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jeudi 17 janvier 2013

Mali : communiqué du Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA)

PARIS (SIWEL) — Dans un communiqué daté du 12 janvier, le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA), bien que soutenant les opérations militaires contre les groupes terroristes, alerte la communauté internationale que l'intervention armée étrangère ne devrait pas autoriser l'armée malienne à franchir la ligne de démarcation entre l'Azawad et le Mali, avant un règlement politique du conflit entre les Touaregs et les Maliens.


Bilal Ag Acherif, Secrétaire général du MNLA et Président du CTEA. (PH/DR)
Bilal Ag Acherif, Secrétaire général du MNLA et Président du CTEA. (PH/DR)
Ci-dessous, la déclaration dans son intégralité :

 Le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA) alerte la communauté internationale que l'intervention armée étrangère contre les groupes terroristes ne devrait pas autoriser l'armée malienne à franchir la ligne de démarcation entre l'Azawad et le Mali, avant un règlement politique du conflit entre lui et le Mali.


Dans ce contexte, le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad participera dans la réussite des opérations contre les groupes terroristes, et la réduction du nombre de victimes civiles innocentes.

Nous demandons que la population civile ne soit pas victime de cette intervention armée et de la confusion entre elle et les terroristes.

Nous notons que le Mouvement National pour la Libération de l'Azawad a toujours respecté ses engagements, y compris la cessation des opérations militaires entre lui et l'armée malienne, et reste prêt à la négociation.
.
Le 12/01/2013
Tinzaouatène./ Azawad
Bilal Ag Achérif
Secrétaire général du Mouvement National pour la Libération de l'Azawad (MNLA)
Président du Conseil de Transition de l’État de l'Azawad (CTEA) 

La France intervient au Mali et réaffirme son rôle de gendarme en Afrique

Traductions disponibles : Deutsch  Español  

 Communiqué de Survie, le 14 janvier 2013
C’est finalement le 10 janvier 2013 que la France est entrée en guerre au Mali. La communication du gouvernement français, reprise sans questionnement par les principaux médias, tend aujourd’hui à légitimer par tous les moyens et tous les arguments cette nouvelle intervention militaire française sur le sol africain et son rôle de "gendarme de l’Afrique". Pour Survie, association qui dénonce depuis longtemps l’ingérence et la domination de la France envers ses anciennes colonies africaines, il est important de rappeler quelques éléments de contexte et d’analyse critique sur cette intervention française, sans minimiser l’ampleur de la crise que connait le Mali.
Arend Van Dam - politicalcartoons.com - Mali - English - Mali, France, Al Qaeda
Arend Van Dam, Pays-Bas
La menace que font peser ces groupes armés sur la population et l’intégrité du Mali est indéniable. Leurs exactions sont connues et ont provoqué la fuite de centaines de milliers de personnes. Après le calvaire vécu par les populations dans le Nord, le soulagement des Maliens en ce moment est compréhensible. Si l’intervention française semble effectivement avoir mis un coup d’arrêt à l’offensive vers le sud du pays de mouvements armés qui se revendiquent d’un islam radical, il existe cependant d’autres motifs, militaires et politiques, à l’opération Serval rendant la conduite française des opérations critiquable.

"Restauration de l'ordre", par Tom Janssen, Pays-Bas, 14/1/2013
Le camouflage multilatéral d’une opération française
Cette intervention ne s’inscrit pas dans le cadre des résolutions de l’ONU. Des mois de négociations ont permis de faire voter trois résolutions du Conseil de Sécurité, ouvrant la voie à une intervention internationale sous responsabilité africaine et pouvant faire usage de la force, mais officiellement sans implication directe des militaires français. En informant simplement le Conseil de Sécurité sur le fait que son intervention urgente "s’inscrit dans le cadre de la légalité internationale" eu égard aux dispositions de la Charte de l’ONU, elle a finalement pu justifier une décision bilatérale. Ce changement majeur, qui met ses « partenaires » devant le fait accompli, est complaisamment occulté afin de laisser à nouveau croire que la France met en œuvre une volonté multilatérale actée au sein de l’ONU. Il est donc nécessaire qu’elle respecte au plus vite les résolutions de l’ONU.
Une fois de plus, la France joue le rôle de gendarme de l’Afrique, en appuyant sa stratégie sur ses relations bilatérales avec des "régimes amis" africains, sur la présence permanente de son armée dans la région et sur sa capacité de projection de forces. Ainsi, les hélicoptères utilisés pour stopper l’offensive adverse sont ceux des forces spéciales françaises de l’opération Sabre, présentes au Burkina Faso voisin (et en Mauritanie) depuis deux ans et renforcées au mois de septembre. C’est surtout le dispositif Epervier, en place au Tchad depuis 1986 alors qu’il était supposé provisoire, qui est mobilisé. À travers l’opération baptisée Serval, ce sont donc les liens que Paris entretient avec des régimes totalement infréquentables, ceux d’Idriss Déby et de Blaise Compaoré, qui se trouvent une nouvelle fois renforcés. Le rôle phare de la France est reconnu par la plupart de ses partenaires occidentaux qui lui emboitent le pas timidement dans cette intervention (Royaume-Uni, Etats-Unis, Allemagne) sans pour autant engager de troupes combattantes, tandis que d’autres restent en retrait.
Patrick Chappatte - Le Temps, Switzerland - French Intervention In Mali - English - Africa, Mali, France, Army, War, Terrorism, Islam, Sports, Cars
Patrick Chappatte, le Temps, Suisse, 14/1/2013
Une intervention directe décidée dans l’ombre
Ce scénario rentre dans la logique développée par le nouvel exécutif français, prônant l’intervention militaire comme un "préalable" à la restauration de la paix dans le pays (également en proie à une crise institutionnelle grave). Ces derniers mois, la France n’avait en rien contribué à l’émergence d’une solution collective discutée par l’ensemble des Maliens et de nature à favoriser un consensus politique, préalable à une réorganisation rapide des forces de sécurité. Aujourd’hui, la présence de soldats français jusque dans Bamako - sous couvert de protection des ressortissants - représente une pression importante sur les autorités maliennes en état de grande faiblesse.
L’option d’une intervention directe et rapide des forces françaises était déjà prévue, au vu de la rapidité de mise en œuvre, et ce bien avant que l’offensive ne se rapproche de Sévaré-Mopti. L’aval du Parlement n’est pas nécessaire à l’Élysée pour déclencher une opération extérieure, ce qui marque l’insuffisance de la modification constitutionnelle de juillet 2008 relative au contrôle parlementaire des opérations extérieures. De rares réactions critiques dans la classe politique soulignent cette absence de concertation. La nature préméditée de cette intervention armée aurait indiscutablement dû susciter une prise de décision parlementaire.
Dans l’immédiat, l’opération Serval  déjà basculé dans une phase offensive et semble devoir se prolonger dans la durée. Cette logique occulte délibérément les risques pour la population malienne et les Etats de la région, de même que les perspectives politiques et la période post-conflit. Le bilan accablant des récents antécédents français en Afrique montre pourtant que ces risques sont bien réels. Les interventions de 2011 en Côte d’Ivoire et en Libye ont en effet débouché sur des situations internes explosives, passées sous silence.
En conclusion, la crise malienne et cette nouvelle intervention militaire française en Afrique révèlent l’échec de 50 années de "coopération" avec l’Afrique : armées incapables de protéger leurs populations, chefs d’Etat médiateurs de crises eux-mêmes putschistes, accords de défense et bases militaires qui ont perpétué le rôle de gendarme de l’Afrique que la France s’est historiquement octroyé. On ne peut que constater l’incapacité des institutions africaines et multilatérales à organiser la moindre opération de sécurisation dans la région sans avoir recours au poids lourd français, qui a tout fait pour se rendre incontournable. Ces événements appellent une fois de plus à une remise en cause de l’ensemble du cadre des relations franco-africaines.
Emad Hajjaj - Jordan - Angry Birds in Mali - English - USA,France,Mali,radical Islamic groups,war,Africa,Algeria,angry birds,french rooster,American Eagle,iPad,games,application,tab,Obama,Hollande,Mali,president,desert,Emad Hajjaj,middle east,

Emad Hajjaj, Jordanie

mercredi 3 août 2011

Maroc: les hérétiques du ramadan

Par Ali Amar, 2/8/2011
Il y a deux ans, les «déjeuneurs du ramadan» avaient fait scandale. Leur action, qui soulignait l’inadéquation du dogme religieux à la modernité sociale, est plus que jamais d’actualité.

Des non-musulmans attablés en terrasse d'un McDonald's de Rabat, au Maroc
, le 4 septembre 2010. AFP PHOTO/ABDELHAK SENNA


«Apostats, mécréants, nous érigerons un bûcher pour vous et vous irez brûler en enfer!» Sur la Toile, ce type de réaction hostile avait fait florès lorsque des activistes libertaires avaient créé en 2009 un groupe sur Facebook baptisé Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali), et décidé pour leur première action de briser un tabou et d’en faire un exemple de militantisme pour les libertés individuelles: celui de ne pas observer le jeûne durant le mois sacré du ramadan.

Face aux menaces, les sympathisants du Mali —qui sont aujourd’hui près de 3.000 sur Facebook— avaient décidé d’afficher publiquement leur profil et leur photo avec un slogan: «Au Maroc, manger tue». Nombreux déclarent ne pas jeûner, réclament un État laïc, fustigent la duplicité des pouvoirs publics, l’hypocrisie des partis, la démission des élites qui manque d’audace politique capable de dessiner les contours d’une nouvelle société marocaine ouverte et tolérante.

«Au Maroc, plus que dans d'autres États, la défense de nos libertés individuelles est une nécessité. Abus de pouvoir, inquisition socioreligieuse, intolérance, textes de loi abusifs, étouffent nos libertés fondamentales. D'où l'importance d'un Mouvement alternatif pour les libertés individuelles», écrivaient dans leur manifeste les fondateurs du mouvement, deux jeunes femmes: la journaliste Zineb El Rhazoui, et la psychologue Ibtissam Lachgar.

Un déjeuner sur l’herbe en plein ramadan
Dimanche 13 septembre 2009, en fin de matinée, Zineb El Rhazoui et Ibtissam Lachgar sont dans le train-navette qui relie Casablanca à la capitale Rabat avec un petit groupe de jeunes gens d’extractions sociales diverses, ralliés au mouvement grâce à l’exceptionnel buzz suscité par leur manifeste sur les réseaux sociaux et les blogs tenus par des activistes progressistes.

Une communauté qualifiée au mieux d’«idéaliste», au pire de «nihiliste», qui à chaque poussée de fièvre sécuritaire au Maroc se mobilise sur Internet pour faire entendre la voix de ceux qu’on appelle souvent au Maroc les «modernistes».

Par petites grappes, les membres du collectif Mali se donnent rendez-vous à la gare ferroviaire de Mohammedia, leur point de ralliement avant de se diriger vers une zone dégagée, à l’extérieur de la ville. Leur objectif, clameront-ils, était de rompre le jeûne «dans un espace non clos, mais dans une relative discrétion» —l’action n’étant pas de le faire de manière ostentatoire.

Leur mot d’ordre étant avant tout de «protester contre l’ingérence dans la vie privée et pour la liberté de ne pas jeûner ramadan». Les manifestants munis de leurs sandwichs voulaient casser la croûte lors d’un happening dans une petite forêt de la ville, arguant qu’un Marocain n’est pas forcément musulman et de ce fait ne doit pas souffrir d’une quelconque discrimination ou être victime de la vindicte.
100 policiers contre 10 sandwichs

Une centaine de policiers et de militaires («Plus de 100 policiers contre 10 sandwichs», titrera non sans malice le quotidien madrilène El Mundo), étaient amassés à leur descente de train. Les forces de l’ordre ont procédé à la fouille systématique des «passagers douteux»: garçons en pantalons baggy et sac à dos, coiffure rasta ou filles cheveux au vent…

«Quand ils ont vu que nous avions de la nourriture dans nos sacs, ils nous ont obligés à rebrousser chemin vers Casablanca dans le train suivant», relatera une manifestante.

«Notre objectif était de dire que nous sommes marocains, nous n’observons pas le jeûne, mais nous avons le droit d’exister. Chaque année il y a des arrestations et des lynchages publics de non-jeûneurs alors que la Constitution marocaine garantit la liberté de culte», expliquera un membre du Mali dans les colonnes d’El Mundo.

Chaque année, les forces de l’ordre arrêtent des dizaines de «contrevenants» du ramadan dans toutes les villes du royaume. Ils sont pour la plupart condamnés à de la prison ferme. Des jugements expéditifs qui n’ont pas eu le même écho médiatique que celui suscité par le Mouvement.

La présence de la presse internationale, essentiellement espagnole, le statut particulier du groupe, identifié comme étant une initiative de journalistes par les autorités, aura fait réagir le procureur du roi qui ordonnera à la police judiciaire de procéder à l’arrestation des impétrants pour des «raisons de sécurité civile» selon la version officielle, abondamment relayée par la télévision publique à une heure de grande écoute.

Un article de loi qui prévoit un à six mois de prison
L’agence officielle Maghreb arabe presse (MAP) donnera le ton bien avant que les mandats d’amener soient délivrés par le parquet à la Police judiciaire de Mohammedia. Celui-ci s’est appuyé dans sa décision sur l’article 222 du Code pénal marocain, qui stipule que «tout individu notoirement connu pour son appartenance à l’Islam qui rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le ramadan est passible de un à six mois d’emprisonnement et d’une amende».

Une disposition légale jugée contraire aux normes internationales en matière de libertés individuelles, comme l’ont rappelé avec insistance les organisations de défenses des droits de l’homme:

«L'article 222 du code pénal, et les lois qui se mêlent des convictions personnelles des individus sont abusifs […] La pratique religieuse est basée sur la conviction, et nul n'a le droit d'imposer une conviction à qui que ce soit par la force. C'est contraire non seulement aux droits de l'homme, mais à la religion musulmane aussi», avait déclaré Khadija Rouissi de l’association Bayt Al-Hikma.

D’ailleurs, rappellent des ténors du barreau comme le bâtonnier Abderrahim Jamaï qui avait pris la défense des membres du Mali, cet article de loi ne peut servir de base juridique à des poursuites; les personnes interpellées n’ont en définitive pas rompu le jeûne en public. Ils ne pouvaient pas être valablement condamnés pour un supposé délit d’intention.

«Nous sommes encore une fois face à une décision arbitraire, car l’infraction supposée n’a pas été commise», avait-il plaidé, ajoutant que l’encerclement et la privation de mouvement imposée au groupe à Mohammedia «viole tout simplement les dispositions élémentaires de la loi».

Il ira plus loin en affirmant que «l’activation d’associations religieuses comme l’instance des oulémas de la ville, la mobilisation politique des partis conservateurs et les diatribes de la presse procèdent d’un véritable appel au lynchage et à une forme dangereuse d’excommunication».

«Un acte odieux qui défie les enseignements de Dieu»
Le conseil des oulémas (théologiens officiels) de Mohammedia avait en effet dénoncé «avec force cet acte odieux qui défie les enseignements de Dieu et du Prophète qui mérite une sanction exemplaire».

Au-delà des débats juridiques, l’affaire avait mis en exergue une réalité bien plus pesante: l’inadéquation des textes de loi avec une réalité sociale en pleine effervescence, confrontée à la mondialisation des mœurs et des idées. Si l’islam est la religion d’Etat, la question de la liberté de culte dont la Constitution garantit le respect est de nouveau battue en brèche.

«Il y a un problème de clarification à ce niveau», explique maître Jamaï. «La liberté de culte dont se prévaut le Mouvement alternatif est en phase avec une conception évidente du droit au libre arbitre. Or, sur le plan politique, la religion d’Etat éteint le droit à l’autodétermination de chacun, ce qui est contraire aux libertés fondamentales.»

«Demain, ils voudront sortir nus dans la rue!»
Là où le débat d’idées est nécessaire et où la réflexion devrait être admise, l’interdit est érigé au nom de la notion évasive de «communauté» et de «majorité écrasante», comme s’en défendent les islamistes ou les conservateurs, à l’image des propos offensifs de Mustapha Ramid du Parti pour la justice et le développement (PJD) qui n’hésitera pas à reléguer le droit de chacun de ne pas observer les préceptes religieux à celui de disposer de son corps dans le seul espace confiné du privé:

«Nous ne pouvons accepter que des musulmans dé-jeûnent publiquement. Le législateur ne peut négliger les sentiments de 99,99% des Marocains en faveur de 0,01% de personnes qui souhaitent pouvoir manger ouvertement.»

Ramid rejette les raisons qui poussent les membres du Mali à insister pour pouvoir manger publiquement, indiquant que «rien ne les empêche de le faire secrètement, dans des lieux privés où l'individu est maître de soi, contrairement aux espaces publics où la société est maîtresse». Pour lui, lier la question de l'interdiction de dé-jeûner aux libertés individuelles «ouvrirait grand la porte à la discussion sur la liberté de disposer de son corps, et ainsi à la dépénalisation de la pédérastie […] A ce rythme, demain, ils voudront sortir nus dans la rue!».

Les islamistes ne sont pas les seuls à penser de la sorte. Selon une enquête récente sur «L’Islam au quotidien», 60% de Marocains ne considèrent pas comme musulman celui qui ne fait pas le ramadan, et 44,1% de Marocains estiment qu’un dé-jeûneur doit être puni jusqu’à ce qu’il reprenne «le droit chemin». Près de 82,7% des interrogés ne sont pas d’accord pour que les cafés et restaurants restent ouverts la journée pendant le mois sacré.

«Dans cette logique, la prière, qui est tout comme le carême un des piliers de l’Islam, pourrait de facto être une obligation sociale», réplique un activiste du Mouvement. Une cohérence dont se prévaut d’ailleurs le régime des Mollahs en Iran ou les défenseurs de l’application rigoriste de la Charia, la loi islamique.

«Qui interdit à quiconque d’aller à McDonald’s ou Pizza Hut? Toutes les franchises internationales de fast-food sont ouvertes. Dans les hôtels, les touristes sont servis y compris quand ils demandent de l’alcool, alors pourquoi faire de la provocation gratuite?», fulmine un officiel.

En toile de fond, ces propos rejoignent en fait le concept de «la laïcité masquée» qui prédomine au Maroc. C’est le cas de la tolérance de la consommation d’alcool par les musulmans. Pour les laïcs, la position des pouvoirs publics est marquée par la lâcheté et l’hypocrisie.

«Nous rêvons d’un Maroc tolérant, libre et pluriel»
Pour Zineb El Rhazoui, «l'islam existe depuis des siècles et n'a pas besoin des islamistes pour le défendre», et d’ajouter:

«Il ne sera nullement ébranlé par des personnes qui ont fait le choix, pour des raisons qui leur sont propres, de ne pas observer une prescription religieuse.

Si nous permettons aux forces de l'obscurantisme de faire la loi dans notre société, chaque femme non voilée, chaque personne qui ne fait pas la prière ou qui boit de l'alcool pourra craindre les représailles des radicaux. Nul n'est à l'abri du passage à l'acte d'un fanatique, mais cela ne doit pas nous empêcher de nous exprimer librement et de militer pour le Maroc dont nous rêvons: un Maroc tolérant, libre et pluriel.»

«De tous temps, l'islam s'est proclamé comme une religion sans contraintes (dîn yousr)», martèle El Rhazoui.

«Les prescriptions religieuses existent, les fidèles sont appelés à faire de leur mieux pour les respecter. Toutefois, nul ne peut juger de l'adhésion des autres à une règle religieuse, et encore moins les contraindre à l'observer; c'est contraire à la religion musulmane qui prône une relation directe avec Dieu, sans intermédiaire.»

Un dogme insoluble dans la modernité
Dans une interview accordée au quotidien français Libération, l’islamologue laïc Abdelwahab Meddeb tire la sonnette d'alarme quant à la pratique du jeûne pendant le ramadan. Selon lui, dans de nombreuses sociétés, et notamment au Maroc, le jeûne a tendance à devenir un phénomène social plus qu'un exercice spirituel.

Les membres du Mali adhèrent à ce point de vue:
«Nous pensons que chacun doit avoir la liberté de pratiquer sa religion en son âme et conscience. Ceux qui souhaitent jeûner doivent pouvoir le faire sans contrainte, où qu'ils soient dans le monde. Ce que nous dénonçons, c'est la stigmatisation des dé-jeûneurs et leur pénalisation du point de vue de la loi. Dans notre activité, il y avait des jeûneurs parmi nous, qui soutenaient le droit des dé-jeûneurs à exister librement, sans hypocrisie», argumente El Rhazoui.

La question dépasse aussi le seul cadre du débat sur les libertés individuelles, socle essentiel de la modernité d’une société. Elle interpelle sur les fondamentaux du contrat social avec la monarchie qui tire évidemment sa légitimité première de la notion de Commanderie des Croyants. Si ce lien est très largement accepté, il ne l’est pas seulement dans sa lecture culturelle, symbolique ou identitaire.

La sacralité telle que définie par la Constitution marocaine impose un dogme que le régime a, à l’évidence, de grandes difficultés à synthétiser avec la modernité. Un état de fait qui transpire dans les relations chaotiques du pouvoir avec la presse, les ONG et la frange progressiste de la société civile qui déminent depuis des années les lignes rouges imposées par le religieux.
Les réformateurs assimilés à des infidèles

Pour le prédicateur Abdelbari Zemzmi:
«La devise du royaume est "Dieu, la Patrie, le roi", c'est pour cela qu'il faut respecter la religion musulmane. Discuter d'une liberté individuelle qui ne respecte pas l'islam ouvre la porte au non-respect de la patrie et de l'institution monarchique (…) Ceux qui veulent dé-jeûner publiquement violent la sa sacralité du ramadan, ils blessent les sentiments des musulmans, ils doivent donc être punis en application des lois en vigueur».

La nouvelle Constitution marocaine adoptée cet été n’a pas fait bouger ce dogme d’un iota. Au contraire, l’institution des oulémas, gardiens de la foi, a été érigée en clergé, le roi demeure Commandeur des Croyants et l’islam la religion d’Etat. Ce n’est pas un hasard si les membres fondateurs du Mali sont aux avant-postes du Mouvement du 20 février, appelant à l’instauration d’un Etat civil au Maroc.

D’ailleurs, la propagande officielle a largement manipulé une opinion publique pétrie de religiosité en insinuant que les «févriéristes» étaient acculturés à l’Occident, forcément athées et que leur mot d’ordre contestant le référendum pour l’adoption de la nouvelle Constitution («Mamsawtinch!») (Nous ne voterons pas!), serait suivi pendant le ramadan de «Masayminch!» (Nous ne jeûnerons pas!). Une manière tordue d’assimiler les réformateurs à des infidèles pour les discréditer.

http://www.slateafrique.com/20901/maroc-religion-les-heretiques-du-ramadan-liberte-culteA lire aussi

dimanche 6 juin 2010

Violation de domicile et arrestation illégale de Zineb El Rhazoui et Ali Amar


Communiqué de Zineb El Rhazoui et Ali Amar
Vendredi 4 juin 2010 à 5h45 du matin, le chef de la Police Judiciaire , ainsi que le chef de la brigade préfectorale de Casablanca, accompagnés d’environ 15 officiers et agents de la Police Judiciaire marocaine, ont défoncé la porte de l’appartement casablancais de Zineb El Rhazoui, journaliste indépendante et co-fondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (Mali) qui s’y trouvait en compagnie d’Ali Amar, journaliste indépendant, fondateur et ancien directeur du Journal hebdomadaire (interdit par le pouvoir marocain en janvier 2010), et auteur du livre « Mohammed VI, le grand malentendu » (Calmann-Levy 2009), ouvrage censuré au Maroc. 
 Les dits agents d’autorité ont refusé de décliner leur identité ou de présenter leur carte professionnelle. Ils n’étaient pas non plus munis d’un mandat de perquisition ou d’amener. Zineb El Rhazoui et Ali Amar n’avaient pas reçu de convocation préalable. Dès qu’ils ont franchi le pas de la porte, les policiers ont commencé à photographier les deux journalistes et les recoins de l’appartement et les ont interrogés sur la nature de leur relation, question à laquelle ils ont refusé de répondre. Les deux journalistes qui se trouvaient dans le salon, ont reçu l’ordre de se soumettre à une mise en scène en s’asseyant sur le lit de la chambre à coucher de Zineb El Rhazoui pour y être photographiés ensemble, alors qu’ils étaient en tenue de ville.
Devant le refus de ces derniers de s’exécuter, trois agents se sont rués sur Ali Amar et l’ont menotté. Les deux journalistes ont alors été immobilisés par deux agents, alors que d’autres s’affairaient à fouiller de fond en comble l’appartement, sans pour autant donner la moindre explication de ce qui justifie un tel assaut. Les agents ont continué à prendre de multiples photos, notamment du reste d’un dîner dont deux bouteilles de vin rouge vides. Ils ont ensuite démantelé les ordinateurs et les périphériques informatiques des deux journalistes qui venaient de terminer une séance de travail consistant à la rédaction d’articles pour la presse internationale. Les agents ont compulsé leur documentation de travail, ont fouillé leurs sacs, papiers et effets personnels. L’un des officiers a ordonné à un agent d’examiner la vidéothèque de Zineb El Rhazoui pour vérifier s’il s’agit de films pornographiques. L’un des photographes (qui s’est révélé plus tard être un technicien de la police scientifique) s’est rendu dans la salle de bain pour prendre des photos en plan serré d’une pastille de bain effervescente de marque Sephora qu’il a faussement identifiée comme étant un préservatif. 
Ce n’est qu’après les protestations répétées des deux journalistes que l’un des officiers a finalement donné quelques bribes d’explications. Il a justifié cette violation de domicile par la recherche d’un ordinateur supposément volé et le dépôt d’une plainte à ce sujet contre Ali Amar pour vol et Zineb El Rhazoui pour complicité. Lorsque Ali Amar a fourni la facture d’achat de ce matériel informatique qui attestait de sa propriété, la police a ignoré le document et saisi l’ordinateur. Les agents ont également essayé de saisir l’ordinateur portable de Zineb El Rhazoui et son disque dur avant d’y renoncer face à ses protestations. Ils ont tout de même saisi la carte mémoire de son appareil photo numérique, ainsi que les deux bouteilles de vin vides qui seront considérées comme des pièces à conviction. 
Avant d’embarquer les deux journalistes à la préfecture de Police de Casablanca pour les soumettre à un interrogatoire qui a duré 12 heures et demie (de 7h à 19h30), Zineb El Rhazoui a demandé à se rendre aux toilettes, les policiers lui ont répondu qu’elle pouvait le faire uniquement si elle laissait la porte grande ouverte. 
Bien qu’il n’y ait pas eu de violence physique ou verbale dans les locaux de la police judiciaire, de nombreuses questions ont été posées aux deux journalistes sur les aspects relatifs aux mœurs. Le Procès-verbal de Zineb El Rhazoui fait mention de la consommation de vin et indique la présence d’un préservatif chez elle. Dans celui d’Ali Amar, la police a refusé de faire mention de la facture prouvant l’origine légale de l’ordinateur. 
Zineb El Rhazoui et Ali Amar ont été relâchés vers 19h30. Ali Amar a été verbalement convoqué à se représenter ce jour (samedi 5 juin 2010) à 10h30 à la Préfecture de police de Casablanca.
Zineb El Rhazoui et Ali Amar

mardi 10 novembre 2009

De la culture du culte à la fragilité de la tolérance.


Par Abdelmajid Baroudi, 8/11/2009

Je ne voudrais pas que l’enterrement de cette belle liste [maghreb-ddh ] passe inaperçu. Lui rendre hommage est pour moi un devoir car elle m’a permis d’apprendre davantage et de connaître des personnes avec qui je partage le souci du mot. Un grand merci à Fouad Abdelmoumni de m’avoir fait découvrir ce beau monde des Droits Humains.

Voici une modeste réflexion en signe d’hommage à liste maghreb ddh. La liste s’en va mais l’écriture demeure.


L’enseignement qu’on peut tirer de l’affaire MALI ( Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles) réside dans le fait que cet événement remet en question le positionnement de la religion par rapport à la constitution, le rôle que devraient jouer ceux qui prétendent être modernistes sans le démontrer et enfin la problématique de la laïcité en tant que notion dont la portée est parfois conjuguée au mépris de la religion.

Dans une interview accordée au Journal HEBDOMADAIRE No 410, Michèle Zirari, en réponse à une question sur la discordance de l’article 222 de la constitution avec les libertés individuelles, a expliqué la problématique liée à la religion et à l’exercice du culte musulman. « Vous savez que vous n’avez pas le droit au Maroc de dire « je ne suis pas musulman ». Pourquoi ? Parce que vote père est musulman ».

Le fait de ne pas avoir le droit de dire qu’on n’est pas musulman parce que son père l’est, représente une anomalie dans la perception de la notion de culture et celle de la nature. D’où l’incompatibilité des lois restrictives de la liberté individuelle, notamment l’article 222 avec la déclaration des Droits Humains qui stipule que les gens naissent libres.

Être ou ne pas être musulman ne relève pas du biologique. Renvoyer la conscience ou la confession au lien parental c’est en quelque sorte adapter l’inadaptable en transposant la culture, l’acquis à la nature, l’innée. Autrement dit : Est-ce qu’on nait juif, chrétien ou musulman, ou même athée ?

La religion fait partie d’un réseau moral qu’on apprend par le biais de l’éducation. Prétendre que la confession est d’ordre biologique, héritée par le lien paternel est contraire à la notion d’acquisition dont la religion représente une composante d’un tissu culturel complexe.

En dépit de la difficulté matérielle de discrimination ente la nature et la culture, Claude Levis Strauss propose une méthodologie qui permet d’élucider les caractéristiques des deux concepts constituants la nature humaine. Il s’agit de la Règle et de l’Universel. Ce qui fait que tout ce qui est Universel appartient à la nature. En revanche, chaque fois que la Règle émerge, on est sans doute au stade de la culture. Du coup, la Règle est variable du moment qu’elle sert de discrimination culturelle entre les collectivités tandis que l’Universel, biologiquement parlant, est constant, dans la mesure où il représente les caractéristiques communs de la nature de l’individu.


S’agissant du culte ; puisqu’il est soumis à la Règle, on est dans la culture au sens variable du terme. Au final la religion n’est pas assujettie à l’héritage biologique. D’autant plus que la liberté de conscience résulte d’un choix conformément à la notion de la culture. Laisser le choix à l’individu de croire est à mon avis, marquer la différence culturelle laquelle ne peut être que bénéfique pour le développement de la collectivité. Et c’est à l’école d’accomplir ce rôle civique.

Le fait de considérer que la confession est un acte culturel puisqu’il relève de l’acquis nous renvoie à la question de la laïcité. Force est de constater avec Henri Pena – Ruiz que « la laïcité est un principe de droit politique. Le mot qui désigne le principe. En Grec Laos, telle qu’elle se comprend, dés lors qu’elle se fonde sur trois exigences indissociables : la liberté de la conscience, la liberté des citoyens quelles que soient leurs convictions spirituelles, leur sexe ou leur origine, et la visée de l’intérêt général du bien commun à tous, comme seule raison d’être de l’Etat. »

Il est clair que la notion de laïcité entant que facteur unificateur des citoyens demeure dans la raison d’être de l’Etat, lequel doit être le garant de la pluralité engendrée par le Laos. Cette pluralité s’exprime par la liberté de conscience. En d’autres termes ; chaque citoyen est libre de choisir sa conviction spirituelle, tout en respectant la différence dans l’unité et le choix d’autrui qui favorise la cohabitation du Laos avec la pluralité. Ceci contribue au renforcement de la raison d’être de l’Etat, synonyme d’objectivation de l’intérêt général et à la consolidation de la primauté du Droit.

Toutefois, toute perception de la liberté de conscience qui croit en une seule vérité et lui assigne un sens projecteur d’un discours pariant sur un imaginaire social démuni du questionnement et incapable de tailler le concept, écorne l’universalité Humaine du Droit entant que garant de la multiplication du choix et fait perdre « la souveraineté de chaque homme sur ses pensées ».

La tolérance ne peut être à mes yeux perçue qu’en relation avec la liberté, sinon on risque davantage de la fragiliser. Il s’ensuit que « la tolérance reste en position d’infériorité par rapport à ce qui est donné comme norme », dans la mesure où cette tolérance dépend du tempérament de l’autorité qui prescrit les normes du culte dominateur. La tolérance dans ce cas revêt une forme de pardon exprimant une certaine « souplesse » passagère de la part des détenteurs du pouvoir politico-religieux vis-à-vis d’un acte ou idée qui risquent de nuire au sacré. Du coup la tolérance reste en deçà de ce qui est donné comme norme, pour paraphraser Henri Pena-Ruiz.

En revanche, le respect de l’égalité des citoyens dans le pluralisme spirituel qui n’est autre que le renforcement de la liberté, préserve la tolérance non seulement comme disposition éthique à l’écoute et au dialogue mais aussi comme disposition juridique dont l’Etat est l’assureur du Droit à la différence et au pluralisme culturel. Seule l’uniformité favorise le désordre et susceptible d’alimenter l’imprévisible. La tolérance ne peut donc évoluer qu’au sein de la laïcité qui n’est pas, encore une fois, contraire à la liberté de conscience que l’Etat de Droit doit sauvegarder.

Pour le partage du savoir
A.M.

vendredi 16 octobre 2009

Maintien de la rencontre-débat du 19 octobre, organisée par l'AML

De Tewfik Allal, 16/10/2009

Maintien de la rencontre-débat du 19 octobre, organisée par l'AML (Association du Manifeste des Libertés - France)



C’est OK pour vos réservations pour la réunion du lundi 19 octobre, que nous maintenons malgré l’interdiction de sortie du territoire qui frappent Zineb el-Rhazoui et Ibtissame. Ci-joint, à ce propos, le communiqué du Manifeste des libertés, organisateur de la rencontre (et l’annonce).

Nous demandons à nos amis de diffuser autour d’eux ces informations.

Tewfik Allal,coordinateur du Manifeste des libertés

01 45 40 62 62 / 06 81 60 65 43

Communiqué de l’Association du Manifeste des libertés (France)



Interdiction de sortie du territoire marocain pour Ibtissame Lachgar et Zineb el-Rhazoui,membres du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI),
initiatrices du rassemblement des “dé-jeûneurs” de Mohammedia (13 septembre 2009)

Ibtissame Lachgar, psychologue marocaine de 34 ans et co-fondatrice du MALI, a été arrêtée ce matin jeudi 15 octobre par la police des frontières de l'aéroport Mohammed-V, à Casablanca. Elle a été empêchée de quitter le territoire alors qu'elle tentait de prendre l'avion de 8 heurs du matin en direction de Paris, où elle devait assister à une rencontre-débat sur la liberté de conscience et de culte, organisée lundi 19 octobre par l'Association du Manifeste des libertés. Elle a été conduite à la Préfecture de police de Casablanca, où la Police judiciaire de Mohammedia est venue la chercher. Elle a été débarquée de la fourgonnette de police, et relâchée sur le chemin de Mohammedia.

Entre-temps, l'avocat des jeunes du MALI, maître Abderrahim Jamaï, a contacté le procureur du roi, qui lui a confirmé qu'il y avait une interdiction de sortie du territoire pour Ibtissame Lachgar et Zineb el-Rhazoui (qui devait également se rendre à Paris dans la journée du vendredi 16 afin d'assister à la même rencontre-débat).


Cette interdiction de sortie du territoire a été signifiée sans que des poursuites judiciaires aient été engagées contre les deux femmes et les quatre jeunes hommes arrêtés pour avoir organisé le “pique-nique de Mohammedia” lors du ramadan dernier (13 septembre 2009).

lundi 5 octobre 2009

Le MALI rencontre l'AMDH

Par Ali Fkir, 3/10/2009
Des jeunes se réclamant du mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI) dont Zineb et Ibtissam arrêtées puis relâchées par la police de Mohammedia, se sont renduEs le samedi 3 octobre 2009 au siège central de L'AMDH, sis à Rabat.
La rencontre avec Khadija Riadi s'est passée en présence d'autres militantEs de l'AMDH, des journalistes et de certainEs démocrates conséquentEs.
La présidente de l'AMDH, Khadija Riadi a dénoncé une nouvelle fois la réaction répressive de l'Etat marocain face à l'initiative légitime de ces jeunes citoyenNEs. Khadija Riadi a précisé que la position exprimée par les instances dirigeantes et locales de l'AMDH, découle des principes de l'universalité et de la globalité des droits humains qui se trouvent soulignés dans les statuts de l'association qu'elle dirige.
Zineb El Rhazoui a tenu quant à elle, à remercier l'AMDH pour sa précieuse solidarité, de même qu'elle a tenu à préciser que MALI n'est ni une association ni une organisation. C'est un mouvement citoyen qui défend le droit de culte, et qui regroupe des jeûneurs et des non jeûneurs. C'est un mouvement démocratique où chacun a ses propres repères idéologiques et politiques .
Un débat fructueux s'en est suivi. TouTEs les intervenantEs ont exprimé leur soutien à ce mouvement de jeunes qui ont osé jeter une pierre dans la mare des tabous.
L'Histoire leur donnera raison. C'est la logique de l'évolution de toute société. Certes, le makhzen et tous les hypocrites peuvent ralentir la cadence de cette évolution mais ne l’arrêteront jamais.

vendredi 25 septembre 2009

Halte au harcèlement moral

Par Ali Fkir, 25/9/2009

Après 10 heures d'interrogatoire, Zineb Elghazoui a été relâchée le jeudi 24 septembre 2009 à 1h du matin.
Elle et Ibtissem Lachgar sont convoquées aujourd'hui vendredi 25/09/2009 au commissariat de Mohammedia. En principe elle s'y rendront en présence des militantEs de l'AMDH, section de Mohammedia.
Il paraît que ces convocations n'ont d'autres buts que de jouer sur le moral de ces jeunes. Ibtissam a été déjà convoquée et elle restée à attendre pendant 7 heures.
C'est un véritable harcèlement moral.
Notons que la police via certains canards collabo essaie de discréditer ces jeunes en publiant des photos, des conversations...relatives à la vie strictement privée de ces victimes.
Par Radi Omar 25 /9, à 14:22
Nos deux amies ont été reconvoquées par la Police Judiciaire de Mohammedia. Elles s'y sont présentées à 14h02 accompagnées des militants de la section Mohammedia de l'Association Marocaine des Droits de l'Homme. A l'heure qu'il est, on ne leur a pas signifié qu'elles étaient en garde à vue, elles sont en interrogatoire pour "clore" l'instruction de la PJ.

jeudi 24 septembre 2009

Où est passée Zineb ?

L'Association marocaine des droits de l'Homme (AMDH, indépendante) a affirmé lundi à Rabat être "sans nouvelles" depuis jeudi d'une journaliste franco-marocaine soupçonnée d'être l'organisatrice d'une tentative de manifestation de "non-jeûneurs" durant le ramadan au Maroc.
"Zineb El-Rhazoui ne s'est pas manifestée depuis jeudi dernier et sa famille affirme elle aussi n'avoir plus de nouvelles d'elle", a déclaré à l'AFP la présidente de l'AMDH, Khadija Ryadi.
Zineb El-Rhazoui appartient au Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali), une association présente sur Facebook mais dont les autorités affirment tout ignorer.
La journaliste faisait partie d'un groupe de six jeunes Marocains qui ont tenté, le 13 septembre, d'organiser une manifestation à Mohammedia (à une trentaine de km au sud de Rabat) pour dénoncer une loi qui punit au Maroc la "non observation publique par les musulmans du jeûne du mois de ramadan".
"Tout Marocain musulman qui (la) viole publiquement (...) est puni d'un à six mois de prison et une amende", selon la loi 222 du code pénal.
"Des informations contradictoires circulent sur Zineb. On ignore si elle a disparu d'une manière illégale ou si elle se cache pour éviter la tension liée à ses récentes activités", a poursuivi Khadija Ryadi, avant d'indiquer que l'AMDH avait saisi le ministère de la Justice.
Cinq des six jeunes membres du Mali - qui militent pour l'abrogation de cette loi 222 - ont été interrogés par la police dans le cadre d'une enquête judiciaire.
Zineb El-Rhazoui a reçu elle aussi une convocation orale de la police pour être interrogée jeudi à Mohammedia mais la police affirme "catégoriquement ignorer où elle se trouve".
"Cette fille n'a pas été interrogée jeudi et elle ne se trouve pas chez la police à Mohammedia ou ailleurs au Maroc", a déclaré à l'AFP une source proche de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).
L'AFP a tenté, en vain, de joindre Me Abderrahim Jamaï, l'avocat de Zineb El-Rhazoui.
L'une des amies de Zineb El-Rhazoui, Ibtisam Lachgar, avait toutefois indiqué dimanche à l'AFP avoir eu jeudi un dernier contact au téléphone, puis un échange de courriels, avec la journaliste.
"Zineb m'a dit ce jour-là qu'elle ne savait toujours pas si elle devait répondre ou non à la convocation de la police. Je n'ai plus eu de nouvelles depuis, son téléphone portable étant constamment fermé.".
Ibtisam Lachgar avait également confié à l'AFP que Zineb lui avait dit que, compte tenu de la tournure prise par cette affaire, "elle ne voulait voir personne". "Je ne veux pas me montrer, aurait-elle ajouté. Je pense à rester cloîtrée dans un appartement".
"Il est possible qu'elle soit entrée en clandestinité pour échapper à la tension créée par la dénonciation de l'attitude des non-jeûneurs" du Mali, a pour sa part déclaré à l'AFP Mourad Bekkouri, un avocat spécialiste des courants islamiques.
Source : AFP, 22/9/2009

17.09.2009
"إعتقال مجموعة من الشبان في المغرب يعلنون إفطارهم رمضان يفجر جدلا حول " المحرمات


صحافيون في نقاش مع مجموعة من الشبان المغاربة الداعين لممارسة حرية الافطار في شهر رمضان
اعتقلت السلطات المغربية شبانا على خلفية دعوتهم للقيام بإفطار شهر رمضان بشكل علني وجماعي. قضية هؤلاء الشباب التي تلقى ردود فعل متباينة في المغرب فتحت الباب أمام نقاش غير مسبوق في البلاد حول موضوعات طالما عدت ضمن المحرمات.

أفادت مصادر حقوقية في الرباط ان السلطات المغربية اعتقلت هذا الأسبوع ستة شبان تتهمهم ب" التحريض على إفطار شهر رمضان علنا"، وأعربت رئيسة الجمعية المغربية لحقوق الانسان خديجة رياضي في حوار ل"دويتشه فيله" عن مخاوفها من "حملة تقوم بها أوساط سياسية محافظة تستهدف هؤلاء الشبان وردود فعل غاضبة في الشارع تصل الى حد تهديدهم بالقتل".
وجاءت خطوة السلطات المغربية بإعتقال مجموعة من الشبان إثر محاولتهم يوم الأحد الماضي تنظيم تجمع في مدينة المحمدية ( 80 كيلومترا جنوب الرباط) للمطالبة بتغيير المادة 222 من القانون الجنائي المغربي والتي تقضي بسجن وتغريم من يفطر رمضان علنا، كما كانوا يعتزمون تنظيم إفطار جماعي علني في حديقة عامة، ك"ممارسة للحرية الفردية".
قصة مجموعة "مفطري رمضان علنا" بدأت عبر "الفيس بوك"
الصحافية زينب الغزوي اعتقلت مع عدد من أعضاء مجموعتها



وبدأت قصة هؤلاء الشبان بالتواصل عبر شبكة الانترنيت وشكلوا منتدى أطلقوا عليه" الحركة البديلة من أجل الدفاع عن الحريات الفردية" ويعرف بإختصار"مالي". ونشرت المجموعة بيانا على موقع "فيس بوك" يطالب بتغيير القانون الجنائي وإلغاء عقوبة السجن على كل من يفطر رمضان.
وصرحت عضو المجموعة زينب الغزوي في مقابلة مع صحيفة" الجريدة الأولى" المغربية المستقلة ان المجموعة تضم المئات من الأعضاء وهي "ليست ضد الصيام وإنما تدافع عن حق الأقليات.. وحرية المعتقد التي يكفلها الفصل السادس من الدستور". وأضافت بأن ما قامت به المجموعة " خطوة رمزية فقط ، وليست إستفزازا لأحد ، والمغاربة بطبعهم متسامحون".
المجموعة التي تفهم نفسها كأقلية داخل المجتمع المغربي تعرضت لمضايقات أمنية، فقد تم اعتقال زينب الغزوي وهي صحافية مع عدد من أعضاء مجموعتها، كما تخشى المنظمة المغربية لحقوق الانسان من متابعات قضائية وتعرض هؤلاء الشبان لحملة من الضغوط السياسية والاعلامية تقودها أطراف محافظة سياسية ودينية. وأفادت صحف مغربية بأن هذه القضية تشهد تطورات متسارعة بعد دخول قوى سياسية وجماعات دينية ومنظمات المجتمع المدني في جدل ساخن حول الموضوع.
تحد للمشاعر الدينية أم ممارسة للحرية الشخصية؟
وتشكل المادة 222 من القانون الجنائي المغربي محور الجدل الذي فجرته قضية إفطار رمضان علنا ، فالقانون يعاقب كل" مسلم يجاهر بإفطار رمضان" بالسجن من شهر الى ستة أشهر. ودأب القضاء المغربي على تطبيق هذه المادة القانونية بنوع من التخفيف، ففي الحالات النادرة التي يحال فيها شخص أفطر رمضان على القضاء لا يتجاوز الحكم القضائي عليه بشهر سجنا، وغالبا ما يفرج عن الشخص في نهاية شهر رمضان.
بيد أن قضية مجموعة "مالي" تعتبر غير مسبوقة في تاريخ البلد، وبدأت تأخذ أبعادا سياسية ودينية. فقد أصدر "المجلس العلمي" لمدينة المحمدية، وهو هيئة رسمية لعلماء الدين، بيانا يستنكر قيام أفراد المجموعة بإعلان إفطارهم علنيا ووصف ذلك بأنه"عمل شنيع.. وتحدي للدين، ويترتب عليه في الشرع عقوبة صارمة".
من جهته اعتبر المحامي مصطفى الرميد العضو القيادي في حزب العدالة والتنمية الاسلامي المعارض ( ممثل في البرلمان) ، في حوار ل"دويتشه فيله"، ان "الإفطار العلني يعتبر تحديا لمشاعر المسلمين ومسَا بالنظام الاخلاقي والديني ".
لكن رئيسة الجمعية المغربية لحقوق الانسان ، ترى أن ما قام به أفراد مجموعة "مالي" يدخل في نطاق ممارسة الحرية الفردية التي يكلفها الاعلان العالمي لحقوق الانسان والعهد الدولي للحقوق المدنية والسياسية، و"يجب على الدولة المغربية احترام مقتضيات الدستور والمواثيق الدولية التي صادقت عليها".
واعتبرت رياضي ان المشكلة تكمن في وجود نص قانوني يتعارض مع المواثيق الدولية لحقوق الانسان ، وموضحة ان منع الأفراد من ممارسة حرياتهم يتم بإسم القانون ، ولذلك فإن الجمعيات الحقوقية ومنظمات من المجتمع المدني تطالب بتغيير القانون الجنائي المغربي.
قضية "مفطري رمضان" تأخذ أبعادا سياسية ودينية
القانون الجنائي المغربي يعاقب بسجن من يفطر رمضان علنا

وتخشى جماعات حقوقية أن تصبح قضية مجموعة "مالي" ككرة الثلج التي يمكن لجماعات سياسية ودينية توظيفها، وقالت رئيسة الجمعية المغربية لحقوق الانسان " ان هنالك أطراف تريد تسييس هذه القضية، رغم أن الأمر يتعلق بمجموعة من الشبان الذين أرادوا التعبير عن رأيهم وممارسة حرياتهم الفردية".
ويرد مصطفى الرميد بقوله أن "إفطار رمضان بشكل شخصي وفي مكان خاص لا يعتبر مخالفة للقانون ، أما الفضاء العام فهو ليس ملكا لأحد وهو محكوم بقواعد الآداب العامة للمجتمع"، معتبرا ان الممارسة الفردية للحريات لا ينبغي ان تكون"تحديا لمشاعر المجتمع وقيمه العام. وقال الرميد انه يعارض قيام الشرطة بإقتحام منزل أو مكان خاص يفطر فيه شخص خلال شهر رمضان ، لكنه يؤيد منع ذلك الشخص عندما يقوم علنا أمام الناس بالإفطار أثناء وقت الصيام، "لأنه بذلك يتحدى مشاعرهم الدينية والاخلاقية".
وتعقب رئيسة الجمعية المغربية لحقوق الانسان على هذا الرأي بقولها أن الشروط الأساسة لممارسة الحرية الفردية تتمثل في "ممارستها بشكل سلمي وعدم المس بحريات الآخرين". وأوضحت بأن هذه القاعدة تستند اليها الجماعات الحقوقية أيضا في الدفاع عن حق الأقليات المسلمة في أوروبا ومناطق أخرى من العالم ، في ممارسة معتقداتها، ولا يجوز التنكر لها عندما يتعلق الأمر بأقلية غير مسلمة في دولة عربية أوإسلامية.
الكاتب: منصف السليمي
مراجعة: هيثم عبد العظيم


vendredi 18 septembre 2009

C'est par là qu'arrive le salut

Par Ali Fkir,18/9/2009
Le peuple marocain est pris en tenaille: d'un côté l'islamisme politique qui cherche à s'imposer à la société par le biais de la religion, à replonger le peuple dans le gouffre des ténèbres médiévales, d'un autre côté un régime théocratique dont la légitimité n'a pour support que la religion et l'appareil répressif de l'Etat .


Le comportement du citoyen, de la citoyenne, est conditionné par le sacré.

La jeunesse n'a aucun espace pour s'exprimer librement, pour s'épanouir...On étouffe au Maroc! Ce n'est que dans ce cadre là qu'il faut situer l'initiative de jeunes de Casablanca et de Mohammedia relative à "la tentative de casser la croûte" publiquement en plein mois de jeûne. C'est un cri qui vient des profondeurs de la société marocaine qui suffoque sous le poids du despotisme politico-idéologique imposé.
N'allez pas chercher des explications ailleurs : elles sont inhérente à notre système de valeurs médiévales, à notre édifice social de classes, à notre régime politique antidémocratique, à notre organisation économique de rente...
L'initiative de ces jeunes, les réactions qu'elle a suscitées, constituent un véritable filon pour les sociologues sérieux, pour les politiciens conséquents... pour mieux comprendre les mutations profondes de notre société.
Le côté comique de cette "affaire" est constitué par les réactions de certains partis tels que PAM, UC, MP, PI, USFP, PPS....ces partis sont connus pour leur option "moderniste", or ils se retrouvent aujourd'hui à l'avant garde du mouvement pour le lynchage des jeunes "non jeûneurs" au nom de la défense des "valeurs sacrées" du pays : l'islam, la monarchie et l'unité territoriale. Ismaïl Alaoui (leader du PPS ex PLS lui-même ex parti communiste marocain, qui se veut toujours communiste) déclare à la presse qu'il récite du coran avant de dormir, qu'il partira bientôt à la Oumra en Arabie Saoudite. Des jeunes de l'USFP (parti de Mehdi Ben Barka auteur de l'Option Révolutionnaire) ont appelé à manifester contre les " non jeûneurs"... Je n'en reviens pas!
Ces "cachez moi ce sein que je ne saurais voir", se donnent en ridicule spectacle.
En piètres comédiens, ils ne font que le bonheur du cheikh Abdeslam Yassine, le zaïm des islamistes radicaux, qui doit bien rire malicieusement (dans sa barbe) devant les gesticulation grotesques de ces tartuffes.
Quelle que soit notre façon de voir, quelle que soit notre appréciation de la forme de l'acte, nous ne pouvons en aucun cas ignorer ce SOS lancé par la jeunesse marocaine qui ne cherche qu'à respirer un peu d'air moins pollué.
Certe, c'est du jamais vu dans l'histoire du Maroc, c'est "choquant", mais c'est un signe avant-coureur d'un débat idéologique prometteur qui ne pourra qu'être bénéfique au peuple marocain.
L'esprit sclérosé ralentit, sinon freine la marche de l'Histoire, l'esprit rebelle libère les énergie stimulant ainsi l'épanouissement.
N'ayons pas peur ni du nouveau, ni du changement! c'est par là qu'arrive le salut!
Commentaire d'Azim Moslih
Bonjour Ali,ton message est intéressant à plusieurs titres. Je me contente ici de deux ou trois éléments à discuter ou préciser.
Premièrement: d'entrée de jeu, sache que, comme démocrate libéral (au sens américain), je défendrai toujours et jusqu'à mon dernier souffle les droits humains, y compris celui de conscience (croire ou ne pas croire), et le droit d'expression même des gens avec qui je pourrai être en désaccord idéologique ou politique. D'où ma condamnation ferme de ce qui est arrivé à nos «jeûneurs» en plein mois de Ramadan. Cela dit, vue le fameux article 222, leur arrestation ne m'a pas surpris.
Deuxièmement, les fondements du despotisme royal ne se limitent pas à la religion et à un appareil répressif de l'État. C'est plus complexe que laisse entendre ce schéma. Tu peux y ajouter, entre autres, une certaine «servitude volontaire» assez répandue dans la population marocaine, toutes classes sociales et couches culturelles confondues. Et l'islamisme est une continuation d'un tel fait culturel.
Troisièment, ces groupes politiques que tu as mentionnés n'ont de «progressistes» et de «modernistes» que le nom. Ils sont tous des groupes conservateurs. Pour s'en rendre compte, il suffit de regarder leur comportement et non leur rhétorique. Pour le Parti communiste en particulier, c'est une farce grotesque.. D'ailleurs, plusieurs de ces partis sont condamnés à disparaître à moyen terme. J'en dirai davantage dans une autre occasion. En attendant, le mieux que l'on puisse faire, c'est de les laisser livrer à eux-mêmes. Ils ont tout pour s'auto-détruire et c'est ce qui est en train d'arriver.
Quatrièmement, tu as raison pour notre jeunesse. Notre pays est un cimetière pour la jeunesse. Dans un royaume contrôlé par les viellards (au sens politique et culturel), point de place pour la jeunesse. Alors, s'il y a quelqu'un qui puisse sauver notre pays, c'est bien nos jeunes. Cordialement.