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samedi 9 novembre 2013

Réactions algériennes aux actes hostiles marocains

Après avoir fait visionner par des experts la vidéo montrant des manifestants marocains prendre d’assaut notre consulat à Casablanca, il apparait clairement qu’il ne s’agissait pas d’un "acte isolé" comme on voulait bien nous le faire admettre. 

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères algérien réfute cette thèse et évoque « une violation » flagrante de l’enceinte diplomatique algérienne au Maroc. Les éléments visuels de preuve, examinés « ne donnent pas de crédit à la thèse de l’acte isolé », avait souligné le porte parole de notre diplomatie dans une déclaration faite à l’APS. Il s’agit bel et bien de profanation de l’emblème national et d'une agression caractérisée de la souveraineté du territoire.
Les manifestants qui, ont pris le soin de filmer la scène puis de la diffuser pour le grand public ne cachent pas leur forfait : on pouvait les voir applaudir et les femmes pousser des youyous au moment ou l’individu, monté sur le fronton de l’édifice abritant notre consulat, s’acharnait sur la corde maintenant l’emblème national sur son mât. Et ce, sous le regard nullement inquiété des policiers en uniforme. De tels éléments ne prêtent nullement à l’acte isolé, ni à une quelconque motivation personnelle.
Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères n’a pas manqué de souligner le regret de l’Algérie devant de telles attitudes surtout qu’elles ont été suivies par d’autres rassemblements du même genre, « Nous regrettons la poursuite de la mobilisation de foules autour de notre ambassade à Rabat et de notre consulat à Oujda, car celle-ci est de nature à déboucher sur la répétition de ce genre de dérapages graves », a-t-il ajouté
Notons par ailleurs que le roi du Maroc s’est abstenu d’adresser le traditionnel message de vœux au président Bouteflika à l’occasion du 1er novembre. Un fait inédit dans les relations diplomatiques entre les deux pays et un message d’hostilité du royaume chérifien à l’égard de l’Algérie.

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 Drapeau algérien arraché au Maroc : l’Algérie veut être associée à l’enquête 

Par Hadjer Guenanfa, TSA, 3/11/2013 
Les autorités algériennes veulent être associées à l’enquête sur l’arrachage du drapeau algérien de son consulat à Casablanca, « pour déterminer les faits et s’assurer que les suites appropriées ont été engagées, à la suite de cet incident particulièrement grave », a indiqué, ce dimanche 3 novembre, le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué. 

Ce dimanche, l’ambassadeur du Maroc en Algérie a été convoqué au siège du ministère des AE. Il lui a été rappelé la demande « pressante » d’« explications circonstanciées sur la violation inacceptable des locaux consulaires algériens à Casablanca et la profanation impardonnable de l’emblème national, le jour même de la célébration du déclenchement de la glorieuse Révolution du 1er Novembre », ajoute le communiqué.
« Il a été rappelé à l’Ambassadeur que l’Algérie n’accorde pas de crédit à la thèse de l’"incident isolé" et encore moins au "fait divers" », ajoute la même source. Celle-ci explique baser cette conclusion sur une « analyse rigoureuse des éléments visuels de preuve, entourant le double forfait, perpétré par un individu faisant partie d’un groupe de manifestants hostiles à l’Algérie et à ses hauts responsables ».

S’il a exprimé les regrets de son gouvernement et a précisé que le ministre marocain des Affaires étrangères s’était entretenu avec l’ambassadeur d’Algérie à Rabat le jour même et a "condamné cet acte inadmissible", l’ambassadeur marocain n’a pas présenté des excuses officielles.  « Le ministère des Affaires étrangères, qui souligne toute la responsabilité du gouvernement marocain dans la création du climat de tension et d’escalade qui prévaut actuellement, réaffirme la nécessité d’une prise de position claire et sans équivoque de sa part quant à l’impératif du respect des symboles de l’État algérien en toutes circonstances », conclut le ministère des AE.

jeudi 1 novembre 2012

Vague d’arrestations contre les militants subsahariens: Dernières mises à jours

Publier sur Mamfakinch Mamfakinch 24 Follow us on Facebook


Voici les dernières mises à jour de notre article publié hier par Mamfakinch concernant l’arrestation d’une trentaine de militants migrants subsaharien et le traitement inhumain qu’ils subissent :

D’après M. Amari de la section d’Oujda de l’AMDH les migrants ont été transportés par la police hier soir aux alentours de 19h depuis le commissariat central d’Oujda ou ils avaient été transférés la veille depuis Rabat, vers une caserne des forces auxiliaires qui se situent à quelques mètres seulement de la frontière algérienne. Les migrants, une trentaine, seraient restés là, regroupés dans la cour de la caserne, menottés, dans le froid, sans nourriture depuis 24h qu’ils avaient été arrêtés à Rabat le soir du mardi. Ils auraient été rejoints en milieu de soirée par un autre groupe de migrants, menottés eux aussi, venus de Nador et Houseima. L’AMDH estime leur nombre à 22.

A 01h30, le matin du jeudi, les migrants sont sommés par des militaires du poste frontière de quitter la caserne et de marcher vers la frontière. « Vous allez tous marcher jusqu’à l’autre bord » leur cria un militaire, nous décrie M. Eric William, un migrant camerounais faisant partie du groupe et que nous avons pu joindre par téléphone. « La frontière à cet endroit est une rivière asséchée. Au bout de quelques mètres de marche dans le noir ils durent vite se retrouver nez à nez avec les gardes-frontières algériens à l’autre côté du oued, » nous explique notre contact à Oujda. Après quelques mètres de marche dans le noir les migrants affirment que les militaires algériens ont tiré plusieurs balles dans l’air pour les dissuader de traverser. Dans la panique, les migrants durent se disperser le long du oued.

Un groupe a dû marcher plusieurs heures dans la direction du Maroc dans l’espoir de retrouver la route nationale numéro 6, leur seul espoir à cet endroit de retrouver de l’aide, nous explique toujours notre contact à l’AMDH.

Certains portables, restés « miraculeusement chargés, » nous explique l’un des migrants, leur ont permis d’entrer enfin en contact avec des militants de l’AMDH à Oujda. Ceux-là même qui avaient essayé de leur apporter à manger la veille.

Des militants, dont M. Amari, purent les rejoindre vers 2h45 sur la route nationale. Ils les accompagnèrent à pied jusqu’à Oujda qui se trouvait à 11km de là.

Parmi les migrants, l’AMDH a pu identifier deux mineurs âgés respectivement de 16 et 17 ans.

Les migrants sont actuellement regroupés près du campus de la faculté de Oujda, dans la forêt de Sidi Maafa ainsi qu’au nord de Hay Salam ou ils ont pris refuge à proximité de la faculté des Lettres.

Nous avons tenté de joindre un responsable au ministère de l’intérieur pour une déclaration à propos cette histoire mais sans succès.

Nous vous tiendrons au courant dès réception de nouvelles informations.

jeudi 30 septembre 2010

ALGERIE / MAROC ET SAHARA OCCIDENTAL. LA VOLONTÉ DE COMBATTRE LES DISPARITIONS FORCÉES DOIT SE TRADUIRE EN ACTES


Par Françoise Guillitte, A.I., 27/9/2010
À l’approche de la 27ème Journée internationale des personnes disparues le 30 août 2010, Amnesty International a adressé aux autorités algériennes et marocaines un courrier leur demandant instamment de ratifier sans plus de délai la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées.
Dans ses lettres aux ministres des Affaires étrangères algérien et marocain, Mourad Medelci et Taib Fassi Fihri, Amnesty International leur demande instamment de se souvenir des victimes de disparitions forcées et d’honorer leur mémoire en prenant des mesures concrètes afin que ne soient plus jamais tolérées les disparitions forcées.
En Algérie, des milliers de personnes ont été victimes de disparition forcée aux mains des forces de sécurité ou des milices armées par l’État au cours du conflit interne qu’a connu le pays dans les années 1990 et qui a été marqué par de graves atteintes aux droits humains perpétrées tant par les forces de sécurité que par les groupes armés. Si la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH) estime à 7 000 le nombre des victimes, les familles de victimes, les associations les représentant, ainsi que plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) pensent qu’elles seraient en réalité plus de 8 000. Beaucoup de victimes étaient soupçonnées d’être membres du Front islamique du salut (FIS), un parti interdit. Au lieu d’enquêter sur ces disparitions et de traduire en justice les responsables présumés de tels actes, les autorités algériennes ont pris une série de mesures d’amnistie depuis 1999 qui ont institutionnalisé un climat d’impunité, au nom « de la paix et de la réconciliation nationale ».
Les forces de sécurité marocaines sont également responsables de centaines de disparitions forcées qui se sont produites entre le milieu des années 1960 et le début des années 1990 – les « années de plomb », caractérisées par des atteintes généralisées aux droits humains, notamment des disparitions forcées. Parmi les victimes marocaines de disparition forcée, on compte des militants de partis d’opposition, des syndicalistes et même des paysans ayant organisé des manifestations anti-gouvernementales. Les Sahraouis ont été frappés de manière disproportionnée par ce phénomène. Beaucoup ont été victimes de disparition forcée en raison de leur soutien réel ou supposé à l’indépendance du Sahara occidental, territoire annexé par le Maroc en 1975. Les autorités marocaines ont pris des mesures importantes pour mettre fin aux disparitions forcées, notamment en créant l’Instance Équité et Réconciliation (IER). Toutefois, à ce jour, toute la lumière n’a pas été faite sur les disparitions forcées et justice n’a pas été rendue.
L’absence de détermination des autorités algériennes et marocaines à aborder la question du sombre héritage des disparitions forcées laisse des milliers de familles dans l’incertitude en ce qui concerne le sort exact de leurs proches. Amnesty International soutient ces familles dans leur recherche de la vérité, de la justice et de réparations adéquates incluant des garanties de non-répétition.
Alors que les autorités algériennes et marocaines proclament qu’une nouvelle page a été tournée, une manière très concrète de combattre les disparitions forcées est de ratifier la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées que l’Assemblée générale des Nations unies a adoptée en 2006. Il ne manque aujourd’hui qu’une ratification pour que la Convention entre en vigueur. Elle deviendra alors un instrument efficace pour aider à empêcher les disparitions forcées, établir la vérité sur les crimes commis, sanctionner les auteurs de tels actes et fournir des réparations aux victimes et à leurs familles.
Bien que l’Algérie et le Maroc aient signé la Convention il y a plus de trois ans, ils n’ont pris aucune mesure en vue de la ratifier. Amnesty International renouvelle son appel aux autorités algériennes et marocaines pour qu’elles fassent preuve de leur engagement réel à combattre les disparitions forcées, en faisant en sorte que la Convention entre en vigueur.
Pour plus d’informations concernant les disparitions en Algérie, voir :
Amnesty International, Algérie. Un legs d’impunité. Une menace pour l’avenir de l’Algérie (index AI : MDE 28/001/2009), avril 2009
Amnesty International, Algérie. Un legs d’impunité. Une menace pour l’avenir de l’Algérie (index AI : MDE 28/003/2009
Pour plus d’informations concernant les disparitions au Maroc et au Sahara occidental, voir :
Amnesty International, Maroc et Sahara occidental. Assez de demi-mesures. Faire face aux disparitions forcées au Maroc et au Sahara occidental (index AI : MDE 29/005/2009), août 2009
Amnesty International, Maroc et Sahara occidental. Des promesses non tenues. L’Instance équité et réconciliation et le suivi de ses travaux (index AI : MDE 29/001/2010), janvier 2010

mercredi 18 novembre 2009

Le Maroc, un pays inoui...

 ...où des civils désarmés, même isolés, peuvent être accusés d'« inquiéter les autorités » !

 Par Niko, Mediapart, 16/11/2009

En ce moment, impossible de ne pas penser aux Sahraouis. 

Vendredi 13 novembre, Aminatou Haidar rentrait chez elle à El Aaiun, après avoir reçu le Prix du Courage civil de l'Institution américaine Train à New York, le 20 octobre. Aminatou milite sans relâche pour défendre les droits humains au Sahara Occidental, en particulier depuis 2005 où se sont développées les manifestations en faveur de l'indépendance. Auparavant, elle avait disparu pendant quatre ans, de 1987 à 1991, dans les bagnes secrets de Hassan II. On l'a surnommée la « Gandhi sahraouie », à cause de son combat éminemment pacifique - ce qui ne l'empêche pas d'être sans concession à l'égard du Maroc, le voisin du Nord qui occupe son pays par la force depuis 34 ans.La défense des droits humains dans un territoire sous le seul contrôle du Maroc (car l'ONU y fuit ses responsabilités), cela veut dire la défense des droits à l'intégrité, à la dignité, à la liberté de pensée et d'expression, et aussi du droit à l'autodétermination, lesquels sont sans cesse bafoués.
Vendredi 13 novembre donc, vers 12 : 30, Aminatou Haidar atterrissait à El Aaiun venant des Canaries; elle était accompagnée de deux journalistes espagnols. Tous les 3 ont été arrêtés par la police, les deux journalistes au prétexte qu'ils étaient entrain de filmer sans autorisation dans l'aéroport, Aminatou car elle avait rempli sa carte de débarquement en renseignant « Sahara Occidental » pour son lieu de résidence, au lieu de « Maroc » comme l'exigeaient les policiers. Libérés vers 18h 30, les deux journalistes ont pu reprendre un avion vers l'Espagne dans la soirée.

Pendant ce temps et jusque tard dans la nuit, Aminatou était détenue. Tous les Sahraouis, dans le territoire occupé du Sahara occidental, mais aussi de l'autre côté du mur, dans les camps de réfugiés, et toutes les personnes concernées par la lutte de ce peuple retenaient leur souffle. La presse officielle marocaine titrait : « La "dénommée" Aminatou Heidar a été arrêtée à l'aéroport d'El Ayoune » (MAP, 13 novembre 2009) ; l'ASM (Association du Sahara Marocain) n'y allait pas par 4 chemins : « La "traitre" Aminatou Haidar arrêtée à El Ayoune »...
Le roi Mohammed VI ne venait-il pas, dans son discours du 6 novembre, de prononcer : « Notre attachement a un État de droit n'a d'égal que notre refus de l'exploitation détestable des acquis dont jouit notre pays en matière de libertés et de droits humains » ? On a bien compris : la liberté existe au Maroc à condition de ne pas en user... Et de préciser : « Le citoyen, ou il est marocain ou il ne l'est pas, ... ou il est patriote ou il est traître ». Toute la classe politique s'est engouffrée derrière ces paroles. L'improbable PAM (Parti de l'authenticité et de la modernité, soit disant dans l'opposition mais en vérité tout proche du pouvoir, et dont le secrétaire général n'est autre que Cheikh Biedillah, un Sahraoui qui a choisi le Maroc depuis les années 1970), l'improbable PAM, donc, est allé jusqu'à annoncer qu'il allait déposer un projet de loi amendant le Code de procédure pénale pour « criminaliser la trahison de la Nation » et les intelligences avec des États étrangers.

En fait, cette manœuvre cherche à sauver la mise de Sa Majesté : en effet, les 7 activistes sahraouis des droits humains qui ont été arrêtés à leur descente d'avion à Casablanca le 8 octobre (ils revenaient, passant par Alger, d'un séjour d'une semaine dans les campements de réfugiés sahraouis dans la région de Tindouf, où ils étaient allés voir les leurs) sont incarcérés depuis cette date à la prison de Salé, et menacés de passer devant un tribunal militaire (la justice ordinaire s'étant déclarée incompétente). Or, qui va bien pouvoir croire, en Occident par exemple, que de simples civils qui revendiquent certes leur droit à l'expression politique, mais qui n'ont fait que se rendre en Algérie par une ligne régulière Casablanca-Alger (eh oui, le Maroc n'est pas en guerre avec l'Algérie...), qui va bien pouvoir croire que ces civils sont passibles d'un tribunal militaire ? Cela fait mauvais genre. Le roi peut donc dire merci au PAM pour cette lumineuse idée d'amendement qui devrait permettre de traduire les 7 militants sahraouis devant un tribunal ordinaire pour « crime de trahison »...
Avant de revenir à Aminatou Haidar, il faut encore préciser que l'un des 7 de Salé vient juste d'être lauréat du Prix Per Anger 2009, qui est attribué chaque année à un activiste des droits de l'homme emprisonné : il s'agit de Brahim Dahane, qui a été nominé par la Commission Internationale des juristes (CIJ) ; le prix devrait être remis le 16 novembre à Stockolm par la ministre suédoise de la Culture, mais on imagine que Brahim ne sera pas là pour le recevoir.
Jusque tard dans la nuit du 13 au 14 novembre, Aminatou Heidar n'était toujours pas reparue. Les gens s'interrogeaient : les autorités marocaines seraient-elles assez folles pour incarcérer celle qui est devenue l'icône de la défense des droits de l'homme au Sahara Occidental ? Pour l'envoyer rejoindre le groupe des 7 de Salé ? Tout laisse à croire que telle était leur intention, embarquées qu'elles sont dans une escalade qui ressemble de plus en plus à une fuite en avant. La ronde des contradictions devient en effet lancinante : respect des droits de l'homme/« refus de l'instrumentalisation des droits de homme » ; négociations officielles avec le Polisario/ accusation de « trahison de la Nation » pour ceux qui entrent en contact avec le Polisario ; proposition d'« autonomie »/ refus de la moindre expression libre pour les civils sahraouis ; protestations d'esprit d'ouverture et de liberté/musellement de la presse, fermeture de journaux et destruction de leur production, etc.
Mais les bons vieux alliés, les bons vieux parrains - France, Espagne, et peut-être aussi États-Unis, - ont dit « stop ! » « arrêtez les bêtises ! », « vous n'allez pas faire de Aminatou Haidar une martyr internationalement reconnue de la cause sahraouie !» Eh oui... ils avaient raison. Mais presser le Maroc de libérer Aminatou, de la laisser rentrer chez elle pour retrouver ses enfants, ça, ils n'y ont pas pensé semble-t-il. Non, ils ont préféré entrer dans un coup tordu, l'Espagne en tous cas s'y est prêtée : expulser Aminatou Haidar vers les Canaries, sans son passeport marocain, c'est-à-dire sans papiers d'identité, par un vol en pleine nuit. L'activiste sahraouie s'y est bien sûr opposée de toutes ses forces ; arrivée à Lanzarote le 14 novembre au matin, elle a d'abord refusé de descendre de l'avion, s'y est vu contrainte, mais est restée camper à l'aéroport, d'où elle affirme ne pas vouloir bouger tant qu'on ne lui permettra pas de rentrer chez elle. A minuit, cette nuit du 16 novembre, elle a entamé une grève de la faim.
Mme Claudina Morales, de la Coalition canarienne, a interpellé le Ministre des Affaires étrangères espagnol, Miguel Angel Moratinos, sur le rôle de son pays dans cette affaire. Elle a déclaré qu'il était "inconcevable que l'Espagne ait permis, en connivence avec le Maroc, l'expulsion sans document de l'activiste sahraouie et son entrée sur les îles Canaries, sans les permis pertinents".
Ce n'est pas sans rappeler une autre expulsion par le Maroc : un vendredi 13 aussi, en septembre 1991, Hassan II faisait sortir de prison Abraham Serfaty après 17 ans d'incarcération politique, et l'expulsait vers la France, proclamant qu'il n'était pas marocain mais brésilien... Certes, Abraham se revendiquait comme marocain, alors qu'Aminatou se revendique comme sahraouie, mais la méthode est curieusement la même, comme si le fils revenait marcher dans les pas de son père...

jeudi 20 août 2009

Belliraj : Un mouton sacrifié pour l'ouverture des frontières

Le gouvernement marocain est prêt à tout pour la réouverture des frontières avec l’Algérie.

Par : Collectif Diaspora Sahraouie,19/8/2009

A l’instar de son ami George Bush Junior, Mohamed VI a promulgué la loi relative aux interrogatoires et aux procès des terroristes présumés qui suscite l’hostilité des mouvements de défense des droits de l’homme. Sur fond de terrorisme, soupe de tonnerre dans le paysage politique, le ministère de l’intérieur, bénéficie d’une carte blanche.
Celui-ci a condamné, le 28 juillet, sans surprise, le citoyen belgo-marocain Abdelkader Belliraj à la détention à perpétuité par le tribunal antiterroriste de Salé, tandis que les six codétenus politiques ont été lourdement condamnés à des peines allant de 20 à 25 ans de prison. A l’énoncé du verdict, certains avocats ont eu les larmes aux yeux. Tandis que les familles, visiblement sous le choc, applaudissaient les juges en criant ironiquement : "Bravo la justice". "C’est une véritable catastrophe", commentait pour sa part le bâtonnier Abderrahim Jamai à la sortie du tribunal. "La justice a cédé aux pressions du ministre de l’intérieur et c’est proprement scandaleux", s’emportait Khalid Soufiani, lui aussi avocat de la défense.

La situation a été brillamment décrite, d’une façon ironique, par l’excellent blogueur Ibn Kafka, dans son article intitulé "
X-Files, Affaire Belliraj, quelques conseils à Chakib Benmoussa" :

"Si vous estimez que le Maroc est le plubopaysdumonde – traversé par
une révolution silencieuse – que seuls des nihilistes, enfants gâtés, bobos, islamo-gauchistes, séparatistes, chiites, Moulay Hicham, Abdelkader Belliraj, Bob Ménard, Ali Lmrabet, Gilles Perrault et Roger Lemerre oseraient critiquer, vous êtes exemptés de lire la suite.
Pour ceux qui estiment que dans un pays
classé 120e dans le Democracy Index de The Economist (juste avant le Rwanda et juste après l’Egypte, et largué par l’Irak et Haïti), placé juste après le Montenegro et avant le Mozambique dans le Global Integrity Report axé sur la corruption, 122e dans le classement Worldwide Press Freedom Index de RSF (juste après l’Algérie et juste avant Oman), 127e dans le classement 2008 du PNUD sur l’Indice de développement humain (juste après le Botswana et juste avant Sao Tomé e Principe), 74e sur 104 dans le classement Legatus de la prospérité mondiale et 82e dans le classement Environmental Performance Index (juste après le Népal, et juste avant la Roumanie), tout n’est pas rose, et que la responsabilité en incombe à l’autorité constitutionnelle suprême du pays, vous faites partie des 9% de Marocains à la solde de Tindouf et de Téhéran.
Vous vous rappelez sans doute de
l’affaire Belliraj, où vendeurs ambulants, leaders de partis politiques et MRE marginaux et délinquants auraient amassé des millions d’euros à des fins terroristes sans jamais commettre d’attentats – les meurtres mis au compte d’Abdelkader Belliraj, le MRE marocain – et informateur de la Sûreté de l’Etat belge – qui serait le cerveau de ce réseau remontent à près de vingt ans. Le réseau a une composition qui ressemble au rêve mouillé d’un éditorialiste du Matin du Sahara : duPSU au PJD en passant par deux mouvement islamistes mineurs, Al Manar et le Hezbollah. Ne manquent à l’appel que Bob Ménard, Ali Lmrabet, Moulay Hicham, le Polisario, l’AMDH et Boubker Jamaï pour que la dream-team soit au complet."

Ce présumé chef terroriste a nié catégoriquement la totalité des chefs d’inculpation retenus contre lui. Les accusés étaient poursuivis pour atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, association de malfaiteurs en vue de préparer et commettre des actes terroristes, meurtre avec préméditation, tentative d’homicide volontaire avec préméditation, vol qualifié et tentative de vol qualifié et détention illégale d’armes et d’explosifs. Des accusations que Abdelkader Belliraj a catégoriquement niées au même titre que d’avoir contribué à faire passer des armes pour le Front islamique du salut (FIS dissous).
Parmi les accusés figurent des chefs de partis islamistes modérés dissouts par les autorités marocaines. Certains entretenaient des liens avec des associations de défense des droits de l’homme.

Il avait été arrêté le 18 février 2008 au Maroc avec 33 membres de son réseau. D’après la presse marocaine de l’époque, ils étaient sous surveillance depuis plusieurs années mais le réseau aurait été démantelé car ils prévoyaient une série d’attentats. Quelques mois plus tard, Abdelkader Belliraj aurait avoué avoir commis les crimes dont il est accusé, mais il s’est ensuite rétracté car ses aveux auraient été arrachés sous la torture. Au cours du procès, il a nié tous les faits qui lui sont reprochés. Le 1er juin dernier, le procureur avait requis la peine capitale contre lui.
La justice belge a exprimé ses réserves sur cette "condamnation pour des faits autres que ceux jugés au Maroc qui ont mené à sa réclusion à perpétuité. La justice belge a demandé une copie conforme de cette condamnation à la justice marocaine". Il est évident que les autorités belges voient dans cette affaire un montage dont ils ignorent les causes et dont la victime n’est ni plus ni moins que l’un des meilleurs informateurs des services de sécurité belge et dont les informations ont permis, dans le passé, de déjouer une opération terroriste dans un pays européen dont le nom a été soigneusement gardé en secret pour des raisons de sécurité.

L’ironie est que, avec ce procès ultra médiatisé, ils n’ont pas convaincu les autorités algériennes de l’efficacité de la police marocaine et la nécessité d’ouvrir les frontières et ainsi offrir leurs services pour empêcher le trafic d’armes destinées aux criminels de l’AQIM opérants en Algérie.

Le malheureux Belliraj a été le mouton sacrifié dans le but de charmer les autorités algériennes. Encore un échec dans les tentatives marocaines d’imposer le statu quo au Sahara Occidental en faisant semblant de normaliser les relations avec l’Algérie. Mais celle-ci a encore fait preuve que sa politique est basée la légalité internationale et toute normalisation ne pourra se faire au détriment des souffrances du peuple sahraoui.