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mercredi 28 octobre 2015

Le Prix Ibn Rochd 2015 décerné à la littérature carcérale arabe :
Aïcha Odeh (Palestine), Mustafa Khalifa (Syrie), Ahmed Marzouki (Maroc)

Le 27 novembre le Prix Ibn Rochd 2015 a été décerné à Berlin
Depuis la création en 1998 de l'Ibn Rushd Fund (Fondation Ibn Rochd), c’est la première fois que la fondation décide d’annoncer publiquement le nom des lauréats du Deuxième Prix afin de donner une idée plus complète de la littérature carcérale arabe à travers trois œuvres très individuelles et importantes. Le Deuxième Prix, qui ne comporte pas de récompense monétaire, est partagé par le Syrien Mustafa Khalifa et le Marocain Ahmed Marzouki.
Le Prix Ibn Rochd 2015 était destiné à récompenser l’auteur d’une œuvre relevant de la littérature carcérale (romans, poésie, essai ou autobiographie) qui initie un grand débat sur la situation des prisonniers politiques, montrant l’oppression et la violation des droits humains et réclamant le droit à la liberté et à la dignité humaine dans le monde arabe.

mercredi 9 septembre 2015

L’enfer des mots




Tazmamart


Le point sur un genre littéraire apparu il y a une vingtaine d’années au Maroc et qui nous remémore les sombres heures de notre Histoire récente : la littérature carcérale.

La production carcérale entre dans le paysage intellectuel marocain durant la première moitié des années quatre vingt dix. L’assouplissement du régime, la préparation d’un nouveau règne, la recherche d’une concorde nationale et la fin des deux blocs ont eu des conséquences bénéfiques sur l’édition au Maroc et plus généralement sur la liberté d’expression. De nouvelles maisons d’édition vont naître, des voix naguère bâillonnées, retrouvent leur liberté de parler et de témoigner. C’est alors qu’un genre nouveau, entre le témoignage, le journal et le roman à thèse, soutenu par une presse indépendante, prend pied et entreprend de restituer la mémoire d’une époque que les générations précédentes ont bien connue. La recherche de la vérité, le devoir mémoriel font leur chemin et si la réconciliation nationale reste possible on se demande encore comment faire lorsque l’on ne peut ni punir ni pardonner.

L’Histoire à rebours commence en 1991 lorsque Gilles Perrault écrivain et journaliste français lance un pavé dans la mare en publiant Notre ami le roi. Le livre interdit au Maroc est pourtant dans la bouche de tout ce que compte la société marocaine comme politiques, intellectuels, universitaires et cadres. Il relate des faits dont les Marocains ont entendu parlé mais qu’à de rares exceptions près, tous préfèrent taire. Il lève le voile sur un jardin secret du règne de Hassan II, rescapé de deux attentats odieux, mais justicier sans scrupule. Ce réquisitoire contre un roi réputé intelligent, cultivé et moderne va ébranler la classe politique marocaine qui se prépare à vivre un moment important de son histoire. L’événement, de surcroît, touche en la personne du roi, la fierté nationale. Le régime desserre l’étau sur des morts vivants. L’un d’eux prend sur lui de relater des faits exempts autant que possible d’impressions personnelles ou d’émotions, sources potentielles de distorsion de la vérité.


Et d’abord les militaires

Tazmamart cellule 10 d’Ahmed Marzouki est à cet égard emblématique. Il ouvre une série de témoignages qui viennent dire avec effroi ce que l’homme peut faire endurer à l’homme. Longtemps tenu secret, le bagne de Tazmamart va livrer toutes ses horreurs. A la suite du premier coup d’Etat à Skhirat dans lequel les cadets d’Ahermoumou sont, par leurs officiers, jetés aveuglément, Marzouki restitue des faits que la mémoire tente aussi fidèlement que possible de reproduire. L’homme n’est pas un écrivain tant s’en faut. Militaire de carrière, par ses aveux, il souhaite participer à un devoir de mémoire et lever l’opprobre qui pèse sur lui et ses camarades de bagne. Son témoignage prend la forme d’un collectif dont l’auteur ne serait qu’un porte parole parmi d’autres. Le récit se veut débarrassé des jugements péremptoires, il fait place lui-même par moment aux défaillances de la mémoire, il reste pudique sur les relations entre camarades de bagne. Un souci de vérité est en permanence mis en avant, on veut coller à l’événement, on souhaite que celui-ci parle de lui-même pour dire l’horreur. Le livre connaît un franc succès aussi bien à l’étranger qu’au Maroc et Marzouki sort grandi d’un anonymat tragique qui jusqu’ici l’avait comme ses camarades écarté de la cité des hommes.

Suivront d’autres témoignages du calvaire de Tazmamart. Opération Boraq F5 d’Ahmed El Ouafi à titre d’exemple. A la différence de Marzouki, El Ouafi choisit de commencer par la fin, ce mercredi 15 septembre 1991, jour mémorable où le souverain va gracier les rescapés de Tazmamart. Le livre relate les événements du deuxième coup d’Etat, l’attaque du Boeing royal par des avions de chasse partis de la base militaire de Kénitra et qui l’interceptent au dessus de l’espace aérien marocain. Là aussi le récit tente de vaincre l’oubli et, à sa façon, retrace la vie de ces sous-hommes dont l’existence même est niée.

mardi 29 janvier 2013

Ahmed Marzouki : L'interrogatoire

Ahmed Marzouki

ancien détenu de Tazmamart

“Benzekri nous a laissé tomber”
Smyet bak ?
Ali ben Abdessalam ben Abdellah.


Smyet mok ?
Rahma bent Omar.


Nimirou d’la carte ?
C 662747.


Ces dernières années, vous avez disparu de la circulation. Qu’est-ce que vous faisiez de beau ?
J’ai traduit des ouvrages, participé à plusieurs conférences sur les droits de l’homme. J’ai également publié le mois dernier un recueil de nouvelles, intitulé Mihnat Al Faragh. Et depuis deux semaines, j’écris une chronique dans le nouvel hebdomadaire arabophone Hespress.


Vous êtes donc devenu écrivain en fin de compte ?
Je ne me considère pas comme tel, je n’ai pas cette prétention. Cellule 10, je l’ai écrit parce que je voulais absolument raconter aux Marocains ce que mes camarades et moi avions vécu à Tazmamart. Mais mon dernier ouvrage, je l’ai réalisé parce que j’ai été encouragé par Bichr Bennani, le fondateur de Tarik Editions, qui a toujours trouvé que j’écrivais bien et que j’avais le sens de l’humour.


Vous ne vous étiez pas lancé dans l’agriculture après avoir reçu une indemnité de l’Etat il y a une dizaine d’années ?
Oui, mais l’expérience s’est soldée par un échec. Je n’ai pas été le seul dans cette situation. La totalité des anciens de Tazmamart ont été arnaqués. Nous pensions que les gens allaient être bienveillants et nous aider, mais ils ont été nombreux au contraire à profiter de notre naïveté et de notre manque d’expérience.


Vous revoyez souvent les autres anciens détenus de Tazmamart ?
Pas vraiment. J’essaie de prendre des nouvelles régulièrement de tout le monde, mais ce n’est pas évident. Cinq anciens sont décédés ces dernières années. Nous avions une association, avec un siège où l’on se retrouvait souvent. Malheureusement, nous avons été obligés de le libérer, vu que nous n’avions plus les moyens de payer le loyer du local.


Actuellement, vous vivez de quoi ?
De mes traductions. J’ai un petit talent dans ce domaine, alors je l’exploite. En 2001, nous avions reçu en moyenne 2,5 millions de dirhams d’indemnité chacun. A peine de quoi acheter un toit, fonder une famille et mettre un peu d’argent de côté. Mais sans travail, nous avons tous vécus sur nos économies. Aujourd’hui, nous n’avons plus rien, nous ne recevons aucune indemnité mensuelle. L’Etat nous a complètement oubliés.


Si un jour vous rencontrez Mohammed VI, qu’est-ce que vous lui diriez ?
Tout d’abord, je le remercierais d’avoir pris en charge les deux opérations de mon fils. Il a eu un grave traumatisme crânien lorsqu’il avait cinq ans. Le roi a entendu parler de cela, et l’a envoyé à ses propres frais se faire soigner en France. Je n’oublierais jamais son geste. Mais je lui dirais aussi que nous attendons toujours que nos problèmes soient réglés. Nous avons déjà beaucoup trop souffert.


Les gens vous reconnaissent parfois dans la rue ?
Oui, surtout après mon passage sur Al Jazeera en 2009. Souvent, au restaurant, on m’annonce au moment de régler que la facture a déjà été payée ! Lors de mon pèlerinage à La Mecque, j’ai également été très surpris de voir que des Egyptiens, des Iraniens ou même des Indonésiens me reconnaissaient. Je dois
sûrement avoir une tête originale pour qu’ils s’en rappellent aussi bien (rires).


Ça ne vous dérange pas que tout le monde vous pose des questions sur votre expérience à Tazmamart ?
Non, de cette manière je ne laisse pas l’amertume me ronger de l’intérieur. Je dois continuer à en parler, pour que les gens n’oublient jamais. Ceci dit, dernièrement, j’ai découvert qu’un type que je connaissais avait enregistré mon numéro sur son téléphone en tant “qu’Ahmed Tazmamart” ! J’ai trouvé ça un peu exagéré (rires).


Vous avez passé 18 ans coupé du monde extérieur. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de votre libération ?
J’ai été surtout marqué par le désespoir des jeunes, et le manque de solidarité entre les gens. J’avais le souvenir d’une société marocaine où les gens se serraient les coudes, et je me suis retrouvé face à une société individualiste, où le concept de “rahma” est devenu rare. On ne le voit plus qu’à la télévision, dans des feuilletons bas de gamme qui passent sur les chaînes nationales.


Vous n’avez pas l’air d’être très fan des chaînes télévisées marocaines…
Sincèrement, je ne supporte pas tout ce déferlement de feuilletons et séries turcs comme le fameux “Hareem Soltane” sur nos écrans... Je ne regarde jamais la télévision, à part quand il y a du foot ! Je ne rate jamais les matchs de l’équipe nationale, et les matchs de la Botola. Sinon, je regarde beaucoup les chaînes françaises Histoire et Historia et, bien sûr, tous les matchs et les émissions sur le FC Barcelone. Je suis un grand supporter de cette équipe !


Vous êtes un peu branché nouvelles technologies ou pas du tout ?
Demandez à mes deux fils de 12 et 14 ans, ils sont toujours morts de rire quand ils me voient en train d’essayer de surfer sur Internet (rires). Plus sérieusement, je ne me sers de mon ordinateur que pour écrire des textes, les enregistrer et les envoyer.


Avec du recul, que pensez-vous de l’Instance équité et réconciliation (IER) ?
Cette instance a fait beaucoup de choses, mais ce n’était pas suffisant. Il y a eu beaucoup de paroles en l’air. En ce qui nous concerne, on nous avait promis que Tazmamart ne serait pas rasé, qu’il y aurait un musée et que les tombes seraient identifiées et auraient des épitaphes. C’est tout le contraire qui est arrivé. Driss Benzekri nous a laissé tomber.


Quel regard portez-vous sur l’évolution des droits de l’homme au Maroc ?
Fort heureusement, nous sommes aujourd’hui très loin de la période Hassan II et de son grand vizir Driss Basri. Mais il y a encore beaucoup de choses à faire. Le problème, c’est que l’Etat a opté pour des demi-solutions. Pourquoi ne pas dire enfin toute la vérité sur les affaires Ben Barka, Manouzi et Rouissi ? Je ne comprends vraiment pas.


Antécédents
1947.  Naissance à Ghafsay, dans le Rif
1971.  Emprisonné suite au coup d’Etat de Skhirat
1991.  Libéré du bagne de Tazmamart
1998.  Se marie
2000.  Publie Cellule 10 chez Tarik Editions / Paris Méditerranée
2012.  Sort un recueil de nouvelles, Mihnat Al Faragh (Tarik Editions)


Croyez-le ou non, Ahmed Marzouki est un homme très jovial, même s’il a vécu l’enfer pendant 18 ans à Tazmamart. Arrivé avec 30 minutes de retard, l’ancien détenu politique s’excuse, en expliquant avec le sourire qu’il n’a jamais eu le sens de la ponctualité, “à part, ironie du sort, le jour du coup d’Etat de Skhirat en 1971”. Un jour qui a changé sa vie, et qui a fait de cet ancien militaire le détenu le plus connu des années de plomb. Attablé à un café du centre-ville de Rabat, Marzouki parle de ses années d’incarcération comme s’il racontait de banals souvenirs de jeunesse. “Vous savez, avec le temps, cela ne me fait plus ni chaud ni froid de parler des horreurs que nous avons vécues”, explique-t-il calmement. Mais lorsqu’il est question de parler des responsables censés défendre les victimes des atteintes aux droits de l’homme, il s’énerve : “Ils nous ont tous oubliés, alors que nous avions confiance en eux. Sebbar, Herzenni, El Yazami ou encore Ramid, ils ont tous érigé un mur entre eux et les victimes des années de plomb. Ils considèrent que ce n’est plus leur problème”. Sauf qu’ils sont toujours là. Et Marzouki aussi, déterminé plus que jamais à ne pas baisser les bras.


samedi 27 août 2011

Rencontre avec un ancien détenu de Tazmamart , Ahmed Marzouki (et ses compagnons), un documentaire de Mohamed Ouachen





نموذج لزنازين سجن تازمامارت الرهيب
 تازمامارت

معتقل تزمامارت قصة مأثرة جدا في معتقل مغربي

dimanche 14 novembre 2010

Communiqué PADS sur l'agression d'Ahmed Marzouki à Bruxelles


  فرع بلجيكا  Section de Belgique, Bruxelles,  12/11/2010

Communiqué

Nous avons appris avec stupéfaction par les médias que, ce mercredi 10 novembre 2010, Monsieur Ahmed Marzouki, survivant du mouroir de Tazmamart, a été agressé en début de soirée dans les rues de Bruxelles par deux inconnus qui l'ont roué de coups et insulté en dialecte marocain.
Le récit de Monsieur Ahmed Marzouki, tel qu’il est rapporté par les médias, nous renvoie aux opérations commando des années de plomb, dont beaucoup de citoyens ont été victimes pour leur unique sympathie avec les opposants au régime makhzanien.

Monsieur Ahmed Marzouki est invité en Belgique pour la présentation du film « TAZMAMART rencontre d’un ancien détenu » et d’une série de conférences en tant que victime et survivant du sinistre bagne de Tazmamart et sur l'évolution des droits humains au Maroc.
Les pratiques du Makhzen ont été édulcorées mais en réalité n’ont jamais changé; les menaces, les intimidations, les agressions, les arrestations et les disparitions continuent.
Nous, militants du PADS fédération d’Europe-section de Belgique, dénonçons avec force ces pratiques d’un autre temps.
Nous soutenons le combat de Monsieur Ahmed Marzouki pour sa dignité et la dignité de ses camarades.
Nous sollicitons des autorités belges de faire toute la lumière sur cet acte odieux et de poursuivre les coupables.
Pour finir avec ces pratiques moyenne-âgeuses, nous lançons un appel à tous les militants marocains épris de liberté et de justice, préoccupés du devenir du Maroc et de son peuple, de s’engager dans une lutte unitaire pour une constitution démocratique émanant du peuple et pour le peuple, qui garantirait la véritable séparation des pouvoirs, seule garante de la souveraineté du peuple marocain et qui préserverait la dignité du citoyen marocain où que soit son lieu de résidence.
كريم وشاشا            karimouchacha@gmail.com>

jeudi 11 novembre 2010

URGENT : Mr Ahmed Marzouki agressé à Bruxelles

Rappel : Ahmed Marzouki, ancien rescapé du bagne de Tazmamart, était victime d'une agression physique ce mercredi 10 novembre vers 19h dans un espace public à Bruxelles.
 Cinq agresseurs parlant le dialecte marocain l'ont poursuivi jusqu'à ce qu'il s'isolait dans une rue pour qu'au moment où trois d'entre eux montaient la garde, les deux autres l'ont roué des coups dans toutes les parties de son corps. Et à la fin de leur sale boulot un des agresseurs a sorti son couteau en guise d'une future menace.
Malgré les contusions dont il souffrait, Ahmed Marzouki a tenu à  intervenir dans une  une conférence sur les" Droits humains au Maroc".
 Qui a intérêt à museler la voix des militants des droits humains ?si ce ne sont les ennemis des libertés publiques.
Qui se sent visé par le témoignage d'Ahmed Marzouki sur le bagne de Tazmamart, l'impunité et l'exigence de la vérité...dérange qui au fond? si ce ne sont les responsables de ces crimes, les adeptes du tout répressif…
Ahmed Marzouki a déposé une plainte auprès des autorités belges. Nous exigeons toute la vérité sur cette agression qui porte les empreintes d'une commande contre la personne d'Ahmed Marzouki, et au delà ce sont tous les épris de justice et de  liberté qui se sentent agressés par cet acte abominable.    
La Voie Démocratique dénonce fermement cette agression et exprime son total soutien au militant Ahmed MARZOUKI.

Par  philippe.schwarzenberger@skynet.be, 11/11/2010
Suite à l'agression physique contre la personne de Mr Ahmed Marzouki - ancien détenu de Tazmamart - à Bruxelles à quelques pas du centre international où il devait tenir une conférence sur les" droits de l'homme au Maroc, le comité de soutien de l'amdh en Belgique en collaboration avec le centre international organise une réunion urgente en vue de donner suite a cette agression;
La réunion se tiendra à la librairie internationale boulevard Maurice Lemonier 171 à 1000 Bruxelles le jeudi 11 novembre à 18 h précises.
Proposition d'ordre du jour:
- Rédaction d'un communiqué de presse pour dénoncer cette agression
- Lancement d'une pétition de solidarité avec Mr Ahmed Marzouki

Un rescapé de Tazmamart agressé en plein Bruxelles

Par Ayad Ahram secrétaire général de l'ASDHOM, 11/11/2010
 L'ASDHOM vient d'être informée de l'agression dont a fait l'objet Ahmed
Marzouki, l'un des rescapés du sinistre bagne de Tazmamart, à Bruxelles où
il s'est rendu pour une conférence sur les droits de l'Homme au Maroc.
L'ASDHOM dénonce cette agression et manifeste sa solidarité avec Ahmed
Marzouki. Nous alertons l'opinion publique sur le retour des méthodes dignes
des années de plomb qu'a connues le Maroc.
Nous devons plus que jamais restés mobilisés pour la défense des droits de
l'Homme et la protection des défenseurs de ces droits au Maroc.

Un défenseur marocain des droits de l'homme agressé à Bruxelles
BRUXELLES, 10 novembre 2010 (AFP) - Le défenseur marocain des droits de
l'homme Ahmed Marzouki, survivant du bagne de Tazmamart, a été agressé
mercredi en début de soirée à Bruxelles par deux inconnus qui l'ont roué de
coups et insulté en arabe, a-t-il indiqué à l'AFP.
L'auteur du best-seller "Tazmamart, cellule 10", qui a passé 18 années
enfermé dans le sinistre bagne de Tazmamart pendant les "années de plombs"
au Maroc (1960-1999), devait donner une conférence mercredi soir dans la
capitale belge sur le thème de la "réconciliation" et des droits de l'homme
dans son pays.
"Alors que nous marchions dans la rue avec un petit groupe pour nous rendre
à la conférence, un homme m'a intercepté par l'arrière, m'a placé un genou
dans le dos et m'a fait tomber. Ensuite, les coups ont commencé à pleuvoir
de tous côtés et j'ai aperçu une arme blanche", a expliqué M. Marzouki,
joint par téléphone. "Ils m'ont insulté en arabe", a-t-il précisé.
Selon le réalisateur de cinéma Mohamed Ouachen, qui a assisté à la scène,
les agresseurs étaient deux. Ils ont pris la fuite lorsque qu'une autre
intervenante à la conférence, qui était restée avec M. Marzouki un peu en
retrait du groupe, a donné l'alerte, a expliqué M. Ouachen.
"C'est un travail de professionnel", a pour sa part jugé M. Marzouki,
estimant qu'il s'agissait probablement de "gens qui veulent se montrer plus
royalistes que le roi".
Ahmed Marzouki a affirmé avoir la "joue gauche douloureuse" et "des côtes
qui font mal" à la suite de l'agression dont il a été victime. Il a indiqué
avoir déposé plainte devant la police belge.
M. Marzouki a encore expliqué n'avoir "jamais connu une telle chose au
Maroc", où il donne régulièrement ce type de conférences et où il ne se
considère pas comme un opposant.
Selon le sénateur belge Hassan Bousetta, cette agression a causé en quelques
heures un grand émoi dans la communauté d'origine marocaine de Belgique.
"Les milieux hyper-marocains sont très tendus" suite au démantèlement
violent d'un campement de contestataires au Sahara occidental par les
autorités de Rabat, a souligné le sénateur socialiste, d'origine marocaine.
"On craint un retour à des pratiques que l'on pensait révolues", a-t-il
ajouté.

jeudi 16 septembre 2010

Maroc : Nouvelle vie pour les bagnes des années de plomb


Par Yann Ngomo, Yabiladi, 15/9/2010
Kasbah d'Agdz
Symboles de la répression pendant les années de plomb, d’anciens centres de rétentions vont bientôt être élevés au rang de monuments historiques. La restauration de ces lieux chargés d’histoire va dans le sens de la préservation de la mémoire, mais la plus symbolique de ces prisons a disparu…
Tagounit
D’après l’AFP, le ministère de la Culture et le Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH) auraient signé ce mercredi une convention permettant la transformation d’anciens centres de détentions secrets. Ces derniers deviendront des lieux de mémoire et des espaces culturels, l’objectif étant d’en faire des « espaces de préservation et de réhabilitation de la mémoire », souligne l’AFP.
Derb Moulay Chrif
Les lieux concernés sont les centres de détention des Kasbahs d’Agdez et de Tagounit dans la province de Zagora, les Kasbahs de S’koura dans la province de Ouarzazate, Kasbah Kelaât Megouna dans la province de Tinghir, ainsi que l’ancien centre de détention de Derb Moulay Cherif à Casablanca.
Derb Moulay Chr
Rappelons qu’une convention similaire avait été conclue en 2008 entre le CCDH et le ministère de l’Habitat. Il s’agissait alors de « convertir les endroits où se produisaient d’épouvantables abus de liberté pour en faire des places commémoratives qui célébreront l’espoir et l’avenir ».
Symboles des disparitions forcées, et d’autres violations des libertés commises durant les tristement célèbres années de plomb, les anciens centres de détentions devaient être restaurés, conformément à l’une des résolutions de l’Instance Equité et réconciliation (IER). Ladite résolution stipulait que « dans le cadre du règlement définitif des effets de la disparition forcée, l’instance s’est attelée à l’élaboration d’une nouvelle approche pour la sauvegarde de la mémoire, qui propose la reconversion des anciens centres illégaux de séquestration ou de détention en projets productifs et capables de préserver la mémoire».
Ahmed Marzouki
Mais ce nouvel effort de réconciliation des autorités marocaines aura-t-il tout son sens lorsqu’on sait par exemple que le plus célèbre de ces centres de détention a été détruit ? En effet son souvenir est encore frais dans les mémoires de ceux qui y ont vécu, mais il ne reste aujourd’hui, pratiquement rien de Tazmamart. Les cellules du bagne rasées en 2006, il ne reste aujourd’hui, que les tombes de ceux qui y ont péri, comme unique témoignage de ce qui s’y est passé.
Heureusement, il y a aussi des survivants de l’enfer de Tazmamart. Ahmed Marzouki est l’un d’eux.Il a d’ailleurs publié en 2000 un livre intitulé « Tazmamart, cellule 10 », en référence à la cellule qu’il occupait. Dans une interview qu’il a accordée à l’hebdomadaire marocain Tel Quel, il a ainsi déclaré « Tazmamart existera toujours dans nos chairs et dans nos cœurs. Les faits sont là. Nier l’existence du bagne est une insulte à la mémoire des disparus et à l’Histoire ». Ses souvenirs, et ceux des autres survivants, regroupés aujourd’hui au sein de l’Association des victimes du bagne de Tazmamart (AVIBAT), est une autre contribution précieuse à un passé bien sombre.