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lundi 23 mai 2016

L’étrange offensive de Mohammed VI, contre des évidences connues de tous !

L’étrange offensive de Mohammed VI

APRÈS L’ONU, LE MAROC S’EN PREND À LA TUNISIE ET AUX USA
Le roi du Maroc a décidé de foncer tête baissée dans une stratégie de confrontation à l’issue peu probable. Effrayé à l’idée de perdre la bataille du SAHARA OCCIDENTAL, il croise le fer de manière parfois violente avec tout ce qui contredit ou peut contredire sa logique sur le dossier SAHARA OCCIDENTAL

Abla Chérif - Alger (Le Soir) - Pour ce, Mohammed VI n’a pas hésité à se lancer dans une véritable guerre contre les Nations-Unies d’abord, puis contre les institutions américaines qu’il accuse d’avoir changé de cap dans leur gestion du Sahara occidental. Les derniers jours ont d’ailleurs démontré la logique folle dans laquelle s’est embarqué le monarque à travers les réactions qui ont suivi la publication d’un rapport du département d’État américain dénonçant de graves atteintes aux droits de l’Homme dans ce pays. Dans ce document annuellement publié, l’institution évoque la persistance de problèmes tels que la corruption, le recours quasi systématique à la force, la pratique de la torture, ainsi que les mauvaises conditions de détention dans les prisons marocaines. Le même rapport indique que la justice marocaine a parfois «manqué d’indépendance et parfois accusé les accusés d’avoir droit à un procès équitable (…) le gouvernement marocain a d’autre part enfreint les libertés d’expression et de la presse y compris en harcelant et en arrêtant des journalistes pour leur travail sur des sujets jugés sensibles». Il n’en fallait pas plus pour que le roi s’emballe et crie à la «manipulation».
La première réaction s’est fait entendre du côté de la direction générale des prisons. Le responsable des établissements pénitentiaires, qui n’a pu à l’évidence réagir de son propre chef face à un département américain d’une telle envergure, s’est déclaré outré par des propos qualifiés de mensongers et infondés. Quelques heures plus tard, le ministère de l’Intérieur marocain réagit à son tour en publiant un communiqué qualifiant le rapport de «scandaleux» et basé sur les propos de «parties hostiles au régime marocain».
Le même communiqué fait, par ailleurs, savoir que «le royaume est prêt à aller jusqu’au bout pour dévoiler les dérapages de ce rapport». Mais de simples textes ne suffisent pas à apaiser le courroux royal. Dans la même journée, l’ambassadeur des Etats-Unis à Rabat est convoqué par le ministre marocain des Affaires étrangères. Celui-ci dénonce auprès du représentant américain les «manipulations et les erreurs flagrantes contenues dans le rapport du département d’Etat».
En fait, l’ambassadeur des Etats-Unis venait ainsi de faire l’objet d’une seconde convocation de la part des autorités marocaines puisqu’il avait été, une journée auparavant, convoqué par le ministre de l’Intérieur qui lui avait tenu des propos similaires.
La violente réaction du royaume constitue réellement une première, un antécédent même dans les annales de la politique du Maroc qui n’avait encore jamais réagi d’une telle manière à des rapports de ce genre en particulier lorsqu’ils émanent d’institutions américaines. L’offensive a inévitablement attiré l’attention d’un grand nombre d’observateurs étrangers qui voient en cette réaction une panique certaine chez le roi déjà désabusé par l’attitude des Nations-Unies face au dossier du Sahara occidental. Un bras de fer avait déjà été entrepris avec le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, accusé de partialité pour avoir utilisé le terme de Sahara occidental et prôné la nécessité de laisser aux Sahraouis le droit de statuer sur leur sort en organisant un référendum d’autodétermination. L’évènement avait entraîné une réaction très violente du Maroc qui a soulevé y compris les foules à Rabat. Le Maroc est décidé à ne rien concéder ni laisser passer. 
Photo de Barbara Weingartner.Au cours de ces derniers jours, deux ministres tunisiens qui ont utilisé eux aussi la terminologie «Sahara occidental, un territoire à décoloniser» ont été à leur tour pris à partie par les autorités marocaines qui y ont vu une provocation et une manœuvre destinée à déstabiliser le royaume.
Fort du soutien de la France et des monarchies du Golfe, Mohammed VI s’est engouffré dans une logique qui risque pourtant de coûter cher à son pays. Celle qu’adoptent généralement les personnes acculées qui s’enfoncent en ouvrant plusieurs fronts à la fois…
A. C.
http://www.lesoirdalgerie.com/articl…/2016/…/21/article.php…

vendredi 25 avril 2014

Où va la France ?




Par EDWY PLENEL

Ma chronique hebdomadaire sur France Culture était ce matin consacrée à la situation en France : un titanic qui va droit sur l'iceberg mais qui ne peut éviter le choc. Où va la France ?
 Un choc déjà visible aux élections municipales. Mais plus profondément, une réflexion sur la façon dont le pouvoir se raconte l'histoire.

jeudi 9 janvier 2014

GEOSTRATEGIE : LA FRANCE VEUT RESTER DANS LE CLUB DES GRANDS, LE MAROC LUI APPORTE SON APPUI

GEOSTRATEGIE : LA FRANCE VEUT RESTER DANS LE CLUB DES GRANDS, LE MAROC LUI APPORTE SON APPUI
La visite de François Hollande au Maroc Alifpost-Analyse - 6 يناير، 2014 
 
Dans un monde en mutation, et où de nouvelles grandes puissances émergent, comme la Chine, l’Inde et le Brésil, la France tente de rester au sein du club des grands. Elle trouve dans le monde arabe et en Afrique des occasions pour assouvir cette ambition, et ce à travers des interventions militaires ou en tissant de nouvelles relations avec les pays qu’elle considère comme influents, en particulier l’Arabie saoudite. Le  Maroc contribue aux efforts de la France, en particulier au niveau africain.
Des analyses politiques et universitaires françaises reconnaissent que la France est entrain de perdre progressivement sa place dans le club des grands pays de ce monde,  en raison des développements internationaux qui favorisent des forces et des nouvelles civilisations, la plupart étant situées dans le nouveau centre du monde, qui s’est déplacé de l’Atlantique au Pacifique.
La France ne trouve pas seulement en concurrence avec les nouvelles forces telles que le Brésil, l’Inde et la Chine, mais aussi au sein de l’Union européenne, où l’Allemagne ne se contente plus d’un leadership économique mais revendique un rôle politique et diplomatique majeur. C’est ainsi que dans le dossier Syrien, la France s’est heurtée à la diplomatie Allemande qui ne partageait pas la même vision.
En 2013, la France a tout fait pour renforcer sa présence en tant que grande puissance dans plusieurs dossiers,  après avoir échoué en 2012 à tisser une relation stratégique avec le Brésil. Maintenant, elle essaie de tisser des relations avec un pays central au sein du monde arabe et islamique, à savoir l’Arabie saoudite. Cette relation dépasse le volet économique et les ventes d’armes pour englober aussi la coordination dans les affaires internationales, y compris le programme nucléaire iranien et la crise syrienne.
Il s’agit d’un échange d’intérêts : d’un côté, l’Arabie saoudite qui est en litige profond avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, mise sur un allié  alternatif qui dispose du droit de veto au Conseil de Sécurité. De l’autre côté, Paris est conscience qu’en pariant sur Riyad,  elle peut influer indirectement sur un ensemble de pays qui gravitent dans l’orbite saoudien : pays du Golfe, Jordanie et certains pays d’Asie.
Le continent africain demeure le premier théâtre où la France tente de confirmer sa présence en tant que force qui sauvegarde la stabilité internationale. Elle a commencé l’année 2013 par une intervention au Mali       pour essayer de neutraliser Al-Qaïda au Maghreb Islamique, ce processus  a été relativement facile et peu coûteux pour Paris, en moyens matériels et vies humaines. Paris a achevé l’année 2013 par une intervention en  République centrafricaine pour tenter de régler un conflit  à connotation religieuse entre chrétiens et musulmans.
Le Maroc est un allié stratégique de la France dans sa nouvelle politique, surtout après avoir vu que  Washington l’a un peu abandonné dans le dossier du Sahara, comme cela s’est produit en avril 2013 avec sa   tentative d’imposer la surveillance des droits de l’homme dans le Sahara par les forces de la MINURSO.
Le Maroc a accompagné l’intervention militaire de la France au Mali. En plus de l’accord du survol du sol marocain par les avions militaires français, il semblerait que le Maroc participe par des unités commandos actives et par un appui fort des services de renseignement marocain.
En République centrafricaine, le Maroc prête également main-forte à la France, qui commande les forces onusiennes dans ce pays, en y envoyant un contingent militaire dont l’effectif n’a pas été révélé.
Le Maroc dispose de bonnes marges de manœuvre en Afrique pour appuyer la France. En effet, il désire revenir à la gestion des affaires du continent africain après une longue absence due à l’adhésion du Polisario à l’Organisation de l’Unité Africaine. A la différence des pays membres de cette organisation,  le Maroc a l’avantage de ne pas être obligé de revenir aux instances de cette dernière avant de prendre ses propres décisions. Par conséquent, il reste libre de ses initiatives.

mercredi 2 octobre 2013

Roms, et qui d'autre? Lettre ouverte à Manuel Valls par A. Romarès, tzigane français


Lettre ouverte à Manuel Valls, homme de gauche

    Les formules simples relèvent de la bêtise ou du calcul électoral mais dans les deux cas, le moins que l’on puisse dire est que ça manque d’élégance. Manuel Valls, Ministre de l’intérieur, bien soutenu par tous ceux qui vivent dans l’angoisse de ne pas être élu ou réélu, est prêt à toutes les bassesses avec une excuse: « c’est pour l’amour de la France ».

    Manuel Valls dit que ma tribu tzigane « ne veut pas s’intégrer ». Peut-être, mais dit comme ça, c’est choquant. Si on remplace le mot « intégrer » par « adapter », les  trois quarts des habitants de ce pays entrent dans cette catégorie car la liste des injustices et des dysfonctionnements est longue.
    Tous les jours dans ce pays si riche, il y a des familles qui sont expulsées de leur logement ; elles se retrouvent complètement démunies sur le trottoir.
    Tous les jours, il y a des hommes et des femmes qui perdent leur emploi, ils étaient déjà mal payés mais c’était encore trop.
    Il n’y a pas un habitant de ce pays qui vit raisonnablement éloigné de l’aire meurtrière des centrales nucléaires.
    Ils nous disent : « les Français doivent prendre leur retraite plus tard dans le temps à cause de 2020 ». Il n’y a pas un économiste dans ce pays qui peut raisonnablement nous dire quel sera l’état économique de la France en 2020.
    La France s’est considérablement enrichie ces dernières années : est-ce que ce fait ne compte pas lui aussi ?
    Depuis ma plus tendre enfance, j’entends presque tous les jours qu’il y a un énorme problème de logement en France. On nous dit si vous habitez à Toulouse et qu’il y a un emploi à Lille, il faut le prendre, mais se loger, c’est impossible.

    En tant que responsable d’entreprise, je peux dire que je suis en enfer et que je risque tous les jours la prison. La banque m’a toujours autorisé des découverts mais plus maintenant… Et j’ai, mais cela n’est pas nouveau, deux bottins au dessus de la tête : le code civil, un océan de lois, plus personne ne s’y retrouve, François Hollande disait « Nicolas Sarkozy, c’est un fait divers, une loi ».
    Pour sa première année de présidence, il nous a donné 41 lois.
    François Hollande, pour sa première année de présidence, nous en a donné 39 : où est la différence ? Et en plus de ce code civil complètement fou, j’ai un deuxième bottin sur la tête qui s’appelle le code du travail. Il faut refaire ces deux codes sans toucher aux programmes sociaux car dans ce pays, trop d’hommes et de femmes sont pauvres.
    Manuel Valls dit « La solution pour les tziganes, c’est qu’ils retournent dans leur pays ». Quelle méconnaissance, nous n’avons pas de pays et nous n’avons pas de revendication de cet ordre.  Il pense à tort à la Roumanie et à la Bulgarie mais le racisme est tel que les autorités de ces deux pays ne trouveront pas la solution.
    La solution est européenne et que la France commence à balayer devant sa porte !
    Je suis un tzigane français mais mon épouse est une tzigane qui vient de Roumanie. Nous sommes mariés et nous avons 5 enfants nés en France, elle a des fiches de paie depuis 20 ans et on a dû batailler 10 ans pour qu’elle obtienne la nationalité française.
    Avec sa grande jupe multicolore et ses longs cheveux noirs, souvent on ne veut pas la servir dans les pharmacies. Les taxis, c’est encore pire. Avec le refus, il y a les insultes. En Roumanie, deux jeunes hommes dans sa famille se sont fait tuer dans la rue pour rien du tout. Récemment, sa cousine accouche. On lui dit l’enfant est mort-né. Elle demande à voir l’enfant. On ne lui a jamais montré. Des filles de 14 ans sont emmenées de force à l’hôpital et stérilisées. Dans ces deux pays, au fil du temps,  nous sommes devenus les juifs des années 30.  
    Si on veut vraiment trouver une réelle solution  aux problèmes que posent les tribus tziganes, il faut agir avec l’Europe car il y a de l’argent pour ça.
    Il est urgent de faire une évaluation des politiques publiques car les fonds européens existent mais ils s’évaporent. Certaines associations ne sont pas toujours bienveillantes, en gros, l’argent n’arrive pas où il devrait aller : c’est-à-dire pour monter des projets.
    Déçus, les Français ont élu une autre équipe gouvernementale. Le chantier est énorme. Il y a tellement de choses à changer, presque tout.
    Dans les tribus tziganes et gitanes, on a compris il y a longtemps que la politique est le terrain préféré du diable. Alors nous préférons rester sur nos terrains.
    L’extrême droite et une certaine droite, bien aidée par les difficultés économiques de millions d’hommes et de femmes ont perverti le discours politique. Marine Le Pen, délirant sur les tziganes de Roumanie qui sont restés en France. Chiffre officiel : 16 000.  
    Les hommes ont marché sur la lune mais ils ne peuvent pas tordre le cou à la misère, aux injustices, au racisme et à l’antisémitisme. Les autorités de ce pays nous ont toujours écrasés.
    Dernier racisme nous concernant, nous ne sommes plus des tziganes, maintenant, nous sommes des « roms ».
    Le Ministre de l’intérieur, Manuel Valls, a très bien compris comment Nicolas Sarkozy, l’homme le plus détesté du pays s’est fait élire : il marche sur ses pas, quelle noblesse.
    Certains voudraient nous voir morts, ça tombe mal. Le 23, 24 et 25 mars 2013, nous avons présenté la première programmation à Paris de Tchiriclif, Centre artistique tzigane. Et nous avons eu un public enthousiaste et nombreux.
    Comme disait le violoniste Yehudi Menuhin, « bientôt dans ce monde moderne, plus personne ne saura allumer un feu. Heureusement que les tribus tziganes et gitanes seront là ! »
    Veuillez agréer, Monsieur le Ministre de l’intérieur etc……
    Alexandre Romanès,
    Poète, luthiste et directeur du cirque Romanès.

    vendredi 18 janvier 2013

    Deux opposants à la guerre au Mali : Dominique de Villepin et Laurent LOUIS



    Villepin : "Non, la guerre ce n’est pas la France"

    TRIBUNE - Par Dominique de Villepin, ancien Premier ministre. A paraître  dans le JDD.  12/1/2013

    Le Mali, pays ami, s’effondre. Les djihadistes avancent vers le sud, l’urgence est là.
    Mais ne cédons pas au réflexe de la guerre pour la guerre. L’unanimisme des va-t-en-guerre, la précipitation apparente, le déjà-vu des arguments de la "guerre contre le terrorisme"  m’inquiètent. Ce n’est pas la France. Tirons les leçons de la décennie des guerres perdues, en Afghanistan, en Irak, en Libye.
    Jamais ces guerres n’ont bâti un État solide et démocratique. Au contraire, elles favorisent les séparatismes, les États faillis, la loi d’airain des milices armées.
    Jamais ces guerres n’ont permis de venir à bout de terroristes essaimant dans la région. Au contraire, elles légitiment les plus radicaux.
    Jamais ces guerres n’ont permis la paix régionale. Au contraire, l’intervention occidentale permet à chacun de se défausser de ses responsabilités.
    Pire encore, ces guerres sont un engrenage. Chacune crée les conditions de la suivante. Elles sont les batailles d’une seule et même guerre qui fait tache d’huile, de l’Irak vers la Libye et la Syrie, de la Libye vers le Mali en inondant le Sahara d’armes de contrebande. Il faut en finir.
    Au Mali, aucune des conditions de la réussite n’est réunie.
    Nous nous battrons à l’aveuglette, faute de but de guerre. Arrêter la progression des djihadistes vers le sud, reconquérir le nord du pays, éradiquer les bases d’AQMI sont autant de guerres différentes.
    Nous nous battrons seuls, faute de partenaire malien solide. Éviction du président en mars et du premier ministre en décembre, effondrement d’une armée malienne divisée, défaillance générale de l’Etat, sur qui nous appuierons-nous?
    Nous nous battrons dans le vide, faute  d’appui régional solide. La Communauté des États de l’Afrique Occidentale reste en arrière de la main et l’Algérie a marqué ses réticences.
    Un processus politique est seul capable d’amener la paix au Mali.
    Il faut une dynamique nationale pour reconstruire l’Etat malien. Misons sur l’union nationale, les pressions sur la junte militaire et un processus de garanties démocratiques et de l’Etat de droit à travers des politiques de coopération fortes.
    Il faut aussi une dynamique régionale, en  mobilisant l’acteur central qu’est l’Algérie et la CEDEAO en faveur d’un plan de stabilisation du Sahel.
    Il faut enfin une dynamique politique pour négocier en isolant les islamistes en ralliant les Touaregs à une solution raisonnable.
    Comment le virus néoconservateur a-t-il pu gagner ainsi tous les esprits? Non, la guerre ce n’est pas la France. Il est temps d’en finir avec une décennie de guerres perdues. Il y a dix ans, presque jour pour jour, nous étions réunis à l’ONU pour intensifier la lutte contre le terrorisme. Deux mois plus tard commençait l’intervention en Irak. Je n’ai depuis jamais cessé de m’engager pour la résolution politique des crises et contre le cercle vicieux de la force. Aujourd’hui notre pays peut ouvrir la voie pour sortir de l’impasse guerrière, si elle invente un nouveau modèle d’engagement, fondé sur les réalités de l’histoire, sur les aspirations des peuples et le respect des identités.  Telle est la responsabilité de la France devant l’histoire.
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     Laurent LOUIS s'oppose à la guerre au Mali et dénonce 
                   la  manipulation internationale


    Vidéo publiée le 18 janv. 2013

    Le député indépendant belge Laurent LOUIS s'oppose, seul contre tous les autres parlementaires, à la participation de la Belgique à la guerre au Mali. Il dénonce la manipulation internationale, le mensonge de la lutte anti-terroriste, le soutien des Occidentaux aux djihadistes en Libye, Tunisie et Syrie et dévoile les véritables raisons de cette opération militaire néo-colonialiste.
    http://youtu.be/TW9kWe3MI-M
       

    lundi 31 janvier 2011

    Entre Tunis et Le Caire, le rêve brisé de Sarkozy

    Gérard Courtois (Chronique "France") Le Monde,  1/2/11

    Quand l'Histoire s'invite avec tant d'insistance dans l'actualité nationale, l'embarras du chroniqueur est extrême. Que privilégier, en effet ? Les interrogations métaphysiques des centristes, menacés de "centrifugation", selon le mot du sénateur Jean Arthuis ? Ou les questionnements existentiels de Nicolas Hulot, décidé, semble-t-il, à chiper à Dominique Strauss-Kahn la palme du vrai-faux candidat ?
    Faut-il plutôt s'alarmer du recours de nos concitoyens aux conduites magiques pour conjurer la crise, puisqu'ils ont misé plus de 40 milliards d'euros en 2010 dans tous les jeux de hasard, paris et casinos - soit, tout de même, plus du tiers du déficit budgétaire pour 2011 ? Ou doit-on prendre au sérieux le plan du ministre de l'éducation nationale pour faire pousser la bosse des maths aux petits Français, en oubliant que cet homme-là lance en l'air, comme un jongleur, une réforme tous les trois mois ?
    Que dire, enfin, de ces détresses poignantes qui nous entourent ? Celle de l'ancien président Jacques Chirac, trop vieilli, usé et fatigué, plaide son entourage, pour affronter le procès des emplois fictifs de la Ville de Paris qui l'attend dans un mois. Ou la détresse des 46 policiers de la CRS 54, basée à Marseille, qui ont commencé une grève de la faim pour dénoncer l'éventuelle suppression de leur compagnie. L'affaire n'est pas banale, quand on pense que ce sont ces CRS, ou leurs collègues, dont la ministre des affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, vantait il y a peu l'exceptionnel professionnalisme au point de vouloir en faire bénéficier le régime chancelant du président tunisien Ben Ali...
    Il est vrai que l'Histoire a heureusement tranché autrement : l'homme qui tenait la Tunisie sous sa botte depuis plus de vingt ans a fui devant la révolte de son peuple. L'essentiel a été dit, depuis, sur le silence ancien, complice et coupable de la France à l'égard du clan au pouvoir à Tunis, sa corruption, son autoritarisme policier et son mépris pour les droits de l'homme.
    Mais il a été moins relevé que cette "révolution du jasmin" (et de sang) signe l'échec cinglant du grand projet méditerranéen de Nicolas Sarkozy. Surtout depuis qu'une fièvre semblable a gagné l'Egypte et menace chaque jour davantage le président Moubarak, coprésident depuis juillet 2008, avec son homologue français, de l'Union pour la Méditerranée.
    Dès le soir de son élection, le 6 mai 2007, le chef de l'Etat avait lancé "un appel à tous les peuples de Méditerranée pour leur dire que c'est en Méditerranée que tout va se jouer, qu'il nous faut surmonter toutes les haines pour laisser place à un grand rêve de paix et de civilisation". Lyrique, il ajoutait que la France serait "du côté des opprimés du monde", de "tous ceux qui croient aux valeurs de la tolérance, de la liberté, de la démocratie".
    Superbe perspective, que M. Sarkozy avait confirmée à Tanger, au Maroc, à l'automne suivant : "En tournant le dos à la Méditerranée, l'Europe se couperait non seulement de ses sources intellectuelles, morales, spirituelles, mais également de son futur. C'est en Méditerranée que l'Europe gagnera sa prospérité, sa sécurité ".
    Les 13 et 14 juillet 2008, enfin, après des mois de rugueuses tractations, le président français pouvait savourer son succès : à l'exception du Libyen Kadhafi, les 43 dirigeants de l'Europe et du pourtour méditerranéen étaient réunis sous la coupole du Grand Palais, à Paris. "Nous ne voulons plus seulement être des voisins, mais des partenaires" et "écrire ensemble notre histoire commune sur un pied d'égalité entre le Nord et le Sud" et autour de "projets concrets" (en matière d'environnement, d'éducation, de développement ou d'énergie), pouvait leur lancer le président de la République.
    A l'instar de la réconciliation franco-allemande et européenne, au lendemain de la guerre, il plaidait que cette Union permettrait non pas d'occulter, mais de dépasser les drames, les conflits et les injustices passés.
    Les spécialistes souligneront que, depuis, ce grand dessein s'est enlisé, paralysé par mille susceptibilités, cisaillé par la guerre israélienne contre Gaza en janvier 2009, plombé par la crise économique mondiale. Et ils auront raison : les solidarités concrètes n'ont pratiquement pas vu le jour et la deuxième conférence générale de l'Union pour la Méditerranée est ajournée depuis des mois.
    Mais le mal - le vice de forme en quelque sorte - est plus profond, comme le démontrent la révolution tunisienne et le soulèvement égyptien : l'Europe a tout simplement négligé les peuples, leurs colères contre l'injustice et leurs aspirations à la liberté ; Nicolas Sarkozy, en particulier, a oublié la défense des droits de l'homme et des opprimés invoquée le 6 mai 2007, jusqu'à déclarer, lors d'un voyage officiel en 2008, que "l'espace de liberté progresse en Tunisie".
    Tout y a contribué. Bien sûr, les liens étroits et le réalisme commode qui conduisent à coopérer avec les régimes en place quels qu'ils soient. Mais aussi la règle de non-ingérence dans les affaires intérieures des pays de l'autre rive méditerranéenne, surtout s'ils sont d'anciennes colonies ou protectorats français.
    Enfin, la lutte contre l'islamisme radical et le terrorisme contre lesquels Paris a voulu croire, jusqu'à l'aveuglement, que les potentats les plus autoritaires sont un rempart efficace.
    Dressé par Le Quotidien d'Oran (cité par Courrier international), le bilan est désastreux et résonne comme un avis de décès pour l'Union pour la Méditerranée : "Le Maghreb et sa population n'ont rien à attendre de l'Europe en général et de la France en particulier."
    Plus cruel encore, le romancier égyptien Alaa El-Aswany, l'auteur de L'Immeuble Yacoubian, concluait son témoignage sur la "révolution" en marche sur les bords du Nil d'une phrase qui résume ce fiasco : "La France nous a donné l'exemple avec des écrivains comme Camus et Sartre, engagés pour la liberté" (Libération, 30-31 janvier). Il est plus que regrettable que l'on s'en souvienne au Caire, et pas à Paris.
    Courriel : courtois@lemonde.fr.
    http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/01/31/entre-tunis-et-le-caire-le-reve-brise-de-sarkozy_1473086_3232.html