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jeudi 19 février 2015
jeudi 17 octobre 2013
Liberté de la presse : Mohammed VI pire que le Hassan II des années 90
- Écrit par Lakome15/10/2013
On appelle cela les lignes rouges. Selon la Doxa du régime marocain
et des élites qui le soutiennent, ces lignes rouges sont l'Islam,
l'intégrité territoriale et la monarchie. En réalité, l'une de ses
lignes est plus rouge que les autres: La monarchie.
Lorsqu'on affirme que l'Islam est une ligne rouge, ce qui est
vraiment dit est que la version de l'Islam voulue par la monarchie ne
doit pas être critiquée. Lorsqu'on dit que l'intégrité territoriale du
pays est sacrée, on veut dire que la gestion de la question du Sahara
par la monarchie ne doit être remise en question.
En fait, il n'est pas permis de remettre en cause les prérogatives de
la monarchie ou de critiquer sa façon de gouverner le pays. Cette
limite rend l'exercice d'un journalisme de service public impossible
puisque sa fonction première et la plus noble est d'informer les
citoyens sur la gestion des affaires publiques, donc de porter un regard
critique sur les détenteurs du pouvoir et leur façon d'exercer ce
pouvoir.
Pour retrouver une certaine liberté de ton sur ces sujets sensibles,
c'est sur Internet et les nouveaux médias online qu'il faut chercher. Il
n'en a pas toujours été ainsi. Les réseaux sociaux et la presse
numérique sont des phénomènes nouveaux. Et surtout la presse dite
traditionnelle a connu vers la fin des années 90 et le début des années
2000 une période faste qui a permis l'éclosion de nouvelles publications
indépendantes.
L'évolution de l'indice de liberté de la presse publiée par
l'organisation américaine Freedom House est à cet égard édifiante. De
1994 à l'année 2000, l'indice évolue positivement indiquant une
libéralisation croissante des médias. Après une petite stagnation,
l'indice se dégrade au point de passer en deçà de son niveau de 1994. En
d'autres termes, sous Mohammed VI les gains enregistrées dans le
domaine de la liberté de la presse lors des dernières années de règne de
son père ont été, au mieux, effacés.
Muselage de la presse
Comment le régime de Mohammed VI s'y est il pris pour museler une
nouvelle vague de médias indépendants? En commençant par utiliser les
bonnes vieilles méthodes. L'article 77 du code de la presse en vigueur
jusqu'en 2003 permettait l'interdiction de journaux sur simple décision
administrative du premier ministre. C'est l'application de cet article
77 qui permettra les premières interdictions survenues dès l'année 2000.
Sauf que cette méthode trop manifestement répressive gênerait une
mauvaise publicité pour un régime soucieux de préserver une façade de
libéralisme et de modernité. Viendront alors les procès en diffamation
en cascade à l'issue desquelles les journalistes poursuivis n'avaient
aucune chance d'être innocentés à cause d'une justice notoirement
contrôlée par le régime. Les condamnations à payer des dommages et
intérêts astronomiques vont se multiplier, mettant en faillite les
journaux visés et renforceront la tendance à l'auto-censure chez les
autres. Mais l'arme létale utilisée pour faire les voix dissonantes aura
été le boycott publicitaire massif dont seront victime les journaux
indépendants.
L'éclosion d'une nouvelle presse indépendante vers la fin des années
90 était directement liée à la naissance d'un modèle économique qui en
permettait la survie économique. La diversité croissante du capitalisme
marocain se traduisait par un marché publicitaire assez large et
diversifié pour fournir les revenus nécessaire à des entreprises de
presse éditorialement et économiquement indépendantes. Des entreprises
de presse qui cherchaient à enclencher ce cercle vertueux qui fait que
le bon journalisme attire les lecteurs, lesquels lecteurs attirent
l'argent des annonceurs, lequel argent permet de financer le bon
journalisme.
Cette dynamique a duré tant que le pouvoir politique, et donc, la
monarchie laissait faire. Mais dès que celle ci a décidé que cette
nouvelle presse était décidément trop irrévérencieuse et même subversive
dans le sens ou elle remettait en cause la nature autoritaire du
régime, instructions furent données aux grands groupes économiques, et
annonceurs principaux de la presse écrite, de cesser de travailler avec
ces nouveaux médias. Le roi étant lui même a titre privé l'homme
d'affaires le plus important du pays, le boycott des ses seules
entreprises constituaient un manque à gagner substantiel pour cette
nouvelle presse.
Les journaux revêches seront asphyxiés financièrement et là aussi
serviront d'exemple à ne pas suivre pour les autres médias qui se
garderont de mécontenter le régime. D'autant plus que si le régime sait
manier le bâton, il manie encore mieux la carotte. Les entreprises de
presse qui jouent le jeu sont grassement payées en retour, d'une manne
publicitaire qui n'obéit plus aux règles de marchés. On passe la pub
chez les médias favoris du régime même si leur lectorat est inexistant.
Les grandes entreprises du pays passent leurs annonces publicitaires
moins pour attirer des clients que pour s'assurer les faveurs du régime.
L'avènement de la presse numérique indépendante est une réponse a ces
contraintes économiques. Grâce a ses coûts de fonctionnement
relativement modiques, elle peut survivre avec un minimum de revenus.
Les poursuites entamées contre Ali Anouzla co-fondateur du site
d'information Lakome sont d'ailleurs une tentative du régime de mettre
sous le boisseau ce journalisme naissant qu'il a viré par la porte de la
presse traditionnelle et qui lui revient par la fenêtre de la presse
numérique.
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mercredi 18 janvier 2012
La presse marocaine dans la droite ligne des dictatures arabes
Ali Amar (en français) - http://youtu.be/x3BHrcxjhjc
Le Maroc s'inscrit dans la droite ligne des dictatures arabes en matière d'atteintes aux libertés fondamentales consacrées par la charte des droits de l'Homme notamment celles sanctifiées dans le préambule traitant du Droit du citoyen à l'information libre : En somme le droit à l'exercice de la presse indépendante au pays du Roi Mohammed VI y est inexistant : dernière victime épinglée au tableau de chasse des maîtres censeurs marocains le "Journal Hebdomadaire" du journaliste Ali Amar.
Ali Amar (en français) - http://youtu.be/x3BHrcxjhjc
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mercredi 4 août 2010
Tunisie. Sois journaliste et tais-toi
Par Clémentine Hillairet, Telquel, juillet 2010
Seul journaliste à avoir couvert les émeutes populaires de la région de Gasfa, le journaliste a été accusé par les autorités de faire partie d’un “groupe criminel”.Un reportage sur des émeutes populaires a conduit
le journaliste Fahem Boukadous en prison. Un cas malheureusement pas isolé dans un pays où les médias publics et privés sont contrôlés par l’Etat.
“Il va en prison comme il s’en va-t-en guerre”, écrit Taoufik Ben Brik à propos de Fahem Boukadous. Sans se connaître réellement, ces deux-là ont énormément en commun. Ils ont tous deux été arrêtés par les autorités tunisiennes et emprisonnés. Leur unique tort : celui d’êtrejournalistes.
Le premier, Taoufik Ben Brik, est sorti de ses geôles en avril, après avoir purgé une peine de six mois de prison pour “coups et blessures volontaires, dégradation des biens d'autrui et atteinte aux bonnes mœurs”. A l’origine de cet embastillement, la plainte d'une femme qui l'accusait d'avoir embouti sa voiture puis de l'avoir frappée et insultée. Une affaire aux allures de machination destinée à intimider le journaliste, qui avait eu le malheur de publier dans les médias français des écrits satiriques visant le président tunisien. Quant à Fahem Boukadous, il a été arrêté le 8 juillet dernier et condamné à quatre ans de prison pour avoir “diffusé des informations et constitué une entente criminelle susceptibles de porter atteinte aux personnes et aux biens”. Selon son avocate Radia Nasraoui, le verdict a été rendu illégalement, le 6 juillet dernier. Un jugement unilatéral et expéditif, sans accusé, ni plaidoirie. Pendant ce temps en effet, Fahem Boukadous était hospitalisé à Sousse suite à de graves crises d’asthme. “Mon transfert en prison signifie ma mort”, a déclaré le journaliste qui souffre d’insuffisance respiratoire depuis une vingtaine d’années et dont la santé risque de se dégrader s’il ne reçoit pas de soins.On ne badine pas avec le pouvoir
L’histoire remonte à 2008. A l’époque, Fahem Boukadous, journaliste indépendant pour la chaîne satellitaire Al-Hiwar Ettounsi, filme les manifestations populaires dans la région de Gasfa, une région fortement marquée par le chômage. La Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) vient de publier les résultats d’un concours d’embauche. La population, jugeant ces résultats frauduleux, se soulève contre l’absence de travail et la corruption. Bref, contre l’Etat tunisien. La répression est sanglante, trois jeunes manifestants sont tués. Fahem Boukadous est le seul journaliste à couvrir les événements. Ses reportages sont diffusés à l’étranger et sur les sites de partage Youtube et Dailymotion, censurés en Tunisie.
Pour les autorités tunisiennes, Fahem Boukadous ne serait pas un journaliste mais ferait partie d’ “un groupe criminel ayant endommagé des bâtiments publics et privés” et causé des “blessures sérieuses à des officiers”. A la fin de l’année, “le procès des 38” manifestants accusés est ouvert. Parmi eux, 33 sont condamnés pour “entente criminelle en vue de commettre des attentats contre les personnes et les biens, et rébellion armée commise par plus de dix personnes”. Boukadous est quant à lui condamné en première instance à six ans de prison. Après de nombreux appels et reports de procès, il a donc récemment écopé de quatre ans fermes.
Jugements en série
Le cas de Fahem Boukadous n’est malheureusement pas isolé. Le 4 août prochain, ce sera au tour du journaliste Mouldi Zouabi, reporter à Radio Kalima, d’être jugé. Alors qu’il avait porté plainte contre un proche des services de police pour agression, c’est finalement lui qu’on accuse de “violences aggravées et injures publiques”. Récemment, une journaliste tunisienne a également été agressée dans la ville française de Nantes par des policiers tunisiens en civil, le 1er juillet dernier. A son retour en Tunisie, elle a subi une “fouille corporelle humiliante”. Enfin, le journaliste Zouhair Makhlouf a été condamné le 1er
décembre 2009 à trois mois de prison et 6200 dinars (32 000 dirhams) de dommage et intérêts pour “avoir nui à un tiers au moyen d’un réseau public de télécommunication”. Une sanction forte pour avoir réalisé un reportage sur les conditions de travail dans la zone industrielle de Nabeul.Les ONG, quant à elles, s’insurgent contre ce régime liberticide, à l’instar d’Amnesty International qui vient de publier un rapport au vitriol. Intitulé Des voix indépendantes réduites au silence, il dénonce la dangerosité du pays pour les défenseurs des droits de l'Homme.
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samedi 31 octobre 2009
Que se passe-t-il au Maroc ?
par Taoufik Bouachrine, 30/10/2009
Bakchich ouvre ses colonnes à Taoufik Bouachrine et Khalid Gueddar. Rédacteur en chef et caricaturiste du journal "Akhar Al Yaoum", ils passent ce vendredi devant la justice marocaine. Et risquent la prison, pour un dessin.
Plus d’un mois et trois jours se sont écoulés depuis la disparition forcée du quotidien "Akhbar Al Yaoum" des kiosques. Plus de 33 jours que nous crions notre refus de l’injustice subie par notre entreprise, sans qu’aucune oreille sage ne daigne nous écouter ou nous rétablir dans notre droit…
Nous avons frappé à la porte de la justice administrative, et nous avons dit à ses juges : « Excellences, le local du journal est scellé en violation de la loi, le Premier ministre n’a pas le droit d’interdire une publication, seule la justice est habilitée à prendre une telle décision, en supposant qu’une interdiction pure et dure puisse encore être monnaie courante dans les mœurs de l’édition au 21e siècle… ». Mais la misérable justice n’a pas statué sur l’affaire, elle a renvoyé notre requête, nous signifiant implicitement qu’elle n’était pas habilitée à instruire de tels dossiers.
Nous nous sommes ainsi tournés vers les décideurs, qui ont fait montre d’une gêne certaine à répondre à nos questions. Nous leur avons dit : « Messieurs, si la caricature, objet de tout ce tapage, est si dangereuse et si coupable que vous le prétendez, sachez que nous sommes poursuivis en justice à son sujet. Deux dossiers plombés ont même été ouverts contre Akhbar Al Yaoum à ce propos, l’exposant, pour chacun, à des peines d’emprisonnement et à de lourdes amendes. Pourquoi ne respectez-vous donc pas cette justice dont vous ne cessez de marteler qu’elle doit être réformée ? Pourquoi ne la laissez-vous pas dire son mot, même si c’est une justice aux ordres, partiale et faible ? Peut-il y avoir sentence et sanction en dehors des textes de loi ? » La réponse est malheureusement oui.
Certains « décideurs » nous ont dit que le Makhzen était en colère contre la presse indépendante, que notre journal était un bouc émissaire, sacrifié sur l’autel de sa colère pour faire parvenir un message fort aux journalistes. Le Makhzen voudrait ainsi tuer ab ovo les velléités de ceux qui refusent d’admettre que l’Etat soit réfractaire à toute presse libre, n’ayant comme limite que la loi et l’exercice journalistique tel qu’il existe traditionnellement dans les pays précurseurs en matière de liberté d’expression… Nous leur avons répondu qu’il faudrait alors échanger les lois actuelles contre d’autres importées des anciens régimes communistes qui ne permettent qu’un parti unique, un journal unique, un leader unique, une pensée unique, et une version unique…
L’autoritarisme, une preuve de faiblesse
Messieurs, jeter les journalistes en prison, fermer les journaux et terroriser les plumes n’est ni une solution, ni un gage de pouvoir. Ce n’est qu’un indicateur de faiblesse et de confusion. Ce n’est que la preuve éclatante du mépris des lois, de l’histoire du pays et des slogans de réconciliation, de transition et de modernité… Ne vous cachez pas derrière des arguments mous, tels que la "déontologie", les spécificités du pays et les sensibilités du pouvoir, pour camoufler les tendances autocratiques qui sévissent dans les appareils de l’Etat. L’impotence du gouvernement, l’avachissement des partis politiques, la mort des syndicats et la lâcheté des élites ne devraient pas être perçus par le pouvoir comme un "laissez-passer" vers plus d’autoritarisme. En réalité, la faiblesse des institutions et l’effritement de l’opposition sont avant tout une menace pour le pouvoir, car le vide masque souvent les réalités les plus fatales pour l’avenir de notre pays.
Akhbar Al Yaoum, Messieurs, est un journal indépendant, qui vit sur ses ventes et sur les quelques subventions qu’il n’obtient qu’avec la plus grande peine. Il ne possède ni l’appui d’un parti, ni celui d’une entreprise, ni celui d’une personnalité influente ou pas. "Akhbar Al Yaoum" vit de son professionnalisme et de la crédibilité de ses équipes, qui rêvaient d’un journal intelligent et percutant, capable de réussir sans verser dans le populisme, capable de durer sans compromis avec qui que ce soit, et sans négocier la ligne éditoriale en fonction de ce qui est toléré par le makhzen aujourd’hui. C’est notre unique tort…
Nous avons présenté nos excuses au prince Mouley Ismaïl lorsque nous avons senti qu’il avait perçu le dessin de presse comme une atteinte à sa personne. Ce dessin, les ennemis de la liberté de presse au Maroc se sont empressés de lui donner des significations et relents qui ne nous ont même pas traversé l’esprit. Nous sommes conscients que ce tollé ne peut nullement être provoqué par un « dessin candide », mais qu’il est l’augure d’un « dessein » qui lui, n’a rien d’innocent. Il s’agit de redessiner les limites de la liberté de presse au Maroc, pour lui délimiter un espace encore plus étroit que celui où se sont exprimées les plumes « irrévérencieuses » lors de ces dix dernières années. C’est cela le vrai objectif.
Une question d’honneur
Quant au reste, le régime ne fait pas dans la dentelle. Le plus gênant dans cette nouvelle « campagne d’assainissement » qui sévit contre la presse libre ces jours-ci, n’est pas le comportement de l’Etat, qui a démontré à quel point il pouvait avoir du mépris pour la loi, la justice et les droits des Marocains. Non, le plus déplorable, c’est que tous les journalistes et les éditeurs de presse tombent sous le joug de l’effroi, et que l’« honneur » du métier en pâtisse. Cet honneur, qui devrait pousser toute honnête plume à défendre la liberté d’expression et le respect de la loi, même lorsque son détenteur ne partage pas les mêmes opinions que le confrère atteint dans ses droits, ne jouit d’aucune considération chez certains de nos confrères, qui n’ont pas hésité à nous achever de sang froid. Quant aux partis qui ont émis des communiqués nous condamnant avant même que la justice n’ait dit son mot, nous ne leur en ferons même pas le reproche, car face à son maître, l’esclave ne peut être maître de soi…
Lecteurs, nous sommes aujourd’hui jugés pour offense au drapeau marocain, nous qui défendons les intérêts de notre pays tous les matins face aux voleurs de l’argent public qui sabotent l’image du Maroc sur le plan national et à l’étranger… Il s’agit avant tout d’une offense à l’intelligence des Marocains !
Le point de vue de Khalid Gueddar
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mercredi 28 octobre 2009
Grappe de dates noires pour la presse marocaine
Par Catherine Graciet , Bakchich, 28/10/2009
Depuis l’été, les autorités marocaines se déchaînent contre la presse indépendante du royaume. Chronologie de ces derniers jours.A force de vouloir museler la presse indépendante, les autorités du royaume du Maroc ne savent plus où donner de la tête et tapent tous azimuts. Bakchich vous propose une chronologie édifiante de cette vague de répression inédite.
Mardi 27 octobre :
Reporters sans Frontières (RSF) organise dans des conditions difficiles une conférence de presse au Maroc où le secrétaire général de l’Ong, Jean-François Julliard, et la responsable Maghreb, Soazig Dollet, se sont rendus spécialement. Objectif selon les déclarations de J.F. Julliard à l’AFP : exprimer la solidarité de RSF avec la presse marocaine, les médias marocains et les journalistes marocains condamnés ces derniers mois par des tribunaux marocains. Reporters sans Frontière a également annoncé qu’elle allait « saisir officiellement Hillary Clinton qui va venir la semaine prochaine au Maroc, pour qu’elle parle de cette question de la liberté de la presse, pour qu’elle évoque les difficultés et le manque de pluralisme de l’information aujourd’hui au Maroc ». La secrétaire d’Etat américaine est en effet attendue au royaume les 2 et 3 novembre prochains pour participer au Forum pour le futur à Marrakech.
Lundi 26 octobre 2009 :
Le quotidien espagnol El Pais annonce qu’il n’a pas été diffusé au Maroc la veille. En cause : la publication de caricatures de la famille royale qui ont fâché le ministère de l’Intérieur ainsi que le Palais. Il s’agissait en l’occurrence d’un dessin du caricaturiste Plantu publié par le quotidien Le Monde dont les éditions des 22,23 et 24 octobre ont, elles aussi, purement et simplement été interdites au Maroc, ainsi que d’un dessin de notre ami et collaborateur Khalid Gueddar qui représente le prince Moulay Ismaïl.
Dans le procès du caricaturiste Khalid Gueddar et du directeur du journal Akhbar Al Youm, Taoufik Bouachrine, la justice marocaine annonce qu’elle rendra son verdict le 30 octobre prochain. Les deux hommes sont poursuivis pour « offense au drapeau national » suite à la publication le 26 septembre d’une caricature montrant le prince Moulay Ismaïl sur fond de drapeau marocain. Dans son réquisitoire, le parquet de Casablanca a requis l’application de la loi, soit une peine de prison ferme de six mois à trois ans. Le journal Akhbar Al Youm a, lui, été fermé de force par les autorités qui n’ont pas attendu une décision de justice. La situation est hautement périlleuse pour Khalid Gueddar et Taoufik Bouachrine qui comparaîtront de nouveau le 30 octobre devant la justice. Cette fois, c’est le prince Moulay Ismaïl qui a porté plainte pour « manquement au respect dû à la famille royale ». Une peine passible de trois à cinq ans de prison au Maroc.
Toujours le lundi 26 octobre, deux journalistes ont été condamnés à de la prison avec sursis pour avoir, selon la version officielle, publié une « fausse information » sur la santé du roi Mohammed VI. Ainsi, le directeur du quotidien Al Jarida Al Oula, Ali Anouzla, a été condamné à un an de prison avec sursis et à 885 euros d’amende et la journaliste Bouchra Eddou à trois mois avec sursis et à 455 euros d’amende. A la suite d’un communiqué du Palais royal annonçant que Mohammed VI était en arrêt maladie pour cinq jours à cause d’une « infection à rotavirus avec signes digestifs et déshydratation aigüe », Al Jarida Al Oula avait publié un article intitulé « la maladie du roi reporte les causeries religieuses et son déplacement à Casablanca ». Les deux journalistes ont bien sûr fait appel de leur condamnation et estiment devoir être acquittés.
24 octobre 2009 :
Pour le troisième jour consécutif, les autorités marocaines bloquent la diffusion au royaume du quotidien français Le Monde en raison de caricatures représentant des membres de la famille royale. C’est notamment le cas d’un dessin du caricaturiste Plantu qui vise à soutenir Khalid Gueddar. Le ministre de la Communication du Maroc, Khalid Naciri, déclare dans la foulée : « Nous ne pouvons accepter ce qui est une atteinte directe à nos sentiments, une démarche présentant le Maroc comme un pays liberticide ». No comment.
22 octobre 2009 :
Bakchich et Reporters sans Frontières organisent un rassemblement devant l’ambassade du Maroc à Paris pour soutenir le caricaturiste Khalid Gueddar ainsi que tous les journalistes marocains qui sont harcelés et qui comparaissent devant les tribunaux. Une centaine de manifestants ont fait le déplacement. Pour Bakchich, les autorités marocaines font notamment payer à Khalid la BD sur la vie du roi Mohammed VI que le caricaturiste a publié sur notre site web.
18 octobre 2009 :
Le Journal Hebdomadaire a été condamné a payer une amende de 250 000 euros de dommages et intérêts pour « diffamation » dans le cadre d’un vieux procès qui remonte à 2006. Dans la foulée, les comptes bancaires de cette publication phare aujourd’hui menacée de disparition ont été saisis. Les autorités et notamment le Palais royal n’ont pas apprécié que le journaliste et éditorialiste Aboubakr Jamaï qui dirigeait Le Journal Hebdomadaire en 2006 reprenne du service au travers d’éditoriaux et d’articles sans concessions.
15 octobre 2009 :
Stupéfaction et consternement. Le directeur de l’hebdomadaire Al Michaâl, Idriss Chahtane, est condamné à un an de prison ferme et incarcéré à la prison de Rabat-Salé. Deux journalistes de ce magazine, Rachid Mhamid et Mustapha Hirane, écopent de trois mois de prison ferme mais sont laissés en liberté dans l’attente de leur procès en appel. Leur crime : des articles sur la santé du roi Mohammed VI que les autorités n’ont pas acceptés.
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REPORTERS SANS FRONTIERES : COMMUNIQUE DE PRESSE
Conférence de presse de Reporters sans frontières à Casablanca en solidarité avec la presse marocaine
Reporters sans frontières a tenu, aujourd'hui, une conférence de presse à Casablanca. Malgré l'autorisation expresse du ministre de la Communication, Khalid Naciri, la conférence de presse n'a pu se tenir dans une salle de l’hôtel Royal Al-Mansour, comme prévu. La conférence s’est donc déroulée de manière improvisée dans le hall de l'hôtel en présence de nombreux journalistes marocains et étrangers.
"Reporters sans frontières est venue exprimer son soutien aux journalistes marocains qui subissent aujourd'hui une avalanche de procès et manifester sa solidarité avec Idriss Chahtane, directeur de publication du journal Al-Michaal, aujourd’hui en prison. Le fait que cette conférence n'ait pas pu se dérouler normalement montre bien les crispations des autorités et l’aspect sensible de cette situation. En effet, le ministre de la Communication s'est estimé floué par le dernier classement mondial de Reporters sans frontières et par ses communiqués de presse. Il n’a pas voulu nous recevoir", a déclaré Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières.
Avant d’ajouter : "Malgré ces tensions, notre organisation est prête à proposer des solutions pour une réforme du code de la presse, grâce à la mobilisation du pôle juridique récemment constitué par Reporters Sans Frontières. Nous mobiliserons notre réseau d'avocats en faveur des journalistes marocains, en France, en Europe et ailleurs pour assister aux procès et défendre les professionnels des médias condamnés. Nous comptons saisir officiellement Hillary Clinton avant sa première visite officielle au Maroc, au Forum pour l’avenir à Marrakech, les 2 et 3 novembre, pour évoquer les difficultés et le manque de pluralisme de l’information au Maroc."
Mis en place par l’administration américaine précédente en 2004, le Forum pour l’avenir a pour objectif de promouvoir la "démocratisation" dans la région "Grand Moyen-Orient".
Dans la foulée, Jean-François Julliard a rencontré des journalistes et des responsables de médias touchés par la récente vague de procès et de sanctions.
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