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samedi 12 juillet 2014

Maroc : L'AMDH a recensé 317 cas de détentions politiques en 2013




Le 13 mai, un rapport d’Amnesty a épinglé le gouvernement sur la poursuite du recours à la torture. Le 18 juin, un document de l’AMDH sur la situation des droits de l’Homme accuse l’exécutif de maquiller les arrestations politiques en infractions de droit commun. L’ONG marocaine a enregistré, durant l’année dernière et les premiers mois de 2014, 317 cas de détentions politiques.

L’AMDH vient de présenter, aujourd’hui à Rabat, son nouveau rapport sur la situation des droits de l’Homme au Maroc. Un document qui s’inscrit complétement en faux avec le discours officiel véhiculé par le gouvernement Benkirane. L’ONG dénonce la poursuite du recours aux détentions d’opposants politiques, notamment au sein des membres du Mouvement du 20 février, les adeptes de la Salafia jihadia et les Sahraouis qui soutiennent les thèses du Polisario.

317 détenus politiques au Maroc
Pour l’association présidée par Ahmed El Haïj, ces arrestations sont souvent justifiées, officiellement, par des infractions de droit commun, tel le trafic de drogue, l’entrave à la circulation dans la voie publique ou l'atteinte à un corps constitué. Et c’est sur la base de ces accusations qu’ils sont poursuivis et ensuite condamnés par la justice à des peines d’emprisonnement.
Durant 2013 et les six premiers mois de 2014, l’AMDH a recensé 317 cas de détentions politiques, bien que la majorité ait été libérée au cours de la même année. L’ONG a également signalé la poursuite des disparitions forcées, toutefois sans apporter de preuves corroborant sa version. Dans son rapport de l’année dernière, l’AMDH avait enregistré trois cas d’enlèvements. L’ONG est revenue dessus en rappelant que les familles de plusieurs opposants disparus durant les années 60, 70, 80 et 90,  attendent toujours de connaitre le sort et les tombes de leurs proches.

La torture, l’AMDH sur la même longueur d’onde qu’Amnesty
La torture a constitué un moment phare de la présentation du rapport de l’AMDH sur les droits au Maroc. Fidèle à sa position, l’association a critiqué l’approche du tout sécuritaire adoptée par le gouvernement sur cette question. L'ONG a relevé qu'auparavant, il refusait d’ouvrir des enquête sur les allégations de torture exprimées par certains détenus. Maintenant après le forcing d’ONG nationales et internationales, notamment après la publication du rapport d’Amnesty, l’exécutif a changé de tactique mais sans changer pour autant de position. Selon l’AMDH, le gouvernement mène, depuis le 13 mai, une campagne de pression visant les détenus pour qu’ils retirent leurs plaintes contre des agents d’autorité, auteurs des tortures.
Le cabinet Benkirane, par le biais de son ministre à la Justice, Mustapha Ramid, a menacé les auteurs de « plaintes mensongères » de torture de poursuites judiciaires. Une menace mise, d'ailleurs, à exécution avec la poursuite en justice du jeune Oussama Hassan, actuellement en détention. Un cas qui n'est pas isolé puisque à Tanger, un homme appartenant au PADS et une femme issue des rangs d'Annahj Addimocrati, pourraient subir le même sort.


Mohammed Jaabouk Copyright Yabiladi.com


http://yabiladi.com/articles/details/26955/maroc-l-amdh-recense-detentions-politiques.html

Disparition d' Aboubakr Elkhamlichi

Le camarade Aboubakr Elkhamlichi a été enlevé cet après-midi de chez lui par des "policiers" en civil. Jusqu'à présent, la police nie l'effet. Aux commissariats, on répond aux avocats, aux militants des droits humains, aux militants d'ANNAHJ ADDIMOCRATI...qu'ils n'ont pas le camarade et qu'ils n'ont pas d'informations/explications à fournir.
- Aboubakr est un ancien dirigeant d'ILAL AMAM, l'organisation marxiste léniniste marocaine.
- Il a été enlevé en 1985, passé par des centres de torture et condamné à des années de prison
- Ex syndicaliste (avant sa retraite)
- Il est l'un des fondateurs d'ANNAHJ ADDIMOCRATI
- Secrétaire local de la section de Tanger
- Grand défenseur des droits des subsahariens et autres "étrangers" au Maroc
- Grand militant associatif
- L'un des pivot de la solidarité active avec les résistance populaire en général et avec les ouvrières en particulier
......etc
Dénonçons l'offensive makhzenienne contre ANNAHJ: le paysan Ahmed, le jeune Hicham....
Ali Fkir, Mohammedia le 10 juillet 2014 à 19h52

La police et la justice du Makhzen encerclent « Demain online » et Ali Lmrabet


Lmrabet Daech

Le militant amazigh Omar Louzi vient de nous envoyer un texte dans lequel il raconte comment il a été approché par la police qui cherche à coincer le journaliste Ali Lmrabet et le site Demain online. Nous le publions tel quel.

Il faut dire que cette poussée de fièvre n’est pas fortuite. Elle survient après la publication par Demain online d’informations mettant à bas une opération à grande échelle menée par le régime contre l’ex-capitaine Mustapha Adib après l’affaire du général Abdelaziz Bennani.
Demain online a pu prouver que la presse marocaine dans sa quasi totalité avait menti quand elle avait assuré que l’ex-officier de l’armée de l’air, qui habite aujourd’hui en France, avait tenté de pénétrer de force dans la chambre du général Bennani à l’hôpital du Val-de-Grâce, et qu’il n’avait insulté personne comme l’avaient affirmé en choeur les suiveurs du Makhzen.
Demain dérange le régime de Mohamed VI, c’est sûr. Mais ce site n’a pas été créé pour plaire, et les problèmes, les campagnes de diffamation, les harcèlements, les menaces, etc…, la prison, et même la mort, ne nous font pas peur.

Début du texte : 
Aujourd’hui, 10 juillet 2014, vers 11h du matin, deux flics en civil, se sont présentés à mon domicile pour me remettre une convocation … Ils m’ont fait savoir que le chef du commissariat du 4ème arrondissement de police de Salé, me convoque pour une affaire urgente.
Une demi-heure après, je me présente au commissariat en question.
Le Commissaire me reçoit et un interrogatoire en bonne et due forme commença qui a duré 2 heures.
J’ai demandé à connaître l’objet de la convocation. Le commissaire me répond qu’il s’agissait d’une plainte de la DGSN (Direction générale de la sûreté nationale) concernant un article sur Demain online. et qu’ils voulaient savoir si c’était moi l’auteur de cet article.
Le commissaire était incapable de me dire de quel article il s’agissait.
Il commence à me poser des questions sur mes activités politiques, syndicales et associatives … et enfin il me sort le PV signé il y a quelques mois par Mourad Borja, directeur de l’agence de presse AicPress, dans lequel on lui a posé les mêmes questions. Et voici les questions/ réponses entre moi et le commissaire concernant Demain online :
Le commissaire : Travailles-tu pour Demain online?
Omar Louzi : Non.
Le commissaire : Connais-tu Mourad Borja?
Omar Louzi : Non, je ne l’ai jamais rencontré.
Le commissaire : Connais-tu Ali Lmrabet?
Omar Louzi : Oui, je le connais comme le connaissent tous les Marocains?
Le commissaire :  Est-ce que c’est ton ami?
Omar Louzi :  Non
Le commissaire :  Quelle est ta relation avec lui?
Omar Louzi : La relation d’un citoyen avec un journaliste indépendant.
Le commissaire : c’est quoi journaliste indépendant?
Omar Louzi : Un journaliste libre qui ne travaille pour personne; ce qui l’intéresse c’est d’informer le citoyen.
Le commissaire : » Meziane ! (Traduction : Très bien). Es-tu l’auteur de l’article sur Demain online.
Omar Louzi : Quel article?
Il se rend compte que sa question n’a pas de sens puisque il n’a aucun article à me faire voir et il ajoute : » Tu n’as jamais écris un article sur Demain online? »
Omar Louzi : Non.
Fin de l’interrogatoire. Durant l’interrogatoire, le commissaire a eu toute la peine du monde à faire fonctionner son matériel informatique déglingué.
Il finit par tirer six exemplaires du PV et me les tend. Je les lis et je signe. Il appelle un de ses collaborateurs et lui dit : « Tu vas amener tout de suite un exemplaire au procureur du Roi du Rabat et un autre exemplaire à la DGSN ».
Le commissaire, me demande mon GSM et me demande de rester disponible ces prochains jours, car peut-être il y aura du nouveau dans l’affaire.
Omar Louzi
Fin du texte.
Il faut dire que quand la police veut travailler, elle travaille. Ainsi, elle n’a pas encore retrouvé les trois policiers de Tétouan qui ont agressé et cambriolé le journaliste Ali Lmrabet, en lui soutirant sa carte d’identité et un billet de 200 DH, il y a exactement deux ans en plein centre ville de Tétouan.
En dépit d’une déclaration solennelle du ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi sur Al Jazeera annonçant que le ministre de la justice El Mostafa Ramid avait diligenté une enquête pour savoir pourquoi toutes les plaintes d’Ali Lmrabet ne sont jamais traitées par la police et la justice, rien n’a été fait.
Faute d’instructions et de taâlimates, le procureur du roi à Tétouan, et la police, secrète et pas secrète, n’ont toujours pas entendu ni arrêté les trois policiers qui ont été parfaitement identifiés.
Sans parler de la terrasse de la maison où réside le  journaliste à Tétouan qui a été investie par le caïd local avec dix-sept fonctionnaires dont des agents secrets.
Enfin, comme Ali Lmrabet n’a ni compte bancaire en Suisse, ni de châteaux et d’appartements en France ou sur la Costa del Sol, en Espagne, ne boit pas, ne fume pas, ne fréquente ni des bars ni des putes (certaines sont honorables, il faut le dire!), ne « consomme » pas des petits garçons, n’est pas un trafiquant de drogue, ne vend pas des billets de match à la sauvette, n’a été corrompu par personne (et ben oui, et cela en dépit des enquêtes menées par toutes les polices du royaume heureux, civiles et militaires, au Maroc et à l’étranger, avec souvent la complicité de polices locales), et n’a même pas eu droit à une petite référence sur Wikileaks, le Makhzen de Mohamed VI ne sait plus comment s’y prendre avec lui pour le remettre en taule. Le faire taire définitivement.
Alors, on cherche la petite bête. S’en prendre à Omar Louzi, dont nous avions relaté la mésaventure avec les services secrets de « Sidna », ou au photographe Mourad Borja qui n’est lié avec nous ni de près ni de loin, à part pour quelques photos.
Car, même si Demain est interdit au Maroc et que Ali Lmrabet a été interdit par Mohamed VI de l’exercice de sa profession de journaliste pour dix ans au Maroc, une peine unique sur la planète terre, ils ne sont ni Daech, ni L’Etat islamique ni Aboubakr El Baghdadi.
Demain a été attaquée une vingtaine de fois par les hackers du Makhzen. La dernière fois il y a quelques jours, une attaque qui , au passage, a cramé l’ordinateur personnel de Lmrabet.
Mais, ils peuvent attaquer le site autant qu’ils le veulent, cramer autant d’ordinateurs qu’ils le peuvent, l’important est et reste ailleurs.
Demain

Toujours d'actualité :Torture au Maroc : la France prête à tout pour Sa Majesté ?

par Le Point.fr, 25/02/2014

La convocation à Paris du chef du contre-espionnage marocain pour "complicité de torture" a scandalisé le royaume, obligeant la France à jouer l'apaisement.



Le président François Hollande, avec au second plan le roi du Maroc Mohammed VI, lors de l'intronisation du président malien Ibrahim Boubacar Keïta, à Bamako, en septembre 2013.
Le président François Hollande, avec au second plan le roi du Maroc Mohammed VI, lors de l'intronisation du président malien Ibrahim Boubacar Keïta, à Bamako, en septembre 2013. © GOUHIER-POOL / SIPA
La relation paradisiaque qui lie la France et le Maroc s'est nettement assombrie la semaine dernière, après la convocation, jeudi, par la justice française du chef de la DST marocaine, Abdellatif Hammouchi. De passage à Paris, le responsable marocain a été retenu plusieurs heures en vertu d'une plainte pour "complicité de torture" déposée en mars 2013 par l'ONG Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (ACAT).
À l'origine, un ressortissant franco-marocain, Adil Lamtalsi, arrêté en 2008 par la police marocaine puis condamné pour un crime de droit commun (trafic de stupéfiants, NDLR). Transféré dans le funeste centre de détention secret de Témara, aux mains de la Direction générale de la surveillance du territoire marocain (DGST), il affirme avoir subi de nombreux sévices avant de passer aux aveux. D'après le dépôt de plainte que Le Point.fr a pu consulter, Adil Lamtalsi "est resté attaché les yeux bandés et a été privé de sommeil tout au long de sa garde à vue".

Électrocuté

"Entre cinq et huit personnes l'ont frappé avec un bâton sur la plante des pieds, les mains, le visage, les organes génitaux, la colonne vertébrale, révèle le document. Il a été électrocuté à plusieurs reprises, suspendu par les pieds pendant une heure à plusieurs reprises. On lui a également plongé la tête et les épaules dans un grand seau d'eau."
"Il existe au Maroc un recours systématique à la torture et aux traitements inhumains et dégradants visant à obtenir des aveux rapides dans tout dossier compliqué", affirme au Point.fr maître Joseph Breham, qui défend Adil Lamtalsi depuis son transfert en France, en mai 2013. "Mon client a été tellement torturé qu'un des policiers présents lors de l'interrogatoire a pris des photos, puis les lui a passées", précise l'avocat.

Rencontre avec Manuel Valls

Quelle ne fut pas sa surprise d'apprendre, jeudi dernier, qu'Abdellatif Hammouchi, mis en cause dans la plainte, était de passage à Paris, où il accompagnait le ministre marocain de l'Intérieur lors d'une rencontre avec Manuel Valls. "Nous nous sommes alors empressés de contacter la juge d'instruction du TGI de Nanterre, car c'était la seule occasion qu'Abdellatif Hammouchi soit entendu par la justice française", explique Hélène Legeay, responsable des programmes Maghreb-Moyen-Orient de l'ONG ACAT.
La juge Sabine Kheris se jette sur cette occasion inespérée. À sa demande, sept policiers investissent le jour même la résidence de l'ambassadeur du Maroc en France pour remettre une convocation au directeur général de la surveillance du territoire marocain. L'affaire s'emballe. Furieux, le royaume du Maroc convoque dans la foulée l'ambassadeur de France à Rabat. Déplorant un "incident rare et inédit", le royaume rejette "catégoriquement les accusations" portées contre Abdellatif Hammouchi.

Séparation des pouvoirs

Déterminé à éteindre ce qui ressemble de plus en plus à un incident diplomatique, le Quai d'Orsay publie alors un communiqué demandant que "toute la lumière soit faite" sur cet "incident regrettable". Si, de source proche du dossier, on assure que la juge Sabine Kheris poursuit sereinement son instruction, la responsable d'ACAT estime que le communiqué de la diplomatie française "met à mal le principe de séparation des pouvoirs". "Comment une émanation du pouvoir exécutif peut-elle ainsi s'immiscer dans les affaires de la justice ?" s'interroge Hélène Legeay.
En outre, maître Joseph Breham rappelle que le Quai d'Orsay a été contacté au préalable par le parquet - alors qu'il n'était pas obligé de le faire - pour savoir si Abdellatif Hammouchi bénéficiait d'une immunité diplomatique. Or, en tant que simple fonctionnaire, le chef de la DGST n'est pas couvert en France. Contacté par nos soins, le ministère des Affaires étrangères rejette toute accusation d'ingérence.

Osmose franco-marocaine

"La résidence de l'ambassadeur du Maroc (investie par la police française, NDLR) est protégée en vertu des conventions de Vienne, et à ce titre des vérifications sont nécessaires", souligne Romain Nadal, porte-parole du Quai d'Orsay. Et le diplomate de rappeler que son ministère est "dans son rôle lorsqu'il fournit au Maroc toutes les explications nécessaires et rappelle la solidité des liens qui unissent nos deux pays". Il est vrai que les relations franco-marocaines étaient, jusqu'ici, au beau fixe.
La France est en effet le premier partenaire commercial du Maroc, le volume des échanges ayant atteint huit milliards d'euros en 2012. "Outre les relations économiques, il n'existe aucun pays au monde avec lequel les élites françaises possèdent autant d'osmose", souligne Pierre Vermeren*, historien du Maghreb contemporain à l'université Paris-I, ce qui plaide pour une certaine "stabilité" entre les deux pays.

Le silence de la France

Si le Maroc a pu échapper au Printemps arabe, c'est toutefois grâce à une modification a minima de la Constitution décidée par le roi, ainsi que la tenue de législatives anticipées. "Le discours officiel du Maroc est de dire que le roi, par sa capacité politique, a absorbé le Printemps arabe", rappelle le spécialiste Pierre Vermeren. "Or, il l'a davantage contourné." Car, en matière de droits de l'homme, la situation dans le royaume ne s'est pas améliorée.
Bien au contraire, en dépit des réformes, le "Makhzen" (régime marocain) n'a fait que renforcer sa mainmise sécuritaire sur le pays. "Nous avons clairement assisté à un durcissement du régime sur les opposants politiques qui sont soumis à une surveillance policière systématique, si ce n'est des actes de tortures, d'après les ONG", poursuit Pierre Vermeren. Des violations répétées des droits humains qui n'émeuvent pas la France outre mesure. "Paris se tait, au nom de la précieuse amitié qui le lie au royaume", s'insurge Hélène Legeay.

Javier Bardem s'en mêle

La querelle diplomatique aurait pu en rester là, si une star d'Hollywood ne s'en était mêlée. À l'occasion de la sortie de "Les Enfants des nuages, la Dernière colonie", un documentaire sur la crise du Sahara occidental - une ancienne colonie espagnole contrôlée depuis 1976 par le Maroc mais revendiquée par des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par l'Algérie -, l'acteur espagnol Javier Bardem a fermement critiqué l'attitude "inacceptable" de la France sur cet épineux dossier. Autrement dit, le soutien inconditionnel de Paris au royaume, au détriment des militants du Front Polisario, tout autant persécutés par Rabat que les dissidents politiques marocains.
Ainsi, l'acteur espagnol en a profité pour rapporter des propos prêtés en 2011 à l'ambassadeur de France à l'ONU. "L'ambassadeur de France aux Nations Unies, Gérard Araud, qu'on a rencontré en 2011, nous a dit que le Maroc est une maîtresse avec laquelle on dort toutes les nuits, dont on n'est pas particulièrement amoureux mais qu'on doit défendre. Autrement dit, on détourne les yeux."

Coup de téléphone de Hollande

Si le Quai d'Orsay a immédiatement démenti, Rabat s'est insurgé contre des propos "scandaleux", "inadmissibles" et "humiliants", et a décidé unilatéralement de reporter la visite au Maroc, prévue lundi, de Nicolas Hulot, l'envoyé spécial de François Hollande pour la planète. Une réponse "assez inamicale" du Maroc, pointe Pierre Vermeren, qui illustre d'après lui "l'irritation croissante du royaume" à l'égard de Paris. Il faut dire que le récent rapprochement initié par François Hollande avec l'Algérie, qui cultive avec le Maroc une aversion réciproque, n'est pas pour plaire à Rabat, d'autant qu'il rend de plus en plus intenable la position française sur le Sahara occidental.
Pour définitivement clore ce chapitre houleux, François Hollande a pris l'initiative lundi soir de téléphoner au roi Mohammed VI pour apporter des "clarifications". À en croire le palais royal, les "relations d'exception" qui lient les deux pays vont pouvoir reprendre. Mais pour combien de temps encore ?

(*) Pierre Vermeren, auteur de Le Maroc de Mohammed VI : la transition inachevée (La Découverte-Poche).

Le Complexe universitaire de Fès au Maroc vit sous contrôle et interventions musclées des forces de police

زلزلت حناجر طالبات الحي الجامعي الثاني بالمركب الجامعي ظهر المهراز في اولى...
fes24.com|Par ‎فاس24‎
Le Complexe universitaire de Fès au Maroc vit sous contrôle et interventions musclées des forces de police depuis toujours. tantôt les arrestations et matraques contre les étudiants, tantôt ce sont les milices intégristes qui s'en chargent, pour organiser les raids paramilitaires contre les étudiants et leur syndicat l'UNEM.

Pourquoi dit-on? tout simplement les étudiants du campus sont attachés à leur organisation syndicale l'UNEM et à leurs responsables syndicaux appartenant à la mouvance des Basistes. Le syndicat UNEM est d'orientation progressiste dans un pays administré par un régime réactionnaire et un gouvernement religieux et intégriste.
L'étudiant en grand plan sur la photo ci-dessus est en grève de la faim depuis plus de 30 jours et réclame son droit aux études universitaires. Il est arrêté dans un état lamentable au lieu de l'inscrire tout simplement.
L'enseignement supérieur n'est pas un droit garanti aux fils et filles des masses populaires, le diplôme d'accès ( Baccalauréat ) est remis en cause par les ministères successifs et ne donne pas automatiquement droit à l'inscription et la poursuite des études.
Le ministre de l’enseignement a même chassé les étudiants de la cité universitaire de Meknès en cette période d'examens, pour assurer le séjour estival aux membres de son parti au gouvernement.
Les étudiants à Fès portent de plus en plus de traces de matraques policières sur leur corps.
Du côté du régime et de son gouvernement religieux l'heure est au démantèlement de l'Université. Le ministre de tutelle s'en est même pris aux diplômés de Licence en matière de sciences humaines qu'il considère comme fardeau sur sa société. Par les violences physiques et morales et les arrestations dans les rang des étudiants de Fès et des militants,  le régime souhaite arriver au bout de ses projets ( détruire l'Université dans la ville scientifique du royaume...).
Toutes les forces politiques confondues plébiscitent chacun à sa manière le projet dangereux contre l'Université au Maroc et l’enseignement en général, dicté au plus haut rang des sphères financières mondiales à un régime qui ne peut être que sanguinaire.
fes24.com

Visite de Felipe VI au Maroc : Amnesty interpelle le souverain espagnol


Par Pauline Bussy, Yabiladi, 10/7/2014

Felipe VI en visite d'Etat au Maroc lundi prochain.
 
Le site d’information en ligne espagnol Eleconomista.es, révèle qu’Amnesty International (AI) a transmis une lettre au roi Felipe VI, afin qu’il aborde le sujet de la protection des droits de l’homme lors de son voyage au Maroc. Lundi prochain, l'ancien prince des Asturies rencontrera le roi Mohammed VI dans le cadre sa tournée officielle en tant que nouveau souverain d’Espagne. Amnesty International réclame des éclaircissements dans les affaires d’Ali Aarrass et Ali Anouzla, deux cas jugés préoccupants.
Ali Anouzla a été interpellé en septembre dernier pour avoir publié un lien vers une vidéo d’Aqmi sur son site antisystème « Lakome.com ». Après avoir été libéré après un mois et demi d’emprisonnement, le journaliste est toujours sous le coup d’une enquête. Quant à Ali Aarrass, un Belgo-marocain, il a été condamné à 15 ans de prison après avoir avoué des faits sous la torture, explique AI.
Selon un rapport accablant, le Maroc apparait comme un mauvais élève en matière de respect des droits de l’Homme. Les autorités se sont engagées à faire des efforts dans ce domaine. En attendant, l’association fait encore état d’un usage excessif de la violence contre les manifestants, de la pratique de la torture en détention, de l’emprisonnement systématique des journalistes qui critiquent le monarchie, et de la restriction de la liberté d’expression au Sahara Occidental.

Copyright Yabiladi.com

http://yabiladi.com/articles/details/27622/visite-felipe-maroc-amnesty-interpelle.html

La Suisse voudrait délocaliser ses prisons à l’étranger, le Maroc dans le viseur !



Par Larbi Amine, Le Mag, 7/7/2014
Berne : Pour lutter contre la surpopulation carcérale et parce que construire de nouvelles prisons sur son sol, lui coûterait extrêmement cher, la Suisse considérerait avec grand intérêt un projet de délocalisation de ses prisons sous des cieux bon marché, le Maroc serait dans la ligne de mire !!


En effet, un débat est en cours au sein de la classe politique suisse, sur le sujet de délocaliser vers l’étranger, des services carcéraux suisses.
Selon le site suisse Le Matin, la Confédération Helvétique ne disposant actuellement que d’une maigre capacité carcérale, correspondant à 8 places pour 10.000 habitants, lorgnerait l’étranger pour deux options :

- Y construire des prisons bon marché dans des pays où les coûts de constructions et les salaires des personnels sont moindres.

- Obtenir des places pour les emprisonnés suisses et binationaux dans des centres pénitenciers étrangers à faible coûts.

Dans cette 2ème catégorie, le Maroc serait une option faisable. Selon le site suisse, le conseiller d’Etat genevois, Pierre Maudet, qui était récemment en visite au royaume, serait le porteur de ce projet. Maudet proposerait en première étape,  reconduire des criminels marocains et des binationaux maroco-suisses, vers les prisons du royaume. Cette option serait également possible avec le Kosovo.


LIBERTÉS INDIVIDUELLES: QUID DE L’ARTICLE 222?


Par illionweb, 27/7/2014


10013966_10152351680695522_662981327_nL’article 222 du Code pénal marocain prévoit que : « Celui qui, notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du Ramadan, sans motif admis par cette religion, est puni de l’emprisonnement d’un à six mois » ainsi que d’une amende. A cet effet, une conférence de presse a eu lieu dernièrement dans les locaux de l’AMDH. 

Plus de détails avec Ibtissam Lachgar, co-fondatrice du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (M.A.L.I). 

Qui est exactement derrière l’appel à l’abrogation de l’article 222? 
M.A.L.I depuis 2009 rejoint par de nombreuses associations, mouvements et indépendants comme  le conseil des ex-musulmans Maroc lors de notre conférence de presse.
 
Chaque année, à l’approche du ramadan, vous lancez cet appel. Ne pensez-vous pas que c’est devenu le marronnier des libertés individuelles, et que l’opinion public finira par se désintéresser?
En ce qui concerne M.A.L.I le combat pour les libertés individuelles dure toute l’année, mais il est symboliquement marqué lors des occasions, périodes données ou faits marquants ( journée mondiale, Ramadan, affaire médiatisée etc). Si l’opinion public se désintéresse des victimes des lois liberticides et autres méthodes fascistes, cela serait désolant pour un éventuel changement des mentalités. Nous refusons la dictature religieuse. Le mois de Ramadan est la partie visible de l’iceberg.
 
Êtes-vous derrière l’appel pour la liberté de conscience des enfants? Profitez vous de la question du jeûne pour élargir le débat sur le poids de la religion sur les libertés individuelles? 
Oui nous sommes un groupe de jeunes dont nombre de membres de M.A.L.I a appelé à la liberté de conscience. Celle des enfants n’est pas respectée, l’enfant né de facto musulman à vie. Une religion lui est imposé, l’enfant devenu adulte est dépossédé de son libre-arbitre, infantilisé et ne peut effectuer ses choix de vie.

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Condamnés pour avoir bu de l’alcool pendant ramadan

Par Christophe Sidiguitiebe, TelQuel, 9/7/2014

Condamnés pour avoir bu de l’alcool pendant ramadan
La vente de l'alcool est interdite pendant le mois de ramadan. Crédit : AFP

Deux Marocains accusés d’ébriété en plein jour pendant le mois de ramadan écopent de six mois de prison.

Deux citoyens marocains ont été condamnés à six mois de prison par le tribunal de première instance de  Souk el Arbaâ de Gharb. Les deux accusés ont été reconnus coupables d’« ivresse et d’avoir rompu ouvertement le jeûne pendant le ramadan sans autorisation légale », et l’un d’eux a été accusé de possession et de trafic de boissons alcoolisées, révèle l’agence espagnole EFE, mardi 8 juillet. Les deux personnes, âgées de 24 et 37, ans ont fait appel à leur condamnation.
Les faits se sont produits le 2 juillet. Les deux individus, sans emploi et disposant de casiers judiciaires, buvaient de l’alcool près de la rivière Sbou et sont ensuite entrés dans un souk public en état d’ébriété. Toujours selon l’agence, c’est devant l’indignation des clients du souk et le comportement violent de l’un d’eux, qui se serait blessé avec un couteau dans le but d’effrayer ceux qui les réprimandaient, que la gendarmerie royale a procédé à leur arrestation.
L’article 222 du Code pénal prévoit que : « Celui qui, notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps du ramadan, sans motif admis par cette religion, est puni de l’emprisonnement d’un à six mois » ainsi que d’une amende.




Des Marocains en prison pour avoir mangé et bu de l’alcool pendant le ramadan

Par Jalil Laaboudi, Bladi.net, 5 /7/ 2014
Des Marocains en prison pour avoir mangé et bu de l'alcool pendant le ramadan

Cinq jeunes marocains ont été condamnés vendredi à six mois de prison ferme chacun pour ivresse sur la voie publique et pour avoir mangé en plein Ramadan par le tribunal de première instance de Souk El Arbaa du Gharb, à une quarantaine de kilomètres au nord de Kénitra.

Les accusés ont été arrêtés en flagrant délit par des éléments de la gendarmerie royale à Sidi Allal Tazi, commune rurale de la région de Souk El Arbaa, alors qu’ils sirotaient du vin et mangeaient en plein public pendant le mois de Ramadan.
Le juge qui a prononcé la sentence a affirmé à l’issue de ce procès que si la législation le lui permettait, il aurait condamné les jeunes Marocains à des peines beaucoup plus sévères. Actuellement, au Maroc, tout musulman coupable d’avoir mangé en pleine période de jeûne, est puni de l’emprisonnement d’un à six mois et d’une amende de 12 à 120 dirhams.
A Rabat, un jeune marocain de 19 ans avait été condamné à trois mois de prison pour avoir fumé une cigarette dans la rue. Devant le parquet, il avait répondu au magistrat qu’il ne faisait qu’exercer sa liberté individuelle.

Des Marocains revendiquent le droit manger en plein public pendant Ramadan

Ce droit de manger en plein public pendant le mois de Ramadan, les membres du Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles (MALI) et le mouvement dénommé "le conseil des anciens musulmans", l’ont encore revendiqué cette année à Rabat, à la veille du mois de Ramadan 2014. Les militants considèrent qu’en tant que citoyens marocains non musulmans, ils devraient être autorisés à rompre le jeûne en public sans être inquiétés par les autorités, ni d’ailleurs pas les citoyens.
D’après l’hebdomadaire Al Ayam, une nouvelle unité de police créée récemment au Maroc, aurait notamment pour mission de traquer les adultes qui mangent en plein public pendant le mois de Ramadan. L’information a été vivement démentie par les autorités.

HRW demande au Maroc de ne plus poursuivre les homosexuels

TelQuel, 7/7/2014

HRW demande au Maroc de ne plus poursuivre les homosexuels

HRW demande au Maroc de plus poursuivre les homosexuels

  « Le gouvernement marocain devrait cesser de poursuivre des personnes en justice pour homosexualité », demande officiellement dans un communiqué daté du lundi 7 juillet Human Rights Watch (HRW).
L’ONG américaine Human Rights Watch (HRW) réagit à la confirmation en appel de peines de prison ferme prononcées à Fqih Bensalah contre six citoyens poursuivis pour homosexualité. Sarah Leah Whitson, responsable Moyen-Orient et Afrique du Nord à HRW, exhorte le Maroc à changer sa législation :
 Si le Maroc aspire à devenir un leader régional en matière de droits humains, il devrait prendre l’initiative d’abolir certaines de ses lois qui établissent une discrimination à l’égard de certaines activités entre adultes consentants pour la seule raison qu’ils sont du même sexe.
Selon HRW, la criminalisation de l’homosexualité « constitue une violation de droits humains fondamentaux qui sont protégés par le droit international ».
 L’ONG fonde son argumentaire sur le fait que le Maroc est signataire du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).

 Elle note également que la Constitution marocaine s’engage à « bannir et combattre toute discrimination à l’encontre de quiconque, en raison du sexe (…) ou de quelque circonstance personnelle que ce soit ».

 HRW s’interroge sur « l’équité des procédures »

Pour rappel, six personnes inculpées pour homosexualité en mai 2014 ont été condamnées à des peines allant jusqu’à trois ans de prison (la peine maximale prévue par l’article 489 du code pénal, ndlr) et à l’expulsion de la ville au terme de leur détention.

 Ces verdicts ont été en partie confirmés le 2 juillet devant la Cour d’appel, qui « a réduit les deux peines de prison les plus longues, a assorti de sursis les autres peines de prison et annulé les mesures de bannissement », relève HRW.
L’ONG américaine soulève par ailleurs des interrogations sur « l’équité des procédures ». « La Cour d’appel n’a appelé aucun témoin à la barre et n’a examiné aucun autre élément de preuve, et lors de l’audience, tous les accusés ont nié être homosexuels », estime HRW qui cite la défense des condamnés.
(avec AFP)
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Le mouvement berbère au coeur des luttes démocratiques marocaines








Le mouvement berbère marocain ne porte plus seulement des revendications culturelles et identitaires. Parties prenantes du Printemps de 2011 et actifs dans différentes luttes sociales de ces dernières années, les Amazighs veulent maintenant trouver leur place dans les forces du changement à l’œuvre au Maroc.
 


En novembre 2013, deux regroupements d’associations voient le jour : la Fédération nationale des associations amazighes (FNAA) et la Coordination nationale amazighe (CNA). Chacune entend regrouper les 900 associations que compte le mouvement berbère qui recrute largement dans un pays en majorité berbérophone dont le quart le serait exclusivement. Si la FNAA, dans son texte fondateur, met l’accent sur des revendications culturelles et identitaires proprement amazighes1, la CNA se propose d’emblée d’œuvrer à l’édification d’un Maroc fédéral et laïc. Une différence de taille dans la «  hiérarchisation  » de leurs objectifs qui témoigne du virage que prend le vigoureux mouvement amazigh marocain et des défis qui sont devant lui.

Deux combats inséparables

Certes, les revendications culturelles et linguistiques berbérophones ont été, dans une certaines mesure, prises en compte par le pouvoir. Dès 2001, le roi Mohammed VI, dans son discours dit «  d’Ajdir  », a reconnu l’existence de l’ «  amazighité  » et créé l’Institut royal de la culture amazigh. Avant 2011, date de l’inscription dans la nouvelle Constitution de la composante amazighe de l’identité marocaine, le mouvement a remporté des succès, à l’instar de la création en 2010 de Tamazight, une chaîne de télévision publique chargée de présenter la culture amazighe. Malgré tout, le scepticisme reste de mise chez les plus militants : «  Rien n’a été réalisé et on attend toujours la mise en œuvre pratique de l’officialisation de la langue2 et de la culture  », résume Ahmed Assid, intellectuel et écrivain, une des figures de proue du mouvement qui a publié en 2010 Lettres à l’élite marocaine.
Pour autant, même s’il reste beaucoup à faire pour concrétiser les concessions consenties sur la langue et la culture berbère, Assid, comme de nombreux autres militants, refuse de circonscrire la lutte aux seuls revendications culturelles. Il s’est aussi fait connaître de l’opinion marocaine par ses nombreuses polémiques avec les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD) qui dominent au gouvernement comme avec les partisans d’une monarchie «  forte  ». Berbériste, il défend l’établissement d’une démocratie politique sans restriction et la consécration effective des libertés individuelles.
Son avis, partagé par de nombreux militants et chercheurs, est que les deux combats sont inséparables. Le mouvement amazigh s’est construit au cours des années 1970 contre les valeurs mises en avant tant par la monarchie que par les islamistes et par les vieux partis marocains, les «  historiques  », plus ou moins proches de l’idéal panarabe. Confrontés à ces acteurs politiques qui défendent une histoire officielle construite autour de l’identité arabo-islamique, les militants amazighs ont proclamé leur attachement à «  un Maroc pluriel  » selon les mots de Assid. L’un d’eux, Mounir Kejji, bien connu dans son pays, le rappelle : «  Les activistes amazighs ont été les premiers à manifester devant le Parlement, dans les 24 heures qui ont suivi les attentats de Casablanca3. Non seulement pour condamner ce crime haineux, mais aussi “pour appeler à séparer plus largement, le religieux du politique”.  »

Un discours culturel avec un horizon politique

Hostile aux options politiques dominantes, le mouvement s’attache en premier lieu à proposer des alternatives. Au début des années 2000, son travail théorique s’accélère. Des associations signent un Manifeste amazigh en mars 2000, où, selon Ahmed Assid, «  la discrimination ne fait plus qu’un, qu’elle soit linguistique, identitaire ou sociale  ». Le discours devient ouvertement «  culturel avec un horizon politique  ». De nombreuses associations amazighes marocaines se rapprochent des altermondialistes, ce qu’illustre leur forte présence au Forum social maghrébin de 2008 tenu à Bouznika, entre Rabat et Casablanca. «  Déjà dans les années 1980, le mouvement était fort, parlait des droits culturels, du pluralisme de la société et exigeait le droit à la liberté d’association, alors que les réseaux associatifs se lançaient encore timidement  », se souvient, Kamal Lahbib. Le président du Forum des alternatives Maroc (FMAS) ne s’étonne pas «  qu’aujourd’hui, le mouvement soit à ce point impliqué aux côtés des progressistes et des altermondialistes dans la recherche d’alternatives sociales, économiques et politiques.  »
Malgré tout, encore au sein du mouvement, certaines causes ne font pas l’unanimité et l’articulation entre luttes culturelles et combats politiques peut être source de conflit. Ainsi, «  la laïcité continue à être un sujet de controverse, car en mettant en cause une base solide du régime marocain, elle risque d’avoir des conséquences sur le terrain de la reconnaissance identitaire  », souligne Jacopo Granci, un chercheur qui travaille au Centre Jacques Berque de Rabat sur la question amazighe4.

Le 20 février et les luttes sociales

Durant les manifestations du 20 février 2011 qui accompagnent le Printemps arabe en Tunisie et en Égypte, le mouvement se joint aux marches de protestation  ; jusqu’à Rabat, la capitale, des drapeaux amazighs sont brandis dans les cortèges unitaires où flottent des banderoles écrites en tifinagh5. Un nouveau manifeste, L’Appel pour Timmouzgha est lancé par plusieurs personnalités amazighes alors que la contestation bat son plein. Son texte est «  encore plus politique et “dissident” dans ses tons et sa formulation  », souligne Granci. C’est aussi à ce moment que la force du mouvement éclate aux yeux du chercheur : «  il a aidé à la tenue de manifestations importantes dans des villages reculés du Maroc, où la population reste attachée à la culture berbère. Il a ainsi participé à “démocratiser” des revendications souvent cantonnées jusque-là à un cercle élitiste  ». Un phénomène positif mais pas étonnant pour Ahmed Assid : «  Depuis quelques années, des associations amazighes réparties sur tout le territoire du royaume se sont attaquées aux problèmes des terres confisquées et des ressources naturelles spoliées  ». Des milliers d’hectares qui composent les terres tribales sont souvent sources de conflit entre l’État ou des investisseurs puissants désireux de s’y implanter et les populations en place qui défendent leur moyen de subsistance et leur mode de vie.
Kejji abonde dans le même sens : «  Le mouvement n’a plus rien de culturaliste. Il incarne aujourd’hui la lutte contre l’expropriation des terres des tribus dans le monde rural et la défense des enfants qui meurent de froid comme à Angfou  », un petit village du Moyen Atlas enclavé et oublié de la puissance publique où des enfants meurent chaque hiver, forcément rigoureux à cet altitude (1 600 m). Son ancrage dans les campagnes a fait du réseau amazighiste un soutien et un relais pour de nombreuses luttes sociales, comme celle des «  diplômés chômeurs  » d’Al-Hoceïma au nord du Maroc, ou plus récemment, à Imiter, à l’est du pays, où la population manifeste contre la précarité et l’exploitation sans précautions d’une mine d’argent par la Société Métallurgique d’Imiter (SMI), côtée à la bourse de Casablanca et propriété de la famille royale.

Pour un Etat fédéral

Le mouvement amazigh saura t-il renforcer sa participation à la lutte démocratique  ? Le risque existe de voir ses revendications identitaires l’éloigner de certaines secteurs de l’opinion. Malgré tout, Granci remarque que durant les événements du 20 février, les militants berbéristes ont su marcher et cohabiter avec les autres forces contestataires, islamistes ou de gauche. «  Le langage et la rhétorique du mouvement a changé : si au début on y revendiquait l’identité amazighe en opposition à l’identité nationale, maintenant on revendique une amazighité commune à tous les Marocains et pas seulement aux berbérophones.  »
Son rejet des idéologies particularistes, désavouées par de nombreux militants progressistes et révolutionnaires depuis 2011, lui a aussi permis de se présenter comme un quasi-mouvement d’avant-garde. «  Notre mouvement est la seule force à proposer l’édification d’un État fédéral. Nous savons à quel point les Berbères ont souffert du centralisme et de l’État  », rappelle Ahmed Assid. Leurs associations travaillent activement aussi à la construction d’une union des pays du Maghreb et à la réouverture des frontières terrestres entre le Maroc et l’Algérie fermées depuis 1994.
Indépendants des partis et des pouvoirs, les militants berbéristes créent une culture politique autonome et leur mouvement abrite souvent des débats audacieux. C’est par exemple une association amazighe du Rif, au nord du Maroc, qui a soumis aux autres forces politiques, en décembre 2013, un projet de loi visant à légaliser la culture du cannabis qui est la principale ressources du Rif, longtemps l’une des régions les plus pauvres du pays. L’idée a été reprise et le Parlement en discute en ce moment même à Rabat.
1NDLR. Le pluriel «  amazigh(e)s  » est une francisation de «  Imazighen  ».
2NDLR. Ce débat s’inscrit dans un autre débat concernant les langues et qui divise le pays, entre partisans de l’arabe littéraire et du dialecte darija
3Les attentats perpétrés le 16 mai 2003 visaient entre autres des établissements fréquentés habituellement par des étrangers ou des membres de la communauté juive marocaine. La majorité des 45 victimes étaient des Marocains. Les attentats ont été attribués par les autorités à un groupuscule terroriste islamiste.
4Cédric Baylocq et Jacopo Granci, «  20 février  ». Discours et portraits d’un mouvement de révolte au Maroc  », in Année du Maghreb, 2012.
5NDLR. Alphabet berbère.


http://orientxxi.info/magazine/le-maroc-se-dirige-t-il-vers-un,0630