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samedi 28 novembre 2015

30.000 mères célibataires chaque année au Maroc, dans l'indifférence générale



30.000 mères célibataires chaque année au Maroc, dans l'indifférence générale

Le Maroc fait le strict minimum pour les femmes victimes de violences et ignore totalement le sort des mères célibataires.
Selon les Nations Unies, une femme sur trois dans le monde est victime de violence physique ou sexuelle. Et la plupart de ces actes violents sont perpétrés par le partenaire intime.
L’organisation internationale ajoute que dans certains pays, 7 femmes sur 10 subissent des abus. 700 millions de femmes dans le monde ont été mariées enfants, dont 250 millions avant l’âge de 15 ans. Toujours d’après l’ONU, les filles qui se marient avant l’âge de 18 ans ont moins de chances de finir leur scolarité; elles sont plus exposées à la violence domestique.
Ces chiffres sont mis en évidence en ce 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. A l’occasion de cette journée, l’association marocaine INSAF (Institution nationale de solidarité avec les femmes en détresse) publie, en partenariat avec SOS Femmes en Détresse en Algérie et Réseau Amen Enfance Tunisie, un recueil de 125 témoignages de mères célibataires maghrébines, intitulé "Mères célibataires au Maghreb, défense des droits et inclusion sociale".
L’ouvrage retrace le parcours de femmes marocaines, tunisiennes et algériennes enceintes et rejetées par la société.
Il s’agit d’une enquête, apprend-t-on par communiqué. Elle cible la cause principale des niveaux alarmants d’abandons d’enfants dans ces trois pays: l’exclusion sociale des mères célibataires malgré la ratification par les trois pays des conventions sur l’élimination des discriminations à l’égard des femmes et sur les droits des enfants.
Les interviewés rassemblent des mères et des professionnels (médecins, assistants sociaux…). Ils racontent les violences et les situations de non-droit auxquelles les victimes font face.
L’enquête menée entre décembre 2013 et décembre 2014 par Luciana Uchôa-Lefebvre fournit aussi des données comparées et des conclusions. Ainsi, il ressort du rapport que le Maroc fait le "strict minimum" pour les femmes victimes de violences.
De plus, aucun des trois pays n’accorde une aide matérielle ni une allocation à ces femmes. Le rapport ajoute plusieurs constats:
-le statut de mère célibataire n’existe pas;
-l’IVG n’est autorisée qu’en Tunisie;
-la pension alimentaire est extrêmement difficile à obtenir;
-la mère célibataire peut se retrouver en prison (article 490 du code pénal).
Pas de chiffres officiels
Suite à l’aboutissement de cette initiative soutenue par l’Union européenne et l’Agence française de développement, Bouchra Ghiati, présidente de l’INSAF, confie à Médias24: "Le but de ce travail était de relever les bonnes pratiques et de comparer les cadres juridiques de chaque pays."
Elle retire plusieurs enseignements du recueil: "Dans nos pays, rien n’est sûr au niveau des statistiques. Ainsi, les chiffres marocains qui font état de 30.000 mères célibataires au Maroc sont le résultat d’une étude que nous avons commanditée. Celle-ci rassemble des statistiques fournies par la société civile. Or, ce n’est pas nous qui devrions effectuer ce travail."
"Pour vous dire à quel point il est difficile d’obtenir des données, nous devons d’abord recevoir l’autorisation du ministère de la Santé pour accéder aux livrets qui se trouvent dans les maternités. Ensuite, nous devions comparer ces informations à celles de l’état civil pour déterminer combien d’enfants ont été abandonnés, etc... C’est une grosse besogne! Quand on voit que la Tunisie compte 1.500 mères célibataires et l’Algérie 7.000, on se pose des questions. Nous aimerions des chiffres officiels. Cela nous permettrait de voir si la situation évolue dans le temps, si elle varie en ville par rapport à la campagne… 3.000 femmes sur 30.000 au Maroc viennent trouver les associations, selon nos estimations. La majorité des mères célibataires sont perdues, exclues. Cela devrait faire réagir les États."
Autre enseignement: "La Tunisie a des pratiques qui méritent de retenir l’attention. Il existe des accompagnements dans les maternités par des assistantes sociales. Il y a une certaine prise en charge de l’Etat. Une avancée a aussi eu lieu au Maroc en 2010, avec la circulaire du ministère de l’Intérieur autorisant la mère célibataire à inscrire son enfant à son nom, sans l’autorisation de son frère ou de son père. Toutefois, il faut souligner que rien n’est jamais acquis! Dans les sociétés, on décèle des similitudes. Même en Tunisie, on revient en arrière. Il faut toujours rester en veille, en alerte."
L’enquête, dont le fil conducteur est le parcours de la mère célibataire (de la gestation à la décision de garder son enfant…), est disponible gratuitement. 

Responsabiliser toutes les parties concernées
La présidente de l'INSAF recommande, suite à la parution de l'enquête, d’agir urgemment, dans les maternités, tout d’abord. "Chaque jour, une de nos assistantes sociales fait le tour des 9 maternités de Casablanca pour empêcher les mères de succomber aux pressions d’abandonner leur enfant. On pense qu’elles sont de moins en moins nombreuses à les laisser mais c’est faux."
Ensuite, il faudrait trouver un moyen de responsabiliser toutes les personnes concernées par la naissance du bébé. "Au Maroc, on se marie désormais en moyenne à 28-30 ans, à cause du chômage, de la difficulté d’avoir son propre logement… Il faut trouver des solutions à ces problèmes-là. Tous ces paramètres sont imbriqués. Il y a par ailleurs une hypocrisie sociale qu’il faut admettre."
"Ainsi, il n’est pas rare qu’un couple se fiance. La famille de la fille accepte la proposition sans trop poser de questions sur le jeune homme. La fille tombe enceinte. Le fiancé disparaît dans la nature. On apprend qu’il était déjà marié. Et puis, toute la famille de la fille rejette la faute sur celle-ci…"

 http://www.medias24.com/SOCIETE/159868-30.000-meres-celibataires-chaque-annee-au-Maroc-dans-l-indifference-generale.html

jeudi 17 janvier 2013

La "petite bonne " s'est jetée de la terrasse de ses employeurs pour mettre fin a sa vie

DR

Par Association INSAF Casablanca – 14/1/2013
Communiqué informatif au sujet de " la petite bonne" qui s'est jetée de la terrasse de ses employeurs pour   mettre fin a sa vie

Le mercredi 10 janvier 2013 à 11h30, N. N.,"domestique" dans une famille de médecin au Quartier Bourgogne à Casablanca, s’est jetée de la terrasse de ses employeurs pour mettre fin, nous dira-t-elle, à sa vie de femme physiquement exploitée et psychiquement martyrisée. Le jeune du quartier qui a tenté de la rattraper en bas de l’immeuble est décédé des suites du choc avec le corps de N. N..

Nous nous inclinons devant son acte spontané de citoyenneté et d’abnégation. Qu’il repose en paix.
Depuis la parution sur le net, mercredi soir, des premières informations concernant ce drame, nous avons tout essayé pour situer N. N. afin de lui apporter protection et soutien. Il nous a fallu trois jours pour la rencontrer dans un hôpital public de Casablanca et nous entretenir avec son père, près du commissariat du lieu du drame.
C’est dire les difficultés que nous avons, à chaque fois, à accéder à l’information et la manière inadmissible et condamnable dont la société civile est traitée pour l’empêcher de « faire son travail ».

Originaire d’un village perdu dans la région de Fès N. N. est ballottée, en tant que « petite bonne », depuis près de 5 ans, entre plusieurs grandes villes du centre et du sud du pays. Comme pour les très nombreuses « petites bonnes » que nous avons « sauvées », son maigre salaire était perçu, directement, par son père.
En 2010, elle a été victime d’un viol à Marrakech qui a marqué un tournant dramatique dans sa, déjà triste, vie. Ses parents auraient refusé de la recevoir à leur domicile et s’arrangent, depuis, à l’envoyer de maison en maison.
Blessée et exaspérée, elle a tentée de mettre fin à sa vie en se coupant les veines.
Devant l’indifférence de son entourage et la poursuite de son exploitation, elle a décidé de recommencer en se jetant de la terrasse de ses employeurs.

Aujourd’hui, nous essayons avec nos moyens et ceux des associations partenaires de lui assurer, avec son accord, une aide psychologique, un accueil en foyer et une prise en charge dans sa région d’origine.
Par-delà l’aspect anecdotique nécessaire pour informer l’opinion publique et interpeller les institutionnels concernés/responsables, cette dramatique affaire nous ramène à la réalité de la problématique des « petites bonnes » et à ses conséquences inhumaines que nous condamnons et que nous combattons avec force et détermination.
Nous confirmons que l’éradication de cette pratique inhumaine est possible.
A Chichaoua, nous avons pu sauver près de 200 filles.
A El Kelaâ des Sraghnas, nous en avons sauvé plus de 50.
Les filles retirées du travail domestique sont à l’école. En 2012, deux des filles ont obtenu le baccalauréat. Dans les zones de notre intervention, plus personne ne fait commerce de ses enfants.
Grâce à la mobilisation du Collectif associatif pour "l’éradication de l’exploitation des filles mineures dans le travail domestique", l’ancien gouvernement a introduit des articles pénalisant l’emploi des filles mineures dans le travail domestique.
Mais, l’affaire de N. N. nous rappelle l’urgence de promulguer une loi spécifique assortie de dispositions et de moyens concrets pour garantir le retrait des  "petites bonnes" du lieu de leur exploitation, leur protection, leur accompagnement médical et psychologique et leur réinsertion sociale et à l’école.
Nous coordonnons les actions à entreprendre avec nos partenaires dans le cadre du Collectif associatif et en appellerons à toutes et tous de nous y joindre.
Association INSAF Casablanca – Maroc14 janvier 2013

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Maroc : Aucun ministre au chevet de la bonne qui a tenté de se suicider 

 Par
 
Nassima. C'est le prénom de la jeune femme de ménage, qui a tenté de se suicider le 9 janvier dernier en sautant du 5ème étage d'un immeuble du quartier casablancais Bourgogne. Après avoir passé plusieurs jours à l'hôpital, elle en est ressortie comme si de rien n'était. Aucun officiel, pas même la ministre de la Femme et de la Famille, Bassima Hakkoui, ne se sont rendus à son chevet pour s'enquérir de son état de santé.
C’est avant-hier, lundi 14 janvier, que Nassima, la jeune bonne de 19 ans, qui avait tenté de suicider le 9 janvier dernier est sortie de l’hôpital à Casablanca, nous a fait savoir aujourd’hui Omar El Kindi, le directeur de l’association Insaf. Nassima souffre d'un traumatisme cranien, d'une fracture au bras, d'une jambe cassée et de plusieurs hématomes sur le corps. Dès sa sortie, elle a été prise en charge par la Ligue Démocratique des droits des femmes et se trouve actuellement dans l’un de ses centres d’accueil à Casablanca.

Où est Bassima Hakkaoui ?
Cependant, entre le temps où la jeune femme est entrée de l’hôpital pour recevoir des soins et en est sortie, aucun officiel, aucun ministre, pas même Bassima Hakkoui, ministre de la Solidarité, de la Femme, de la Famille et du Développement social ne se sont rendus au chevet de la jeune femme pour savoir comment elle allait. Yabiladi a tenté de joindre la ministre cet après-midi, mais sans résultat.
Pourtant, le Premier ministre Benkirane n’a pas hésité à rendre visite « en secret » à la famille du jeune homme décédé après avoir tenté de rattraper la jeune femme dans sa chute, rapporte le site Mediapart parlant d’une visite le 9 janvier, le jour-même de son décès. « Ca ne coûtait rien au Premier ministre d’aller voir après, par curiosité, comment se sentait la jeune femme. Elle a été admise et soignée dans le pavillon 4 du CHU de Casablanca, un genre de hangar ouvert à tout le monde, où n’importe qui pouvait l’approcher », déplore Omar El Kindi. « Qu’aucun officiel ne se déplace après une tentative de suicide, on peut comprendre mais la manière dont cette affaire a été médiatisée, quelqu’un aurait pu au moins se déplacer. Chacun doit jouer son rôle », ajoute-t-il.
La tentative de suicide de Nassima intervient au moment d’une autre tragédie : le décès de la famille Berrada le 5 janvier dernier dans le crash de leur avion bimoteur en France. Farid Berrada, PDG de la société Colorado, son épouse et ses trois enfants ont été enterrés hier à Casablanca. Des funérailles au cours desquelles se sont déplacés massivement des leaders politiques et chefs d’entreprises. La liste est longue : Abdelilah Benkirane, Taïb Fassi-Fihri, conseiller royal aux affaires étrangères, Karim Ghellab, président de la Chambre des représentants, Nabil Benabdallah, le ministre de l’Habitat, Driss Jettou, Président de la Cour des comptes ou encore Mohamed Kettani, PDG de Attijariwafa Bank.

30 000 petites bonnes travaillent encore !
Avec tout le respect que nous devons à la mémoire de la famille décédée et à ses proches, on ne peut rester indifférent face à ce manque d'égard de la part des autorités du pays. Lorsqu’une bonne tente de se suicider pour la deuxième fois afin de mettre fin à son calvaire, aucun élu ou officiel ne demande après elle, ni n’est là pour l’écouter ou la réconforter.
La jeune femme vit pourtant un véritable cauchemar depuis qu’elle a 14 ans, âge où elle a commencé à travailler comme petite bonne à tout faire chez des familles aisées à Marrakech et à Casablanca. Un cauchemar qui n'est que le fruit des maux de la société marocaine dans laquelle elle a grandi. Le salaire qu’elle touchait allait directement dans les poches de ses parents qui la forcaient à travailler. En 2010, elle est victime d’un viol et s’ouvre les veines pour tenter de mettre fin à ses jours. Nassima a vécu et continue de vivre certainement ce que des milliers d’autres jeunes filles marocaines vivent au quotidien en silence. D’après les chiffres du Collectif pour l’éradication de l’exploitation des petites bonnes et l'Unicef, 30 000 fillettes travaillent encore aujourd'hui comme domestiques au Maroc alors que le pays interdit le travail avant 15 ans et que les enfants sont obligés d’aller à l’école jusqu’à 16 ans.

« Le lieu de vie des petites filles est chez leurs parents plutôt que chez des employeurs, leur présence doit être obligatoire dans les écoles pour les former et les préparer à faire face aux réalités de notre société et leur temps doit être dédié à l’épanouissement personnel, psychologique et social qui leur permet une meilleure intégration et prise de conscience de leurs facultés et leur personnalité », affirme Bassima Hakkaoui, ministre de la Solidarité, de la famille, de la femme, du développement social, interrogée sur le sujet.
Aucune pudeur
Lors de notre entretien avec Omar El Kindi, ce dernier déplore la manière sensationnaliste dont les médias ont couvert l’affaire de la jeune bonne. Il explique avoir été choqué de voir la vidéo de Nassima dans son lit à l’hôpital, sans que la personne qui a filmé, ne floute une partie du visage de la jeune femme en guise de respect. Il s’est dit également choqué de voir la une d’un journal arabophone d’il y a quelques jours publiant le visage plein d’echymoses de la jeune femme.
 http://www.yabiladi.com/articles/details/14975/maroc-aucun-ministre-chevet