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samedi 11 juillet 2015

Maroc: le caricaturiste qui ne rigole plus, la liberté de la presse en danger

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Le caricaturiste Khalid Gueddar.... (PHOTO ABDELHAK SENNA, ARCHIVES AFP)
Le caricaturiste Khalid Gueddar.
PHOTO ABDELHAK SENNA, ARCHIVES AFP

Judith Lachapelle
Ma Presse
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Khalid Gueddar ne rigole plus. Alors qu'il s'apprêtait à lancer un nouveau magazine satirique au Maroc, le caricaturiste a été condamné, la semaine dernière, à trois mois de prison ferme pour une histoire qu'il croyait oubliée.
Une nouvelle qui tombe au moment où plusieurs autres journalistes marocains sont visés par des décisions judiciaires qui minent leur liberté d'expression, accusent les défenseurs des droits de l'homme.
Pour Khalid Gueddar, joint par La Presse mercredi au Maroc, il n'y a pas de hasard. «Ils n'ont rien d'autre pour me coincer», dit-il. En 2012, il avait été accusé d'avoir été en état d'ébriété sur la voie publique, ce qu'il avait toujours contesté. Trois ans plus tard - c'est-à-dire la semaine dernière -, ses avocats et lui ont appris «sans avoir reçu de citation à comparaître», dit-il, qu'il avait été condamné à trois mois de prison ferme. Il a déjà fait savoir qu'il ne ferait pas appel de la décision parce qu'il ne fait pas confiance à la justice de son pays.
«Je considère que tout ça, c'est une guerre contre les journalistes de ce pays qui gueulent pour dire que la liberté d'expression est en danger», dit Khalid Gueddar, qui a aiguisé ses crayons en travaillant avec l'équipe de Charlie Hebdo il y a quelques années.
Youssef Raïssouni, de l'Association marocaine des droits humains, dit constater une «régression dans la situation des droits de l'homme au Maroc». «On est dans une atmosphère caractérisée par une répression de la presse indépendante et de la presse engagée», observe l'homme, joint cette semaine à Rabat.
«Ces journalistes ne cessent de critiquer les autorités. Ils dérangent beaucoup», dit M. Raïssouni, soulignant que même son association n'a plus le droit d'organiser des événements publics.
Khalid Gueddar n'est pas le seul journaliste à avoir eu affaire à la justice marocaine depuis un mois. Le directeur d'un journal arabophone en ligne (goud.ma) a été accusé de diffamation et condamné en juin à payer 500 000 dinars (70 000$ CAN) au secrétaire du roi. La semaine dernière, un autre directeur de journal a dû verser l'équivalent de 14 000$ CAN à la police en plus d'écoper de quatre mois de prison après avoir publié des informations sur la mort d'un militant politique dans un commissariat de police d'Al Hoceïma.

Grève de la faim
Par ailleurs, le journaliste Ali Lmrabet s'est rendu en Suisse et a entamé une grève de la faim le 24 juin devant l'ONU pour protester contre le refus du Maroc de renouveler ses papiers d'identité officiels, essentiels pour récupérer sa licence de journaliste. Ali Lmrabet avait été interdit de journalisme pendant 10 ans en 2005 et comptait célébrer son retour en lançant le magazine satirique avec Gueddar. Le Maroc considère que M. Lmrabet ne vit pas avec son père à Tétouan (en sol marocain) comme il le clame, mais plutôt en Espagne, avec sa femme et ses enfants.
Le lancement du magazine est donc compromis, et Khalid Gueddar lui-même ne sait pas s'il doit s'attendre à voir les policiers débarquer chez lui pour l'emmener en prison. «Je suis là, je reste chez moi. S'ils viennent, je leur souhaiterai la bienvenue!»

dimanche 5 juillet 2015

Maroc : Le caricaturiste Khalid Gueddar condamné à trois mois de prison ferme

Par Mohammed Jaabouk, 5/7/2015 
Khalid Gueddar / Ph. Yassine Touimi
 
La cour d’appel de Kenitra a condamné, vendredi, le caricaturiste Khalid Gueddar à trois mois de prison ferme pour « état d’ébriété sur la voie publique » et « atteinte à un corps constitué », en l’occurrence des policiers. Cette affaire remonte au 26 mai 2012.

Le verdict de l’incarcération était prévisible. Khalid était, par ailleurs, sous le coup d'une condamnation de trois ans de prison avec sursis prononcée contre lui en février 2010, pour « outrage au drapeau national » et « manque de respect dû au Prince ».

Ce verdict clot une mauvaise semaine pour les professionnels des médias. Lundi, le tribunal de Casablanca a prononcé contre Hamid Mahdaoui, le directeur de publication du site badil.info, quatre mois de prison avec suris et une amende de 100.000 dh au profit de la Direction générale de la sûreté nationale (DGSN).


Copyright Yabiladi.com

http://yabiladi.com/articles/details/37205/maroc-caricaturiste-khalid-gueddar-condamne.html
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Radi Omar avec Khalid Gueddar

Suite à sa condamnation, en première instance, à trois mois de prison ferme, le caricaturiste Khalid Gueddar a décidé de ne pas se présenter devant le juge de la Cour d'appel pour la suite du procès. Ci-après le communiqué avec les explications :

======= COMMUNIQUÉ ========
Tout d’abord, je tiens à remercier toutes celles et tous ceux qui ont m’ont exprimé leur solidarité et leur soutien.

C’est par hasard que j’ai appris la nouvelle de ma condamnation à trois mois de prison ferme par le tribunal de première instance de Kenitra. Ni mes avocats ni moi n’avons été notifiés de la condamnation. Pire, aucune citation à comparaître ne m’a été adressée par ce tribunal.

J’ai en effet assisté à deux séances du procès qui avait démarré en 2012. J’ai par la suite décidé de ne plus me présenter devant le juge du tribunal. L’affaire a été reportée.

Trois ans se sont écoulés, et voilà qu’ils dépoussièrent le dossier. Je ne me fais aucune illusion quant à cette affaire : cette condamnation vise ma liberté d’expression. Elle tombe au moment où mes collègues Ali Lmrabet, Ahmed Senoussi et moi-même nous apprêtons à lancer un nouveau magazine satirique. Tant attendu par notre équipe, ce magazine allait marquer un nouveau départ pour mon collègue et ami Ali Lmrabet dans la presse papier, après que sa condamnation à l’interdiction d’exercer le journalisme pendant 10 ans (2005-2015) a pris fin.
Aussi, ce magazine offrira un espace de liberté à mon ami et collègue l’humoriste Ahmed Senoussi (Bziz), interdit de toutes les scènes et tribunes du pays.

Tout de suite après l’annonce du lancement de ce magazine, les autorités marocaines ont décidé de priver Ali Lmrabet de ses papiers qui lui permettront de renouveler sa pièce d’identité, et ainsi déposer le dossier légal du nouveau média. Aujourd’hui, il poursuit sa grève de la faim qu’il a entamée il y a quelques jours à Genève.

Ce n’est plus un secret : le régime marocain a peur de l’humour et du journalisme professionnel, et son animosité à l’encontre des journalistes prend de l’ampleur jours après jour.

Considérant qu’il n’y a aucune justice au Maroc, surtout pas dans les tribunaux, je déclare aujourd’hui que ne me présenterai pas aux séances du procès en appel, qui démarrera ce mercredi 15 juillet.

Qu’ils me jugent comme ils le souhaitent. Ils ne m’ôteront jamais ma liberté.

Khalid Gueddar
Dessinateur de presse
Dimanche 6 juillet 2015.

Pourquoi Khalid Gueddar ne doit pas se présenter devant le tribunal


7/7/2015

Khalid Gueddar.
Khalid Gueddar.

Le caricaturiste Khalid Gueddar, qui fait partie du projet pour le lancement d’un hebdomadaire satirique avec l’humoriste marocain Ahmed Snoussi, « Bziz », et moi-même, a été condamné à trois mois de prison ferme pour s’être trouvé en « état d’ébriété » dans une rue de Kénitra.

Khalid Gueddar nie cette accusation.
Notre ami Khalid Gueddar a annoncé qu’il ne se rendrait pas au tribunal pour une affaire qui a été fabriquée de toutes pièces, qui date d’il y a trois ans et qui a été, comme par hasard, ressortie maintenant pour être traitée par une « justice » marocaine largement discréditée dans l’opinion publique.
Pourquoi la décision de Khalid de ne pas se rendre au tribunal est la plus logique, la plus juste ?
Parce que la « justice » marocaine est totalement inféodée au pouvoir politique qui ne se cache même pas pour le reconnaitre.
Deux cas concrets précis vont vous en convaincre.

L’affaire Serfaty : En 1991, après la décision du roi Hassan II de déclarer Abraham Serfaty « citoyen brésilien » et de l’expulser du pays, son avocat Me Abderrahim Berrada déposa plusieurs plaintes auprès des tribunaux marocains. Toutes rejetées. Evidemment. Et quand l’affaire arriva au Tribunal suprême, celui-ci pria le ministère de l’intérieur, dirigé à l’époque par Driss Basri, d’apporter ses preuves. Basri ne daigna même pas répondre, mais il menaça les juges au cas où ils « ne feraient pas bien leur travail ». C’est Basri lui-même, chez lui, dans son exil douillet du 16ème arrondissement de Paris quelques mois avant sa mort, qui me l’a raconté. « Raison d’Etat », s’est-il justifié dans un enregistrement.
Le haut tribunal déclara alors qu’Abraham Serfaty n’était pas marocain.
Or, quelques années plus tard, en dépit de cette sentence dite définitive, le roi Mohamed VI, par fait du prince, rétablissait Serfaty dans sa nationalité marocaine. Comme si de rien n’était.
Et le Tribunal suprême ? Il accepta le verdict royal sans rechigner.

Procès Nadia Yassine :  Quand en 2005, la chambre criminelle de première instance de Rabat qui devait juger l’un des porte-parole d’alors du principal mouvement islamiste marocain «Justice et spiritualité», Nadia Yassine, et le directeur du journal Al Ousbouaayâ Al Jadida, a reporté sine die le procès, on a pensé dans un premier temps qu’il s’agissait d’un simple report de quelques jours ou quelques semaines.
Mme Yassine était poursuivie par le parquet  pour avoir affiché ses convictions républicaines et prophétisé la chute imminente de la «maison» royale marocaine.
Mais depuis 2005 le tribunal ajourne automatiquement ce procès. Ce qui en fait le procès le plus long de l’histoire récente de l’humanité.
Connaissez-vous un seul procès qui a duré dix ans?
C’est pour cette raison que Khalid a raison de ne pas perdre son temps en se rendant devant un tribunal qui a sûrement déjà reçu ses instructions pour le condamner.
La preuve. Tous les procès intentés au Maroc par le régime, ou ses affidés, contre des journalistes ont été remportés par le régime et ses comparses.
Par contre toutes les actions en justice intentées par ce même régime contre des journalistes à l’étranger ont été perdues par Rabat. En dépit des sommes faramineuses gaspillées pour gagner ces procès.
Les journalistes José-Luis Gutiérrez, Ali Lmrabet, Ignacio Cembrero et Ahmed Réda Benchemsi ont ainsi tous gagné leurs procès, que ce soit à Madrid ou à Paris.
Cherchez l’erreur !
Enfin, pour ceux qui nous invitent à déposer plainte contre l’Etat marocain à chaque fois que nos droits civiques sont violés, il faut savoir que si le Maroc a ratifié le « Pacte international relatif aux droits civils et politiques », qui comprend les droits et libertés classiques qui protègent les particuliers contre les ingérences de l’État, comme le droit à la vie, l’interdiction de la torture, de l’esclavage et du travail forcé, le droit à la liberté, etc., il n’a pas voulu ratifier le protocole facultatif qui permet à des particuliers, c’est-à-dire vous et moi, de déposer des « communications » (plaintes) individuelles au sujet du respect du Pacte par les États qui ont ratifié ce protocole additionnel.
C’est-à-dire quoi ? C’est-à-dire qu’un Marocain qui se verrait privé arbitrairement d’un droit fondamental par son État ne peut pas se diriger à l’ONU pour obtenir gain de cause.
C’est au moins clair.
Ali Lmrabet
Pour lire l’interview de Khalid Gueddar sur rue89nouvelobs après son arrestation en 2012, cliquez ici.

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Khalid Gueddar / Mon ami ... On veut ta peau !
Maroc / État voyou...
Dans la foulée du déni de justice et de la déliquescence de cet État voyou dirigé par les prédateurs et les pirates qui pillent le peuple et le pays, exercés sur Ali Lmrabet, le célèbre journaliste de "Demain", voilà qu'on s'attaque au caricaturiste le plus original, Khalid Gueddar... jugé pour 3 mois de prison pour avoir été surpris en état d'ébriété...
Certainement que le Juge qui l'a condamné, était bel et bien bourré !!!







vendredi 7 septembre 2012

Khalid Gueddar ne s’est pas présenté à son procès, et il a raison

Par Demain, 6/9/2012

Rabat.- Le caricaturiste Khalid Gueddar ne s’est pas présenté cette semaine à son procès. Il a fait faux bond au tribunal qui devait le juger pour une sombre affaire d’arrestation « en état d’ébriété »  selon les autorités (au pays du commandeur des croyants » vendant de l’alcool à ses sujets dans ses supermarchés, elle est marrante cette accusation…), alors que l’intéressé réfute cette accusation et affirme qu’il n’avait pas bu cette nuit et que cette histoire relève d’un complot du Makhzen pour saborder le lancement de son site Baboubi.com
Dans un billet publié sur son site, il explique les raisons qui l’ont poussé à ne pas se rendre au tribunal. Procès truqués, juges corrompus et justice aux ordres, le dessinateur donne un large éventail des maux qui frappent notre justice.
Khalid a raison de ne pas se rendre devant ce tribunal. Boycotter cette « institution » dont les Marocains se méfient est un acte citoyen qui devrait être suivi par d’autres.
La sentence de Khalid Gueddar ? Les gens d’en haut la connaissent avant le juge parce que c’est eux qui la lui ont dictée.
Alors pourquoi perdre son temps dans une parodie de justice ? Quand la justice marocaine sera enfin indépendante, prévenez-nous SVP !

samedi 2 juin 2012

Au Maroc, un coup de crayon de Khalid Gueddar lui vaut encore la prison

 Par Xavier Monnier? Bakchich»médias» 26/05/2012 

 L'ancien dessinateur de Bakchich Khalid Gueddar a été de nouveau arrêté samedi matin au Maroc. Il attend son jugement pour ce dimanche. 
Sa très précieuse et gracieuse Majesté Mohammed VI a été le premier chef d’État reçu à l’Élysée par le nouvel occupant des lieux François Hollande. 
 
Une visite privée ce week end à Paris, assortie d'une rencontre informelle. A cette occasion, il n'est pas sûr que les discussions se soient trop appesanties sur la démocratie marocaine. Pourtant, la défense des libertés demeure un combat quotidien dans le royaume chérifien. En particulier la liberté d'expression. Bakchich a eu à en faire l'amère expérience, quand Khalid Gueddar, l'un de nos dessinateurs, a été enfermé au Maroc puis jugé et condamné à 3 ans de prison avec sursis et 270 000 euros d'amende en 2009. Etait alors officiellement reproché à Khalid d'oser caricaturer les membres de la famille royale, dont le roi, commandeur des croyants. La bande dessinée Mohammed VI, le roi qui ne voulait plus être roi, a également beaucoup agacé le Makhzen. Malgré l'acharnement judiciaire, Khalid n'a jamais renoncé à son art, ni au journalisme, qu'il exerce dans divers journaux marocains depuis 2011.

mardi 31 mai 2011

Au Maroc, la presse indépendante renaît sur le Net

Par Ali Amar, Slate, 31/5/2011

Le foisonnement de la presse libre a marqué le «printemps marocain» des années 2000. Dix ans plus tard, la Toile lui redonne une seconde vie grâce au souffle libérateur des révolutions arabes.

Les médias publics marocains demandent de plus grandes libertés, by Magharebia/Siham Ali via Flickr CC

Si au Maroc le vent du changement souffle moins fort que les bourrasques qui ont balayé les dictatures tunisienne et égyptienne, il n’en demeure pas moins que la soif de liberté et de démocratie est bien réelle. Elle se manifeste depuis longtemps par le foisonnement de la vie associative —souvent réprimée d’ailleurs—, par une libération de la parole dans de nouvelles agoras dont Internet, par une nouvelle scène artistique qui en dix ans est sortie de la confidentialité, mais aussi et surtout par la vigueur d’une presse indépendante qui a brisé bien des tabous.

Cette presse, malmenée par la censure, a retrouvé une nouvelle vigueur sur le Net, comme le souligne le New York Times.

La presse indépendante des années 2000
La fermeture brutale le 27 janvier 2010 par les autorités marocaines du Journal Hebdomadaire, titre phare de la presse indépendante du royaume, avait marqué la fin d’une époque pour la liberté d’expression au Maroc. Sa mise en faillite judiciaire, masquant en réalité une mise à mort politique, avait suscité un vif émoi dans l’opinion publique.

La presse indépendante des années 2000 est née à une charnière historique que les médias occidentaux ont vite qualifiée de «printemps marocain». Au crépuscule d’un règne à la longévité exceptionnelle, Hassan II avait été contraint à cette époque de desserrer l’étau. Le contexte international de l’après-guerre froide avait fortement réduit l’indulgence du monde à son égard. A l’intérieur du pays, la contestation politique et sociale l’avait obligé à entamer des réformes, notamment en matière de droits de l’homme.

C’est dans ce contexte particulier d’interrègne que la société civile appelant à un nouveau pacte social avec la monarchie a pu être audible, sans que la répression aveugle ne s’abatte sur les contradicteurs du régime —comme par le passé.

La liberté d’expression était loin d’être acquise, mais l’espoir d’un changement était palpable. La nouvelle presse avait alors abordé des sujets encore tabous avec un ton qui tranchait radicalement avec la majorité des titres existants. Le nouveau règne de Mohammed VI devait conforter cette expérience, et la jeune presse indépendante avait parié sur une accélération de la dynamique qu’elle croyait assurée avec un pouvoir rénové. L’opinion internationale a voulu croire que la stabilité du pays s’accompagnerait d’une tempérance du régime et d’une transition démocratique en douceur.

Ce ne fut pas le cas: la liberté de la presse —marqueur essentiel d’une telle promesse— a été bien souvent malmenée, la censure ayant rapidement repris le dessus. Ainsi, des titres comme Le Journal et plus tard TelQuel, considérés comme les étendards de ce nouveau Maroc, se sont transformés au fil des ans en publications de combat avant de disparaître ou de mettre de l’eau dans leur vin pour assurer leur survie —les autorités n’ayant jamais été disposées à accepter leur liberté de ton.

Les rares défricheurs de cette période ont payé le prix cher par des interdictions à répétition et une asphyxie financière orchestrée par l’Etat. Leurs prises de position éditoriales avant-gardistes, leurs investigations au cœur du système politique, leurs révélations sur les scandales économiques, sur le retour aux pratiques liberticides des caciques du régime, sur le maintien de la "nature féodale" du pouvoir royal, leur ont valu d’être considérés comme les seuls réceptacles des voix dissonantes, au moment où la plupart des acteurs politiques et de nombreuses figures de la société civile avaient cédé aux sirènes de la cooptation.

Les germes de ce journalisme d’un genre nouveau au Maroc ont favorisé l’éclosion d’autres titres, notamment arabophones comme Al Jarida Al Oula ou Akhbar Al Yaoum, qui subiront à leur tour les foudres du Palais.

Le règne de la complaisance et du non-dit
Aujourd’hui, ces rares bastions de la presse d’investigation ont pratiquement tous disparu. La sanction économique et judiciaire est devenue le bras armé de la censure politique, ce qui rend toute entreprise de presse périlleuse. Le code de la presse est un outil de terreur, la justice se transforme volontiers en institution de représailles et l’Etat, qui a toujours recours à l’emprisonnement des journalistes, utilise des armes encore plus dissuasives pour bâillonner les médias. Des amendes colossales, l’interdiction d’exercer et un boycott publicitaire qui fait réfléchir à deux fois les patrons de presse, devenus du coup plus rétifs à enquêter.

A quelques rares exceptions, c’est le règne de la complaisance et du non-dit qui prévaut, celui aussi des petits arrangements entre hommes de pouvoir et journalistes. La moindre critique de la monarchie, de ses symboles ou de ses représentants aboutit souvent à des procès kafkaïens intentés à l’encontre des journalistes, à la mise en faillite de leurs journaux pour les faire taire ou les forcer à l’exil.

Aussi, pour assurer leur survie, la plupart des publications se gardent bien de toute liberté de ton, adoptant comme charte éditoriale l’horizon tracé par le Palais.

Le cas du quotidien Al Massae prouve qu’il ne sert à rien de jouer sur la corde raide du populisme pour s’attirer les bonnes grâces de l’Etat. Ce quotidien arabophone, le plus diffusé au Maroc et considéré à ses débuts comme le nouveau poil à gratter des gouvernants en raison du ton racoleur de son éditorialiste, a rapidement viré sa cuti pour servir de porte-voix à la frange la plus conservatrice du pouvoir.

Il s’est systématiquement attaqué aux réformateurs et à ceux qui défendent un projet de société ouvert sur les valeurs universalistes. Homosexuels, artistes, activistes, féministes; tous ont goûté à sa plume dénonciatrice. Il est assurément le contre-exemple de ce que peut apporter la prise de parole dans un environnement politique et social prompt à enterrer le renouveau.

Enfin, conséquence d’une offensive menée par l’entourage du roi, la télévision et la radio sont plus que jamais sous le contrôle direct de l’Etat, de groupes d’intérêts liés au pouvoir, ou sommairement confinés à un rôle de divertissement. Internet est lui aussi sous haute surveillance; de nombreux blogueurs ont d’ailleurs été récemment embastillés. Résultat de cette prise en étau des médias: le royaume dégringole depuis dix ans dans les classements internationaux de la liberté de la presse.

Mohammed VI a une vision particulière de la liberté de la presse qu’il a quelques fois exprimée sans détours. Lui qui n’a jamais donné d’interview ou de conférence de presse aux médias marocains —à l’exception de reportages photos à des magazines féminins de mode— met en avant la «responsabilité» face aux «dérives». Désavouer la politique du monarque ou de son cabinet, mettre en lumière la prédation économique d'une partie de la classe dirigeante, dénoncer la pratique de la torture par les sécuritaires, fustiger la justice d’abattage, sont interprétés comme des actions subversives pour justifier les châtiments infligés à la presse.

Dans les faits, les journalistes ne doivent en aucun cas remettre en question ce que le Palais et son gouvernement définissent comme les «constantes de la nation», c’est-à-dire le caractère sacré du trône —y compris ses choix de gouvernance—, l’islam en tant que religion d’Etat, la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental et la sanctuarisation de l’appareil sécuritaire.

Quant à la sphère privée du roi, elle demeure inviolable même lorsqu’elle interfère avec la politique de l’Etat, comme l’a illustrée l’affaire tragicocasse du rotavirus royal. Pourtant, ce sont là les thèmes sur lesquels la presse a le plus à débattre. Comment dans cette situation peut-on valablement envisager qu’un journaliste qui est considéré comme un sujet de Sa Majesté puisse s’exprimer en toute liberté?

Ceux qui s’y risquent s’exposent à la "vendetta". Le plus souvent, la presse use de circonvolutions sémantiques pour faire passer ses messages. Elle se transforme alors en alibi pour l’Etat, faisant accepter l’idée qu’au Maroc les choses peuvent être exprimées malgré tout. Des sujets de société sont plus facilement abordables, participant ainsi à une perception dénaturée de ce qui peut être relaté, mais sur la nature du régime et ses affaires, les plumes se sont asséchées, faisant triompher l’autocensure.

C’est tout le paradoxe d’une société qui aspire à plus de liberté malgré le poids des conservatismes et d’un pouvoir qui ne supporte pas la remise en cause de ses archaïsmes.

La renaissance par le vent contestataire
Mais avec les révolutions arabes, la presse libre a retrouvé une nouvelle vigueur sur Internet. C’est le cas par exemple de lakome.com, souvent décrit comme «un petit WikiLeaks marocain», de Goud.ma qui réunit de jeunes journalistes ayant acquis une première expérience dans les journaux censurés, mais aussi et surtout de Demain, au ton rafraîchissant du journaliste Ali Lmrabet —interdit d’exercer sa profession pour dix ans depuis 2005. Sujets dits «sensibles», caricatures —notamment celles de Khalid Gueddar— qui croquent à pleines dents une actualité politique riche en rebondissements, reportages et infos croustillantes font la joie des lecteurs.

Comme en 2000 pour les rares hebdos qui avaient à l’époque arraché leur liberté d’informer, le succès est au rendez-vous. Les commentaires sur Facebook attirent d’innombrables visiteurs; c’est un véritable phénomène de migration de l’info auquel nous assistons.

La Toile marocaine riche de blogueurs talentueux comme Larbi ou Ibn Kafka a aussi vu la naissance d’un journalisme citoyen et dissident prometteur, dont l’emblème est sans conteste le média citoyen Mamfakinch dont le mode opératoire s’inspire des fameux Anonymous —dont le rôle a été déterminant dans la chute du régime tunisien de Ben Ali.

La pérennité de telles expériences propulsées aussi par la puissance des sites de partage et des réseaux sociaux est pourtant précaire. Comme ailleurs, il n’existe pas au Maroc de modèle économique qui puisse assurer leur viabilité et, par conséquent, leur indépendance.

Réunis à Alicante fin avril à l’initiative de Casa Mediterraneo, une brochette de blogueurs et de cyberdissidents du pourtour méditerranéen —particulièrement ceux d’Afrique du Nord— ont échangé la même expérience, celle de voix étouffées qui parient sur Internet pour que le journalisme regagne ses lettres de noblesse.
http://www.slateafrique.com/2055/maroc-presse-libre-internet-censure-mohammed-vi

lundi 18 avril 2011

Paris : Meeting autour du mouvement du 20 février au Maroc

Khalid Gueddar
Par Ayad Ahram, ASDHOM, 18/4/2011

Le Comité Marocain de Suivi du 20 février organise un meeting à l’annexe de la bourse du travail de Paris (République), vendredi22 avril à 19h,  autour du mouvement du 20 février au Maroc.
Ibtissam Lachgar
Avec la participation de Khalid Gueddar et Ibtissam Lachgar

Voir l’affiche sur le lien suivant :
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mercredi 17 février 2010

Le Maroc met la gomme contre le caricaturiste Khalid Gueddar

Par La Rédaction de Bakchich, 17/2/2010
Notre dessinateur Khalid Gueddar, condamné en novembre dernier à trois ans de prison avec sursis pour avoir représenté un membre de la famille royale marocaine, a été interdit de quitter le territoire à l’enclave espagnole de Ceuta.

En fait, Bakchich, sa rédaction et l’ensemble des dessinateurs de France et de Navarre qui l’ont soutenu dans son combat se sont trompés. Le Royaume enchanté du Maroc adore ses dessinateurs de presse et autres caricaturistes. Et la liberté d’expression dans son ensemble. Oubliées les remises au pas des journaux, la fermeture du Journal Hebdomadaire, le titre le plus abouti du pays, les condamnations qui volent bas sur les directeurs de publication et journalistes ou encore les plumitifs cisaillés dès lors qu’ils osaient tremper leur encre dans l’entourage du roi.
Oui, oui, promis, le califat chérifien adore ses gratte-papiers. Au point qu’il ne veut plus les voir s’exporter. Et Khalid Gueddar, notre caricaturiste a pu goûter les délices de cet amour.
Sa famille fut d’abord harcelée, aux touts débuts de Bakchich.info, pour les dessins drolatique que le gribouilleux produisait sur notre site. La DST marocaine ne trouvait pas les crobards à son goût. Puis ce fut l’avalanche de procès fin 2009 contre cet amoureux de la liberté que reste Khalid.
Des attaques pour diffamation, outrage au drapeau, à la famille royale que Bakchich a largement répercuté et médiatisé au début de l’automne. Des procédures qui ont finalement abouti à une condamnation à…3 ans de prison avec sursis. Bien déjà la preuve que le pouvoir de sa Grâcieuse Majesté Mohammed VI voulait conserver ce bijou de dessineux sur son sol…
Mais il n’est d’amour que des preuves d’amour. Et le Makhzen en a encore délivré une ce 16 février. Tout spécialement pour Khalid Gueddar. A la frontière marroco-espagnole, plus précisément aux abords de l’enclave de Ceuta, le caricaturiste de Bakchich s’est vu signifier une interdiction de sortir du territoire. Impossible de poser le pied en Espagne, et aucun moyen de discuter. Ni même d’obtenir une explication sur cet empêchement.
L’amour a ses raisons que le droit ou la liberté de la presse doivent ignorer…

mardi 1 décembre 2009

Khalid Gueddar convoqué en appel


Par La Rédaction de Bakchich, 1er /12/2009
Notre ami et collaborateur Khalid Gueddar était convoqué mardi 1er décembre à 9h au tribunal d’appel de Casablanca.
Khalid a été condamné pour avoir publié dans le quotidien Akhbar al Youm un dessin représentant un cousin du roi, le prince Moulay Ismaïl, sur fond d’emblème national. Résultat : 3 millions de dirhams de dommages et intérêts à son altesse (environ 270 000 euros) solidairement avec le directeur du journal Taoufik Bouachrine. Les deux hommes ont également été condamnés à trois ans de prison avec sursis. Taoufik Bouachrine avait lui aussi fait appel.
Mais ce n’est pas tout, ils ont tous deux été condamnés à un an de prison avec sursis et à 100.000 dirhams d’amende (environ 9.000 euros) pour « outrage au drapeau ». Toujours pour le même dessin.
La cour a en outre décidé la "fermeture définitive" des locaux du journal. Il ne s’agit toutefois pas de l’interdiction du journal à proprement parler, avait précisé Taoufik Bouachrine à l’AFP.
Les deux hommes avaient annoncé sans attendre qu’ils faisaient appel de l’ensemble de leurs condamnations. Bakchich continue bien sûr de les soutenir.

dimanche 1 novembre 2009

Khalid Gueddar condamné à 3 ans de prison avec sursis


Liberté de la presse, par Catherine Graciet , Bakchich, 31/10/2009

Notre collaborateur et ami Khalid Gueddar a été condamné au Maroc à 3 ans de prison avec sursis et 270 000 euros d’amende. Idem pour le journaliste Taoufik Bouachrine. Leur crime ? Un dessin représentant le prince Moulay Ismaïl.

Dessiner un membre de la famille royale marocaine coûte très cher au Maroc. Notre ami et collaborateur Khalid Gueddar avait récemment publié dans le quotidien Akhbar al Youm un dessin représentant un cousin du roi, le prince Moulay Ismaïl, sur fond d’emblème national. Résultat : Khalid devra payer 3 millions de dirhams de dommages et intérêts à son altesse (environ 270 000 euros) solidairement avec le directeur du journal Taoufik Bouachrine. Les deux hommes sont également condamnés à trois ans de prison avec sursis.
Voici la triste issue du procès pour « manquement au respect dû à la famille royale » qui s’est tenu hier soir à Casablanca. Si Khalid et Taoufik évitent la prison ferme, il n’en reste pas moins que leur peine est lourde. Trop lourde pour un dessin.
D’autant plus qu’un peu plus tôt dans la soirée, ils ont tous deux été condamnés à un an de prison avec sursis et à 100.000 dirhams d’amende (environ 9.000 euros) pour « outrage au drapeau ». Toujours pour le même dessin.
La cour a en outre décidé la "fermeture définitive" des locaux du journal. Il ne s’agit toutefois pas de l’interdiction du journal à proprement parler, a précisé Taoufik Bouachrine à l’AFP.
Les deux hommes ont d’ores et déjà annoncé qu’ils faisaient appel de l’ensemble de leurs condamnations. Bakchich continue bien sûr de les soutenir.

samedi 31 octobre 2009

Que se passe-t-il au Maroc ?


 par Taoufik Bouachrine, 30/10/2009


Bakchich ouvre ses colonnes à Taoufik Bouachrine et Khalid Gueddar. Rédacteur en chef et caricaturiste du journal "Akhar Al Yaoum", ils passent ce vendredi devant la justice marocaine. Et risquent la prison, pour un dessin.
Plus d’un mois et trois jours se sont écoulés depuis la disparition forcée du quotidien "Akhbar Al Yaoum" des kiosques. Plus de 33 jours que nous crions notre refus de l’injustice subie par notre entreprise, sans qu’aucune oreille sage ne daigne nous écouter ou nous rétablir dans notre droit…
Nous avons frappé à la porte de la justice administrative, et nous avons dit à ses juges : « Excellences, le local du journal est scellé en violation de la loi, le Premier ministre n’a pas le droit d’interdire une publication, seule la justice est habilitée à prendre une telle décision, en supposant qu’une interdiction pure et dure puisse encore être monnaie courante dans les mœurs de l’édition au 21e siècle… ». Mais la misérable justice n’a pas statué sur l’affaire, elle a renvoyé notre requête, nous signifiant implicitement qu’elle n’était pas habilitée à instruire de tels dossiers.
Nous nous sommes ainsi tournés vers les décideurs, qui ont fait montre d’une gêne certaine à répondre à nos questions. Nous leur avons dit : « Messieurs, si la caricature, objet de tout ce tapage, est si dangereuse et si coupable que vous le prétendez, sachez que nous sommes poursuivis en justice à son sujet. Deux dossiers plombés ont même été ouverts contre Akhbar Al Yaoum à ce propos, l’exposant, pour chacun, à des peines d’emprisonnement et à de lourdes amendes. Pourquoi ne respectez-vous donc pas cette justice dont vous ne cessez de marteler qu’elle doit être réformée ? Pourquoi ne la laissez-vous pas dire son mot, même si c’est une justice aux ordres, partiale et faible ? Peut-il y avoir sentence et sanction en dehors des textes de loi ? » La réponse est malheureusement oui.

Certains « décideurs » nous ont dit que le Makhzen était en colère contre la presse indépendante, que notre journal était un bouc émissaire, sacrifié sur l’autel de sa colère pour faire parvenir un message fort aux journalistes. Le Makhzen voudrait ainsi tuer ab ovo les velléités de ceux qui refusent d’admettre que l’Etat soit réfractaire à toute presse libre, n’ayant comme limite que la loi et l’exercice journalistique tel qu’il existe traditionnellement dans les pays précurseurs en matière de liberté d’expression… Nous leur avons répondu qu’il faudrait alors échanger les lois actuelles contre d’autres importées des anciens régimes communistes qui ne permettent qu’un parti unique, un journal unique, un leader unique, une pensée unique, et une version unique…
L’autoritarisme, une preuve de faiblesse
Messieurs, jeter les journalistes en prison, fermer les journaux et terroriser les plumes n’est ni une solution, ni un gage de pouvoir. Ce n’est qu’un indicateur de faiblesse et de confusion. Ce n’est que la preuve éclatante du mépris des lois, de l’histoire du pays et des slogans de réconciliation, de transition et de modernité… Ne vous cachez pas derrière des arguments mous, tels que la "déontologie", les spécificités du pays et les sensibilités du pouvoir, pour camoufler les tendances autocratiques qui sévissent dans les appareils de l’Etat. L’impotence du gouvernement, l’avachissement des partis politiques, la mort des syndicats et la lâcheté des élites ne devraient pas être perçus par le pouvoir comme un "laissez-passer" vers plus d’autoritarisme. En réalité, la faiblesse des institutions et l’effritement de l’opposition sont avant tout une menace pour le pouvoir, car le vide masque souvent les réalités les plus fatales pour l’avenir de notre pays.
Akhbar Al Yaoum, Messieurs, est un journal indépendant, qui vit sur ses ventes et sur les quelques subventions qu’il n’obtient qu’avec la plus grande peine. Il ne possède ni l’appui d’un parti, ni celui d’une entreprise, ni celui d’une personnalité influente ou pas. "Akhbar Al Yaoum" vit de son professionnalisme et de la crédibilité de ses équipes, qui rêvaient d’un journal intelligent et percutant, capable de réussir sans verser dans le populisme, capable de durer sans compromis avec qui que ce soit, et sans négocier la ligne éditoriale en fonction de ce qui est toléré par le makhzen aujourd’hui. C’est notre unique tort…

Nous avons présenté nos excuses au prince Mouley Ismaïl lorsque nous avons senti qu’il avait perçu le dessin de presse comme une atteinte à sa personne. Ce dessin, les ennemis de la liberté de presse au Maroc se sont empressés de lui donner des significations et relents qui ne nous ont même pas traversé l’esprit. Nous sommes conscients que ce tollé ne peut nullement être provoqué par un « dessin candide », mais qu’il est l’augure d’un « dessein » qui lui, n’a rien d’innocent. Il s’agit de redessiner les limites de la liberté de presse au Maroc, pour lui délimiter un espace encore plus étroit que celui où se sont exprimées les plumes « irrévérencieuses » lors de ces dix dernières années. C’est cela le vrai objectif.
Une question d’honneur

Quant au reste, le régime ne fait pas dans la dentelle. Le plus gênant dans cette nouvelle « campagne d’assainissement » qui sévit contre la presse libre ces jours-ci, n’est pas le comportement de l’Etat, qui a démontré à quel point il pouvait avoir du mépris pour la loi, la justice et les droits des Marocains. Non, le plus déplorable, c’est que tous les journalistes et les éditeurs de presse tombent sous le joug de l’effroi, et que l’« honneur » du métier en pâtisse. Cet honneur, qui devrait pousser toute honnête plume à défendre la liberté d’expression et le respect de la loi, même lorsque son détenteur ne partage pas les mêmes opinions que le confrère atteint dans ses droits, ne jouit d’aucune considération chez certains de nos confrères, qui n’ont pas hésité à nous achever de sang froid. Quant aux partis qui ont émis des communiqués nous condamnant avant même que la justice n’ait dit son mot, nous ne leur en ferons même pas le reproche, car face à son maître, l’esclave ne peut être maître de soi…

Lecteurs, nous sommes aujourd’hui jugés pour offense au drapeau marocain, nous qui défendons les intérêts de notre pays tous les matins face aux voleurs de l’argent public qui sabotent l’image du Maroc sur le plan national et à l’étranger… Il s’agit avant tout d’une offense à l’intelligence des Marocains !
Le point de vue de Khalid Gueddar

dimanche 25 octobre 2009

Pas de prison pour un coup de crayon


Journal Hebdomadaire et le journal Akhbar Al-Youm au Maroc, risque de trois à cinq ans de prison assortis d’une amende de 270 000 euros pour… un dessin ! Les deux procès devaient avoir lieu vendredi 23 octobre (9 heures puis 13 heures à Casablanca) mais ont été une nouvelle fois reportés au lundi 26 et vendredi 30 octobre. Il fallait donc agir vite. Et bien. Reporters sans Frontières (RSF) a, avec nous, organisé le rassemblement.
11 heures. Les manifestants – une centaine de personnes – sont rassemblés devant l’ambassade du Maroc, dans le XVIème arrondissement de Paris. Des grilles empêchent de pénétrer la rue de l’ambassade. Pas grave, car pour une heure, le trottoir d’en face nous appartient. Autour des révoltés de Bakchich (une vingtaine de personnes), sont présents RSF, la Ligue des Droits de l’Homme, plusieurs associations de défense des droits de l’homme au Maroc (dont la Coordination Maghrébine des Organisations des Droits Humains et l’Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc), la Sénatrice Alima Boumediene (Verts), et d’autres citoyens. En prime, caméras, micros et stylos. Avec, entre autre, Al Jazeera, M6, France 3, RFI, et même une journaliste de la presse norvégienne !
On crie : « Liberté de la presse au Maroc ! », « Pas de prison pour Khalid », « Pas de prison pour les journalistes », « Pas de prison pour un coup de crayon ! », « M6 en bédé », et encore : « M6, si tu savais, ta justice, ta justice, M6 si tu savais, ta justice où on se la met… » Et de brandir les panneaux. Au centre, a été disposée une colonne de dessins de Khalid Gueddar, piochés dans sa bande dessinée sur Mohammed VI.
Puis une représentante de RSF et deux journalistes de Bakchich sont reçues par des conseillers de l’ambassadeur du Maroc. Les trois hommes, courtois, annoncent d’emblée qu’ils « sont là pour écouter nos doléances et faire passer le message à Rabat mais pas pour répondre à nos questions ».
Nos « doléances » ? Interroger les autorités marocaines sur le virage qu’est en train de prendre le Royaume. Alors qu’il était, depuis une dizaine d’années, l’un des pays du Maghreb les plus respectueux de la liberté de la presse, le Maroc est en train de changer de cap. Notamment en arrêtant des journalistes, dont plusieurs se sont retrouvés en prison. Ce qui est une catastrophe pour l’image de ce pays. Nous insistons ensuite sur les procès intentés à Khalid Gueddar et notre grande inquiétude quant à leur dénouement. Rappelant au passage que le journal marocain Akhbar Al-Youm, qui a publié le dessin attaqué, avait été fermé d’autorité.


Les procès de notre caricaturiste Khalid Gueddar ont été reportés à lundi et vendredi. Pour un dessin, il risque de 3 à 5 ans de prison. Un rassemblement de soutien s’est tenu jeudi devant l’ambassade du Maroc à Paris.

« C’est inadmissible ! », ajoutons-nous.
En attendant le verdict du tribunal de Casa, le combat pour Khalid et la liberté de la presse au Maroc continue. Avec le soutien de nombreux caricaturistes, journalistes, personnalités politiques, partis politiques et syndicats…


Jeudi matin à 8h45, l’équipe de Bakchich s’est retrouvée, autour de croissants tièdes et d’un café chaud, dans les locaux du journal. De façon inhabituelle, les ordinateurs sont restés éteints. Plumes, feutres, cartons et dessins en main, les uns scotchent, écrivent et colorient, tandis que les autres réfléchissent aux slogans. Dans une saine agitation. But de la manœuvre, réussir le mieux possible le rassemblement de soutien à Khalid Gueddar. Notre caricaturiste, également dessinateur pour le

mercredi 21 octobre 2009

A Paris, manifestation pour défendre la liberté de la presse


Par Catherine Graciet, 21/10/2009
La liberté de la presse bafouée au Maroc

Le caricaturiste de Bakchich Khalid Gueddar sera jugé au Maroc vendredi pour un dessin représentant le prince Moulay Ismaïl. Il risque entre 3 et 5 ans de prison. Manifestation jeudi à 11h devant l’ambassade du Maroc à Paris.
Il sera jugé vendredi 23 octobre pour « outrage à l’emblème du royaume », en l’occurrence le drapeau marocain, et pour « manquement au respect dû à la famille royale ». Initialement prévu lundi 19, le premier procès vient d’être reporté de quatre jours.
UN RASSEMBLEMENT EN SOUTIEN À KHALID GUEDDAR – ET PLUS GÉNÉRALEMENT POUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE AU MAROC – EST PRÉVU JEUDI 22 OCTOBRE À 11 HEURES DEVANT L’AMBASSADE DU MAROC À PARIS. VENEZ NOMBREUX !
La cause de ce harcèlement judiciaire sans précédent : un dessin paru dans le quotidien Akhbar Al-Youm qui représente le cousin du roi Moulay Ismaïlsur fond de drapeau marocain.
Le directeur de ce quotidien, Taoufiq Bouachrine, sera également jugé aux côtés de Khalid Gueddar. Les deux hommes risquent entre trois et cinq ans de prison. Pour un dessin ! Une peine privative de liberté doublée d’un risque de faillite personnelle puisque le prince Moulay Ismaïl réclame des dommages et intérêts « évalués à trois millions de dirhams ». Soit 270 000 euros. Soit 83 ans de salaire moyen marocain.