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dimanche 15 novembre 2015

De Villepin à propos de l'Etat islamique : 6 minutes d'intelligence et de lucidité


De Villepin pour nous rappeler les responsabilité d'une politique américaine dans laquelle il n'y a rien à sauver depuis 15 ans, et un suivisme français contre nature : la guerre n'est pas notre vocation ; notre vocation c'est la paix et la diplomatie car nous n'avons aucunement besoin d'ennemis pour exister et nous imposer.
Pour notre malheur, le quai d'Orsay est occupé par un homme incapable de penser l'après Pax Americana et la nécessité aujourd'hui de nous en éloigner... pour mieux retrouver au plus vite notre indépendance et notre tradition diplomatique de recherche d'équilibre.

D"autant plus que Védrine a "retourné" sa veste voilà quelques années ; lui aussi n'est plus capable d'anticiper sur l'échec à venir et sur les dangers d'une France incapable de faire entendre une voix indépendante.


http://www.dailymotion.com/video/x26sp1d_de-villepin-a-propos-de-l-etat-islamique-6-minutes-d-intelligence-et-de-lucidite_webcam

mercredi 6 août 2014

Point de vue d'un farouche défenseur d'Israël : Gaza: le massacre des innocents et l'honneur perdu d'Israël

Mieux vaut tard que jamais ! Un homme politique français d'envergure, Dominique de Villepin, ancien Ministre des Affaires Étrangères et Premier Ministre sous la présidence de Jacques Chirac, vient donc de « lever la voix » dans un grand quotidien national, « Le Figaro » (http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2014/07/31/31002-20140731ARTFIG00381-dominique-de-villepin-lever-la-voix-face-au-massacre-perpetre-a-gaza.php), afin d'y dénoncer publiquement « le massacre perpétré à Gaza » par Israël. Ainsi s'est-il finalement rangé, lui aussi, aux côtés de ceux (dont ma modeste personne) qui se sont insurgés ouvertement depuis le début, le 8 juillet dernier, de cette offensive menée, avec une rare violence, par l'armée israélienne dans la bande martyre de Gaza.

Un massacre sans nom, sinon - je le déplore amèrement en tant qu'intellectuel juif - celui de « crime contre l'humanité » : 1.800 hommes et femmes palestiniens, dont des centaines d'enfants, y ont déjà été tués, et près de 10.000 grièvement blessés, sous les bombes. Un déluge de fer et feu, où mêmes les infrastructures civiles – écoles, hôpitaux, magasins, marchés, parcs publics, centrales électriques, pompes à eau, entrepôts de nourriture, champs agricoles, etc – ne sont guère épargnées. Ce peuple, le peuple palestinien, est aujourd'hui à genoux, terrorisé jour et nuit, épuisé, comme vidé de son sang ainsi que le hurlait une mère agenouillée devant le cadavre de son bambin.

Ce crime organisé, méticuleusement préparé, le monde entier y assiste quotidiennement avec effroi, médusé, révolté et scandalisé à la fois, à travers les images que lui diffusent sans arrêt, sur ses écrans de télévision, les divers journaux télévisés. Notre Occident, impuissant à calmer cette folie meurtrière, se demande chaque jour, incrédule et consterné, comment Israël, cette nation qui vit le jour au lendemain (1948) de ce crime unique dans les annales de l'(in)humanité que fut la Shoah, peut aujourd'hui se comporter à son tour, à l'encontre des Palestiniens, comme un assassin.

L'inhumaine souffrance n'a pas de nationalité, de frontière, de culture ou de religion ; elle est universelle, comme la honte qui nous envahit à entendre ces cris lacérer, parallèlement à l'éclair des obus, le ciel plombé, tel un immense linceul, de Gaza.

QUAND LA BARBARIE RÉPOND A LA BARBARIE

Certes, pourront toujours répliquer les plus farouches partisans d'Israël (dont je suis) : ce pays ne fait là que se défendre contre les terroristes du Hamas, lequel, pour lancer ses immondes roquettes sur Tel Aviv, Jérusalem ou Haïfa, se cache derrière sa propre population, la prenant lâchement en otage, tel un vaste bouclier humain. J'en conviens, à cette différence près : détruire les tunnels bellicistes du Hamas, oui ; éradiquer de Gaza ces fanatiques qui mettent la sécurité d'Israël en péril, oui ; mais non, pour autant, tuer des centaines d'innocents, qui n'ont rien demandé, sinon, pour la plupart d'entre eux, à vivre en paix avec leur voisin.

D'aucuns, tels Pedro Almodovar, Penelope Cruz et Javier Bardem, ont même osé là conférer un nom, non sans raison, à ce meurtre collectif : un génocide ! 

C'est donc la méthode employée par d'Israël, sa stratégie militaire et sa tactique guerrière, que je mets ici, par leur disproportion, sévèrement en cause : ce pays à une armée (Tsahal) assez sophistiquée et des services secrets (le Mossad) suffisamment performants, pour parvenir à ses fins, sans qu'il doive, pour cela, se livrer à pareille boucherie !

Rien ne peut justifier un tel carnage : c'est là, de la part d'Israël, qui se devrait d'être un exemple pour l'humanité au vu de son douloureux passé, intolérable sur le plan moral et criminel au niveau humain.

Répondre à la barbarie par la barbarie n'est guère, en outre, une solution ; cet engrenage ne fait qu'attiser la haine et exacerber ce conflit

L'HONNEUR PERDU D'ISRAËL

Je le clame donc, porté ici par ma seule conscience d'homme libre, haut et fort : Israël n'est pas digne, en cette effroyable circonstance, de son Histoire. Pis : il la trahit, au gré de ses seuls intérêts géostratégiques, et la déshonore ! La politique menée aujourd'hui par le gouvernement israélien s'avère aussi désastreuse, par son radicalisme idéologique et son intransigeance politique, que celle des extrémistes palestiniens et autres djihadistes de tous poils : une impasse ne conduisant qu'au pire des scénarios catastrophes.

Ainsi Dominique de Villepin a-t-il parfaitement raison lorsqu'il affirme, dans sa toute récente tribune du « Figaro », que l'on ne peut punir de la sorte tout un peuple (les Palestiniens) à cause des forfaitures de ses responsables politiques (le Hamas). La culpabilité collective est, en effet, une notion issue de l'idéologie fasciste, ainsi que l'a très bien démontré Zeev Sternhell, notamment, dans un livre resté célèbre : « Naissance de l'idéologie fasciste » (Paris, Fayard, 1989, en collaboration avec Mario Sznajder et Maria Asheri).

Mais Dominique de Villepin va plus loin, dans cette même tribune. Il y propose aussi, parallèlement à cette courageuse dénonciation, un certain nombre de solutions, toutes frappées au coin du bon sens politico-diplomatique le plus élémentaire, afin de mettre enfin un terme à ce trop long et sanguinaire conflit israélo-palestinien.

POUR UNE FORCE D'INTERPOSITION DE L'ONU

Le premier pas, essentiel, vers un apaisement de cet interminable conflit est la mise en place, relativement facile par ailleurs, d'une force d'interposition de l'ONU à Gaza. Quant à la Cisjordanie et Jérusalem Est, territoires occupés depuis 1967 et la « guerre des six jours », Villepin y préconise, à juste titre toujours, une administration, sous mandat international, de cette même ONU. Bref : Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem Est sous protection des fameux « casques bleus » comme naguère, à l'époque de la guerre en ex-Yougoslavie, entre les années 1994-1995 plus précisément, les enclaves musulmanes (Srebrenica, Gorazde, Zepa, Bihac) en Bosnie, alors mise à feu et à sang là aussi, jusqu'à ce que les fameux « accords de Dayton » y imposèrent la paix, par les Serbes.

UNE HAIE POUR LA HAYE

Le deuxième pas, vers cette paix tant désirée par les hommes et les femmes de bonne volonté à travers le monde civilisé, est, ainsi que Villepin l'a encore indiqué dans cet épineux dossier, l'établissement d'une justice internationale : cette prétendue « haie de protection », comme l'actuelle offensive militaire d'Israël contre Gaza se voit cyniquement baptisée par ses responsables politiques, aurait déjà conduit ces derniers, s'ils avaient été à la tête d'un autre pays, devant le tribunal pénal international (TPI) : une haie, sans vouloir faire d'incongrus jeux de mots, pour la Haye !

Imagine-t-on, par ailleurs, l'inverse : des centaines de morts et des milliers de blessés juifs, en trois semaines à peine, sous le feu arabe ? On aurait déjà hurlé, depuis longtemps, à un nouvel holocauste !

Là où, en revanche, je serai beaucoup plus sceptique, quant aux remèdes que prône Dominique de Villepin en sa tribune, c'est dans l'appel à des sanctions économiques, sinon à un véritable boycott, à l'encontre d'Israël. Je suis, pour ma part, résolument contre ! Car s'il est exact que l'on ne peut décemment châtier tout un peuple pour les seules fautes, fussent-elles gravissimes, de ses dirigeants politiques (l'actuelle droite israélienne, en l'occurrence), ce principe, s'il est authentiquement universel, doit forcément valoir, également, pour les Juifs : asphyxier une population entière, quelle qu'elle soit, sous la contrainte économico-financière s'avère un acte inacceptable humainement, même si, en l'absence de bombes et de sang, de cris et de larmes, d'enfants déchiquetés et de mères pleureuses, il n'est guère spectaculaire médiatiquement !

CES INDIGNES PRIX NOBEL DE LA PAIX

Mais ce qui, en cette dramatique histoire, m'interpelle le plus, ainsi que je l'ai écrit récemment en ma « lettre ouverte d'un intellectuel juif à ses pairs » (http://blogs.mediapart.fr/blog/daniel-salvatore-schiffer/220714/lettre-ouverte-dun-intellectuel-juif-ses-pairs-alain-finkielkraut-andre-glucksmann-be), c'est l'assourdissant silence dont font preuve, en ces jours mortifères, la plupart des intellectuels juifs, eux qui sont pourtant toujours prompts à s'insurger contre le crime partout dans le monde, face à cette abominable tuerie. Un incompréhensible et irrationnel « deux poids, deux mesures » ! Une suspecte et très mal venue indignation sélective, à géométrie variable !

Ainsi, qu'attend donc, par exemple, un Élie Wiesel, à qui l'académie d'Oslo décerna le prix Nobel de la paix en 1986, pour condamner, au nom de cette même paix, sa patrie d'élection qu'est Israël lorsqu'elle massacre sans trêve ni répit, humilie et terrorise un peuple tout entier, comme elle le fait aujourd'hui ?

Non : ce prix Nobel de la paix, belliciste patenté quand il s'agit de la cause d'Israël, à choisi de se taire face à l'horreur, dont il se révèle ainsi, fût-ce malgré lui, l'indirect complice !

Il y en a par ailleurs un autre au sein de ces prix Nobel de la paix, peut-être plus symbolique encore de par sa fonction même, à ne pas broncher, tout aussi veule, devant cette avalanche d'atrocités, sinon - le comble ! - pour la justifier, encore et toujours, du haut d'une bonne conscience plus qu'usurpée : Shimon Peres, qui fut, jusqu'à il y a quelques jours à peine, président d'Israël !

Et puis, last but not least, il reste, parmi ces trop silencieux prix Nobel de la paix, censés pourtant incarnés d'incontestables et prestigieuses autorités morales, l'inénarrable Barack Obama, président du pays le plus puissant du monde et commandant en chef de son armée, mais qui, allié inconditionnel d'Israël, préfère gesticuler lamentablement, prétextant la crise ukrainienne, en direction de son homologue russe, Vladimir Poutine, afin de l'affaiblir politiquement, plutôt que de dénoncer ouvertement Benyamin Netanyahou pour les crimes dont il se rend actuellement responsable à Gaza. Pis : cette Amérique qu'il dirige vient d'autoriser une nouvelle livraison d'armes et de munitions à Israël: histoire de tuer un peu plus, de manière indistincte !

PITIE POUR LES INNOCENTS !

Ainsi donc, Messieurs les Nobel, j'ose vous le dire, moi qui ne suis qu'un humble philosophe épris des seuls mais inaliénables principes universels de l'humanisme : avez-vous le cœur à ce point endurci, et la raison à ce point offusquée que vous en demeuriez invariablement muets ? êtes-vous à ce point sourds et aveugles pour ne point entendre ni ne voir le martyre des enfants, des pères et des mères de Palestine ? Ressaisissez-vous, de grâce et par pitié pour ces milliers d'innocents !

Il ne faudrait pas que vous finissiez par ressembler, par votre passivité, sinon votre indifférence, au tristement célèbre, d'antique mémoire, Ponce Pilate, qui, plutôt que de prendre ses responsabilités en tant que dirigeant politique, préférait s'en laver les mains, fût-ce, comme aujourd'hui à Gaza, dans une mare de sang !

POUR LA COEXISTENCE DES ETATS D'ISRAËL ET DE PALESTINE

Davantage : un peu de courage moral et d'honnêteté intellectuelle, de sagesse et de lucidité ; exprimez-vous donc plus fermement, nantis de la légitimité politique qui est la vôtre, pour la coexistence, pacifique et démocratique, des États israélien et palestinien, le tout assorti d'une reconnaissance mutuelle de la part de leurs institutions respectives ! Ce n'est qu'à ce juste prix, et dotée de semblable préalable, que la paix reviendra en cette turbulente région du monde qu'est le Proche et Moyen-Orient.

Cet ultime et nouveau massacre des innocents à Gaza hantera encore longtemps la conscience morale de l'Occident, si, du moins, celui-ci peut encore se targuer d'avoir une quelconque conscience, face à ce véritable crime contre l'humanité, tant son inertie s'avère, en cette effroyable circonstance, aussi inconcevable, sinon coupable, qu'effarante !

DANIEL SALVATORE SCHIFFER*

*Philosophe, auteur de « La Philosophie d'Emmanuel Levinas » (PUF), « Critique de la déraison pure » (François Bourin),signataire du JCall (Appel des Juifs à la Raison).

http://blogs.mediapart.fr/blog/daniel-salvatore-schiffer/050814/gaza-le-massacre-des-innocents-et-lhonneur-perdu-disrael


dimanche 3 août 2014

LEVER LA VOIX FACE AU MASSACRE PERPETRE A GAZA


Par Dominique de Villepin, ancien Premier ministre, texte diffusé par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).
Le 3 août 2014.
Le M’PEP approuve l’appel lancé par l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin et condamne l’attitude du gouvernement français.

Lever la voix face au massacre qui est perpétré à Gaza, c’est aujourd’hui, je l’écris en conscience, un devoir pour la France, une France qui est attachée indéfectiblement à l’existence et à la sécurité d’Israël mais qui ne saurait oublier les droits et devoirs qui sont conférés à Israël en sa qualité d’État constitué. Je veux dire à tous ceux qui sont tentés par la résignation face à l’éternel retour de la guerre qu’il est temps de parler et d’agir. Il est temps de mesurer l’impasse d’une France alignée et si sûre du recours à la force. Pour lever le voile des mensonges, des omissions et des demi-vérités. Pour porter un espoir de changement. Par mauvaise conscience, par intérêt mal compris, par soumission à la voix du plus fort, la voix de la France s’est tue, celle qui faisait parler le général de Gaulle au lendemain de la guerre des Six-Jours, celle qui faisait parler Jacques Chirac après la deuxième intifada.

Comment comprendre aujourd’hui que la France appelle à la « retenue » quand on tue des enfants en connaissance de cause ? Comment comprendre que la France s’abstienne lorsqu’il s’agit d’une enquête internationale sur les crimes de guerre commis des deux côtés ? Comment comprendre que la première réaction de la France, par la voix de son président, soit celle du soutien sans réserve à la politique de sécurité d’Israël ? Quelle impasse pour la France que cet esprit d’alignement et de soutien au recours à la force.
Je crois que seule la vérité permet l’action. Nous ne construirons pas la paix sur des mensonges. C’est pour cela que nous avons un devoir de vérité face à un conflit où chaque mot est piégé, où les pires accusations sont instrumentalisées.
L’État israélien se condamne à des opérations régulières à Gaza ou en Cisjordanie, cette stratégie terrifiante parce qu’elle condamne les Palestiniens au sous-développement et à la souffrance, terrifiante parce qu’elle condamne Israël peu à peu à devenir un État ségrégationniste, militariste et autoritaire.
Ayons le courage de dire une première vérité : il n’y a pas en droit international de droit à la sécurité qui implique en retour un droit à l’occupation et encore moins un droit au massacre. Il y a un droit à la paix qui est le même pour tous les peuples. La sécurité telle que la recherche aujourd’hui Israël se fait contre la paix et contre le peuple palestinien. En lieu et place de la recherche de la paix, il n’y a plus que l’engrenage de la force qui conduit à la guerre perpétuelle à plus ou moins basse intensité. L’État israélien se condamne à des opérations régulières à Gaza ou en Cisjordanie, cette stratégie terrifiante parce qu’elle condamne les Palestiniens au sous-développement et à la souffrance, terrifiante parce qu’elle condamne Israël peu à peu à devenir un État ségrégationniste, militariste et autoritaire. C’est la spirale de l’Afrique du Sud de l’apartheid avant Frederik De Klerk et Nelson Mandela, faite de répression violente, d’iniquité et de bantoustans humiliants. C’est la spirale de l’Algérie française entre putsch des généraux et OAS face au camp de la paix incarné par de Gaulle.
Il y a une deuxième vérité à dire haut et fort : il ne saurait y avoir de responsabilité collective d’un peuple pour les agissements de certains. Comment oublier le profond déséquilibre de la situation, qui oppose non deux États, mais un peuple sans terre et sans espoir à un État poussé par la peur ? On ne peut se prévaloir du fait que le Hamas instrumentalise les civils pour faire oublier qu’on assassine ces derniers, d’autant moins qu’on a refusé de croire et reconnaître en 2007 que ces civils aient voté pour le Hamas, du moins pour sa branche politique. Qu’on cite, outre les États-Unis, un seul pays au monde qui agirait de cette façon. Même si les situations sont, bien sûr, différentes, la France est-elle partie en guerre en Algérie en 1995-1996 après les attentats financés par le GIA ? Londres a-t-elle bombardé l’Irlande dans les années 1970 ?
Troisième vérité qui brûle les lèvres et que je veux exprimer ici : oui il y a une terreur en Palestine et en Cisjordanie, une terreur organisée et méthodique appliquée par les forces armées israéliennes, comme en ont témoigné de nombreux officiers et soldats israéliens écœurés par le rôle qu’on leur a fait jouer. Je ne peux accepter d’entendre que ce qui se passe en Palestine n’est pas si grave puisque ce serait pire ailleurs. Je ne peux accepter qu’on condamne un peuple entier à la peur des bombardements, à la puanteur des aspersions d’« eau sale » et à la misère du blocus. Car je ne peux accepter qu’on nie qu’il y a quelque chose qui dépasse nos différences et qui est notre humanité commune.
Il n’y a aujourd’hui ni plan de paix, ni interlocuteur capable d’en proposer un. Il faut tout reprendre depuis le début. Le problème de la paix, comme en Algérie entre 1958 et 1962, ce n’est pas « comment ? », c’est « qui ? ». Il n’y a pas de partenaire en Palestine car les partisans de la paix ont été méthodiquement marginalisés par la stratégie du gouvernement d’Israël. La logique de force a légitimité hier le Hamas contre le Fatah. Elle légitime aujourd’hui les fanatiques les plus radicaux du Hamas voire le Djihad islamique. Se passer de partenaire pour la paix, cela veut dire s’engager dans une logique où il n’y aurait plus que la soumission ou l’élimination.
Il n’y a plus de partenaire pour la paix en Israël car le camp de la paix a été réduit au silence et marginalisé. Le peuple israélien est un peuple de mémoire, de fierté et de courage. Mais aujourd’hui c’est une logique folle qui s’est emparée de son État, une logique qui conduit à détruire la possibilité d’une solution à deux États, seule envisageable. La résignation d’une partie du peuple israélien est aujourd’hui le principal danger. Amos Oz, Zeev Sternhell ou Elie Barnavi sont de plus en plus seuls à crier dans le désert, la voix couverte par le vacarme des hélicoptères. Il n’y a plus non plus de partenaire sur la scène internationale, à force de lassitude et de résignation, à force de plans de paix enterrés. On s’interroge sur l’utilité du Quartette. On désespère de la diplomatie du carnet de chèques de l’Europe qui se borne à payer pour reconstruire les bâtiments palestiniens qui ont été bombardés hier et le seront à nouveau demain, quand les États-Unis dépensent deux milliards de dollars par an pour financer les bombes qui détruisent ces bâtiments.
Face à l’absence de plan de paix, seules des mesures imposées et capables de changer la donne sont susceptibles de réveiller les partenaires de leur torpeur. C’est au premier chef la responsabilité de la France.
Le premier outil pour réveiller la société israélienne, ce sont les sanctions. Il faut la placer devant ses responsabilités historiques avant qu’il ne soit trop tard, tout particulièrement à l’heure où il est question d’une opération terrestre de grande envergure à Gaza. Cela passe par un vote par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution condamnant l’action d’Israël, son non-respect des résolutions antérieures et son non-respect du droit humanitaire et du droit de la guerre. Cela signifie concrètement d’assumer des sanctions économiques ciblées et graduées, notamment pour des activités directement liées aux opérations à Gaza ou aux activités économiques dans les colonies. Je ne crois guère aux sanctions face à des États autoritaires qu’elles renforcent. Elles peuvent être utiles dans une société démocratique qui doit être mise face aux réalités.
Le deuxième outil, c’est la justice internationale. L’urgence aujourd’hui, c’est d’empêcher que des crimes de guerre soient commis. Pour cela, il est temps de donner droit aux demandes palestiniennes d’adhérer à la Cour pénale internationale, qui demeure aujourd’hui le meilleur garant de la loi internationale. C’est une manière de mettre les Territoires palestiniens sous protection internationale. Le troisième outil à la disposition de la communauté internationale, c’est l’interposition. À défaut de pouvoir négocier une solution, il faut l’imposer par la mise sous mandat de l’ONU de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem Est, avec une administration et une force de paix internationales. Cette administration serait soumise à de grands périls, du côté de tous les extrémistes, nous le savons, mais la paix exige des sacrifices. Elle aurait vocation à redresser l’économie et la société sur ces territoires par un plan d’aide significatif et par la protection des civils. Elle aurait également pour but de renouer le dialogue interpalestinien et de garantir des élections libres sur l’ensemble de ces territoires. Forte de ces résultats, elle appuierait des pourparlers de paix avec Israël en en traçant les grandes lignes.
Nous n’avons pas le droit de nous résigner à la guerre perpétuelle. Parce qu’elle continuera de contaminer toute la région. Parce que son poison ne cessera de briser l’espoir même d’un ordre mondial. Une seule injustice tolérée suffit à remettre en cause l’idée même de la justice.
Dominique de Villepin
 

vendredi 18 janvier 2013

Deux opposants à la guerre au Mali : Dominique de Villepin et Laurent LOUIS



Villepin : "Non, la guerre ce n’est pas la France"

TRIBUNE - Par Dominique de Villepin, ancien Premier ministre. A paraître  dans le JDD.  12/1/2013

Le Mali, pays ami, s’effondre. Les djihadistes avancent vers le sud, l’urgence est là.
Mais ne cédons pas au réflexe de la guerre pour la guerre. L’unanimisme des va-t-en-guerre, la précipitation apparente, le déjà-vu des arguments de la "guerre contre le terrorisme"  m’inquiètent. Ce n’est pas la France. Tirons les leçons de la décennie des guerres perdues, en Afghanistan, en Irak, en Libye.
Jamais ces guerres n’ont bâti un État solide et démocratique. Au contraire, elles favorisent les séparatismes, les États faillis, la loi d’airain des milices armées.
Jamais ces guerres n’ont permis de venir à bout de terroristes essaimant dans la région. Au contraire, elles légitiment les plus radicaux.
Jamais ces guerres n’ont permis la paix régionale. Au contraire, l’intervention occidentale permet à chacun de se défausser de ses responsabilités.
Pire encore, ces guerres sont un engrenage. Chacune crée les conditions de la suivante. Elles sont les batailles d’une seule et même guerre qui fait tache d’huile, de l’Irak vers la Libye et la Syrie, de la Libye vers le Mali en inondant le Sahara d’armes de contrebande. Il faut en finir.
Au Mali, aucune des conditions de la réussite n’est réunie.
Nous nous battrons à l’aveuglette, faute de but de guerre. Arrêter la progression des djihadistes vers le sud, reconquérir le nord du pays, éradiquer les bases d’AQMI sont autant de guerres différentes.
Nous nous battrons seuls, faute de partenaire malien solide. Éviction du président en mars et du premier ministre en décembre, effondrement d’une armée malienne divisée, défaillance générale de l’Etat, sur qui nous appuierons-nous?
Nous nous battrons dans le vide, faute  d’appui régional solide. La Communauté des États de l’Afrique Occidentale reste en arrière de la main et l’Algérie a marqué ses réticences.
Un processus politique est seul capable d’amener la paix au Mali.
Il faut une dynamique nationale pour reconstruire l’Etat malien. Misons sur l’union nationale, les pressions sur la junte militaire et un processus de garanties démocratiques et de l’Etat de droit à travers des politiques de coopération fortes.
Il faut aussi une dynamique régionale, en  mobilisant l’acteur central qu’est l’Algérie et la CEDEAO en faveur d’un plan de stabilisation du Sahel.
Il faut enfin une dynamique politique pour négocier en isolant les islamistes en ralliant les Touaregs à une solution raisonnable.
Comment le virus néoconservateur a-t-il pu gagner ainsi tous les esprits? Non, la guerre ce n’est pas la France. Il est temps d’en finir avec une décennie de guerres perdues. Il y a dix ans, presque jour pour jour, nous étions réunis à l’ONU pour intensifier la lutte contre le terrorisme. Deux mois plus tard commençait l’intervention en Irak. Je n’ai depuis jamais cessé de m’engager pour la résolution politique des crises et contre le cercle vicieux de la force. Aujourd’hui notre pays peut ouvrir la voie pour sortir de l’impasse guerrière, si elle invente un nouveau modèle d’engagement, fondé sur les réalités de l’histoire, sur les aspirations des peuples et le respect des identités.  Telle est la responsabilité de la France devant l’histoire.
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 Laurent LOUIS s'oppose à la guerre au Mali et dénonce 
               la  manipulation internationale


Vidéo publiée le 18 janv. 2013

Le député indépendant belge Laurent LOUIS s'oppose, seul contre tous les autres parlementaires, à la participation de la Belgique à la guerre au Mali. Il dénonce la manipulation internationale, le mensonge de la lutte anti-terroriste, le soutien des Occidentaux aux djihadistes en Libye, Tunisie et Syrie et dévoile les véritables raisons de cette opération militaire néo-colonialiste.
http://youtu.be/TW9kWe3MI-M