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vendredi 23 août 2013

L’EXCEPTION MAROCAINE : deux ans plus tard , mieux ou pire ?



L’EXCEPTION MAROCAINE (2): Tentative d’apagogie


Pourquoi avoir choisi ce titre, un raisonnement par l’absurde ou apagogie permet de répondre à une problématique n’admettant que deux réponses possibles. Vrai ou Faux. Ce qui nous évite de rentrer dans une sorte de sophisme intellectuel malveillant. Selon le dictionnaire Larousse, une exception est définie ainsi: Ce qui est hors de la loi commune, qui paraît unique ou encore, Personne qui ne ressemble à aucune autre, qui apparaît comme unique ou rare. En raisonnant par l’absurde donc, il suffirait de démontrer qu’il existe un autre pays qui soit mieux loti que nous, ou mieux encore qui nous ressemble, pour réfuter cette thèse assez répandue chez les détracteurs des mouvements populaires « 20 février en exemple ». Facile, il en existe tellement à travers le monde.
D’ailleurs, l’évocation de l’exception est une stratégie bien courante dans les pays soi-disant en voie de développement, une stratégie visant à contenir la grogne populaire, et à donner un semblant de suprématie vis-à-vis de ses semblables. Demandez aux Tunisiens, Libyens, Egyptiens et autres s’ils n’avaient pas droit au même discours.
Ayant dit cela, je vais quand même essayer de déployer un semblant d’argumentaire afin de contrecarrer cette aberration. En parlant d’exception, il est bien sous entendu que nous nous comparons à un ensemble de pays. Je suppose à priori que les pays de la région MENA (Meadle East & North Africa) constituent une base de comparaison valable, vu l’historique de colonisation commun, le rapprochement des dates d’indépendance et finalement la structure sociale.
Bien que le développement de toute nation puisse s’articuler sur plusieurs volets, il me semble intéressant d’axer mon analyse sur l’un d’entre eux qui me paraît être primordial, à savoir le volet Socio-économique. En effet, l’analyse est d’autant plus difficile qu’il s’agisse d’un pays d’ « exception » tel que le Maroc. Un pays ou l’interaction entre les multiples volets est rendue tellement absurde par l’absence de séparation de pouvoir qu’il fini par produire un modèle économique assez exceptionnel: une économie politique qui pullule. Un article de M. Reda Chraibi illustre déjà très bien les trois volets économique, social et politique de façon objective en présentant des indices et critères de classement validés par la communauté internationale. Je n’aurais pas pu faire mieux comme présentation, mais je vais essayer de présenter une autre vision se basant sur ledit volet.
Je vais me concentrer sur trois axes intéressants, et qui définissent le degré de progrès d’une nation : L’éducation, la santé et le niveau de vie. Ces trois axes sont en général englobés dans ce qu’on appelle l’Indice de Développement Humain (IDH). Aussi contestable soit-il, cet indice est une base de comparaison assez intéressante, le Maroc y est classé 130/182. D’ailleurs, en parlant de contestation, le Maroc est bien sur l’un des rares détracteurs de cet indice, en attendant qu’il nous développe un indice plus robuste (C’est une idée que je soumets au Haut Commissariat au Plan « HCP » de Mr Lahlimi, pourquoi ne pas mettre un chercheur sur le sujet pendant 3 ans ou le temps qu’il faut pour développer un indice plus robuste prenant en compte l’évolution dans le temps et autres variables intéressantes). En attendant, les chercheurs à Oxford (qui nous veulent du mal, bien sur) ont développé un modèle multidimensionnel de pauvreté qui se rajoute à l’IDH, et qui nous accable encore plus. On y trouve notre cher pays de l’exception entre le Djibouti et le Ghana avec 28,5 % de pauvres, et très loin derrière l’Egypte, la Jordanie, la Tunisie et autres pays de la même région. Le HCP nous avait présenté un taux de pauvreté de moins de 10 %, il va falloir nous expliquer la procédure adoptée. Analysons les facteurs qui contribuent le plus à la pauvreté au Maroc (Ou en anglais deprivation plus exactement, puisque cet indice part du principe que la pauvreté est un phénomène multidimensionnel). On y trouve les deux autres facteurs associés, en l’occurrence, l’éducation et la santé qui contribuent à peu prés de 70 %.
Cliquer sur l’image pour agrandir le graphique
C’est évident, bien sur diront certains. Dans ce cas, que fait l’état pour pallier cette réalité bien connue ? Réponse, il construit un TGV au lieu de construire des Ecoles descentes, et des hôpitaux publics potables ou de promouvoir la recherche. Un TGV qui profitera encore aux mêmes personnes, mêmes tranches pour faire encore plus d’affaires et s’accaparer plus de richesses. Par la même, élargir le gap entre les classes sociales. Et c’est encore le contribuable Marocain qui remboursera des crédits à long terme (Avec toutes les contraintes imposées en terme de programmes d’ajustement structurels, de contraintes extérieures, etc…., je ne vais pas trop me disperser quand même sinon nous déborderont sur l’indépendance et autonomie des décisions économique au Maroc, les procédures d’attributions des marchés publiques, la subordination économique et le néocolonialisme).
Le graphe ci-dessus présente les dépenses publiques du Maroc en % du PIB dans les secteurs de la santé (secteur public) (Barres en vert) et de l’éducation (courbe en rouge). Stagnation et décadence sont les mots d’ordre. Where is El Mandjra et ses idées sur la valeur de la connaissance, ou en sommes nous de ses visions qui ont profité à d’autres alors qu’on vocifère encore dans notre coin. Certains me diront que les données ne sont pas complètes ou que la méthode a des lacunes (comme toute méthode), mais jusqu’à présent tous les indices convergent vers les mêmes conclusions, à savoir, une négligence des politiques sociales y compris en matière d’éducation, de santé et de promotion sociale au profit de projets économiques, certes utiles, mais non durables à mon avis.
Cette vision de croissance économique me semble erronée et non durable pour deux raisons :
1-      Politique visant le court terme, et surtout basée sur les investissements étrangers, le tourisme, etc, donc un système de subordination économique avéré.
2-     Négligence de l’aspect humain (et ce n’est pas l’INDH qui va nous contredire, car jusqu’à présent cette initiative est un flop total qui a encore profité aux mêmes) et absence de politique visant une vraie production industrielle et intellectuelle.
Il est primordial de rappeler ici que c’est un long débat sur les modèles de développement social. Devrait-on privilégier une croissance économique qui tirera vers le haut le développement social, ou bien privilégier les projets d’ordre social avec tout ce que cela inclut en termes de restructuration de l’éducation, réformes en matière de santé, environnement, habitat et vivre ensemble afin de recréer une société viable, enthousiaste et capable de produire de la richesse (qu’elle soit substantielle ou intellectuelle), et ainsi tirer la croissance économique vers le haut.
Certes, ce dernier modèle prends plus de temps et est surtout un modèle durable à long terme, mais il est à mon avis le plus valable pour plusieurs raisons. Les couts intangibles en matière de manque d’éducation, de santé et d’habitat digne sont aujourd’hui quantifiables et il s’avère qu’ils sont énormes en termes de perte de productivité, perte d’années de vie au travail, de quotient intellectuel, etc….En conséquence, pertes économiques.
Je donne un simple exemple pour illustrer. Il est aujourd’hui établi que les conditions de vie (habitat, exposition environnementale, etc….) affectent durablement le devenir de la personne, notamment en termes de perte de productivité. Une perte d’un point en termes de quotient intellectuel à l’enfance, coute à la nation entre 520 000 et 881 000 dollars (Korfmacher, 1999) aux USA. Ce chiffre résume juste l’apport de l’exposition environnementale (surtout relative à l’exposition au plomb dans les logements). Si on y rajoute les autres effets sur les comportements violents, la criminalité (Wright, 2009) et autres. On se retrouve avec des couts exorbitants sur l’économie du pays. Avec les couts de la non éducation, ca devient insupportable pour n’importe quelle nation. Ceci est un petit exemple d’illustration, on pourrait raisonner de la même manière sur d’autres domaines. Donc les petits calculs à court terme nous mènent droit vers le mur.
Une politique sociale digne, avec une éducation restructurée, une feuille de route sur le logement social et non économique feront le plus grand bien à ce pays. En tout cas surement beaucoup plus que les politiques bétonnières adoptée. Je reprends une phrase de l’article de Mr. Réda Chraibi : « le développement d’un pays ne se mesure pas uniquement à la quantité de béton coulé ».
Une vision globale, où l’humain est au centre de la croissance, où le Marocain se développe tout en développant, où tous le monde trouvera son compte est la clé d’une croissance durable, viable et solidaire. Une vision citoyenne choisie par le Marocain et non imposée par des intérêts individuels.
Pour en finir avec l’exception marocaine. Au-delà du fait que nous ne sommes pas une exception (on est loin derrière beaucoup de pays de la région MENA), je rêve de nous voir, nous Marocains élever le seuil de nos comparaisons à l’échelle des meilleures nations. Qu’ont-ils de plus que nous les Suédois, Britanniques ou Danois. Otons de nous ces réflexions racistes. En PLUS, ON a 1200 ANS D’HISTOIRE. WAW
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samedi 13 avril 2013

Maroc : de l'affaire aux affaires…Hollande goute à la diplomatie Mamounia

 En pleine tourmente liée à l'affaire Cahuzac et à ses suites, François Hollande vient de rendre visite à Mohammed VI au Maroc. L’agenda est sans surprise : faire des affaires et soutenir un pouvoir politique qui défend à merveille les intérêts des entreprises du CAC 40…
Accompagné d’une soixantaine de patrons, le chantier des accords avait déjà été préparé par la visite de Ayrault en décembre. Il s’agit de rattraper le retard accumulé par la France sur l'Espagne qui lui a pris la moitié des parts du marché marocain.
La France, qui compte réaliser le TGV, ne cache pas son ambition de remporter la deuxième tranche de la centrale solaire de Ouarzazate, et de réaliser et gérer le plus grand parc éolien à Tarfaya… en plus des contrats dans le domaine ferroviaire, tramway, métro, de l'agro-alimentaire et de l'épuration des eaux ! Une station d'épuration construite par une filiale de GDF-Suez a d'ailleurs été inaugurée. Enfin, des discussions exploratoires ont eu lieu sur le programme de la prospection et de l'exploitation éventuelle du gaz de schiste.

Des oublis fâcheux
La visite de Hollande avait également un versant politique. Dans son discours devant le Parlement, il s'est contenté de dire qu'il y a au Maroc « des impatiences à apaiser et des inégalités à réduire » tout en précisant que le Maroc accomplit « chaque jour » des « pas décisifs » vers la démocratie et s’affirme comme « un pays de stabilité et de sérénité »… occultant le passage pourtant distribué aux journalistes concernant la nécessité « des réformes à poursuivre dans le sens du respect des droits humains ».
Pas un mot donc sur les étudiants de l’Unem et militants du 20 février en grève de la faim à Fès, Taza et Meknès ou les 22 ressortissants français également en grève de la faim et torturés pour un certain nombre d’entre eux. Rien non plus de la répression quasi systématique que rencontrent les mouvements populaires, des procès préfabriqués ou des atteintes multiples à la liberté d’expression.
Il n’a également pas parlé de l’occupation du Sahara occidental ou du jugement par un tribunal militaire de civils sahraouis dont nombre d’entre eux ont été condamnés à perpétuité. Sur ce sujet, il a juste rappelé la position classique de l’État français de soutien à une solution négociée, considérant le plan d’autonomie marocain comme une « base sérieuse et crédible » et donnant ainsi des gages sur le refus d’étendre les missions de la Minurso à l’observation de la situation des droits de l’homme au Sahara occidental.

Des réseaux franco-marocains
D’une manière moins officielle, les discussions ont également porté sur la crise syrienne mais aussi sur le Mali où le Maroc, pièce centrale dans le soutien de longue date de la Françafrique, y compris sur le plan militaire, a apporté un large soutien logistique et matériel.
Depuis très longtemps, quels que soient les gouvernements, comme le note le journaliste Ali Amar, « il existe des relations construites sur des réseaux anciens et qui sont dans la continuité des relations incestueuses entretenues par les élites françaises avec les cercles du pouvoir marocain ». Ces cercles de connivence, se retrouvent aussi bien auprès des élites médiatiques, les grands patrons de presse, du show business, des élus « mais aussi et surtout auprès du patronat français ». Il rajoute que ce sont des « relations basées sur la compromission et la corruption ».
C'est ce que l’on appelle la diplomatie Mamounia, où « se cachent des intérêts particuliers personnalisés, où on donne des avantages en nature ou financiers à ceux qui apportent ces affaires ». Najat Vallaud-Belkacem était membre du Conseil royal consultatif de la diaspora marocaine, une makhzenienne déclarée. Manuel Valls est un des principaux Ouissamistes du gouvernement français (l’ordre du Ouissam el Alaouite, la plus haute distinction du Maroc, est décerné aux personnalités qui ont rendu des services éminents au royaume) et la liste est longue… La raison pour laquelle on n’entend jamais de critiques émanant du gouvernement français contre le pouvoir marocain.
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 La visite de François Hollande au Maroc fâche l’Algérie 

Par Bladi, 9/4/2013

La visite de François Hollande au Maroc fâche l'AlgérieLa visite du président français François Hollande au Maroc, a froissé les responsables algériens, qui voient d’un mauvais œil le fait que Hollande ait encouragé la proposition marocaine d’autonomie avancée au Sahara.

D’après la presse française, le voyage de François Hollande au Maroc est une réussite économique. Les médias algériens y voient plutôt une nouvelle victoire diplomatique du Royaume, malgré le choix de Hollande de se rendre d’abord en Algérie, puis au Maroc, contrairement aux habitudes de l’Elysée. A Rabat pourtant, "nul n’a semblé s’offusquer de ce que François Hollande ait choisi d’aller en visite officielle en Algérie, en décembre, avant de venir dans le royaume", écrit Le Point.
Un responsable algérien cité par TSA estime que l’on "ne peut pas se proclamer porteur de l’ambition et de l’idéal du Maghreb arabe, et en même temps, s’acharner à tout faire pour perpétuer un statu quo avec, pour unique dessein fantasmatique, la consolidation virtuelle de la marge de son action diplomatique sur la question du Sahara occidental".
La France bloque toutes les résolutions défavorables au Maroc, explique la même source, affirmant que la droite et la gauche françaises sont convaincues que la monarchie marocaine ne survivrait pas à la "perte" du Sahara. La relance de la construction de l’Union du Maghreb Arabe ne saurait se faire au détriment des intérêts de l’Algérie, poursuit le même responsable. En clair, l’édifice maghrébin ne s’achèvera pas si le Polisario ne recouvre pas son indépendance.
Ce qui est le plus décrié dans la presse algérienne, est le fait que François Hollande ait désigné le Maroc comme allié stratégique de la France en Afrique, et qualifié la question du Sahara d’impasse tout en soutenant la proposition marocaine d’autonomie. Lors de son voyage, France Hollande est devenu l’ami du Maroc et le VRP de son pays dans le Royaume.
Le locataire de l’Elysée aurait même demandé au Roi Mohammed VI "ce qu’il pouvait faire pour faciliter la réconciliation maroco-algérienne", affirme Le Point, selon qui les deux chefs d’Etat seraient à court d’idées à ce sujet. Pour le quotidien algérien Achourouk, "Hollande a poignardé l’Algérie au Maroc. Le président français est un excellent comédien qui a réussi à tromper l’Algérie, à laquelle il aurait fait des promesses qu’il n’a pas honoré".
 http://www.bladi.net/visite-hollande-maroc-algerie.htmlhttp://www.bladi.net/visite-hollande-maroc-algerie.html


vendredi 5 avril 2013

François Hollande au Maroc: plutôt les affaires que les droits de l'homme !

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C'est un Président français sévèrement diminué politiquement qui s'apprête à se rendre en visite d'Etat au Maroc, les 3 et 4 avril.
Battant des records d'impopularité, François Hollande n'a cessé, depuis le début de son mandat, de chuter dans les sondages, où il a encore perdu cinq points, cette semaine, pour s'établir à trente six pour cent (36%) d'opinions favorables. Sa dernière prestation sur la deuxième chaîne française, n'y a rien changé. Peu ou prou de ses compatriotes ont été convaincus de sa capacité à relancer la machine de la croissance et résoudre le problème du chômage. Trente deux pour cent (32%) seulement,  d'entre eux l'ont trouvé «convaincant» et trente pour cent (30%) à le trouver «rassurant».  En outre, neuf (9) chefs d'entreprises français sur dix (10) interrogés, lors d'un sondage, ont  déclaré n'être pas confiants, dans un redressement prochain de l'économie, tandis que l'INSEE prévoit une croissance quasi nulle, pour l'économie française, au moins jusqu'à la fin du mois de juin.

Susceptibilité marocaine et « minauderie protocolaire »
C'est dans ce contexte de morosité qu'a lieu la visite de François Hollande. Une visite très courte, au regard des enjeux et de la forte délégation qui accompagnera le chef de l'Etat français. Elle tranche nettement avec celles de ses prédécesseurs, Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy, dont les liens avec ce pays du Maghreb, à l'instar de bon nombre de politiciens français,  débordent du cadre purement  diplomatique. Chirac avait ses habitudes au Palais des hôtes de Rabat et à « La gazelle d'or », à Taroudant, avant que son état de santé, qui s'est fortement dégradé, ne le contraigne à réduire tous ses déplacements.
Nicolas Sarkozy a, quant à lui, fait l'acquisition d'un riad de luxe, en guise de résidence secondaire, à Marrakech, peu avant son élimination à la présidentielle française. Un rude coup pour le Maroc qui avait misé à fond sur le candidat UMP.
Le président socialiste a choisi le haut de gamme des visites, à un moment où la France à bout de souffle économique,  se cherche un bol d'air, en dynamisant les relations avec la rive sud de la méditerranée. Les appels du pied et les panégyriques des responsables français à l'endroit du Maroc se sont multipliés, au cours des mois qui ont suivi les élections, d'autant que la première visite présidentielle aura été pour l'Algérie, où François Hollande s'était déjà rendu en mars 2012, alors qu'il n'était encore que candidat et promettait d'y revenir s'il était élu.
Pour qui connaît la susceptibilité du protocole marocain, la priorité donnée au frère ennemi était une égratignure. L'Elysée avait bien tenté de donner des gages, en envoyant son premier ministre en visite, rien n'y a fait. Comme il fallait s'y attendre, le palais ne s'est pas privé de rendre la politesse, sous la forme d'une « minauderie protocolaire » qui a choisi de faire passer l'hôte français, après le déplacement africain de Mohamed VI, au Sénégal, en Côte d'ivoire et au Gabon. Un déplacement dans le pré carré traditionnel marocain en Afrique qui ne revêtait ni un caractère d'urgence, ni une importance vitale, sinon pour les affaires personnelles du roi, dans les domaines des banques, des mines, des télécommunications ou encore de l'immobilier. Un timing soigneusement choisi, également, pour éviter au roi d'avoir à accueillir Christopher Ross,  l'Envoyé Personnel du Secrétaire Général de l'ONU pour le Sahara, en tournée dans la région. Fait notable, la visite du souverain marocain qui aurait du passer comme lettre à la poste, a eu à pâtir d'une autre susceptibilité protocolaire du palais, « ennuyé » que les gabonais aient annoncé la visite royale avant les médias officiels marocains.

Le Maroc arrière-cour de l'économie française
Avec la quasi totalité des entreprises du Cac 40 représentées sur place, des échanges commerciaux dépassant les vingt-deux (22) milliards et plusieurs dizaines de milliards d'euros d'investissements, on peut dire que le Maroc est l'arrière-cour ou le prolongement naturel du tissu économique français.
Le Président qui compte prononcer un discours devant le parlement marocain au cours d'une session extraordinaire, tiendra sans doute compte de ce postulat et se gardera de franchir le Rubicon, en abordant les sujets qui fâchent, tels que les droits de l'homme, que la France préfère voir comme un verre à moitié plein, bien que le Maroc se retrouve pointé du doigt de toutes parts pour la rudesse de sa répression du « Mouvement du Vingt février » et les procès fabriqués contre ses militants. Autre point noir et non des moindres, le pays du couchant est également sur la sellette au Sahara occidental où ses forces de sécurité, tous uniformes confondus, se livrent à une chasse impitoyable aux indépendantistes. Des images volées circulent sur la toile et montrent, en effet, des hommes sévèrement battus, à Laayoune, par des policiers en civil et qui n'ont pas hésité à s'en prendre également aux femmes sahraouies et à leur intimité, leur arrachant voile et  vêtements et les menaçant de viol collectif.

La grogne en embuscade
Comme un mauvais présage, la visite du représentant français dans la capitale économique marocaine démarre dans la colère et la détestation populaire, les autorités de la ville ayant jugé nécessaire de délocaliser au stade El Abdi, d'une capacité de quinze mille (15.000) places dans la ville d'El Jadida, distante de plus de cent kilomètres, le match qui devait opposer le Raja de Casablanca, aux koweitiens d'Al Arabi, au stade Mohamed V, d'une capacité de soixante mille (67.000) places, mercredi à vingt heures.
Beaucoup plus préoccupant pour la vitrine du Maroc, cette visite intervient dans un contexte où l'agitation sociale reprend, de plus belle, au moment où le gouvernement Benkirane semble avoir atteint ses limites, face à l'ampleur de la tâche et à l'omnipotence du Palais. Les promesses de justice sociale, de lutte contre la corruption, d'indépendance de la justice sont restées lettre morte.
Transparency International a classé pour l'année 2012 le Maroc au quatre-vingt huitième (88) rang sur cent soixante-seize (176) pays, avec un indice de perception de la corruption (IPC) de trente sept (37) sur cent (100). Les autres indices flirtent toujours avec la médiocrité comme celui de la compétitivité défini par le Forum économique mondial qui classe notre pays en soixante-dixième (70) position sur cent quarante deux (142) pays. L'indépendance du système judiciaire fait pire, le royaume se classant, selon le Forum économique mondial, à la quatre-vingtième (80) place sur cent quarante deux (142) pour  2011-2012.
Le chômage des jeunes diplômés et la crise économique qui touche également le royaume entretiennent un fond diffus de grogne sociale qui menace de mettre, à tout moment, le feu aux poudres. La forme sporadique de grèves, de sit-ins et de manifestations, semble reprendre de la vigueur, après le moment de grâce ayant suivi les élections qui ont porté le PJD au pouvoir et Benkirane à la chefferie du gouvernement. La manifestation unitaire syndicale qui a eu lieu ce dimanche 31 mars à Rabat, a regroupé un arc-en-ciel d'organisations, de mouvements et de partis politiques vent debout contre les mesures d'austérité appliquées par le gouvernement marocain. Le nombre des manifestants témoigne de l'ampleur des revendications et de la détestation croissante des méthodes d'un Benkirane personnellement conspué par la foule.

Plutôt les affaires que les droits de l'homme
Sur tout cela, François Hollande fermera sans doute les yeux, préférant parler économie. Les soixante-dix patrons français qui font le déplacement en même temps que le  Président, tenteront de refaire le retard accumulé par l'Hexagone sur l'Espagne qui lui a pris la moitié des parts du marché marocain. La dizaine d'accords prévus porteront sur l'agro-alimentaire, mais surtout sur les énergies renouvelables. La France, qui compte réaliser le TGV, tant décrié par la société civile marocaine, ne cache pas son ambition de remporter la deuxième tranche de la centrale solaire de Ouarzazate, et de réaliser et gérer  le plus grand parc éolien à Tarfaya, d'une puissance de trois cents (300) mégawatts, pour un coût de cinq cents millions (500.000.000) d'euros.
Enfin, Paris qui ne peut se permettre de s'aliéner ses propres écologistes, lorgne avec un intérêt non dissimulé, sur le programme marocain de plus en plus contesté, comme un fait du Prince, de la prospection et de l'exploitation éventuelle du gaz de schiste, une source d'énergie dont on sait qu'elle pourrait polluer irrémédiablement, la nappe phréatique dans un pays qui manque souvent cruellement d'eau.
Rien de spectaculaire, ni de particulier ne sortira donc de la visite présidentielle, sous les auspices de la crise économique la plus grave que le monde ait eu à affronter depuis 1929, sinon à confirmer, une fois de plus, que la France reste une fidèle adepte de la Realpolitik. Et qu'elle soit de droite ou de gauche, elle affectionne de parler plutôt affaires que droits de l'homme !
 https://fr.lakome.com/index.php/chroniques/593-francois-hollande-au-maroc-plutot-les-affaires-que-les-droits-de-l-homme
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Hollande au Maroc. Une visite sans véritables enjeux


L'Élysée qui ne s'attend pas beaucoup à la signature de nouveaux contrats commerciaux, met le Mali à la tête des priorités de cette rencontre, plutôt protocolaire, entre Mohammed VI et Hollande.
Il semble que l'intervention française au Nord du Mali sera la première priorité française lors de la visite du président François Hollande à Rabat et Casablanca. En effet, considérant que leur mission est quasi-accomplie, il est maintenant question, pour les Français, de remettre le relais aux armées africaines qui devraient s'occuper de mettre fin à l'instabilité que connaît le Nord Mali. Le Maroc, qui a nié tout envoi d'hommes sur le terrain de la guerre, y jouera-t-il un rôle ?
Sur un autre volet, selon des journalistes français, les responsables de l'Élysée (des conseillers du président) avaient sous-entendu, lors d'un briefing ayant rassemblé une quarantaine de journalistes la semaine dernière, que la visite ne comportera aucun gros enjeu commercial.
Le président français qui sera accompagné d'une soixantaine de chefs d'entreprises « ne compte pas trop sur la signature de nouveaux contrats. Son objectif est de consolider ceux déjà réalisés, à leur tête le projet du TGV ». En effet, en plus de la SNCF, Alstom et colas Rail, trois autres compagnies françaises d'ingénierie seront là et feront certainement un point avec les autorités marocaines sur l'état d'avancée de la Ligne grande vitesse qui reliera Tanger à Rabat, et qui coûtera au Maroc, à terme, quelque 3 milliards d'euros.
Selon un journaliste français ayant assisté au briefing, « il semble qu'ils n'ont rien à proposer sur la question du Sahara, qui avait l'air de les fatiguer d'ailleurs ». Ce journaliste rapporte que lui et ses collègues avaient eu le fou rire quand l'un des responsables de l'Élysée avait commis une bourde en parlant de « Sahara oriental ».

lundi 4 mars 2013

Akhbar Alyoum révèle les noms des bénéficiaires du Domaine maritime du Val d’Or

Publier sur Mamfakinch Mamfakinch 24 Follow us on Facebook 
Par Mamfakinch, 28/2/ 2013 

Akhbar Alyoum a pu se procurer la liste officielle des bénéficiaires de l’occupation du Domaine public maritime (ODP) de la plage du Val d’Or (préfecture Skhirat Temara) ; on trouve dans cette liste les noms de hauts responsables , ministres, gouverneurs, grands directeurs et secrétaires généraux. Le quotidien a pu reconstituer le processus complet de cette occupation du domaine public aux fins d’y bâtir des résidences secondaires balnéaires. Parmi les principaux bénéficiaires, Karim Ghellab, ancien ministre de l’Equipement et du Transport et actuel président de la Chambre des Représentants, et sous le mandat duquel avait été autorisée l’ODP ; mais on trouve aussi les noms d’Abdellatif Loudiyi, le ministre délégué à l’Administration de la Défense nationale, secrétaire général du ministère des Finances à l’époque des faits, Azzedine Chraïbi, ancien secrétaire permanent du Comité de prévention des accidents de la circulation et actuel directeur de cabinet de Ghellab à la Chambre, Mohamed Yousfi, ancien directeur du cabinet de Ghellab au ministère, Khadija Bourara, ancienne chargée de la communication auprès de Ghellab, Khalid Zerhouni, ancien conseiller technique de Ghellab toujours.

En dehors du ministère de l’Equipement…
La liste des bénéficiaires comprend également les noms de responsables extérieurs au ministère de l’Equipement… des gouverneurs, des ministres, des hauts responsables… Larbi Bencheikh, patron de la Formation professionnelle, Mohamed Haddouri, directeur à la Société nationale de la Radio télévision, Abdelhaq Haoudi, gouverneur-secrétaire général de la préfecture de Rabat-Salé-Zemmour, Khalid Sbiyaâ, député Istiqlal et directeur au ministère des Finances, Mohamed Sabri, à l’époque gouverneur de Khouribga, Mohamed Dardouri, wali de Tadla-Azilal, Mohamed Aouzaâi, ancien patron de l’Agence urbaine de Rabat… On trouve aussi des cadres et responsables du ministère de l’Equipement, comme le directeur des ports, Mohamed Jamal Benjelloun, la directrice de la Marine marchande, Nadia Laraki, le directeur de l’Office de l’exploitation des ports, Mohamed Abdeljalil, le président de l’association des œuvres sociales du ministère, Rachid Mrabet (démissionnaire depuis), le secrétaire général de la société de la Liaison fixe du Détroit, Jilali Chafiq, le directeur de la stratégie et des programmes, Younès Tazi, le directeur des routes, Hicham Nehmoucha…

Le cas Ghellab
Quand Karim Ghellab avait été présenté comme le champion des partis de la majorité pour occuper la fonction de président de la Chambre des Représentants, au lendemain des élections du 25 novembre 2011, un document du ministère de l’Equipement et du Transport était parvenu aux rédactions, attestant que l’homme avait bénéficié d’un lot de terrain du domaine public, situé sur la plage du Val d’Or, dans la préfecture de Skhirat Temara. Karim Ghellab n’avait pas nié les faits, mais avait précisé qu’il avait obtenu ce lot en 1997, date à laquelle il était simple cadre du ministère de l’Equipement, niant de ce fait avoir profité de sa fonction de ministre, plus tard. Akhbar Alyoum a donc pu retracer les faits, du début de l’opération à sa situation actuelle.
Les choses avaient donc commencé en 1995, quand le ministère de l’Equipement, de la Formation professionnelle et de la Formation des cadres avait autorisé, à titre individuel, à ses cadres, une concession provisoire pour l’ODP au Val d’Or, afin d’y construire des résidences secondaires de 200 m² par bénéficiaire.
Ainsi, des autorisations d’ODP avaient été émises à titre individuel à certains responsables du ministère, dont Karim Ghellab, alors simple cadre, et qui avait reçu une autorisation enregistrée sous le numéro 764 du 5 juin 1997, correspondant au lot n°8, pour 200 m², et valable jusqu’en 2014, mais reconductible sur simple demande, contre une redevance de 1.600 DH par an. Chacun des autres bénéficiaires a eu la même autorisation, aux mêmes conditions.
Mais à cette époque, les cadres bénéficiaires avaient rencontré un problème administratif d’urbanisme, vu que le plan d’aménagement d’AïnAtiq disposait que la région concernée au Val d’Or était zone non aedificandi.
Face à cet écueil juridique, les bénéficiaires avaient changé d’attitude qui, d’individuelle, était devenue collective ; ils avaient donc constitué une association sous le nom de « association du lotissement du Val d’Or » ; nous sommes en février 2006 et Ghellab est alors ministre de l’Equipement depuis 2002. L’association avait eu l’autorisation de principe pour l’occupation du domaine, en décembre 2006. Quelques mois plus tard, en avril 2007, elle avait obtenu l’autorisation d’occuper une surface de 14.221 m² (aut. n°1958) et de la lotir en un certain nombre de lots dont chaque bénéficiaire avait reçu un document administratif individuel. Et suite à cela, toujours en 2007, l’attestation n°1959 donnait à Ghellab le droit d’occuper provisoirement le lot 4, d’une superficie de 306 m², relavant du Domaine public maritime de la préfecture de Skhirat Temara.

« Dérogation » urbanistique
Ce document précise dans ses attendus se fonder sur la loi de Finances 1997-1998 et particulièrement son article 50 délimitant le domaine public maritime et portuaire, sur la décision commune des ministres des Finances et de l’Equipement ; l’autorisation se fonde également sur la demande de Karim Ghellab datée 15 mars 2007 pour une autorisation d’exploitation du lot indiqué de 306 m², en plus de 162 m², donc une surface totale de 468 m²…
La décision précise donc que Ghellab pourra occuper ce lot pendant une période de 20 ans, jusqu’en 2027, renouvelable sur demande à adresser trois mois avant l’expiration du délai, et contre le versement de 7.500 DH par an.
Suite à cette autorisation d’exploitation, délivrée à chaque bénéficiaire intuitu personae, l’association a usé de ses moyens propres pour obtenir une dérogation des services de l’urbanisme compétents, laquelle dérogation a été obtenue le 10 avril 2007, et l’autorisation de lotir et de construire a suivi, le 11 juin 2009, sous le numéro 26/2009.
Et alors donc, l’association a entamé les études techniques de réalisation du lotissement, puis a entamé les travaux, avant que l’affaire ne sorte au grand jour, avec le nom de Ghellab comme bénéficiaire. Les questions autour de la légitimité ont commencé à être posées, de même que des soupçons sur un possible trafic d’influence. Cette affaire fait partie des dossiers épineux que doit affronter le ministre actuel Aziz Rabbah, considérant que plusieurs bénéficiaires de cette opération sont des dirigeants de l’Istiqlal, allié au gouvernement, comme Youssef Amrani, le ministre délégué aux Affaires étrangères, Khalid Sbiyaâ, député, et Abdelkébir Zahoud, ancien ministre.

jeudi 28 février 2013

#StopTGV : un documentaire pour en parler: Arnaque à Grande Vitesse



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La résistance au projet de ligne grande vitesse ne s'essouffle pas. Un documentaire sur ce projet qualifié d'éléphant blanc verra bientôt le jour. Lakome vous présente une première version.

 
Le vidéo-activiste et militant altermondialiste Julien Merlaud vient de présenter la première version, toujours en travaux, de son documentaire Arnaque à Grande Vitesse, traitant du projet de ligne grande vitesse Tanger-Casablanca, en cours de construction.
Julien Merlaud
Le projet dont la construction a été confiée, de gré à gré et sans appel d'offres à des sociétés françaises, avait été décidé entre le roi Mohamed VI et le président Nicolas Sarkozy en 2007, une décision d'en haut dans laquelle le pouvoir législatif marocain n'a pas eu de mot à dire. Le débat a été difficile à installer si quelques associations ne s'étaient pas rassemblées en collectif, #StopTgv, poussant les tenants du projet à réagir et s'exprimer.
En travaillant sur le projet du «TGV marocain », Julien Merlaud sait bien de quoi il s'agit, puisque dans sa région, en Bretagne, des projets comme ça, ils connaissent bien. L'aéroport de Notre-Dame-Des-Landes à Nantes est aussi considéré par la population comme un éléphant blanc, investissement budgétivore inutile, et non-tourné vers la satisfaction de besoins plus urgents de la populations. Le travail de Julien Merlaud décrit comment des voix s'élèvent, de Nantes à Rabat, contre ces politiques décidées en haut sans consulter les gens d'en bas.

Le documentaire, une première version

dimanche 16 décembre 2012

L’avenir de l’économie marocaine sera démocratique ou ne sera pas

Mamfakinch 24 
Par Belkouch Hicham, 15 décembre 2012 


Il est clair que les pigeons qui se trouvent devant le parlement ne sont pas là par pur hasard. Ils sont là pour qu’on puisse avoir une image simplifiée sur ce qui se passe à l’intérieur de ce bâtiment et afin de nous simplifier la carte politique marocaine pour qu’on sache que les partis politiques ne se battent que pour les quelques miettes tombées du haut de la table du Makhzen, tout comme les quelques miettes de pains tombées de la main d’un enfant, laissant ainsi les pigeons s’entretuer pour les avoir.

Sans titre
La démocratie n’est pas juste un slogan politique, c’est surtout un processus de développement politique, économique, culturel, social …  et une économie forte dans un pays non démocratique ne peut être qu’une bombe à retardement. Je citerai à titre d’exemple la Tunisie à l’époque Benali, où cette dernière réalisait le taux de croissance le plus élevé de la région, dépassant ainsi les  5 à 6%, mais cela n’a pas été suffisant pour calmer la rage du peuple tunisien. L’Iran à l’époque du Chah, vers la fin des années 70, réalisait un taux de croissance de 10%, mais cela était insuffisant aussi pour le peuple iranien. Pourquoi ? Tout simplement, parce qu’en économie, il ne suffit pas de produire de la richesse, mais le plus important c’est de savoir la distribuer. Car s’il y a une politique de création de richesse et pas de politique de redistribution de cette dernière, cela ne fait que créer plus d’écart entre les classes sociales, où les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent.

C’est pourquoi Najib Akesbi avait déclaré  lors d’une conférence que « L’avenir de l’économie marocaine sera démocratique ou ne sera pas », car il est difficile voire impossible, dans un pays non démocratique, de redistribuer la richesse créée, de demander des comptes à ceux  qui gouvernent et de pourvoir contrôler et évaluer les politiques économiques du pays.

Au Maroc, après la vague de protestation qu’a connu le pays, les attentes étaient grandioses et le peuple marocain avait soif de changement et de démocratie. Répondant aux manifestants, l’Etat parlait d’une « nouvelle ère » avec une nouvelle constitution et un nouveau gouvernement. Certes, au niveau de la forme, nous avons eu les deux, mais concrètement …. Walou !! Nous sommes toujours dans l’incapacité d’exiger des comptes  à ceux qui nous gouvernent, il est difficile de dire que le pays redistribue la richesse de façon équitable et encore moins de pouvoir contrôler et évaluer ses politiques économiques.
En ce qui concerne le premier point lié à la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes, il est important de revenir  à la constitution marocaine et d’analyser certains articles :

  • Article 46 : La personne du Roi est inviolable (Qui ne doit pas être enfreint, à l’abri de toute poursuite), et respect Lui est dû.
  • Article 48 : Le Roi préside le Conseil des ministres composé du Chef du Gouvernement et des ministres.
  • Article 49 : Le Conseil des ministres délibère :
    • des orientations stratégiques de la politique de l’État (visions économiques et sociales à long terme).
    • des orientations générales du projet de loi de finances.

Je ne vais rien dire, je ne vais pas commenter, c’est assez clair, à vous de faire le lien entre ces 3 articles et savoir si nous pouvons ou pas demander des comptes au conseil des ministres qui est chargé de tracer les principales orientations du pays.

Toujours en ce qui concerne la reddition des comptes et en dehors de la constitution, l’exemple le plus représentatif est ce lui du projet TGV Tanger-Casa qui demandera au Maroc 25 milliards de Dh. Sans parler du financement, la façon dont ce projet fut imposé aux Marocains sans demander leur avis ni aux députés censés les représenter, cela me pousse à me demander à quoi bon avoir un parlement, des élections, un gouvernement, si un tel projet d’une telle importance, n’a pas été au cœur des débats parlementaires. Dans un pays où une seule personne prend une décision qui concerne 35 millions de citoyens, on ne peut parler de démocratie pour la simple raison que cela vient en contradiction avec toutes les définitions imaginables de cette dernière.

Autre exemple est celui du budget du palais qui reste sujet tabou au sein du parlement. Je ne demande pas aux parlementaires de le critiquer, mais juste en discuter, de dire s’il faut le réduire ou l’augmenter (pourquoi pas) en avançant des arguments, en le comparant avec le budget des autres monarchies dans le monde, se positionner au moins quelque part.  Ce n’est pas un manque de respect d’en débattre !!

En ce qui concerne la répartition des richesses, il faut savoir que le Maroc en terme d’indice de Gini qui mesure le degré d’inégalité de la distribution des revenus dans une société donnée est classé 130 sur 194 pays. En terme fiscale, il faut savoir que ce ne sont que les classes pauvres et moyennes et les Petites et Moyennes Entreprises qui payent leurs impôts, tandis que la classe riche et les grandes entreprises sont exonérés et vivent dans l’impunité totale. Sans parler des subventions, ou  13% de la population qui représente la classe riche profite de 42% des subventions, tandis que la classe pauvre qui est de 34% ne bénéficie que de 7%. Cela ne pourra que créer et renforcer les inégalités et les écarts existants entre les couches sociales, car sans une véritable politique de redistribution de la richesse, la justice sociale ne restera qu’un simple rêve parmi d’autres.

La principale question à laquelle nous devons répondre aujourd’hui est : Pourquoi Benkirane répond toujours aux journalistes qu’il n’est qu’un simple chef du gouvernement ? Qui est responsable de quoi ? A qui devrons-nous exiger des comptes ?  Quand nos très chers politiciens nous cassent les oreilles avec leur discours de nouvelle ère de changement, de corréler entre la responsabilité et la reddition des comptes, de parler de justice sociale …. Ceci ne reste que des slogans politiques jusqu’à présent.  Et je pense que le jour où nous aurons les réponses à ces questions là, le jour où nous saurons qui est responsable de quoi, le jour où nous pourrons contrôler, évaluer et critiquer ouvertement les politiques de l’Etat, sera le jour ou les pigeons auront terminer leur mission et pourront quitter leur place devant le parlement. Histoire à suivre …


lundi 8 octobre 2012

François Hollande, admirateur de Mohammed VI, dans le sillage de Sarkozy ?

François Hollande peut-il tout dire sur le Maroc?

Par Ali Amar, Slate, Rabat, 8/10/2012

Le président français semble exclure le royaume chérifien de sa nouvelle doctrine diplomatique pour l’Afrique.


François Hollande et le roi Mohammed VI, à l'Elysée, mai 2012. © REUTERS/POOL New

Le président français a annoncé, le 5 octobre, à La Valette, la capitale de la République de Malte, en marge du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays du Dialogue euroméditerranéen 5+5, qu’il se rendra «avec grand plaisir» en visite au Maroc, au début de l’année prochaine «pour renforcer les liens d’amitié et les perspectives d’avenir»  (le Dialogue 5+5 est une enceinte de dialogue politique informel qui regroupe dix pays riverains de la Méditerranée).
«Est-ce pour faire passer la pilule de la visite d'Etat de François Hollande à Alger, prévue le 5 décembre, et qui inquiète beaucoup Mohammed VI?», s’interrogeait Maghreb Confidentiel.
Le journal faisait, en même temps, la comptabilité des délégations ministérielles en direction du Royaume, qui culmineront avec le déplacement du Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, le 12 décembre, pour l'inauguration du tramway de Casablanca, dont l’exploitation a été attribué à des entreprises françaises.
En effet, Rabat a toujours soupçonné la nouvelle présidence française de tropisme algérien même si ces inquiétudes se sont quelques peu dissipées.

Finie la Françafrique ?

Le 27 août 2012, François Hollande traçait les grandes lignes de la diplomatie française, à l’occasion de la traditionnelle Conférence des ambassadeurs, au palais de l’Elysée. Le chef de l'Etat français avait déclaré la vouloir en rupture avec la Françafrique.
François Hollande a tenu à présenter sa propre vision de l’Afrique:
«Un continent en forte croissance, et qui le sait, et qui ne supporte plus le discours larmoyant à son endroit. Des sociétés qui se développent vite, portées par une démographie forte. Un continent où la démocratie progresse, où l’environnement et l’énergie sont autant de sujets majeurs.»
Mais surtout, avec son annonce controversée de se rendre au sommet de la Francophonie à Kinshasa, François Hollande a affirmé que la politique africaine de la France doit être «différente du passé».
Avant tout, «elle doit être fondée sur la transparence dans nos relations commerciales et économiques, la vigilance dans l'application des règles démocratiques et le respect aussi des choix souverains», avait-il déclaré.
Et pour bien montrer que ses paroles, souvent entendues de Paris, s’accompagnent d’actes concrets, le président annonçait qu’il irait en République démocratique du Congo, à la rencontre de l'opposition au président Joseph Kabila.
«J'y rencontrerai l'opposition politique, les militants associatifs, la société civile. C'est le sens de la nouvelle politique africaine de la France: tout dire partout et faire en sorte que ce qui soit dit soit fait.»

Un discours de realpolitik

C’est aussi un choix de realpolitik, puisque l’Afrique est plus que jamais dans le viseur d’un projet de transformer les diplomates en VRP des entreprises françaises.
«Laurent Fabius vous présentera un plan d’action pour ce que nous avons appelé la diplomatie économique. L’enjeu, c’est la capacité d’être plus compétitif, de conquérir des marchés et nous devons chacun y prendre notre part», avait fait savoir le chef de l’Etat français à ses ambassadeurs.  
Le Maroc est depuis toujours le terrain de chasse fétiche de cette «diplomatie économique» que semble vouloir réinventer François Hollande. Et jamais les turpitudes du royaume en matière de droits de l’Homme n'ont perturbé cette «diplomatie économique».
Le premier chef d'Etat africain à être reçu à l’Elysée par Hollande a été Mohammed VI. Le président français lui avait accordé, le 24 mai, un entretien de 40 minutes alors que le roi était en voyage privé en France.
L'Elysée avait alors affirmé dans un bref communiqué l'attachement de François Hollande à l'amitié entre la France et le Maroc et souligné les liens exceptionnels qui la caractérise.

La France solidaire du roi

Le chef de l'Etat français «a salué le processus de réforme démocratique, économique et sociale en cours dans le royaume à l'initiative du roi», avait indiqué la présidence, soulignant que «la France se tient aux côtés du Maroc dans la voie qu'il a choisie de modernisation économique et d'approfondissement de l'Etat de droit».
Dans son message de vœux et de félicitations adressé au souverain à l'occasion de la Fête du Trône (30 juillet), François Hollande en rajoutait une couche:  
«Les douze derniers mois ont été résolument denses pour le royaume», avec l'adoption de la nouvelle Constitution, l'organisation d'élections législatives «exemplaires» et le lancement «des chantiers ambitieux pour répondre aux aspirations des Marocains».
«Le Maroc a traversé cette période de changement intense avec succès», s'est-il réjoui, renouvelant la disponibilité de la France à soutenir les efforts du Maroc dans ce processus de réformes.
«Je tiens à exprimer à nouveau à Votre Majesté les sentiments de haute estime que m'inspire l’œuvre qu'elle accomplit. Je lui souhaite plein succès dans la mise en œuvre des réformes qu'elle a décidées», avait-il conclu.

Aucune allusion aux contestataires

Pas un mot, pas une allusion aux revendications de la société civile sur ce qu’elle considère comme des réformes en trompe-l’œil, ni aux jeunes militants qui ont battu le pavé pendant un an et dont nombre d’entre eux croupissent depuis en prison.
Rien non plus sur la corruption de proches du régime et de membres de son appareil sécuritaire, dont certaines affaires avaient filtré au plus fort du printemps arabe grâce à Wikileaks, sans parler de la répression qui touche les médias indépendants à l’image du harcèlement que subit actuellement le journaliste Ali Lmrabet.
Dernier exemple en date, celui du retrait d’accréditation d’un journaliste de l’AFP à Rabat qui n’a pas suscité d’émoi à Paris. Le porte-parole du Quai d’Orsay s’est tout juste borné a rappeler «l’attachement que porte la France à la liberté de la presse».
Les visites répétées des «VRP» de la France à Rabat, depuis l’élection de Hollande n’ont pas non plus été l’occasion d’aller à la rencontre des voix dissidentes, ne serait-ce que celles qui dénoncent avec vigueur «les cadeaux empoisonnés de la France», à l’image du très controversé projet du TGV voulu par l'ancien président français Nicolas Sarkozy et dont le volet financier avait été dénoncé par le Parti socialiste.
«Après Nicole Bricq (Commerce extérieur) et Manuel Valls (Intérieur) en juillet, puis Hélène Conway (Français de l'étranger) fin septembre, Geneviève Fioraso (Enseignement supérieur) se rendra au Maroc en octobre. En novembre, c'est le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, dont la cote de popularité atteint des sommets du côté de Rabat qui est attendu», rappelle Maghreb Confidentiel.
Sur le dossier sensible du Sahara Occidental qui mine depuis trente ans les relations algéro-marocaines, François Hollande a vite fait de chausser les bottes de ses prédécesseurs, alors que même son Premier ministre qualifiait jusqu’à sa nomination d'«occupation» la présence marocaine sur ce territoire contesté.
Le problème ici est moins d’assumer l’alignement de Paris sur les thèses de Rabat, mais d’expliquer les raisons de cette volte-face.

Des promesses déjà oubliées?

Il est déjà loin aussi le temps où Jean‑Marc Ayrault alors président du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche à l’Assemblée nationale et député‑maire de Nantes recevait les figures montantes de la contestation au Maroc et leur promettait qu’avec les socialistes au pouvoir, leur voix allait être entendue par la France.
Alors que Mohammed VI tarde toujours à nommer un ambassadeur à Paris, une nouvelle légion pro-marocaine s’est constituée autour de François Hollande perpétuant le lien magique qui lie la France avec son ancien protectorat.


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