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samedi 28 novembre 2015

30.000 mères célibataires chaque année au Maroc, dans l'indifférence générale



30.000 mères célibataires chaque année au Maroc, dans l'indifférence générale

Le Maroc fait le strict minimum pour les femmes victimes de violences et ignore totalement le sort des mères célibataires.
Selon les Nations Unies, une femme sur trois dans le monde est victime de violence physique ou sexuelle. Et la plupart de ces actes violents sont perpétrés par le partenaire intime.
L’organisation internationale ajoute que dans certains pays, 7 femmes sur 10 subissent des abus. 700 millions de femmes dans le monde ont été mariées enfants, dont 250 millions avant l’âge de 15 ans. Toujours d’après l’ONU, les filles qui se marient avant l’âge de 18 ans ont moins de chances de finir leur scolarité; elles sont plus exposées à la violence domestique.
Ces chiffres sont mis en évidence en ce 25 novembre, journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. A l’occasion de cette journée, l’association marocaine INSAF (Institution nationale de solidarité avec les femmes en détresse) publie, en partenariat avec SOS Femmes en Détresse en Algérie et Réseau Amen Enfance Tunisie, un recueil de 125 témoignages de mères célibataires maghrébines, intitulé "Mères célibataires au Maghreb, défense des droits et inclusion sociale".
L’ouvrage retrace le parcours de femmes marocaines, tunisiennes et algériennes enceintes et rejetées par la société.
Il s’agit d’une enquête, apprend-t-on par communiqué. Elle cible la cause principale des niveaux alarmants d’abandons d’enfants dans ces trois pays: l’exclusion sociale des mères célibataires malgré la ratification par les trois pays des conventions sur l’élimination des discriminations à l’égard des femmes et sur les droits des enfants.
Les interviewés rassemblent des mères et des professionnels (médecins, assistants sociaux…). Ils racontent les violences et les situations de non-droit auxquelles les victimes font face.
L’enquête menée entre décembre 2013 et décembre 2014 par Luciana Uchôa-Lefebvre fournit aussi des données comparées et des conclusions. Ainsi, il ressort du rapport que le Maroc fait le "strict minimum" pour les femmes victimes de violences.
De plus, aucun des trois pays n’accorde une aide matérielle ni une allocation à ces femmes. Le rapport ajoute plusieurs constats:
-le statut de mère célibataire n’existe pas;
-l’IVG n’est autorisée qu’en Tunisie;
-la pension alimentaire est extrêmement difficile à obtenir;
-la mère célibataire peut se retrouver en prison (article 490 du code pénal).
Pas de chiffres officiels
Suite à l’aboutissement de cette initiative soutenue par l’Union européenne et l’Agence française de développement, Bouchra Ghiati, présidente de l’INSAF, confie à Médias24: "Le but de ce travail était de relever les bonnes pratiques et de comparer les cadres juridiques de chaque pays."
Elle retire plusieurs enseignements du recueil: "Dans nos pays, rien n’est sûr au niveau des statistiques. Ainsi, les chiffres marocains qui font état de 30.000 mères célibataires au Maroc sont le résultat d’une étude que nous avons commanditée. Celle-ci rassemble des statistiques fournies par la société civile. Or, ce n’est pas nous qui devrions effectuer ce travail."
"Pour vous dire à quel point il est difficile d’obtenir des données, nous devons d’abord recevoir l’autorisation du ministère de la Santé pour accéder aux livrets qui se trouvent dans les maternités. Ensuite, nous devions comparer ces informations à celles de l’état civil pour déterminer combien d’enfants ont été abandonnés, etc... C’est une grosse besogne! Quand on voit que la Tunisie compte 1.500 mères célibataires et l’Algérie 7.000, on se pose des questions. Nous aimerions des chiffres officiels. Cela nous permettrait de voir si la situation évolue dans le temps, si elle varie en ville par rapport à la campagne… 3.000 femmes sur 30.000 au Maroc viennent trouver les associations, selon nos estimations. La majorité des mères célibataires sont perdues, exclues. Cela devrait faire réagir les États."
Autre enseignement: "La Tunisie a des pratiques qui méritent de retenir l’attention. Il existe des accompagnements dans les maternités par des assistantes sociales. Il y a une certaine prise en charge de l’Etat. Une avancée a aussi eu lieu au Maroc en 2010, avec la circulaire du ministère de l’Intérieur autorisant la mère célibataire à inscrire son enfant à son nom, sans l’autorisation de son frère ou de son père. Toutefois, il faut souligner que rien n’est jamais acquis! Dans les sociétés, on décèle des similitudes. Même en Tunisie, on revient en arrière. Il faut toujours rester en veille, en alerte."
L’enquête, dont le fil conducteur est le parcours de la mère célibataire (de la gestation à la décision de garder son enfant…), est disponible gratuitement. 

Responsabiliser toutes les parties concernées
La présidente de l'INSAF recommande, suite à la parution de l'enquête, d’agir urgemment, dans les maternités, tout d’abord. "Chaque jour, une de nos assistantes sociales fait le tour des 9 maternités de Casablanca pour empêcher les mères de succomber aux pressions d’abandonner leur enfant. On pense qu’elles sont de moins en moins nombreuses à les laisser mais c’est faux."
Ensuite, il faudrait trouver un moyen de responsabiliser toutes les personnes concernées par la naissance du bébé. "Au Maroc, on se marie désormais en moyenne à 28-30 ans, à cause du chômage, de la difficulté d’avoir son propre logement… Il faut trouver des solutions à ces problèmes-là. Tous ces paramètres sont imbriqués. Il y a par ailleurs une hypocrisie sociale qu’il faut admettre."
"Ainsi, il n’est pas rare qu’un couple se fiance. La famille de la fille accepte la proposition sans trop poser de questions sur le jeune homme. La fille tombe enceinte. Le fiancé disparaît dans la nature. On apprend qu’il était déjà marié. Et puis, toute la famille de la fille rejette la faute sur celle-ci…"

 http://www.medias24.com/SOCIETE/159868-30.000-meres-celibataires-chaque-annee-au-Maroc-dans-l-indifference-generale.html

jeudi 7 mai 2015

Mères célibataires : L'Insaf va lancer une étude sur les opportunités d'emplois

L'Institut national de solidarité avec les femmes en détresse (Insaf) a lancé un appel d'offres pour une étude sur les opportunités d'emplois des mères célibataires au Maroc. Cette association lutte contre l'exclusion des mères célibataires et l'abandon des enfants nés hors mariage. Elle fournit ainsi aux mères célibataires et à leurs enfants des prestations pour assurer leur protection et leur autonomisation.

Chaque année, près de 200 mères et leurs enfants, généralement en situation précaire, bénéficient d’une prise en charge adaptée auprès de l'Insaf : «accueil, écoute et orientation, prise en charge des besoins d’urgence, hébergement, soutien médical et psychologique, accompagnement administratif, conseil juridique, développement personnel et médiation familiale».
En prévision du lancement de son nouveau centre multifonctionnel, courant 2016, l'Insaf veut ainsi avoir une vision globale des opportunités d'emplois des mères célibataires au Maroc, dans l'optique d’augmenter le nombre des bénéficiaires de ses prestations.
Toujours dans ce cadre, l'Insaf a lancé en mars 2015 le projet «Autonomisation des mères célibataires avec leurs enfants au Maroc dans le respect de leurs droits et dignité» qui bénéficie du soutien matériel de la Commission européenne pour une durée de 4 ans. L'objectif de ce projet est de «favoriser l’accès de 1.600 mères célibataires à un travail décent, de protéger leurs droits et de contribuer à leur insertion socioprofessionnelle dans des conditions dignes et durables avec leurs enfants».
Pour rappel, le Maroc compte plus de 220.000 mères célibataires, la plupart d'entre elles sont victimes d'exclusion et vivent, avec leurs enfants, dans une situation précaire

mercredi 18 mars 2015

Une plongée dans le Maroc des femmes oubliées

"Dos de femme, dos de mulet" 

de Hicham Houdaïfa (INTERVIEW)

WOMEN MOROCCO

ENQUÊTES – Ouvrières clandestines, mariages de mineures, tragique destin des mères célibataires… Dans son livre "Dos de femme, dos de mulet", le journaliste Hicham Houdaïfa, invité au Salon du Livre de Paris du 20 au 22 mars, s’est penché sur la condition de centaines de femmes, les "oubliées du Maroc profond", à travers huit enquêtes de terrain. Interview. 

HuffPost Maroc: Pourquoi vous-êtes vous intéressé aux femmes oubliées du Maroc?
Hicham Houdaïfa: C’est un sujet transversal que j’ai traité à plusieurs reprises au cours de mes 20 ans de journalisme. Quand nous avons créé une maison d’édition avec Kenza Sefrioui, l’objectif était de faire des livres d’enquêtes journalistiques, et le sujet des femmes en situation de précarité s’est donc imposé tout naturellement. Les enquêtes présentes dans le livre ont été réalisées d’octobre 2014 à janvier 2015. 

Comment avez-vous mené ces enquêtes?
Il y a d’abord l’expérience d’avoir travaillé sur des sujets ayant trait à la précarité, dans ce qu’on qualifie de Maroc profond, et il y a aussi l’expérience que j’ai eue avec des femmes et des hommes qui forment le tissu associatif local, comme les sections locales de l’AMDH, qui m’ont permis de m’inviter dans l’intimité de ces femmes.

Avez-vous rencontré des difficultés à parler avec ces femmes, mères célibataires, victimes de tortures, etc.?
Il est toujours difficile d’aborder des sujets aussi graves. Mais il y a une manière de procéder, d’être à l’écoute de ce terrain-là, de ne pas brusquer les choses et d’établir une relation de confiance pour que les femmes sachent que je suis venu pour faire entendre leur voix et les faire témoigner, sans pathos, misérabilisme ou sensationnalisme, et j’ai eu la chance que ces femmes-là aient témoigné de la sorte.

Certaines de leurs histoires vous ont-elles particulièrement marqué au cours de ces enquêtes?
Un de mes reportages était dédié au barmettate (barmaids) de Casablanca, qui vivent une situation tragique: ces mères célibataires sont exploitées dans tous les sens du terme, elles font face à des tragédies pour pouvoir faire grandir leurs enfants. Cela m’a énormément touché.
De même que les témoignages de ces femmes qui habitent dans le village de Ksar Sountate, à côté d’Imilchil, et qui ont été victimes de tortures et d’exactions en 1973, du temps des années de plomb. Elles n’ont jamais oublié ces histoires-là, et ne pardonnent pas encore parce qu’elles estiment ne pas avoir été respectées. Certaines n’ont pas fait le deuil de leurs parents disparus, parce qu’elles ne savent pas où leurs corps reposent.

Avez-vous observé, depuis la révision du code de la famille il y a dix ans, des avancées ou des améliorations de la condition des femmes ?
Dans les régions où je suis parti, les femmes, bien souvent, n’ont pas été sensibilisées. Le texte de la Moudawana existe depuis janvier 2004, mais aujourd’hui, on a encore 11% des mariages des mineures qui sont prononcés par les juges. Beaucoup de populations ne savent même pas que la Moudawana existe, des dizaines de milliers de femmes sont toujours mariées selon le mariage coutumier.
Dans ce sens-là, je pense que la Moudawana est un échec. Il devrait y avoir des campagnes de sensibilisation en amazigh, pour que ces femmes prennent conscience de leurs droits. Les juges qui statuent dans nos tribunaux ne sont pas animés par les idées féministes: ils marient parfois des filles de 14 ou 15 ans. Il faut criminaliser le mariage des mineures, et cela passe par une réforme de la Moudawana.

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dimanche 9 novembre 2014

Maroc : les mères célibataires, entre injustice et hypocrisie

Dans le Maroc de 2014, les mères célibataires risquent l’amande ou la prison. Dans un pays où les relations sexuelles hors mariage sont punies par la loi, ces femmes sont destinées à vivre en marge de la société. Selon une étude menée par l’INSAF (Institution nationale de solidarité avec les femmes en détresse) et l’ONU, on recense près de 30’000 naissances illégitimes par an. Ce même rapport dit que ces femmes « sont amenées à vivre l’exclusion, le rejet, la discrimination voire l’exploitation ».

dessin de femme
dessin de femme

L’article 490 du code pénal puni d’une peine d’emprisonnement, variant d’un mois à un an de prison, « toutes personnes de sexe différent qui, n’étant pas unies par les liens du mariage, ont entre elles des relations sexuelles ». Une mère célibataire sera nécessairement soumise à cette loi puisque la naissance d’un enfant illégitime est une preuve de relation sexuelle antérieure. Mais, c’est là que réside le paradoxe, le père biologique ne sera pas automatiquement, voire jamais, soumis à cette loi : le géniteur peut tout simplement nier sa participation à la conception de l’enfant (et donc nier la relation sexuelle hors mariage), pour échapper à la condamnation pénale et à sa responsabilité à l’égard de l’enfant conçu.
Il apparait donc évident que lors de l’application de l’article 490 du code pénal, l’homme et la femme ne sont pas sur le même pied d’égalité. Cette loi, qui donne l’avantage à la gente masculine, est totalement contraire à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes, que le Maroc a pourtant ratifié le 21 Juin 1993. C’est tout dire.
Pire encore, les enfants nés hors mariage ne bénéficient d’aucune existence juridique et civile : il leurs est impossible de s’inscrire dans un établissement scolaire public, et une fois arrivés à la majorité ils n’ont pas de CIN (carte d’identité nationale). Ces individus sont dans une certaine mesure des « apatrides » et se retrouvent à vivre en marge de la société de manière forcée.
Il est vrai que depuis la réforme de la Moudawana (code de la famille) en 2004 la situation a relativement évolué : l’article 156 sur l’enfant conçu pendant la période des fiançailles, prévoit que  « cette grossesse est imputée au fiancé pour rapports sexuels par erreur ». Mais, parce qu’il y a toujours un mais, ceci n’est possible que si les fiancés concluent leur contrat de mariage au plus tard trois mois avant la naissance de l’enfant.  De plus si le fiancé refuse de se marier et conteste sa paternité, même en présence d’un test ADN confirmant la filiation du père et de l’enfant, les tribunaux ne considèrent pas cette expertise comme étant un moyen suffisant de preuve de la légitimité de l’enfant. La mère reste donc célibataire et l’enfant n’a aucun lien de filiation juridique avec son père, et nous revoilà à la case départ.
On est face à une aberration : ces lois sont en totale contradiction avec l’article 19 de la Constitution marocaine, « L’homme et la femme jouissent, à égalité, des droits et libertés à caractère civil, politique, économique, social, culturel et environnemental, énoncés dans le présent titre et dans les autres dispositions de la Constitution, ainsi que dans les conventions et pactes internationaux dûment ratifiés par le Royaume et ce, dans le respect des dispositions de la Constitution, des constantes et des lois du Royaume. L’État marocain œuvre à la réalisation de la parité entre les hommes et les femmes. Il est créé, à cet effet, une Autorité pour la parité et la lutte contre toutes formes de discrimination. ».

Le fossé entre la théorie et la réalité
Malgré la volonté du Maroc de lutter contre la discrimination des femmes, et les injustices qu’elles subissent, le quotidien est tout autre. Le phénomène des mères célibataires devient une réalité qu’il est impossible d’ignorer et à laquelle il est urgent de faire face.
L’Association « Solidarité féminine », fondée par Aicha Ech-Chenna en 1985 est pionnière dans le cadre de l’aide aux mères célibataires. Elle a pour but d’accueillir, former et aider les mères célibataires à réintégrer la société par le biais du travail et leur permettre d’accéder à une certaine autonomie financière. Cette lutte est certes louable, mais l’association ne peut pas venir en aide à toutes les mères célibataires du Royaume chérifien.
Le remède réside en deux points : la réforme judiciaire et l’éducation, en particulier l’éducation sexuelle.
Il est important que le système juridique et le code de la famille soient réajustés et rééquilibrés en faveur d’une plus grande équité envers les femmes. Le fait de pénaliser les relations sexuelles hors mariage (différent de l’adultère) en 2014 est une aberration compte tenu de la réalité et de l’évolution évidente des mœurs.
L’autre point important à souligner est celui de l’éducation sexuelle. Il est essentiel d’informer les jeunes adolescents sur les moyens de contraception ainsi que les risques liés à la pratique de relations sexuelles régulières (MST, IST, grossesses non désirées, etc…).

Mère célibataire, un combat au quotidien
Ces mères célibataires se retrouvent seules avec leur enfant face à un système juridique qui les condamne, et face à une société qui les juge et les rejette.
Ces femmes qui manquent d’éducation viennent souvent de milieux citadins défavorisés et de milieux ruraux, elles sont à 80% rejetées par leurs familles et sont chassées du domicile familial. Elles se retrouvent seules dans une société qui ne veut ni les voir ni entendre leurs cris de détresse.
Celles qui ont de la chance réussissent à trouver un travail comme femmes de ménage ou encore comme ouvrières en usine. Mais la plupart n’ont pas cette possibilité : ces femmes le plus souvent ont recours à l’avortement clandestin ou à l’abandon de l’enfant à la naissance. Pire encore on assiste de plus en plus à une marchandisation de ces nouveaux nés : ils sont vendus à des familles entre 1200 et 5000 MAD à l’entrée des hôpitaux publics.
C’est donc un phénomène très complexe qui induit des conséquences désastreuses. La situation est plus qu’alarmante et doit devenir une priorité pour le gouvernement marocain : il s’agit de l’avenir d’une nation.
R.D.          


vendredi 15 août 2014

Ces mères courage qui bravent le conservatisme

👤 Par Omar Brouksy/AFP. Editing: Telquel.ma, 15/8/2014

Elles ont fait le choix de garder leur enfant dans une société impitoyable avec les mères célibataires. Aujourd’hui, elles témoignent à visage découvert et racontent leur calvaire, mais aussi leur victoire sur les difficultés de la vie.

« Je me bats pour mon fils malgré les regards et les jugements impitoyables », lance avec détermination Khadija, une mère célibataire de 27 ans, dans un rare témoignage sur le combat quotidien contre l’exclusion que mènent chaque année des milliers de Marocaines.

 Du siège de l’association « Solidarité féminine », à Casablanca, la capitale économique, Khadija semble connaître chaque recoin. Pour cause: elle y a vécu avec son fils, âgé aujourd’hui de six ans, pendant plus d’une année.
« J’ai rencontré le père biologique dans ma région d’Agadir. Lui habitait à Casablanca », confie à l’AFP la jeune femme.
Ce que nous avions appris à l’école sur la sexualité était limité. J’étais encore trop jeune, j’avais à peine 20 ans, j’étais sans expérience.
Khadija se retrouve enceinte, dans un pays où les relations sexuelles hors mariage sont officiellement proscrites.

Elle affirme en avoir informé « le père biologique », comme elle le nomme. « Mais il m’a répondu, moi je ne t’ai rien fait, et a disparu. Je me suis retrouvée seule ».
Selon une étude publiée en 2011 par l’association de défense des femmes Insaf et l’ONU, dans le cas de grossesses hors-mariage, plus de 7 futurs pères sur 10 sont informés, mais la plupart refusent de reconnaître l’enfant. 

D’après ce même rapport, près de 30 000 accouchements de mères célibataires sont recensés chaque année. Ces mères « sont amenées à vivre l’exclusion, le rejet, la discrimination voire l’exploitation », est-il souligné.

Pour éviter ces situations dramatiques, certaines ont recours à l’avortement, pourtant interdit par la loi, qui prévoit des peines d’un à cinq ans d’emprisonnement.

Entre 600 et 800 avortements clandestins seraient ainsi pratiqués chaque jour dans le royaume, selon l’Association de lutte contre l’avortement clandestin (Amlac).

 « Bouée de sauvetage »

En apprenant sa grossesse, Khadija décide pour sa part de garder l’enfant mais de quitter son village afin d’accoucher à Casablanca, où elle pense pouvoir « se fondre » parmi les cinq millions d’habitants de cette mégapole « où les gens sont trop occupés » pour prêter attention à son cas.

 « Je suis arrivée en fin de journée dans une gare routière sinistre », se rappelle-t-elle. « C’est une amie qui m’a informée de l’existence de Solidarité féminine. Ce fut ma bouée de sauvetage ».
Aïcha Chenna, fondatrice de l’ONG et figure emblématique du combat pour les mères célibataires, prend place dans la grande salle qui lui sert parfois de bureau.

 « Khadija a eu le courage d’assumer ce qui lui est arrivé », déclare-t-elle. « Plus de 150 enfants naissent hors mariage chaque jour au Maroc. C’est énorme », poursuit celle que la presse locale a surnommée « Mère courage ».

 »Il faut que l’Etat reconnaisse ce phénomène », souligne encore Mme Chenna, critiquant la « politique de l’autruche » des autorités.

Sollicité par l’AFP, le ministère de la Femme et de la Famille n’a pas donné suite.

 
« Enormément à faire »


D’après Aïcha Chenna, la société marocaine a un peu évolué. « A l’époque où j’ai commencé à militer, dans les années 1970, il n’était pas question de prononcer les mots ‘mères célibataires’ ». Ce que confirme la directrice de l’Insaf, Houda El Bourahi en relevant qu’on « parle plus de la mère célibataire qu’il y a 10 ou 20 ans ».

 « Mais il reste encore énormément à faire », s’exclament les deux militantes.
Après l’accouchement, Khadija dit avoir retrouvé le père biologique, qui « a fini par reconnaître son fils… avant de disparaître à nouveau dans la nature ».

Elle travaille aujourd’hui dans un salon de coiffure de Casablanca, parvenant -souvent difficilement- à subvenir seule à leurs besoins.

 « Je me bats tous les jours pour mon enfant », répète la jeune femme. Comme au moment de l’inscription à l’école, ou pour trouver un logement décent.

 « Les quartiers populaires sont moins chers mais les gens vous jugent souvent plus facilement. (…) Je veux que mon fils ne se sente pas différent », avance-t-elle.

En tant que mère célibataire, « les situations blessantes, on les vit presque chaque jour », lâche Khadija. « Je refuse que mon fils les vive à son tour ».

lundi 15 octobre 2012

Situation des enfants abandonnés Les ONG inquiètes

Par aufait avec AFP 

Mme Ech-Chenna
Le Royaume connaît une inquiétante augmentation du nombre d'enfants abandonnés par leur mère célibataire, ont affirmé samedi plusieurs responsables d'ONG, dénonçant des préjugés sociaux tenaces et une législation dépassée.

Selon une étude dirigée par Insaf, association qui soutient les femmes et les enfants en détresse, 27.200 jeunes femmes ont eu un enfant hors mariage et 8.760 nouveaux-nés ont été abandonnés en 2009, soit 24 enfants en moyenne chaque jour.
Pour Omar Kindi, président d'Insaf et organisateur d'une conférence à Casablanca sur les violences et les discriminations visant les mères célibataires et leurs enfants, la législation ne suit pas les évolutions de la société.
Il cite en exemple l'article 490 du code pénal qui sanctionne les relations sexuelles hors mariage prévoyant jusqu'à un an de prison.
“Nous devons secouer la société marocaine et faire pression sur l'État et le Parlement pour faire changer les choses”
Aïcha Ech-Chenna, présidente de l'association Solidarité féminine.
Outre le changement de la loi, les militants ont également souligné la nécessité d'une éducation sexuelle pour permettre aux femmes d'éviter les grossesses indésirables.
Près de 60% des mères célibataires de moins de 26 ans sont analphabètes, selon Mme Ech-Chenna.
Mais l'arrivée en janvier du PJD au gouvernement rend difficile la réalisation de ces objectifs, selon certains participants.
Auparavant, plus de 10% du budget d'Insaf provenait de subventions publiques mais les nouvelles autorités ont mis fin au soutien financier qu'elles apportaient à l'association, a ainsi déclaré M. Kindi.

 Voir aussi:

samedi 8 septembre 2012

Mère célibataire au Maroc : le calvaire

L'émission de France Inter du jeudi 6 septembre 2012

Un reportage de Léa-Lisa Westerhoff à Tanger, au Maroc

Logo 100% maman

La naissance de ces enfants n'était, pour la plupart, pas désirée. Pourquoi ? Parce qu’ils sont nés de couples non mariés et qu’au Maroc, les relations sexuelles avant le mariage -tout comme l’avortement- sont Logo 100% mamans © 100% mamans - 2012 interdits. Les femmes qui tombent enceintes de cette façon représentent au moins 4% de la population marocaine, mais aucun programme d’Etat ne leur vient en aide.
Alors, ce sont des associations qui se battent pour la dignité des mères célibataires. Nous sommes allés dans l'une d'entre elles, à Tanger, dans le nord du Maroc.

Une crèche aux murs bleu ciel, dans un quartier populaire. Assise dans un coin de la pièce, visage souriant, traits tirés, Fatemzahara, 24 ans, berce son fils. Voilà deux mois qu’il est né, dans la douleur.

Fatemzahara : « Ça a été très difficile pour moi, je ne suis pas mariée, je suis toute seule. Ma famille est conservatrice, il y a des règles, tu comprends ? Surtout pour nous les filles ! Quand  je suis tombée enceinte pour eux c’était un très gros problème, ils ne pouvaient pas comprendre, pour eux c’est honteux, tu dois nécessairement te marier…
-Et si tu leur avais dit que tu étais enceinte?
- Ils auraient pu me tuer... »

Son histoire, Fatemzahara la raconte en ravalant ses larmes. Elle est loin d’être une exception : comme elle, chaque année, des centaines de milliers de Marocaines tombent enceintes alors qu’elles ne sont pas mariées.
Un interdit absolu dans l’islam, qui force la plupart de ces femmes à se cacher ou à vivre exclues, comme le raconte cette autre jeune mère tombée enceinte à 20 ans.  

Autre jeune mère : « Au départ, mon ventre ne se voyait pas trop et je pouvais travailler, mais dès qu’on a commencé à voir que j’étais enceinte, j’ai eu des problèmes. Personne ne voulait plus m’employer ou même me louer un appartement. J’étais presque à la rue, nulle part ou aller… »

Installée aujourd’hui autour d’une table avec cinq autres jeunes mamans, Fatemzahra suit une formation d’aide cuisinière. Elle a fini par entendre parler de l’association à Tanger et y a trouvé refuge le temps d’accoucher.

Mais Claire Trichot, fondatrice de l’association « 100% maman » confirme : si les médias parlent plus ouvertement de ce problème de société aujourd’hui, ces mères célibataires sont toujours victimes de discrimination au quotidien, au travail, à l’hôpital, dans la rue…

Claire Trichot : « Ce sont des situations dramatiques, elles ne savent plus à qui s’adresser… Les familles les excluent, le père biologique disparait… Nous sommes toujours confrontés à cette réalité et nous avons toujours du mal à travailler réellement l’insertion sociale de la maman auprès de la société, de la famille, d’un employeur… Je ne vois pas de différence en six ans d’existence »

Le chemin pour la reconnaissance des mères célibataires est encore long, très long. Aujourd’hui, seul un tiers d’entre elles sont prises en charge faute de structure d’accueil. A Tanger, « 100% maman » est la seule pour tout le nord du Maroc. Quinze mères peuvent y trouver refuge le temps d’accoucher.


Commentaires

Renée Taste (anonyme),8/9/2012

Je me suis rendue à l'association et ai remis aux responsables les affaires qui m'ont été données.
Toujours reçue avec gentillesse, une responsable a fait visiter les locaux à Yannick Valette, responsable de l'association "servir sans frontière" d'Albi.
Nous avons aussi visité les logements dans lesquels quelques mamans sont hébergées.
Je rencontrerai Claire Trichot dans la semaine.
Les photos sont pour bientôt.....quand Yannick me les aura faites parvenir.
Faire des collectes dans crèches et écoles en France est possible mais, le grand problème est le transport.
Aidez nous à les aider.


Paviot (anonyme),7/9/2012

L'association malouine Enfants du Maroc s'est engagée à soutenir cette association animée par une équipe et des bénévoles qui ne ménagent pas leurs efforts afin d'aider ces mamans célibataires. La transparence des comptes de 100% Mamans est exemplaire, nous ne pouvons qu'encourager les donateurs à les soutenir.