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vendredi 8 juillet 2016

Au Maroc, Amina, 14 ans, « petite bonne » privée d’enfance


Le 28 juin 2016 à Marrakech, Michelle Obama et l’actrice Meryl Streep rencontrent des jeunes Marocaines bénéficiaires du programme "Let girls learn", qui encourage la scolarisation.

Dans leur villa de Californie, un quartier huppé de Casablanca, Achraf et Zineb*, la trentaine, forment un jeune couple emblématique d’un Maroc ouvert, prospère et dynamique. Ils se sont fraîchement installés dans cette partie de la capitale économique très convoitée par les nouveaux riches. Tous deux sont cadres dans le secteur bancaire et « possèdent » une « petite bonne » de 14 ans. Le père de celle-ci connaît la famille d’Achraf. « Amina* est très attachée à notre bébé Hajar », précise Achraf en esquissant un sourire presque fier.

Avant de travailler à Casablanca, Amina « vivait avec ses parents et ses nombreux frères et sœurs à Béni Mellal », une ville située dans le centre du royaume, au pied du Moyen-Atlas. « Il y a deux ans, sa mère nous l’a confiée pour qu’elle vive dans une ville où elle aura plus d’opportunités. Nous la traitons comme notre propre fille, ajoute le jeune cadre. Ma femme va l’inscrire dès l’année prochaine dans une association pour qu’elle apprenne la couture », conclut-il.

Une loi controversée

La question des « petites bonnes » est un sujet très controversé au Maroc. Un projet de loi interdisant le travail des jeunes filles de moins de 18 ans a été adopté le 31 mai par la première chambre du Parlement. Mais le même texte autorise une période transitoire de cinq ans au cours de laquelle le travail domestique des filles de 16 à 18 ans serait autorisé. Les ONG actives dans ce domaine espèrent que leur plaidoyer portera ses fruits avant le vote de la Chambre des conseillers, deuxième chambre du Parlement.

vendredi 17 juillet 2015

Travail des "petites bonnes" au Maroc: Nouveau visage de l'esclavage moderne


Publication:
CHILD WORK MOROCCO
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SOCIÉTÉ - Selon le "collectif pour l'éradication du travail des petites bonnes", entre 60.000 et 80.000 fillettes de 8 à 15 ans sont exploitées comme domestiques au Maroc. Une forme de traite humaine qui perdure dans ce pays demeuré très inégalitaire, et qui touche la majorité des pauvres. Comment on en est arrivé là? Et comment s'en sortir?
Appréhender un tel phénomène n'est pas chose aisée, mais l'on peut structurer les principaux déterminants autour de deux aspects: l'offre et la demande du travail domestique. Du côté de l'offre, le chômage (9,9% en 2014) et son corollaire la pauvreté (15% en 2014), conduisent les parents à devenir incapables de subvenir aux besoins de base de leurs enfants, ce qui les contraint à donner leurs petites filles à des familles plus aisées afin, d'une part, de se décharger du fardeau de subvenir à leurs besoins, et d'autre part, avoir un revenu supplémentaire, quoique modeste, pour être capable d'assumer la charge des autres enfants.
Étant le lot de familles nombreuses, les parents en position de faiblesse ne pourraient négocier des conditions dignes pour l'accueil de leurs filles, ce qui explique aussi que les familles d'accueil ont tendance à abuser de leur pouvoir, surtout devant le silence des petites filles. Celles-ci deviennent en quelque sorte le bouc émissaire de l'incapacité des parents à assumer leurs responsabilités.
La rareté des opportunités d'emploi et d'activités génératrices de revenu, rend le travail des petites filles dans les villes inéluctable. L'endettement des parents, se trouvant au pied du mur, les pousse à donner leurs filles sans se préoccuper des conditions de leur travail.

dimanche 31 mai 2015

Le travail des enfants au Maroc reste élevé malgré un net recul, selon le rapport de l’Observatoire national des droits de l’enfant et de l’Unicef.

86.000 enfants travaillent au Maroc

86.000 enfants travaillent au Maroc
Le travail des enfants au Maroc reste élevé malgré un net recul, selon le rapport de l’Observatoire national des droits de l’enfant et de l’Unicef. 

Le rapport publié à l’occasion de la Journée nationale de l’enfant indique que 86.000 enfants travaillaient en 2013 dans le royaume, soit 1,8% du total des enfants ayant entre 7 et 15 ans. Même si le phénomène est encore très présent, il enregistre néanmoins une grande baisse, puisque ce taux était de 9,7% en 1999.

Si les progrès sont indiscutables, le chiffre reste élevé à cause essentiellement du travail domestique des petites filles. Souvent écartées de l’école dans les zones rurales, ces petites filles sont exploitées par des employeurs de la ville. Une situation qui s’est aggravée d’après le rapport due à « l’absence d’un cadre juridique réglementant ce secteur, ce qui diminue la protection de ces enfants. ». En effet, l’application du projet de loi relatif au travail domestique de 2011 tarde encore à venir.
En ce qui concerne les enfants des rues, l’absence des données à propos de cette catégorie d’enfants les met en grand danger : agressions, maladies, accidents, abus sexuels, etc. Les associations estiment le nombre de ces enfants à 25.000 au niveau national, dont 20 à 25% se trouvant à Casablanca.
Pour échapper à la violence domestique ou à l’extrême pauvreté, certains enfants quittent leur pays cherchant de meilleures opportunités. Le Haut commissariat des réfugiés (HCR) a enregistré 850 réfugiés parmi eux 243 enfants ayant entre 0 et 17 ans, et 3942 demandeurs d’asile politique, dont 744 enfants.

Plus de 195.000 mendiants au Maroc
Autre point très répandue au Maroc à ce sujet : la mendicité des enfants. L’enquête nationale réalisée par le ministère de Solidarité, de la femme, de la famille et développement social estime le nombre de mendiants à 195.950 personnes, dont 48% d’hommes, 51% de femmes. 62% de cette catégorie pratique la mendicité de manière professionnelle. Ce phénomène inclut également les enfants.
Quand à la relation des enfants avec la loi, la situation générale de la réforme du système judiciaire de 2013 a mis l’accent sur plusieurs déséquilibres et points faibles qui concernent ou affectent la protection de l’enfant. Viennent en tête de ces points, la lenteur et la complexité des procédures, et le manque d’intérêts aux victimes d’actes criminels.
Quant aux enfants handicapés, le coût élevé dans la protection de leurs droits constitue un vrai handicap pour s’occuper de ces enfants, particulièrement quand ils font partie de familles en situation de précarité.
Pour ce qui est des établissements de protection sociale, le rapport indique que le nombre d’enfants quittant ces établissements est en augmentation (175% entre 1999 et 2010). Cette hausse est due au budget limité consacré de la part de l’État et des communes pour la protection des enfants.
Enfin, le rapport note également l’augmentation des situations et formes de violences, agressions, marginalisation et exploitation des enfants. En 2011 et 2012, d’après les données du ministère de la Justice, ces deux années ont enregistrés une aggravation et augmentation inquiétante des taux de négligence des familles et des situations de non-déclaration des enfants.

 http://www.medias24.com/SOCIETE/155262-86.000-enfants-travaillent-au-Maroc.html

jeudi 26 septembre 2013

Mort de la "petite bonne" Fatima à Agadir

“Punir mais aussi réhabiliter les autres petites filles exploitées” 
Par Kisito Ndour, AufaitMaroc,

L'affaire de la “petite bonne” Fatima (14 ans), morte suite à des brûlures au troisième degré causées par son employeuse qui la maltraitait, reprend ce mardi devant le tribunal de la ville. Constitué partie civile, le “Collectif pour l’éradication du travail des petites bonnes” appelle à une mobilisation de tous pour dénoncer ces pratiques inhumaines.

L'exploitation des petites bonnes concernerait quelque 60.000 jeunes filles au Maroc. /DR
L'exploitation des petites bonnes concernerait quelque 60.000 jeunes filles au Maroc. /DR
Ce mardi aura lieu une nouvelle audience, devant le tribunal de première instance d'Agadir, sur l'affaire de la petite bonne Fatima, morte le 24 mars dernier à l’hôpital Hassan II d’Agadir suite à des brûlures au troisième degré que son employeuse lui avait infligées.
Constituées partie civile depuis six mois à travers le “Collectif pour l’éradication du travail des petites bonnes”, deux associations déclarées d’utilité publique, épaulées par trois avocats du barreau d’Agadir, ont décidé d'aller au combat. Non seulement pour que “justice soit rendue mais aussi pour que les dirigeants de ce pays prennent leur responsabilité et fassent de la lutte contre l'exploitation de ces petites filles une priorité”, explique Omar El Kindi, membre du collectif, contacté par nos soins.
“Nous attendons que justice soit rendue, mais aussi que l'on s'occupe du cas des 60.000 autres petites bonnes qui sont exploitées dans le pays. Le gouvernement veut punir par la répression, nous sommes d'accord là-dessus mais il faut aussi travailler à la réhabilitation des autres petites bonnes exploitées.* Est-ce que la condamnation de cette dame à l'origine de la mort de Fatima, à 20 ans de prison par exemple, va changer quelque chose au sort des autres filles exploitées ?”
Omar El Kindi, membre du “Collectif pour l’éradication du travail des petites bonnes”.
En guise de rappel, le communiqué du collectif soutient qu'“il y a six mois, en mars 2013, la petite Fatima, 14 ans, a été tuée à Agadir, suite à la mauvais traitements qu’elle subissait de la part de ses “employeurs” qui l’exploitaient, depuis près de 3 ans, au mépris du droit de cette mineure et des dispositions légales sur l’interdiction du travail des enfants de moins de 15 ans”.

Mobiliser et dénoncer
Ainsi, le collectif appelle “les acteurs sociaux et tous ceux qui refusent que nos enfants continuent à subir les affres de l’exploitation dans le travail domestique, à se mobiliser nombreux pour que justice soit faite et pour dénoncer la duplicité qui permet la perpétuation de telles pratiques inhumaines”.
Car des cas de petites bonnes torturées, parfois jusqu'à ce mort s'ensuive, il y en a dans ce pays. Rien que l'année dernière, outre le cas de Fatima, le “Collectif pour l’éradication du travail des petites bonnes” en a enregistré trois. Une petite domestique s'était jetée du 6e étage d'un immeuble à Casablanca et deux autres drames du même genre s'étaient produits à El Jadida et Oujda, rappelle Omar El Kindi.
Une condamnation rapide et lourde des bourreaux de Fatima serait déjà un signal fort envoyé par la justice marocaine. Mais, pour lutter efficacement contre ce phénomène, il faudrait une réelle politique de lutte contre le travail des enfants, coupant le mal à la racine.
* et à leur scolarisation(ndlr)



samedi 15 juin 2013

90.000 enfants dont 80 000 "petites bonnes" travaillent au Maroc

Par Bladi.net, 13 juin 2013

Plus de 90.000 enfants travaillent au MarocQuelque 92.000 enfants âgés de 7 à 15 ans travaillaient au Maroc en 2012. 92,4% d’entre eux résident en milieu rural, 21,7% travaillent en parallèle à leurs études, 59,2% ne fréquentent plus l’école et 19,1% n’y ont jamais mis les pieds.

Ces chiffres, publiés par le Haut Commissariat au Plan à l’occasion de la journée mondiale contre le travail des enfants célébrée le 12 juin, nous apprennent également que l’écrasante majorité, soit 9 enfants sur 10 en milieu rural, travaille pour aider sa famille.
En milieu urbain, 51,5% des enfants sont des apprentis, notamment dans les secteurs des services et de l’industrie, 25,3% sont des aides familiales, 22,1% sont salariés. En milieu rural, 95,5% des enfants travaillent dans l’agriculture, la forêt et la pêche.
Le travail des enfants est majoritairement masculin avec 54,1%, dont 51,1% en milieu rural et 90,3% en ville, et concernait 517.000 enfants en 1999. En 2011 ils étaient 123.000 à travailler avant l’âge légal.
Quelque 76.533 ménages, soit 1,1% des ménages marocains, font travailler leurs enfants, conclut le HCP dans son rapport.
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 Omar El Kindi, président de l'Association Insaf :

“Le travail des petites bonnes résulte des programmes socio-économiques qui ont failli”

Dernière mise à jour :

/DR80.000 filles de moins de 15 ans sont exploitées comme “petites bonnes” au Maroc et 60% des familles employeuses sont au fait de l’illégalité découlant du travail des enfants. Ces données filtrent de l’étude du Collectif “Pour l’éradication de l’exploitation des filles mineures dans le travail domestique”, publiée jeudi, à l'occasion de la Journée mondiale contre le travail des enfants. Éclairages avec Omar El Kindi, président de l’association INSAF.


Omar El Kindi (c), président de l'Association Insaf. /DR


Omar El Kindi (c), président de l'Association Insaf. /DR Propos recueillis par Kisito Ndour Agrandir





Comment avez-vous réalisé votre étude ?
Notre étude a été réalisée par un cabinet de conseil et pilotée par un expert expérimenté. Par contre, tout comme d’autres ONG (Human Right Watch), nous divergeons avec les données communiquées par le Haut commissariat au plan (HCP), qui parle de 92.000 enfants travaillant encore au Maroc en 2012. Un chiffre élevé mais en diminution. Cependant, nous considérons que notre mission ne doit pas être “polluée” par une quelconque polémique. Il suffit qu’il y ait 100 “petites bonnes” dans notre pays pour que notre combat mérite d’être mené.

D'après vous, qui est responsable de l'emploi illégal des enfants comme “petites bonnes” ? Leurs parents ou les familles employeuses ?
Nous ne raisonnons pas en termes de responsabilités directes dans la prolifération du marché des “petites bonnes”. Nous considérons que les causes relèvent de choix et de programmes socio-économiques qui ont failli.
La responsabilité des familles employeuses est grande car près de deux tiers d'entre elles savent que le travail des enfants est illégal. Les intermédiaires qui assurent l’approvisionnement de ce marché qui relève de l’esclavage, ont également une grande responsabilité. Quant aux familles “émettrices”, plus de la moitié ignorent la législation sur la scolarisation obligatoire et l’interdiction du travail des enfants. Ce qui n'exclut pas qu'elles soient responsables de l’abandon de leurs filles et de leur privation de droits fondamentaux.
Le problème est très complexe et doit être abordé en amont, par la résolution des aspects socio-économiques, en particulier dans le milieu rural; et en aval par des actions intégrées et cohérentes de lutte contre le travail des “petites bonnes” là où elles sont exploitées.

Vous demandez une loi spécifique qui sanctionnerait l'emploi des filles mineures. Qu'en est-il de la législation actuelle ?
La législation actuelle contient des éléments qui permettent d’agir: la loi sur la scolarisation obligatoire jusqu’à l’âge de 15 ans et le Code du travail, qui interdit le travail des moins de 15 ans. Cependant, nous demandons une loi comprenant les modalités juridiques et pratiques de protection, de prise en charge et de réparation. Le processus de prise en charge d’une fillette qui travaille comprend l’identification et l’information, le retrait du lieu d’exploitation, la prise en charge et la réinsertion. C’est un processus difficile et long. Il peut durer 4 à 7 ans.

Vous demandez à l'État de “définir le rôle des acteurs associatifs et le mode de leur intervention dans le processus de prévention contre l’exploitation des petites bonnes, la protection et la réinsertion des filles retirées du travail”. En quoi votre marge de manœuvre est-elle limitée ?
Nous posons, tout d’abord, des questions de principe. Pourquoi l’État déserte-t-il le terrain de la lutte contre ce type de dérives sociales, pourtant au cœur de sa mission? Pourquoi des organes de l’État traitent-ils les associations comme des subalternes ou des concurrents? Des associations qui agissent là où ils ont failli pour répondre à des demandes sociales réelles et urgentes. Pourquoi tant d’atermoiements pour donner aux associations la place de partenaire confirmée par la Constitution, avec toutes les prérogatives qu’elle impose?
Dans la lutte contre le travail des “petites bonnes”, le principal obstacle est d’ordre juridique. Personne n’est habilité aujourd’hui à intervenir dans le domicile d’une famille qui emploie une “petite bonne”. Par ailleurs, la prise en charge de la fillette retirée du lieu de son exploitation doit être assurée suivant une procédure réglementée.
L’autre obstacle majeur est d’ordre matériel. Les moyens des associations sont limités et nous avons de plus en plus de mal à convaincre les bailleurs de fonds de financer des activités qui relèvent de la mission de l’État. Dans le même temps, les départements ministériels, à l’exception de deux ou trois, ne semblent pas disposés à mettre la main à la poche.

Vous avez entrepris des programmes de retrait des “petites bonnes” et leur réinsertion. Comment cela se fait-il concrètement ? Avez-vous des chiffres ?
Depuis 2007, nous avons parrainé plus de 300 filles, dont 250 dans la province de Chichaoua, 50 à El Kelaâ et trois dans la province d’El Jadida. Deux de ces filles ont obtenu le baccalauréat. Deux autres poursuivent leurs études à l’université. 33 filles sont inscrites, cette année, au collège et au lycée.
Nous sommes conscients d’être loin du compte, mais nous considérons que ce que nous avons réalisé devrait servir de cadre pour élaborer des programmes (pilotes). C’est la proposition que nous avons faite plusieurs fois au ministère de la Solidarité, de la famille, de la femme et du développement social.
Nous attendons la réponse.

jeudi 17 janvier 2013

La "petite bonne " s'est jetée de la terrasse de ses employeurs pour mettre fin a sa vie

DR

Par Association INSAF Casablanca – 14/1/2013
Communiqué informatif au sujet de " la petite bonne" qui s'est jetée de la terrasse de ses employeurs pour   mettre fin a sa vie

Le mercredi 10 janvier 2013 à 11h30, N. N.,"domestique" dans une famille de médecin au Quartier Bourgogne à Casablanca, s’est jetée de la terrasse de ses employeurs pour mettre fin, nous dira-t-elle, à sa vie de femme physiquement exploitée et psychiquement martyrisée. Le jeune du quartier qui a tenté de la rattraper en bas de l’immeuble est décédé des suites du choc avec le corps de N. N..

Nous nous inclinons devant son acte spontané de citoyenneté et d’abnégation. Qu’il repose en paix.
Depuis la parution sur le net, mercredi soir, des premières informations concernant ce drame, nous avons tout essayé pour situer N. N. afin de lui apporter protection et soutien. Il nous a fallu trois jours pour la rencontrer dans un hôpital public de Casablanca et nous entretenir avec son père, près du commissariat du lieu du drame.
C’est dire les difficultés que nous avons, à chaque fois, à accéder à l’information et la manière inadmissible et condamnable dont la société civile est traitée pour l’empêcher de « faire son travail ».

Originaire d’un village perdu dans la région de Fès N. N. est ballottée, en tant que « petite bonne », depuis près de 5 ans, entre plusieurs grandes villes du centre et du sud du pays. Comme pour les très nombreuses « petites bonnes » que nous avons « sauvées », son maigre salaire était perçu, directement, par son père.
En 2010, elle a été victime d’un viol à Marrakech qui a marqué un tournant dramatique dans sa, déjà triste, vie. Ses parents auraient refusé de la recevoir à leur domicile et s’arrangent, depuis, à l’envoyer de maison en maison.
Blessée et exaspérée, elle a tentée de mettre fin à sa vie en se coupant les veines.
Devant l’indifférence de son entourage et la poursuite de son exploitation, elle a décidé de recommencer en se jetant de la terrasse de ses employeurs.

Aujourd’hui, nous essayons avec nos moyens et ceux des associations partenaires de lui assurer, avec son accord, une aide psychologique, un accueil en foyer et une prise en charge dans sa région d’origine.
Par-delà l’aspect anecdotique nécessaire pour informer l’opinion publique et interpeller les institutionnels concernés/responsables, cette dramatique affaire nous ramène à la réalité de la problématique des « petites bonnes » et à ses conséquences inhumaines que nous condamnons et que nous combattons avec force et détermination.
Nous confirmons que l’éradication de cette pratique inhumaine est possible.
A Chichaoua, nous avons pu sauver près de 200 filles.
A El Kelaâ des Sraghnas, nous en avons sauvé plus de 50.
Les filles retirées du travail domestique sont à l’école. En 2012, deux des filles ont obtenu le baccalauréat. Dans les zones de notre intervention, plus personne ne fait commerce de ses enfants.
Grâce à la mobilisation du Collectif associatif pour "l’éradication de l’exploitation des filles mineures dans le travail domestique", l’ancien gouvernement a introduit des articles pénalisant l’emploi des filles mineures dans le travail domestique.
Mais, l’affaire de N. N. nous rappelle l’urgence de promulguer une loi spécifique assortie de dispositions et de moyens concrets pour garantir le retrait des  "petites bonnes" du lieu de leur exploitation, leur protection, leur accompagnement médical et psychologique et leur réinsertion sociale et à l’école.
Nous coordonnons les actions à entreprendre avec nos partenaires dans le cadre du Collectif associatif et en appellerons à toutes et tous de nous y joindre.
Association INSAF Casablanca – Maroc14 janvier 2013

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Maroc : Aucun ministre au chevet de la bonne qui a tenté de se suicider 

 Par
 
Nassima. C'est le prénom de la jeune femme de ménage, qui a tenté de se suicider le 9 janvier dernier en sautant du 5ème étage d'un immeuble du quartier casablancais Bourgogne. Après avoir passé plusieurs jours à l'hôpital, elle en est ressortie comme si de rien n'était. Aucun officiel, pas même la ministre de la Femme et de la Famille, Bassima Hakkoui, ne se sont rendus à son chevet pour s'enquérir de son état de santé.
C’est avant-hier, lundi 14 janvier, que Nassima, la jeune bonne de 19 ans, qui avait tenté de suicider le 9 janvier dernier est sortie de l’hôpital à Casablanca, nous a fait savoir aujourd’hui Omar El Kindi, le directeur de l’association Insaf. Nassima souffre d'un traumatisme cranien, d'une fracture au bras, d'une jambe cassée et de plusieurs hématomes sur le corps. Dès sa sortie, elle a été prise en charge par la Ligue Démocratique des droits des femmes et se trouve actuellement dans l’un de ses centres d’accueil à Casablanca.

Où est Bassima Hakkaoui ?
Cependant, entre le temps où la jeune femme est entrée de l’hôpital pour recevoir des soins et en est sortie, aucun officiel, aucun ministre, pas même Bassima Hakkoui, ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social ne se sont rendus au chevet de la jeune femme pour savoir comment elle allait. Yabiladi a tenté de joindre la ministre cet après-midi, mais sans résultat.
Pourtant, le Premier ministre Benkirane n’a pas hésité à rendre visite « en secret » à la famille du jeune homme décédé après avoir tenté de rattraper la jeune femme dans sa chute, rapporte le site Mediapart parlant d’une visite le 9 janvier, le jour-même de son décès. « Ca ne coûtait rien au Premier ministre d’aller voir après, par curiosité, comment se sentait la jeune femme. Elle a été admise et soignée dans le pavillon 4 du CHU de Casablanca, un genre de hangar ouvert à tout le monde, où n’importe qui pouvait l’approcher », déplore Omar El Kindi. « Qu’aucun officiel ne se déplace après une tentative de suicide, on peut comprendre mais la manière dont cette affaire a été médiatisée, quelqu’un aurait pu au moins se déplacer. Chacun doit jouer son rôle », ajoute-t-il.
La tentative de suicide de Nassima intervient au moment d’une autre tragédie : le décès de la famille Berrada le 5 janvier dernier dans le crash de leur avion bimoteur en France. Farid Berrada, PDG de la société Colorado, son épouse et ses trois enfants ont été enterrés hier à Casablanca. Des funérailles au cours desquelles se sont déplacés massivement des leaders politiques et chefs d’entreprises. La liste est longue : Abdelilah Benkirane, Taïb Fassi-Fihri, conseiller royal aux affaires étrangères, Karim Ghellab, président de la Chambre des représentants, Nabil Benabdallah, le ministre de l’Habitat, Driss Jettou, Président de la Cour des comptes ou encore Mohamed Kettani, PDG de Attijariwafa Bank.

30 000 petites bonnes travaillent encore !
Avec tout le respect que nous devons à la mémoire de la famille décédée et à ses proches, on ne peut rester indifférent face à ce manque d'égard de la part des autorités du pays. Lorsqu’une bonne tente de se suicider pour la deuxième fois afin de mettre fin à son calvaire, aucun élu ou officiel ne demande après elle, ni n’est là pour l’écouter ou la réconforter.
La jeune femme vit pourtant un véritable cauchemar depuis qu’elle a 14 ans, âge où elle a commencé à travailler comme petite bonne à tout faire chez des familles aisées à Marrakech et à Casablanca. Un cauchemar qui n'est que le fruit des maux de la société marocaine dans laquelle elle a grandi. Le salaire qu’elle touchait allait directement dans les poches de ses parents qui la forcaient à travailler. En 2010, elle est victime d’un viol et s’ouvre les veines pour tenter de mettre fin à ses jours. Nassima a vécu et continue de vivre certainement ce que des milliers d’autres jeunes filles marocaines vivent au quotidien en silence. D’après les chiffres du Collectif pour l’éradication de l’exploitation des petites bonnes et l'Unicef, 30 000 fillettes travaillent encore aujourd'hui comme domestiques au Maroc alors que le pays interdit le travail avant 15 ans et que les enfants sont obligés d’aller à l’école jusqu’à 16 ans.

« Le lieu de vie des petites filles est chez leurs parents plutôt que chez des employeurs, leur présence doit être obligatoire dans les écoles pour les former et les préparer à faire face aux réalités de notre société et leur temps doit être dédié à l’épanouissement personnel, psychologique et social qui leur permet une meilleure intégration et prise de conscience de leurs facultés et leur personnalité », affirme Bassima Hakkaoui, ministre de la Solidarité, de la famille, de la femme, du développement social, interrogée sur le sujet.
Aucune pudeur
Lors de notre entretien avec Omar El Kindi, ce dernier déplore la manière sensationnaliste dont les médias ont couvert l’affaire de la jeune bonne. Il explique avoir été choqué de voir la vidéo de Nassima dans son lit à l’hôpital, sans que la personne qui a filmé, ne floute une partie du visage de la jeune femme en guise de respect. Il s’est dit également choqué de voir la une d’un journal arabophone d’il y a quelques jours publiant le visage plein d’echymoses de la jeune femme.
 http://www.yabiladi.com/articles/details/14975/maroc-aucun-ministre-chevet
 

vendredi 7 décembre 2012

Travail des domestiques étrangères et marocaines au Maroc

Exploitation et violences minent le secteur

Par Salma Raiss et Kisito Ndour ,

Des domestiques philippines ont témoigné de cas d'exploitation et de maltraitance dans l'exercice de leur métier au Maroc, mercredi à Rabat, lors d'une conférence de presse organisée par l'Organisation démocratique du travail. Une situation qui concerne la majorité d'entre elles, mais aussi d'autres domestiques étrangères telles que les Sénégalaises, sans oublier les petites bonnes marocaines, elles aussi victimes du même traitement.

Au Maroc,  60.000 à 80.000 filles mineures travaillent comme domestiques, selon Human Rights Watch. /DR
Au Maroc, 60.000 à 80.000 filles mineures travaillent
 comme domestiques, selon Human Rights Watch. /DR
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Nombre de domestiques au Maroc sont victimes d'exploitation et de mauvais traitements. Mercredi, lors d'une conférence de presse organisée à Rabat par l'Organisation démocratique du travail (ODT), des domestiques philippines employées au Maroc ont témoigné de la violence dont elles sont victimes de la part de leurs employeurs.
“J'ai été séquestrée chez une dame qui avait confisqué mon passeport. Pour le récupérer, elle m'a dit que je devais lui donner 4.000 dollars”, a affirmé Analissa Dalambines, une jeune Philippine. “Je suis prête à abandonner mon salaire de deux ans et demi et retourner dans mon pays”, a-t-elle ajouté avant de lancer: “mon employeur m'a violée”.
Présent à cette conférence de presse, le consul honoraire des Philippines, Porto Joselito, a affirmé que le Maroc comptait “près de 3.000 jeunes domestiques philippines”. “La majorité d'entre elles sont victimes de mauvais traitements et d'exploitation, y compris sexuelle”, a-t-il accusé.

Et les domestiques sénégalaises ?
L'exploitation et le mauvais traitement, les domestiques sénégalaises au Maroc en sont également victimes, même si le consul général du Sénégal à Casablanca, Cheikh Tidiane Sal, qui nous a accordé un entretien hier, ne veut pas généraliser.
À la question, est-ce que les domestiques sénégalaises sont victimes de violences de la part de leurs employeurs, M. Sal répond: “Il m'est difficile de répondre par oui, car cela équivaudrait à traduire le fait comme un phénomène permanent et quasi-général, et répondre par non ne correspondrait pas à la réalité.”
“Le phénomène de violence relève d'une forme de tromperie, en fait, sur les termes même du contrat. En général, les employeurs font croire aux domestiques qu'elles vont faire du travail de nurserie, ou s'occuper juste de la maison à une heure définie. Mais souvent quand elles débarquent, on les fait travailler du matin au soir sans arrêt, sans leurs laisser l'espace de liberté qui sied”, explique M. Sal.

Des réseaux d'intermédiaires
Le consul de préciser que “quand la personne n'a pas la possibilité de sortir ne serait-ce qu'une fois par semaine, ou une fois toutes les deux semaines, on peut considérer que c'est une forme de violence”.
Cheikh Tidiane Sal reconnaît également que des employeurs confisquent les passeports de leurs domestiques sur recommandations de réseaux d'intermédiaires sénégalais et marocains, qui ne cherchent qu'à rentabiliser leur investissement à travers cette pratique.
“Le phénomène est complexe. Il y a nos propres compatriotes qui jouent les intermédiaires, qui démarchent eux-mêmes les filles pour les amener et les placer chez des employeurs, qui leurs recommandent de confisquer le passeport de la domestique. C'est une forme de pression qu'on exerce sur la personne pour l'obliger à faire ce qu'on veut.”
                                                   Cheikh Tidiane Sal, consul général du Sénégal au Maroc.
Le consul précise qu'“assez souvent, nous recueillons dans nos locaux, des filles qui partent de chez leur employeur en laissant bagages et salaires”. “Il est arrivé qu'une employée échange des coups pour se défendre, mais ce ne sont pas des situations qu'on vit habituellement”, ajoute M. Sal.
Dans pareil cas, affirme le consul, “nous disposons de moyens de pression morale parce que quand les gens sont conscients que le consulat s'implique, ils deviennent plus prudents. Et souvent nous aboutissons à des solutions heureuses.”
Le consul confie également interpeller souvent les autorités locales pour parer à pareille situation.

Les domestiques marocaines aussi
Cependant, l'exploitation et les mauvais traitements ne sont pas l'apanage des domestiques étrangères. Les filles marocaines, mineures pour la plupart, en font également les frais.
Le dernier rapport de Human Rights Watch (HRW), paru en novembre, indique que la majorité des filles domestiques interrogées travaillent dur pendant 12 heures par jour, 7 jours sur 7, pour des sommes insignifiantes.
La majorité des filles interrogées ont indiqué avoir été maltraitées à la fois physiquement et verbalement par leurs employeurs. Certaines d’entre elles ont fait état de harcèlement ou agression sexuelle de la part de membres masculins du foyer les employant.
Selon une étude de HRW, effectuée en 2005, pas moins de 66.000 petites filles sont employées comme personnels de maison au Maroc. Aujourd’hui, aucune amélioration de la situation n’a été constatée, même si, pour le Collectif associatif pour l'éradication du travail des petites bonnes, leur nombre a été réduit de moitié en 2012, puisqu'elles ne sont plus que 30.000, alors que HRW maintient qu'il y a entre 60.000 et 80.000.

Conventions de partenariat avec les associations
Quoiqu’il en soit, les chiffres sont alarmants, et ne laissent pas indifférentes les associations militant pour les droits de l’Homme et des enfants.
Ces dernières appellent à l’harmonisation des lois marocaines avec la convention internationale des droits des enfants ainsi qu'à l’ensemble des conventions internationales relatives au travail, auquel le Maroc a pourtant adhéré.
Dans ce cadre, le ministère de l'Emploi et de la formation professionnelle a signé, mercredi à Rabat, des conventions de partenariat avec huit associations opérant dans la lutte contre le travail des enfants.
Lors de cette cérémonie, le ministre de l'Emploi et de la formation professionnelle, Abdelouahed Souhail, a souligné que l'adoption du plan d'action national pour l'enfance 2006-2015, “Maroc digne de ses enfants”, donne la mesure de la détermination du gouvernement à combattre ce phénomène, vu ses retombées négatives sur l'effort de scolarisation, et pour aider à leur intégration dans la société.



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  Salah Elayoubi, fb
La tragédie des Philippines au Maroc !
Eric Becker , fb
Je connais des femmes d’Afrique de l'ouest qui sont également abusées au Maroc, pour limiter les risques avec les petites bonnes, ces "patrons" s'en prennent à des étrangères !!!
  https://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=BNtMagpx6Pg#!


























































samedi 17 novembre 2012

Les enfants domestiques, la honte du Maroc


Par Jo Becker | Human Rights Watch, Rue89, 14/11/2012
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Tribune
Fatima avait à peine 9 ans lorsqu’elle a commencé à travailler à Casablanca pour une famille de cinq enfants. Elle se levait dès l’aube pour travailler sans interruption jusqu’à 11 heures du soir, préparant les repas, faisant la vaisselle, le ménage et les courses et s’occupant du bébé de sa patronne. « J’étais épuisée », m’a-t-elle confié.
Fatima dit que sa patronne l’insultait et la battait :
« Au début, elle se contentait de me gifler, mais ensuite elle s’est servie d’un tuyau en plastique. »
Elle a travaillé pour cette famille pendant deux ans, sans aucun congé, et n’a jamais eu le droit d’aller à l’école. Elle ne savait même pas combien elle était payée, car son salaire était versé directement à ses parents.


Un balai, au sol (Jace/Flickr/CC)
J’ai rencontré Fatima (ce n’est pas son vrai prénom) en mai 2012 dans l’Atlas marocain, à cinq heures de route de Casablanca. Avec l’aide d’une organisation non-gouvernementale, elle était rentrée chez elle et était à nouveau scolarisée.

Pourtant, son histoire n’est pas une exception au Maroc, où des milliers de filles sont employées comme domestiques. Elles sont recrutées dans des zones rurales pauvres pour aller travailler dans les villes. Les recruteurs leur promettent qu’elles y seront bien payées et bien traitées.
Mais la réalité est souvent tout autre : comme Fatima, beaucoup effectuent de longues journées de travail et sont victimes de mauvais traitements, pour un salaire largement en deçà du salaire minimum.

Salaire maximum : 68 euros par mois

Lors de l’enquête que j’ai fait au Maroc cette année, j’ai rencontré vingt jeunes filles qui avaient travaillé comme domestiques ; pas une n’était payée plus de 68 euros par mois.

Human Rights Watch avait mené une première enquête sur les enfants domestiques au Maroc en 2005. D’autres enquêtes réalisées quelques années auparavant avaient indiqué que 86 000 Marocaines de moins de 15 ans étaient employées comme domestiques.
Au niveau mondial, le travail domestique est la principale forme de travail des enfants ; il concernerait près de trente millions d’enfants, selon les estimations de l’Organisation internationale du travail (OIT).
Cette année, j’ai constaté que, si des progrès avaient été accomplis depuis notre précédente enquête, il restait du chemin à faire pour éradiquer cette forme de travail des enfants.
J’ai constaté que les campagnes de sensibilisation du public et l’attention accrue des médias avaient été plutôt efficaces. Le taux de travail des enfants a baissé.

Statistiques encourageantes

Selon les statistiques gouvernementales, le nombre d’enfants de moins de 15 ans engagés dans toutes les formes de travail est passé de 517 000 en 1999 à 123 000 en 2011, même si aucune donnée récente n’est disponible pour établir le nombre d’enfants travaillant comme domestiques.
Le gouvernement a également fait des progrès en ce qui concerne la scolarisation des enfants, en partie grâce à des allocations mensuelles octroyées aux familles rurales pauvres pour qu’elles continuent à scolariser leurs enfants.
Mais en dépit de ces avancées, le travail domestique des enfants demeure un grave problème : les enfants employés comme domestiques sont habituellement dissimulés chez leurs employeurs, loin de leurs familles et hors de portée des inspecteurs du travail. De ce fait, ils sont particulièrement vulnérables aux mauvais traitements physiques et psychologiques et aux sévices sexuels. La plupart n’ont aucune idée vers qui se tourner pour trouver de l’aide.
Par exemple, Aziza, 13 ans, m’a confié que le fils de son employeur avait tenté de la violer. Elle ne savait même pas comment trouver le poste de police le plus proche. Elle a couru jusqu’à un arrêt d’autobus et a demandé de l’aide à un chauffeur. Celui-ci l’a emmenée à la police.

Que peut-on faire ?

Il existe des actions spécifiques que le gouvernement marocain peut entreprendre pour aider ces jeunes filles et mettre fin au travail domestique des enfants.
  • il peut mieux faire appliquer les lois interdisant l’emploi d’enfants de moins de 15 ans, en créant un système efficace impliquant la police, les travailleurs sociaux, les éducateurs, les associations locales et les autorités pour identifier les enfants concernés, les retirer de chez leurs employeurs et leur fournir une assistance ;
  • le gouvernement peut aussi sanctionner les employeurs qui engagent sciemment des enfants en dessous de l’âge minimum, et renforcer les campagnes de sensibilisation ainsi que les programmes incitant à la scolarisation des filles ;
  • il peut également veiller à ce que les filles de plus de 15 ans bénéficient de conditions de travail décentes, en adoptant une loi leur donnant accès au repos hebdomadaire, au salaire minimum et à une durée du travail limitée – des droits qui vont de soi pour les autres travailleurs.
Les bailleurs de fonds internationaux peuvent aussi faire davantage. En 2008, l’Organisation internationale du travail avait consacré 827 000 euros à la lutte contre le travail des enfants au Maroc, une somme donnée par les Etats-Unis, la Belgique et la France. En 2011, cette aide est tombée à 82 000 euros, limitant de façon drastique la capacité de l’OIT à maintenir des programmes efficaces de lutte contre le travail des enfants.
Le taux de travail des enfants est en net recul au Maroc et dans d’autres parties du monde. Pourtant, pour de nombreuses filles comme Fatima, le travail des enfants demeure une cruelle réalité qu’il est nécessaire de combattre.
Aller plus loin
 http://www.rue89.com/2012/11/14/enfants-domestiques-la-honte-du-maroc-237024
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Ali Fkir a partagé une photo de Sawtak.com.
Au Maroc, certains s'enragent lorsqu'une femme non voilée passe à côté d'eux, mais s'en foutent des enfants chétifs, ventre creux, marchant à pieds nus
في شوارع وطني هناك من يغضب لمنظر امراة لا ترتدي حجاباً اكثر مما يغضب لمنظر طفل لا يرتدي حذاء.
في شوارع وطني هناك من يغضب لمنظر امراة لا ترتدي حجاباً اكثر مما يغضب لمنظر طفل  

lundi 23 août 2010

Maroc -Violence contre les enfants : L'affaire de la domestique Fatima

Par Abderrahim Bourkia | LE MATIN, 22/8/2010

Quelques minutes. C'est le temps qu'il a fallu au juge pour reporter l'audience dans le cadre de l'affaire de la domestique Fatima à la demande de l'avocat de la défense, après l'ajout d'un nouveau chef d'accusation.
La salle 8 du tribunal de première instance de Aïn Sebaâ était archi-comble. Il était 13h35, lorsque le président de la cour a levé la séance. Mais quelques minutes auparavant, à la demande du président de la cour l'accusée s'est présentée les larmes aux yeux. L'air triste, elle se tenait devant le juge. Sa voix a été à peine audible. «Voila de quoi l'on vous accuse», rappelle le juge. La femme, inculpée pour coups et blessures, en sanglots baissait la tête. Elle affirme avoir frappé légèrement la petite fille. Le juge lui a rappellé que son comportement tombe sous le coup de l'article 408 qui stipule : « …est puni d'un à trois ans de réclusion quiconque a volontairement causé des blessures ou porté des coups à un enfant âgé de moins de quinze ans».
Après avoir écouté l'accusée, le juge a ordonné de présenter la victime et son père. Ce dernier a retiré sa plainte. Il ne veut plus poursuivre l'accusée, a-t-il déclaré au président de la cour. L'audience a été levée juste après cette déclaration. Le juge a reporté l'examen de l'affaire au 25 aout prochain. L'avocat de l'accusée a présenté son recours à la cour, suite à une requête d'inclure un nouveau chef d'accusations par l'avocate de l'association, la partie civile. L'avocate Me Zahia Amoummou a demandé de retenir l'article 411 du code pénal comme un autre chef d'inculpation. Cette loi stipule que lorsque le coupable est un ascendant de la victime ou la victime est placée sous sa garde la peine serait de deux à cinq ans. Une nouvelle qui tétanisé l'accusée et ses proches. Dans le hall du tribunal, la famille de l'accusée était en pleurs. 
Des membres de l'association ont entouré le père de Fatima. Ils lui ont reproché le fait de retirer sa plainte. Ce père de cinq enfants, quatre filles dont Fatima et un garçon qui vient de douar El Ketajrt Demsira à proximité de la ville d'Imentanout (région d'agadir) ne voulait plus poursuivre l'accusée. «Elle est membre de sa famille et a deux enfants un de deux ans et demi et l'autre d'un an et quelques mois», a-t-il dit. Et d'ajouter que sa fille va bien maintenant et a eu juste peur. «Elle n'avait que de petites blessures, elle est soignée et se porte bien», a-t-il expliqué.
Récapitulatif
L'affaire a éclaté, il y a quelques semaines lorsque des particuliers ont repéré la petite Fatima, seule en plein rue, et l'ont confiée par la suite à la Police. D'abord, les limiers l'ont amenée au Samu-social à Casablanca, lieu d'accueil d'urgence des personnes en situation difficile. «Les soins qui lui ont été prodigués à l'hôpital Bouafi, ont révélé la gravité de son état. La victime souffre, désormais, de lésions traumatiques étendues sur tout le corps y compris ses parties intimes, d'ecchymoses et d'abrasions cutanées», précise un membre de l'association qui s'est constitué partie civile. Selon ses propos, la fillette a été ballottée entre plusieurs lieux inadaptés.
Elle a été placée avec des populations dont les problématiques sociales n'ont rien à voir avec sa situation, faute de centres dédiés et de procédures de prise en charge spécifique. Ce n'est pas une première. Les affaires sur la violence commise à l'égard des enfants et des domestiques ne se ressemblent pas, mais elles s'assemblent.
Une affaire similaire a fait couler beaucoup d'encre, celle de Zineb. Cette fille de 11 ans qui a été torturée et maltraitée par l'épouse d'un juge à Oujda. Son maigre corps squelletique stigmatisé, son visage balafré au fer rouge, son crâne rasé, qui ont fait la Une des journaux et diffusés à la télévision, en disent long sur la sauvagerie de certains employeurs.
Un rapport de Human Rights Watch dévoilé le 20 décembre 2005 a tiré la sonnette d'alarme sur la situation des filles domestiques du Maroc (www.lematin.ma). Enfin, il faut souligner que la loi relative à la protection des domestiques a déjà vu le jour, il y a quelques mois. Ce texte prévoit l'interdiction de travail avant l'âge de 15 ans à défaut d'une autorisation parentale jusqu'à 18 ans. Ainsi qu'un contrat en bonne et due forme, un salaire minimal, des congés payés. Malheureusement ce texte existe mais il n'est pas encore appliqué. 
L'Unicef estime entre 70 000 et 90 000, le nombre de petites bonnes marocaines de moins de quinze ans sans défense, souvent victimes d'abus et de harcèlement de la part de leur employeur. L'élimination de ce phénomène de travail des enfants passe nécessairement par la lutte contre la pauvreté et le développement des régions enclavées du pays.
Elément légal
Les articles 408 et 409 ainsi que les deux premiers paragraphes de l'article 411 stipulent, en pareils délits, des peines pouvant aller jusqu'à 5 ans de prison ferme. Etant donné que quiconque volontairement fait des blessures ou porte des coups à un enfant âgé de moins de quinze ans(…) ou commet volontairement sur cet enfant toutes autres violences ou voies de fait à l'exclusion des violences légères est puni de l'emprisonnement d'un an à trois ans (art 408). Ainsi, lorsqu'ils résultent des coups et des blessures, violences de fait ou privations visés à l'article précédent, une maladie, une immobilisation ou une incapacité du travail supérieure à vingt jours, ou s'il y a eu préméditation, guet-apens ou usage d'une arme, la peine de l'emprisonnement est de deux à cinq ans ( art 409).
Repères
Protection des domestiques
Le texte prévoit également d'encadrer les tâches à accomplir (nettoyage, baby sitting, cuisine, aide aux personnes âgées, jardinage...). Les petites bonnes bénéficieront d'un repos hebdomadaire minimum de 24 heures.
En cas de violations
Les contrevenants seront condamnés à des peines d'emprisonnement de trois mois avec sursis. Reste à savoir comment et par qui les contrôles seront effectués. La question est loin d'être résolue puisqu'il faudra pour ce faire pénétrer à l'intérieur des foyers.