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dimanche 1 novembre 2009

Actes de harcèlement à l’encontre de journalistes tunisiens



Paris-Genève-Copenhague, le 29 octobre 2009. L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), et le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH) expriment leur plus vive inquiétude suite aux actes de harcèlement à l’encontre des journalistes tunisiens MM. Taoufik Ben Brik, Slim Boukhdir et Mouldi Zouabi.
(...)Ces trois journalistes se sont particulièrement mobilisés ces dernières semaines afin de dénoncer les pratiques et actes contraires aux normes internationales qui se sont multipliés dans le contexte électoral, et nos organisations craignent que les actes de répression dont ils sont l'objet fassent partie "des mesures" annoncées par le Président Ben Ali "contre quiconque émettra des accusations ou des doutes concernant l’intégrité de l’opération électorale, sans fournir de preuves concrètes". Le Président tunisien a par ailleurs stigmatisé, à la veille du scrutin du 25 octobre 2009, ceux qu’il avait qualifié de "minorité infime de Tunisiens qui dénigrent leur pays en s’appuyant sur des parties étrangères".
 
Ainsi, le 29 octobre 2009 vers 13h00, M. Taoufik Ben Brik, journaliste et membre fondateur du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), a été écroué au centre de détention préventive de Bouchoucha, suite à sa convocation au commissariat un peu plus tôt dans la matinée. Il comparaîtra le 30 octobre devant un juge pour "agression". Cette accusation aurait été formulée sur la base d'une plainte déposée par une femme affirmant s'être faite agresser suite à un accrochage entre son véhicule et celui de M. Ben Brik. Selon les informations reçues, l'auteure de la plainte a en réalité embouti la voiture de M. Ben Brik le 22 octobre, avant de l'insulter, de le violenter et de lui déchirer ses vêtements, cherchant manifestement à le faire réagir. M. Ben Brik ne se serait quant à lui rendu à aucun moment responsable d'actes de violence.

Par ailleurs, le 28 octobre, M. Slim Boukhdir, journaliste et membre fondateur de l’association de défense des libertés “Liberté et équité”, a été victime d'un enlèvement devant chez lui par des inconnus en civil, qui lui ont bandé les yeux, l'ont forcé à monter à bord d'un véhicule puis l'ont conduit sur la colline du Belvédère (hauteurs de Tunis) où ils l'ont passé à tabac. M. Boukhdir, dépouillé de ses vêtements, de son portefeuille et de son téléphone, a été laissé sur les lieux, souffrant d'une fracture au nez et de plusieurs hématomes.

Le même jour, des inconnus ont tenté à trois reprises de forcer la porte du domicile de M. Moudi Zouabi, correspondant du journal panarabe basé à Londres Al Quds Al Arabi, du site Internet de la chaîne de télévision satellitaire Al-Arabiya. M. Zouabi a fait appel à la police qui s'est rendue sur les lieux, mais n'a rien constaté de préoccupant. M. Zouabi serait en outre suivi de très près par des policiers depuis plusieurs jours.
En outre, M. Zouhair Makhlouf, membre de l’association "Liberté et équité", membre dirigeant du Parti démocrate progressiste (PDP) et ancien candidat aux élections législatives du 25 octobre 2009, incarcéré depuis le 21 octobre 2009 à la prison de Mornaguia près de Tunis, comparaîtra devant le tribunal de première instance de Grombalia le 3 novembre 2009.

L'Observatoire et le REMDH dénoncent la poursuite des actes de harcèlement extrêmement préoccupants à l'encontre des défenseurs des droits de l'Homme tunisiens, et appellent la Délégation de la Commission européenne à Tunis ainsi que les ambassades d'Etats membres de l'Union européenne en Tunisie à rendre visite à MM. Ben Brik et Makhlouf en détention, et à observer les audiences à leur encontre, conformément aux Lignes directrices de l'UE relatives aux défenseurs des droits de l'Homme.
Nos organisations appellent également la Délégation et les ambassades mentionnées cidessus à faire un rapport public, et si possible conjoint, sur les violations des règles relatives à un procès équitable et sur tout autre sujet de préoccupation constatés lors des audiences.


L’Observatoire et le REMDH demandent par ailleurs aux autorités tunisiennes de :

· Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et psychologique de MM.Taoufik Ben Brik, Slim Boukhdir, Mouldi Zouabi et Zouhair Makhlouf, ainsi que de l’ensemble des défenseurs des droits de l'Homme tunisiens ;

· Procéder à la libération immédiate et inconditionnelle de MM. Taoufik Ben Brik et Zouhair Makhlouf, arbitrairement détenus ;

· Mener sans délai une enquête indépendante, impartiale et transparente sur les actes de harcèlement et de violence mentionnés ci-dessus, et en rendre les résultats publics, afin d’identifier les responsables, de les traduire devant un tribunal garantissant un procès équitable conformément aux principes de droit international ;

· Veiller à ce qu’un terme soit mis à toute forme de menaces et de harcèlement - y compris judiciaire - à l’encontre de MM. MM. Taoufik Ben Brik, Slim Boukhdir, Mouldi Zouabi et Zouhair Makhlouf, et de l'ensemble des défenseurs des droits de l’Homme tunisiens;

· Plus généralement, nos organisations appellent la Tunisie à se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et aux instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme et particulièrement l’article 1 de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international”.

Contact REMDH : Mathieu Routier +33 1 48 18 06 86

la journée du disparu

Par Ali Fkir, 30/10/2009
Rappelons que des centaines de militants ont été kidnappés par les forces de répression marocaines; leurs familles, leurs camarades...sont restés jusqu'à présent sans leurs nouvelles, et cela depuis des années pour la plupart.


C'est le cas des militants Mehdi Benbarka (le leader de l'opposition au régime de Hassan au lendemain de son intronisation), de Omar Elouassouli, d'ELhoucine Elmanouzi, de Abdellatif Zeroual dirigeant communiste d'ILAL AMAME...
   Des mères, des pères, des épouses, des enfants, des soeurs, des frères, des amis et camarades vivent un véritable calvaire avec les divers appareils de l'Etat marocain
  Le makhzen et ses divers corps de répression ont  manipulé les  néomakhzaniens et  autres défaitistes pour tenter de "redorer" le blason ( en réalité, le dit blason n'a jamais été doré) d'un système politique qui n'a survécu à travers l'histoire que grâce à la mosquée et à la baïonnette.
  

COHEN-SEAT Vice-Présidente de la
commission des lois
Présidente du groupe CRC-SPG
Sénatrice de Paris
                                                                          
A Monsieur Bernard KOUCHNER
                                                        
Ministre des Affaires étrangères et européennes
        37, quai d’Orsay
            75007 PARIS
Paris, le 29 /10/2009 

Monsieur le Ministre,
J'apprends aujourd'hui même l'arrestation, en Tunisie, de Monsieur Taoufik Ben Brik, journaliste connu, harcelé par les autorités policières pour ses articles et reportages critiques. Cette arrestation, après un processus électoral anti-démocratique, témoigne d'un renforcement très préoccupant de l'autoritarisme du régime tunisien, et de l'accentuation d'une répression qui vise à étouffer toute opposition et plus généralement la liberté d'expression.
Deux autres journalistes sont victimes de cette inacceptable politique : Monsieur Slim Boukhdir, correspondant de la chaîne satellitaire Al-Arabya, enlevé hier de chez lui par la force, frappé, dénudé et abandonné dans un parc en plein centre de Tunis. Monsieur Slim Boukhdir a été lui aussi harcelé par la police pour les mêmes raisons. Il s'agit aussi de Monsieur Zouhaier Makhlouf, emprisonné à Mornaguia. Il fut arrêté le 20 octobre pour un reportage sur des problèmes environnementaux dans la zone industrielle de Nabeul. Ce reportage s'insérait dans le cadre de la Commission environnement liée à la liste du PDP (Parti démocratique progressiste), pour les élections.
Cette répression qui frappe des journalistes est en contradiction totale avec les pratiques les plus élémentaires d'un Etat de droit. Elle constitue une violation manifeste du sens et de la lettre de l'Accord d'association Union européenne/Tunisie, explicitement conditionné au respect des Droits de l'Homme. …/… Je vous demande instamment, Monsieur le Ministre, de réagir dans l'urgence et d'intervenir auprès des autorités tunisiennes pour que les journalistes arrêtés soient libérés immédiatement, que les harcèlements cessent et que le droit d'expression des journalistes mais aussi des opposants et de toute personne soit effectivement respecté.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de mes salutations distinguées.

Rabat réprime les innocents : répression féroce de l'ANDCM

Par Ali Fkir, 30/10/2009


Des centaines de militantEs de l'ANDCM, des centaines des jeunes issuEs des milieux populaires, victimes d'un système bâti sur le clientilisme, l'arrivisme, l'opportunisme, sur les liens familiaux, sur la corruption, sur l'exploitation, sur l'oppression, sur la répression, un système de marginalisation et d'exclusion, ces centaines de victimes qui représentent les sections de tout le Maroc se sont retrouvé à Rabat pour une lutte nationale qui a débuté voilà bientôt une semaine: sit in devant le ministère de la justice, sit in devant le ministère de l'emploi, sit in devant le parlement, sit in devant le ministère de l'éducation nationale, participation au sit in de la journée du disparu organisé par les militantEs des droits humains...
Aujourd'hui, vendredi 30 octobre 2009, ces jeunes ont organisé une marche populaire à Rabat. La marche fut réprimée férocement. Des blessés ont été hospitalisés dans un état critique. L'ambulance a mis beaucoup de temps pour arriver sur les lieux.
Liste provisoire des blessés hospitalisés:
- Jaouad El Korchi de la section de Meknès
- Noureddine Saïdi de la section d'Oulad Ayad (province de Taounate)
- Mohamed Sabâoui de la section de Boulmane
- Mounaïm El Moussaoui d'Elhouceima a été sauvagement tabassé. La police lui a confisqué illégalement son portable.

L'auteur de ces lignes a été arrêté pour avoir pris des photos de la marche. Il n'a pas pu couvrir l'assaut des forces de répression contre des jeunes dont le seul crime est de vouloir réclamer publiquement leurs droits élémentaires de citoyenneté.
L'intervention des militants et militantes de l'AMDH ont empêché les officiers de police de mener Ali Fkir "voir les responsables" ou de lui confisquer son appareil photo.
A partir de 16h30, l'avenue Mohamed V et les alentours du siège du "parlement" ont été investis de divers corps d'intervention répressive. La circulation des piétons a été interdite.
Mon soutien inconditionnel aux militantes et militants de l'ANDCM.
Les droits s'arrachent.
La solidarité nous interpelle


La Très Grande Bibliothèque de l'écologie expulsée de Gap


Par Fabrice Nicolino, 6/10/2009
Scandale culturel dans les Hautes Alpes...

Il existe en France l’une des plus belles bibliothèques européennes consacrées à l’écologie, et personne ne le sait ! Elle a été créée par un homme à part, qui fut le secrétaire de Robert Hainard. Je le connais bien, il s’appelle Roland de Miller. C’est davantage qu’un passionné, davantage qu’un collectionneur, davantage qu’un lettré. Son joyau contient près de 60 000 ouvrages, 1000 collections de périodiques français et étrangers et un énorme fonds d’archives et de documentation.

Ses livres furent longtemps disséminés dans les ruines d’un château des Alpes-de-Haute-Provence, dont la silhouette, par soir de pleine lune, évoquait tantôt la Transylvanie de Dracula, tantôt le Nom de la Rose, d’Umberto Eco. Je ne dresserais pas ici la liste innombrable, innommable d’ailleurs, des emmerdements subis par Roland. Car s’il est un génie du livre, il s’en faut qu’il le soit également de la vie quotidienne.

N’importe. La plus belle bibliothèque de France. L’une des plus belles de notre vieux continent. Et alors ? Alors, rien ne va plus, du tout. Roland occupe depuis quelques années un local de la ville de Gap (Hautes-Alpes), en vérité indigne d’un tel trésor. Mais de toute façon, il lui faut faire ses balluchons, et repartir sur les routes avant le 26 décembre 2009, sous peine d’astreinte journalière. Avec 400 m3 de livres et de textes sous le bras. Sa situation est affreuse, car il est à peu près seul. Le déménagement, à lui seul, coûterait 10 000 euros, compte non tenu de l’emballage, qu’il souhaite organiser avec des bénévoles, des tonnes d’ouvrages.


Ensuite ? Il y a des pourparlers avec la ville d’Arles, mais même s’ils aboutissent, ce ne sera pas avant des mois, sinon des années. En attendant, il faudra, il faudrait stocker. Comble peut-être, Roland doit rembourser avant février 2010 un dette privée d’environ 30 000 euros qui ajoute au désastre annoncé. Notez qu’il dispose d’un fonds de librairie estimé à 100 000 euros, qui pourraient servir à gager un éventuel emprunt. Car Roland est aussi libraire, sans aucun doute l’un des tout meilleurs dans son domaine, l’écologie. La dette n’a pas de rapport avec la bibliothèque, mais elle empoisonne évidemment l’esprit de Roland, qui n’a pas besoin de cela en ce moment.

Faisons le compte ensemble. Il faut trouver environ 40 000 euros, dont les trois quarts gagés. Et une petite armée de bénévoles pour mettre en cartons la bibliothèque. Mais au-delà ? Au-delà, je rêve, moi, d’un grand mouvement public d’aide et de solidarité. Demain - disons après-demain - cette bibliothèque peut devenir le centre intellectuel incontesté du mouvement écologiste, toutes tendances confondues. Un lieu de rencontres, de colloques, d’étude, de réflexion, d’action. Ce serait audacieux, mais tellement beau !

Qu’en pensez-vous ? Qu’en dites-vous ? Il va de soi que Gap est loin, et que la plupart d’entre nous sont déjà bien occupés ailleurs. Mais peut-être aurez-vous des idées ? Mais peut-être voudrez-vous participer à ce qui peut devenir une grande aventure intellectuelle et morale ? Qui sait ? Je vous laisse, en confiance, l’adresse électronique de Roland de Miller : roland.demiller@free.fr. Je vous en prie, ne le dérangez pas pour rien, car il croule sous les difficultés. En revanche, si vous tenez un truc, un truc concret, pratique, solide, envoyez-lui un message. Cet homme admirable a besoin de nous. Et nous avons tous le grand besoin d’une Très Grande Bibliothèque. Il me semble.

Aux lecteurs de la région de Gap : Roland a grand besoin de bras amis pour "la mise en cartons attentionnée de livres et périodiques, dans une bonne ambiance conviviale", et le démontage des étagères. Repas offert. Période du 2/11 au 11/12/2009, 9h à 18h30.



L’agonie du Sahara Occidental : Compte-rendu du livre de l’auteur nigérian Ike Abonyi

par Sola BALOGUN. Traduit par Esteban G. et édité par Fausto Giudice

Pour la majorité de la population nigériane les mots « Sahara Occidental » évoquent le désert du Sahara. Et très peu de personnes au Nigeria (et en Afrique en général) connaissent l'existence d'un pays de notre continent qui s’appelle Sahara Occidental. Peut-être ignorent-ils son existence à cause de l’étranglement que le Maroc a imposé à ce pays.

En effet, de nos jours il y a un pays qui souffre toujours de l'oppression d'un autre. Le pire c’est qu’il s'agit de deux pays africains. La République Démocratique Arabe Sahraouie (son peuple porte le nom de sahraoui) est une ex-colonie espagnole riche en ressources minérales comme les phosphates et a dans ses eaux territoriales une des plus grandes réserves de poisson du monde. Actuellement ses gisements sous-marins de pétrole sont en cours d’exploration.
Lorsqu’en 1975 l'Espagne se retirait de sa colonie en laissant le processus de décolonisation inachevé, elle avait laissé la facilité au Maroc, pays voisin du Sahara, de l’envahir immédiatement et de prendre possession du territoire. La Mauritanie s’était, elle aussi, approprié d’une partie des terres sahraouies, mais elle ne tarda pas à signer la paix et à les restituer au Front Polisario, mouvement politique qui a poursuivi la guerre contre le Maroc.
Africa’s Last Colony: Spain’s Error, Morocco’s Sin (la dernière colonie africaine : l'erreur de l'Espagne, le péché du Maroc) décrit avec justesse la situation et les circonstances atroces qui marquent la vie du peuple sahraoui : eau empoisonnée, torture, disparitions forcées et autres aberrations.
Le livre rassemble l'expérience de l'auteur, Ike Abonyi, qui a visité la République Démocratique Arabe Sahraouie. Dans son introduction, Abonyi déplore qu’une histoire aussi inquiétante que celle de ce pays soit méconnue ou ignorée par le reste du monde. Le livre est divisé en trois parties, il est d’une écriture simple et accessible. Le titre complet est très pertinent : Africa’s Last Colony: Spain’s Error, Morocco’s Sin; An African Journalist’s Diary On Western Sahara (la dernière colonie africaine : l'erreur de l'Espagne, le péché du Maroc. Journal d'un journaliste africain au Sahara Occidental).
Le prologue est écrit par le professeur Nuhu Yaqub, qui a récemment quitté son poste de recteur adjoint de l'Université d'Abuja, et il décrit le livre comme étant une œuvre qui complète opportunément la littérature existante sur la décolonisation africaine. Yaqub souligne également le fait que beaucoup d’Africains, même s'ils sont progressistes ou ont reçu une éducation sérieuse, méconnaissent l'existence d'un pays qui s’appelle République Démocratique Arabe Sahraouie, et encore moins sa lutte pour l’indépendance.
Dans son prologue, il dénonce l'hypocrisie de ces pays occidentaux qui se vantent de respecter les droits humains (la France, l'Allemagne et l'Espagne) tandis qu'ils ferment les yeux aux violations flagrantes des droits humains commises par le Maroc. De plus, il ajoute que le Nigéria a le devoir, en tant qu’État africain, d’aider le Sahara Occidental dans sa lutte pour la récupération de son indépendance.
La première partie du livre résume l'histoire du Sahara Occidental du temps de la colonie espagnole, le retrait espagnol de ce pays et l'invasion marocaine et mauritanienne. Il explique aussi la manière avec laquelle la Mauritanie avait restitué les territoires qu’elle avait spoliés alors que le Maroc s’est obstiné à garder les territoires occupés.
Tout comme d'autres analystes, Abonyi accuse l'Espagne de ne pas avoir finalisé le processus de décolonisation, c'est-à-dire, de ne pas avoir donné la direction du pays au Front Polisario, groupe politique fondé en 1973 pour en finir avec la colonisation espagnole.
Malgré la résolution de la Cour Internationale de Justice votée en 1975 stipulant que le Sahara Occidental était dès lors un pays indépendant de la colonisation espagnole et que sa souveraineté appartenait à son peuple, le Maroc a refusé de se retirer de ses territoires occupés et la guerre contre le Front Polisario a continué. En 1991 l'ONU avait négocié un cessez-le- feu et avait approuvé un référendum d'autodétermination du peuple sahraoui, mais le Maroc a empêché sa concrétisation.
Plus de 150.000 Sahraouis sont des réfugiés, d'autres sont déplacés à l’intérieur même de leur propre pays. Ils vivent grâce à une ration quotidienne du Programme Alimentaire Mondial de l'ONU ou bien ils sont harcelés et arrêtés sans procès légal, ou forcés à l'exil.
Dans la seconde partie du livre, Abonyi raconte l’expérience de son voyage au Sahara. En tant que hôte de la présidence, il a pu dormir sur un matelas de six pouces (15 cm) d’épaisseur, une chose courante dans les internats du Nigéria. Il avait pu observer que le camp avait bénéficié d'une certaine paix durant les 17 dernières années, mais il a également été témoin de la désillusion d'une grande partie de la jeunesse sahraouie, notamment au regard de la politique marocaine d'exploitation unilatérale des ressources et de l’indifférence totale face aux besoins du peuple sahraoui.
Notre indignation doit certainement se réveiller lorsque dans son récit, Abonyi raconte de quelle manière de jeunes Sahraouis ont perdu un de leurs membres et même la vie à cause de l’explosion des mines que le Maroc a disséminées tout le long du mur de 2.500 kilomètres qu’il a dressé dans le Sahara Occidental occupé. De même, il rapporte des détails terribles sur la vie de 140 personnes qui reçoivent des soins médicaux dans le Centre de Réadaptation pour les Victimes de la Guerre et des Mines au siège administratif des camps sahraouis.
La troisième partie de Africa’s Last Colony est composée d'interviews avec des responsables du gouvernement sahraoui. Au cours d’une conversation avec Abonyi, le président Mohammed Abdulaziz fait l'éloge de l'attitude du Nigéria envers d'autres pays africains et de son leadership dans le continent. D’autres interviews y sont également retranscrites, notamment celle avec Mohamed Salem, commandant de l'école militaire sahraouie, et celle avec Mohammed Yeslem Beisat, ministre pour l'Afrique.
L'auteur pose des questions d’une très grande importance : pourquoi l’Espagne n'a-t-elle pas achevé un processus total de décolonisation dans lequel elle aurait fait une passation de pouvoir au Front Polisario ? Pourquoi le fait de partager la religion, la langue et la géographie n'aide pas à résoudre le problème entre le Maroc et le Sahara Occidental ? Qui peut bien fabriquer et fournir les armes que le Maroc utilise pour terroriser la population sahraouie ? Quel sont les autres pays qui profitent de l'exploitation marocaine du Sahara Occidental ? Quel est, dans cette situation, le rôle de la France, ex-puissance colonisatrice du Maroc ?
Il y a d'autres questions qui exigent des réponses : pourquoi le reste du monde arabe reste-t-il indifférent à l'oppression d'un « peuple frère » ? Quelles sortes de pressions l'Union africaine et d'autres organismes régionaux qui reconnaissent le Sahara Occidental comme un État souverain exercent-ils sur le Maroc ?
La dernière colonie africaine met sur la table une situation réelle et regrettable: tandis que d'autres peuples sont passés, entre autres, à la discussion de problèmes internes liés à des questions ethniques et de népotisme, il existe un gouvernement africain qui continue à vouloir arracher le droit à l'autodétermination à un peuple africain. Le plus abject de cette situation, c’est que des soldats torturent et tuent des Sahraouis, sans distinction d'âge ni de sexe, dans une guerre qui a pourtant cessé officiellement.

Source : Daily Sun-Agony in Western Sahara

Article original publié le 27/10/2009

Sur l’auteur

Esteban G., rédacteur du blog http://letacle.canalblog.com, et Fausto Giudice, rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste, sont membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9153&lg=fr


 

La grève de la faim jusqu'à la mort ou le travail !

par l'Association Taroudant sociale et culturelle , 1/11/2009
C'est le slogan lancé par les militants de la section de l'ANDCM (Association nationale des diplômés chômeurs au Maroc) de Taroudant. Sept diplômés chômeurs ont entamé une grève de la faim illimitée le 19 octobre 2009 au siège de l'UMT (Union marocaine du travail) à Taroudant. Cette décision a été prise après l'arrêt des négociations sur le droit au travail dans le secteur public, entre la section de l'ANDCM et les autorités provinciales de Taroudant.
La province de Taroudant comprend 89 communes dont 8 municipalités, elles offrent un nombre d'embauches très important. Depuis la création de la section de l’ANDCM en 1992, les autorités de Taroudant n’ont embauché que 8 de ses militants. La politique suivie dans les communes locales a un caractère intégriste, avec la coordination des conseils communaux et des autorités provinciales pour éliminer l'ANDCM des embauches. Les héritiers de l'ère de la terreur des années noires se manifestent aux niveaux sociaux et économiques. La décision des autorités provinciales d'écarter l'ANDCM montre quel niveau atteint la ségrégation envers les fils des paysans pauvres au Souss.
L'État des féodaux et des compradores mène une politique proche de l'esclavage concernant le travail dans le Souss. Après avoir implanté leurs domaines sur les terres arrachées aux paysans pauvres, ils ont transformé ceux-ci  en ouvriers agricoles, qui subissent la double exploitation sans bénéficier d'une application minimale des statuts de travail. Les communes locales, qui sont occupées par les agents des féodaux et des compradores, jouent un rôle complémentaire de cette double exploitation. La ségrégation menée par l'intervention du régime intégriste et la corruption qui règne dans le secteur public, constituent la plate-forme du ravage des biens publics. Les conseils communaux restent un moyen d'appliquer l'effet du régime intégriste, dans le but de dominer tout le territoire de la région et de contrôler le mouvement social à Taroudant.
Les militants de la section de l'ANDCM de Taroudant ont organisé ces dernières années plusieurs manifestations (meetings, sit-in, marches), qui ont été écrasées par les forces de répression. Les militants sont torturés, détenus, poursuivis et condamnés au tribunal de Taroudant.
Les sept militants grévistes veulent fortement alerter l'opinion publique nationale et internationale sur les atteintes au droit au travail à Taroudant. Ils mènent cette grève illimitée de la dignité  qui a besoin du soutien national et international.
Malgré le soutien des organismes politiques, de droits humains, syndicaux et associatifs au niveau local, leur lutte demande l'élargissement du soutien au niveau public. Les autorités locales et les conseils communaux restent hors jeu comme à leur habitude.
Nous condamnons la politique de ségrégation au niveau du travail, basée sur l’intervention des féodaux et des compradores contre les fils des paysans pauvres.
Nous condamnons le ravage des biens publics par les féodaux et les compradors et le règne de la corruption dans le secteur public.
Nous déclarons notre soutien à la lutte des militants de l’ANDCM pour leur droit au travail digne.

Le 11ème jour de la grève de la faim des militants de l'ANDCM

de Taroudant sur la Place Assarag




samedi 31 octobre 2009

APPEL A LA SOLIDARITÉ : TAOUFIK BEN BRIK EN BUTTE A UNE VENGEANCE D'ETAT

Par Khaled Ben M'Barek, coordinateur,CENTRE D'INFORMATION ET DE DOCUMENTATION SUR LA TORTURE CIDT-TUNISIE, 29/10/2009


Tous ceux qui ont gâché les élections du général Ben Ali sont visés.
Comme il fallait s'y attendre, le journaliste militant Zouhair MAKHLOUF n'était que le premier d'une liste de militants de l'opposition à qui le général Ben Ali entend faire payer leur opposition à ses élections.
Mais cette fois, il s'attaque au plus célèbres des journalistes tunisiens, celui qui lui avait tant donné de fil à retordre au début des années 2000 et l'un des
rares à lui avoir jamais forcé la main : Taoufik BEN BRIK.
Tous ceux qui ont gâché les élections du général Ben Ali sont visés.


En effet, l'écrivain vient de nous confirmer qu'il était convoqué par la police
« sur-le-champ », sans précision de motif. Mais il fait le lien avec une
altercation provoquée le 22 octobre par une femme qui l'a accusé d'avoir voulu
sciemment heurter sa voiture avec la sienne. Elle est alors descendue de sa
voiture et n'avait pas hésité à agripper sa victime, bien plus corpulente
qu'elle, « comme si elle s'était entraînée sur un Rottweiler », raconte Taoufik
BEN BRIK, qui y voit la main de la police. Et d'ajouter que juste au moment où
il a réussi à remonter dans son véhicule alors que la femme agitée était retenue
par des ouvriers d'un chantier voisin, accourus pour les séparer, un policier a
frappé à sa vitre lui suggérant d'embarquer la femme et d'aller ensemble au
poste de police. Autant dire de se jeter dans la gueule du général Ben Ali.

Depuis, affirme Taoufik BEN BRIK, il s'attendait aux suites de cette affaire,
comme l'avait fait son frère Jalel il y a cinq ans quand la police l'avait accusé
d'avoir provoqué une rixe et emmené directement en prison. Il a assuré qu'il
s'attendait à tout de la part du pouvoir pour tous les écrits qu'il a publié sur
de nombreux supports (nouvelobs.com, mediapart.) et par lesquels il a pris part
à la campagne électorale à sa façon.

Au vu des cas de Zouhair MAKHLOUF, déjà embastillé, et de Florence Beaugé,
expulsée sans ménagement, on est fondé à craindre le pire . Sachant que Taoufik
nous fait savoir qu'il a déjà une condamnation dans des circonstances
comparables à quatre mois de prison avec sursis pour... blasphème ! Si la femme
qui l'a agrippé le 22 octobre porte plainte contre lui sous un chef d'accusation
quelconque, il pourra écoper d'une petite peine de prison (un ou deux mois, par
exemple), ce qui entraînerait la levée du sursis et un total qui irait de cinq à
six mois fermes.

La vengeance de M. Ben Ali sera alors consommée.

Nous appelons les amis du peuple tunisien et de Taoufik Ben Brik, en
particulier, à se mobiliser pour que la main monstrueuse du général de
renseignement Zine Ben Ali ne puisse atteindre notre journaliste et écrivain
national et l'un des plus fermes piliers de l'opposition à la tortiocratie
instaurée à Tunis depuis 22 ans.

CENTRE D'INFORMATION ET DE DOCUMENTATION SUR LA TORTURE CIDT-TUNISIE

Association de citoyens du monde pour le droit des Tunisiens à ne pas être torturés
Membre du Réseau SOS-Torture de l'OMCT-Genève


Comité d'honneur :
M. Jacques FRANÇOIS
Mgr Jacques GAILLOT
Dr. Hélène JAFFÉ Besançon, le 29 octobre 2009 (03h00)
M. Gilles PERRAULT
M. François DE VARGAS
Président :Jean-Marc MÉTIN

Que se passe-t-il au Maroc ?


 par Taoufik Bouachrine, 30/10/2009


Bakchich ouvre ses colonnes à Taoufik Bouachrine et Khalid Gueddar. Rédacteur en chef et caricaturiste du journal "Akhar Al Yaoum", ils passent ce vendredi devant la justice marocaine. Et risquent la prison, pour un dessin.
Plus d’un mois et trois jours se sont écoulés depuis la disparition forcée du quotidien "Akhbar Al Yaoum" des kiosques. Plus de 33 jours que nous crions notre refus de l’injustice subie par notre entreprise, sans qu’aucune oreille sage ne daigne nous écouter ou nous rétablir dans notre droit…
Nous avons frappé à la porte de la justice administrative, et nous avons dit à ses juges : « Excellences, le local du journal est scellé en violation de la loi, le Premier ministre n’a pas le droit d’interdire une publication, seule la justice est habilitée à prendre une telle décision, en supposant qu’une interdiction pure et dure puisse encore être monnaie courante dans les mœurs de l’édition au 21e siècle… ». Mais la misérable justice n’a pas statué sur l’affaire, elle a renvoyé notre requête, nous signifiant implicitement qu’elle n’était pas habilitée à instruire de tels dossiers.
Nous nous sommes ainsi tournés vers les décideurs, qui ont fait montre d’une gêne certaine à répondre à nos questions. Nous leur avons dit : « Messieurs, si la caricature, objet de tout ce tapage, est si dangereuse et si coupable que vous le prétendez, sachez que nous sommes poursuivis en justice à son sujet. Deux dossiers plombés ont même été ouverts contre Akhbar Al Yaoum à ce propos, l’exposant, pour chacun, à des peines d’emprisonnement et à de lourdes amendes. Pourquoi ne respectez-vous donc pas cette justice dont vous ne cessez de marteler qu’elle doit être réformée ? Pourquoi ne la laissez-vous pas dire son mot, même si c’est une justice aux ordres, partiale et faible ? Peut-il y avoir sentence et sanction en dehors des textes de loi ? » La réponse est malheureusement oui.

Certains « décideurs » nous ont dit que le Makhzen était en colère contre la presse indépendante, que notre journal était un bouc émissaire, sacrifié sur l’autel de sa colère pour faire parvenir un message fort aux journalistes. Le Makhzen voudrait ainsi tuer ab ovo les velléités de ceux qui refusent d’admettre que l’Etat soit réfractaire à toute presse libre, n’ayant comme limite que la loi et l’exercice journalistique tel qu’il existe traditionnellement dans les pays précurseurs en matière de liberté d’expression… Nous leur avons répondu qu’il faudrait alors échanger les lois actuelles contre d’autres importées des anciens régimes communistes qui ne permettent qu’un parti unique, un journal unique, un leader unique, une pensée unique, et une version unique…
L’autoritarisme, une preuve de faiblesse
Messieurs, jeter les journalistes en prison, fermer les journaux et terroriser les plumes n’est ni une solution, ni un gage de pouvoir. Ce n’est qu’un indicateur de faiblesse et de confusion. Ce n’est que la preuve éclatante du mépris des lois, de l’histoire du pays et des slogans de réconciliation, de transition et de modernité… Ne vous cachez pas derrière des arguments mous, tels que la "déontologie", les spécificités du pays et les sensibilités du pouvoir, pour camoufler les tendances autocratiques qui sévissent dans les appareils de l’Etat. L’impotence du gouvernement, l’avachissement des partis politiques, la mort des syndicats et la lâcheté des élites ne devraient pas être perçus par le pouvoir comme un "laissez-passer" vers plus d’autoritarisme. En réalité, la faiblesse des institutions et l’effritement de l’opposition sont avant tout une menace pour le pouvoir, car le vide masque souvent les réalités les plus fatales pour l’avenir de notre pays.
Akhbar Al Yaoum, Messieurs, est un journal indépendant, qui vit sur ses ventes et sur les quelques subventions qu’il n’obtient qu’avec la plus grande peine. Il ne possède ni l’appui d’un parti, ni celui d’une entreprise, ni celui d’une personnalité influente ou pas. "Akhbar Al Yaoum" vit de son professionnalisme et de la crédibilité de ses équipes, qui rêvaient d’un journal intelligent et percutant, capable de réussir sans verser dans le populisme, capable de durer sans compromis avec qui que ce soit, et sans négocier la ligne éditoriale en fonction de ce qui est toléré par le makhzen aujourd’hui. C’est notre unique tort…

Nous avons présenté nos excuses au prince Mouley Ismaïl lorsque nous avons senti qu’il avait perçu le dessin de presse comme une atteinte à sa personne. Ce dessin, les ennemis de la liberté de presse au Maroc se sont empressés de lui donner des significations et relents qui ne nous ont même pas traversé l’esprit. Nous sommes conscients que ce tollé ne peut nullement être provoqué par un « dessin candide », mais qu’il est l’augure d’un « dessein » qui lui, n’a rien d’innocent. Il s’agit de redessiner les limites de la liberté de presse au Maroc, pour lui délimiter un espace encore plus étroit que celui où se sont exprimées les plumes « irrévérencieuses » lors de ces dix dernières années. C’est cela le vrai objectif.
Une question d’honneur

Quant au reste, le régime ne fait pas dans la dentelle. Le plus gênant dans cette nouvelle « campagne d’assainissement » qui sévit contre la presse libre ces jours-ci, n’est pas le comportement de l’Etat, qui a démontré à quel point il pouvait avoir du mépris pour la loi, la justice et les droits des Marocains. Non, le plus déplorable, c’est que tous les journalistes et les éditeurs de presse tombent sous le joug de l’effroi, et que l’« honneur » du métier en pâtisse. Cet honneur, qui devrait pousser toute honnête plume à défendre la liberté d’expression et le respect de la loi, même lorsque son détenteur ne partage pas les mêmes opinions que le confrère atteint dans ses droits, ne jouit d’aucune considération chez certains de nos confrères, qui n’ont pas hésité à nous achever de sang froid. Quant aux partis qui ont émis des communiqués nous condamnant avant même que la justice n’ait dit son mot, nous ne leur en ferons même pas le reproche, car face à son maître, l’esclave ne peut être maître de soi…

Lecteurs, nous sommes aujourd’hui jugés pour offense au drapeau marocain, nous qui défendons les intérêts de notre pays tous les matins face aux voleurs de l’argent public qui sabotent l’image du Maroc sur le plan national et à l’étranger… Il s’agit avant tout d’une offense à l’intelligence des Marocains !
Le point de vue de Khalid Gueddar

LE SAHARA OCCIDENTAL... UNE TERRE ET UN PEUPLE OUBLIÉS

Par Philippe Savoye, Centre d’information Inter-peuples, (CIIP) Grenoble, 30/10/2009
Photos Pauline et Marie Frison


Bien sûr, le Sahara Occidental n’est plus sous les feux de l’actualité depuis que la guerre ouverte s’est transformée en situation larvée, dans une totale impasse. Le peuple Sahraoui est oublié au milieu de ce désert aride où la vie est un combat de tous les instants. Pendant ce temps ses ressources sont pillées par le Maroc au mépris des résolutions de l’ONU...
Un peu d’histoire
La conférence de Berlin qui s’est tenue en 1884 et 1885, dont l’acte final est signé par treize pays européens et les États-unis, fut la base fondatrice d’une Afrique colonisée, découpée et partagée entre les Occidentaux. L’actuel Sahara Occidental fut placé sous protectorat espagnol qui devint le Sahara espagnol en 1924, administré indépendamment des territoires appelés "Maroc espagnol". Depuis 1963, le Sahara Occidental figure parmi les territoires "non autonomes" selon l’ONU, qui deux années plus tard, prend position pour que ce territoire soit décolonisé.
A partir de 1970, le peuple Sahraoui entame une guerre de libération contre l’occupation espagnole. Le conflit entre le Maroc et l’Algérie sur le tracé de leur frontière et les revendications mauritaniennes sur une partie du territoire rendirent la situation complexe, avant qu’un accord unifie un front anti-espagnol. Le 14 novembre 1975, les accords de Madrid officialisent le retrait de l’Espagne et le partage du territoire : le Maroc obtient les deux tiers nord et ouest et la Mauritanie le tiers sud et est. Les Sahraouis et l’Algérie sont exclus des négociations.


D’une occupation espagnole, à une occupation marocaine...
Au lendemain du départ des soldats espagnols, le 27 février 1976, la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) est proclamée par le Front Polisario. Une guerre ouverte se déclare entre "les forces d’occupation" marocaines et mauritaniennes et le Front Polisario. La "marche verte" marocaine, l’invasion armée, l’usage du napalm, du phosphore blanc entraînent l’exil de dizaines de milliers de Sahraouis vers les camps de Tindouf en Algérie.
En 1979, la Mauritanie se retire des territoires occupés et dans les années suivantes, le Maroc érige progressivement un mur de 2 400 kilomètres (et déploie des champs de mines) qui coupe le Sahara Occidental en deux : les deux tiers du pays sont annexés par le Maroc et le tiers oriental est sous contrôle du Front Polisario.
En 1982, la RASD est admise au sein de l’OUA (Organisation de l’Unité Africaine)1, ce qui entraîne le retrait du Maroc, deux années plus tard.
Sous l’égide de l’ONU, un cessez-le-feu est conclu en 1991 entre le Maroc et le Front Polisario, sur la base de l’organisation d’un référendum d’autodétermination : indépendance ou intégration au Maroc.
Afin de permettre l’organisation de ce référendum, la résolution 690 du 29 avril 1991 crée la Mission des Nations Unies pour le Référendum au Sahara Occidental (MINURSO).
Outre "l’organisation d’un référendum libre et équitable et en proclamer les résultats"2 (qui initialement devait se dérouler en janvier 92), la Minurso se voit confier notamment la surveillance du cessez-le-feu, la réduction des troupes marocaines sur ce territoire, l’aide à la libération des prisonniers politiques, la réduction des menaces de mines, etc. Aujourd’hui, dix-huit ans plus tard le référendum est toujours lettre morte !


La situation actuelle

Si le Maroc estime que le Sahara Occidental fait historiquement partie de son territoire, l’ONU considère cette occupation comme la dernière question coloniale restant en Afrique. Plus de cent résolutions appellent à l’autodétermination et, en 2006 dans son rapport, Kofi Annan (secrétaire général des Nations Unies à l’époque) précise qu’aucun pays membre de l’ONU ne reconnaît la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental. Le peuple Sahraoui a proclamé sa République en exil, reconnue par une centaine d’États, Mohamed Abdelaziz en est le président et sa capitale provisoire est Bir Lehlou. Le gouvernement et les ministères sahraouis gèrent les camps de réfugiés où les femmes sont particulièrement actives.
Le déploiement de la Minurso, sous commandement chinois et composée de près de 500 militaires et observateurs, est autorisé jusqu’au 30 avril 2010
Des réunions plus ou moins informelles ont lieu sous l’égide de l’ONU entre le Maroc et le Front Polisario (comme cet été en Autriche) sans qu’une avancée soit perceptible. D’ailleurs, au printemps dernier Ban Ki Moon reconnaissait que les conditions d'une reprise des pourparlers sur l'avenir du Sahara Occidental ne sont pas réunies tant les positions sont éloignées. Aujourd’hui, le Maroc propose un plan de large autonomie sous sa souveraineté (illégal au regard du droit international) et le Front Polisario un référendum avec trois options : le rattachement au Maroc, l’indépendance ou l’autonomie sous souveraineté marocaine.

Les tensions demeurent. Les Sahraouis de la zone occupée, où sont présents pas moins de 160 000 militaires marocains, font l’objet d’une répression permanente, sanglante et il ne se passe pas une semaine qu’ils subissent tortures, arrestations, emprisonnements... Le 29 août dernier, Leila Hmatou Amaidan sportive sahraouie de haut niveau, a été victime d’une tentative d’assassinat ; mi-septembre, des Sahraouis réclamant pacifiquement l’autodétermination et la fin de l’occupation dans les villes de El Aaiun, Smara et Boujdour, subirent de violentes répressions, etc.
Aujourd’hui, environ 165 000 réfugiés vivent toujours dans les camps de réfugiés, non loin de Tindouf, dans le désert proche de la frontière algérienne. Dans cette zone très désertique, cette population nomade survit grâce à l’aide alimentaire fournit par l’ONU. Selon une étude de Medicos del Mundo (2008), 19 % des enfants des camps souffrent de malnutrition. Géré par le secrétariat Jeunesse et Sport de la RASD et grâce à une large solidarité internationale, une dizaine de milliers d’enfants bénéficient chaque été de l’opération "vacances en paix" à l’étranger.

Quels enjeux ?

De nombreux gouvernements, à commencer par celui de la France, usent d’un double langage en prétendant soutenir les efforts de l’ONU... mais bénéficient des relations d’affaires avec les territoires occupés par le Maroc. En mai dernier, la France s’oppose à ce que la MINURSO soit investie de la surveillance des droits de l’Homme... ce qui n’aurait pas manqué de déplaire à son "grand ami" le Maroc.
Le Sahara Occidental possède des gisements de phosphate et des ressources halieutiques parmi les plus riches du monde. S’y ajoute la possibilité de trouver du pétrole et du gaz dans les eaux territoriales.
Si l’aide multilatérale annuelle s’élève à 50 millions de dollars, le Maroc gagne 1 500 milliards de dollars sur les exportations de phosphate provenant du territoire occupé4. Les réserves du Sahara Occidental sont les secondes au monde après celles... du Maroc. Des voix s’élèvent face à ce vol qui ne dit pas son nom. Ainsi face à la mobilisation populaire, en 2005 le fonds de pension de l’État norvégien a vendu ses parts de la compagnie américaine Kerr-McGee qui exploite certaines mines, pour des raisons éthiques !
Grâce à la richesse halieutique au large du Sahara Occidental plus de 100 000 Marocains travaillent dans l'industrie de la pêche, principalement autour des ports de Dakhla et El Aaiun ; une grande majorité sont venus dans le territoire depuis l'occupation. Par ailleurs le Maroc vend des permis à des pays étrangers. L’Union Européenne et la Russie en sont les premiers bénéficiaires. L’accord signé en février 2007 entre l’UE et le Maroc stipule que 119 bateaux européens pourront pêcher dans les eaux marocaines et du Sahara Occidental. En échange, l’Union versera au Maroc, 36 millions € par an.

Le Maroc mène des explorations pétrolières au Sahara Occidental, à la fois en mer et à terre, malgré le fait que l’ONU ait déclaré cette situation illégale comme l’écrit Hans Corell, sous secrétaire général de l’ONU pour les Affaires Légales : « si des activités de prospection et d’exploitation devaient être entreprises au mépris des intérêts et de la volonté du peuple du Sahara occidental, elles contreviendraient aux principes de droit international applicables aux activités touchant aux ressources minérales des territoires non autonomes. »
Il est bien évident, qu’au-delà de la dimension historique de l’occupation, l’aspect économique prime sur toute autre considération. Le droit onusien est bafoué, avec la complicité des "maîtres du monde", depuis près de 35 ans, un peuple se morfond dans des camps ou violenté sur son propre sol occupé, mais à part cela... tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !

1/ Devenue "Union Africaine" en 2002 lors du congrès de Durban. Composée de 53 membres, le Maroc est l’unique pays du continent à ne pas y adhérer
2/ Site de la Minurso
3/ Résolution S/RES/1871 du Conseil de sécurité en date du 30 avril 2009
4/ Western Sahara Resource Watch (www.wsrw.org/files/)
Sources :
Western Sahara Resource Wach (www.wsrw.org )
Sahara press service (www.spsrasd.info)
diaspora saharaui (diasporasaharaui.blogspot.com)
*n°181, Nouvelles du Monde, CIIP
Connaissez-vous l’association "APSO" ?
Amis du Peuple du Sahara occidental,
dont le but est (extrait de ses statuts) :
« De faire connaître et reconnaître le peuple du Sahara occidental, son histoire, sa culture, sa vie, son territoire et ses ressources... auprès de l’opinion française et internationale.

De soutenir les Sahraouis dans les difficultés matérielles quotidiennes et dans la lutte pacifique vers la résolution du problème de décolonisation de leur pays.

Par l’organisation d’un réseau et d’échanges, de partenariats interculturels, sportifs, pédagogiques, intellectuels... autour de l’information, des arts, cultures, traditions, sciences, de la prévention ... »


Axes 2009/2010 :
Création, coordination, financement d’une équipe de prévention des risques liés aux mines.
Création d’un centre culturel français dans les campements.
Évènement sportif international de haut niveau.
Vigilance et réaction sur l’actualité des droits de l’homme et du pillage des ressources.

Pour tout contact et soutien : APSOlument@yahoo.fr 
Par ailleurs, l’association Solidarité Enfants Sahraouis accueille des enfants durant les vacances. (solensahr@yahoo.fr)

Lettre ouverte à Bernard Kouchner et Frédéric Mitterrand

Bruxelles, le 29 /10/ 2009

Lettre ouverte à Bernard Kouchner, Ministre des Affaires étrangères et Frédéric Mitterrand, Ministre de la Culture
Monsieur le Ministre des Affaires étrangères,
Monsieur le Ministre de la Culture,

Nous pouvons comprendre, ou ne pas comprendre, que vous ayez réagi avec une extrême rapidité et que vous vous soyez indignés à l'arrestation de Roman Polanski il y a quelques semaines. En revanche, nous ne comprenons pas votre absence de réaction et votre indifférence face aux événements récents intervenus en Tunisie:
Enlèvements de Slim Boukhdhir, correspondant de Al-arabya, Mohamed Soudani, étudiant syndicaliste,
Harcèlement et actes de violence à l'encontre de Sihem Bensedrine, rédactrice en chef de Kalima, Radhia Nasraoui, avocate et Présidente de l'Association Tunisienne de Lutte contre la Torture,
Détentions arbitraires de 38 manifestants du bassin minier de Gafsa, de Zouhair Maklouf, journaliste et reporter et enfin de Taoufik Ben Brik, journaliste et écrivain,
Interdiction d'entrée sur territoire tunisien de Florence Beaugé, journaliste au Monde.

Il est vrai, qu'il est plus facile de s'empresser de saluer le score démocratique obtenu par le Président tunisien Ben Ali ce dimanche avec 89,62%, que de défendre l'exercice de la liberté d'expression et d'opinion au sein d'un pays avec lequel, la France se targue d'entretenir des relations d'amitié basées sur des principes et des valeurs qui nous unissent.
Il est plus que temps que la France, au nom de sa relation privilégiée avec la Tunisie, cesse d'empêcher l'Union européenne d'avoir une politique ambitieuse en termes de promotion des droits de l'Homme et de démocratie. Puisque vous l'ignorez encore, force est de vous rappeler que la défense des droits de l'Homme constitue un principe fondateur devant inspirer la politique étrangère de la France et de l'Union européenne. Vendre des centrales nucléaires tout en fermant les yeux sur ces violations est une attitude indigne.
Nous, parlementaires européens, vous demandons d'intervenir avec le même zèle que dans l'affaire Polanski pour les affaires Boukhdhir, Soudani, Bensedrine, Nasraoui, Maklouf, Ben Brik et les 38 manifestants du bassin minier de Gafsa.
Cordialement,
Dany Cohn-Bendit
Président du groupe des Verts/ALE
Hélène Flautre
Présidente de la délégation UE-Turquie
Eva Joly
Présidente de la commission développement
José Bové
Vice-Président de la commission agriculture et développement rural

vendredi 30 octobre 2009

L'Etat marocain agit en véritable hors la loi


Par Ali Fkir,coordinateur, 29/10/2009

Pour empêcher les ouvriers licenciés abusivement par SMESI, filiale de l'OCP, géant économique étatique, d'organiser, le 29 octobre 2009, un sit in devant les locaux administratifs de l'OCP à Khouribga, les forces de répression ont pratiquement quadrillé la ville, bouclant tous les chemins qui mènent à ces locaux. Les autorités, en connivence avec l'OCP, ont créé un climat de peur, terrorisant la population. Les enfants n'ont pas pu aller à l'école dans la quiétude nécessaire.

Au lieu d'imposer à l'OCP le respect de la législation de travail, l'Etat marocain préfère persécuter les prolétaires qui ont tout donné à ce pays et qui se voient après des années de trime jetés à la rue comme des "bons à rien".
En soutenant aveuglement l'OCP, véritable hors la loi dans ce conflit, l'Etat marocain affame délibérément des milliers de personnes, jette dans le désespoir familial des milliers de femmes, empêchent des milliers d'écoliers d'aller normalement à l'école, fait mourir à petit feu des centaines de bébés, les tétines de leurs mamans étant asséchées par le manque de nourriture.
Le comité de soutien aux ouvriers de SMESI, ne peut que condamner ferment cette répression, et réaffirmer son soutien inconditionnel aux victimes de l'arbitraire.
Le comité de solidarité avec les ouvriers de SMESI:
  - Dénonce le licenciement illégal des 850 ouvriers de SMESI
  - Rend l'Etat et son groupe OCP, responsables du drame social que vit la région de Khouribga
  - Exige, entre autres, de l'OCP
* La réintégration des 850 ouvriers licenciés
* L'ouverture des négociations avec le bureau syndical en vue de la titularisation des victimes de l'arbitraire.
* Le respect de la liberté syndicale
La solidarité nous interpelle

jeudi 29 octobre 2009

Le roi, clef de voûte du système du Makhzen

Par Baba Sayed,14 /10/2009

Le Royaume du Maroc est l’un des rares pays au monde où la pratique et l’usage de l’« irresponsabilité » politique et de l’impunité juridique, sont consacrés et célébrés comme mode « original » de gouverner des souverains marocains
Considérée sacrée par la constitution, aux côtés des deux autres symboles du Royaume, Allah et la Patrie, la personnalité du roi est au-dessus de toute critique et de tout reproche, inviolable.

 Dans un pays où tout, absolument tout, dépend du bon vouloir et du bon plaisir d’un seul individu, le roi, ce dernier ne peut pourtant être tenu responsable, ni politiquement, ni militairement, ni économiquement, ni socialement, ni juridiquement et encore moins pénalement, d’aucune « mauvaise » décision qu’il pourrait prendre ou mettre en œuvre. Le roi, pourtant l’incontestable et incontesté maître de facto et de jure, ne peut être considéré, exclusivement, que l’auteur des bonnes et sages décisions. Les autres décisions, les mauvaises et les non sages, ce sont forcément, et de manière systématique, les « autres » qui doivent en répondre, voire en payer de leurs vies les conséquences.
Considérée sacrée par la constitution, aux côtés des deux autres symboles du Royaume, Allah et la Patrie, la personnalité du roi est au-dessus de toute critique et de tout reproche, inviolable. Le roi, clef de voûte, par excellence, du système est pourtant, en plus d’être le chef suprême des armées, le commandeur des croyants, l’un des plus grands propriétaires et hommes d’affaire du pays, le symbole de son unité et le garant de sa stabilité, est aussi celui qui définit et conduit « souverainement » les politiques intérieures et extérieures du pays. Il est également celui qui nomme et désigne le gouvernement et au nom duquel les prières sont dites dans les mosquées, les jugements et les sentences prononcés dans les tribunaux.
Devant un parlement d’opérette, un gouvernement réduit, littéralement, au simple rôle de secrétariat et une opposition officielle aux ordres, émasculée, qui se contente, pitoyablement, de faire de la figuration après avoir, lamentablement, échoué à faire la révolution, « Sa Majesté » est le seul maître à bord, celui qui règne et gouverne, à la fois, et dont le pouvoir ne souffre ni contrôle ni limite. Quoi que dise le roi, quoi que fasse le roi, « Sa Majesté » le roi demeure, en toutes circonstances, l’incontestable et incontesté glorieux Sidna. Celui qui règne sur les esprits et les coeurs, celui qui ne peut se tromper ou même soupçonné d’être susceptible de l’être. Contredire « Sa Majesté », contester ses mesures ou s’opposer à ses décisions, est, par ailleurs, un crime de lèse-Majesté justiciable, comme on vient de le voir ces dernières années avec Tazmamart, Kal’at M’gouna, Derb Moulay Chrif et autres mouroirs, des pires châtiments.