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jeudi 17 septembre 2015

Série d’interrogatoires sur des formations « StoryMaker »


Série d’interrogatoires sur des formations « StoryMaker »

La BNPJ a, depuis quelques semaines, multiplié les interrogatoires avec plusieurs militants qui donnent des formations sur l’utilisation de l’application StoryMaker.

La Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ) a convoqué pour interrogatoire, lundi 14 septembre, l’historien Maâti Mounjib, président du Centre Ibn Rochd d’études et de communication. Contacté par Telquel.ma, Maâti Mounjib affirme que cette convocation s’est faite sur la base  « d’accusations d’ébranlement de l’allégeance des citoyens à l’État et aux institutions».
Les questions posées lors de l’interrogatoire, qui a duré près de quatre heures, concernaient «des formations données par le centre Ibn Rochd, en partenariat avec l’ONG néerlandaise Free Press Unlimited, sur l’utilisation de l’application StoryMaker». La dernière formation du genre assurée par ce centre devait  se tenir en octobre 2014, selon Samad Iach, coordinateur de projet, qui affirme que l’évènement a été interdit par les autorités.  Deux mois plus tard, le Centre Ibn Rochd a été dissous en raison de son «incapacité (…) à tenir ses engagements envers ses partenaires» et «des interdictions dont souffrent les activités du centre», selon un communiqué de l’organisation.

Déstabilisation du citoyen 

D’autres personnes, liées à ces activités de formation avaient été interrogées par la BNPJ. Parmi elles, la journaliste Maria Moukrim, qui avait participé en tant que formatrice et Samad Iach, coordinateur du projet. Ce dernier s’est vu signifier, a la fin du mois d’août, une interdiction de quitter le territoire. Le coordinateur du projet du Centre Ibn Rochd a également été questionné au sujet d’accusations de  déstabilisation de «la loyauté des citoyens envers les institutions constitutionnelles» et de «tentative de semer la discorde».
Hicham Mansouri  était aussi l’un des organisateurs de la formation assurée  par le Centre Ibn Rochd. Avant sa condamnation devant la justice pour « adultère », il avait également affirmé avoir été interrogé pour les mêmes motifs sur ces formations.
Enfin, vendredi 11 septembre, Mohamed Sber, président de l’association marocaine d’éducation de la jeunesse (AMEJ), a annoncé avoir été interdit à Bab Sebta de quitter le territoire national. Son association avait organisé des sessions de formation sur la même application, Story Maker.
L’application Story Maker permet la réalisation de reportages photo, audio et vidéo à partir d’un Smartphone Android.
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 Ali Lmrabet
Hier, à 15:35 · Modifié ·

Et dire que c'est Hammouchi, soupçonné de complicité de torture, et soutenu par Ramid et Hassad, qui est derrière les persécutions dont est victime le professeur Monjib.

samedi 12 juillet 2014

La police et la justice du Makhzen encerclent « Demain online » et Ali Lmrabet


Lmrabet Daech

Le militant amazigh Omar Louzi vient de nous envoyer un texte dans lequel il raconte comment il a été approché par la police qui cherche à coincer le journaliste Ali Lmrabet et le site Demain online. Nous le publions tel quel.

Il faut dire que cette poussée de fièvre n’est pas fortuite. Elle survient après la publication par Demain online d’informations mettant à bas une opération à grande échelle menée par le régime contre l’ex-capitaine Mustapha Adib après l’affaire du général Abdelaziz Bennani.
Demain online a pu prouver que la presse marocaine dans sa quasi totalité avait menti quand elle avait assuré que l’ex-officier de l’armée de l’air, qui habite aujourd’hui en France, avait tenté de pénétrer de force dans la chambre du général Bennani à l’hôpital du Val-de-Grâce, et qu’il n’avait insulté personne comme l’avaient affirmé en choeur les suiveurs du Makhzen.
Demain dérange le régime de Mohamed VI, c’est sûr. Mais ce site n’a pas été créé pour plaire, et les problèmes, les campagnes de diffamation, les harcèlements, les menaces, etc…, la prison, et même la mort, ne nous font pas peur.

Début du texte : 
Aujourd’hui, 10 juillet 2014, vers 11h du matin, deux flics en civil, se sont présentés à mon domicile pour me remettre une convocation … Ils m’ont fait savoir que le chef du commissariat du 4ème arrondissement de police de Salé, me convoque pour une affaire urgente.
Une demi-heure après, je me présente au commissariat en question.
Le Commissaire me reçoit et un interrogatoire en bonne et due forme commença qui a duré 2 heures.
J’ai demandé à connaître l’objet de la convocation. Le commissaire me répond qu’il s’agissait d’une plainte de la DGSN (Direction générale de la sûreté nationale) concernant un article sur Demain online. et qu’ils voulaient savoir si c’était moi l’auteur de cet article.
Le commissaire était incapable de me dire de quel article il s’agissait.
Il commence à me poser des questions sur mes activités politiques, syndicales et associatives … et enfin il me sort le PV signé il y a quelques mois par Mourad Borja, directeur de l’agence de presse AicPress, dans lequel on lui a posé les mêmes questions. Et voici les questions/ réponses entre moi et le commissaire concernant Demain online :
Le commissaire : Travailles-tu pour Demain online?
Omar Louzi : Non.
Le commissaire : Connais-tu Mourad Borja?
Omar Louzi : Non, je ne l’ai jamais rencontré.
Le commissaire : Connais-tu Ali Lmrabet?
Omar Louzi : Oui, je le connais comme le connaissent tous les Marocains?
Le commissaire :  Est-ce que c’est ton ami?
Omar Louzi :  Non
Le commissaire :  Quelle est ta relation avec lui?
Omar Louzi : La relation d’un citoyen avec un journaliste indépendant.
Le commissaire : c’est quoi journaliste indépendant?
Omar Louzi : Un journaliste libre qui ne travaille pour personne; ce qui l’intéresse c’est d’informer le citoyen.
Le commissaire : » Meziane ! (Traduction : Très bien). Es-tu l’auteur de l’article sur Demain online.
Omar Louzi : Quel article?
Il se rend compte que sa question n’a pas de sens puisque il n’a aucun article à me faire voir et il ajoute : » Tu n’as jamais écris un article sur Demain online? »
Omar Louzi : Non.
Fin de l’interrogatoire. Durant l’interrogatoire, le commissaire a eu toute la peine du monde à faire fonctionner son matériel informatique déglingué.
Il finit par tirer six exemplaires du PV et me les tend. Je les lis et je signe. Il appelle un de ses collaborateurs et lui dit : « Tu vas amener tout de suite un exemplaire au procureur du Roi du Rabat et un autre exemplaire à la DGSN ».
Le commissaire, me demande mon GSM et me demande de rester disponible ces prochains jours, car peut-être il y aura du nouveau dans l’affaire.
Omar Louzi
Fin du texte.
Il faut dire que quand la police veut travailler, elle travaille. Ainsi, elle n’a pas encore retrouvé les trois policiers de Tétouan qui ont agressé et cambriolé le journaliste Ali Lmrabet, en lui soutirant sa carte d’identité et un billet de 200 DH, il y a exactement deux ans en plein centre ville de Tétouan.
En dépit d’une déclaration solennelle du ministre de la communication et porte-parole du gouvernement, Mustapha El Khalfi sur Al Jazeera annonçant que le ministre de la justice El Mostafa Ramid avait diligenté une enquête pour savoir pourquoi toutes les plaintes d’Ali Lmrabet ne sont jamais traitées par la police et la justice, rien n’a été fait.
Faute d’instructions et de taâlimates, le procureur du roi à Tétouan, et la police, secrète et pas secrète, n’ont toujours pas entendu ni arrêté les trois policiers qui ont été parfaitement identifiés.
Sans parler de la terrasse de la maison où réside le  journaliste à Tétouan qui a été investie par le caïd local avec dix-sept fonctionnaires dont des agents secrets.
Enfin, comme Ali Lmrabet n’a ni compte bancaire en Suisse, ni de châteaux et d’appartements en France ou sur la Costa del Sol, en Espagne, ne boit pas, ne fume pas, ne fréquente ni des bars ni des putes (certaines sont honorables, il faut le dire!), ne « consomme » pas des petits garçons, n’est pas un trafiquant de drogue, ne vend pas des billets de match à la sauvette, n’a été corrompu par personne (et ben oui, et cela en dépit des enquêtes menées par toutes les polices du royaume heureux, civiles et militaires, au Maroc et à l’étranger, avec souvent la complicité de polices locales), et n’a même pas eu droit à une petite référence sur Wikileaks, le Makhzen de Mohamed VI ne sait plus comment s’y prendre avec lui pour le remettre en taule. Le faire taire définitivement.
Alors, on cherche la petite bête. S’en prendre à Omar Louzi, dont nous avions relaté la mésaventure avec les services secrets de « Sidna », ou au photographe Mourad Borja qui n’est lié avec nous ni de près ni de loin, à part pour quelques photos.
Car, même si Demain est interdit au Maroc et que Ali Lmrabet a été interdit par Mohamed VI de l’exercice de sa profession de journaliste pour dix ans au Maroc, une peine unique sur la planète terre, ils ne sont ni Daech, ni L’Etat islamique ni Aboubakr El Baghdadi.
Demain a été attaquée une vingtaine de fois par les hackers du Makhzen. La dernière fois il y a quelques jours, une attaque qui , au passage, a cramé l’ordinateur personnel de Lmrabet.
Mais, ils peuvent attaquer le site autant qu’ils le veulent, cramer autant d’ordinateurs qu’ils le peuvent, l’important est et reste ailleurs.
Demain

mardi 29 janvier 2013

Ahmed Marzouki : L'interrogatoire

Ahmed Marzouki

ancien détenu de Tazmamart

“Benzekri nous a laissé tomber”
Smyet bak ?
Ali ben Abdessalam ben Abdellah.


Smyet mok ?
Rahma bent Omar.


Nimirou d’la carte ?
C 662747.


Ces dernières années, vous avez disparu de la circulation. Qu’est-ce que vous faisiez de beau ?
J’ai traduit des ouvrages, participé à plusieurs conférences sur les droits de l’homme. J’ai également publié le mois dernier un recueil de nouvelles, intitulé Mihnat Al Faragh. Et depuis deux semaines, j’écris une chronique dans le nouvel hebdomadaire arabophone Hespress.


Vous êtes donc devenu écrivain en fin de compte ?
Je ne me considère pas comme tel, je n’ai pas cette prétention. Cellule 10, je l’ai écrit parce que je voulais absolument raconter aux Marocains ce que mes camarades et moi avions vécu à Tazmamart. Mais mon dernier ouvrage, je l’ai réalisé parce que j’ai été encouragé par Bichr Bennani, le fondateur de Tarik Editions, qui a toujours trouvé que j’écrivais bien et que j’avais le sens de l’humour.


Vous ne vous étiez pas lancé dans l’agriculture après avoir reçu une indemnité de l’Etat il y a une dizaine d’années ?
Oui, mais l’expérience s’est soldée par un échec. Je n’ai pas été le seul dans cette situation. La totalité des anciens de Tazmamart ont été arnaqués. Nous pensions que les gens allaient être bienveillants et nous aider, mais ils ont été nombreux au contraire à profiter de notre naïveté et de notre manque d’expérience.


Vous revoyez souvent les autres anciens détenus de Tazmamart ?
Pas vraiment. J’essaie de prendre des nouvelles régulièrement de tout le monde, mais ce n’est pas évident. Cinq anciens sont décédés ces dernières années. Nous avions une association, avec un siège où l’on se retrouvait souvent. Malheureusement, nous avons été obligés de le libérer, vu que nous n’avions plus les moyens de payer le loyer du local.


Actuellement, vous vivez de quoi ?
De mes traductions. J’ai un petit talent dans ce domaine, alors je l’exploite. En 2001, nous avions reçu en moyenne 2,5 millions de dirhams d’indemnité chacun. A peine de quoi acheter un toit, fonder une famille et mettre un peu d’argent de côté. Mais sans travail, nous avons tous vécus sur nos économies. Aujourd’hui, nous n’avons plus rien, nous ne recevons aucune indemnité mensuelle. L’Etat nous a complètement oubliés.


Si un jour vous rencontrez Mohammed VI, qu’est-ce que vous lui diriez ?
Tout d’abord, je le remercierais d’avoir pris en charge les deux opérations de mon fils. Il a eu un grave traumatisme crânien lorsqu’il avait cinq ans. Le roi a entendu parler de cela, et l’a envoyé à ses propres frais se faire soigner en France. Je n’oublierais jamais son geste. Mais je lui dirais aussi que nous attendons toujours que nos problèmes soient réglés. Nous avons déjà beaucoup trop souffert.


Les gens vous reconnaissent parfois dans la rue ?
Oui, surtout après mon passage sur Al Jazeera en 2009. Souvent, au restaurant, on m’annonce au moment de régler que la facture a déjà été payée ! Lors de mon pèlerinage à La Mecque, j’ai également été très surpris de voir que des Egyptiens, des Iraniens ou même des Indonésiens me reconnaissaient. Je dois
sûrement avoir une tête originale pour qu’ils s’en rappellent aussi bien (rires).


Ça ne vous dérange pas que tout le monde vous pose des questions sur votre expérience à Tazmamart ?
Non, de cette manière je ne laisse pas l’amertume me ronger de l’intérieur. Je dois continuer à en parler, pour que les gens n’oublient jamais. Ceci dit, dernièrement, j’ai découvert qu’un type que je connaissais avait enregistré mon numéro sur son téléphone en tant “qu’Ahmed Tazmamart” ! J’ai trouvé ça un peu exagéré (rires).


Vous avez passé 18 ans coupé du monde extérieur. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de votre libération ?
J’ai été surtout marqué par le désespoir des jeunes, et le manque de solidarité entre les gens. J’avais le souvenir d’une société marocaine où les gens se serraient les coudes, et je me suis retrouvé face à une société individualiste, où le concept de “rahma” est devenu rare. On ne le voit plus qu’à la télévision, dans des feuilletons bas de gamme qui passent sur les chaînes nationales.


Vous n’avez pas l’air d’être très fan des chaînes télévisées marocaines…
Sincèrement, je ne supporte pas tout ce déferlement de feuilletons et séries turcs comme le fameux “Hareem Soltane” sur nos écrans... Je ne regarde jamais la télévision, à part quand il y a du foot ! Je ne rate jamais les matchs de l’équipe nationale, et les matchs de la Botola. Sinon, je regarde beaucoup les chaînes françaises Histoire et Historia et, bien sûr, tous les matchs et les émissions sur le FC Barcelone. Je suis un grand supporter de cette équipe !


Vous êtes un peu branché nouvelles technologies ou pas du tout ?
Demandez à mes deux fils de 12 et 14 ans, ils sont toujours morts de rire quand ils me voient en train d’essayer de surfer sur Internet (rires). Plus sérieusement, je ne me sers de mon ordinateur que pour écrire des textes, les enregistrer et les envoyer.


Avec du recul, que pensez-vous de l’Instance équité et réconciliation (IER) ?
Cette instance a fait beaucoup de choses, mais ce n’était pas suffisant. Il y a eu beaucoup de paroles en l’air. En ce qui nous concerne, on nous avait promis que Tazmamart ne serait pas rasé, qu’il y aurait un musée et que les tombes seraient identifiées et auraient des épitaphes. C’est tout le contraire qui est arrivé. Driss Benzekri nous a laissé tomber.


Quel regard portez-vous sur l’évolution des droits de l’homme au Maroc ?
Fort heureusement, nous sommes aujourd’hui très loin de la période Hassan II et de son grand vizir Driss Basri. Mais il y a encore beaucoup de choses à faire. Le problème, c’est que l’Etat a opté pour des demi-solutions. Pourquoi ne pas dire enfin toute la vérité sur les affaires Ben Barka, Manouzi et Rouissi ? Je ne comprends vraiment pas.


Antécédents
1947.  Naissance à Ghafsay, dans le Rif
1971.  Emprisonné suite au coup d’Etat de Skhirat
1991.  Libéré du bagne de Tazmamart
1998.  Se marie
2000.  Publie Cellule 10 chez Tarik Editions / Paris Méditerranée
2012.  Sort un recueil de nouvelles, Mihnat Al Faragh (Tarik Editions)


Croyez-le ou non, Ahmed Marzouki est un homme très jovial, même s’il a vécu l’enfer pendant 18 ans à Tazmamart. Arrivé avec 30 minutes de retard, l’ancien détenu politique s’excuse, en expliquant avec le sourire qu’il n’a jamais eu le sens de la ponctualité, “à part, ironie du sort, le jour du coup d’Etat de Skhirat en 1971”. Un jour qui a changé sa vie, et qui a fait de cet ancien militaire le détenu le plus connu des années de plomb. Attablé à un café du centre-ville de Rabat, Marzouki parle de ses années d’incarcération comme s’il racontait de banals souvenirs de jeunesse. “Vous savez, avec le temps, cela ne me fait plus ni chaud ni froid de parler des horreurs que nous avons vécues”, explique-t-il calmement. Mais lorsqu’il est question de parler des responsables censés défendre les victimes des atteintes aux droits de l’homme, il s’énerve : “Ils nous ont tous oubliés, alors que nous avions confiance en eux. Sebbar, Herzenni, El Yazami ou encore Ramid, ils ont tous érigé un mur entre eux et les victimes des années de plomb. Ils considèrent que ce n’est plus leur problème”. Sauf qu’ils sont toujours là. Et Marzouki aussi, déterminé plus que jamais à ne pas baisser les bras.