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lundi 8 octobre 2012

François Hollande, admirateur de Mohammed VI, dans le sillage de Sarkozy ?

François Hollande peut-il tout dire sur le Maroc?

Par Ali Amar, Slate, Rabat, 8/10/2012

Le président français semble exclure le royaume chérifien de sa nouvelle doctrine diplomatique pour l’Afrique.


François Hollande et le roi Mohammed VI, à l'Elysée, mai 2012. © REUTERS/POOL New

Le président français a annoncé, le 5 octobre, à La Valette, la capitale de la République de Malte, en marge du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des pays du Dialogue euroméditerranéen 5+5, qu’il se rendra «avec grand plaisir» en visite au Maroc, au début de l’année prochaine «pour renforcer les liens d’amitié et les perspectives d’avenir»  (le Dialogue 5+5 est une enceinte de dialogue politique informel qui regroupe dix pays riverains de la Méditerranée).
«Est-ce pour faire passer la pilule de la visite d'Etat de François Hollande à Alger, prévue le 5 décembre, et qui inquiète beaucoup Mohammed VI?», s’interrogeait Maghreb Confidentiel.
Le journal faisait, en même temps, la comptabilité des délégations ministérielles en direction du Royaume, qui culmineront avec le déplacement du Premier ministre français, Jean-Marc Ayrault, le 12 décembre, pour l'inauguration du tramway de Casablanca, dont l’exploitation a été attribué à des entreprises françaises.
En effet, Rabat a toujours soupçonné la nouvelle présidence française de tropisme algérien même si ces inquiétudes se sont quelques peu dissipées.

Finie la Françafrique ?

Le 27 août 2012, François Hollande traçait les grandes lignes de la diplomatie française, à l’occasion de la traditionnelle Conférence des ambassadeurs, au palais de l’Elysée. Le chef de l'Etat français avait déclaré la vouloir en rupture avec la Françafrique.
François Hollande a tenu à présenter sa propre vision de l’Afrique:
«Un continent en forte croissance, et qui le sait, et qui ne supporte plus le discours larmoyant à son endroit. Des sociétés qui se développent vite, portées par une démographie forte. Un continent où la démocratie progresse, où l’environnement et l’énergie sont autant de sujets majeurs.»
Mais surtout, avec son annonce controversée de se rendre au sommet de la Francophonie à Kinshasa, François Hollande a affirmé que la politique africaine de la France doit être «différente du passé».
Avant tout, «elle doit être fondée sur la transparence dans nos relations commerciales et économiques, la vigilance dans l'application des règles démocratiques et le respect aussi des choix souverains», avait-il déclaré.
Et pour bien montrer que ses paroles, souvent entendues de Paris, s’accompagnent d’actes concrets, le président annonçait qu’il irait en République démocratique du Congo, à la rencontre de l'opposition au président Joseph Kabila.
«J'y rencontrerai l'opposition politique, les militants associatifs, la société civile. C'est le sens de la nouvelle politique africaine de la France: tout dire partout et faire en sorte que ce qui soit dit soit fait.»

Un discours de realpolitik

C’est aussi un choix de realpolitik, puisque l’Afrique est plus que jamais dans le viseur d’un projet de transformer les diplomates en VRP des entreprises françaises.
«Laurent Fabius vous présentera un plan d’action pour ce que nous avons appelé la diplomatie économique. L’enjeu, c’est la capacité d’être plus compétitif, de conquérir des marchés et nous devons chacun y prendre notre part», avait fait savoir le chef de l’Etat français à ses ambassadeurs.  
Le Maroc est depuis toujours le terrain de chasse fétiche de cette «diplomatie économique» que semble vouloir réinventer François Hollande. Et jamais les turpitudes du royaume en matière de droits de l’Homme n'ont perturbé cette «diplomatie économique».
Le premier chef d'Etat africain à être reçu à l’Elysée par Hollande a été Mohammed VI. Le président français lui avait accordé, le 24 mai, un entretien de 40 minutes alors que le roi était en voyage privé en France.
L'Elysée avait alors affirmé dans un bref communiqué l'attachement de François Hollande à l'amitié entre la France et le Maroc et souligné les liens exceptionnels qui la caractérise.

La France solidaire du roi

Le chef de l'Etat français «a salué le processus de réforme démocratique, économique et sociale en cours dans le royaume à l'initiative du roi», avait indiqué la présidence, soulignant que «la France se tient aux côtés du Maroc dans la voie qu'il a choisie de modernisation économique et d'approfondissement de l'Etat de droit».
Dans son message de vœux et de félicitations adressé au souverain à l'occasion de la Fête du Trône (30 juillet), François Hollande en rajoutait une couche:  
«Les douze derniers mois ont été résolument denses pour le royaume», avec l'adoption de la nouvelle Constitution, l'organisation d'élections législatives «exemplaires» et le lancement «des chantiers ambitieux pour répondre aux aspirations des Marocains».
«Le Maroc a traversé cette période de changement intense avec succès», s'est-il réjoui, renouvelant la disponibilité de la France à soutenir les efforts du Maroc dans ce processus de réformes.
«Je tiens à exprimer à nouveau à Votre Majesté les sentiments de haute estime que m'inspire l’œuvre qu'elle accomplit. Je lui souhaite plein succès dans la mise en œuvre des réformes qu'elle a décidées», avait-il conclu.

Aucune allusion aux contestataires

Pas un mot, pas une allusion aux revendications de la société civile sur ce qu’elle considère comme des réformes en trompe-l’œil, ni aux jeunes militants qui ont battu le pavé pendant un an et dont nombre d’entre eux croupissent depuis en prison.
Rien non plus sur la corruption de proches du régime et de membres de son appareil sécuritaire, dont certaines affaires avaient filtré au plus fort du printemps arabe grâce à Wikileaks, sans parler de la répression qui touche les médias indépendants à l’image du harcèlement que subit actuellement le journaliste Ali Lmrabet.
Dernier exemple en date, celui du retrait d’accréditation d’un journaliste de l’AFP à Rabat qui n’a pas suscité d’émoi à Paris. Le porte-parole du Quai d’Orsay s’est tout juste borné a rappeler «l’attachement que porte la France à la liberté de la presse».
Les visites répétées des «VRP» de la France à Rabat, depuis l’élection de Hollande n’ont pas non plus été l’occasion d’aller à la rencontre des voix dissidentes, ne serait-ce que celles qui dénoncent avec vigueur «les cadeaux empoisonnés de la France», à l’image du très controversé projet du TGV voulu par l'ancien président français Nicolas Sarkozy et dont le volet financier avait été dénoncé par le Parti socialiste.
«Après Nicole Bricq (Commerce extérieur) et Manuel Valls (Intérieur) en juillet, puis Hélène Conway (Français de l'étranger) fin septembre, Geneviève Fioraso (Enseignement supérieur) se rendra au Maroc en octobre. En novembre, c'est le ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, dont la cote de popularité atteint des sommets du côté de Rabat qui est attendu», rappelle Maghreb Confidentiel.
Sur le dossier sensible du Sahara Occidental qui mine depuis trente ans les relations algéro-marocaines, François Hollande a vite fait de chausser les bottes de ses prédécesseurs, alors que même son Premier ministre qualifiait jusqu’à sa nomination d'«occupation» la présence marocaine sur ce territoire contesté.
Le problème ici est moins d’assumer l’alignement de Paris sur les thèses de Rabat, mais d’expliquer les raisons de cette volte-face.

Des promesses déjà oubliées?

Il est déjà loin aussi le temps où Jean‑Marc Ayrault alors président du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche à l’Assemblée nationale et député‑maire de Nantes recevait les figures montantes de la contestation au Maroc et leur promettait qu’avec les socialistes au pouvoir, leur voix allait être entendue par la France.
Alors que Mohammed VI tarde toujours à nommer un ambassadeur à Paris, une nouvelle légion pro-marocaine s’est constituée autour de François Hollande perpétuant le lien magique qui lie la France avec son ancien protectorat.


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mercredi 18 avril 2012

communiqué du mouvement du 20 février pour la Suisse

 par Salah Elayoubi, Lausanne,  18/4/2012 
COMMUNIQUÉ
 Le mouvement du 20 février pour la Suisse, a tenu une réunion, le 14 avril 2012, au cours de laquelle il a procédé à une évaluation globale et circonstanciée des quatorze mois de mobilisation que les citoyens mènent, à travers leurs différentes composantes et sensibilités, dans différentes villes, en vue de l’instauration d’un véritable État démocratique au Maroc, sur les base de ses revendications légitimes. 
  Il communique ce qui suit: Malgré la gigantesque campagne de marketing orchestrée par les caisses de résonance du palais, autour du discours du 9 mars, celui-ci n’a jamais été inspiré par la sagesse, le souhait d’accéder aux revendications du peuple marocain, ou encore le désir du roi d’amender ses pouvoirs au profit d’une véritable monarchie parlementaire. Les évènements de ces derniers mois ainsi que les opérations royales laissent, au contraire, clairement entrevoir qu’il ne s’agissait, en réalité que d’une nouvelle ruse dictée par l’instinct de survie du régime et son désir de donner des gages, à la communauté internationale qui, les yeux rivés sur la révolution de Jasmin et le printemps arabe, exigeait des réformes structurelles. Loin des revendications du mouvement du 20 février et de ses propositions, la monarchie a procédé, comme elle en est coutumière, depuis un demi-siècle, à une réforme constitutionnelle concoctée par des individus acquis à sa cause et ses thèses absolutistes et qui, faisant mine de reprendre, par certains articles, des pouvoirs au roi, les lui restituaient, par le truchement d’autres, un peu plus loin.

 Malgré les manifestations qui se sont poursuivies, les protestations émanant de mouvements associatifs, de personnalités politiques ou de simples citoyens, la forfaiture est allée à son terme, avec un référendum constitutionnel organisé malgré l’abstention d’une écrasante majorité de la population et que le régime a fait passer pour un plébiscite personnel pour le roi. Puis les élections législatives ont eu lieu dans les mêmes conditions d’abstentionnisme, faussant leurs résultats. 

 En cent jours de règne, le nouveau gouvernement dominé par les islamistes du PJD, n’aura pas dérogé au devoir quasi génétique du pouvoir alaouite de réprimer ses contradicteurs. Le nombre de blessés victimes de la répression brutale des forces de l’ordre et celui des arrestations et des procès inéquitables des militants du vingt février, et d'autres, dont le chef du gouvernement, alors en campagne, disait, pourtant, qu’ils étaient en droit de manifester pacifiquement, pour leur droits, se sont accélérés. Monsieur Benkirane semble avoir tout oublié de ses promesses de réparer, combattre ou mettre fin aux injustices, à la corruption. Jusqu’au droit de grève dont il est, aujourd’hui, question. 

 La publication du livre de Ali Amar et de Jean-Pierre Turquoi, "Paris-Marrakech", puis du livre de Catherine Graciet et Eric Laurent, « Le roi prédateur », ont eu le mérite de reprendre et condenser tout ce que le peuple marocain savait déjà, sur les pratique du régime marocain et sur celles de Mohammed VI, sa famille, ses proches et ses collaborateurs. En révélant, pour le premier livre, les connections, les complicités et les accointances coupables du régime marocain avec la classe politique et les multinationales françaises, et en relatant, pour le second ouvrage, le caractère prédateur, corrompu, népotique et brutal de la monarchie marocaine, les deux ouvrages semblent avoir, définitivement, achevé de crisper et le nouveau gouvernement et celui de l'ombre, les confortant dans le rôle exclusif dont ils se revendiquaient depuis le premier jour, de défenseurs de la monarchie. La répression qui est allé crescendo, depuis cette date, témoigne de cette tendance. 

Le mouvement du 20 février pour la Suisse exprime son indignation la plus profonde pour les exactions commises par les forces de l’ordre, contre des citoyens qui manifestent, pacifiquement, sous des formes pourtant autorisées, sit - in, marches ou grèves. Le mouvement apporte son soutien inconditionnel à toutes les victimes de la répression et dénonce les conditions dans lesquelles sont détenus, sans exception, tous les militants qu’ils appartiennent au mouvement du 20 février, au mouvement alternatif pour les libertés individuelles (MALI), aux mouvements féministes, aux mouvements amazighs, aux mouvements sahraouis, aux mouvements islamistes ou aux autres mouvements citoyens opposés au despotisme. 

 Le mouvement s’indigne contre les nombreuses injustices et discriminations qui continuent de frapper la femme marocaine et l'instrumentalisation de la religion et de l'ignorance, pour maintenir celle-ci dans sa condition de citoyenne mineure ou de seconde zone. Il dénonce, tout particulièrement l'article 475 qui récompense les violeurs du mariage avec leur victime, renvoyant aux criminels un signal de totale impunité. 

 Le mouvement rappelle l’urgence qu’il y a de sauver les vingt-sept militants qui mènent, au péril de leur santé, sinon de leur vie, une grève de la faim, sans que le la justice marocaine n’ait daigné, à ce jour, examiner les conditions de leur arrestation et de leur jugement, ni entrepris d’enquêter sur les allégations et accusations persistantes d'exactions commises à leur encontre, par les policiers, lors de leurs interrogatoires ou par leur geôliers, jusque dans leurs cellules. 

 Le mouvement pointe, enfin, avec force, l’ensemble de ses revendications qui n’a, à ce jour, contrairement à ce qu'il avance, jamais été satisfait: 

- Dissolution du parlement, démission du gouvernement et élection au suffrage universel, d’une assemblée constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution démocratique, soumise à référendum populaire et garantissant la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, la fin de toute sacralité, la reconnaissance de tamazight comme langue officielle du pays, comme il en est de l'arabe, la plus large autonomie des régions dans la gestion de leur économie, leur sécurité, leur budget et leur politique, la reconnaissance du droit de manifester, la liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté d’association, la liberté d’entreprise, la liberté de création artistique, la liberté d’opinion, la liberté du culte, la liberté de conscience et l’égalité entre les deux sexes. 

 - La recherche, l’arrestation et le jugement des responsables de crimes de sang, des disparitions et des actes de tortures contre les citoyens marocains, lors des cinq dernières décennies. 

- La recherche, l’arrestation et le déferrement devant la justice de tous ceux qui sont impliqués dans les crimes économiques, qu’il s’agisse du pillage des richesses et du patrimoine national, du détournement des deniers publics, de la fuite des capitaux ou du blanchiment des fonds provenant de ces dernières activités et la restitution des biens spoliés et des fonds dérobés au trésor public. 

 - La libération de tous les prisonniers politiques, d’opinion ou de croyance, l’abandon de toutes les poursuites et les charges dirigées contre eux et la réhabilitation de tous ceux qui ont fait l’objet de poursuites illégales ou d’injustices, leur indemnisation et l’indemnisation de leurs proches pour les souffrances qu’ils ont eu à endurer. 

 - La fin de la répression et de l’usage de la force publique contre les citoyens qui manifestent pacifiquement et son retour à la tâche première d’assurer ordre et sécurité et d’apporter aide et assistance, indistinctement au citoyen, quelque soit son origine et sa place dans la société marocaine. 

 - L'abolition des lois adoptées pour légitimer les excès de sécurité et les abus des autorités, comme la loi sur le terrorisme. 

 - La fin des privilèges, de l’impunité et de l’absence de reddition des comptes pour le chef de l’Etat, les gouvernants et les élites politiques. 

 - L'abolition de la Charte nationale d'éducation, de la formation et du programme d'urgence. 

 Face au mépris affiché par le pouvoir marocain, le mouvement décide la poursuite de la lutte, jusqu’à satisfaction de l’ensemble de ses revendications et adopte les décisions suivantes : 

 - Communication, par toutes les moyens et le plus largement possible, au niveau international, afin de dénoncer le caractère du régime marocain fondé sur la répression, les injustices, l’enrichissement illégal du roi, de ses proches et des commis de l’Etat, aux dépens de la prospérité et du développement du pays et de ses citoyens. 

 - Constitution d’une cellule de veille chargée de collecter et divulguer, dans les médias écrits, audiovisuels et électroniques et auprès des instances internationales de défense des droits de l’homme, des ONG, des hommes politiques, des gouvernements et groupes de pression étrangers, toutes informations susceptibles d’éclairer la communauté internationale sur la réalité du régime marocain et sur les exactions qu’il conduit contre nos compatriotes avec ses forces de police et sa justice. 

 - Création, à brève échéance, d’une organisation non gouvernementale qui sera dévolue à l’observation de la situation des droits humains au Maroc et à la défense des intérêts de ses citoyens, victimes de la machine judiciaire du régime marocain, de la dénonciation des responsables des exactions, de corruption et de pillage économique auprès des instances internationales compétentes. 

 - La Désignation de Monsieur Ahmed Benani comme porte-parole du mouvement pour la Suisse romande et de Kacem El Ghazali pour la Suisse alémanique. 

 Fait à Lausanne le 18 avril 2012
https://www.facebook.com/notes/salah-elayoubi/communiqu%C3%A9-du-mouvement-du-20-f%C3%A9vrier-pour-la-suisse/361439747236044