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vendredi 10 mai 2013

Liberté de croyance au Maroc: la patate chaude




Le Conseil Supérieur des Oulémas, dont le président est le roi en sa qualité de commandeur des croyants, est consacré par la constitution dans son article 41 comme étant « la seule instance habilitée à prononcer des consultations religieuses (fatwas) devant être officiellement agréées, sur les questions dont il est saisi et ce, sur la base des principes, préceptes et desseins tolérants de l’islam ».
Ce Conseil Supérieur comprend un comité scientifique chargé d’émettre des fatwas. Ce dernier a publié récemment un livre-recueil comportant notamment une « fatwa » appelant à l’exécution de l’apostat. Le livre-recueil indique que cette «fatwa» a constitué la réponse à la demande écrite du ministère des Habous et des affaires islamiques, qui a reçu lui-même une sollicitation d’éclaircissement de la part de la délégation ministérielle des droits de l’homme à propos de la position de l’Islam au sujet de la « liberté de religion », dans le cadre de la préparation du sixième rapport périodique de la mise en œuvre du Pacte international sur les droits civils et politiques.
Cette fatwa a provoqué une polémique pour ne pas dire une panique. En effet, le prédicateur de la mosquée Ouhoud à Safi, a consacré son prêche du vendredi 18 avril, en présence du roi Mohammed VI, au thème de la liberté de croyance dans l’islam.
Dans ce qui ressemble à une tentative de réparer le tort causé par cette instance royale sensée s’inspirer des desseins tolérants de l’islam, le prédicateur a souligné devant le roi, Commandeur des croyants, que la liberté de croyance dans l’islam occupe une place très importante car elle constitue l’origine des libertés, soulignant que l’islam ne s’arrête pas seulement à l’adoption de cette liberté, mais ne comporte aucune sorte de contrainte en la matière. L’Homme embrasse volontairement la foi qu’il veut par la réflexion et la méditation et la raison consciente, en citant les paroles de Dieu Tout-Puissant « Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement ». Il a ajouté que le Saint Coran a tranché la question de la liberté en soulignant que l’homme est libre, sinon il ne serait pas responsable de ses actes.
Cependant, l’imam a glissé dans le même sermon du vendredi, (qui est validé par le ministère des Habous et des Affaires islamiques, dirigé par le ministre Ahmed Toufiq qui ne représente aucun parti politique et ne rend compte qu’au roi) que l’institution de la commanderie des croyants est la seule habilitée à réguler par la loi les conditions d’exercice de cette liberté pour éviter qu’elle ne soit prise comme prétexte pour tenter de jeter le trouble sur la marche du pays, attenter à sa dignité, car, a-t-il dit, « la nation est sacrée et transcende les individus ».
Est-ce que cela signifie que le commandeur des croyants dispose d’un pouvoir discrétionnaire pour réguler la liberté de croyance des non-croyants, et qu’encore une fois les autres institutions qui font un Etat moderne, comme la constitution ou le parlement, se trouvent hors jeu ? Notre brave imam ne s’aventure pas sur ce terrain.

Comment a réagi le champ politique, surtout islamiste, à cette fatwa plutôt ennuyeuse ?
Le cheikh Mohamed Fizazi, figure symbolique du salafisme pur et dur, et qui a déjà exprimé son intention de fonder un parti politique, s’est précipité de remercier le conseil des Oulémas pour cette fatwa qui selon lui représente une vérité absolue et ne saurait souffrir la moindre nuance.
De son coté, Le mouvement Justice et Bienfaisance (Al Adl Wa Al Ihssan), par la voix de Omar Iharchane, s’est démarqué de cette fatwa :«Très clairement et sans hésitation, Al Adl Wa Al Ihssan est pour la liberté de croyance. Notre position est basée sur les principes de la Charia et nous considérons la liberté de croyance comme l’un de ses éléments centraux. D’ailleurs, les nombreuses sourates du Coran qui évoquent le sujet et affirment la liberté de conscience fournissent les principes fondateurs de la Charia.»
M. Iharchane considère qu’il «n’existe qu’un seul hadith qui fait dire au prophète "tuez celui qui change de religion". Or il n’y a jamais eu de consensus sur ce Hadith qui n’est plus pris en considération aujourd’hui que par les Ouléma les plus traditionalistes." Il ajoute que "le régime instrumentalise l’islam et l’utilise pour fuir ses obligations internationales en matière de respect des droits de l’Homme. C’est bien le régime qui salit la religion en l’utilisant sélectivement pour justifier sa politique autoritariste.»
Dans le même sillage, le Parti Oumma (à sensibilité islamiste démocratique, et qui tout comme Al Adl Wa AlIhssan, n’est pas en odeur de sainteté chez le Pouvoir) est surpris par cette fatwa. Pour M. Abkrim, professeur universitaire et membre du parti, «le Conseil s’est probablement appuyé sur un hadith rapporté uniquement dans le recueil Sahih Muslim (l’un des six plus grands recueils de hadith de l’islam sunnite) autorisant l’exécution de l’apostat. Ce hadith ne figure pas dans Sahih al-Bukhari (le plus grand recueil de hadiths). Il explique que les oulémas spécialistes, après avoir examiné ce hadith, se sont aperçus qu’il a été rapporté par un homme de la branche des Kharidjites et, par conséquent, ne l’ont pas pris en considération comme source de droit islamique. Il a rappelé qu’en de telles circonstances, c’est le texte du Coran qui est la référence, et ce dernier ne mentionne pas l’exécution de l’apostat.
Quant au Parti de la Justice et du Développement (PJD), sa position sur le sujet n’est pas constante et semble évoluer en fonction de la conjoncture politique. Alors que ses documents officiels du VIIème congrès indiquaient clairement son adhésion au principe de liberté de croyance avant le début du processus de réforme constitutionnelle, le PJD a subitement changé de position pour s’y opposer durant les consultations sur la rédaction de la nouvelle Constitution.
Et puis revirement lors de VIIIème Congrès tenu en juillet 2012. Dans le chapitre VIII de son manifeste doctrinal consacré au projet de société, il est écrit que : «Fidèle à ses documents de référence, notre parti confirme que sa compréhension de l’islam s’appuie sur la même vision ouverte et qui a constitué un point fort dans l’expérience historique et civilisationnelle de la Nation. Cette vision consacre la diversité, le pluralisme, la coexistence entre les religions et la liberté de croyance et considère la base de la citoyenneté comme fondement de la construction de l’État et de la Société».
Ce grand écart n’est pas surprenant, il confirme simplement que le PJD n’est pas à une contorsion près.
Pour sa part, l’association Bayt Al Hikma (Maison de la Sagesse) présidée par la parlementaire Khadija Rouissi (membre du PAM, fondé par Fouad Ali Himma, ami et conseiller du roi), a condamné la fatwa en la considérant obscurantiste.
Ainsi, les amis de l’ami du roi ne sont pas tendres avec une institution présidée par le roi. Mais Bayt Al Hikma, qui prétend défendre les valeurs de modernité et de rationalité se fait discrète lorsqu’il s’agit de protester, par exemple, contre le protocole humiliant de la cérémonie d’allégeance ou contre le budget colossal de la cour royale.
Enfin, et à titre de comparaison, signalons qu’en Egypte, l’institution religieuse Al Azhar a tranché cette affaire de liberté de croyance en publiant en janvier 2012 un manifeste conjoint avec un ensemble d’intellectuels, consacré aux libertés fondamentales. Il y est mentionné que « la liberté de religion et le droit qui lui est associé, relatif à la citoyenneté pleine et entière pour tous, fondée sur l’égalité des droits et devoirs, constitue la pierre angulaire de la construction d’une société moderne. Elle est garantie aussi bien par les textes religieux clairs que par les textes constitutionnels et juridiques ». Le document va plus loin en criminalisant toute tentative de contrainte ou de persécution en matière de religion.
Il refuse avec force toutes les tendances d’exclusion et d’expiation, celles qui s’attaquent aux croyances d’autrui et les tentatives de vouloir inspecter les consciences des gens en rappelant le hadith du prophète: « As-tu ouvert son cœur ? ». Il rappelle aussi la règle d’or selon laquelle « si le texte heurte la raison, il faut privilégier la raison et interpréter le texte » et cite aussi la règle de droit adoptée par l’Imam Malik : «Si une parole d’un homme comporte cent parts d’incroyance et une seule part de croyance, on doit privilégier cette seule part de croyance ».
En Egypte, dans le sillage de la révolution, aussi bien le Mufti de la république et le Cheikh Al Azhar ne seront plus nommés par le président de la république mais élus par les Oulémas.
L’imam Malik est le fondateur du rite Malékite, qui est le rite officiel du…Maroc

dimanche 21 février 2010

Le Maroc expulse des missionnaires chrétiens



Par Bellaciao, samedi 20/2/2010
Pas moins de 15 véhicules militaires ont entouré la maison. Les chrétiens présents n’en revenaient pas : ils s’étaient juste réunis pour participer à une formation biblique. Les faits se sont déroulés le 4 février dernier à Amizmiz, une petite ville au Sud de Marrakech. 18 personnes, dont 5 enfants, étaient réunis dans une maison privée lorsqu’environ 60 officiers, deux capitaines et un colonel des forces armées royales marocaines ont fait irruption dans le bâtiment. Ils ont arrêté tout le groupe, confisquant les bibles et deux ordinateurs.
Les chrétiens marocains ont été retenus en garde à vue pendant plus de 14 heures avant d’êtres libérés. Deux bébés de six mois et trois enfants de moins de 4 ans étaient avec eux. « Pendant tout ce temps, ils nous répétaient que ces arrestations avaient été personnellement ordonnées par le nouveau ministre de la justice marocaine et par le plus haut commandement de la gendarmerie, le général Housni Benslimane » explique le responsable de cette formation dont nous ne pouvons pas révéler le nom pour des raisons de sécurité. Dans le groupe, se trouvait aussi un étranger qui a été immédiatement expulsé du pays. Selon l’agence de presse MAP, l’opération a été ordonnée « suite à des informations sur une réunion secrète destinée à initier des gens au christianisme et qui pourrait ébranler la foi des musulmans et les valeurs du Royaume ».
Ce n’est pas la première fois
Au mois de mars 2009, quatre missionnaires Espagnoles et une Allemande ont été interpellées à Casablanca lors d’une réunion avec des Marocains musulmans et avaient été placées sur un bateau qui avait quitté Tanger à destination de l’Espagne.
En décembre 2008, un suisse est expulsé pour les mêmes raisons. L’ONG qui l’emploie dément toute allégation de ce type. Selon l’ONG Consulting, Training and Support (CTS), le ressortissant suisse - un ingénieur - a été expulsé avec son épouse, une physiothérapeute, et trois autres membres de leur famille. Ils travaillaient sur des projets humanitaires au service des handicapés de la région d’Oujda, dans l’est du pays.
D’autres signes d’intolérance :
1) Au Maroc l’homosexualité est illégale, la tenue des relations homosexuelles est condamnée et il y a une véritable fixation pathologique sur le sexe. Le dernier exemple en est la campagne menée par un journal contre la participation du célèbre chanteur britannique, Elton John, au Festival Mawâzine, prévue au mois de mai 2010 à Rabat. «Il s’agit d’un homosexuel», crit le quotidien islamiste Attajdid. L’éditorialiste de ce journal estime qu’il existe un lien entre cette invitation et ce qu’il considère comme une «campagne pour la dépénalisation de l’homosexualité» menée au Maroc par l’association «Kif Kif», «soutenue par la société civile espagnole». Selon ce quotidien, il existerait donc un complot international pour «homosexualiser» le Maroc.
2) La religion inonde le quotidien des citoyens sur tous les aspects de la vie sociale. Il n’y a pas d’espace pour le laïcisme ni rien qui lui ressemble. Chacun à l’intérieur de sa conscience peut penser ce qu’il veut, mais il doit y réfléchir vingt fois avant d’exprimer sa pensée. Le roi est présenté comme le Commandeur des Croyants et ses prières à la mosquée sont transmises en direct, même s’il se donne aux boissons alcoolisées en cachette.
3) L’avortement est formellement interdit. Des médecins qui ont pratiqué des avortements et les femmes qui ont sollicité cette pratique ont été condamnées à des peines de prison sans sourcis.
4) L’Education sexuelle est inexsitente et l’accès aux moyens contraceptifs est pratiquement impossible.
5) La femme continue de jouer un rôle secondaire à l’intérieur de la société et spécialement à l’intérieur des familles. Le Maroc est un exemple vif de la famille traditionnelle et de la femme au foyer.
6) Les enfants sont exploités dans le travail et le tourisme sexuel.
Cela se passe au pays voisin du Maroc, où l’article 6 de la constitution garantit la liberté de culte. Un pays ami et allié de l’Europe avec lequel s’apprête à signer un accord pour l’octroi d’un statu avancé, malgré les violations quotidiennes des droits de l’homme au Sahara Occidental. Un pays qui certains n’hésitent pas à montrer comme un modèle de tolérance et modération.
La foi en question
Les expulsions de missionnaires du Maroc pour cause de prosélytisme se sont multipliées ces dernières années. La plus récente concerne une famille suisse expulsée du royaume en décembre dernier. Le débat sur la liberté de culte n’a jamais été autant d’actualité.

Par : Hicham Houdaïfa
Le dossier de la famille suisse expulsée en décembre dernier du Maroc pour prosélytisme est loin d’être clos. La presse suisse s’est saisie de l’affaire en donnant la parole aux «missionnaires suisses». Il y a un mois, la police judiciaire d’Oujda a arrêté «17 personnes dans la ville de Saïdia, parmi eux des étrangers, qui ont assisté à une réunion publique non autorisée en vertu de la loi en vigueur. Cette réunion s’inscrivait dans le cadre de la propagation de la foi chrétienne et visait à attirer de nouveaux adeptes parmi les citoyens», peut-on lire dans la presse marocaine. Egalement, «les opérations de fouille ont permis la saisie de nombreux outils de prosélytisme, entre autres des livres, des CD en langue arabe et en d’autres langues étrangères.»
Expulsés sans procès. 
En plus de la famille suisse, deux Sud-Africains et un Guatémaltèque ont également fait l’objet d’expulsion. Douze Marocains ont également été arrêtés. Ils auraient été relâchés le jour même. Sur les colonnes du journal suisse L’Express, le couple suisse nie tout prosélytisme. Le mari, ingénieur de profession, et son épouse, physiothérapeute, clament être en mission humanitaire au Maroc depuis plusieurs années pour le compte de l’ONG Consulting, training and support afin d’aider des enfants marocains infirmes. Accusés de prosélytisme, ils ont été escortés le lendemain par la police au poste frontalier de Melilla. «Sans acte d’accusation ni autre forme de procès. A la frontière, on nous a rendu nos effets saisis mais pas nos cartes de séjour, valables jusqu’en 2015», note le chef de projet. Son décryptage de l’attitude des autorités marocaines : «C’est une affaire interne. Durant l’interrogatoire, toutes les questions étaient centrées sur nos relations avec les chrétiens marocains. Nous nous sommes impliqués à leur faire découvrir cette foi qu’ils questionnent, mais nous n’avons converti personne». Si le couple suisse a bien loué une villa à Saïdia pour des réunions de chrétiens c’était, selon les dires de l’employé de l’ONG, pour des «moments forts de prière et d’étude biblique qui n’avaient pas pour but d’ébranler les valeurs du royaume.»
Ce n’est pas la première fois que le Maroc procède à ce genre d’expulsion. Régulièrement, des personnes d’origine étrangère sont priées de plier bagage pour avoir essayé «d’ébranler la fois musulmane» des citoyens marocains. Dans tous les cas, la police évoque la saisie de matériel, de livres et de CD sur le christianisme. Ces étrangers qui visent, selon les rapports de la police, à convertir les Marocains musulmans devraient en principe être jugés. Selon le Code pénal et l’article 220, ils encourent en principe une peine d’emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 100 à 500 dirhams. Rarement, ces derniers sont emprisonnés. Ils sont tout bonnement expulsés. Assurer la protection et la garantie de «la sécurité spirituelle» des citoyens, assurer la préservation des constantes communes aux Marocains : ces propos reviennent dans les déclarations des ouléma comme des responsables de partis politiques d’obédience islamiste pour justifier l’attitude des autorités. Pourtant, la Constitution consacre dans son article 6 la liberté de culte. L’islam lui-même appelle à la liberté de conscience. Comme dans la sourate d’Al-Baqarah : «Nulle contrainte en religion ! Car le bon chemin s’est distingué de l’égarement.» Même l’apostasie n’est pas un délit dans les textes juridiques marocains. 
C’est le prosélytisme qui tombe sous le coup de la loi. Seulement, la liberté de culte, c’est aussi la liberté de parler ouvertement de sa foi. Punir des prosélytes ne serait-ce pas là une atteinte aux libertés individuelles ? Le débat est ainsi engagé.
Le Journal Hebdo (fermée par les autorités marocaines)

samedi 19 septembre 2009

Maroc : « Les Dieux sont tombés sur la tête »


Par le bureau exécutif de l'ASDHOM, Paris, 20/9/2009

Six jeunes marocains dont une femme se revendiquant du MALI -un Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles- ont été embarqués le dimanche 13 septembre 2009 par la police judiciaire de la ville de Mohammedia (non loin de la capitale Rabat) au moment où ils s’apprêtaient à organiser un rassemblement pour rompre publiquement le jeûne du ramadan.

Ce groupe, dit groupe des « non jeûneurs », entendait protester contre un article du code pénal -article 222- qui « punit la non observation du jeûne pendant ramadan au Maroc » et qui stipule : « Celui qui, notoirement connu pour son appartenance à la religion musulmane, rompt ostensiblement le jeûne dans un lieu public pendant le temps de ramadan, sans motif admis par cette religion, est puni de l'emprisonnement d'un à six mois et d'une amende de 12 à 120 dirhams ». Ce groupe, créé récemment sur Facebook, se fixe comme objectif la défense de la liberté personnelle, la liberté d’opinion et la liberté de conscience et de culte (voir son site sur Facebook)
http://www.facebook.com/group.php?gid=128065536460&ref=ts
Son intention était d’exprimer une opinion d’ailleurs largement partagée par tous les défenseurs des droits de l’Homme et qui relève la contradiction flagrante entre le code pénal et la juridiction marocaine d’une part, la constitution marocaine et les textes internationaux relatifs aux droits de l’Homme, notamment l’article 18 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, d’autre part qui stipule : "Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion ; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par l'enseignement, les pratiques, le culte et l'accomplissement des rites."
Les membres des forces de l’ordre qui ont participé à l’évacuation musclée du groupe n’ont pas entendu les appels des militants de l’AMDH, présents au moment des faits. Le groupe a été embarqué vers une destination inconnue.
L’ASDHOM qualifie cette évacuation d’enlèvement déguisé puisque sur tout le groupe, seuls cinq ont été ramenés chez eux le vendredi 18 septembre à 2h du matin après s’être fait déposséder de leurs téléphones portables et avec obligation de se présenter la journée au commissariat d’Al Mohammedia pour les « besoins de l’enquête ».
Le traitement sécuritaire et médiatique de cette affaire nous inquiète. L’intervention du Conseil des Oulémas (Théologiens) qui a qualifié cet évènement d’"odieux qui défie les enseignements de dieu et du prophète avec tout ce qu'il engendre comme sanction grave" donne le ton. Cela nous rappelle l’affaire de Kser El Kébir où une vindicte populaire était lancée contre des personnes soupçonnées d’avoir organisé un « mariage homosexuel » et les arrestations abusives du 14 mars 2009 qui ont touché 25 citoyens soupçonnés d'homosexualité lors du Moussem Sidi Ali Ben Hamdouch (Région de Meknès).
L’ASDHOM a toutes les raisons de s’inquiéter du sort qui sera réservé à ce groupe dont les opinions ne semblent pas du tout du goût des gouvernants. Sa sécurité physique est hautement en jeu.
Les dernières arrestations arbitraires en dehors de tout cadre légal d’une dizaine de journalistes qui ont osé publier des articles relatifs à l’état de santé du chef de l’Etat ne sont pas pour nous rassurer. Nous sommes encore plus inquiets quand on sait qu’à Fès, les forces de l’ordre ont exhibé à la face de la population locale d’un quartier de la Médina quatre détenus (présumés innocents, car non encore jugés), menottés et torse nu, tel un trophée de chasse.
L’ASDHOM condamne fermement ces agissements sécuritaires et demande à l’Etat marocain de se conformer à ses engagements en matière de respect des libertés fondamentales. Elle considère que l’article 222 du code pénal marocain est anticonstitutionnel et exige par conséquent son abrogation.
L’ASDHOM considère qu’une réforme en profondeur de la justice en garantissant son indépendance de l’exécutif est nécessaire. La loi marocaine doit être en harmonie avec le référentiel universel en matière des droits de l’Homme. C’est une urgence et l’ASDHOM ne fait là que rappeler une recommandation d’une certaine IER.
En attendant, l’ASDHOM réclame la libération immédiate des détenus d’opinion et l’arrêt des poursuites engagées contre le groupe des « non jeûneurs ».