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lundi 22 février 2010

La fin de l'ère coloniale ? Développement économique et social ou néocolonialisme ?

Invitation à s'inscrire pour assister au Colloque 
«L'esprit de la Conférence de Bandung en 1955 : La fin de l'ère coloniale ? Développement économique et social ou néocolonialisme ?» 

Cette année 2010, c'est le 50ème anniversaire des indépendances africaines et le 200ène anniversaire du début des indépendances de l'Amérique. La conférence de Bandung de 1955 dont c'est le 55ème anniversaire, est l'occasion de revenir sur la notion d'indépendance et sur ce qu'il en est aujourd'hui. Cette Conférence, également appelée Conférence des "non‐alignés" , c'était la conviction que la libération des peuples du joug colonial serait à l'origine d'un monde de paix et de progrès social. C'est pour nous l'occasion, en partant des espérances soulevées par cette conférence, de faire revivre ce qu'elle a signifié pour tous les peuples fatigués de la colonisation, comme espoir en un monde meilleur.

On présentera des exemples de passage de l'indépendance nominale à l'autonomie politique et au développement social pour chacu des 3 continents : Asie, Amérique et Afrique. Ce sera l'occasion de montrer qu'en général, seuls les pays qui ont réussi à se débarrasser du joug colonial, pris dans son sens large (c'est‐à‐dire autonomie des puissances coloniales, des institutions financières internationales, des élites militaires ou économiques locales,...) ont put aborder la spirale vertueuse du développement économique au service au service de l'ensemble des citoyens.

Programme Les actes de la conférence seront publiés par les éditions l'harmattan

13h30 : Mot de bienvenue par Sami BOUMENDJEL et présentation de Hocine Aït AHMED : invité d'honneur chef de déléguation FLN/ALN à la Conférence de Bandung - Présentation de la semaine anti coloniale Henri POUILLOT et information pratiques et présentations du thème du Colloque par Jean-Paul VANHOOVE

13h50 - Première table ronde animée par Ingrid Alice NGOUNOU avec: - Contexte historique - Le sang de Bandung et les indépendances africaines: Lazare Ki ZERBO - Panorama des indépendances vu du côté Français - De Gaulle et la décolonisation par Benjamin STORA - Décollage économique asiatique après l’ère de Bandung : Darwis KHUDORI - De l’indépendance à la souveraineté: le cas de l’Amérique du Sud par Luis Britto GARCIA - Les formes du néocolonialisme : dette, ingérence, ... Indépendance politique, souveraineté et développement : Georges COURADE

15h15 : Seconde table Ronde animée par Eugénie DIECKY avec: - La lutte de libération nationale algérienne dans le mouvement d'émancipation et d'indépendance des peuples du tiers-monde par Mohamed HARBI (à confirmer) - Le point de vue des syndicats africains par Hilaire MINDJA, représentant la FETAF - Environnement, société civile par Luis Britto GARCIA - Culture et indépendance : les artistes prennent du recul. Sylvie SECK - La question du genre dans la décolonisation des esprits : Michèle DECASTERE et Brigitte LIQUARD - Le droit des peuples à l'auto determination : François MANGA-AKOA

16h35 : Réponses aux questions du Public

17h15 : Conclusion par Bachir BEN BARKA

17h30 : Fin du Colloque
dans le cadre de la semaine Anti Coloniale à l'auditorium de la mairie de Paris le 22 février de 13h30 à 17h30 : Métro Hôtel de ville Entrée par le 5 rue Lobau - Inscription obligatoires (nom prénom, mail ) avant le 20 février par mail à Jean-Paul VANHOOVE 06 21 05 47 38 jp.vanhoove@wanadoo.fr ou www.anticolonial.net

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France : DANGER ! Sarkozy sort sa grosse batterie !

Sarkozy sort sa grosse batterie, caressant, sans retenue, dans le sens du poil, les sentiments xénophobes et racistes visant les immigrés.
Par Google protect and run
Les musulmans en particulier.  Guantanamo pour les indésirables, agrément de listes anti-minarets pour les élections régionales, haro sur les produits hallal… la liste islamphobique est loin d’être close. Pourtant, et le président français vient de le reconnaître, son aïeul à dû ferrailler pour acquérir la nationalité… française.
Son débat sur l’identité nationale inventé par lui pour stigmatiser l’Islam, la deuxième religion de France, a échoué.
Qu’à cela ne tienne, le président français a rebondi en transposant dans son pays dit “des lumières et de des libertés”, Guantanamo ! Et c’est toujours à l’ex-socialiste Besson que revient la charge de mettre au point ce nouvel instrument anti-immigré. On le disait déprimé ce ministre chargé de rétablir la France dans sa pureté civilisationnelle, pour ne pas dire raciale.
Le ministre “chouchou” de Sarkozy, pour reprendre l’expression de médias parisiens, va déposer un projet de loi destiné à favoriser la création de “zones d’attente spéciales” pour les étrangers sans papiers. Le projet sera présenté au Conseil des ministres début mars… juste avant les régionales. De véritables Guantanamo pour parquer les étrangers entrés clandestinement en France mais aussi les immigrés indésirables à renvoyer dans leur pays d’origine, voire à expulser dans des endroits quelconques.
Les harragas seront ainsi entassés dans un site, le temps qu’il faut, pour permettre à l’administration d’établir les papiers de leur conduite hors France. Les formalités d’expulsion seront simplifiées pour faire partir les indésirables au plus vite, sans délai et sans aucun recours : 48 heures pour faire appel contre 30 jours aujourd’hui.
La rétention durera 30 jours, histoire de prendre le temps nécessaire pour convaincre le juge à décider la reconduite. Jusqu’ici, il s’est trouvé en effet des juges encore indépendants pour débouter les instructions d’expulsion de la police, comme cela vient d’être le cas pour les harragas débarqués sur les côtes corses, les juges ont exigé de l’administration l’examen de leur demande d’asile, avant de passer à la position radicale.
En fait, Besson n’innove pas, il existe en France déjà une cinquantaine de zones d’attente dans des endroits très précis, genre aéroports, ports ou gares. Avec son projet, elles seront ouvertes à l’avenir n’importe où, n’importe quand, n’importe comment et par n’importe qui ! Les Guantanamo à la française seront ainsi ouverts là où se trouvent des communautés immigrées, à proximité des lieux d’interpellation des expulsables. Avec la droite à la mode Sarkozy, cela a le mérite d’être clair.
Avec ce projet, s’en est fini de l’hypocrisie “France, terre d’asile et des droits de l’homme”. Guantanamo inventé par Bush junior dont Sarkozy avait été un proche, est un système carcéral où des êtres humains sont détenus pour un temps indéterminé, sans possibilité de se défendre et sans assistance juridique.
L’objectif est évident : enfermer les indésirables à l’abri des regards de la justice afin d’éviter tout processus judiciaire jugé trop clément et trop laxiste. Le groupe d’information et de soutien des immigrés évoque déjà l’instauration d’un régime d’exception : bonjour la république bananière, adieu l’esprit de 1789 dont bassine sans cesse le Parti socialiste qui s’est contenté d’annoncer qu’un tel projet ne serait pas constitutionnel. Voilà longtemps que les socialistes ont fait de la franchouillardise leur tasse de thé, peut-être même bien avant Sarkozy.
Et ce n’est pas l’acceptation par le ministre de l’Intérieur français de la liste anti-minarets aux élections régionales qui va contredire la Lepénisation de la France officielle. Cette liste d’extrême droite pour la région de Franche-Comté, composée du MNR, du Parti de la France, de la droite nationale et du Front comtois, s’intitule : “La ligue comtoise, non aux minarets”. Le programme est clair, plus de musulmans dans la région. Quelques français qui continuent à faire honneur à la France tolérante ont demandé à la préfecture du département d’invalider cette liste, contraire aux valeurs républicaines. Le préfet leur a rétorqué : “La ligue comtoise, non aux minarets” est conforme au code électoral ! L’effet dominos n’a pas attendu longtemps.
La préfecture de Moselle a également enregistré une liste “Non aux minarets”. La course est ouverte par le ministre de l’Intérieur, Hortefeux, pièce maîtresse dans le système Sarkozy. Même l’alimentation hallal s’est invitée dans la guerre contre l’Islam menée tambour battant en prévision des régionales. Depuis novembre, Quick a rayé le porc de sa carte, dans ses établissements en milieux musulmans.
Cette loi de l’offre et de la demande, le maire socialiste de Roubaix ne l’entend pas de cette oreille, s’en prenant à la chaîne de restauration rapide dont le chiffre d’affaires provient de clients majoritairement musulmans. Le PS joint, sans état d’âme, sa voix à celle des Lepénistes dont la raison d’être a toujours été la guerre contre les étrangers qui mangent le pain des Français !
À Roubaix, la population musulmane est importante et c’est le laboratoire de Marine Le Pen qui va prendre le relais de son père sous peu. Même posture anti-musulmane chez le Parti de la Gauche, mené par un ex-cacique du PS, Jean-Luc Mélenchon. Son candidat aux régionales en Alsace est contre l’enseignement de l’Islam à l’école alors que le catholicisme et le judaïsme le sont depuis longtemps dans la région. L’islamophobie a donc gagné même la gauche.
Il n’est qu’à rappeler les cris d’orfraie lancés par la classe politique française, dans toute sa palette, contre le NPA, le parti de Besancenot qui a osé faire figurer dans une de ses listes aux régionales une musulmane portant un foulard, un simple bandana ! 
Enfin, jamais gouvernement et classe politique français n’auront autant abusé sur le fantasme de la peur de l’étranger. Principalement l’Islam. Si on devait comparer, il faut aller chercher du côté de la France pétainiste, lorsque les juifs étaient pourchassés.
source: Liberte
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Affaire Mokhtari : Une jurisprudence en marche


Un cas de jurisprudence à double titre 
Par Larbi Bouhamid, Libération,13/2/2010
A l'instar de l'arrêt Ronda ou d'autres jugements similaires, les étudiants des facultés de droit du Maroc et peut-être de France, verront figurer dans leurs cours de première année l'affaire Aïcha Mokhtari.
Pour une histoire d'homonymie avec une Algérienne en délicatesse avec les services consulaires français d'Oran, Aïcha Mokhtari qui s'est vu refuser l'incontournable visa pour aller se faire soigner dans les hôpitaux de l'Hexagone avait fini par rendre l'âme le 15 août dernier. En dépit de l'intervention de l'intéressée et de sa famille auprès des autorités françaises dont des ministres et le Président Nicolas Sarkozy lui-même, l'erreur n'a pas été corrigée. Pour ce qui est des autorités marocaines, elles n'ont pas levé le petit doigt pour garantir le droit aux soins à la défunte.
Son frère Abdelaziz qui n'a pu se faire à tant d'injustices, a déjà déposé une plainte contre l'Etat marocain en la personne du Premier ministre, de la ministre de la Santé publique et du ministre des Affaires étrangères ainsi que le wali de l'Oriental et le délégué du ministère de la Santé à Oujda.
Son frère Abdelaziz vient, en date du 5 janvier, de déposer un rectificatif auprès du tribunal administratif afin que les ayants droit au nombre de sept soient intégrés dans le dossier du procès. Comme souligné dans le rectificatif, les héritiers d'Aïcha Mokhtari annoncent leur décision de réclamer une indemnisation de 3 millions de DH à l'Etat pour non assistance à personne en danger.
Pour la même accusation, ils comptent également déposer une autre plainte bientôt à Oujda contre le wali, le délégué provincial de la Santé, le médecin et l'assistance sociale.
En France, la défense du dossier Mokhtari est assurée par Maîtres Willian Bourdon et Léa Leforestier. Maitre William Bourdon du Barreau de Paris, ex-secrétaire général de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) est spécialisé en particulier dans la défense des droits de l'Homme, des victimes de la mondialisation et des crimes contre l'humanité. Il est également avocat de Transparency International.

dimanche 21 février 2010

Le Maroc de la Résistance

Par Ali Fkir, 21/2/2010
Au Maroc, la résistance des sans droits de citoyenneté s'intensifie. De Casablanca, la plus grande ville du Maroc, aux coins les plus reculés du pays (Nador au nord, Bouarfa à l'est, Taroudante au sud, Khénifra au centre...), les sans logement, les ouvriers, les victimes du chômage, les défenseurs des ressources naturelles, les militants des droits humains, les journalistes honnêtes...se mobilisent, résistent, se prennent en charge...La peur, presque innée dans nos entrailles (suite à des siècles de terreur makhzenienne et suite au règne sanglant de Hassan II), commence à laisser la place à la témérité, au courage, à l'esprit combattant, à la volonté de changer la Maroc, à la détermination de s'épanouir.,. de se libérer du joug makhzanien.
Les chaînes publiques, les chaînes de nos "amis" ( surtout celles de nos chers oncles Jacquot et autres Sarko), la presse des partis monarchistes, les "intellos" monarchistes (défenseurs des "valeurs sacrées"), les derniers parvenus au bercail du makhzen...tout ce "beau monde" n'ont d' yeux que pour contempler "le plus beau pays du monde", ils n'ont de créativité que pour mettre en valeur les "vertus" de la nouvelle "ère", n'ont d'imagination que pour dénigrer l'AMDH, les forces de la gauche radicale, les opposants islamistes radicaux, pour critiquer tous ceux qui refusent de cautionner les mascarades électorales conçues par le palais et son entourage.
Les forces conservatrices à multivisages (comprenant les forces réactionnaires déclarées ainsi que les forces à écorce de gauche mais à essence conservatrice et tous les philistins) qui au non du réalisme politique et des spécificités nationales, se sont mus en cales tentant de bloquer les roues de la machine de l'Histoire en mouvement, qui ne peut en aucun cas attendre  les traînards et autres hésitants.
Les sans abris de Casblanca, les enchômagés de Nador, d'Alhouceima, de Taroudant, les ouvriers de Khouribga, les habitants de Bouarfa, les paysans des Aït Abdi de Khénifra, les étudiants de Marrakech, de Fès...ont bien compris qu'ils non rien à attendre ni de l'Etat des nantis, ni des "élus" enfantés par des mascarades boycottées par plus de 80% des marocain-es en âge de voter, ni des politicards à la recherche des miettes perdus sous la table des seigneurs.
La résistance est bien là même si elle est encore (dans beaucoup de cas) à son état de spontanéité. Le salut ne peut venir que de la lutte de masses conscientes organisées, lutte ferme et déterminée.
Le changement ne peut en aucun cas s'opérer de l'intérieur des institutions générées par des élections manipulées par le palais et autres forces occultes dont l'objectif principal reste la reproduction du système dans son ensemble ayant pour base:
- le despotisme monarchique;
- le malikisme comme unique référence théologique/idéologique;
- le chauvinisme comme arme "mobilisatrice" contre les "ennemis extérieurs et intérieurs".
Le makhzen n'a pas la légitimé populaire, la légitimité des urnes. Il n'a pour légitimité que la religion et la baïonnette.
Merci l'AMDH de rappeler aux démocrates conséquents que la laïcité de l'Etat est un élément incontournable dans la lutte pour un Etat de droit. La liberté de culte est une revendication du mouvement des droits humains. Les pratiquant-es marocain-es sont pris aujourd'hui en tenaille entre l'enclume des imams du Makhzen qui ne montrent du coran que les versets qui font l'apologie des seigneurs, et le marteau des imams intégristes qui ne montrent du coran que les versets qui cultivent la haine, appellent à la "guerre" sainte, qui font l'apologie de l'intolérance et du racisme. Finis les beaux jours où les pratiquant-s parmi nos ancêtre qui faisaient avec quiétude leur prière en pleine nature sans "guide spirituel" aucun.
Face au Maroc du tourisme sexuel, face au Maroc des nantis, se dresse le Maroc de la dignité , le Maroc de la résistance, le Maroc de l'espoir.
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Dernières photos reçues de Nador: des dizaines de victimes des politiques de l'Etat marocain(militant-es de l'andcm-section Nador), en sit in pacifique. Quant à l'armada makhzanienne, elle est sur le pied de guerre.

La disparition du « Journal Hebdomadaire » et les fossoyeurs de la conscience vive du Maroc

Par Mohamed Belmaïzi, 13/2/2010
Constamment, et de plus en plus clairement, nous touchons du doigt, et surtout du cœur, la tragédie qui se prépare dans le pays du Couchant.
Un État qui pointe son collimateur sur la contestation pour l’étouffer, la punir et l’anéantir. Un État qui terrorise les forces de la Nation qui pensent, qui critiquent et qui proposent. Un État sourd aux interpellations constructives et non destructrices « haddama » comme le pense son élite. Un État qui prétend s’accaparer des principes des droits humains en imposant un « Conseil Consultatif des Droits de l’Homme » (CCDH), pour mieux détruire de l’intérieur ce combat légitime, essentiel, indispensable et consubstantiel à la société civile. Un État qui se refuse à se structurer autour d’une Constitution démocratique. Un État qui glorifie la sacro-sainte Impunité et qui célèbre les bienfaits de la Corruption. Un État qui brise la vie de 850 familles (travailleurs à l’OCP) en les licenciant sans indemnité ni couverture sociale, pour avoir osé se syndicaliser. Un État qui autorise les siens de semer le désordre et le désarroi contre une population démunie de tout État de Droit, à Khénifra, à Sidi Ifni ou ailleurs. Un État avec un dossier noir des violations très longues à détailler ici…
Cet État-là, est un État sans perspectives modernes, ni visions clairvoyantes qui projettent le pays dans un avenir vivable et enviable. Cet État-là est dépourvu de gouvernance.
Les interdictions et les censures sont devenues dans ce pays, un sport national. L’Histoire de notre pays est jalonnée de censures, de disparitions de journaux, de brutalités et torture contre les intellectuels récalcitrants qui n’ont pas la langue dans leurs poches. L’Histoire ne pardonnera jamais à cet État qui a interdit, entre autres, la revue « Souffles » dans les années soixante. Une honte d’avoir jeté en prison des intellectuels d’une race de penseurs inédite dans notre pays et à l’échelon mondial, par leur apport original et si précieux.
Et aujourd’hui, sous nos yeux, un journal unique par sa grandeur et sa contribution si frétillante d’idées neuves, qui dessillent les yeux et posent les fondements d’un débat mirifique, en vue de sortir notre pays du tunnel de l’archaïsme et du féodalisme, vient d’être terrassé, et avec lui tout un mouvement d’éveil, une sorte de Nahda (renaissance)… et quelle Nahda salvatrice !
En interdisant le « Journal Hebdomadaire », l’État porte atteinte à toute une génération qui est née, s’est émancipée et a grandi avec ce souffle novateur qui a structuré toute une démarche responsable et tout un système d’analyse des plus performants. Cette génération aura tant à dire sur l’Histoire prometteuse et promise de ce journal.
Car, au sujet de ce dernier, des témoignages, des écrits et des thèses paraîtront. Et nul doute, que la génération cultivée et formée par le « Journal Hebdomadaire », prendra le maquis de l’Internet, si ce n’est déjà fait depuis belles lurettes. Et ainsi, ce journal, non seulement il ne mourra jamais, mais il reviendra nous éclairer quand le pays sombre au fond de la nuit, puisqu’il est à prévoir une cascade d’interdiction-déluge… un tsunami balayant tout un édifice rédempteur.
L’ensemble des chancelleries, ainsi que l’opinion nationale et internationale, ont noté, avec dégoût et écœurement, la désastreuse disparition du « Journal Hebdomadaire ». Car leur conviction basée sur la reconnaissance d’un contrepouvoir destiné à faire avancer la démocratie et l’État de Droit, se trouve exterminée par les rouages d’une élite parvenue, imbue de ses prestiges et de son extrême monopolisation des richesses et du pouvoir. Et tout devient plus clair comme le jour : le Maroc de ces nantis ennemis de la démocratie et de l’État de Droit, se refuse à décoller !
« Le Journal Hebdomadaire » nous a formés et nous sommes ses enfants et ses redoutables témoins. Car notre dette de sens est immense envers ce journal qui nous a tant donné.
Mais qui pourrait nous bâillonner, sans risquer de combattre les moulins invisibles ?

Lettre adressée au Consul Général de La République Française par un Français incarcéré avec son épouse à la prison de Salé

L' association Ennassir a reçu cette lettre du mari de Doha Aboutabit incarcérée avec lui à la prison de Salé.
Par Abderrahim Mouhtad,Ennassir, 15/2/2010
A Monsieur Le Consul Général de La République Française
S/C de Mr. Le Directeur de la prison locale de Salé
Salé
Objet : Demande d’intervention
Monsieur,
En qualité de citoyen français, je vous écris depuis mon lieu de détention à la prison locale de Salé. J’ai été arrêté le 08/02/2010 à 3h du matin à ma chambre d’hôtel à Rabat en compagnie de mon père.
Je suis rentré au Maroc pour m’enquérir des nouvelles de mon épouse Doha Aboutabit, arrêtée au domicile de ses parents le 03 décembre 2009. Selon la version judiciaire locale, ma femme serait, semble-t-il , impliquée dans une affaire relevant de la loi anti-terroriste. Je tiens à vous signaler que je suis surpris de me retrouver écroué pour des motifs que j’ignore. La police marocaine m’a fait signer des documents en arabe dont j’ignore le contenu, d’autant plus que je n’ai aucune connaissance de la langue arabe. Par ailleurs, j’ai signalé au juge d’instruction chargé des affaires relevant de l’anti-terrorisme devant lequel j’ai été déféré aussitôt que j’avais besoin d’un interprète pour comprendre les questions qu’il me posait mais ma demande restait vaine. Je l’ai également mis au courant de mon état de santé très critique sans que cela ne suscite chez lui un quelconque intérêt.
Monsieur,
Je tiens à vous informer que je suis fonctionnaire de l’Etat français au CNRS et je viens de subir une opération chirurgicale au niveau de la colonne vertébrale : mon dossier est au bureau des pensions du CNRS de Caen. En ce moment, à cause de mes conditions lamentables de détention, je viens d’avoir une récidive de sciatique aigue alors que je devais, de manière pressante, revoir mon chirurgien traitant à l’Hôpital Foch à Suresnes, faute de paralysie totale.
J’ai laissé derrière moi un fils de 4 ans qui se retrouve sans père ni mère. Par conséquent, je vous demande solennellement de faire ce qui est en votre pouvoir pour nous aider, ma femme et moi, à comprendre les motifs réels de notre arrestation. Je vous demande également de bien vouloir dépêcher auprès de nous des agents consulaires pour faire le point sur ce que nous endurons.
Veuillez croire, Monsieur Le consul Général, en mes sentiments distingués.
Signé : Khalid ETEFIA, né à Neuilly-sur-Seine le 10 juin 1976

Le Maroc expulse des missionnaires chrétiens



Par Bellaciao, samedi 20/2/2010
Pas moins de 15 véhicules militaires ont entouré la maison. Les chrétiens présents n’en revenaient pas : ils s’étaient juste réunis pour participer à une formation biblique. Les faits se sont déroulés le 4 février dernier à Amizmiz, une petite ville au Sud de Marrakech. 18 personnes, dont 5 enfants, étaient réunis dans une maison privée lorsqu’environ 60 officiers, deux capitaines et un colonel des forces armées royales marocaines ont fait irruption dans le bâtiment. Ils ont arrêté tout le groupe, confisquant les bibles et deux ordinateurs.
Les chrétiens marocains ont été retenus en garde à vue pendant plus de 14 heures avant d’êtres libérés. Deux bébés de six mois et trois enfants de moins de 4 ans étaient avec eux. « Pendant tout ce temps, ils nous répétaient que ces arrestations avaient été personnellement ordonnées par le nouveau ministre de la justice marocaine et par le plus haut commandement de la gendarmerie, le général Housni Benslimane » explique le responsable de cette formation dont nous ne pouvons pas révéler le nom pour des raisons de sécurité. Dans le groupe, se trouvait aussi un étranger qui a été immédiatement expulsé du pays. Selon l’agence de presse MAP, l’opération a été ordonnée « suite à des informations sur une réunion secrète destinée à initier des gens au christianisme et qui pourrait ébranler la foi des musulmans et les valeurs du Royaume ».
Ce n’est pas la première fois
Au mois de mars 2009, quatre missionnaires Espagnoles et une Allemande ont été interpellées à Casablanca lors d’une réunion avec des Marocains musulmans et avaient été placées sur un bateau qui avait quitté Tanger à destination de l’Espagne.
En décembre 2008, un suisse est expulsé pour les mêmes raisons. L’ONG qui l’emploie dément toute allégation de ce type. Selon l’ONG Consulting, Training and Support (CTS), le ressortissant suisse - un ingénieur - a été expulsé avec son épouse, une physiothérapeute, et trois autres membres de leur famille. Ils travaillaient sur des projets humanitaires au service des handicapés de la région d’Oujda, dans l’est du pays.
D’autres signes d’intolérance :
1) Au Maroc l’homosexualité est illégale, la tenue des relations homosexuelles est condamnée et il y a une véritable fixation pathologique sur le sexe. Le dernier exemple en est la campagne menée par un journal contre la participation du célèbre chanteur britannique, Elton John, au Festival Mawâzine, prévue au mois de mai 2010 à Rabat. «Il s’agit d’un homosexuel», crit le quotidien islamiste Attajdid. L’éditorialiste de ce journal estime qu’il existe un lien entre cette invitation et ce qu’il considère comme une «campagne pour la dépénalisation de l’homosexualité» menée au Maroc par l’association «Kif Kif», «soutenue par la société civile espagnole». Selon ce quotidien, il existerait donc un complot international pour «homosexualiser» le Maroc.
2) La religion inonde le quotidien des citoyens sur tous les aspects de la vie sociale. Il n’y a pas d’espace pour le laïcisme ni rien qui lui ressemble. Chacun à l’intérieur de sa conscience peut penser ce qu’il veut, mais il doit y réfléchir vingt fois avant d’exprimer sa pensée. Le roi est présenté comme le Commandeur des Croyants et ses prières à la mosquée sont transmises en direct, même s’il se donne aux boissons alcoolisées en cachette.
3) L’avortement est formellement interdit. Des médecins qui ont pratiqué des avortements et les femmes qui ont sollicité cette pratique ont été condamnées à des peines de prison sans sourcis.
4) L’Education sexuelle est inexsitente et l’accès aux moyens contraceptifs est pratiquement impossible.
5) La femme continue de jouer un rôle secondaire à l’intérieur de la société et spécialement à l’intérieur des familles. Le Maroc est un exemple vif de la famille traditionnelle et de la femme au foyer.
6) Les enfants sont exploités dans le travail et le tourisme sexuel.
Cela se passe au pays voisin du Maroc, où l’article 6 de la constitution garantit la liberté de culte. Un pays ami et allié de l’Europe avec lequel s’apprête à signer un accord pour l’octroi d’un statu avancé, malgré les violations quotidiennes des droits de l’homme au Sahara Occidental. Un pays qui certains n’hésitent pas à montrer comme un modèle de tolérance et modération.
La foi en question
Les expulsions de missionnaires du Maroc pour cause de prosélytisme se sont multipliées ces dernières années. La plus récente concerne une famille suisse expulsée du royaume en décembre dernier. Le débat sur la liberté de culte n’a jamais été autant d’actualité.

Par : Hicham Houdaïfa
Le dossier de la famille suisse expulsée en décembre dernier du Maroc pour prosélytisme est loin d’être clos. La presse suisse s’est saisie de l’affaire en donnant la parole aux «missionnaires suisses». Il y a un mois, la police judiciaire d’Oujda a arrêté «17 personnes dans la ville de Saïdia, parmi eux des étrangers, qui ont assisté à une réunion publique non autorisée en vertu de la loi en vigueur. Cette réunion s’inscrivait dans le cadre de la propagation de la foi chrétienne et visait à attirer de nouveaux adeptes parmi les citoyens», peut-on lire dans la presse marocaine. Egalement, «les opérations de fouille ont permis la saisie de nombreux outils de prosélytisme, entre autres des livres, des CD en langue arabe et en d’autres langues étrangères.»
Expulsés sans procès. 
En plus de la famille suisse, deux Sud-Africains et un Guatémaltèque ont également fait l’objet d’expulsion. Douze Marocains ont également été arrêtés. Ils auraient été relâchés le jour même. Sur les colonnes du journal suisse L’Express, le couple suisse nie tout prosélytisme. Le mari, ingénieur de profession, et son épouse, physiothérapeute, clament être en mission humanitaire au Maroc depuis plusieurs années pour le compte de l’ONG Consulting, training and support afin d’aider des enfants marocains infirmes. Accusés de prosélytisme, ils ont été escortés le lendemain par la police au poste frontalier de Melilla. «Sans acte d’accusation ni autre forme de procès. A la frontière, on nous a rendu nos effets saisis mais pas nos cartes de séjour, valables jusqu’en 2015», note le chef de projet. Son décryptage de l’attitude des autorités marocaines : «C’est une affaire interne. Durant l’interrogatoire, toutes les questions étaient centrées sur nos relations avec les chrétiens marocains. Nous nous sommes impliqués à leur faire découvrir cette foi qu’ils questionnent, mais nous n’avons converti personne». Si le couple suisse a bien loué une villa à Saïdia pour des réunions de chrétiens c’était, selon les dires de l’employé de l’ONG, pour des «moments forts de prière et d’étude biblique qui n’avaient pas pour but d’ébranler les valeurs du royaume.»
Ce n’est pas la première fois que le Maroc procède à ce genre d’expulsion. Régulièrement, des personnes d’origine étrangère sont priées de plier bagage pour avoir essayé «d’ébranler la fois musulmane» des citoyens marocains. Dans tous les cas, la police évoque la saisie de matériel, de livres et de CD sur le christianisme. Ces étrangers qui visent, selon les rapports de la police, à convertir les Marocains musulmans devraient en principe être jugés. Selon le Code pénal et l’article 220, ils encourent en principe une peine d’emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 100 à 500 dirhams. Rarement, ces derniers sont emprisonnés. Ils sont tout bonnement expulsés. Assurer la protection et la garantie de «la sécurité spirituelle» des citoyens, assurer la préservation des constantes communes aux Marocains : ces propos reviennent dans les déclarations des ouléma comme des responsables de partis politiques d’obédience islamiste pour justifier l’attitude des autorités. Pourtant, la Constitution consacre dans son article 6 la liberté de culte. L’islam lui-même appelle à la liberté de conscience. Comme dans la sourate d’Al-Baqarah : «Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement.» Même l’apostasie n’est pas un délit dans les textes juridiques marocains. 
C’est le prosélytisme qui tombe sous le coup de la loi. Seulement, la liberté de culte, c’est aussi la liberté de parler ouvertement de sa foi. Punir des prosélytes ne serait-ce pas là une atteinte aux libertés individuelles ? Le débat est ainsi engagé.
Le Journal Hebdo (fermée par les autorités marocaines)

samedi 20 février 2010

Une mosquée s'effondre au Maroc : 41 morts et une polémique

Par LE NOUVELOBS 20/2/2010
Les autorités évoquent l'effet des pluies diluviennes, mais les habitants soulignent le mauvais état du monument. Une quarantaine de fidèles ont trouvé la mort.
Le nombre de victimes pourrait encore être revu à la hausse (AFP)
Des fidèles restaient prisonniers des décombres de la mosquée de Meknès, samedi après-midi 20 février au Maroc, où l'effondrement d'un minaret a fait au moins une quarantaine de morts.
Vieux de quatre siècles, le minaret s'est écroulé en pleine prière du vendredi. Des sources hospitalières parlent de 41 morts et de plus de 70 blessés.
"Il reste des gens sous les décombres après tout le temps écoulé depuis la catastrophe. Nous ne savons pas combien. Il y a de nombreux policiers et sauveteurs, mais ils paraissent très lents et inefficaces", a déclaré Khaled Rahmouni, qui habite à proximité de la mosquée.
Des fissures dans les murs
Le minaret de la mosquée Lalla Khenata dans le vieux quartier de Bal el Bardiyine, à Meknès, s'est effondré alors que 300 fidèles étaient réunis pour la prière.
Le responsable local de la défense civile, Alaoui Ismaïli, a expliqué que les secours étaient lents en raison de l'étroitesse des rues de la médina qui empêche l'acheminement d'équipement lourd.

"Nous progressons aussi avec beaucoup de précaution parce que les murs des maisons et des boutiques adjacentes à la mosquée sont fragiles, en particulier après les fortes pluies des derniers jours", a-t-il dit.
Certains habitants ont fait part de leur irritation parce qu'ils avaient signalé aux autorités la présence de fissures dans les murs de la mosquée.
"Des vies auraient pu être épargnées"
"Les gens sont furieux. Nous leur avions dit à de nombreuses reprises qu'il y avait dans les murs des fissures qui s'élargissaient et que le minaret commençait à pencher, mais ils n'ont pas tenu compte de ces avertissements", a déclaré par téléphone à Reuters un habitant qui a souhaité ne donner que son prénom, Mohamed.
Mohamed et d'autres habitants ont estimé que l'accident aurait pu être évité si on les avait écoutés.
"Nous croyons en Dieu et en ce que le destin nous apporte, mais cette fois, des vies auraient pu être épargnées si les autorités n'avaient pas montré qu'elles ne se soucient pas de ce que disent les gens", a déclaré un autre habitant, Zouhaier.
Il est relativement fréquent que de vieux bâtiments s'effondrent dans les quartiers anciens de villes marocaines, mais la chute d'un minaret est rare.
Des médias publics marocains ont mis en cause des pluies diluviennes, mais un responsable du service national de météorologie a rejeté cette théorie.
"Le temps n'était pas particulièrement mauvais à Meknès. Il serait juste de rechercher un autre facteur que le temps", a-t-il dit.
source : Nouvelobs.com avec Reuters

Déclaration de solidarité avec les grévistes de la faim à Taroudant au Maroc

Déclaration à envoyer d'urgence aux adresses ci-dessous
"Après l'abandon des promesses données à la section de Taroudant de l'association nationale de diplômés enchômagés au Maroc (ANDCM) par les responsables de la province de Taroudant, suite à la première grève de la faim du 19/10/09 au 10/11/09, les militants de la section entament une deuxième grève de la faim illimitée depuis 11 janvier 2010.
Après 41 jours de grève de la faim, avec pour les 4 militants la triste perspective d'une mort lente, le gouverneur de Taroudant est resté insensible à la préoccupante dégradation de leur état de santé. 
Une déclaration faite par le gouverneur de Taroudant à un journal annonçait que "les exigences de la section de l'ANDCM sont impossibles", ce qui nous pousse à poser la question : Quelles sont ces exigences impossibles ? Est-ce que vivre dans des conditions normales et dans la dignité est donc impossible pour ce groupe défavorisé?
Nous, militantes et militants de ………………………………….(organisme) , nous condamnons fermement ces déclarations et l' inhumanité avec laquelle agissent les responsables de Taroudant face à cette situation.
Nous annonçons à l’opinion publique au niveau national et international, ce qui suit :
- notre solidarité inconditionnelle avec les luttes de la section de l'ANDCM de Taroudant et particulièrement les camarades en grève de la faim.
- notre condamnation de la répression et des arrestations massives qui se sont élevées à plus de 22 personnes appartenant à différentes organisations, de même que la répression et les arrestations des masses populaires avant même le début de la marche organisée par le comité de soutien et de liaison pour la ville de Taroudant.
- notre condamnation de l’irresponsabilité des autorités de la province de Taroudant ,et surtout celle du gouverneur, face à une catastrophe humanitaire imminente.
- notre soutien actif avec les militants en grève de la faim dont les revendications sont justes et légitimes.
- notre appel à l'union de toutes les organisations, politiques, syndicales, associations de droits de l’homme, afin de prendre connaissance de cette situation critique , et de fournir appui et assistance à la lutte de l'ANDCM."
Il est souhaitable d'envoyer une copie de cette déclaration à :
M. Le Premier Ministre : Fax : 00 212 0537761777 Email : courrier@pm.gov.ma
M. Le Ministre de l’Intérieur : Fax 00 212 0537766861 ou bien 212 0537767404
M.le Wali (Préfet) d’Agadir : Fax 00 212 0528840249
Une copie à envoyer à l'ANDCM : andcmcomite@ymail.com

De l'IER au CCDH : absence de vérité et impunité garantie

El Ouassouli Abdelkrim, frère du disparu Omar El Ouassouli, France, 2/2/2010
Le 14 janvier 2010 le CCDH a publié sur son site des extraits de son rapport final de suivi des recommandations de l’IER. On apprend que le CCDH a une conception étrange de la vérité, de l’élucidation du sort des disparus. Il admet également que le concept de la justice transitionnelle tant loué et vendu n’est pas opérationnel dans le cas du Maroc. En effet, comment peut-il l’être dans un processus où il est maintenant certain qu’il n’a été conçu que pour une seule finalité du Marketing politique. L’absence de volonté politique et la consécration de l’impunité sont les obstacles majeurs sur le chemin d’ un règlement juste et équitable du dossier des violations graves des droits humains au Maroc. Depuis la reconnaissance officielle par les autorités marocaines de violations graves des droits humains perpétrés par l’état à l’encontre de citoyens marocains, le pouvoir a toujours œuvré pour réduire le règlement de ce dossier à la simple question d’indemnisation. En effet, l’absence de volonté politique au plus haut sommet de l’état et l’obstination à garantir l’impunité aux criminels sont les principaux obstacles à l’application du standard mondial en la matière pour esquisser un règlement juste et équitable. Malgré une certaine résistance des familles et des victimes, le pouvoir a su conserver la maitrise de la totalité de processus : l’institution du CCDH, de la commission d’arbitrage, la refonte du CCDH[i], la création de l’IER[ii] et en fin le retour au CCDH. Il faut rajouter à ces artifices institutionnels une stratégie communicationnelle pour semer la confusion et absorber certains acteurs du processus en important le concept de la justice transitionnelle qui d’une part a été élaboré au USA afin de garantir une certaine transition démocratique dans des pays d’Amérique latine où les Etats Unis ont constitué un soutien indéfectibles aux dictateurs et qui d’autre part n’a pour but que celui de redéfinir les principe même de la vérité, de la justice et d’assurer l’impunité aux criminels. D’ailleurs, même dans ces états la questions n’est pas totalement réglée. Or comme chacun sait, ce concept même avec ses insuffisances ne peut être appliqué au Maroc compte tenu des conditions politiques requises à son application et notamment celle de la transition démocratique. Les adeptes de ce concept pour l’importer ont pris une position politique qui consistait à décréter de le Maroc est entré dans une phase de transition démocratique. A moins de considérer que les citoyens marocains constitue une catégorie de sous humains pour les priver de l’exercice de leur souveraineté, l’élément essentiel constitutif de toute démocratie.
L’effet de cette stratégie était dévastateur et a conduit à un émiettement dans les rangs des victimes et des familles des disparus. En effet, si un accord presque unanime concernant les exigences de vérité et de justice, la précision du contenu de ces deux notions ont été variables selon les intérêts politiques sous tendus par le degré d’intégration dans le champ politique institutionnel. Ainsi, certains acteurs parmi les victimes ont délibérément semé la confusion par une tentative de conciliation entre les exigences des victimes et le cadre d’une pseudo justice transitionnelle fixé par le pouvoir. Le résultat est édifiant, le FMVJ a toujours été dans l’incapacité d’élaborer une stratégie politique répondant aux aspiration des victimes. Mais nous pouvons aussi formuler l’hypothèse que l’inertie du FORUM était une stratégie politique en soi et auquel cas il l’aurait mené avec succès. Ainsi les victimes et les familles des disparus ont été laissées à l’abandon et ils ont manqué de soutien face au manœuvres du CCDH.
Il est donc utile afin d’illustrer nos propos de rappeler certains faits qui peuvent donner au lecteur une idée globale sur le détournement par le pouvoir du processus de règlement du dossier des violations graves des droits humains pour le vider totalement de son contenu et ainsi le réduire à une simple opération de Marketing politique. Mais face à la dictature du positivisme que certains veulent nous imposer, nous voulons d’abord rappeler certaines évidences :
La justice : on ne peut parler de justice sans que ses éléments constitutifs ne soient établis à savoir la caractérisation du crime et/ou du délit par la réponse à certaines questions qui, quoi, quand où et comment. Cela suppose l’établissement des faits, la désignation de la victime et du et/ou des criminel. C’est donc le volet concernant la vérité. Ensuite et seulement ensuite peuvent intervenir les éléments constitutifs de la justice à savoir la reconnaissance, la réparation et la sanction. Or, il ne peut y avoir justice sans satisfaire complètement à ces pré-requis. Les mécanismes de réalisation et les transactions en matière de réparation et de sanction peuvent éventuellement faire l’objet d’un débat et c’est d’ailleurs l’objet de la justice dite transitionnelle.
La divulgation du sort des disparus : le CCDH a élaboré une étrange conception concernant ce point en le réduisant dans plusieurs cas à une simple déclaration de décès sans fournir de preuves matérielles, sans élucider les circonstances du décès, sans nommer les criminel et surtout sans identifier et /ou localiser le corps. C’est donc une simple déclaration (de foi) que les familles doivent croire et entériner. D’autres fois, le CCDH a utilisé l’acceptation de telle ou telle famille d’être indemnisée pour annoncer la divulgation du sort des leurs. Procédé abject et indigne. C’est avec stupéfaction que nous avons enregistré à ce jour aucune position et/ou déclaration officielle du FMVJ pour dénoncer ce procédé et pour rompre la solitude de certaines familles. 
Mais revenons à la nécessité de faire un rappel historique pour comprendre la dynamique
Grâce à une lutte acharnée des militants des droits de l’homme, des prisonniers politiques, de leurs familles, de l’ensemble des forces démocratique et du soutien international que le pouvoir marocain a été contraint d’ouvrir le dossier des violations graves dans notre pays. Le pouvoir marocain va commencer à entamer son adaptation à cette nouvelle donnée et un premier groupe de prisonniers politiques, militants de la nouvelle gauche, va bénéficier d’une grâce le 6 mai 1989. En 1991, des survivants du bagne de Tazmamart vont réapparaître. La même année Abraham Serfaty va être libéré et expulsé vers la France. En 1994, près de 400 prisonniers politiques sont libérés. Le pouvoir va tenter de clore le dossier des violations graves des droits humains par la création du Conseil Consultatif des Droits de l’Homme (CCDH) en 1990. Il faut rappeler que cet organe a été critiqué tant sur la forme que sur le fond de ses prérogatives.
Le CCDH publie une liste de 112 disparus en les répartissant en plusieurs catégories. Les associations des droits humains ont considéré que ce chiffre était très en deçà du nombre de cas recensés et qu’il était très inférieur au nombre de cas déclarés disparus par les familles et les organisations DDH. De leurs cotés, les familles des disparus ont été révoltées par la manière dont le dossier a été traité d’autant plus que le CCDH les a considérées avec un mépris total. Le 9 avril 1998, le CCDH va publier une nouvelle liste qui comporte toujours les 112 noms de disparus, mais quelque peu remaniée sur la forme. La Coordination des Familles des Disparus va initier différentes formes de luttes par l’organisation de plusieurs grèves de la faim à Casablanca pour réclamer la vérité sur le sort des leurs. Cette lutte soutenue par le mouvement des droits humains va obliger le pouvoir à reconsidérer son approche. Le 23 juillet 1999 intervient la transition au plus haut sommet de l’état. Le CCDH nouvelle version va être instituée avec l’annonce d’une « nouvelle approche ». 
Or il s’avère que cette nouvelle approche n’est basée que sur la simple question d’indemnisation comme solde de tout compte. Les victimes et les familles des disparus vont créer, le 27 et le 28 novembre 1999 un forum intitulé justice et vérité a été crée en toute légitimité en vue d’apporter des lumières sur les violations des droits des victimes de la répression et de l’arbitraire.
A l'initiative de l'AMDH, de l'OMDH et du Forum Vérité et Justice, un symposium national a été tenu à Rabat du 9 au 11 Novembre 2001 sur les violations graves des droits humains au Maroc. Ont pris part au symposium de nombreux acteurs des milieux de défense des droits humains et des milieux politiques, syndicaux, officiels et des institutions nationales, ainsi que des personnalités de la société civile. Cette étape de la lutte a été couronnée de succès par la constitution d’un comité de suivi et par l’émission d’un ensemble de recommandations à savoir :
-Les mesures urgentes · La divulgation de la vérité par la mise en place de la commission de la vérité,
-Le repentir public et officiel de l'État,
-L'indemnisation, la réparation du préjudice, la réhabilitation et la restitution des dépouilles à leurs familles,
- La sauvegarde de la mémoire collective de la société
-Les réformes institutionnelles, législatives, administratives, éducatives et de protection,
- La commission du suivi.
Le premier point qui figure dans ces recommandations est celui de La divulgation de la vérité par la mise en place de la commission de la vérité. L’architecture de cette commission indépendante restait à définir et les contours de ses prérogatives restaient à dessiner. Il va de soi que le pouvoir ne voit pas d’un bon œil le consensus qui est en train de se dessiner autour de cette question et il va entreprendre une nouvelle/ancienne approche. Ainsi, Le pouvoir va approcher certains responsables du Forum, dans un premier temps pour répandre la bonne parole et essayer de convaincre de la réalité de l’existence d’une volonté incontestable d’un règlement juste et équitable.
Ce processus a abouti à l’intégration de plusieurs membres du FMVJ dont son ancien président au sein du CCDH et ils vont devenir par la suite des opérateurs efficients dans l’exécution de la nouvelle approche du pouvoir.
En effet, la nouvelle approche du pouvoir s’articulait autour de quatre pôles :
Se servir de l’indemnisation comme facteur d’affaiblissement du FMVJ ,
Se servir de l’ensemble du corpus conceptuel conforme au standard international, tout en le vidant de sa substance, pour légitimer son approche,
Continuer à recruter des relais parmi les victimes afin de neutraliser le FMVJ et marginaliser ses forces de résistance
Ne rien céder sur le fond concernant les questions de la vérité et celle de l’impunité
Ainsi les conditions de la création de l’IER ont été réunies. Le CCDH va adresser une recommandation au chef de l’État pour la création d’une Instance dite ‘’Équité et Réconciliation’’ (IER) qui verra le jour le 6 novembre 2003. Les réactions vis-à-vis de cette nouvelle instance ont été multiples et variés. Notons simplement que bien qu’elle a consacré l’impunité comme la règle absolue et sous des arguments fallacieux, le FMVJ a adopté une position dite « collaboration critique ». Nous pensons que cette position a été guidé par des intérêts politiques des relais du pouvoir au sein du FORUM.
Par la suite, les événements ont démontré qu’il n’a eu ni la collaboration, ni la critique. Le FMVJ s’est complètement marginalisé du processus. Cette position a été prise soit disant au nom du positivisme mais nous pensons qu’en réalité, elle était un des effets directs de la stratégie du pouvoir. Il n’était nullement besoin d’une prophétie pour savoir l’absence totale de volonté politique chez le pouvoir concernant les deux volets les plus importants dans le processus d’un règlement juste et équitable que sont la question de la vérité et la question de l’impunité. En effet, le reste en découle.
L’IER a entretenue délibérément la confusion et l’amalgame pour mettre sur le même plan le bourreau et la victime. Elle a aussi œuvré pour mettre en opposition deux concepts que sont la justice et la discorde.
Par ailleurs, elle a martelé un autre argument qui est plus politique et qui tend à mettre en évidence que le Maroc est réellement sur la voie d’une transition démocratique et que la période exige de la modération dans les revendications légitimes des victimes pour ne pas créer de l’instabilité et donc gêner le processus de démocratisation. Cet argument a trouvé un écho chez une élite déjà Makhzanisée en recherche de la bénédiction du pouvoir dans l’espoir d’une intégration méritée. Elle s’est montrée l’allié indéfectible de l’IER et donc du pouvoir. Seulement ceci ne trompe personne et notamment lorsque au plus haut sommet de l’état on proclame que la continuité est de rigueur.
Sur un autre plan, plus opérationnel et notamment concernant la question des disparus, l’IER a choisi une approche d’investigation qui ne serait ni recevable, ni acceptable dans aucun système démocratique digne de ce nom. Elle a institué une certaine circularité qui commence par les autorités et qui finit par elles sans donner de possibilité aux familles d’exercer leurs droits qui relèvent du principe du contradictoire. La vérité est supposée jaillir de ce procédé où le criminel est maître du jeu. Le plus étonnant encore est l’attitude de l’IER vis à vis des familles des victimes et des organisations des droits humains marocaines .Elle a tout fait pour les tenir à l’écart.
Des témoins ont été écarté par l’IER, d’autres témoignages ont erronés volontairement pour ne dire falsifié. Le résultat est connu.
L’interdiction aux familles d’accès aux documents et aux informations collectés par l’IER.
Mais, nous enregistrons également la passivité du FMVJ face à ce processus qui va conduire à la négation de la vérité. Rien, aucune critique conceptuelle sur la méthode utilisé, ce qui constitue en soi une approbation et donc laisser le champ libre à l’IER dans un face à face avec les familles. On se demandait à quoi peut-il servir le FMVJ. D’ailleurs son président avait proposé la dissolution du FMVJ, je suppose que ce n’est pas pour les même raisons !!!. Or dans ce genre de dossier, la méthodologie la plus fonctionnelle et les détails sont les plus important. Les généralités ne constituent en général et en la matière qu’un écran de fumé.
Par la suite l’IER a remis son rapport sans révéler de vérités, elle a émis certaines recommandations et le CCDH a été chargé de les mettre en œuvre. Le CCDH de Monsieur HARZENI a utilisé les mêmes recettes pour aboutir globalement aux mêmes résultats : ni vérité, ni justice et ni divulgation de sorts des disparus. Il a seulement émis certaines affirmations de décès pour toute vérité en demandant aux familles de le croire sans apporter d’éléments matériels et sans élucider les circonstances du crime. Étrange vérité comme l’avait crié l’une des familles. L’autre étrange vérité est l’absence à ce jour de réaction du FMVJ alors que le CCDH a publié le 14 janvier 2010 sur son site les éléments de son rapport final concernant le suivi des recommandations de l’IER.
En somme, nos amis positivistes vont continuer à louer « la transition démocratique », continuer à venter le travail de l’IER et du CCDH. Solidarité oblige !! Ils vont continuer à fustiger, peut être en silence, toute voix qui n’acceptera cette supercherie, toute famille qui refuse que vérité et justice soient sacrifiées sur l’autel de l’impunité.
L’État et le pouvoir marocain détiennent la vérité et ils la maintiennent séquestrée. Aucun ne peut et n’a le droit de proclamer la clôture du dossier sans que la vérité ne soit connue et sans que la justice ne soit dite. L’absence manifeste de volonté politique pour clore le dossier d’une manière juste et équitable rend nécessaire la lutte pour la constitution d’une commission vérité indépendante dotée de pouvoir contraignantes et coercitifs vis-à-vis des services de l’État et vis-à-vis des personne présumées impliqué dans les exactions afin de pouvoir mener des investigations dignes de ce nom et pouvant conduite à l’établissement de la vérité, à faire la justice.


vendredi 19 février 2010

L'ATMF soutient la journée sans immigrés du 1er mars 2010


L'ATMF soutient la journée sans immigrés du 1er mars 2010et appelle à la lutte continue contre les lois racistes et discriminatoires 
 et appelle l'ensemble de ses associations membres à y participer activement.

Cette journée de mobilisation est l'occasion de rappeler que les immigrés sont une cible privilégiée des politiques en France. A quelques semaines des régionales, voici Besson qui sort de ses tiroirs une nouvelle réforme du CESEDA, code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la cinquième en six ans. Comme les précédentes elle prévoit de réduire davantage les droits des immigrés, de criminaliser les sans papiers, d'asseoir l'immigration jetable.
L'association des travailleurs maghrébins de France, rappelle que l'immigration n'est pas que devoirs comme on nous le martèle souvent, elle est aussi droits, essentiellement ceux consacrés par les conventions et accords internationaux.
L'ATMF exige : 
-La fin de la xénophobie et de la criminalisation institutionnalisées contre les immigrés par :
L'abrogation des lois CESEDA et l'abandon de la réforme à venir
-La régularisation totale des sans papiers et la fermeture des centres de rétention
-La fin des pratiques discriminatoires banalisées par : 
l'arrêt des contrôles au faciès
de la provocation des jeunes dans nos quartiers où les gardes à vue deviennent ordinaires
-La fin de l'inégalité de traitement face aux crimes et pratiques racistes et islamophobes par:
des procès contre les auteurs des déclarations racistes ou islamophobes
l'égalité de traitement dans la poursuite des policiers impliqués dans la mort de citoyens d'origine immigrée.
-La fin des inégalités dans les droits par :
l'instauration pour les migrants âgés de droits liés à la personne et non à la résidence
l'égalité de traitement dans les pensions entre les anciens combattants français et étrangers
l'attribution du droit de vote aux étrangers non originaires de l'union européenne, à l'instar des immigrés communautaires.
-Enfin, l'ATMF rappelle son attachement au vivre ensemble, dans le respect de l'autre et rejette le «choc des civilisations », que certains brandissent et instrumentalisent pour des raisons électoralistes ou partisanes.
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L'association des travailleurs maghrébins de France nationale est une fédération qui regroupe plusieurs référents et des associations membres : ATMF Aix-en-Provence, ATMF Argenteuil, ATMF Bagneux, ATMF Gennevilliers, ATMF Nancy, ATMF Reims, ATMF Strasbourg, ATMF bassin houiller lorrain (BHL), ATMF Sens, ATMF Vauréal, Association des Mineurs et anciens mineurs Marocains du nord AMMN, CALIMA, Wachma.

Les coordonnées de nos associations sont disponibles sur notre site :http://www.atmf.org
Association des Travailleurs Maghrébins de France
10 rue Affre. 75018. Paris
Tel :01 42 55 91 82 / Fax : 01 42 52 60 61
national@atmf.org / www.atmf.org

Au Moyen Atlas, vivre solidairement avec les habitants d'Aït Jaber

Par Paula Boyer, La Croix, 18/2/2010
Aït Jaber. C’est un douar (hameau) minuscule au pied des cimes enneigées du Moyen-Atlas. Les amandiers en fleurs ont échappé à l’hiver. Des maison en pisé, basses et blanches, sont éparpillées au milieu des collines couvertes d’oliveraies et de champs de blé ou de fèves. Entre deux averses, des femmes emmitouflées achèvent la cueillette des olives. Chez les Hssissou, l’une des quatre vaches vient de vêler dans la nouvelle maison dont les parpaings grimpent maintenant jusqu’au premier étage. Ici, la vie est rude, les femmes restent au foyer, les salaires sont faibles, le travail rare. Pour s’en sortir, les Hssissou –la grande-mère, un fils et une fille célibataires, un fils divorcé, un fils marié, sa femme et leurs trois enfants- se serrent les coudes sous le même toit. Fatima, vaillante malgré ses 70 ans, régente la maisonnée mais ouvre volontiers sa table aux touristes qui séjournent de l’autre côté du chemin boueux, dans le gîte Tizitounte.
Ce gîte –six chambres- a été construit par l’agence Tizirando (1), un spécialiste marocain du « tourisme solidaire » qui, bien loin du Maroc de carte postale vanté par les spécialistes du « soleil bon marché », s’efforce de faire découvrir à ses clients le mode de vie et la culture des habitants du cru. Et, d’apporter à ces derniers des revenus en échange de repas, nuitées, de location de d’ânes et de mulets, d’accompagnement des randonneurs, etc.
C’est Saïda, la fille de Fatima, qui brique le gîte Tizitounte et cuisine pour les petits groupes emmenés par Tizirando. Parfois, comme aujourd’hui, le repas est carrément pris chez les Hssissou. Au menu, hors d’œuvre variés et tajine au poulet. On mange avec les doigts, à la marocaine. On rit beaucoup, on joue avec le petit Annas, trois ans. Et on se débrouille comme on peut pour échanger sur les réalités de la vie ! Quelques heures plus tard, après une promenade, les randonneurs se retrouveront dans la cour carrée des Hmala où Seltana, la maman, maintenant veuve, offre du thé et un délicieux pain à base de semoule. L’été quand il fait beau, les randonneurs font de longues escapades à pied ou en VTT dans les environs. Parfois, Tizirando les emmène en bus jusqu’au Moyen Atlas pour une journée de marche. Avec le temps frisquet et pluvieux de ce mois de février, il faut se contenter de balades dans les oliveraies voisines et d’une escapade jusqu’au lac Allal El Fassi où Rhazi El Gortat, le directeur de Tizirando rêve d’ouvrir, un jour, une guinguette pour accueillir ses clients.

Eté comme hiver cependant, tourisme solidaire ou pas, la visite de Fès, à vingtaine de kilomètres de là, reste incontournable. Avec l’exode rural, cette cité impériale ne cesse de grandir ! Mais, c’est bien sûr la médina (la vieille ville) et ses céramiques d’un bleu profond qui attirent d’abord : à flanc de colline, des milliers de maisons blanches moutonnent autour des ruelles étroites et tortueuses, serrées autour du minaret de la mosquée El-Qarawiyine et des toits verts du mausolée de Moulay Idriss II ! Fondée en 808 sur la rive droite du fleuve éponyme par un descendant du Prophète, Moulay Idriss, la médina de Fès est la plus vieille du pays et … la plus grande au monde.
Anouar, le fils d’un bazari qui, diplômé de l’université, s’est reconverti en guide touristique, nous fait les honneurs de sa ville, intarissable sur les curiosités–l’horloge hydraulique, la bibliothèque, les medersas-, sur les dynasties successives et aussi… sur ses déboires sentimentaux : sa mère refuse l’élue de son cœur car elle est pauvre et originaire de la campagne ! Si le détour par le quartier des tanneurs –les techniques y restent traditionnelles, les colorants naturels- est de règle, Anouar nous évite d’être assailli, comme tant d’autres, par les marchands des souks. Nous avions demandé une « visite culturelle » et Tizirando y a veillé !
« Nous refusons d’emmener les gens dans les bazars et d’empocher les commissions ! Le tourisme, c’est comme cela que je l’envisage, dans les respect des personnes ! Mais, les principes, ça se paye aussi», insiste Rhazi El Ghortat. Pour le directeur de Tizirando, le rapprochement des peuples, des cultures n’est pas un slogan. Et le partage équitable des revenus du tourisme n’est pas un vain mot. L’aventure de Tizirando a débuté en 1989. Cette agence a été créée par trois amis, dont deux anciens prisonniers politiques, opposants à feu Hassan II. « Nous avons commencé par organiser des randonnées, à pied, à dos de mulets et de dromadaires. A l’époque, c’était vraiment un projet alternatif », se souvient Rhazi El Gortat. Lorsque la randonnée, devenue à la mode, a été proposée par toutes les agences, Tizirando a développé le tourisme solidaire qu’au vrai, elle pratiquait déjà avec le logement chez l’habitant et le financement de projets de développement.
Dès le départ, Tizirando a été conçu comme une « entreprise citoyenne » : « Nous nous sommes toujours efforcés de payer correctement ceux que nous faisions travailler, quitte à perdre des clients parce que nous refusions, pour cette raison, de baisser nos tarifs », assure Rhazi El Gortat. Avec ses bénéfices, Tizirando a financé des projets de développement. Au départ, cela s’est fait en bricolant un peu. Très vite, Tizirando a éprouvé le besoin de clarifier les choses en créant une ONG de développement, la Sodev qu’elle finance tout comme d’autres partenaires, dont le CCFD-Terre solidaire. A son actif, des cours d’alphabétisation, des formations professionnelles, l’aide à la création de coopératives artisanales et aussi la « maison de la jeune fille rurale »: construite à côté du lycée et du collège de Ras Tabouda, cet établissement permet aux filles de manger leur casse-croûte au chaud, à midi, d’écouter des conférences, de prendre des cours d’informatique, de bénéficier d’un soutien scolaire ou tout simplement de se reposer entre deux cours. Jusque là, il n’y avait rien pour les accueillir, ce qui en décourageait beaucoup de poursuivre leurs études dans cette région où leur scolarisation reste limitée. Aujourd’hui, elles restent au lycée plus longtemps et si la plupart se marient tôt, elles sont plus nombreuses que jadis à pousser jusqu’à l’université !
«Ce sont les gains du gîte de Tizitounte qui payent les salaires des deux animatrices », précise Rhazi El Gortat qui ne manque pas une occasion de faire visiter à ses clients-touristes cette réalisation. Tizirando, serait-ce du tourisme pour militant ? Oui et… non ! « Je panache, précise Rhazi el Gortat, je propose, par exemple, un peu de tourisme solidaire avec de la randonnée. Il faut marier les visites et le plaisir, la fête et la découverte, les monuments et les gens ». Partir avec Tizirando, ce n’est pas se condamner au confort simple d’un logement chez l’habitant ou en gîte. Comme les autres agences, Tizirando travaille aussi avec des hôtels et propose des circuits. Mais bien rares sont ses clients qui n’accepteront pas de consacrer au moins une journée à visiter une famille, une coopérative de femmes, une association ou de passer une nuit dans un gîte ou carrément chez l’habitant. « Le tourisme classique, c’est beaucoup plus facile et on gagne plus », soupire Rhazi el Gortat. «Avec le tourisme solidaire, il faut veiller à l’encadrement. C’est très prenant ! Les gens veulent discuter jusqu’à minuit ! ».
(1) www.tizirando.com. A partir de 328 euros la semaine, vol aérien jusqu’au Maroc non compris.