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mardi 8 novembre 2016

L’Afrique n’a point besoin de l’expérience du Maroc dans “l’invasion, l’agression et l’expansion”


Par Chaheh El-Hafedh, 7 /11/ 2016 (SPS)


Le gouvernement sahraoui a souligné lundi que l’Afrique n’avait pas besoin de l’expérience du Maroc dans “l’invasion, l’agression, l’expansion, la répression et les graves violations des droits de l’Homme.”
“L’Afrique n’a pas besoin de l’expérience du royaume qui bloque les résolutions et les efforts internationaux pour parvenir à une solution pacifique et juste, pour l’organisation d’un référendum sur l’autodétermination du peuple sahraoui”, a indiqué le gouvernement de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) dans un communiqué publié lundi.

“Dans un nouveau défi à la légitimité internationale, avec un ton arrogant et imprudent, le roi du Maroc a dans un discours prononcé depuis la capitale sénégalaise, réitéré son intention de poursuivre son agression contre le peuple sahraoui et son intransigeance à l’égard de la volonté des peuples africains et la communauté internationale dans la décolonisation de la dernière colonie en Afrique”, a déploré le gouvernement sahraoui, rappelant que “le Royaume du Maroc ne reconnaît pas les frontières internationales”.

Le gouvernement sahraoui a condamné fermement “le contenu du discours colonial du roi du Maroc”, soulignant que “le peuple sahraoui poursuivra sa lutte pour arracher sa liberté et son indépendance”, d’après le texte.
Il a lancé “un appel urgent à la communauté internationale, en particulier au Conseil de sécurité de l’ONU, pour faire pression sur le Maroc pour se conformer aux résolutions internationales concernant le Sahara occidental, mettant fin à l’occupation illégale, et aux provocations continues qui ajoutent plus d’instabilité et de tension dans la région”, conclut le gouvernement dans le communiqué.
Inscrit depuis 1963 sur la liste des territoires non-autonomes, donc éligible à l’application de la résolution 1514 de l’Assemblée générale de l’ONU portant déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux, le Sahara occidental est la dernière colonie en Afrique, occupée depuis 1975 par le Maroc, soutenu par la France.(SPS)

mercredi 31 août 2016

Le Roi du Maroc Mohammed VI : “Il n’y a pas de vierges au Paradis”

La semaine dernière, le Roi Mohammed VI du Maroc a tenu un discours remarqué sur le terrorisme et l’islamisme en Europe, à l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance marocaine.

Le texte intégral de son discours traduit en anglais est récemment apparu sur le site du Middle East Media Research Institute (MEMRI).
“Nous croyons que le meurtre d’un moine est interdit par la charia, et que le tuer dans une église est un acte impardonnable de stupidité, parce qu’il est un être humain, et un religieux, même s’il n’est pas musulman. (…) Les terroristes qui opèrent au nom de l’islam ne sont pas musulmans”, a dit le roi, se référant à l’assassinat du prêtre catholique Jacques Hamel en France le 26 juillet dernier.
Il a demandé aux Marocains résidant à l’étranger d’adhérer aux valeurs de leur foi, et d’empêcher la montée de l’islamophobie et du racisme en protégeant leur bonne réputation.

Pas de vierges pour les djihadistes

Pour la première fois le monarque a également soulevé la question du djihad. Les kamikazes ne sont pas nécessairement motivés par des motifs religieux, mais la promesse de paradis est souvent un motif important. En effet, les musulmans qui se font exploser croient qu’ils acquièrent le statut de martyr, ce qui leur assure – à la différence des musulmans ordinaires – d’aller directement au paradis. Selon certaines interprétations du Coran, ils seraient alors récompensés par 72 houris, c’est à dire des jeunes femmes célestes vierges d’une très grande beauté.
Dans les bagages de Mohammed Atta, l’un des terroristes qui avaient détourné un avion pour le faire percuter dans les tours du WTC à Manhattan en 2001, on a trouvé un document contenant la note suivante : “Il faut que tu sois gai, heureux, ouvert, tranquille, car tu  commets une action que Dieu aime et qui le satisfait et le jour viendra où tu  seras avec les houris”)
Depuis quand le djihad consiste-t-il à tuer des innocents ?
Le roi a évoqué le groupe terroriste Etat islamique (EI), l’accusant d’exploiter le manque de connaissance de l’Islam et de la langue arabe des jeunes musulmans en Europe :
“ Est-il concevable que ceux qui écoutent de la musique seront avalés par la Terre ? Et il y d’autres mensonges de cette sorte. Les terroristes et les extrémistes utilisent tous les moyens possibles pour persuader les jeunes de se joindre à eux et de frapper des sociétés qui défendent les valeurs de liberté, d’ouverture et de tolérance. (…) Nous sommes tous visés. Celui qui croit en ce que j’ai dit est une cible pour le terrorisme”.

mercredi 11 novembre 2015

Le dernier discours du roi du Maroc consacre "une mentalité obsolète d'occupant



Par universitaire sahraoui, ACCUEIL»MONDE», 9/11/2015

ALGER- L'universitaire sahraoui, Baba Mustapha a réaffirmé dimanche à Alger l'attachement du peuple sahraoui à son droit à l'autodétermination et son choix pour un règlement pacifique et urgent de la question sahraouie, soulignant qui'"il est temps de consacrer la légalité internationale concernant l'organisation du référendum consacrant le droit des Sahraouis à l'autodétermination et à l'indépendance.
"'Il est grand temps de consacrer la légalité internationale concernant l'organisation du référendum devant garantir le droit des Sahraouis à l'autodétermination et à l'indépendance" , a soutenu ce maître de conférence sahraoui lors d'une conférence ayant pour thème "Une histoire d'occupation nommée Marche Verte", organisée par le forum du quotidien "Echaab", à l'occasion du 40e anniversaire de l'occupation des territoires sahraouis par le Maroc.
"Si les Nations unies ne parviennent pas à réaliser cette démarche, les Sahraouis n'hésiteront point à choisir leur chemin après 40 ans de résistance face à la répression et l'oppression de l'occupant", a averti M. Baba Mustapha.

Revenant sur les différentes étapes de l'Histoire du Sahara occidental depuis la colonisation espagnole en 1884 à l'occupation marocaine en 1975 (après le retrait de l'Espagne sous pression de l'ONU dans le cadre de la décolonisation), le conférencier a rappelé l'avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ), qui avait tranché alors en faveur de l'inexistence de liens de souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental.
Par ailleurs, l'universitaire a qualifié de "vain" le discours du roi marocain prononcé lors de sa dernière visite à la ville d'El-Ayoun occupée, car résumant, a-t-il dit, "une mentalité obsolète d'occupant".
Il a souligné dans le même contexte que la pseudo Marche verte" qui a consacré l'invasion des territoires du Sahara occidental était une "couverture" pour des opérations militaires et des massacres perpétrés contre les Sahraouis sans défense qui célébraient le départ de l'occupant espagnol.
"Le Maroc continue de faire obstruction à la tenue d'un referendum avec la complicité de pays occidentaux à leur tête, la France qui use de son influence au conseil de sécurité pour faire échec aux résolutions susceptibles de faire aboutir les efforts de la mission des nations unies pour le referendum au Sahara occidental (Minurso) et l'élargissement de son mandat à la protection des droits de l'Homme", a-t-il dit.
Le représentant du Front Polisario au Moyen Orient, Mustapha Mohamed Lamine est revenu sur les véritables motivations de l'invasion marocaine des territoires sahraouis qu'il résumera en deux facteurs: le premier interne, lié aux difficultés du front social au Maroc et autres différends avec l'armée, le second externe concernant les ressources naturelles du Sahara occidental.
Pour le président de la commission nationale algérienne de solidarité avec le peuple sahraoui Saïd Ayachi, les propos du roi Mohamed IV relèvent de la "provocation"  vis à vis de la communauté internationale.

samedi 7 novembre 2015

Mohammed VI s'est fait donneur de leçons, hier dans son discours à Laayoune !

Photo de Salah Elayoubi.Mohammed VI s'est fait donneur de leçons, hier dans son discours à Laayoune ! Pourtant c'est le même homme qui saigne son pays à parasiter son économie et participe de son appauvrissement, comme par exemple avec son partenaire Amendis aux factures exorbitantes et dont il possède 49% du capital. 

Dans une démocratie, cette seule association contre nature serait une cause de destitution et d'enquête pénale sur les tenants et aboutissants de ce marché.
Photo de Salah Elayoubi.Quant à son allusion aux conditions de vie à Tindouf, les habitants de ce camp n'ont rien à envier à ceux de l'Atlas que guettent chaque année l'enclavement, le froid, la misère, la mortalité infantile et des femmes en couche. Enfin l'homme occulte le fait que c'est la répression, la déportation des sahraouis, leurs disparitions et la politique criminelle du régime marocain qui a engendré et amplifié la fuite des sahraouis vers l'Algérie et leur instrumentalisation par le régime honni des généraux !


samedi 9 novembre 2013

Sahara. Mohammed VI répond à l’Algérie


Par : Telquel, 7/11/2013

Sahara. Mohammed VI répond à l’AlgérieDe par son ton sévère, le discours royal du 6 novembre s’inscrit dans la ligne des  précédentes harangues du roi aux Marocains. Ayant choisi de consacrer ses propos au Sahara, date anniversaire de la Marche verte oblige, le souverain s’est attaqué à une partie de l’administration américaine, mais sans la nommer explicitement. 

 Qualifiant de très partiales les interventions des fonctionnaires de certains Etats observateurs dans la question du Sahara, Mohammed VI les a accusés de malveillance. Quant aux ONG internationales des droits de l’homme, elles en ont pris aussi pour leur grade : le monarque leur a reproché de présenter des rapports rédigés à l’avance. Le souverain a dénoncé une “attitude injuste à l’égard du Maroc”, faisant table rase des “acquis en matière de droits humains”. Allant crescendo, le roi a fini par tailler des croupières à l’Algérie. Mohammed VI a reproché aux dirigeants du pays voisin de dilapider les “richesses et les ressources d’un peuple frère” à des fins de propagande et pour acheter le soutien d’autres pays.

samedi 29 juin 2013

Gouvernement sahraoui : Amener le Maroc à respecter la légalité internationale


Par Algérie Presse Service, BIR LAHLOU (territoires sahraouis libérés) 31/7/2013 - 

Le gouvernement sahraoui a lancé un appel à la communauté internationale en vue d’amener le Maroc à se conformer à la légalité internationale et à respecter les décisions de celle-ci, suite au discours prononcé par le roi du Maroc, à l’occasion de la fête du trône, a indiqué mercredi l’Agence de presse sahraouie (SPS).
Le discours prononcé par le roi Mohamed VI à l’occasion de la fête du trône "fait ressortir une obstination et un entêtement à consacrer l’occupation illégale du Sahara Occidental à tout prix", selon la même source qui cite un communiqué du ministère sahraoui de l’Information, soulignant que le discours "ne comporte aucune volonté politique en vue de soutenir les démarches de l’ONU pour trouver une solution juste et permanente à ce conflit".
Le recours dans ce discours "à l’interprétation de la dernière décision du Conseil de sécurité tout en ignorant l’appel franc de ce dernier aux deux parties au conflit (Maroc et front Polisario) à coopérer en vue de trouver une solution concertée, garantissant le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination, traduit l’absence d’une volonté politique chez le Maroc de soutenir les démarches de l’ONU et du conseil de sécurité et les efforts du secrétaire général et de son envoyé spécial", souligne le communiqué.
Le roi du Maroc a "ignoré" dans son discours les rapports des organisations internationales et régionales des droits de l’Homme qui "ont mis à nu l’atrocité des violations des droits de l’Homme dans les régions occupés du Sahara Occidental, et qui ont annoncé leur soutien à la création d’un mécanisme onusien de contrôle des droits de l’Homme et la rédaction de rapports sur ces violations", poursuit la même source.
Cette position reflète "la volonté du Maroc de maintenir le siège imposé aux régions occupées du Sahara Occidental et de poursuivre les violations des droits de l’Homme", a souligne le communiqué. Face "à la volonté de consacrer l’occupation par la force du Sahara Occidental", les Sahraouis poursuivent leur résistance et leur lutte, tout en refusant catégoriquement l’occupation marocaine, selon la même source, qui affirme que les Sahraouis "ne reculeront pas devant les intimidations du Maroc".
Le communiqué a appelé le Maroc à revoir sa politique avant qu’il ne soit trop tard, car l’occupation du Sahara Occidental "du fait de sa logique d’extension, représente une menace aussi bien pour la souveraineté des Etats voisins que pour les peuples de ces Etats, à travers les drogues, ainsi que pour les économies et pour la sécurité de ces peuples à travers la contrebande et le soutien des réseaux du crime organisé, d’immigration clandestine et de terrorisme, tout en constituant une entrave devant l’unité des peuples aspirant à l’édification d’une union maghrébine".
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Philippe Leclercq, militant de la paix , 31/7/2013

Nouvelle règle au Sahara Occidental ?

Plusieurs contributeurs du newsring ont récemment trouvé un nouvel argument pour renoncer au référendum sur le droit à l'autodétermination prévu par le "Droit International"
Ainsi, selon eux, des Sahraouis des territoires occupés ayant voté lors de la consultation sur la constitution en 2011 sont donc d'accord avec le plan d'autonomie que voudrait mettre en place le royaume !
Autrement dit, lorsque vous allez voter sur une question posée, votre vote vaut également pour des questions qui ne sont pas posées ! Cette "nouvelle règle" 'est bien plus pratique pour faire avancer son "parti pris" ... mais ce n'est pas du tout démocratique. De plus, ces partisans de l'autonomie font fi de l'avis des milliers de Sahraouis des camps de réfugiés, autour de Rabouni ...
Le royaume se targuant du développement de cette démocratie, on ne croira donc pas à cette argumentation développée par quelques contributeurs au sujet proposé par Newsring.
D'ailleurs, si tel était le cas, la question "le Sahara Occidental a-t-il doit à l'indépendance" ne se poserait même plus !
Soyons tous raisonnables et continuons à travailler ensemble à la préparation du référendum. La question est d'une simplicité enfantine ; il suffit de demander aux Sahraouis : voulez vous du plan d'autonomie proposé par le roi du Maroc ? OUI ou NON ?
Et, dans les mois qui viennent, nous pourrons tous ensemble commenter les résultats !

samedi 20 août 2011

Un discours, des festivités et des manifestations prévus ce week-end du 21 août

Par lakome.com, 20/8/2011

Le roi Mohamed VI prononcera un discours télévisé dans la soirée du samedi 20 août 2011 à l'occasion du 58e anniversaire de "la Révolution du roi et du peuple", annonce le Cabinet royal dans un communiqué publié par l’agence MAP, le vendredi 19 août 2011.
Le discours royal sera diffusé à 21 heures, soit une heure avant le rendez-vous fixé dans des dizaines de villes pour de nouvelles manifestations du Mouvement du 20 février.

Pour la troisième fois depuis le début du mois de ramadan, le Mouvement du 20 février annonce une cinquantaine de manifestations à travers le Maroc.

Dans la soirée du samedi, les jeunes prendront la rue dans plusieurs villes dont Rabat (Bab Elhed), Casablanca (Aïn Choq), Fès (Bendbab), Tétouan (Place Attaghyir), Meknès (Place Lehdim), El Houceima (Place Bachouya) , Marrakech (Sidi Youssef Ben Ali), Safi (devant le collège Abderrahman Chennaf), Tiznit (Place de la Libération)…

D’autres villes suivront dimanche 21 août 2011, date du quarante-huitième anniversaire du roi. Un ftour est prévu au palais royal de Marrakech pour cette occasion, selon le communiqué du Cabinet royal.

Rappelons que les manifestations du week-end dernier ont été violemment réprimées dans les villes de Rabat, Agadir et Fès.

Depuis le début de la contestation en février dernier et le vote de la nouvelle constitution (boycotté par le Mouvement du 20 février), aucune réponse n’a été donnée aux revendications des jeunes qui réclament une constitution démocratique et la fin du makhzen politique et économique.
http://fr.lakome.com/politique/42-actualites-politique/710-un-discours-des-festivites-et-des-manifestations-prevus-ce-week-end.html

dimanche 26 juin 2011

Maroc: Le discours de Mohamed VI du 17 juin 2011

Par Aziz Enhaili, Chroniqueur de Tolerance.ca, 26/6/2011

À l’instar de ses voisins, le Maroc est à son tour touché par le «Printemps arabe». Pour tenter d’étouffer le mouvement de contestation de son régime autoritaire, Mohamed VI a adressé le 17 juin 2011 un discours à la nation. Une adresse sans enthousiasme et qui est loin de marquer les esprits.

Le vendredi 17 juin, le roi Mohamed VI a adressé un nouveau discours à la nation. Le troisième depuis le mois de février dernier. Date de la naissance au Maroc du Mouvement du 20 février et de sa mobilisation d’abord sur la Toile, ensuite sur le terrain. L’objectif de ce mouvement? Voir le pays enfin doté d’un régime démocratique sous forme de monarchie parlementaire à la place du régime autoritaire en place. Une issue à laquelle visiblement ne veulent aucunement se résoudre les tenants fermes du maintien au pouvoir d’une monarchie absolue. D’où la nécessité pour eux de briser l’élan du mouvement réformateur. Une mission confiée à cette adresse royale du 17 juin qui a convié le peuple à voter «oui» le 1er juillet prochain en faveur de son projet constitutionnel controversé. Mais peuvent-ils réussir?

Le contexte politique nouveau donne du sens à l’actuelle action royale
Mohamed VI (1999-) est d’un naturel économe de ses mots. Même s’il a passé douze ans au pouvoir, il n’a jamais accordé la moindre conférence de presse. Et ce contrairement à son père et prédécesseur, Hassan II, qui en raffolait, tout en prenant un soin particulier à bien choisir ses «interlocuteurs». De préférence, des journalistes français visiblement en mal de monarchie chez eux et qui succombaient aux fastes de la Cour. Mais il a suffi que le Maroc soit touché à son tour par un vent de liberté irrésistible pour que le roi enchaîne enfin les discours. Trois à ce jour, depuis la naissance du Mouvement du 20 Février.

Comme tout acteur politique dans sa situation, Mohamed VI est conscient du fait que l’usage de la force brute seule, même dans le cadre d’un rapport de forces en apparence en sa faveur, face à un mouvement social authentique, n’est pas une garantie de véritable succès. D’où le recours à loisir à différents registres politiques (ruse, séduction, propagande, calomnie, intimidation…).

Le roi est conscient que l’enjeu de ce qui est en jeu actuellement du point de vue du Mouvement du 20 février, c’est une véritable révolution politique, une transformation pacifique menant enfin la monarchie d’un régime autoritaire, à la culture politique, au style et au cérémonial archaïques, à une monarchie parlementaire et moderne.

C’est donc pour éviter d’être dépassé par la tournure des événements dans son pays que Mohamed VI a multiplié les registres de sa «gestion» de ce nouveau défi à son pouvoir absolutiste. Alternant promesses, menaces et répression. Le dernier geste posé dans ce sens était son discours adressé le vendredi 17 juin dernier à la nation. Mais cette adresse était-elle susceptible de réussir à convaincre de la bonne volonté démocratique du régime autoritaire en place et du même coup briser le mouvement du changement?

Le moment des réformes démocratiques n’a pas encore sonné

À en croire Mohamed VI, son projet constitutionnel serait un moyen pour lui de «renouveler» son «pacte» avec le peuple. Une Constitution qui serait, ajoute-t-il, «un tournant historique et déterminant dans le processus de parachèvement de la construction de l'État de droit et des institutions démocratiques».

Selon lui, ce projet a comme référence son discours du 9 mars dernier et «s'appuie sur les propositions avancées par les instances politiques, syndicales, associatives et de jeunesse», ainsi que sur «le travail novateur accompli par la Commission consultative et l'action constructive menée par le Mécanisme politique, Commission et Mécanisme des propositions».

Pour Mohamed VI, trois éléments distinguent ce projet constitutionnel du précédent. D’abord, la méthode. Ensuite, la forme. Enfin, le contenu. 
Pour le premier, il a eu recours à des constitutionnalistes marocains alors que son père faisait appel à des étrangers (Français) pour rédiger ses Constitutions octroyées. La forme est passée de 108 articles à 180. Pour le contenu, le roi estime qu’il est basé sur deux piliers. D’abord, ce qu’il qualifie de «constantes immuables de la Nation» dont il s’estime le légitime gardien à titre d’«Amir Al Mouminine» (Commandeur de croyants, ndlr) «dans le cadre d'un État musulman». Le rôle de celui-ci serait, à l’en croire, «d'assurer la pérennité et la continuité» de ces dites «constantes immuables». Ensuite, le régime parlementaire.

Pour convaincre les sceptiques du caractère «historique» de son projet constitutionnel, Mohamed VI n’a pas hésité à avancer l’idée qu’il s’agit, d’abord et avant tout, «d'un nouveau pacte historique entre le Trône et le peuple». Le recours à ce vocable politique n’est nullement anodin puisqu’il s’agit de quelque chose qui résonne fort pour la mémoire politique du peuple et qu’une partie du mouvement démocratique appelait de ses vœux dès l’accession de Mohamed VI au trône. Une façon de laisser entendre qu’il avait entendu leur appel et de les récupérer au passage. Mais est-ce suffisant?

Pour Mohamed VI, l’offre constitutionnelle a dix axes. 
Axe un: «la consécration constitutionnelle de la Monarchie citoyenne». Mais comment peut-on concilier cette «banalisation» avec le principe «(d’) inviolabilité de la personne du Roi» et le soi-disant «respect qui Lui est dû en tant que Roi, Amir Al Mouminine et Chef de l'État»? 
Axe deux: la «constitutionnalisation de l'Amazighe (ou berbère, ndlr) comme langue officielle du Royaume, au côté de la langue arabe». Mais si cette reconnaissance est la bienvenue dans un pays où l’élite au pouvoir avait fait preuve d’amnésie amazighe durant les soixante dernières années, il reste que le pays devra attendre encore longtemps avant que cette déclaration de foi de l’Amazighe comme «patrimoine commun à tous les Marocains» ne soit traduite dans la réalité. 
Axe trois: la «constitutionnalisation de tous les droits de l'Homme tels qu'ils sont reconnus universellement». Mais cette déclaration est contrebalancée dans le même discours par deux limites de taille, d’abord, le «respect» dû, entre autres, aux «lois inspirées de la religion musulmane»; ensuite les pratiques liberticides du régime royal. Comment peut-on réconcilier une législation discriminatoire à l’égard des femmes avec une philosophie fondée sur le principe d’égalité entre les hommes et les femmes? Comment peut-on réconcilier aussi cet engagement royal avec des enseignements islamiques antinomiques avec la liberté notamment de conscience? Ensuite, comment peut-on, en même temps, déclarer son attachement à la «constitutionnalisation de tous les droits de l'Homme tels qu'ils sont reconnus universellement» et laisser son régime se complaire dans des pratiques liberticides? De nombreux journalistes, intellectuels, opposants ou assimilés tels… en savent quelque chose.
Axe quatre: le renforcement de la stature du Premier ministre devenant «Chef du gouvernement». Malgré cette «promotion» symbolique, on ne sait pas clairement si le roi désignera comme chef du gouvernement le chef «du parti arrivé en tête des élections de la Chambre des Représentants» ou une personnalité issue de cette formation. Aussi, cette «promotion» n’empêchera pas le roi de priver ce «chef de gouvernement» de pans entiers des prérogatives régaliennes, et cela ne concerne pas les seuls domaines de sécurité, de défense et de politique étrangère. 
Axe cinq: «l’instauration d'un Pouvoir parlementaire». Si la «constitutionnalisation de l'interdiction de la transhumance parlementaire» peut paraître excessive, puisque un code électoral ou un règlement intérieur du parlement remaniés auraient suffi à sanctionner tout récalcitrant éventuel, plus grave est la levée de l’immunité d’un parlementaire en cas de non respect de « (l’) inviolabilité de la personne du Roi». 
Axe six: le renforcement du statut et du rôle de l’opposition au sein du Parlement.
Axe sept: la constitutionnalisation de la justice comme «pouvoir indépendant». Si c’est la première fois que le premier magistrat du pays parle de la justice en tant que «pouvoir indépendant» par rapport à l’exécutif, une avancée à saluer, un élément est troublant: c’est cette formulation inconnue ailleurs et qui voudrait que la justice soit également indépendante par rapport au pouvoir législatif. Aussi, cette déclaration de l’indépendance du pouvoir judiciaire par rapport à l’exécutif ne la soustraira pas de la dépendance vis-à-vis du chef de l’État (et donc de l’exécutif). Les jugements ne continueront-ils pas, du propre aveu royal, d’être prononcés en son nom? Et ne sera-t-il pas le président d’un «Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire» (successeur du Conseil supérieur de la magistrature) appelé à voir le jour? 
Axe huit: la création et la constitutionnalisation de nombreuses institutions.  
Axe neuf: le «renforcement des mécanismes de bonne gouvernance, de moralisation de la vie publique et de lutte contre la corruption» et la création d’un «Conseil supérieur de sécurité» à être présidé par le roi.
Axe dix: le renforcement de la régionalisation du pays dans un cadre unitaire. Si cette vision est en soi louable, force est de constater qu’il ne suffira pas de la clamer pour infléchir les tendances centralisatrices d’un État jacobin faisant face à un mouvement séparatiste armé, le Polisario, qui lui conteste sa souveraineté sur la partie Sud de son territoire, et qui a également la hantise du retour de la Siba, De plus, les choix systémiques de développement de l’État des soixante dernières années contrarient cette nouvelle déclaration décentralisatrice.

**
Comme nous venons de l’analyser, le discours royal du 17 juin est, à plusieurs égards, loin de convaincre l’observateur marocain de la capacité de l’offre constitutionnelle d’accoucher d’un régime de monarchie parlementaire. Ce qui était et demeure la demande centrale du Mouvement du 20 Février. D’ailleurs, deux jours plus tard, celui-ci avait tenté de manifester son rejet de cette offre dans plusieurs villes du pays, malgré l’hostilité active des autorités et le déchaînement violent de leurs hommes de mains. C’est dire combien l’adresse royale était loin de suffire pour soulever l’enthousiasme de la nation.

http://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=112910&L=fr

dimanche 19 juin 2011

Un discours historique royal (with cheese).

Par aboulahab, CJDM, 16/6/2011

A la demande des partis politiques marocains les plus patriotes, les hautes instances idéologiques du Cercle des Jeunes Débiles Marocains ont organisé une réunion de crise autour de cette épineuse question Le discours du 16 juin, que dire au micro de la MAP ?

Car, chers amis, toutes les composantes de la classe politique marocaine, l’USFP comme le PAM, le RNI comme le PJD, exercent la politique selon la méthode dite de N3am’ass. Elle consiste en un acquiescement judicieux aux directives royales ou émanant de l’entourage du Roi. Il est donc évident que la réaction des partis aux discours du Roi est déterminante pour leur survie et leurs privilèges.

Le discours de demain restera donc dans les annales (du Royaume, pas des détenus de Temara). Seulement, les chefs des partis politiques, plus courageux les uns que les autres, ont déjà qualifié le discours du 9 mars d’historique. Or, même si le ridicule ne tue malheureusement pas, le camarade Lachgar ne peut qualifier deux locutions royales d’historiques en l’espace de trois mois, faut pas abuser non plus. Même le ministre des tabacs et des sports, le très intelligent et cultivé Monsieur Moncef Belkhayat ne peut souffrir autant de ridicule.

Le problème est comme d’habitude l’excès de zèle de nos politiciens, qui s’excitent à chaque action royale comme une puce au salon de la moquette : certains, dont des journalistes, sont même allés jusqu’à qualifier l’initiative royale de révolutionnaire, ce qui représente un peu le superlatif de l’action politique. Ils sont désormais à court d’éloges envers SM*.

Pour revenir à nos moutons, et à notre réunion avec ceux-ci, nous rapportons ici quelques propositions de déclarations à l’usage de la MAP et du Matin du Sahra et du reste.

Un dirigeant de parti, très authentique d’un point de vue makhzenien, mais aussi paradoxalement très moderne, propose de dire que le discours est divin, tout simplement. Son homologue pileux du visage émet quelques réserves d’ordre théologique sur cette affirmation. Ce dernier propose donc de rajouter le préfixe « quasi » pour plus de crédibilité.

Notre ami ex-communiste, ex-opposant, auteur de tribunes oculaires dans le Matin, pense dire que ce discours est un havre de démocratie et de liberté d’expression, et jetant les bases d’une nouvelle école de la pensée dialectique rationnelle.

Quant au parti qui s’est distingué pendant le protectorat par son militantisme passif, il compte prétendre avoir vu le visage de Mohammed VI pendant toute la durée du discours. Leur voisin du centre fait remarquer, à juste titre, que cela signifierait qu’ils étaient en train de regarder par la fenêtre alors même que le Roi adressait un message à la Nation, ce qui représente un horrible crime de lèse-majesté.

Nous nous contenterons de ces idées ingénieuses, pour passer au second point à l’ordre du jour : Le Maroc post-nouvelle Constitution sera une vraie démocratie progressiste, moderne, à la suédoise (la démocratie, pas les femmes). Or, comme l’a si bien dit le porte-parole du gouvernement que dieu nous donne son visage, le Maroc était déjà un îlot de démocratie et de liberté d’expression (encore un superlatif politique à la con).

Le problème est donc d’ordre rhétorique, car prétendre que le Maroc deviendra une démocratie, c’est reconnaître qu’il ne l’est pas actuellement a3oudou billah, ce qui est totalement faux comme le prouvent quotidiennement les dépêches de la MAP.

A contrario, dire que le Maroc était déjà une démocratie et continue de l’être risque de ruiner l’image du pays sur la scène internationale, puisque tout le monde (à part peut-être Mehdi Bensaid) est convaincu que nous vivons dans un pays totalitaire. Et ce serait donc comme dire que rien n’a changé.

Je dois avouer que nous bloquons totalement sur cette question alors que notre réunion s’éternise. Et j’implore nos lecteurs à nous sortir de ce pétrin, sinon nous serons obligés de nous contenter du raisonnement de Moncef Benlkhayat, dont il vient de prouver la pertinence « par A+B » :

Le Maroc a une constitution, donc le Maroc est une démocratie. Or le Maroc aura une « nouvelle » constitution donc le Maroc sera une « nouvelle » démocratie.

Merci pour votre aide, dieu vous le rendra.

* SM est l’abréviation de Sa Majesté, petits pervers.

samedi 18 juin 2011

La nouvelle constitutions : applaudissements organisés !!!

Par Ali Fkir, 18/6/2011
Du côté du makhzen rien de nouveau!
- Aujourd'hui 17 juin 2011, les services du ministère de l'intérieur ont convoqué les représentant-es des organisations politiques, syndicales... à aller écouter le discours du roi dans les locaux administratifs
- Les chioukhs, Moukadmines et autres relais ont fait le "porte à porte" pour demander à certaines couches sociales de sortir juste après le discours royal applaudir la "nouvelle constitution"
- Les chauffeurs de taxis...ont été réquisitionnés pour la même besogne.
Chez les défenseurs de la "monarchie parlementaire", c'est le désarroi total. On se faisait des illusions!
IL FAUT ADMETTRE (avec un esprit sportif) que "LA NOUVELLE CONSTITUTION" a attribué au roi de nouvelles prérogatives, et ce, contrairement aux attentes de certains.
 Faut-il baisser les bras? Ce sera de la pure trahison.

lundi 21 mars 2011

Discours royal : réaction d'un simple citoyen.

Par Baroudi Abdelmajid , 21/3/2011

Le discours royal est –il à la hauteur de nos attentes ? La réponse, à mon avis ne relève pas de nos perceptions de ce que le roi a avancé comme réformes mais plutôt de notre positionnement par rapport à la dynamique déclenchée non seulement à l’échelle nationale mais aussi régionale. C’est là où la divergence de lectures se fait. Plus on est proche de ce que revendique le mouvement du 20 février, moins on est satisfait de ce que le monarque propose. Ce qui est sûr, c’est que ce discours permettra de rouvrir le débat sur la pertinence de l’offre royale, ses limites par rapport aux attentes du mouvement en marche. Il est même évident, de par l’inertie d’une grande partie de l’élite de la gauche molle, pour reprendre le qualificatif de Abou Bakr Jamai, de s’y identifier et de se retrouver puisque la barre de demande des jeunes est tellement haute qu’ils ne sont pas prêts à cautionner de crainte de toucher au pacte dont la remise en question du système monarchique devait être mise aux oubliettes.
La multiplication des réactions de responsables politiques et certains intellectuels par rapport au discours royal lequel répond en grande partie à leurs exigences d’ordre réformiste , ne doit pas nous faire oublier que leur positionnement les a mis en décalage de ce que le mouvement a construit loin de toute spéculation partisane dans la mesure où le changement de la constitution et la remise en question du pouvoir constituent la base d’une démocratie dans laquelle tout le monde doit se sentir responsable au sens institutionnel du terme. Le discours royal, n’ouvre –t-il une brèche pour une gauche molle de reconquérir une confiance déjà perdue ?

Force est de constater que le discours royal n’émane pas d’un engagement de la part du palais en vue d’instaurer les règles de jeu démocratique car si c’était le cas, Hassan II aurait déjà affiché cette volonté au moment où les partis d’opposition d’autres fois avaient présenté le mémorandum de réformes constitutionnelles. Du coup, on aurait dû économiser cette déperdition politique. En revanche, la dé-contextualisation du discours en mettant en avant la problématique de la régionalisation, n’est à mon avis qu’un prétexte non négligeable pour esquiver l’imposition du contexte régional et local qui ont objectivement poussé le pouvoir afficher la limite de son possible.
Au-delà de l’autonomie de la justice, les prérogatives du premier ministre et du parlement, la constitutionnalité de l’amazighité, faut –il prétendre que le discours royal a touché au fond de la problématique du pouvoir ? Une des interprétations qu’on pourrait assigner à cette question , c’est quelle est en décalage avec le discours dans la mesure où sons sens radical nuit au possible affiché par le roi et va à l’encontre d’une stratégie qui consiste à concevoir le changement progressivement et au long terme. Seulement voilà, les voix des manifestants qui ont poussé le pouvoir à réagir, ont clairement exprimé que le changement de la constitution de telle manière à ce que la monopolisation du pouvoir doit être institutionnellement partagé.

Si le renforcement de la moralisation de la vie publique tel qu’il fut avancé par le roi suppose qu’il s’agit d’un fait à consolider, la réalité nous informe que cette notion de moralisation échappe à son vrai sens qui consiste à la conjuguer à l’éthique au détriment du droit. Autrement dit, tant que le pouvoir, en profitant des atouts constitutionnels susceptibles de le positionner au dessus du questionnement, ne renonce pas aux pratiques qui favorisent l’intérêt individuel, tout discours sur la moralisation n’est que du langage. L’implication des proches de l’entourage royal dans des affaires louches en est l’exemple. Aristote avait déjà discriminé entre le régime politique correct et déviant. Le régime politique correct vise l’intérêt général tandis que le déviant n’aspire qu’à l’intérêt particulier.
Au final, c’est au mouvement de jeunes de retracer les contours de sa stratégie et aux démocrates de le soutenir.

samedi 19 mars 2011

Amnesty International : Le Maroc ne doit pas réprimer les manifestations prévues ce week-end


Le vent de contestation antigouvernementale qui souffle sur le Maroc s'est levé le 20 février.

Par Amnesty International, 18/3/2011
Amnesty International demande aux autorités marocaines de permettre que les grandes manifestations pacifiques prévues dimanche 20 mars se déroulent sans violence, alors qu'elles ont réprimé des manifestations analogues qui ont eu lieu le 13 mars.
Dans tout le pays, des milliers de personnes sont attendues dans les rues dimanche 20 mars pour réclamer une réforme politique et le respect des droits humains, mais l'on craint que les autorités ne recourent à des méthodes brutales pour étouffer la contestation.
Le 13 mars, de nombreuses personnes ont été blessées et au moins 120 placées brièvement en détention, les forces de sécurité ayant usé d'une force injustifiée pour disperser une manifestation organisée dans le centre de Casablanca.
« Les actes de violence injustifiés qui se sont déroulés ce jour-là représentent une régression inquiétante et vident de tout sens la promesse faite par le roi du Maroc quelques jours auparavant d'entreprendre une réforme de fond et de respecter les droits humains, a indiqué Philip Luther, directeur adjoint du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnesty International.
« Les Marocains doivent être autorisés à manifester pacifiquement sans crainte, au lieu de devoir faire face aux attaques des forces de sécurité simplement parce qu'ils réclament la jouissance de leurs droits. »
Les membres des forces de l'ordre ont frappé des manifestants à coups de pied et de bâtons, alors qu'ils prenaient part à un sit-in pacifique rassemblant des centaines de personnes sur la place Mohamed V à Casablanca le 13 mars, et ont empêché d'autres personnes de s'y rendre.
Ces violences ont eu lieu quelques jours après que le roi Mohamed VI a annoncé dans un discours télévisé que les autorités étaient disposées à entreprendre des réformes et à protéger les libertés.
Un couple marié d'une cinquantaine d'années a raconté à Amnesty International que des policiers les avaient violemment empêchés de se rendre sur la place.
Selon leur témoignage, le mari a été jeté à terre, avant d'être roué de coups de pied et de bâtons par quatre policiers. Il a eu l'épaule gauche fracturée, tandis que sa femme a elle aussi été frappée lorsqu'elle a tenté de lui venir en aide.
« Nous voulions protester pacifiquement pour offrir un meilleur avenir à nos enfants et à tous les enfants du Maroc, pour réclamer des réformes sociales et économiques et la fin de la corruption. Nous ne comprenons pas du tout la réaction des autorités », a expliqué le mari.
Les manifestants étaient notamment des défenseurs des droits humains et des membres de divers groupes de toutes tendances politiques, dont le Mouvement du 20 février, créé le mois dernier pour promouvoir une réforme politique et des droits humains.
Parmi les personnes grièvement blessées figuraient Mohamed Sahiri, qui aurait été frappé à la tête et au dos, et Said Chami, qui souffre de fractures à la colonne vertébrale et à la jambe gauche.
En outre, Amnesty International a reçu des informations selon lesquelles certains manifestants soignés dans des hôpitaux publics n'ont pas pu obtenir une copie des rapports médicaux décrivant leurs blessures et leurs causes probables, ce qui risque de les empêcher d'obtenir justice et réparations.
Les forces de sécurité impliquées dans la violente dispersion de la manifestation appartiendraient à divers organes chargés du maintien de l'ordre public, dont les Forces Auxiliaires Marocaines (FAM) et le Corps mobile d'intervention (CMI). Les autorités marocaines ont déjà eu par le passé recours à ces unités pour disperser des rassemblements pacifiques.
 
« Les autorités marocaines doivent respecter le droit des manifestants à exprimer leurs opinions et revendications de manière pacifique et enjoindre aux forces de l'ordre de ne pas recourir à une force injustifiée lorsque cela n'est pas nécessaire pour disperser les rassemblements, dans le droit fil des promesses faites par le roi et des obligations internationales relatives aux droits humains qui incombent au Maroc », a conclu Philip Luther.

vendredi 18 mars 2011

Mouvement du 20 février : « le roi nous a menti »


Par ZINEB EL RHAZOUI, Rabat, SaharaDoc, 15/03/2011

Peu de temps après le discours de Mohammed VI qui promet liberté et démocratie, les forces de l’ordre ont violemment réprimé une manifestation pacifique à Casablanca, faisant des dizaines de blessés, dont des enfants en bas âge.

La mobilisation du 20 mars prochain est plus que jamais maintenue. Quatre jours seulement après le discours du mercredi 9 mars de l’héritier d’Hassan II promettant une réforme constitutionnelle et un « élargissement » du champ des libertés individuelles et publiques, l’Etat marocain a clairement démontré que les promesses royales resteraient lettre morte.

Les manifestants qui ont répondu à l’appel de la coordination du Mouvement du 20 février à Casablanca dans la matinée du dimanche 13 mars ont fait l’objet d’une violence inégalée depuis le début des protestations le 20 février dernier. « Le roi fait un discours, et vous vous permettez de protester ! », criaient les forces antiémeutes aux « insolents » qui ont osé exprimer leur mécontentement face à une réforme insuffisante et de surcroit octroyée par le haut.
Rassemblés dans un premier temps sur la place Mohammed VI, les manifestants ont violemment été dispersés et poursuivis jusque dans les ruelles du centre-ville de la capitale économique. Ils se sont par la suite regroupés devant le siège du Parti Socialiste Unifié (PSU), sis rue d’Agadir, qui sert de QG à la coordination du Mouvement du 20 février à Casablanca. Vers 14h, les forces de l’ordre ont tenté de prendre d’assaut le bureau du parti, mais elles en ont été empêchées par les manifestants, occasionnant des dizaines de blessés, dont certains dans un état grave. Une vidéo tournée à l’intérieur des locaux du PSU montre des blessés recevant les premiers soins et une altercation avec les forces antiémeutes devant la porte d’entrée du siège.
Une seconde vidéo filmée à la sauvette montre un impressionnant déploiement des forces antiémeutes devant le siège du parti et des manifestants gisant inertes sur le sol après avoir été tabassés par la police. Les dirigeants du PSU qui tenaient ce jour-là leur assemblée générale ont également été ciblés par les violences policières, notamment Mohammed Sassi, secrétaire général adjoint du parti et Mohammed Hafid, membre du bureau politique.

Un article publié sur le site de France2 rapporte le témoignage du journaliste Hassan Hamdani présent sur place : « J’ai vu une femme enceinte et des jeunes filles sauvagement tabassées par la police. C’était d’une rare violence ». Les forces antiémeutes n’ont en effet pas fait dans la dentelle. Rihab Mahsoune, une adolescente âgée de 13 ans qui habite dans le quartier, en a fait les frais. Sortie acheter du pain, elle a violemment été prise à partie par des policiers, comme elle explique en pleurs dans cette vidéo. Elle a déclaré au site d’information Goud que ces derniers lui ont cassé une dent et fracturé la mâchoire, et que ses parents comptaient porter plainte. Le Dr. Rachid Noreddine, médecin urgentiste à l’hôpital Averroès de Casablanca et membre du PSU, a rapporté au site d’information Lakome que des dizaines de blessés, dont des enfants en bas âge, ont afflué vers les urgences et que certains d’entre eux se trouvent dans un état grave. Il a notamment rapporté le cas d’un enfant de 7 ans, qui comme Rihab Mahsoune, a été pris pour cible par la police alors qu’il sortait faire une course dans le quartier.

Les journalistes présents sur place ont été particulièrement visés par les violences policières, comme en témoigne Ahmed Najim, ancien journaliste de l’hebdomadaire arabophone Nichane, fermé pour cause d’asphyxie publicitaire, qui travaille aujourd’hui pour le site Goud. « Ils ont confisqué mon appareil photo et ma carte de presse, ils ont effacé les photos que j’avais prises tout en traitant les manifestants de fils de P… ». A. Najim rapporte dans son témoignage le passage à tabac d’un journaliste du quotidien arabophone Al Ahdath Al Maghribiya, et les insultes proférées par des policiers à l’encontre d’un journaliste de l’Observateur du Maroc : « On va te montrer ce que c’est que d’être journaliste espèce de fils de P… La liberté d’expression, tu te la fous au C… Vous ne faites que casser du sucre sur le dos de la police, nous on protège le pays de vous ».

Femmes, enfants, personnes âgées, leaders politiques, journalistes, manifestants et simples passants, personne n’a été épargné par la répression, mais l’Etat marocain continue à soutenir officiellement qu’il s’agissait d’une manifestation non autorisée des islamistes d’Al Adl Wal Ihssane, ce qui d’ailleurs n’est pas moins contradictoire avec le discours royal qui a promis liberté et démocratie au peuple marocain. Très critiquée, l’allocution royale suscite déjà une large opposition en raison de la délimitation du champ des réformes et de l’exclusion du peuple et de ses représentants de l’officine constitutionnelle nommée par le monarque.
En attendant le mois de juin, date à laquelle la constitution « relookée » lui sera soumise, le roi s’est montré incapable d’endiguer la vague de contestation qui gronde dans le royaume.
La mobilisation pour la grande manifestation nationale du 20 mars promet d’être forte, mettant le régime dans une impasse politique : laisser faire, c’est admettre le désaveu populaire du discours royal, réprimer, c’est ouvrir une spirale de violence qui pourrait bien avoir raison du trône alaouite.
/http://saharadoc.wordpress.com/2011/03/18/mouvement-du-20-fevrier-%C2%AB-le-roi-nous-a-menti-%C2%BB/

mardi 15 mars 2011

La sacralité de la monarchie marocaine est un frein à la démocratisation


Par Ahmed Benchemsi, 15/3/2011
Oui, le discours prononcé par Mohammed VI le 9 mars est historique. Mais non, ce n'est pas parce qu'il annonce une réforme de la Constitution. Si ce discours doit faire date, c'est parce qu'en le prononçant le roi du Maroc a cédé à un rapport de forces. C'est la première fois que cela arrive depuis l'indépendance en 1956. Ne serait-ce qu'à cause de cela, le cours de l'histoire a déjà changé.

Le bras de fer avait été engagé le 20 février. Répondant à l'appel lancé sur Facebook par une poignée de jeunes activistes, 120 000 Marocains avaient investi les rues de 53 villes et localités du royaume pour réclamer - entre autres - une Constitution démocratique.
Craignant une contagion des révolutions arabes, le pouvoir avait laissé les manifestations se dérouler sans intervenir. Résultat : les manifestants ont pris conscience de leur nombre, et le mur de la peur est tombé. Depuis, à coups de sit-in spontanés aux quatre coins du royaume et de tribunes enflammées dans la presse et sur Internet, la pression démocratique n'a cessé d'augmenter. Considérable en février, elle est devenue insoutenable en mars.
Le 9, le roi est donc apparu à la télévision pour annoncer une réforme spectaculaire de la Constitution. Au menu : "L'Etat de droit", "l'indépendance de la justice" et un "gouvernement élu émanant de la volonté populaire exprimée par les urnes". Victoire de la démocratie ? Pas si vite...
En relisant le discours, on réalise que le diable est dans les détails. Ainsi, quand le roi promet de "renforcer le statut du premier ministre", ce n'est pas en tant que chef "du" pouvoir exécutif, mais "d'un" pouvoir exécutif. Comprenez : il y en aura un autre ailleurs - au palais royal, par exemple.
Réforme constitutionnelle ou pas, la "monarchie exécutive" (l'expression est de Mohammed VI) n'a pas fini d'empiéter sur les prérogatives du gouvernement élu. C'est un peu comme si vous marchiez sur le pied de quelqu'un et qu'au lieu de faire un pas de côté vous promettiez de lui acheter de nouvelles chaussures...
Il est évident que le problème, ce n'est pas les pouvoirs du premier ministre mais bel et bien ceux du roi - et plus particulièrement leur volet spirituel, sachant que l'islam est religion d'État au Maroc. Sur ces pouvoirs-là, Mohammed VI a annoncé d'emblée le 9 mars qu'il n'y aurait aucun débat. Selon l'article 19 de la Constitution, le monarque est "commandeur des croyants" et, selon l'article 23, sa personne est "sacrée". Pour boucler la boucle, l'article 29 lui donne le droit de gouverner en produisant des dahirs, décrets royaux faisant loi et non susceptibles de recours.
En toute simplicité : au nom de l'islam, le roi du Maroc peut faire absolument tout ce qu'il veut sans que personne ne puisse s'y opposer. En 1994, feu Hassan II avait justifié cette imparable mécanique politico-religieuse (dont il est l'ingénieur) en citant le Prophète Mahomet : "Celui qui m'obéit obéit à Dieu et celui qui me désobéit désobéit à Dieu." Difficile d'être plus clair...
C'est Mohammed VI qui le dit : la démocratie suppose que les responsables rendent des comptes. Sauf que cette disposition ne s'applique pas à lui. Allez demander des comptes au "représentant de Dieu sur terre", comme le dit l'acte d'allégeance au roi du Maroc...
Autre élément qui devrait sérieusement limiter la portée de la réforme : l'identité de ceux qui sont censés la mettre en œuvre. Au lendemain de son discours, le roi a désigné une commission de réforme de la Constitution formée, à une ou deux exceptions près (sur dix-huit membres), de hauts fonctionnaires et autres commis de l'État peu susceptibles d'indépendance.
Le président de la commission, Abdeltif Menouni, 67 ans, fait partie de cette génération de juristes recrutés dans les années 1980 par Driss Basri, l'ancien homme fort du régime, pour justifier le despotisme d'Hassan II. Expert en droit constitutionnel, l'homme s'était révélé doué dans cet exercice. Il expliquait ainsi la notion de prérogative royale comme "le pouvoir discrétionnaire du monarque d'agir pour le bien de l'Etat en l'absence d'une disposition constitutionnelle ou bien par une interprétation personnelle de celle-ci". On l'imagine mal aujourd'hui, à l'apogée de sa carrière, déconstruire ces "prérogatives" autocratiques qu'il a lui même définies.
Malgré son discours à clés et sa commission peu crédible, Mohammed VI s'est mis en grande difficulté. Quel que soit le contenu du projet final de nouvelle Constitution, il devra être validé par référendum. Ne serait-ce que pour cela, le roi sera obligé d'ouvrir le système d'une manière ou d'une autre. Le simple fait d'accepter que les partisans du "non" puissent s'exprimer librement sur les médias publics consistera déjà à affaiblir le concept, censément intouchable, de sacralité royale. Comment admettre que les Marocains puissent refuser un texte proposé par le commandeur des croyants ? Mise sous pression par la rue, la monarchie est en train d'atteindre son ultime contradiction : entre la démocratie et la sacralité, elle devra choisir.
Pas forcément consciente de ces enjeux politiques profonds, la rue, elle, attend des signes tangibles de changement. Déjà, la répression d'un sit-in pacifique à Casablanca, le 13 mars, a fait naître le doute. Pourquoi cette violence, quelques jours à peine après que le roi eut promis la démocratie ? Et s'il n'était pas sincère ?
Tous les regards sont désormais braqués sur le dimanche 20 mars, date annoncée des prochaines manifestations de masse. L'État ne semble disposer d'aucune bonne option. S'il décide de tomber le masque en réprimant brutalement la foule, le risque d'escalade est élevé. Hantise des autorités, le roi lui-même risquerait de ne plus être épargné par les manifestants, ce qui ouvrirait le champ à un scénario à l'égyptienne.
Si, au contraire, l'Etat lève le pied et laisse les manifestations se dérouler sans encombre, cela encouragera les gens à descendre encore plus dans la rue et à intensifier la pression.
Tôt ou tard, Mohammed VI devra lâcher du lest à nouveau. Jusqu'à quand et jusqu'à quel point ? Difficile à prédire, tant la situation est mouvante et incertaine... Une chose est sûre : la boîte de Pandore démocratique est ouverte, et plus rien ne la refermera.
Ahmed Benchemsi, fondateur du magazine "TelQuel" et chercheur à l'université de Stanford (Etats-Unis)
Article paru dans l'édition du 16.03.11