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samedi 11 juin 2016

Maroc : dans les prisons secrètes de Hassan II







Agdz, Kelaat M'Gouna, Tazmamart, Derb Moulay Chérif… Les centres de détention des années de plomb se transforment en lieux de mémoire. Reportage exclusif.


Il fait 32 degrés à l’ombre. Nous avançons sur une route escarpée en direction de la Kasbah d’Agdz, dans le Haut Atlas (Sud), longeant des maisons en béton construites sur les vestiges de vieux remparts, ultimes témoins de l’histoire de ce village jadis situé sur la route des caravanes reliant Marrakech à Tombouctou. Au bout de la route, le djebel Kissane, avec ses curieuses cuvettes d’origine inconnue (kissane signifie « tasses », en arabe).
Il domine la magnifique palmeraie de Mezguita, qui s’étale à perte de vue, et la Kasbah El Had, construite en 1948 par le pacha El Glaoui, figure historique du Maroc sous protectorat français. C’est dans cette kasbah pittoresque, complètement à l’écart, que le roi Hassan II faisait jeter ses opposants après que sa police leur eut fait subir les pires tortures dans les centres de détention secrets de Casablanca et de Rabat.

Lieux mythiques
Entre 1976 et 1981, date de fermeture de la kasbah, 400 personnes y ont séjourné dans le secret le plus absolu, ventilées en trois groupes : « le groupe des événements de 1973 », date de la grande révolte de la gauche marocaine ; « le groupe Bnouhachem » – du nom de son leader -, qui était affilié à l’organisation marxiste-léniniste Ila al-Amam ; et « le groupe des Sahraouis », accusé d’accointances avec le Polisario.

À l’époque, aucun villageois n’osait s’approcher de la kasbah de peur d’y être à son tour enfermé ou de subir l’une des nombreuses malédictions qui entouraient le lieu. « On nous disait, rapporte une vieille dame enveloppée dans son haïk, que les détenus sahraouis allaient nous égorger si jamais ils prenaient la fuite. »

mardi 8 décembre 2015

l'AMRVT à Tazmamart

Photo de Abdelkrim El Manouzi.Photo de Abdelkrim El Manouzi. 
Un travail de sensibilisation au profit des écoliers de Tazmamart
animé par une équipe de chirurgiens dentistes et un staff d'assistants

dimanche 6 décembre 2015

· A Tazmamart , les anciennes victimes et les familles de disparus vous invitent a visiter le musée improvisé sur place dans une Kheima locale

Photo de Abdelkrim El Manouzi. 
A Tazmamart , les anciennes victimes et les familles de disparus vous invitent a visiter le musée improvisé sur place dans une Kheima locale avec pleins d'ustensiles utilisés pour survivre dans la calvaire du Bagne
Ci joint quelques images ,messages ,cellule miniature,ciseau local ...

mardi 4 novembre 2014

Toutes ces victimes de la répression du régime se sont retrouvées à Rabat::

Rabat le 2/11/ 2014;

Ils étaient (femmes et hommes ) des centaines de militant-es des droits humains et surtout des anciens prisonniers politiques à défiler le 2 novembre 2014 à Rabat. Les rescapés des bagnes de Tazmamart, de Klaat M'Gouna...les anciens élèves-militaires d'Ahrmamou, les rescapés des soulèvements de juin 1981, de janvier 1984...et surtout les anciens prisonniers politiques ittihadis et marxistes léninistes...
Toutes ces victimes de la répression du régime se sont retrouvées à Rabat::
- Pour dénoncer l'attitude de l'Etat vis-à-vis des revendications légitimes des victimes de la répression makhzenienne
- Pour exiger les excuses officielles
-Pour dénoncer le harcèlement dont sont victimes actuellement les organisations des droits humains
- Pour exiger la libération des prisonniers des causes justes
- Pour exiger la démocratie afin que ne se reproduisent pas de telles atrocités
- Pour exiger la fin de l'impunité dont jouissent les bourreaux

jeudi 14 août 2014

Salah Elayoubi partage ce magnifique message d'amour !

Je suis tombé sur un texte (vieux de dix ans), écrit pour je ne sais quelle raison... et qui aurait pu être écrit aujourd'hui.

La part de l’absent

En quittant Tazmamart, ce bagne mouroir jumeau des camps nazis, mon frère Aziz (ou ce qu’il en restait après dix-huit ans de réclusion sous terre) m’avait confié ceci un après-midi à El Jadida, alors que nous veillions ensemble notre mère morte : « Je n’éprouve pas de haine envers ceux qui ont détruit ma vie… et la sienne. » J’avais fixé ses yeux noirs, son visage chiffonné, sa sérénité. J’avais peine à admettre ses propos mais je m’étais abstenu de lui répondre : « T’en fais pas frérot, j’ai ce qu’il faut de rancœur pour toute une tribu ! »
Durant la longue absence de Aziz, nous avions vécu dans une modeste maison à Marrakech, au fin-fond de la médina. D’abord instituteur, poète à ses heures, savant, amuseur, papa avait tôt fait d’être promu courtisan de Sa Majesté et avait quitté ma mère et sa kyrielle de rejetons. Six pour être précis. Plus l’absent. J’ignore pourquoi nous appelions ainsi Aziz. Il était davantage présent dans la maisonnée que nous tous rassemblés. A table, surtout ! , il était le premier à être servi. « La part de l’absent ! », ordonnait sentencieusement maman. Elle se faisait un devoir de la lui garder, cette part, comme s’il allait à tout instant frapper à la porte et réclamer sa nourriture. Pourtant, nous avions encore faim et lorgnions tous du côté de la marmite! Il y avait peu de viande dans nos assiettes et, selon l’humeur de maman, la part de l’absent prenait des proportions déraisonnables. En revenant de l’école à cinq heures, affamés, nous nous précipitions sur le tagine que les braises mourantes du brasero gardaient encore tiède.
Je n’aimais pas voir maman pleurer. Elle avait beau se cacher dans la buanderie sur la terrasse, je finissais toujours par la surprendre. Elle se mouchait avec le pan de sa gandoura et me souriait, mais ses yeux ruisselants démentaient inévitablement ce sourire. « C’est le savon ! prétendait-elle, mes yeux ne le supportent plus. »
- Dis, Aziz, comment ne pas avoir de haine envers ceux qui ont fait couler tant de larmes dans notre maison ?
- Avant d’atteindre autrui, répondait-il, la haine s’emploie d’abord à répandre son venin dans le cœur qui la nourrit. Elle le mine, le ronge, le tue à petit feu. Sur les vingt-huit détenus du bâtiment B, nous sommes trois à avoir survécu…
- Est-ce si facile d’être indifférent à son bourreau ?
- Le bourreau n’existe plus. Il se mue en simple exécutant d’une épreuve infligée par Dieu.
- Comment alors ne pas avoir de haine envers Dieu ?
- Dieu est Amour. Je l’ai rencontré à Tazmamart.
Bien des années ont passé et je continue à ruminer les propos de mon frère. Quand me parviennent les images de Palestine, ces images infâmes d’un autre siècle, d’une autre barbarie, lorsque mes yeux blessés restent ouverts face aux armadas de bulldozer qui, avec leurs gigantesques bouches béantes, engloutissent les murs, sur les femmes et les cris d’enfants, je me mets à douter de l’existence de ce Dieu-Amour. Pire, afin d’assouvir ma rage impuissante, maintes fois je me suis surpris éprouvant cet horrible sentiment de revanche lorsqu’un attentat décimait d’autres innocents en Israël. J’en ai honte. Je pense à Dounia, mon tout dernier bébé. Elle a trois ans. Elle ne cesse de sourire quand je la prends dans mes bras. Sarah et Mina ont Huit et dix ans. Et je tremble à l’idée qu’un monstre gorgé de haine, qu’il soit barbu ou Général, ne vienne me les prendre un jour.
- Tu m’entends, Aziz ?
- Oui, je t’entends petit frère ?
- Et ton Dieu, dis, où est-Il ?
- Il est dans l’esprit de Moïse, dans l’âme de Jésus, dans la conscience de Mohamed. Il est dans ton cœur… petit frère.

mercredi 18 septembre 2013

La Maroc / L'impunité système de valeur! 1

Par Mohammed Belmaïzi, 16/9/2013
Plus de cinq décennies, les violations des droits humains au Maroc n’ont cessé de provoquer l’opinion et d’indigner la conscience en torpillant l’avènement de l’Etat de Droit dont notre association l’AMDH exige vivement l’édification. Arrestations, torture, disparations et assassinats ont mis l’Etat marocain au ban des nations démocratiques et civilisées. Il a fallu que le scandale crève les yeux et érode significativement la façade cosmétique collée à la peau de l’autoritarisme de cet Etat, pour que l’étendue de l’horreur des violations éclate au grand jour. Parmi tant d’écrits et d’interventions, retenons le livre de Gille Perrault « Notre ami le roi » qui décrit les arcanes du pouvoir personnel d’Hassan II. L’Histoire retiendra de ce monarque de droit divin qu’il s’est ingénié à opprimer, à bannir et à ériger des bagnes clandestins contre ses opposants. C’est alors que sous la pression nationale et internationale, le régime a cédé. Et le monde a ouvert les yeux sur le désastre de Tazmamart et d’Agdz, entre autres mouroirs clandestins au Maroc.

Pour redorer son blason, le régime marocain, en se dépêchant de tourner cette hideuse page, exhibe sa ‘bonne volonté’ et crée le CCDH (Conseil Consultatif des Droits de l’Homme) en 1990. Il opta, huit ans plus tard, pour l’Alternance, un gouvernement dirigé par le socialiste Abderrahman el-Youssoufi  Celui-là même qui évoqua durant son exil, les délits attentatoires de l’Etat marocain comme inhérents aux « crimes contre l’humanité ». Mais pour effacer et passer sous silence cette macabre phase contre les droits humains, on s’est empressé de désigner un « ministre chargé des Droits de l’Homme » au sein de ce gouvernement. Signe d’un consensus irraisonné à tous les niveaux de l’Etat et de ses commis, anciens et nouveaux venus, pour arracher la défense des droits humains des mains des associations autonomes, telle que l’AMDH. C’est que l’Etat marocain excelle dans ses créations et remaniements d’organes étatiques pour la défense des Droits de l’Homme. Et c’est ainsi que le CCDH a été remplacé par le CNDH (Conseil National des Droits de l’Homme); étrange et subite reconversion d’un pouvoir nourri par la violence d’Etat. Chose fort curieuse et combien antagoniste avec la nature de ce régime qui recourt régulièrement à la coercition et aux descentes punitives contre manifestations et contestations populaires. On a enregistré tout récemment, dans le cadre du Mouvement du 20 février inscrit dans la foulée des Révolutions au Maghreb et au Proche-Orient, l’atteinte à la liberté de manifester des citoyens, habitants d’Abou Ayach, de Taza, de Safi,  d’Ifni… avec mort d’hommes, deuils et désarrois des familles brisées par nombre d’arrestations et d’emprisonnements arbitraires des jeunes.

Où trouve-t-on, alors les principes de « la protection des droits et libertés des citoyens et l’attachement du pays au respect de ses engagements internationaux en matière de protection et de promotion des droits de l’Homme », dont se gargarisent intellectuels et commis de l’Etat ? Accablant, à ce sujet, est le récent rapport de Juan Mendez, l’envoyé spécial des Nations Unis pour les Droits de l’Homme. Il note sans détour que « la torture et les mauvais traitements n’ont pas disparu » et révèle que « la pratique des traitements cruels persiste dans les affaires pénales de droit commun. » Il évoque « l’usage excessif de la force par la police pendant des manifestations à Rabat et dans plusieurs autres villes en février et en mars 2011 ». Il souligne les « événements du 15 mai 2012 à Rabat, à Fez, à Tanger et à Témara, localité où les manifestants réclamaient la fermeture du centre de détention ». Juan Mendez demande à l’Etat marocain de libérer Ali Arras de nationalité belgo-marocain, emprisonné arbitrairement sans preuves tangibles et irréfutables, à l’instar de l’ensemble des prisonniers du centre de détention de Témara, victimes de la vague liberticide qui voyait en chaque marocain un potentiel islamiste ou terroriste…

Même le CNDH, organe de l’Etat, reconnaît, en ‘transgression’ de ses accointances obligées, que les violations dans les prisons marocaines sont catastrophiques. La maltraitance des prisonniers se manifeste « par des coups portés aux moyens de bâtons et de tuyaux, la suspension sur des portes à l’aide de menottes, les coups administrés sur la plante des pieds (FALAQA), les gifles, les pincements à l’aide d’aiguilles, les brûlures, les coups de pied, le déshabillage forcé des détenus au vu et au su des autres prisonniers, les insultes et l’utilisation d’expressions malveillantes et dégradantes portant atteinte à la dignité humaine des détenus. Ces exactions ont été observées dans la plupart des prisons visitées avec une prévalence et une intensité qui diffèrent d’une prison à une autre… »

Comment en est-on arrivé à revivre les pratiques d’un passé immédiat qu’on fustigeait pourtant, pour tourner promptement la page ? La réponse est on ne peut plus limpide. Ce tableau fort pollué par la déliquescence de l’Etat marocain est inscrit dans les rouages de cet autre organe créé par le Maroc sous l’étiquette IER (Instance Equité et Réconciliation, son mandat allait du 7 Janvier 2004 au 30 Novembre 2005). Un spectacle bourré de manquements et de détournement du sens, puisque les victimes des années de plomb qui devaient décrire leurs drames, étaient sommées de ne point mentionner leurs bourreaux. Un procès amputé de sa partie essentielle qui sont les bourreaux. Ces bourreaux qui continuent, sans être inquiétés, à occuper les basses et hautes instances de l’Etat. Ce procès édulcoré par des invocations mensongères de la fameuse « justice transitionnelle » était prévisible, lorsqu’on sait que l’Etat se refuse obstinément à s’excuser des atrocités du passé devant la souveraineté du peuple marocain. Il est à noter en effet, que selon la constance de l’oppression et des violations des Droits Humains, décrites plus haut, le Maroc se refuse à promouvoir la « justice » et la « transition », à l’instar de ce qu’ont fait les Sud Africains lors de l’abolition de l’Apartheid. Un exemple pourtant si riche de leçons que l’Etat marocain appuyé par ses intellectuels et ses commis, ont lamentablement feint d’omettre.

Notre association l’AMDH l’a dit et répété : sans abolir l’impunité, aucune page ne peut être tournée pour accéder à la paix sociale, à la gouvernance éthique, à la démocratie et à la prospérité. L’impunité à tous les niveaux d’ailleurs, restera comme une écharde dans le pied purulent des dominants, voué à des métastases, contestées et contestables.

Alors, c’est pour quand une authentique démocratie et un Etat de Droit, pour bannir définitivement l’impunité, cette maladie dévastatrice ?

mardi 29 janvier 2013

Ahmed Marzouki : L'interrogatoire

Ahmed Marzouki

ancien détenu de Tazmamart

“Benzekri nous a laissé tomber”
Smyet bak ?
Ali ben Abdessalam ben Abdellah.


Smyet mok ?
Rahma bent Omar.


Nimirou d’la carte ?
C 662747.


Ces dernières années, vous avez disparu de la circulation. Qu’est-ce que vous faisiez de beau ?
J’ai traduit des ouvrages, participé à plusieurs conférences sur les droits de l’homme. J’ai également publié le mois dernier un recueil de nouvelles, intitulé Mihnat Al Faragh. Et depuis deux semaines, j’écris une chronique dans le nouvel hebdomadaire arabophone Hespress.


Vous êtes donc devenu écrivain en fin de compte ?
Je ne me considère pas comme tel, je n’ai pas cette prétention. Cellule 10, je l’ai écrit parce que je voulais absolument raconter aux Marocains ce que mes camarades et moi avions vécu à Tazmamart. Mais mon dernier ouvrage, je l’ai réalisé parce que j’ai été encouragé par Bichr Bennani, le fondateur de Tarik Editions, qui a toujours trouvé que j’écrivais bien et que j’avais le sens de l’humour.


Vous ne vous étiez pas lancé dans l’agriculture après avoir reçu une indemnité de l’Etat il y a une dizaine d’années ?
Oui, mais l’expérience s’est soldée par un échec. Je n’ai pas été le seul dans cette situation. La totalité des anciens de Tazmamart ont été arnaqués. Nous pensions que les gens allaient être bienveillants et nous aider, mais ils ont été nombreux au contraire à profiter de notre naïveté et de notre manque d’expérience.


Vous revoyez souvent les autres anciens détenus de Tazmamart ?
Pas vraiment. J’essaie de prendre des nouvelles régulièrement de tout le monde, mais ce n’est pas évident. Cinq anciens sont décédés ces dernières années. Nous avions une association, avec un siège où l’on se retrouvait souvent. Malheureusement, nous avons été obligés de le libérer, vu que nous n’avions plus les moyens de payer le loyer du local.


Actuellement, vous vivez de quoi ?
De mes traductions. J’ai un petit talent dans ce domaine, alors je l’exploite. En 2001, nous avions reçu en moyenne 2,5 millions de dirhams d’indemnité chacun. A peine de quoi acheter un toit, fonder une famille et mettre un peu d’argent de côté. Mais sans travail, nous avons tous vécus sur nos économies. Aujourd’hui, nous n’avons plus rien, nous ne recevons aucune indemnité mensuelle. L’Etat nous a complètement oubliés.


Si un jour vous rencontrez Mohammed VI, qu’est-ce que vous lui diriez ?
Tout d’abord, je le remercierais d’avoir pris en charge les deux opérations de mon fils. Il a eu un grave traumatisme crânien lorsqu’il avait cinq ans. Le roi a entendu parler de cela, et l’a envoyé à ses propres frais se faire soigner en France. Je n’oublierais jamais son geste. Mais je lui dirais aussi que nous attendons toujours que nos problèmes soient réglés. Nous avons déjà beaucoup trop souffert.


Les gens vous reconnaissent parfois dans la rue ?
Oui, surtout après mon passage sur Al Jazeera en 2009. Souvent, au restaurant, on m’annonce au moment de régler que la facture a déjà été payée ! Lors de mon pèlerinage à La Mecque, j’ai également été très surpris de voir que des Egyptiens, des Iraniens ou même des Indonésiens me reconnaissaient. Je dois
sûrement avoir une tête originale pour qu’ils s’en rappellent aussi bien (rires).


Ça ne vous dérange pas que tout le monde vous pose des questions sur votre expérience à Tazmamart ?
Non, de cette manière je ne laisse pas l’amertume me ronger de l’intérieur. Je dois continuer à en parler, pour que les gens n’oublient jamais. Ceci dit, dernièrement, j’ai découvert qu’un type que je connaissais avait enregistré mon numéro sur son téléphone en tant “qu’Ahmed Tazmamart” ! J’ai trouvé ça un peu exagéré (rires).


Vous avez passé 18 ans coupé du monde extérieur. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué lors de votre libération ?
J’ai été surtout marqué par le désespoir des jeunes, et le manque de solidarité entre les gens. J’avais le souvenir d’une société marocaine où les gens se serraient les coudes, et je me suis retrouvé face à une société individualiste, où le concept de “rahma” est devenu rare. On ne le voit plus qu’à la télévision, dans des feuilletons bas de gamme qui passent sur les chaînes nationales.


Vous n’avez pas l’air d’être très fan des chaînes télévisées marocaines…
Sincèrement, je ne supporte pas tout ce déferlement de feuilletons et séries turcs comme le fameux “Hareem Soltane” sur nos écrans... Je ne regarde jamais la télévision, à part quand il y a du foot ! Je ne rate jamais les matchs de l’équipe nationale, et les matchs de la Botola. Sinon, je regarde beaucoup les chaînes françaises Histoire et Historia et, bien sûr, tous les matchs et les émissions sur le FC Barcelone. Je suis un grand supporter de cette équipe !


Vous êtes un peu branché nouvelles technologies ou pas du tout ?
Demandez à mes deux fils de 12 et 14 ans, ils sont toujours morts de rire quand ils me voient en train d’essayer de surfer sur Internet (rires). Plus sérieusement, je ne me sers de mon ordinateur que pour écrire des textes, les enregistrer et les envoyer.


Avec du recul, que pensez-vous de l’Instance équité et réconciliation (IER) ?
Cette instance a fait beaucoup de choses, mais ce n’était pas suffisant. Il y a eu beaucoup de paroles en l’air. En ce qui nous concerne, on nous avait promis que Tazmamart ne serait pas rasé, qu’il y aurait un musée et que les tombes seraient identifiées et auraient des épitaphes. C’est tout le contraire qui est arrivé. Driss Benzekri nous a laissé tomber.


Quel regard portez-vous sur l’évolution des droits de l’homme au Maroc ?
Fort heureusement, nous sommes aujourd’hui très loin de la période Hassan II et de son grand vizir Driss Basri. Mais il y a encore beaucoup de choses à faire. Le problème, c’est que l’Etat a opté pour des demi-solutions. Pourquoi ne pas dire enfin toute la vérité sur les affaires Ben Barka, Manouzi et Rouissi ? Je ne comprends vraiment pas.


Antécédents
1947.  Naissance à Ghafsay, dans le Rif
1971.  Emprisonné suite au coup d’Etat de Skhirat
1991.  Libéré du bagne de Tazmamart
1998.  Se marie
2000.  Publie Cellule 10 chez Tarik Editions / Paris Méditerranée
2012.  Sort un recueil de nouvelles, Mihnat Al Faragh (Tarik Editions)


Croyez-le ou non, Ahmed Marzouki est un homme très jovial, même s’il a vécu l’enfer pendant 18 ans à Tazmamart. Arrivé avec 30 minutes de retard, l’ancien détenu politique s’excuse, en expliquant avec le sourire qu’il n’a jamais eu le sens de la ponctualité, “à part, ironie du sort, le jour du coup d’Etat de Skhirat en 1971”. Un jour qui a changé sa vie, et qui a fait de cet ancien militaire le détenu le plus connu des années de plomb. Attablé à un café du centre-ville de Rabat, Marzouki parle de ses années d’incarcération comme s’il racontait de banals souvenirs de jeunesse. “Vous savez, avec le temps, cela ne me fait plus ni chaud ni froid de parler des horreurs que nous avons vécues”, explique-t-il calmement. Mais lorsqu’il est question de parler des responsables censés défendre les victimes des atteintes aux droits de l’homme, il s’énerve : “Ils nous ont tous oubliés, alors que nous avions confiance en eux. Sebbar, Herzenni, El Yazami ou encore Ramid, ils ont tous érigé un mur entre eux et les victimes des années de plomb. Ils considèrent que ce n’est plus leur problème”. Sauf qu’ils sont toujours là. Et Marzouki aussi, déterminé plus que jamais à ne pas baisser les bras.


dimanche 13 janvier 2013

A lire et diffuser ! Centre de détention secret de Témara, lettre ouverte à Abdelilah Benkirane



Portrait de Ali El-Gazi
Par Ali El-Gazi, 13/1/2013
Ali El Gazi, ancien commissaire à la DGST, revient sur l'existence du centre de détention de Témara, un lieu dont la classe politique nie bien volontiers l'existence malgré l'insistance des ONG internationales.


Monsieur,
En tant que citoyen marocain et en ma qualité d’ancien commissaire de police ayant servi dans les rangs de la DGST pendant plus de 19 ans et compte tenu du vent de changement qui a soufflé sur le Maroc,  je me fais un devoir de briser le silence ou plutôt mon silence autour de la question des violations des droits de l’homme au Maroc et du centre de détention secret de Témara, véritable symbole des atteintes aux droits et à la dignité de l’homme.
Les événements qu’a connus le Maroc au cours de l’année 2011 à savoir l’organisation du référendum (1er juillet 2011) et la tenue d’élections législatives (25 novembre 2011) ont suscité en moi beaucoup d’espoirs auxquels j’ai cru naïvement. Mais le silence complice de plus d’un responsable qui entoure cette prison secrète et les sévices qui y ont été perpétrés a brisé tous mes espoirs d’un lendemain qui chante en matière des droits de l’homme.

Les autorités marocaines ont beau nier l’existence de ce tristement célèbre centre, la première fois c’était en 2004, l’année où le procureur général du Roi auprès de la Cour d’appel de Rabat a effectué une visite d’inspection au siège de la DGST et à l’issue de laquelle il a affirmé n’avoir constaté l’existence d’aucun local pouvant servir d’un lieu de détention secret. Après une deuxième visite effectuée sous la pression de la rue le 18 mai 2011, le procureur général du Roi a réaffirmé les mêmes conclusions à savoir que les locaux de ce siège n’abritaient aucun lieu de détention. Cette visite a été suivie par celle du Président et du Secrétaire général du CNDH et de celle des parlementaires, dont Lahcen Daoudi, qui ont tour à tour fait le même constat. Un constat d’autant plus surprenant qu’il émane, entre autres, d’anciens détenus politiques et défenseurs des droits de l’homme qui ont eux‑mêmes subi, au cours des années de plomb, les affres de la détention et de la torture. Le 2 novembre 2011, une délégation marocaine s’est fait l’écho, devant les experts du Comité contre la torture réunis à Genève, des résultats de ces visites et a tenté en vain de nier l’existence de ce centre de détention. Et depuis lors le Maroc n’a eu de cesse d’en nier l’existence chaque fois que l’occasion se présentait.

Par ces dates, j’avoue que je ne vous apporte rien de nouveau puisqu’il s’agit là d’un secret de Polichinelle, sauf qu’en ma qualité d’ancien commissaire de police à la DGST, je déclare en mon âme et conscience que ce centre a bel et bien existé.
Dire que ce centre n’a jamais existé ou qu’il s’agit d’une légende qui n’a que trop duré comme l’a déclaré l’ancien ministre de la Communication et porte‑parole du gouvernement Al Fassi, M. Khalid Naciri dans un entretien à RFI relève de la distorsion de la réalité et de la désinformation. Ce haut lieu de torture a été, par excellence, un lieu de torture et de violation des droits de la personne les plus élémentaires où les détenus ont enduré les traitements et les sévices les plus dégradants.

Pire encore, ce centre a servi de lieu de détention où la DST a pratiqué la torture sur des détenus étrangers pour le compte d’autres pays. Là encore, je ne vous apporte rien de nouveau, M. Mustapha Ramid, pour ne citer que celui‑là, alors député du PJD n’a‑t‑il pas un jour déclaré urbi et orbi que dans ce centre on pratiquait la torture « par procuration » au profit d’autres pays? Ce même député n’a‑t‑il pas annoncé avoir rassemblé de nombreux témoignages de citoyens qui auraient été victimes d’actes de torture dans ce centre de détention? Des actes abominables pratiqués dans ce centre et dans d’autres endroits au Maroc que je dénonce et auxquels j’ai toujours refusé de participer. Mon refus d’y participer n’a pas été sans me valoir de gros ennuis qui m’ont contraint à signer mon départ « in » volontaire en 2005 et à quitter mon pays.

N’est‑il pas donc grand temps, Monsieur le Chef du gouvernement, que M. Mustapha Ramid, aujourd'hui ministre de la Justice et des Libertés ordonne l’organisation d’une visite en bonne et due forme à ce siège en présence d’anciens pensionnaires de ce centre de détention, de leurs avocats et d’experts internationaux pour recueillir tout indice susceptible de révéler l’existence de cette prison? N’est‑il pas urgent qu’il ordonne l’ouverture d’une enquête sur les violations des droits de la personne et sur la torture pratiquée systématiquement dans ce centre de détention et ailleurs?
Les auteurs de ces violations tiennent toujours les commandes et ils ont même bénéficié de plusieurs promotions. Faut‑il donc attendre des années ou des décennies pour que leur responsabilité soit établie, qu’il soit mis fin à l’impunité dont ils bénéficient, que la justice soit faite et que l’existence de ce centre de détention soit reconnue?
On a beau nier, des années durant, l’existence de Tazmamart, d’Agdz et de Kelaat Magouna pour ne citer que ceux‑là, mais on a fini par reconnaître leur existence. Qu’on le veuille ou non, le centre de détention de Témara subira tôt ou tard, le même sort que ceux‑là, car tout finira, un jour, par se savoir.

Maintenant que le ministère de la Justice est échu à votre parti et que la nouvelle constitution vous accorde des pouvoirs élargis, vous n’avez pas le droit de vous trouver des excuses pour ne pas faire diligenter des enquêtes sur les exactions commises. Vous n’avez pas non plus le droit d’être insensible et sourd aux nombreux témoignages sur la torture, pratiquée dans ce centre, relayés par des associations nationales et internationales de défense des droits de l’homme.
Sachez, Monsieur le Chef du gouvernement, que nier l’existence de ce centre de sinistre mémoire revient à nier les cruels sévices infligés à ses anciens pensionnaires dont les aveux, qui leur ont été extorqués, ont souvent été utilisés, devant les tribunaux, comme preuves pour leur condamnation. Sachez aussi que nier cette existence est une injustice flagrante à leur égard, puisque, ce faisant, vous leur déniez un droit élémentaire à savoir celui d’être rétablis dans leurs droits et de poursuivre en justice les responsables des violences qu’ils ont subies.
Je ne doute nullement de votre volonté ni de vos bonnes intentions, mais la seule volonté et toutes les bonnes intentions du monde ne suffisent pas. Seule une bonne dose de courage moral et politique, une qualité, je n’en doute pas, dont vous ne manquez pas, vous permettra de veiller à une bonne gouvernance sécuritaire. Et la bonne gouvernance, un principe qui vous est très cher, passe par une gestion transparente du dossier des violations des droits de l’homme.
Certes, vous avez hérité de plusieurs dossiers et leur traitement ne se réalise pas d’un coup de baguette magique, je vous le concède, mais ma plus grande crainte est de vous voir traiter le dossier des droits de l’homme avec votre fameuse formule سلف عما الله اعف (faire table rase du passé) ou de le mettre aux oubliettes.

Enfin, permettez‑moi, Monsieur le Chef du gouvernement, de saluer, à travers cette lettre ouverte, le courage et la persévérance des jeunes et des moins jeunes du Mouvement du 20 février, toutes tendances confondues, grâce auquel votre parti a gagné les élections, qui ont bravé toutes les interdictions et ont tenté d’organiser le 15 mai un pique‑nique devant le siège de la DST pour dénoncer les violations des droits de l’homme qui y ont été perpétrées. L’histoire retiendra surtout la persévérance et la détermination de ces jeunes qui ne désarment pas en dépit de la répression qui continue à s’abattre sur eux et les procès iniques dont ils sont l’objet. 

Permettez-moi, Monsieur le Chef du gouvernement, de vous exprimer mes vœux de succès les plus sincères et j’espère que vos promesses électorales relatives à la bonne gouvernance ne restent pas de vœux pieux. 

jeudi 11 novembre 2010

Un rescapé de Tazmamart agressé en plein Bruxelles

Par Ayad Ahram secrétaire général de l'ASDHOM, 11/11/2010
 L'ASDHOM vient d'être informée de l'agression dont a fait l'objet Ahmed
Marzouki, l'un des rescapés du sinistre bagne de Tazmamart, à Bruxelles où
il s'est rendu pour une conférence sur les droits de l'Homme au Maroc.
L'ASDHOM dénonce cette agression et manifeste sa solidarité avec Ahmed
Marzouki. Nous alertons l'opinion publique sur le retour des méthodes dignes
des années de plomb qu'a connues le Maroc.
Nous devons plus que jamais restés mobilisés pour la défense des droits de
l'Homme et la protection des défenseurs de ces droits au Maroc.

Un défenseur marocain des droits de l'homme agressé à Bruxelles
BRUXELLES, 10 novembre 2010 (AFP) - Le défenseur marocain des droits de
l'homme Ahmed Marzouki, survivant du bagne de Tazmamart, a été agressé
mercredi en début de soirée à Bruxelles par deux inconnus qui l'ont roué de
coups et insulté en arabe, a-t-il indiqué à l'AFP.
L'auteur du best-seller "Tazmamart, cellule 10", qui a passé 18 années
enfermé dans le sinistre bagne de Tazmamart pendant les "années de plombs"
au Maroc (1960-1999), devait donner une conférence mercredi soir dans la
capitale belge sur le thème de la "réconciliation" et des droits de l'homme
dans son pays.
"Alors que nous marchions dans la rue avec un petit groupe pour nous rendre
à la conférence, un homme m'a intercepté par l'arrière, m'a placé un genou
dans le dos et m'a fait tomber. Ensuite, les coups ont commencé à pleuvoir
de tous côtés et j'ai aperçu une arme blanche", a expliqué M. Marzouki,
joint par téléphone. "Ils m'ont insulté en arabe", a-t-il précisé.
Selon le réalisateur de cinéma Mohamed Ouachen, qui a assisté à la scène,
les agresseurs étaient deux. Ils ont pris la fuite lorsque qu'une autre
intervenante à la conférence, qui était restée avec M. Marzouki un peu en
retrait du groupe, a donné l'alerte, a expliqué M. Ouachen.
"C'est un travail de professionnel", a pour sa part jugé M. Marzouki,
estimant qu'il s'agissait probablement de "gens qui veulent se montrer plus
royalistes que le roi".
Ahmed Marzouki a affirmé avoir la "joue gauche douloureuse" et "des côtes
qui font mal" à la suite de l'agression dont il a été victime. Il a indiqué
avoir déposé plainte devant la police belge.
M. Marzouki a encore expliqué n'avoir "jamais connu une telle chose au
Maroc", où il donne régulièrement ce type de conférences et où il ne se
considère pas comme un opposant.
Selon le sénateur belge Hassan Bousetta, cette agression a causé en quelques
heures un grand émoi dans la communauté d'origine marocaine de Belgique.
"Les milieux hyper-marocains sont très tendus" suite au démantèlement
violent d'un campement de contestataires au Sahara occidental par les
autorités de Rabat, a souligné le sénateur socialiste, d'origine marocaine.
"On craint un retour à des pratiques que l'on pensait révolues", a-t-il
ajouté.

jeudi 16 septembre 2010

Maroc : Nouvelle vie pour les bagnes des années de plomb


Par Yann Ngomo, Yabiladi, 15/9/2010
Kasbah d'Agdz
Symboles de la répression pendant les années de plomb, d’anciens centres de rétentions vont bientôt être élevés au rang de monuments historiques. La restauration de ces lieux chargés d’histoire va dans le sens de la préservation de la mémoire, mais la plus symbolique de ces prisons a disparu…
Tagounit
D’après l’AFP, le ministère de la Culture et le Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH) auraient signé ce mercredi une convention permettant la transformation d’anciens centres de détentions secrets. Ces derniers deviendront des lieux de mémoire et des espaces culturels, l’objectif étant d’en faire des « espaces de préservation et de réhabilitation de la mémoire », souligne l’AFP.
Derb Moulay Chrif
Les lieux concernés sont les centres de détention des Kasbahs d’Agdez et de Tagounit dans la province de Zagora, les Kasbahs de S’koura dans la province de Ouarzazate, Kasbah Kelaât Megouna dans la province de Tinghir, ainsi que l’ancien centre de détention de Derb Moulay Cherif à Casablanca.
Derb Moulay Chr
Rappelons qu’une convention similaire avait été conclue en 2008 entre le CCDH et le ministère de l’Habitat. Il s’agissait alors de « convertir les endroits où se produisaient d’épouvantables abus de liberté pour en faire des places commémoratives qui célébreront l’espoir et l’avenir ».
Symboles des disparitions forcées, et d’autres violations des libertés commises durant les tristement célèbres années de plomb, les anciens centres de détentions devaient être restaurés, conformément à l’une des résolutions de l’Instance Equité et réconciliation (IER). Ladite résolution stipulait que « dans le cadre du règlement définitif des effets de la disparition forcée, l’instance s’est attelée à l’élaboration d’une nouvelle approche pour la sauvegarde de la mémoire, qui propose la reconversion des anciens centres illégaux de séquestration ou de détention en projets productifs et capables de préserver la mémoire».
Ahmed Marzouki
Mais ce nouvel effort de réconciliation des autorités marocaines aura-t-il tout son sens lorsqu’on sait par exemple que le plus célèbre de ces centres de détention a été détruit ? En effet son souvenir est encore frais dans les mémoires de ceux qui y ont vécu, mais il ne reste aujourd’hui, pratiquement rien de Tazmamart. Les cellules du bagne rasées en 2006, il ne reste aujourd’hui, que les tombes de ceux qui y ont péri, comme unique témoignage de ce qui s’y est passé.
Heureusement, il y a aussi des survivants de l’enfer de Tazmamart. Ahmed Marzouki est l’un d’eux.Il a d’ailleurs publié en 2000 un livre intitulé « Tazmamart, cellule 10 », en référence à la cellule qu’il occupait. Dans une interview qu’il a accordée à l’hebdomadaire marocain Tel Quel, il a ainsi déclaré « Tazmamart existera toujours dans nos chairs et dans nos cœurs. Les faits sont là. Nier l’existence du bagne est une insulte à la mémoire des disparus et à l’Histoire ». Ses souvenirs, et ceux des autres survivants, regroupés aujourd’hui au sein de l’Association des victimes du bagne de Tazmamart (AVIBAT), est une autre contribution précieuse à un passé bien sombre.