’ancien Premier ministre de Félix Houphouët-Boigny.
22 octobre: L’élection présidentielle est boycottée par le PDCI d’Henri Konan Bédié et le Rassemblement des républicains (RDR) d’un ADO dont la candidature a été encore une fois invalidée sous prétexte qu’il n’était pas Ivoirien! Provoquant des heurts meurtriers entre partisans du Front populaire ivoirien (FPI) et du RDR. Laurent Gbagbo (chef du FPI) est déclaré nouveau président par la Commission nationale électorale.
Octobre-décembre 2001: Ouverture des travaux d'un «Forum pour la réconciliation nationale». De retour en novembre dans son pays de son exil français, ADO y prend part à côté d’autres leaders politiques. Il gagne la reconnaissance de son «ivoirité» et Gbagbo la légitimité de son cabinet.
Septembre 2002: Dans un contexte délétère, une tentative de coup d'État est déjouée par un pouvoir faisant aussi face à la rébellion des Forces Nouvelles (FN). Des proches de Gbagbo en incriminent ADO, qui se réfugie à l’ambassade française avant de se réfugier au Gabon en novembre. À l’ombre d’une médiation de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), les rebelles nordistes et Gbagbo signent un accord de cessez-le-feu. Dans le cadre de l’opération «Licorne», des unités de l’armée française sont chargées du maintien de la paix en Côte d’Ivoire et de la protection de la sécurité des ressortissants étrangers. Cette opération est complémentaire de la mission de l’ONUCI (Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire). La CEDEAO crée un «groupe de contact» et envoie une force de maintien de la paix dans le pays.
Octobre 2002: Le 17, un accord de cessez-le-feu est signé avec le Mouvement patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI) de Guillaume Soro.
Janvier 2003: Sous l’égide du président Jacques Chirac, les accords de Linas-Marcoussis (France) sont signés. Ils prévoient le maintien de Gbagbo au pouvoir en échange notamment d’un gouvernement «de réconciliation nationale» ouvert, entre autres, aux rebelles du mouvement des FN qui obtiennent les postes de Défense et de l’Intérieur, malgré l’opposition de «Jeunes patriotes» proches du président ivoirien. La CEDEAO déploie finalement un contingent militaire.
13 mai: Adoption par l'ONU de la résolution 1479 créant la Mission des Nations Unies en Côte d'Ivoire (MINUCI).Avec comme mandat de faciliter la mise en œuvre par les parties ivoiriennes de l’Accord de Linas-Marcoussis comprenant une composante militaire, en complément des opérations menées par les forces françaises et celles de la CEDEAO.
4 juillet 2003: Annonce de la fin de la guerre civile.
5 août: Une tentative de coup d'État est déjouée.
Décembre: Tentative sanglante de prise de contrôle de la radio et télévision ivoirienne (RTI) par des groupes armés.
27 février 2004: Aux termes de la résolution 1528, le Conseil de sécurité remplace, à compter du 4 avril 2004, la MINUCI par une nouvelle mission: l’ONUCI.
Avril: Sous l’égide du président sud-africain Thabo Mbeki, les acteurs de la crise ivoirienne signent, le 6, l’Accord de Pretoria, qui complète celui de Linas-Marcoussis et stipule la fin des hostilités et la reprise du processus de désarmement des rebelles. Le 26, Gbagbo dit accepter la candidature d'ADO à la présidentielle.
29-30 juillet: Le Sommet Accra III (Ghana) de chefs d’État africains (dont celui ivoirien) et du secrétaire général de l’ONU, Koffi Annan, accouche d’un accord qui prévoit un train de réformes politiques et un échéancier du désarmement des milices et des rebelles. À défaut de quoi, le pays s’exposerait à de multiples sanctions onusiennes. Mais dès le 15 octobre, les rebelles des FN refusent de déposer les armes.
Novembre: Reprise des hostilités entre l’armée régulière et les FN en raison de l’échec du lancement du processus de désarmement. En perdant des soldats à Bouaké, les troupes de l’opération Licorne (plus de 5000 soldats) abattent deux chasseurs ivoiriens. Une «chasse aux Blancs» est lancée par des partisans de Gbagbo. Un nouveau raid français détruit les chasseurs ivoiriens. Désormais, la maîtrise de l’espace aérien ivoirien échappe à Gbagbo. Neuf mille étrangers sont évacués du pays. La résolution 1572 de l’ONU instaure l’embargo sur la vente des armes à la Côte d’Ivoire.
Mai 2005: L'armée et les FN signent un accord fixant le calendrier du désarmement des milices et prévoyant leur intégration au sein d'une armée dite «refondée et restaurée». ADO et Bédié concluent en France une alliance inattendue en vue de battre Gbagbo lors de la présidentielle prévue pour le 30 octobre 2005.
24 juin: Le Conseil de sécurité adopte la résolution 1609 renforçant les effectifs de l’ONUCI et prolongeant le mandat de l’opération Licorne jusqu’au 24 janvier 2006.
29 juin: L’accord de Pretoria II fixe le calendrier du désarmement et crée une Commission électorale indépendante (CEI). Permettant la conclusion de l’accord du 9 juillet entre l’armée et les FN relativement au calendrier du désarmement des rebelles.
31 août: L’échec de la médiation d’un Mbeki accusé par les FN de prendre le parti de Gbagbo. D’ailleurs, une semaine plus tôt, celles-ci avaient refusé de cautionner la présidentielle prévue pour le 30 octobre estimant que les conditions d’une élection «libre, démocratique, et transparente» n’étaient pas encore réunies.
6 octobre: Conformément au souhait exprimé le 27 septembre par Gbagbo, l’Union africaine (UA) se déclare favorable à son maintien après le 30 octobre à son poste et appelle à la nomination d'un Premier ministre de transition. Décision approuvée aussitôt par le Conseil de sécurité d’une ONU, dont le secrétaire général avait, le 9 septembre, annoncé le report sine die de la présidentielle. La résolution 1633 adoptée le 21 octobre stipule la limitation de la période de transition à douze mois et la désignation d’un Premier ministre. Charles Konan Banny, directeur de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), est chargé, le 4 décembre, de mener cette transition jusqu’à la tenue d’une présidentielle prévue en principe pour le 31 octobre 2006. Il a, le 28 décembre, formé un cabinet où se retrouvent des partisans du président, de l’opposition et des rebelles.
15 janvier 2006: Le Groupe de travail international (GTI) s'oppose à la prolongation du mandat des députés arrivé à échéance en décembre 2005. En vain! Mis sous fortes pressions, les députés d’opposition associés en un Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP) retrouvent, en juin, leurs sièges à l’Hémicycle.
28 février: Les «Cinq grands»: Gbagbo, Charles Banny, ADO, Bédié et Guillaume Soro (FN) se réunissent à Yamoussoukro (capitale de la Côte d’Ivoire). Une première depuis 2002. Ils s’y rencontreront de nouveau, le 5 juillet, sous l’égide d’Annan, et accoucheront d’un communiqué final fixant au 15 juillet au plus tard le début des audiences foraines (visant la fourniture des documents d'état civil et d'identité aux nombreux Ivoiriens qui n'en possèdent pas, dont des personnes originaires du nord du pays, tenues pour «étrangers» par les partisans de l'«ivoirité») et demandant, entre autres, «la publication d'un décret présidentiel d'ici le 15 juillet autorisant la CEI à procéder à tout ajustement nécessaire du code électoral en vue des élections», et prévoyant «d'examiner à la mi-septembre une éventuelle prolongation du mandat du président Gbagbo après le 31 octobre».
Juillet: Lancement du processus d'identification des électeurs en vue du scrutin présidentiel prévu avant le 31 octobre, malgré l’opposition des «Jeunes patriotes». Gbagbo déclare, le 6 août, que ces «audiences foraines» ne peuvent pas délivrer de certificats de nationalité, et affirme qu’il demeurera président jusqu'aux prochaines élections. Deux jours plus tard, les FN suspendent leur participation au dialogue militaire. Aussi, lors de leur rencontre le 5 septembre, les «Cinq grands» ne s’entendent point sur les questions du désarmement et de l'actualisation des listes électorales. Trois jours plus tard, le GTI constate l’échec de la mise en œuvre de la Résolution 1633.
1 novembre: À l’instar de l’UA, le Conseil de Sécurité adopte à l'unanimité la Résolution 1721 reportant la présidentielle et reconduisant Gbagbo à son poste pour une période de transition d'un an, et ce à partir du 1 novembre 2006. Aussi, il reconduit le 13 décembre les mandats de l’ONUCI et de Licorne jusqu'au 10 janvier 2007.
4 mars 2007: Signature par Gbagbo et Soro de l'«Accord de Paix de Ouagadougou» (Burkina Faso), qui prévoit la formation d'un nouveau gouvernement de transition, la relance du processus d'identification et d'enregistrement des électeurs en vue des élections prévues fin 2007 et le départ à terme des casques bleus onusiens et des soldats de l’opération Licorne. Suite à la signature le 27 à Ouagadougou du premier Accord complémentaire de l’Accord politique d’Ouagadougou (APO), Soro devient en avril nouveau Premier ministre. Il est chargé du règlement des questions du désarmement, de la réunification et de l'organisation des élections d'ici à la fin de l'année. Une ordonnance d’amnistie est signée le 12 avril. Elle couvre les crimes et délits survenus entre le 17 septembre 2000 et le 4 mars 2007. Signature le 28 novembre des deuxième et troisième Accord complémentaire de l’APO (et le 24 décembre 2008 du quatrième Accord complémentaire).
27 novembre: Suite au nouveau report de l’élection présidentielle, le président et son Premier ministre prévoient la tenir au plus tard à la fin du premier semestre de 2008.
16 avril 2008: Gbagbo confirme devant l’Assemblée générale de l’ONU la date du 30 novembre 2008 pour la tenue de l’élection présidentielle. En vue de cette présidentielle, le FPI, le RDR et le PDCI signent, le 24, un gentleman’s agreement élaboré par la CEI.
15 septembre: Lancement du processus d’identification des populations et du recensement en vue de la mise à jour des listes électorales en vue du scrutin présidentiel.
10 novembre: Nouveau report du premier tour de l’élection présidentielle.
25 décembre: Signature par le président et son Premier ministre d’un accord d’intégration des ex-rebelles au sein de l’armée régulière.
15 mai 2009: La CEI fixe le 30 novembre 2009 comme date de l’élection.
31 octobre: Nouveau (et sixième) report de la présidentielle, en raison encore une fois du retard pris dans l'élaboration des listes électorales.
12 février 2010: Dissolution par le président du gouvernement et de la CEI. Une décision assimilée par l’opposition à un «coup d’État», d’où son insistance à rétablir la CEI. Un membre du PDCI, Youssouf Bakayoko, est, le 26 février, désigné à sa tête.
5 août: L’annonce par Soro du 31 octobre 2010 comme date définitive de la présidentielle. Après cinq ans d’attente.
Octobre: Ouverture le 15 de la campagne électorale du premier tour de la présidentielle. Gbagbo (FPI) fait face à ADO (RDR) et à Bédié (PDCI). Le 31, le président sortant récolte 38% des voix exprimées contre 32% pour ADO et 25% pour Bédié. Celui-ci appelle ses partisans à reporter leurs voix sur son allié ADO.
28 novembre: Lors du second tour de l’élection, Gbagbo affronte ADO.
Décembre: La CEI accrédite, le 2, ADO de 54,1% des suffrages contre 45,9% pour Gbagbo. Mais le 3, un Conseil constitutionnel aux ordres invalide les résultats de la CEI et déclare réélu le président sortant avec 51,45% des suffrages. L'ONU valide l’élection d’Ouattara. Le lendemain, l’UA emboîte le pas à l’ONU, tout comme l’UE et les États-Unis. Devant le refus obstiné du président sortant d’accepter le verdict des urnes, l’UA suspend son pays le 9. Désormais, plusieurs institutions financières internationales et régionales refusent de reconnaître la validité de la signature de son gouvernement. L’UE met en place plusieurs mécanismes de rétorsion contre des personnalités du camp présidentiel réputées être dures. La CEDEAO brandit la menace d’intervenir militairement en Côte d’Ivoire pour chasser Gbagbo du pouvoir. La troïka africaine dépêchée le 28 décembre en Côte d’Ivoire auprès de Gbagbo semble la mission de la dernière chance.

dimanche 19 décembre 2010

ONU : Deux poids, deux mesures, efficacité ou laisser-faire...

Par APSO, 18/12/2010
L’un des objectifs des Nations Unies est de faciliter la coopération dans les domaines du Droit et de la sécurité internationale, du progrès social et des Droits de l'Homme. Il y a quelques jours, nous avons pu voir comment les Nations Unies ainsi que toute la diplomatie internationale peuvent être efficaces dans le cadre d’une violation flagrante des droits des citoyens. À l’issue des présidentielles en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo a refusé de laisser le pouvoir à Alassane Ouatarra, vainqueur des élections. Cette atteinte aux Droits en présence d’observateurs internationaux ainsi que les violences qui ont suivi ont entraîné une condamnation unanime de la part de la communauté internationale.
Toutefois, la réaction internationale n’est pas toujours aussi rapide dans la condamnation des atteintes au droit international ni aux Droits de l’Homme. Presque muette après les 35 ans d’occupation illégale du Maroc au Sahara Occidental, cette même communauté internationale, si véloce à défendre les Droits du Citoyen et à protéger les principes des Droits de l’Homme, n’a pourtant pas bougé il y a moins de deux mois lorsque les forces militaires marocaines ont détruit avec violence un campement pacifique de Sahraouis.
Le secrétaire Général des Nations Unies, Ban Ki-moon a déclaré, il y a deux jours, que le maintien de Laurent Gbagbo conduirait à une « parodie de démocratie ».
L’Union Européenne ainsi que les Etats-unis se disent prêts à prendre des sanctions économiques et diplomatiques contre Gbagbo et ses proches. Par contre, sur la question sahraouie, le Conseil de l’Europe se cache derrière le fait que « le Sahara occidental est en dehors du champ d'application géographique du Conseil de l'Europe. En conséquence, l’organisation n'est pas directement impliquée dans les efforts internationaux visant à trouver une solution au conflit dans cette partie du monde. »
Pour Nicolas Sarkozy, "Ce qui se passe en Côte d'Ivoire est parfaitement inadmissible ». Le président français non seulement parle de sanctions, mais surtout fait de cette question un problème urgent à résoudre au plus vite. Lors de l’attaque des soldats marocains sur les civils sahraouis, la réaction n’a pas été aussi prompte et la seule action de la France a été d’utiliser au Conseil de Sécurité son droit de veto pour faire en sorte qu’une mission d’enquête indépendante ne soit pas envoyée sur place pour une investigation sur les derniers événements.
Protéger le Maroc et son roi à tout prix ? Pourtant Nicolas Sarkozy le dit : c’est « à lui de choisir quelle est l'image qu'il veut laisser dans l'Histoire. S'il veut laisser l'image d'un homme de paix, il est encore temps, mais le temps presse ». Une phrase que devraient aussi bien méditer Laurent Gbagbo que Mohamed 6.
Parfois, certains scrutins prennent aux yeux de la communauté internationale plus d’importance que d’autres. Entre les élections présidentielles de la Côte d’Ivoire et le référendum d’autodétermination de la dernière colonie d’Afrique, le choix semble avoir été fait.