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jeudi 7 novembre 2013

Deux journalistes de RFI assassinés au Mali

  Par La rédaction de Mediapart, 3/10/2013

Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux journalistes français travaillant pour RFI, effectuaient une enquête sur le MNLA touareg.

Ghislaine Dupont et Claude Verlon, deux journalistes français qui effectuaient un reportage pour la radio RFI, ont été enlevés samedi 2 novembre à Kidal (Mali). Selon plusieurs sources officielles maliennes citées par l'agence Reuters, les deux journalistes ont été assassinés peu après leur enlèvement. Samedi en fin d'après-midi, RFI a confirmé leur mort sur le réseau social Twitter.
Samedi soir, François Hollande a exprimé dans un communiqué « son indignation à l'égard de cet acte odieux ». Une réunion de crise s'est tenue dimanche matin à l'Elysée. A l'issue, le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius a assuré que Ghislaine Dupont et Claude Verlon avaient été tués « par balles ». « Les assassins sont ceux que nous combattons, les groupes terroristes qui refusent la démocratie et refusent les élections », a-t-il dit, sans plus de précision.
Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour enlèvement et séquestration suivis de meurtres en lien avec une entreprise terroriste. L'enquête va être confiée à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) et à la sous-direction antiterroriste (SDAT).
Les deux reporters, qui effectuaient une enquête sur le MNLA (Mouvement national pour la libération de l'Azawad) touareg, avaient été kidnappés samedi en tout début d'après-midi à Kidal-ville par un groupe de quatre hommes circulant à bord d'une Toyota.  « Nos envoyés spéciaux dans le nord du Mali, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, ont été kidnappés à Kidal par des hommes armés aux alentours de 13H00 TU. RFI est sans nouvelles d’eux depuis », indiquait le site francophone de RFI vers 18 heures.
Ghislaine Dupont et Claude Verlon 
Ghislaine Dupont et Claude Verlon© RFI
« Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été enlevés devant le domicile d'Ambéry Ag Rissa, un éminent représentant du MNLA de Kidal. Ambéry Ag Rissa a entendu un bruit suspect dans la rue, des coups de crosse portés contre le véhicule de nos reporters, a indiqué RFI sur son site web. Il a alors entrouvert sa porte et a vu les ravisseurs embarquer nos deux journalistes dans un véhicule 4×4 beige. Les ravisseurs l'ont menacé de leurs armes et l'ont sommé de rentrer chez lui. (...) Selon plusieurs sources, les ravisseurs se sont enfuis et ont mis le cap vers Tin-Essako, à l'est de Kidal. »
Plusieurs sources maliennes ont ensuite indiqué à l'agence Reuters que les deux reporters avaient été tués. « Quelques minutes après le début de la poursuite des ravisseurs des deux Français, on nous a informés que leurs corps ont été retrouvés criblés de balles à l'extérieur de la ville », a déclaré Paul-Marie Sidibé, préfet de la localité de Tinzawaten, cité par Le Monde. Un haut responsable du MNLA a confirmé l'information. Selon une source de la sécurité malienne citée par Reuters, les journalistes ont été tués à une dizaine de kilomètres à l'extérieur de la ville.

Kidal, grande ville du nord malien, est le fief historique de la rébellion touareg. La situation militaire y reste très tendue, près de dix mois après l'opération Serval lancée par la France en janvier 2013 pour stopper l'avancée des islamistes sur Bamako. Ghislaine Dupont et Claude Verlon s'y étaient rendus en juillet dernier à l'occasion de l'élection présidentielle. Cliquer ici pour réécouter cette série de reportages.
Deux autres Français, Gilberto Rodriguez Léal et Serge Lazarevic, sont toujours otages au Mali. Il y a quelques jours, la fille de ce dernier s'est dite sur Europe 1 « en colère contre le gouvernement » français, qu'elle soupçonne de ne pas négocier avec les ravisseurs. 
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mardi 29 janvier 2013

Un Marocain à Gao


    L'attaque militaire française a été perçue et continue de l'être malheureusement par beaucoup d'européens et non-européens comme légitime et normale. Une guerre facile où l'ennemi est vaincu d'avance comme une partie de « PlayStation » des pilotes de chasse français. Témoignage d'un Marocain.



    « Quand les riches se font la guerre,
    ce sont les pauvres qui meurent.
                                                    Jean-Paul Sartre
    " La guerre est une affaire d'importance vitale pour l'État,
    c'est la province de la vie et de la mort, le chemin qui conduit à la survie ou à l'anéantissement. Il est indispensable de l'étudier à fond."
    Sun Tse, L'Art de la guerre. Reprise par le sous commandant Marcos dans son excellent article « La 4ème guerre mondiale a commencé » 1997
    En juillet 2006 j'ai été invité par mes amis (es) de la CADi Mali au forum des peuples qui se déroulait cette année dans la ville de GAO. J'ai rapidement accepté l'invitation et j'ai tout fait pour ne pas rater ce rendez-vous altermondialiste important mais aussi pour découvrir cette région du monde dont je ne connaissais absolument rien. Cette expérience était pour moi d'une valeur extrêmement instructive. Aujourd'hui, en regardant et lisant le peu d'informations qui nous arrivent du Sahel du Mali après la reconquête militaire des troupes françaises depuis le 10 Janvier 2013, et en discutant avec certains concitoyens, j'ai senti une certaine responsabilité à donner mon témoignage aussi personnel et incomplet soit-il de cette région qui demeure mystérieuse pour nous. Une partie du monde que les puissances occidentales, à travers leur média mainstream, cherchent à la présenter comme l'AFGHANISTAN de l'Afrique.

    Acte I : Silence, on tue !

    Dans les premiers jours de cette attaque impérialiste surnommée « Serval », très peu d'informations venaient du Sahel. Les médias français et l'opinion publique en général ont affiché peu de soucis de ce que faisaient leurs troupes dans cette région. En regardant la Une des grands journaux durant les premiers jours de cette guerre, on n'avait pas l'impression que la « France » était en guerre. On ne parlait pas ou très peu des victimes maliennes qui tombent sous les premiers bombardements, D'autres sujets prenaient le devant en France, le mariage gay par exemple !!
    L'attaque militaire française a été perçue et continue de l'être malheureusement par beaucoup d'européens et non européens comme légitime et normale. Une guerre facile où l'ennemi est vaincu d'avance comme une partie de « PlayStation » des pilotes de chasse français.

    Acte II : In Amenas. Ca ne serait peut être pas si facile que ça !!!

    Le mercredi 16 janvier 2013, des membres de la Katiba des « Signataires par le sang » ont pu s'emparer du complexe gazier Ain AMINAS d'Algérie géré par la compagnie nationale Sonatrach, le britannique BP et le norvégien Statoil. Ils ont séquestré des otages, dont une quarantaine d'occidentaux de différentes nationalités (Norvège, France, Etats-Unis, Grande-Bretagne et Japon).
    Ils avaient exigé la suspension des opérations militaires dans le Nord du Mali "contre la vie des otages".
    Le bilan assez lourd (Un premier bilan provisoire fait état de 23 otages, étrangers et Algériens, et 32 preneurs d'otages) de cette prise d'otage et l'assaut de l'armée algérienne a contraint ces puissances à se rendre compte que les choses sont très sérieuses et beaucoup plus compliquées.
    Ces dizaines d'innocents qui ne sont je le rappelle ni plus ni moins innocents que les centaines de civils qui tombent sous le bombardement des avions de chasse français et qui tomberont certainement par milliers dans cette guerre de fous.

    L'Algérie, le Maroc et les autres

    Dans cette tuerie qui est symbole d'un monde qui va très mal, certains, tels des vautours, cherchent à marquer des points les uns contre les autres. Chacun y va de son gré. Les anciens promoteurs du fameux concept de « guerre des civilisations » si chère au Néoconservateurs de l'administration américaine qui n'est, en fait, qu'un choc des barbaries comme l'a démontré excellemment Gilbert Alachkar dans son livre qui porte le même nom, ont trouvé dans cette crise une confirmation de leurs thèses. Des thèses avec un filigrane raciste à peine caché réclamant la supériorité de la civilisation occidentale par rapport aux autres civilisations. Ceci au moment même où cette même « civilisation » mène le monde droit au mur avec des crises composées économiques, sociales, alimentaires, écologiques sans précédent.
    L'Algérie, après une certaine hésitation et sous la pression du gouvernement Français a ouvert son espace aérien et s'est ralliée à cette guerre. Bouteflika n'a pas hésité à faire un « volte face » après notamment le passage du président français à Alger, et se déclarer en faveur d'une intervention militaire après avoir été contre quelques semaines auparavant.
    Le même Bouteflika portait l'alias d'« Adelkader EL MALI (le Malien) »  dans les années soixante au moment où il croyait encore à la cause des peuples africains et la légitimité de leur combat pour l'indépendance et la dignité. Aujourd'hui, force est de constater qu'il ne jure plus que par la force des militaires et leur canons !!
    Le régime marocain quant à lui, fidèle à son rôle de serviteur de la France, et même avec un gouvernement légèrement barbu n'a pas eu la moindre hésitation et s'est précipité de présenter ses services, encore une fois, pour cette nouvelle attaque militaire française dans le continent africain.

    Ce que j'ai vu à GAO

    Après un passage de quelques jours dans la capitale BAMAKO, nous avons pris la route vers GAO à 1200 KM au Nord du Mali. A Bamako, j'ai été particulièrement marqué par des petites affiches d'« Oussama Ben Laden » portant une kalachnikov que je voyais sur beaucoup de motos, on dirait une star nationale. En demandant à un ami malien qui travaillait dans l'hôtel où on logeait, il m'expliquait que « c'est normal, c'est le seul homme qui était capable de frapper ces yankees arrogants, chez eux alors qu'ils s'amusaient tout le temps à fabriquer des guerres chez les autres»
    Après un voyage très difficile dans une chaleur de plomb qui a duré 26 heures !! Avec une tempête de sable au passage, nous sommes enfin arrivés à GAO sur le fleuve du NIGER. Pour entrer à l'intérieur de la ville, il faut traverser le fleuve à bord d'un vieux bac dont l'aspect extérieur n'est pas très rassurant. . Le climat est un peu plus frais, mais très humide
    Gao est une ville qui abritait déjà plus de 50 000 habitants en 2006. C'est un carrefour de plusieurs civilisations et un marché historique de troc et d'échange de marchandises de toutes natures.
    A l'entrée de la ville et en voyant les maisonnettes en paille dispersé un peu partout et même entre les bâtiments construits en dure, j'avais l'impression de faire un voyage dans le temps.
    Les Songhaïs, les Touaregs et les Bélas cohabitent en paix dans la cité, comme dans tout le reste du pays et chaque ethnie conserve ses traditions. La religion principale est l'islam. Un islam tolérant. J'ai rencontré à Gao des gens humbles et avenants, pauvres certes mais fiers et généreux. Ils vivent principalement de l'agriculture, l'élevage, la pêche et le commerce.
    Au moment du Forum des peuples, j'ai rencontré une femme qui était très contente de voir un nord africain et elle m'a parlé en arabe classique. C'est la première fois que je découvre les TOUAREGS. Elle m'a parlé de la discrimination dont ils sont victimes et prenait l'exemple des traductions des interventions dans les plénières qui se faisaient dans les deux principales langues « Bambara » et «Sonrhaï » mais pas dans la leur, le « Tamacheq ». Elle m'a expliqué, en catimini et en langue arabe que Les Touaregs sont un peuple nomade vivant au Sahara central et au nord du Sahel sur un large territoire partagé par la Libye et l'Algérie, le Mali et le Niger et qu'ils ne reconnaissent pas forcément la souveraineté du Mali et du Niger sur leurs terres. Elle parlait avec nostalgie de la suprématie de ses ancêtres sur cette région et comment ils ont perdu le contrôle de la vallée du fleuve Niger. Une vallée où se concentre l'essentiel des terres fertiles et d'importantes ressources pastorales (eau, pâturages, terres salées) en plus des ressources halieutiques. Ce qui explique à mon avis les bases matérielles de ce conflit historique qui prend l'allure d'un conflit ethnique et parfois religieux avec des aspirations indépendantistes. De la même façon que les richesses minérales notamment l'uranium du Niger explique largement la nervosité du gouvernement français et sa détermination à garder le contrôle de cette région. Les discours sur la liberté et la démocratie du gouvernement français et qui rappellent cyniquement ceux de George W.Bush lors de l'invasion de l'IRAK et l'AFGHANISTAN ne trompent plus personne à mon avis.

    Une guerre de fous : fous du fric contre fous d'Allah

    Un commandant de contingent tchadien qui participe à cette guerre a déclaré à la RFI «  je m'adresse à ces fous de dieux qu'ils trouveront en face deux des soldats encore plus fous qu'eux » !
    Cette expression, aussi maladroite soit-elle, résume à mon avis cette guerre. Si l'intervention militaire peut affaiblir les mouvements extrémistes au Sahel, elle renforce leur position politique dans la région et plus généralement dans le monde musulman. Ces mouvements apparaissent comme les seuls vrais résistants à ces conquêtes (croisades) impérialistes contre les peuples démunis de notre continent avec des dirigeants pour la plupart dociles et corrompus.
    Cette ingérence arrogante et permanente des gouvernements français (ceux de gauche comme ceux de droite d'ailleurs) démontre encore une fois que la vraie indépendance de l'Afrique reste à arracher par les petites filles et petits fils de MODIBO KEÏTA, de PATRICE LUMUMBA, de MEHDI BENBARKA et de THOMAS SANKARA.

    Casablanca le 26/01/2012


    Le point de vue du Maroc :
    Par 2minutes 29/1/2013 
     
    Le Maroc dit être sur la même longueur que la France dont les avions militaires ont survolé son espace aérien pour aller bombarder les groupes armés au Nord-Mali. En outre, Rabat n’exclut pas d’engager, le moment venu, ses troupes dans la guerre. En plus de la cause défendue, le Maroc pourrait aussi  utiliser la guerre au Mali pour faire valoir ses droits sur le Sahara et conforter sa position dans la région, en s’engageant au fur et à mesure dans le conflit. Pour l’instant, le royaume apporte un soutien politique intéressé à l’intervention de la France au Nord-Mali, en attendant de s’y engager militairement. Dans ce contexte, le ministre de l’Intérieur marocain, Mohand Laenser, n’a pas vraiment exclu l’envoi de soldats pour combattre aux côtés des soldats français. Contrairement à l’Algérie dont l’armée n’est intervenue hors de ses frontières qu’en 1967 et 1973, lors des deux guerres qui avaient opposé les Arabes à Israël, la monarchie marocaine, quant à elle, a à maintes reprises envoyé ses troupes guerroyer sur des théâtres d’opérations extérieurs en Afrique, au Moyen-Orient et en Europe.

    Réfugiés touaregs du Nord-Mali : « Les habitants au teint clair étaient massacrés »


    Dans le camp de réfugiés de M’béra, en Mauritanie, le 3 mai 2012 (ABDELHAK SENNA/AFP)
    (De Nouakchott) Après trois jours de marche à travers le Sahel, Habaye Ag Mohamed vient d’arriver au camp de réfugiés de M’béra, en Mauritanie.
    Ce commerçant touareg de 48 ans a fui les combats qui faisaient rage à Diabali, au Nord-Mali.
    « J’ai tout perdu, les militaires maliens ont tout brûlé : ma maison, mes boutiques… Plus rien ne reste, mais ce qui compte c’est d’être vivant. »
    Parti seul, il n’a aucune nouvelle de sa famille restée sur place. D’abord arrêté « sans raison » par des soldats maliens en poste à Diabali, avant l’arrivée des jihadistes et de l’armée française, Habaye Ag Mohamed a été relâché parce qu’il connaissait l’un de ses geôliers.
    Peu de temps après, les extrémistes sont arrivés et ont mis l’armée malienne en fuite.
    C’est alors qu’un ami soldat en poste à Ségou, ville abritant le commandement militaire pour la zone centre-ouest, lui a conseillé de partir, loin et vite. Surtout avant que les troupes loyalistes ne reviennent dans la ville pour en chasser définitivement les islamistes armés, avec l’aide de l’armée française.
    « Cela pouvait me coûter la vie, comme à deux Touaregs qu’ils ont déjà tués à Siribala, près de Niono, en les désignant comme des extrémistes. D’ailleurs, le soldat qui m’a averti, lui-même d’origine touarègue, était en train de déserter sa propre armée par crainte de représailles du fait de son appartenance ethnique. »
    Un non-sens, puisque la majorité des populations du Nord-Mali, Touaregs compris, a soutenu l’intervention armée pour chasser les islamistes.

    Des jihadistes qui fuient à pied, désarmés

    Avec ses seuls vêtements comme bagage, Habaye Ag Mohamed erre aujourd’hui dans le camp de M’Béra, déboussolé comme les 700 autres réfugiés qui arrivent chaque jour, principalement du Nord-Mali.
    Car les Touaregs et autres Maures fuient en masse quand bien même leur zone n’a pas encore été délivrée des jihadistes.
    Depuis le début de l’offensive voilà treize jours, plus de 6 500 Maliens sont arrivés à M’béra, venant grossir les rangs des 55 000 personnes accueillies depuis le déclenchement de la crise en 2012.
    Des membres d’Al Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) et d’Ansar Dine, deux factions jihadistes, ont pris part aux combats à Diabali. Des témoins sur place les ont ensuite aperçus fuyant vers le Nord et l’Est, souvent en voiture, parfois à pied, totalement désarmés.

    « Le désert, jonché de voitures calcinées »

    « Le désert est jonché de-ci de-là de voitures calcinées ou abandonnées par les jihadistes », témoigne Ibrahim Ag Mohamed, ancien guide touristique à Tombouctou.
    Arrivé récemment en Mauritanie, il est « passé par des campements de nomades qui [lui] ont assuré observer continuellement des avions de guerre silencieux, qui ne sont pas des hélicoptères, survoler les étendues désertiques ».
    Les populations locales sont étonnées par la précision de ces machines à la pointe de la technologie. Un nomade raconte :
    « Nous avons vu un avion tourner en boucle autour du campement pendant plusieurs heures. Nous étions surpris par cette insistance, et des hommes ont remarqué qu’une charrette se trouvait dans un arbuste, pile dans la ligne de mire. L’avion a disparu aussitôt après qu’ils ont déplacé la charrette. »

    Possible charnier à Sévaré

    Si les Touaregs et autres Maures paniquent et fuient par milliers à l’idée que l’armée malienne arrive dans leur village, c’est aussi parce qu’il y a des antécédents.
    Abdourahmane Ag Mohamed El Moctar, est un Touareg malien, réfugié depuis vingt ans en Mauritanie et président de l’Association des réfugiés victimes de la répression de l’Azawad. Il se souvient :
    « Je vivais à Diabali. Un jour, l’ordre a été donné d’attaquer le Nord, sous le leitmotiv de “Kokadjié” [le nettoyage, mort aux Blancs, ndlr]. C’est-à-dire que tous les habitants au teint clair comme nous étaient massacrés. »
    Son propre frère avait alors été tué par l’armée malienne, victime d’un lynchage sous les yeux de leur mère.
    La situation actuelle, pour Abdourahmane Ag Mohamed El Moctar, « c’est l’histoire qui se répète ».
    Et le dignitaire de comptabiliser les exécutions sommaires de civils qui lui sont rapportées par ses contacts sur le terrain. Dimanche, un ami de la région de Mopti, au Mali, l’a averti d’un possible charnier :
    « A Sévaré, il y a un puits dans lequel on aurait retrouvé une dizaine de personnes assassinées, près du bureau des travaux publics. Ce seraient des Peulhs et des Touaregs entassés pêle-mêle. »
    Sans possibilité de vérifier la véracité de ces informations, les communautés concernées ne peuvent que trembler.
    D’autant plus que ces allégations sont soutenues par Human Rights Watch (HRW) et la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Le 24 janvier, les deux organisations internationales de défense des libertés ont demandé l’ouverture d’une enquête pour « une série d’exécutions sommaires perpétrées par l’armée malienne » dans le centre du pays.
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     Éviter les vengeances pour gagner la paix
    Mise à jour le 28/1/2013

    Alors que la contre-offensive des armées franco-malienne reprend le contrôle des principales villes du nord du pays, la FIDH s’inquiète des possibles représailles contre les personnes qui ont, de gré ou de force, collaboré avec les islamistes radicaux et des conflits inter-communautaires qui pourraient en découler. Notre organisation appelle les belligérants et les populations à la retenue ainsi que les autorités à juger tous les responsables des exactions, principalement les djihadistes, mais aussi les éléments de l’armée malienne auteurs présumés des exactions, notamment dans les villes de Sévaré, Niono, Diabali, Gnimi Gnama et Mopti.
    Éviter les vengeances pour gagner la paixLes crimes commis par les groupes islamistes dans le Nord
    La prise de Gao et des abords de Tombouctou par les forces franco-maliennes, appuyées par les premières troupes africaines de la Mission africaine de soutien au Mali (MISMA), constitue pour les populations une réelle libération tant les crimes perpétrés par les groupes armés djihadistes ont été nombreux et cruels : exécutions sommaires, viols, esclavage sexuel, enrôlement d’enfants soldats, mutilations, bastonnades, vols, destructions de biens culturels et religieux protégés. Les informations et les témoignages recueillis par la FIDH depuis l’offensive conjointe du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA) et des groupes armés islamistes en janvier 2012 démontrent que des crimes graves, y compris des crimes de guerre, ont été commis contre les populations civiles et des combattants désarmés.

    Dans la ville de Gao, reprise aux djihadistes le 26 janvier 2013, les groupes armés djihadistes se sont illustrés ces derniers mois par leur cruauté : 8 hommes amputés (d’une main ou d’un pied et d’une main), de nombreux crimes sexuels et le recrutement d’enfants soldats. Une femme rencontrée par la FIDH témoigne que « de nombreuses femmes ont été emmenées en brousse et violées là-bas ». « Ils escaladaient même les murs des maisons pour venir nous violer » ajoute-t-elle. Les femmes étaient obligées de se dissimuler totalement et il leur était interdit d’écouter la radio, de porter des bijoux, des crèmes, des mèches ou de fréquenter des hommes. « Même saluer un homme pouvait vous faire chicotter [battre] » témoigne une jeune femme.

    Lorsque des combats ont éclaté à Gao, fin juin 2012, entre les combattants du MNLA et les islamistes du MUJAO pour le contrôle de la zone, les crimes commis contre la population de la ville par le MNLA (voir rapport de la FIDH et de l’AMDH, 18 juillet 2012,« Crimes de guerre au Nord Mali »), ont été tellement choquants que « des enfants et des jeunes ont coupé des langues, des oreilles et ont traîné des corps de combattants du MNLA morts dans les combats contre le MUJAO ». En chassant les troupes du MNLA, le MUJAO a acquis une certaine notoriété qui lui a permis de recruter massivement parmi certaines populations, notamment les jeunes et les talibés. Ces derniers, étudiants islamiques, « dont certains n’ont même pas 9 ans », selon un témoin, ont été incités à rejoindre les groupes armés par leur « maître » toujours selon cet habitant de Gao. « Certains ne pouvaient même pas porter leurs armes tellement ils étaient petits » précise-t-il. Le recrutement d’enfants soldats s’est aussi fait contre de l’argent distribué directement aux enfants ou aux familles. Ainsi, un témoin dont le cousin s’est engagé dans le MUJAO a vu des combattants promettre 50 000 FCFA par mois à des familles pour enrôler leurs enfants. « Même le chauffeur d’Abdel Akim [un des chefs du MUJAO à Gao] était un enfant ! » a confié un autre témoin à la FIDH. Selon plusieurs témoignages, des personnes recrutées à Gao et entraînées à la hâte au « Camp 1 », le camp d’entraînement du MUJAO à Gao, ont été placées en première ligne, par les islamistes, lors de l’attaque du dernier bastion du MNLA à Menaka, le 19 novembre 2012. La quasi totalité de ces combattants non expérimentés seraient morts dès le premier assaut.

    A Tombouctou, qui était principalement contrôlé par AQMI et notamment un de ses chefs, Abdelhamid Abou Zeid, la plupart des scènes vues à Gao ce sont reproduites : une amputation, des condamnations à mort, des flagellations, des crimes sexuels et des recrutements d’enfants-soldats. Tous ces crimes sont constitutifs de crimes de guerre au titre de l’article 8 du Statut de Rome instituant la Cour pénale internationale. Les groupes armés se sont aussi illustrés par la destruction d’une grande partie des mausolées inscrits au patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO, et par le vol de plus de 2000 manuscrits et d’archives musicales inestimables. L’imposition de la charia s’est accompagnée comme à Gao et dans tout le nord du pays de l’imposition de mode vestimentaire, de la police et de tribunaux islamiques, et même d’un « Centre de recommandation du convenable et de l’interdiction du blâmable », sorte de justice civile et de police religieuse. Les islamistes sont rentrés dans les écoles, imposant la séparation stricte des garçons et des filles et surveillant même les cours pour contrôler l’enseignement donné.

    Pour un défenseur des droits de l’Homme qui a dû fuir le nord du pays fin 2012 en raison de risques trop importants pour sa sécurité, « les djihadistes sont fous, ils nous ont coupé du monde ». La reprise des villes du Nord permet selon lui aux populations de « sortir de la nuit dans laquelle nous ont plongé les groupes armés pendant tous ces mois ».

    Les exactions de l’armée malienne
    A la suite de la prise de Konna par les groupes armés djihadistes, la FIDH a pu établir que le climat de guerre, de psychose et de tension a favorisé des actes de vengeance et de représailles, et une série d’exécutions sommaires a été perpétrée par des éléments des forces armées maliennes, à partir du jeudi 10 janvier 2013, particulièrement à Sevare, Mopti, Nionno et d’autres localités situées dans les zones proches des zones d’affrontements. A Sevare, une trentaine de cas d’exécutions sommaires ont été signalées dont au moins 15 personnes exécutées dans 4 sites différents, notamment dans le camp militaire, à proximité de la gare routière, près de l’hôpital et dans un autre quartier de la ville. A Mopti, un cas d’exécution sommaire a aussi pu être confirmé. A Sevare toujours, des informations crédibles font état de viols et autre cas de sévices sexuels, ainsi que dans d’autres localités de la zone. Dans la région de Niono, à Sikolo, deux maliens d’origine touareg ont été exécutés par des soldats maliens. D’autres allégations d’exécutions sommaires continuent de nous parvenir de l’ensemble des zones de l’ouest et du centre du pays. Par ailleurs, l’imam Cheik Hama Alourou, enlevé par des militaires maliens le 21 janvier au soir, à Gnimi Gnama, un village entre Bore et Douenza est toujours porté disparu.

    Les victimes de l’ensemble de ces exactions sont des personnes : accusées d’être complices des djihadistes ou des infiltrés, des personnes en possession d’armes, des individus ne pouvant justifier de leur identité lors de contrôles de l’armée, ou simplement en raison de leur appartenance ethnique et communément appelés les « peaux claires ».

    « Les risques de vengeance au Nord sont extrêmes »
    Alors que la reconquête du Nord du pays est en bonne voie, la FIDH s’inquiète des risques de dérapages, de représailles et des actes de vengeance contre les populations civiles de la part des militaires, mais aussi entre populations civiles. A Gao, la population a lynché un combattant islamiste Peulh dont le corps se trouve à la morgue de l’hôpital. Trois blessés seraient à dénombrer parmi les civils qui ont voulu prendre l’hôpital où s’étaient retranchés certains djihadistes. Plusieurs maisons appartenant aux Touaregs et Arabes de Gao auraient été pillées et saccagées jusqu’aux portes et fenêtres. Si la vindicte populaire semble mécaniquement cibler les populations touaregs, ces derniers ne sont pas les seuls à risquer de payer de leur vie leur allégeance réelle ou supposée aux groupes armés. Ainsi à Gao, les populations du village de Kadji (Gourma – sur la rive droite du fleuve), qui ne sont pas touaregs mais qui ont rejoint assez largement les groupes armés, notamment en raison d’un différent antérieur avec le reste des habitants de la ville, risque d’être prises pour cibles. Une jeune femme, entendue par la FIDH rapportait d’ailleurs les paroles de plusieurs habitants de Gao selon lequelles, « on va éliminer tous les ’peaux claires’ [islamistes étrangers] et tout ceux qui sont du Gourma ». A Diabaly, des habitants de la région auraient ces derniers jours pillés les biens et les maisons de personnes des communautés arabes et touaregs.

    Ce sentiment de vengeance se fonde notamment sur les crimes et les exactions perpétrés depuis l’offensive du MNLA et des groupes armés islamistes en janvier 2012, notamment le massacre des soldats maliens à Aguelhoc et Tessalit ou encore les campagnes de viols et la vague de violations des droits de l’Homme perpétrées par les éléments armés touaregs du MNLA, notamment lors des prises de Gao et Tombouctou, que nos organisations ont condamné et ont documenté (voir le rapport de la FIDH et de l’AMDH, 18 juillet 2012, « Crimes de guerre au Nord Mali »). Ces crimes récents font resurgir les exactions perpétrées de part et d’autre lors des précédentes rébellions touaregs, particulièrement celles des années 90, où aux exécutions de fonctionnaires au Nord par les rebelles touaregs, l’armée répondait alors par des opérations de contre-insurrection meurtrières et indiscriminées contre des civils touaregs. Pour un défenseur des droits de l’Homme du Nord du pays, l’ensemble de ces faits font que « les risques de vengeance et de représailles au Nord sont extrêmes ».

    L’impératif de juger pour briser le cycle de l’impunité et de la violence
    L’ensemble des auteurs et responsables de ces crimes, qu’ils soient maliens ou étrangers, doivent être appréhendés et jugés. Ainsi, du côté islamiste, « Aliou commissaire » un des chefs du MUJAO à Gao aurait été capturé par les forces franco-maliennes le 25 janvier 2013 à Hombori. Des éléments du MUJAO, se seraient rendus aux forces de sécurité nigériennes et auraient été désarmés. L’ensemble de ces auteurs, y compris les membres et responsables du MNLA qui ont commis des crimes de guerre et des violations graves des droits de l’Homme doivent pouvoir être jugés de façon équitable et le cas échéant, condamnés. L’exemplarité de tels procès devrait permettre de renforcer l’État de droit au Mali. De la même façon, les militaires qui ont commis des crimes contre des civils doivent, selon la FIDH, pouvoir être jugés de façon impartiale pour rappeler l’obligation de protection du droit international humanitaire et des droits de l’Homme, y compris en temps de conflit armé.

    « On ne combat pas les auteurs des crimes d’Aguelhoc par les mêmes méthodes qu’eux » a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH. « La reconquête du Nord par les troupes franco-africaines ne doit pas être entachée par des crimes et des méthodes qui servent les islamistes. Il faut casser le cycle de l’impunité et de la violence » a-t-elle ajouté.

    Pour Sidiki Kaba, président d’honneur de la FIDH, « il ne faut pas seulement gagner la guerre, mais il faut maintenant gagner la paix ; et celle-ci ne peut se construire dans l’immédiat que par le respect des droits humains, le refus de toute logique punitive et de vengeance, le jugement de tous les auteurs de violations des droits de l’Homme, le retrait des militaires de la vie politique ; et dans l’après-guerre, la tenue d’élections libres et transparentes ».
     

    jeudi 24 janvier 2013

    Les Touaregs : Histoire d'un peuple


    Les Touaregs Histoire d'un peuple
    Crédits photos
    Jean - Marc Durou
    Pierre Mérat
    Sylvie Chappaz
    Daniel Fisné

     Il existe un pays légendaire où la terre est aride, où le vent souffle sur un monde minéral, et où les brûlures du soleil ont rendu la vie discrète et silencieuse. Le Sahara, s'étend sur 8 millions de km2, près de 15 fois la France, de l'océan  Atlantique à la mer rouge sur plus de 5000 km. Il représente un quart du continent Africain et offre de nombreux paysages. En effet, le Sahara, qui signifie désert en arabe, est modelé tour à tour de grands massifs dunaires : les ergs, de vastes plateaux : les hamadas, de plaines caillouteuses : les regs, et de grands massifs de montagnes déchirées pouvant atteindre les 3000 mètres. Ces reliefs d'une fascinante sévérité sont parsemés toutefois de chapelets d'oasis qui protègent leurs jardins et témoignent d'un paradis perdu.
     Lieux de vie des Touaregs
     Le désert n'est pas vide, loin de là. Une population sédentaire habite ces petits jardins précieusement entretenus, et de nombreux nomades parcourent les grands espaces, reliant les villes entre-elles par les caravanes commerçantes, ou amenant leurs troupeaux de pâturages en pâturages à la recherche d'herbe toujours un peu plus abondante, à la recherche de quelques puits ou de vallées plus humides. Les déplacements sont bien souvent périodiques, ils suivent les saisons et sont nécessaires au fragile équilibre saharien. Les grands nomades sont les Maures en Mauritanie, d'origine arabo-berbère, les Touaregs au Sahara central, d'origine berbère, et les Toubous, les montagnards du Tibesti. Toutefois la plupart de ces nomades vivent actuellement dans la zone sahélienne d'un nomadisme pastoral semblable à celui des Peuls, éleveurs de bovidés.
    Caravane
    Targui ©GF
    C'est donc dans cet environnement qu'évoluent les Touaregs.
    Les Arabes dès leur arrivée en Afrique nommèrent les Touaregs "Molâthemîm", les voilés, ou " Ahelel-lithâm", les gens du voile. C'est ainsi encore de nos jours que bien des gens les déterminent. Pourtant ce qui unit les Touaregs est avant tout leur langage commun. Les Touaregs se nomment eux-même les "Kel-Tamashek", "Ceux qui parlent le Tamashek", c'est ainsi qu'ils se définissent. Ces berbérophones sont aussi les détenteurs du Tifinagh, une écriture libyco-berbère que les femmes continuent d'enseigner aussi bien dans les campements qu'en ville.
    Femmes Touaregs
    C'est la femme, chez les Touaregs, qui détient le rôle premier. Les enfants appartiennent à la tribu maternelle, et la tente est sa propriété. C'est elle aussi qui détient les savoirs de la culture touarègue et qui a le rôle de les transmettre. Bien des choses sont à dire sur ces hommes qui ont su depuis tant d'année vivre sur ces terres difficiles. Les Touaregs se sont soumis à la nature, et savent lui triompher, bien plus ils ont créés une culture riche d'échanges, d'images, et de modestie.
    Leurs paroles, leur poésie, leurs vêtements, leurs objets, tout leur art de vivre est empreint d'une élégante pudeur. Ils cultivent en plein désert la maîtrise de soi, l'art des gestes et des mots. Au milieu de tant d'austérité, ils créent chaque jour un mode de vie sensible et raffiné.
    Cette vie est pourtant fragile. Au désert, tout tient à un fil, il faut une corde pour aller au puits, connaître une étoile pour ne pas se perdre, donner un peu d'eau à la plante pour que le fruit mûrisse. Chaque chose a son importance et mérite toute notre attention. Dans une époque de mondialisation, ces Hommes contribuent à donner une richesse à notre planète, c'est pour nous un devoir de les aider, pour que le désert ne soit jamais vide, et surtout pour que cette culture, pour que ces hommes et ces femmes puissent s'imaginer un futur sur leurs terres qu'ils aiment et qui possèdent toute leur histoire.

    vendredi 18 janvier 2013

    Deux opposants à la guerre au Mali : Dominique de Villepin et Laurent LOUIS



    Villepin : "Non, la guerre ce n’est pas la France"

    TRIBUNE - Par Dominique de Villepin, ancien Premier ministre. A paraître  dans le JDD.  12/1/2013

    Le Mali, pays ami, s’effondre. Les djihadistes avancent vers le sud, l’urgence est là.
    Mais ne cédons pas au réflexe de la guerre pour la guerre. L’unanimisme des va-t-en-guerre, la précipitation apparente, le déjà-vu des arguments de la "guerre contre le terrorisme"  m’inquiètent. Ce n’est pas la France. Tirons les leçons de la décennie des guerres perdues, en Afghanistan, en Irak, en Libye.
    Jamais ces guerres n’ont bâti un État solide et démocratique. Au contraire, elles favorisent les séparatismes, les États faillis, la loi d’airain des milices armées.
    Jamais ces guerres n’ont permis de venir à bout de terroristes essaimant dans la région. Au contraire, elles légitiment les plus radicaux.
    Jamais ces guerres n’ont permis la paix régionale. Au contraire, l’intervention occidentale permet à chacun de se défausser de ses responsabilités.
    Pire encore, ces guerres sont un engrenage. Chacune crée les conditions de la suivante. Elles sont les batailles d’une seule et même guerre qui fait tache d’huile, de l’Irak vers la Libye et la Syrie, de la Libye vers le Mali en inondant le Sahara d’armes de contrebande. Il faut en finir.
    Au Mali, aucune des conditions de la réussite n’est réunie.
    Nous nous battrons à l’aveuglette, faute de but de guerre. Arrêter la progression des djihadistes vers le sud, reconquérir le nord du pays, éradiquer les bases d’AQMI sont autant de guerres différentes.
    Nous nous battrons seuls, faute de partenaire malien solide. Éviction du président en mars et du premier ministre en décembre, effondrement d’une armée malienne divisée, défaillance générale de l’Etat, sur qui nous appuierons-nous?
    Nous nous battrons dans le vide, faute  d’appui régional solide. La Communauté des États de l’Afrique Occidentale reste en arrière de la main et l’Algérie a marqué ses réticences.
    Un processus politique est seul capable d’amener la paix au Mali.
    Il faut une dynamique nationale pour reconstruire l’Etat malien. Misons sur l’union nationale, les pressions sur la junte militaire et un processus de garanties démocratiques et de l’Etat de droit à travers des politiques de coopération fortes.
    Il faut aussi une dynamique régionale, en  mobilisant l’acteur central qu’est l’Algérie et la CEDEAO en faveur d’un plan de stabilisation du Sahel.
    Il faut enfin une dynamique politique pour négocier en isolant les islamistes en ralliant les Touaregs à une solution raisonnable.
    Comment le virus néoconservateur a-t-il pu gagner ainsi tous les esprits? Non, la guerre ce n’est pas la France. Il est temps d’en finir avec une décennie de guerres perdues. Il y a dix ans, presque jour pour jour, nous étions réunis à l’ONU pour intensifier la lutte contre le terrorisme. Deux mois plus tard commençait l’intervention en Irak. Je n’ai depuis jamais cessé de m’engager pour la résolution politique des crises et contre le cercle vicieux de la force. Aujourd’hui notre pays peut ouvrir la voie pour sortir de l’impasse guerrière, si elle invente un nouveau modèle d’engagement, fondé sur les réalités de l’histoire, sur les aspirations des peuples et le respect des identités.  Telle est la responsabilité de la France devant l’histoire.
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     Laurent LOUIS s'oppose à la guerre au Mali et dénonce 
                   la  manipulation internationale


    Vidéo publiée le 18 janv. 2013

    Le député indépendant belge Laurent LOUIS s'oppose, seul contre tous les autres parlementaires, à la participation de la Belgique à la guerre au Mali. Il dénonce la manipulation internationale, le mensonge de la lutte anti-terroriste, le soutien des Occidentaux aux djihadistes en Libye, Tunisie et Syrie et dévoile les véritables raisons de cette opération militaire néo-colonialiste.
    http://youtu.be/TW9kWe3MI-M
       

    Le Canada et l’opération militaire française au Mali


    par , Rédacteur en chef adjoint, membre de Tolerance.ca®,18/1/2013
    À l’instar d’autres puissances occidentales, le Canada appuie ''Serval.'' Une opération militaire française menée dans le nord du Mali. Un soutien apporté par Ottawa au nom de la ''lutte contre le terrorisme'' dans ce pays. Mais sans dépêcher de soldats sur place. Pour le moment…
    Après la chute du régime Kadhafi en automne 2011, de nombreux partisans touaregs maliens du ''Guide'' libyen sont retournés chez eux, avec armes et bagages, dans une région demeurée marginalisée par Bamako. Ils ont retrouvé un pays instable en raison, entre autres, d’une mal-gouvernance, d’une classe politique inefficace et largement corrompue et d’une armée aux réflexes putschistes. D’ailleurs, un des siens, le capitaine Amadou Haya Sanogo (1972-), a fomenté un coup d’État en mars 2012, forcé la démission du président Amadou Toumani Touré et du Premier ministre Cheick Modibo Diarra et suspendu les institutions et la Constitution. Malgré les concessions faites aux pressions internationales, ce putschiste demeure le véritable homme fort de Bamako.
    C’est dans ce contexte de crise politique que s’est inscrit l’apport aggravant des Touaregs de Kadhafi.








    S’alliant avec les djihadistes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et d’Ansar Dine, la rébellion touarègue du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) a cru arriver l’heure de la sécession du nord du Mali. Mais c’était sans compter, entre autres, avec l’appétit et les ambitions de ses alliés islamistes. Sa déclaration unilatérale, faite le 6 avril 2012, de l’indépendance de ce qu’il appelle ''l’Azawad'' ne lui a été d’aucun recours face aux alliés d’hier qui l’ont rapidement écrasé. Un autre groupe djihadiste, le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ne lui a pas non plus épargné une nouvelle défaite humiliante. C’est donc la charia islamique à la sauce wahhabo-salafiste qui règne depuis plusieurs mois sur plus de la moitié du Mali (les provinces de Tombouctou, Gao et Kidal) avec comme emblème la bannière noire des salafistes. Suscitant la peur de nombre de Maliens, l’exil de 150 mille réfugiés dans les pays limitrophes et le déplacement à l’intérieur du pays de 250 mille personnes. Sans oublier le patrimoine malien qui en a lui aussi souffert.

    La contribution logistique canadienne à l’effort de guerre de l’allié français
    Suite aux demandes répétées des autorités politiques de Bamako (dont le Premier ministre Diango Cissoko et son prédécesseur démis) à l’adresse de la ''communauté internationale'', le Conseil de sécurité de l’ONU a, le 21 décembre, adopté la résolution 2085 autorisant le déploiement d’une force militaire internationale au Mali pour y mettre un terme à l’expansion du terrorisme djihadiste. À la lumière du précédent afghan, la crainte était de voir le territoire malien devenir un refuge ou base-arrière pour groupes islamistes radicaux. À l’ombre du surplace dans leurs négociations avec différentes parties et de l’hésitation de plusieurs pays à intervenir, les nouveaux maîtres du nord du Mali ont cru le temps jouer en leur faveur. C’est pourquoi ils ont, le 14 janvier, avancé vers Bamako. Une grave erreur stratégique de leur part.
    Au lieu d’attendre la constitution de la force internationale avant d'agir, le président français Françoist Hollande a sauté sur l'occasion fournie par le nouveau développement pour entrer en jeu et autoriser les raids aériens contre les unités rebelles, avec comme double objectif, d'abord, de freiner leur mouvement et, ensuite, les obliger à rebrousser chemin.  Surprenant l’adversaire. Tout comme nombre d’alliés, y compris le Canada.
    Le Mali fait partie des pays bénéficiaires de l’aide canadienne au développement. Il a reçu, à titre d’exemple, en 2011 une enveloppe de 110 millions de dollars. Ceux qui voulaient qu’Ottawa intervienne dans le conflit malien devaient être déçus d’entendre en septembre dernier le ministre canadien des Affaires étrangères rejeter cette idée. Au lieu d’envoyer des soldats ou apporter une aide logistique à Bamako, John Baird a exprimé sa préférence pour les pressions diplomatiques sur les autorités maliennes.
    Mais il n’a pas fallu attendre longtemps avant de voir un premier signe d’évolution de la position canadienne. Mais cette fois, c’était autour du ministre de la Défense d’entrer en scène. Peter MacKey a, à la fin du mois de décembre, évoqué l'idée que le type d’aide militaire canadienne à apporter était à l'étude. Mais si Ottawa devait contribuer à l’entrainement de soldats africains, cela ne serait pas une incongruité. Rappelons-nous à ce propos d’un fait: les forces spéciales canadiennes avaient formé des unités maliennes et sont également en train de former, sur le sol nigérien des troupes attendues au nord du Mali pour en reprendre le contrôle. C’est dire l’engagement militaire indirect du Canada dans cette région.
    Si la déclaration de M. MacKay pouvait réjouir les partisans d’une participation militaire canadienne au conflit malien, cela était de courte durée. Conformément à la déclaration faite, le 8 janvier, par le Premier ministre, le Canada n’envisageait pas de «mission militaire au Mali»! Et de préciser que le pays va en revanche apporter de l’aide humanitaire à la région et encourager les négociations en collaboration avec ses alliés africains et occidentaux.
    Mais, cette déclaration n'a pas empêché la survenue, le 14 janvier, d'un nouveau glissement! Dans un communiqué de presse, Stephen Harper s’est dit inquiet de «l'établissement des terroristes dans cette région, au cœur de l'Afrique» et a déclaré que le Canada était «disposé», non à participer «directement à une mission militaire au Mali», mais à «fournir un soutien logistique limité et clairement défini pour assister les forces qui interviennent au Mali», conformément à la résolution 2085. C’est pourquoi il a déclaré mettre, durant une semaine, à la disposition de ''Serval'', la mission française, «un avion (militaire) de transport C-17». Cet avion-cargo devra appuyer les opérations de l’armée française.
    Cette contribution logistique est une réponse à la demande d’aide faite par Paris relativement au transport d'équipement lourd par voie aérienne vers Bamako.
    Ce volet logistique s’ajoute, toujours selon le communiqué du Premier ministre Harper, à d’autres volets, à savoir «l'aide humanitaire et l'aide au développement» fournies à ce pays.
    On est donc loin d’une participation militaire directe aux combats contre les rebelles.
    Le jeudi 17 janvier, l’avion-cargo canadien a par conséquent atterri dans la capitale malienne. Il transportait, en plus de véhicules blindés, de l'équipement et 900 kg de batteries. Si l’ambassadeur français Philippe Zeller a, dans un premier temps, remercié le gouvernement conservateur pour cette assistance logistique (Cf. l'entrevue accordée à Anne-Marie Dussault, Émission "24 heures en 60 minutes", RDI, 15 janvier), Paris lui a demandé, le jour même de l'atterrisage du C-17 à Bamako, d’en prolonger la durée. Mais si l’ambassadrice du Mali Traoré Ami Diallo en a parlé comme si c’était une chose déjà acquise, le gouvernement canadien a quant à lui annoncé ne pas en avoir pris encore de décision.
    ***
    Même si Stephen Harper donne l’impression de freiner des quatre fers, il n’est pas exclu qu’il cède advenant le cas où la crise malienne s’emballe et force la redistribution des cartes et donc la dépêche des troupes sur le terrain des opérations. Si ce glissement devait survenir, l’opposition ne manquerait pas se faire entendre.