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mardi 31 mai 2011

Le mouvement 20 février, est –il récupéré ? Point de vue

Par Abdelmajid BAROUDI, 30/5/2011
(extraits)

Le prétexte qu’avance le pouvoir pour stopper la marche du mouvement 20 février et réprimer son élan ne doit pas passer inaperçu.
Le fait d’accuser ce mouvement d’être récupéré par des islamistes ou par la gauche radicale n’est à mon avis qu’une manière de légaliser le recours à la force contre non seulement le mouvement en marche mais aussi contre toute action sociale et citoyenne. S’agit t-il d’un réveil tardif de la part du pouvoir ?
En vérité la réaction violente des forces de l’ordre n’est que la traduction d’un manque de volonté d’apporter des réponses susceptibles de contribuer au vrai changement.

Dès le début des actions que le mouvement 20 février avait menées, tout le monde a compris qu’il s’agit d’une réinvention du politique. Ce mouvement s’est  distingué par rapport aux partis et organisations politiques. Son autonomie s’est caractérisée par le fait qu’il aspire à un État où les individus se sentiraient citoyens et donc responsables. Seul un régime politique démocratique est capable de mettre en œuvre cette aspiration. (...)

 En dehors de l’incapacité du pouvoir à récupérer le mouvement et sa misérable prise de conscience pour justifier l’injustifiable à savoir le recours à la violence, il lui faut donc alimenter l’amalgame (...) en vue de l’essoufflement de la contestation. On voit bien qu'il  ne fait pas exception en adoptant dans son discours les mêmes propos que d’autres régimes sud méditerranéens ont essayés. Finalement, la force du changement a montré que tout simplement, les gens désirent vivre décemment. (...)

L’identification au projet du 20 février qui a davantage besoin du soutien des forces démocratiques n’empêche pas de se questionner sur son devenir et se soucier de son autonomie.

mercredi 23 mars 2011

Comment va l'ex-gaucho ?

Par Abdelmajid Baroudi, 23/3/2011
Depuis que le sud de la Méditerranée a renoncé à sa tranquillité  notre ami l’ex gaucho ne se sentait pas bien. Lui qui est habitué lucrativement à cultiver l’amalgame, ne s’attendait pas à l’imprévisible. Au nom de la réalité contre laquelle il a vendu son rêve, il s’est forcé à croire que la puissance du lion machiavélique endigue la force et la hauteur des vagues. Au fond de lui et de crainte qu’il soit ridiculisé, il a espéré sans l’exprimer que cette première vague en provenance des plages tunisiennes sera endiguée. Une fois qu’il a appris la fuite de l’un des pirates de Carthage, sa fatalité pour l’attendu commençait à s’effondrer face à l’inattendu. Il fallait donc qu’il change de tactique. S’il est habitué à changer de veste, cette fois ci , il change de pantalon.

La société civile est son champ à cultiver l’amalgame. C’est dans cette ambiance hétérogène parfumée de diversité et de droit à la parole qu’il fait la promotion d’un discours mal préparé et où se mixent l’authenticité et la modernité. Sa cible préférée, l’indolence des complaisants et le nihilisme de ses anciens amis.

Maintenant que l’imprévisible est devenu presque prévu, il veut faire croire à ses anciens amis qu’ils pensent ce qu’il pense. Et pour illustrer son leurre, lui qui a caressé le lion et couru derrière l’engin sous prétexte qu’il n’est jamais monté à bord, l’ancien gaucho n’hésite pas de puiser dans les débris de ce qu'il garde en tête comme littérature de gauche qu’il conjugue au présent et qu’il est prêt à convertir à toutes les opportunités. Il est temps de changer de constitution octroyée murmurait-il d’un ton dépersonnalisé, lorsque ses anciens amis l’ont croisé à la marche du dimanche 20 février.

lundi 21 mars 2011

Discours royal : réaction d'un simple citoyen.

Par Baroudi Abdelmajid , 21/3/2011

Le discours royal est –il à la hauteur de nos attentes ? La réponse, à mon avis ne relève pas de nos perceptions de ce que le roi a avancé comme réformes mais plutôt de notre positionnement par rapport à la dynamique déclenchée non seulement à l’échelle nationale mais aussi régionale. C’est là où la divergence de lectures se fait. Plus on est proche de ce que revendique le mouvement du 20 février, moins on est satisfait de ce que le monarque propose. Ce qui est sûr, c’est que ce discours permettra de rouvrir le débat sur la pertinence de l’offre royale, ses limites par rapport aux attentes du mouvement en marche. Il est même évident, de par l’inertie d’une grande partie de l’élite de la gauche molle, pour reprendre le qualificatif de Abou Bakr Jamai, de s’y identifier et de se retrouver puisque la barre de demande des jeunes est tellement haute qu’ils ne sont pas prêts à cautionner de crainte de toucher au pacte dont la remise en question du système monarchique devait être mise aux oubliettes.
La multiplication des réactions de responsables politiques et certains intellectuels par rapport au discours royal lequel répond en grande partie à leurs exigences d’ordre réformiste , ne doit pas nous faire oublier que leur positionnement les a mis en décalage de ce que le mouvement a construit loin de toute spéculation partisane dans la mesure où le changement de la constitution et la remise en question du pouvoir constituent la base d’une démocratie dans laquelle tout le monde doit se sentir responsable au sens institutionnel du terme. Le discours royal, n’ouvre –t-il une brèche pour une gauche molle de reconquérir une confiance déjà perdue ?

Force est de constater que le discours royal n’émane pas d’un engagement de la part du palais en vue d’instaurer les règles de jeu démocratique car si c’était le cas, Hassan II aurait déjà affiché cette volonté au moment où les partis d’opposition d’autres fois avaient présenté le mémorandum de réformes constitutionnelles. Du coup, on aurait dû économiser cette déperdition politique. En revanche, la dé-contextualisation du discours en mettant en avant la problématique de la régionalisation, n’est à mon avis qu’un prétexte non négligeable pour esquiver l’imposition du contexte régional et local qui ont objectivement poussé le pouvoir afficher la limite de son possible.
Au-delà de l’autonomie de la justice, les prérogatives du premier ministre et du parlement, la constitutionnalité de l’amazighité, faut –il prétendre que le discours royal a touché au fond de la problématique du pouvoir ? Une des interprétations qu’on pourrait assigner à cette question , c’est quelle est en décalage avec le discours dans la mesure où sons sens radical nuit au possible affiché par le roi et va à l’encontre d’une stratégie qui consiste à concevoir le changement progressivement et au long terme. Seulement voilà, les voix des manifestants qui ont poussé le pouvoir à réagir, ont clairement exprimé que le changement de la constitution de telle manière à ce que la monopolisation du pouvoir doit être institutionnellement partagé.

Si le renforcement de la moralisation de la vie publique tel qu’il fut avancé par le roi suppose qu’il s’agit d’un fait à consolider, la réalité nous informe que cette notion de moralisation échappe à son vrai sens qui consiste à la conjuguer à l’éthique au détriment du droit. Autrement dit, tant que le pouvoir, en profitant des atouts constitutionnels susceptibles de le positionner au dessus du questionnement, ne renonce pas aux pratiques qui favorisent l’intérêt individuel, tout discours sur la moralisation n’est que du langage. L’implication des proches de l’entourage royal dans des affaires louches en est l’exemple. Aristote avait déjà discriminé entre le régime politique correct et déviant. Le régime politique correct vise l’intérêt général tandis que le déviant n’aspire qu’à l’intérêt particulier.
Au final, c’est au mouvement de jeunes de retracer les contours de sa stratégie et aux démocrates de le soutenir.

jeudi 6 mai 2010

Ahermoumou puni au temps de l’impunité...

Par Abdelmajid Baroudi, 6/5/2010
Le Forum Vérité et Justice organise une caravane à Ahermoumou le 8 Mai 2010 . Cette visite s’inscrit dans le cadre de solidarité avec les régions, victimes des années de plomb.Voici un modeste hommage à mon village natal.
Ahermoumou, tribu d’Ighzrane (aghzer au pluriel, Ighzrane nom amazigh signifie ruisseau) est un village situé entre le Moyen Atlas et le Rif. Le langage amazigh parlé par les Ighazranes se caractérise par un mélange de l’accent rifain et celui du Moyen Atlas. Ahermoumou est une zone enclavée. Privée de toutes infrastructure de développement. Avant les événements de Skhirat, (1971) la caserne militaire contribuait à l’activité commerciale du village. A la souffrance matérielle, causée par l’éradication de l’école militaire, s’ajoute une autre souffrance. Cette fois –ci d’ordre politique. Juste après les événements de Skhirat, une vague d’harcèlements fut lancée contre la population locale. Les habitants d’Ahermoumou étaient la cible des dépassements organisés par « les forces de l’ordre ».
Depuis lors Ahermoumou, c’est d’ailleurs le même cas d’autres régions du Maroc, considérées par le système de fief de rébellion, est qualifié de mal aimé du roi (msakhit al malik). Il a donc fallu bannir et détruire la signification du mot Ahermomou de la mémoire des marocain. Pour ce faire, le régime a procédé à la modification du nom du village, en le remplaçant par «Ribat al kheir ». Depuis le temps, démunir Ahermoumou de toute opportunité de développement local et le maintenir au coté des zones marginalisées, est la récompense offerte par le régime aux Ighzranes. Malgré tout ce qu’ils ont enduré, les habitants d’Ahermoumou sont restés fidèles à la connotation originale d’ Ahermoumou.

mardi 10 novembre 2009

De la culture du culte à la fragilité de la tolérance.


Par Abdelmajid Baroudi, 8/11/2009

Je ne voudrais pas que l’enterrement de cette belle liste [maghreb-ddh ] passe inaperçu. Lui rendre hommage est pour moi un devoir car elle m’a permis d’apprendre davantage et de connaître des personnes avec qui je partage le souci du mot. Un grand merci à Fouad Abdelmoumni de m’avoir fait découvrir ce beau monde des Droits Humains.

Voici une modeste réflexion en signe d’hommage à liste maghreb ddh. La liste s’en va mais l’écriture demeure.


L’enseignement qu’on peut tirer de l’affaire MALI ( Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles) réside dans le fait que cet événement remet en question le positionnement de la religion par rapport à la constitution, le rôle que devraient jouer ceux qui prétendent être modernistes sans le démontrer et enfin la problématique de la laïcité en tant que notion dont la portée est parfois conjuguée au mépris de la religion.

Dans une interview accordée au Journal HEBDOMADAIRE No 410, Michèle Zirari, en réponse à une question sur la discordance de l’article 222 de la constitution avec les libertés individuelles, a expliqué la problématique liée à la religion et à l’exercice du culte musulman. « Vous savez que vous n’avez pas le droit au Maroc de dire « je ne suis pas musulman ». Pourquoi ? Parce que vote père est musulman ».

Le fait de ne pas avoir le droit de dire qu’on n’est pas musulman parce que son père l’est, représente une anomalie dans la perception de la notion de culture et celle de la nature. D’où l’incompatibilité des lois restrictives de la liberté individuelle, notamment l’article 222 avec la déclaration des Droits Humains qui stipule que les gens naissent libres.

Être ou ne pas être musulman ne relève pas du biologique. Renvoyer la conscience ou la confession au lien parental c’est en quelque sorte adapter l’inadaptable en transposant la culture, l’acquis à la nature, l’innée. Autrement dit : Est-ce qu’on nait juif, chrétien ou musulman, ou même athée ?

La religion fait partie d’un réseau moral qu’on apprend par le biais de l’éducation. Prétendre que la confession est d’ordre biologique, héritée par le lien paternel est contraire à la notion d’acquisition dont la religion représente une composante d’un tissu culturel complexe.

En dépit de la difficulté matérielle de discrimination ente la nature et la culture, Claude Levis Strauss propose une méthodologie qui permet d’élucider les caractéristiques des deux concepts constituants la nature humaine. Il s’agit de la Règle et de l’Universel. Ce qui fait que tout ce qui est Universel appartient à la nature. En revanche, chaque fois que la Règle émerge, on est sans doute au stade de la culture. Du coup, la Règle est variable du moment qu’elle sert de discrimination culturelle entre les collectivités tandis que l’Universel, biologiquement parlant, est constant, dans la mesure où il représente les caractéristiques communs de la nature de l’individu.


S’agissant du culte ; puisqu’il est soumis à la Règle, on est dans la culture au sens variable du terme. Au final la religion n’est pas assujettie à l’héritage biologique. D’autant plus que la liberté de conscience résulte d’un choix conformément à la notion de la culture. Laisser le choix à l’individu de croire est à mon avis, marquer la différence culturelle laquelle ne peut être que bénéfique pour le développement de la collectivité. Et c’est à l’école d’accomplir ce rôle civique.

Le fait de considérer que la confession est un acte culturel puisqu’il relève de l’acquis nous renvoie à la question de la laïcité. Force est de constater avec Henri Pena – Ruiz que « la laïcité est un principe de droit politique. Le mot qui désigne le principe. En Grec Laos, telle qu’elle se comprend, dés lors qu’elle se fonde sur trois exigences indissociables : la liberté de la conscience, la liberté des citoyens quelles que soient leurs convictions spirituelles, leur sexe ou leur origine, et la visée de l’intérêt général du bien commun à tous, comme seule raison d’être de l’Etat. »

Il est clair que la notion de laïcité entant que facteur unificateur des citoyens demeure dans la raison d’être de l’Etat, lequel doit être le garant de la pluralité engendrée par le Laos. Cette pluralité s’exprime par la liberté de conscience. En d’autres termes ; chaque citoyen est libre de choisir sa conviction spirituelle, tout en respectant la différence dans l’unité et le choix d’autrui qui favorise la cohabitation du Laos avec la pluralité. Ceci contribue au renforcement de la raison d’être de l’Etat, synonyme d’objectivation de l’intérêt général et à la consolidation de la primauté du Droit.

Toutefois, toute perception de la liberté de conscience qui croit en une seule vérité et lui assigne un sens projecteur d’un discours pariant sur un imaginaire social démuni du questionnement et incapable de tailler le concept, écorne l’universalité Humaine du Droit entant que garant de la multiplication du choix et fait perdre « la souveraineté de chaque homme sur ses pensées ».

La tolérance ne peut être à mes yeux perçue qu’en relation avec la liberté, sinon on risque davantage de la fragiliser. Il s’ensuit que « la tolérance reste en position d’infériorité par rapport à ce qui est donné comme norme », dans la mesure où cette tolérance dépend du tempérament de l’autorité qui prescrit les normes du culte dominateur. La tolérance dans ce cas revêt une forme de pardon exprimant une certaine « souplesse » passagère de la part des détenteurs du pouvoir politico-religieux vis-à-vis d’un acte ou idée qui risquent de nuire au sacré. Du coup la tolérance reste en deçà de ce qui est donné comme norme, pour paraphraser Henri Pena-Ruiz.

En revanche, le respect de l’égalité des citoyens dans le pluralisme spirituel qui n’est autre que le renforcement de la liberté, préserve la tolérance non seulement comme disposition éthique à l’écoute et au dialogue mais aussi comme disposition juridique dont l’Etat est l’assureur du Droit à la différence et au pluralisme culturel. Seule l’uniformité favorise le désordre et susceptible d’alimenter l’imprévisible. La tolérance ne peut donc évoluer qu’au sein de la laïcité qui n’est pas, encore une fois, contraire à la liberté de conscience que l’Etat de Droit doit sauvegarder.

Pour le partage du savoir
A.M.