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samedi 2 juin 2012

Au Maroc, un coup de crayon de Khalid Gueddar lui vaut encore la prison

 Par Xavier Monnier? Bakchich»médias» 26/05/2012 

 L'ancien dessinateur de Bakchich Khalid Gueddar a été de nouveau arrêté samedi matin au Maroc. Il attend son jugement pour ce dimanche. 
Sa très précieuse et gracieuse Majesté Mohammed VI a été le premier chef d’État reçu à l’Élysée par le nouvel occupant des lieux François Hollande. 
 
Une visite privée ce week end à Paris, assortie d'une rencontre informelle. A cette occasion, il n'est pas sûr que les discussions se soient trop appesanties sur la démocratie marocaine. Pourtant, la défense des libertés demeure un combat quotidien dans le royaume chérifien. En particulier la liberté d'expression. Bakchich a eu à en faire l'amère expérience, quand Khalid Gueddar, l'un de nos dessinateurs, a été enfermé au Maroc puis jugé et condamné à 3 ans de prison avec sursis et 270 000 euros d'amende en 2009. Etait alors officiellement reproché à Khalid d'oser caricaturer les membres de la famille royale, dont le roi, commandeur des croyants. La bande dessinée Mohammed VI, le roi qui ne voulait plus être roi, a également beaucoup agacé le Makhzen. Malgré l'acharnement judiciaire, Khalid n'a jamais renoncé à son art, ni au journalisme, qu'il exerce dans divers journaux marocains depuis 2011.

mercredi 19 janvier 2011

Après la Tunisie, le Maroc ?

 par JACQUES-MARIE BOURGET, Bakchich,  19/1/2011
Le Maroc de Mohammed VI pourrait bien suivre la même voie que la Tunisie de Ben Ali. Au royaume enchanté aussi, la torture et l’arbitraire ont force de loi. Exemple avec l’ancien boxeur Zakaria Moumni.
Au Maroc, il serait bon que les plus zélés des sbires de Sa Majesté le roi s’abonnent à la presse. Pas celle de leur pays dont le seul vrai droit est d’annoncer la météo… Mais il serait vraiment utile que ces futurs exilés à Djedda lisent d’urgence la presse étrangère. Ils sauraient ainsi qu’une révolte s’est produite en Tunisie dont le tyran et les siens ont été chassés. Ayant pris connaissance de cette nouvelle, ces sbires pourraient, à l’aide de la moelle épinière qui leur sert trop souvent de cerveau, imaginer que la révolution qui a jeté, aussi bas qu’il le mérite Ben Ali, pourrait contaminer le Maroc bien aimé. Gangrené qu’il est, lui aussi, par des fonctionnaires et conseillers comme eux, des bourreaucrates qui pratiquent la démocratie directe par l’arbitraire et la torture.
Bakchich vous a déjà parlé du sort de Zakaria Moumni, un boxeur qui voulait voir le roi.(relire solidmar 29/6/2010 ndlr) Champion du monde de light-contact, le jeune homme n’avait jamais eu droit à une prime pourtant promise par le code royal. Bon garçon mais entêté, pendant des mois, « Zak » a réclamé ses quelques dirhams symboliques. Oualou. En faisant son charivari revendicatif, Zak a malencontreusement heurté l’humeur de l’excellent Mohamed Mounir Majidi, l’honnête secrétaire particulier de M6. Un grand ami du magazine Jeune Afrique mais qui est aussi le prototype des regrettés apparatchiks tunisiens, ceux de la famille Trabelsi et autres, qui ont abouti par leur si juste politique à ce que leur épouvantable maître se rapproche à coups de pied dans le cul de La Mecque. Ce qui épargne des sous de transport au moment d’aller faire le pèlerinage.
ARRÊTÉ, LIGOTÉ, TORTURÉ
Trop naïf, le gentil boxeur, qui est marié et vit en France, pensait qu’il lui était possible sans dommages d’aller et venir entre son pays et Paris… Pas du tout. Le 27 septembre dernier, il a été arrêté à l’aéroport de Rabat. Avec cet accueil qui peut faire le charme du royaume : ligotage à une chaise, torture, signature de PV les yeux bandés. Ces juges et flics démocrates – qui restent la fierté de la patrie d’Oufkir – ont mis sous le nez de Zak deux plaintes de types qui l’accusent « de leur avoir pris de l’argent contre une promesse de contrat de travail en France »…
Manque de chance, ce dossier est si mal ficelé que les dates avancées par les « victimes » ne collent pas entre elles. Mieux, que personne n’a pu les voir, des garçons si prêts à rendre service qu’ils dégagent une forte odeur d’amis de la police. Encore un effort, camarades, pour aider les révolutionnaires à faire la révolution.
http://www.bakchich.info/Apres-la-Tunisie-le-Maroc,12824.html

lundi 18 octobre 2010

Retraites, pas touche au trésor des sénateurs !

Par Louis Cabanes, Bakchich, 18/10/2010
Par la grâce de la cotisation double, les sénateurs peuvent bénéficier de leur retraite à taux plein, soit plus de 4000 euros mensuels, après deux ou trois mandats.
Pénibilité, carrières longues, effondrement des pensions… Les sénateurs ont été appelés à se pencher sur les points les plus douloureux de la réforme des retraites.
Pour ce qui est de leur propre régime, ça va, merci. Malgré quelques ajustements à la marge depuis 2007, les sénateurs ont réussi à maintenir l’essentiel de leurs juteuses prérogatives.
En deux ou trois mandats, par la grâce de la cotisation double, ils bénéficient de leur retraite à taux plein, soit en moyenne 4 442 euros par mois.
Le tout alimenté par une coquette cagnotte de 1,29 milliard d’euros (581 millions pour la caisse des sénateurs et près de 713 millions pour celle du personnel du Sénat).
Si cet avantageux système était réformé, « l’effet » serait « épouvantable » pour les sénateurs, s’alarme Patrick Baudry, directeur du budget du Sénat dans une note de décembre 2008 (voir notre document ci-dessous).

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En 2008, le directeur du budget du Sénat s’inquiétait, pour ses amis sénateurs, d’une éventuelle limitation du système de double cotisation des retraites.
Une autre note de la même année permet de mieux saisir l’ampleur de l’inquiétude. Deux parlementaires auront droit à plus de 10 000 euros de retraite et 86 d’entre eux bénéficieront d’une fourchette allant de 6 000 à 10 000 euros. Pourquoi ? Privilège de l’âge ! Multipliez les mandats et vous augmenterez d’autant vos pensions. CQFD.

vendredi 15 octobre 2010

Paris : La cité de l’immigration occupée par des immigrés

par ANAËLLE VERZAUX, BAKCHICH.TV,  15 /10/2010
Cité de l'immigration
Depuis un an, 6804 travailleurs sans-papiers sont en grève. 500 d’entre eux occupent la Cité de l’Immigration à Paris, en attendant que le ministère d’Eric Besson traite les 1800 dossiers déposés par la CGT. Comme il l’avait promis en juin dernier.
Paris, Porte dorée. Des drapeaux de la CGT et de la Cimade flottent sur la majestueuse Cité de l’Immigration. Mardi 12 octobre, les 6804 travailleurs sans-papiers en grève ont fêté leur un an de lutte. Après la Bourse du travail, les occupations d’entreprises et les marches de la Bastille, ils occupent, depuis jeudi 7 octobre, la très symbolique Cité de l’Immigration.
A l’entrée, deux hommes font le guet, sous le soleil. Fatigués. Voilà une semaine qu’ils occupent le musée, de jour comme de nuit, avec 500 autres grévistes.
Au mois de juin, le ministère de l’Immigration avait promis qu’il régulariserait les 1800 personnes qui avaient présenté un dossier, cet été. Le 18 juin, les grévistes avaient quitté les marches de la Bastille, après 20 jours d’occupation. Le gouvernement devait tenir ses promesses. Que nenni ! « Seuls 58 dossiers ont été traités et ont donné lieu à des autorisations de séjour provisoires ! », peste Hervé Goix, de la CGT, qui dénonce au passage l’hypocrisie du ministère. « Pour ne pas traiter les dossiers, on nous fait croire qu’ils leur manquent des pièces ». Alors, de guerre las, il y a une semaine, 6804 sans-papiers ont redémarré leur grève. Depuis, les rendez-vous avec le ministère de l’Immigration se succèdent. Sans résultat satisfaisant.
 Regardez les dernières vidéos d’actu. 
Dans la cour de la Cité de l’Immigration, les grévistes attendent, discutent par groupes, sur les marches, sur des parterres d’herbe, dans une ambiance conviviale. Mais les caméras ne sont pas d’emblée les bienvenues : on craint une intervention de la police. Puis les langues se délient, la confiance s’installe.
Les 500 sont bien décidés à poursuivre leur lutte, même s’il faut encore dormir par terre pendant plusieurs semaines, tassés les uns contre les autres, et ne repasser chez soi qu’un jour sur deux « juste le temps de prendre une douche ».
« C’est moins dur qu’à Bastille ! A Bastille, le sol était plus dur ! », s’exclame Grace Beugre, une femme d’une quarantaine d’années, porte-parole du groupe femme des sans-papiers grévistes. Et bien seule dans sa vie, en France. « J’ai dû quitter la Côte d’Ivoire, et laisser mes quatre enfants à Abidjan. Je ne les ai pas vus depuis neuf ans. Je ne peux pas les faire venir, je n’ai pas de papiers ! ».
Le dossier de Grace, femme de ménage, bonne à tout faire, n’a pas encore été déposé à la préfecture. Il ne serait pas valide, son employeur n’ayant pas voulu cocher les cases requises. « Les chefs d’entreprise ne tiennent pas à ce que nous soyons régularisés. Tant qu’on n’a pas de papiers, ils peuvent nous faire travailler plus, plus dur, et nous payer moins cher, sans problème : on n’a pas de droits ».
Mais, ajoute Grace, « je ne suis pas la seule, il y a plus de 6804 personnes qui attendent, je me bats pour tout le monde ! » Et quand on évoque les manifestations contre la réforme des retraites, Grace acquiesce sans hésiter : « Même si on n’a pas de papiers, on cotise pour les retraites. Ici, on se bat pour tous les travailleurs ».

mardi 29 juin 2010

L’homme qui voulait voir le roi

Endurance !
Par Jacques-Marie Bourget, Bakchich, 29/6/2010
Le Marocain Zakaria Moumni, honoré d’un titre de champion de monde en 1999, mérite une rente à vie promise par son roi. Il l’attend toujours et ne lâche rien. Fable moderne d’une quête de justice.
Zakaria Moumni fait penser au héros de « Je veux voir Miousov ». Au temps béni du stalinisme, la pièce décrit l’entêtement d’un homme qui, quoiqu’il arrive, veut parler au camarade Miousov, le responsable du département peinture de l’usine dans laquelle il travaille.
Zakaria est du même métal. Lui, c’est le camarade M6, roi du Maroc qu’il veut rencontrer. Normal puisque Moumni est marocain, et que le bon monarque aime tous ses sujets comme ses enfants.
L’idée fixe de Zakaria est née d’une injustice un peu rigolote. Si tant est qu’on puisse rire avec une trahison de promesse.
En 1999, à 19 ans, Zakaria devient champion du monde de « Light Contact », une sorte de « savate » du genre asiatique. A Malte, à la fin du championnat, Zakaria est fêté, honoré, la presse évoque son exploit de « premier Marocain et premier Africain » à emporter une telle timbale. Généreuse comme l’est depuis Mahomet la monarchie, un décret royal prévoit que tout champion du monde marocain sera doté d’une rente à vie. Pas quelque chose digne des cadeaux de madame Bettencourt. Non, une petite bourse du genre mille euros par mois.
Notre Zakaria, grand type a très bonne gueule, cultivé et malin, n’a jamais reçu un centime. Depuis il traque le roi comme le cerf à courre. Que M6 aille dans son château d’Ile-de-France, il campe devant la grille. Que le roi bien aimé soit dans un palace parisien, même séance de pied de grue au risque de faire croire qu’il fait le tapin. Le jeune homme, qui fait donc chasseur de roi à plein temps, n’a pas peur d’aborder gardes du corps et conseillers. Une fois, en 2006, il a réussi à glisser sa supplique au roi qui lui répondu « écrivez-moi ». Mais, placé en embuscade sur le chemin du trône, l’épouvantable conseiller Mohamed Mounir Majidi, un type qui rendrait Hortefeux sympathique, a escamoté la lettre de Zakaria.
Depuis le jeune champion frappe, c’est sa nature. Non pas à l’estomac mais aux portes. Dès qu’un prince ou un haut fonctionnaire du Royaume est annoncé quelque part, Zakaria est là pour lui lancer : « Et alors, c’est quand qu’on l’applique le décret royal ? ».
Bakchich, à la suite de Zakaria, a tenté de percer ce mystère alaouite. L’ambassade du Maroc en France, trop occupée sans doute à faire connaitre les grands mérites de la grande démocratie marocaine, n’a jamais répondu à nos demandes répétées.
Reste Zakaria au bord du trottoir, guettant les cortèges royaux… Il espère toujours en disant : « le roi est un grand homme, très honnête, mais mal entouré. Il va sûrement me rendre justice… ». Bien sûr, n’est-il pas connu pour ne faire que cela ?

dimanche 6 juin 2010

Afrique du Sud, le spectre de l’apartheid rôde

 par DAVID COURBET, Bakchich, 6/6/2010
Malgré l’abolition de l’apartheid en 1999, l’hôte de la Coupe du Monde de football 2010 est le deuxième pays le plus inégalitaire du monde.
Le meurtre du leader d’extrême droite Eugène Terre’Blanche par deux jeunes travailleurs agricoles noirs, le 3 avril, a fait les gros titres de la presse internationale. À l’aube de la Coupe du monde, voilà une bien mauvaise publicité pour l’Afrique du Sud. Cet assassinat nous renseigne surtout sur l’état de la société sud-africaine.
Aboli en 1999, l’apartheid demeure. La présence croissante d’une minorité noire riche ne suffit pas à masquer la réalité. Les statistiques pour 2008 sont édifiantes : 49% de la population noire vit sous le seuil de pauvreté, contre 3,6% pour les Blancs. La nation arc-en-ciel est le deuxième pays le plus inégalitaire du monde.
D’autres chiffres accablent : 80% des Blancs ont le baccalauréat, contre 40% des Noirs, et 90% des terres arables appartiennent aux Blancs. Pas étonnant que de vives tensions raciales subsistent entre fermiers blancs qui ne veulent pas rendre les terres et leurs employés noirs, sous-payés.

Dessin d’Essi
Plus de 2 000 autres fermiers ont été tués depuis 1994. Dans les grandes villes, la ségrégation existe bel et bien. Là où s’enferment les Blancs, les seuls Noirs qui circulent sont domestiques. Les sans-abri se comptent par dizaines de milliers dans tout le pays. Pour qui veut organiser le plus grand événement sportif mondial, cela fait tache.
Pour ne pas choquer les touristes qui vont venir en masse durant la compétition, les différentes municipalités hôtesses de la Coupe du monde comptent adopter diverses mesures pour « nettoyer leurs rues ». Parmi ces mesures, certaines consistent à déplacer les SDF à l’extérieur des villes ou loin des lieux à forte fréquentation touristique.
L’idée a même été soufflée de créer des sortes de « camps de concentration » pour accueillir les plus démunis. D’autres municipalités, comme celle du Cap, comptent encourager les touristes à ne pas donner de pièces aux sans-abri. Un système de bons d’achat devrait être organisé, qui permettrait aux visiteurs de leur offrir de la nourriture.
Cela n’est pas sans rappeler le maire de Denver (États-Unis), qui, pour cacher les homeless de sa ville lors la venue de Barack Obama pour la convention démocrate en 2008, offrait repas, places de cinéma, sorties au zoo ou dans les musées aux sans-abri errant dans ses rues.

vendredi 21 mai 2010

Le Maroc gonfle à bloc l’affaire Terhzaz

Par la princesse enchantée*, Bakchich, 21/5/2010
L’ex-colonel-major Terhzaz végète en prison pour un projet de lettre sur le sort de ses camarades après la guerre contre le front Polisario. Et le grand communicant du royaume, Khalid Naciri, le charge de tous les maux.
Le ministère marocain de la communication dirigé par l’excellent Khalid Naciri, communiste à la sauce marocaine, vient de publier un communiqué à propos de l’affaire Terhzaz dans lequel « il tient à remettre les choses dans leur véritable contexte ».
Bakchich a eu l’occasion d’évoquer le cas de cet officier supérieur marocain à la retraite, âgé de 73 ans et condamné fin 2008 à douze ans de prison au terme d’un simulacre de procès dénoncé aussi bien par Amnesty International, Human Rights Watch que par l’AMDH (Association marocaine des droits humains) et de nombreux organes de presse marocains et européens.
Pendant plus d’une année, la famille du colonel s’est tue, convaincue que le roi Mohammed VI finirait par leur rendre justice. Devant son mutisme, elle s’est décidée à rendre l’affaire publique en décembre dernier.
CHANGEMENT DE PROGRAMME
Agacés et sans doute inquiets par la tournure prise par les événements, (les députés européens commencent à s’y intéresser) M. Naciri et son équipe, dont l‘ultime dessein, pour paraphraser le directeur de l’hebdomadaire indépendant marocain Tel Quel, est de « fondre tous les journalistes du Maroc dans un moule unique : celui de l’allégeance servile et décérébrée face au Palais royal », ont décidé de réagir fortement.
A les écouter, Kaddour Terhzaz, ancien colonel-major des Forces Royales de l’Air, « a été démis de ses responsabilités en 1988, puis mis à la retraite pour faute professionnelle grave confirmée par les enquêtes et inspections d’usage, sans pour autant être alors déféré devant les tribunaux compétents ».
Il a ensuite « bénéficié d’une Haute Clémence lorsqu’il a, par la suite, volontairement procédé à la destruction de biens publics avant de quitter le domicile de fonction que l’Etat avait mis à sa disposition ». Mais l’indulgence de la Justice militaire du royaume ayant ses limites, le colonel Terhzaz a été condamné en novembre 2008 « pour divulgation de secrets militaires, à l’occasion d’un procès équitable au cours duquel il a bénéficié de toutes les garanties de la défense ».
Pour le ministère, l’officier « n’a donc pas été condamné pour le motif avancé (NDLR : par son comité de soutien) d’une soi-disant lettre qu’il aurait soumise à la Très Haute Attention de Sa Majesté le Roi sur les conditions de détention en Algérie des prisonniers de guerre marocains dans le contexte du conflit sur le Sahara marocain. Il s’agit là d’une totale aberration, l’Etat marocain n’ayant cessé de dénoncer régulièrement les conditions de captivité prolongée et inhumaines de ses soldats dans les geôles sur le territoire algérien ».
Évoquant une demande de grâce présentée au roi par l’épouse française du colonel, le communiqué reproche à la famille, « arguant de la double nationalité de ce dernier », d’avoir « engagé une campagne indigne de dénaturation volontaire de la vérité ».
DÉMENTI
Inutile de dire que c’est avec stupéfaction que la famille Terhzaz et le comité de soutien du colonel ont pris connaissance de ce ramassis de contre-vérités et de mensonges dont le ministère de la communication, depuis qu’il a pour animateur en chef Khalid Naciri, s’est fait une spécialité.
Dans le Droit de réponse qui nous est parvenu, la famille et les amis démentent catégoriquement la totalité des assertions contenues dans ce communiqué et, en particulier, que Kaddour Terhzaz ait été mis à la retraite pour « faute professionnelle grave ». « Si cela avait été le cas, il aurait naturellement été déféré devant les tribunaux compétents."
Le fait est que, bien au contraire, il a pu jouir en toute sérénité d’une retraite méritée, sans entrave aucune à son droit de libre circulation – ce qui aurait été le minimum s’il avait commis une faute professionnelle, « grave » de surcroît. Le colonel Major Kaddour Terhzaz a été admis à la retraite en 1995 à l’âge de 58 ans, comme plusieurs de ses collègues, dans le cadre d’une procédure administrative normale et régulière. Ce fait est facile à vérifier.
CHARGER LA BARQUE
A la recherche désespérée d’un argumentaire, le ministère de la communication affirme aujourd’hui que le colonel « aurait volontairement procédé à la destruction de biens publics avant de quitter son domicile de fonction ». Cette accusation n’est pas seulement minable, elle est totalement fausse : « Nous en voulons pour preuve, dit la famille, qu’elle n’a, à aucun moment, été retenue à sa charge dans son procès ». (Pour le vérifier, il suffit de se référer au jugement n° 3437/08 rendu le 28/11/2008 dans l’affaire pénale n° 3314/3009/2008, par le tribunal militaire permanent des Forces Armées Royales, à Rabat.)
Plus c’est gros, mieux ça passe… Avec une mauvaise foi colossale, les sbires de M. Naciri affirment, contre toute évidence, que l’officier supérieur a fait l’objet d’un « procès équitable au cours duquel il a bénéficié de toutes les garanties de la défense ». Malheureusement, entre les allégations de fonctionnaires serviles ou trompés par leur hiérarchie, et les enquêtes approfondies d’organisations unanimement respectées comme Amnesty International, HRW ou l’AMDH, il n’y a pas photo. Pour ces trois organisations et pour de nombreux autres organes de presse et responsables de tous horizons, rappelle sa famille, son procès s’est au contraire tenu dans des conditions particulièrement inéquitables, contraires aux droits de la défense tels qu’ils sont internationalement reconnus. Tous les détails de ce scandaleux procès se trouvent sur le site du collectif de défense du colonel : www.sauver-kaddour-terhzaz.org
Famille et amis qualifient également d’ « aberrante » l’affirmation du communiqué selon laquelle Terhzaz « n’a pas été condamné pour le motif avancé d’une soi-disant lettre ». En effet, répondent-ils, « les attendus du jugement se fondent, de bout en bout, sur cette même lettre. En conclusion desdits attendus, on peut même lire cette phrase, très claire : « Il est demandé à la Cour d’appliquer la loi à l’encontre de l’accusé avec destruction de la copie de la lettre. Comment est-ce imaginable, puisque cette lettre est l’unique pièce à conviction sur la base de laquelle la condamnation a été prononcée ? Evoquer, comme le fait le communiqué du gouvernement, une « soi-disant lettre », n’a pas d’autre but que d’égarer l’opinion publique ».
Enfin, le communiqué du ministère évoque « la campagne indigne de dénaturation volontaire de la vérité menée par sa famille ». Pour la famille, il s’agit plutôt « d’une campagne en vue du rétablissement de la vérité. Une vérité que le communiqué du gouvernement dénature consciencieusement, sans apporter aucune preuve à ses allégations ; des allégations que tous ceux qui ont suivi cette affaire découvrent aujourd’hui pour la première fois, à leur grande surprise ».
INDIGNE
Khalid Naciri est particulièrement bien placé pour parler d’indignité. C’est en effet ce « digne » ministre communiste qui a qualifié il y a quelques mois le bilan de Mohammed VI de « tout simplement extraordinaire ». Le prolétariat et la classe ouvrière marocains ont certainement apprécié les compliments de ce champion toutes catégories de la courtisanerie.
Beaucoup plus graves ont été ses multiples atteintes aux libertés, à commencer par celles de la presse qui lui ont valu au mois de novembre dernier d’être moqué et chahuté par des dizaines de jeunes déguisés en clowns lors d’une remise de prix de journalisme à Rabat. M. Naciri, « l’homme de gauche », a en effet défendu envers et contre tout les fermetures de journaux, les emprisonnements de journalistes et les amendes invraisemblables infligées à la presse indépendante.
Récemment, cet homme de progrès a justifié l’expulsion – sans procès pour leur éviter la prison, a-t-il eu le culot de dire — d’une vingtaine de chrétiens qui s’occupaient d’un orphelinat à Aïn Leuh dans le Moyen-Atlas. Il les a accusés sans le moindre commencement de preuve de « prosélytisme ». Peu lui chaud le sort de la trentaine d’enfants, profondément traumatisés, pourvu que les islamistes soient satisfaits !
Indigne, M. Naciri, ne cesse de l’être, à la demande de ses maîtres de l’appareil sécuritaire. Dans l’affaire Terhzaz, ses hommes et lui ont accumulé mensonges et contre-vérités avant de les propager en boucle via leurs supports habituels : la MAP, 2M, MEDI 1, la RTM, Le Matin, ou les journaux de l’ex-communiste Fahd Yata et autres courtisans. Ce serait plutôt bon signe pour le colonel, compte tenu du niveau de crédibilité de ces organes de presse.
Espérons seulement que le régime ne tardera pas trop avant, une fois de plus, de reculer sans gloire : en prison, il y a en effet un vieux monsieur, fragile, qui se demande encore ce qu’il a bien pu faire à son Maroc pour être traité de façon aussi indigne !

*LA PRINCESSE ENCHANTÉE
Il était une fois, au royaume enchanté du Maroc, une princesse bien malheureuse. Alors que ses frères et sœurs voyageaient, festoyaient et s’étourdissaient dans le luxe parisien, elle s’ennuyait ferme dans les modestes palais chérifiens. Pour se distraire, la donzelle se mit en quête de sensations fortes et, n¹écoutant que son courage, se piqua de raconter les petites et grandes histoires du Royaume. Après tout, s¹il y en a une qui sait ce qui se passe dans son beau pays, c’est bien elle ! Effarés par ce qui pourrait lui advenir si cela venait à s’ébruiter, d’éminents journalistes sévissant dans la presse française comme internationale se précipitèrent pour lui servir de modestes scribes et recueillir ses confidences. Pour le plus grand bonheur de Bakchich.

samedi 1 mai 2010

Appel National : tous à Paris pour dénoncer le Grenelle ll

Appel national : tous à Paris le 4 mai à 16h pour dénoncer le Grenelle ll
Place Edouard Herriot - Métro ligne 12 - Assemblée nationale.
Par le réseau Sortir du Nucléaire, 30/4/2010
Après plusieurs mois et années de tergiversations, la loi Grenelle2 arrivera enfin devant les députés le 4 mai 2010. Face à l'urgence écologique, le gouvernement et les parlementaires ont opté pour une course de lenteur que les grands discours écologiques n'ont pas cachée bien longtemps. En deux ans et demi, certains groupes politiques et lobbies ont ainsi eu le temps de raboter les modestes acquis du Grenelle de l'environnement et du Grenelle des ondes. Plus que jamais aujourd'hui, nous sommes fondés à nous inquiéter des dérives d'un processus démocratique qui, au lieu de mettre au cœur de l'action publique les contraintes écologiques, s'est astreint à recouvrir d'un vernis vert pâle une politique essentiellement productiviste et consumériste.
Centrale nucléaire à Penly, lignes à très haute tension, construction de nouvelles autoroutes et mises en concession autoroutière de routes nationales, projet de nouvel aéroport, terminal charbonnier, épandage et renouvellement de pesticides tueurs d'abeilles, implantation d'antennes relais sans contrainte réelle, construction d'incinérateurs, abandon de la fiscalité écologique (taxe carbone et taxe poids-lourds), lois anti-éoliennes, financement des nanotechnologies, absence de contrôle réel et efficace des publicités faussement écologiques, développement des agro-carburants, abandon du frêt ferroviaire... la longue liste des anicroches, reculades et décisions anti-écologiques et unilatérales qui ont plombé le processus « grenelle » nous amène à une grande amertume et une non moins grande inquiétude.
Quels que soient les faux-semblants de l'idéologie dominante, les mensonges des climato-sceptiques, les errements d'experts à la solde des lobbies ou les renoncements d'élus qui organisent systématiquement leur irresponsabilité, les contraintes écologiques ne sont pas négociables et les crises écologiques adviendront.
La non régulation écologique de l'économie et des politiques publiques aboutira inévitablement à une crise systémique dont les plus faibles économiquement et socialement seront les premières victimes.
Nous, acteurs et actrices engagé-es de la société civile, appelons les citoyens et citoyennes à participer à un rassemblement devant l'Assemblée nationale le mardi 04 mai 2010 à 16h.
Pour que les parlementaires ne restent pas sourds à nos demandes, ce rassemblement intitulé "Du bruit pour l'environnement" se fera en musique. Chaque manifestant est appelé à venir avec un sifflet ou un instrument de musique.
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 Un bonnet d'âne pour la France

Par LUCIE DELAPORTE , Bakchich, ,29/4/2010
Alors que le Grenelle II sera examiné la semaine prochaine à l’Assemblée, Bakchich s’est penché sur les condamnations de la France à la Cour de justice européenne pour "manquement" en matière d’environnement. Pas triste.
Et une nouvelle condamnation, une ! Trois semaines à peine avant l’examen du projet de loi dit Grenelle 2 par l’Assemblée nationale qui s’annonce comme un majestueux rétropédalage par rapport aux grandes ambitions vertes affichées en 2007, la France a une fois de plus été condamnée par la cour de justice européenne pour non respect d’une directive environnementale. Ce qui fait d’elle l’un des États les plus condamnés sur le sujet. Mais chut… il ne faudrait pas doucher l’enthousiasme de Jean-Louis Borloo et de son « monument législatif ».
En cause cette fois-ci, la transposition « non conforme » de la directive sur les véhicules hors d’usage. Grand pays producteur de bagnoles, la France a un peu trop tardé à retirer, comme le demandait la directive 2000/53/CE, plomb, mercure, cadmium ou chrome hexavalent de ses véhicules mis sur le marché.
Elle a de plus, a estimé la Cour, étrangement transposé la directive sur la question du recyclage des composants de ces véhicules. Ainsi, alors que la directive donne la préférence au recyclage de ces composants « lorsqu’il est viable du point de vue écologique ». Ce que l’Etat français a transformé en « chaque fois que les conditions techniques et économiques le permettent », ce qui, convenons-en, ne veut pas tout à fait dire la même chose et permet bien des aménagements…
2009, année de l’adoption du Grenelle I de l’environnement n’a pas été un mauvais cru puisque la France a été condamnée par deux fois.
Concernant la directive relative à la régénération des huiles usagées, la directive 75/439/CEE elle n’a, comme beaucoup d’autres, jamais été transposée en France. Le hic, c’est que la seule entreprise actuellement sur cette niche, Ecohuile, basée près du Havre risque de fermer ses portes, en proie à la concurrence de Veolia et Total.
Un reportage huilé à lire dans Bakchich Hebdo n°21 alors courez au kiosque ou achetez notre hebdo numérique en ligne ! Et pour ne manquer aucune des infos inédites de Bakchich Hebdo, le plus simple est de s’abonner

mardi 23 mars 2010

Mort suspecte d'un détenu hélvético-tunisien en Suisse

Par Amédée Sonpipe, Bakchich, 21/3/2010

Se disant victime de brimades, un détenu d’une prison suisse a mis le feu à son matelas. Les gardiens ont attendu 90 minutes avant d’entrer dans sa cellule. Le prisonnier, condamné pour une peine mineure, est mort asphyxié.
Nicolas Mattenberger, député socialiste et avocat dans le canton de Vaud, et sa consoeur parisienne Isabelle Coutant-Peyre préparent une plainte pénale pour « homicide par négligence ». Ils demandent que l’on fasse toute la lumière sur la mort de Skander Vogt, détenu dans le quartier de haute sécurité de la prison de Bochuz le 11 mars dernier. Ce décès est d’autant plus embarrassant pour l’administration pénitentiaire que cet helvético-tunisien aurait dû être libéré en… juin 2001.
En effet, Skander Vogt n’avait été condamné qu’à 20 mois de prison pour des imbécilités d’adolescent : dommages à la propriété, injures, menaces, vol, violences. Mais l’article 43 du Code pénal suisse permet de priver le condamné du droit à la liberté, à l’expiration de la peine prononcée, pour une durée illimitée, si « en raison de son état mental, le délinquant compromet gravement la sécurité publique ». Entré à 20 ans derrière les barreaux, il n’en est sorti dix ans plus tard que les pieds devants.
Victime de brimades répétées
« Depuis 2006, j’ai alerté la Cour européenne des droits de l’homme sur cette situation invraisemblable, totalement inhumaine », proteste Isabelle Coutant-Peyre, l’un des défenseurs de Skander Vogt. En effet, depuis une décennie, l’homme était considéré par l’administration pénitentiaire comme extrêmement dangereux. Il ne sortait de sa cellule que pieds et poings enchaînés. Or, ce garçon, rappeur passionné, se montrait au contraire gentil, joyeux, drôle, curieux de tout, avec le réseau d’amis qu’il avait pu se constituer en dehors de la prison. Ils étaient une cinquantaine d’entre eux à assister à ses funérailles au cimetière de Montoie, à Lausanne, mardi dernier.
Que s’est-il passé ? En 2008, Skander Vogt souffre des dents, mais la prison de Bochuz (canton de Vaud) lui refuse le dentiste. Pour protester, le prisonnier grimpe sur le toit de la prison, et y reste trente heures, soutenu par les autres détenus. Depuis, les responsables de l’établissement lui vouent une haine sans bornes. Les humiliations pleuvent. La semaine dernière, on lui confisque sa radio. Furieux, Skander annonce « ce soir, ça va cramer », et il met le feu à son matelas. La fumée envahit la cellule.
Les gardiens n’interviennent pas
« Comment expliquer que les gardiens ne lui ont pas porté secours ? On nous dit que Skander était considéré comme dangereux et qu’ils avaient peur d’entrer dans sa cellule ! Ça ne tient pas la route », dénonce Nicolas Mattenberger.
Les gardiens vont donc le laisser s’asphyxier pendant une heure et demie, entre 1 heure et deux heures 30 du matin, attendant les renforts des troupes d’élite de la police vaudoise.
La mort est constatée à trois heures.
Le directeur de la prison téléphone à Sanda Vogt, la sœur aînée de Skander, lui affirmant que son frère s’est suicidé. Depuis, l’administration pénitentiaire a changé de version, prétendant que le prisonnier empêchait les gardiens de lui porter secours, proférant contre eux des menaces de mort. Déclaration aussitôt démentie par le voisin de cellule de Skander. Habituellement, un incendie provoque une grande animation dans une prison. Mais cette fois, les gardes-chiourmes ne semblaient pas pressés d’intervenir, se contentant de chuchoter.
Enfermé sans expertise psychiatrique
« Nous n’allons pas lâcher l’affaire, c’est trop grave. Ce malheureux a été martyrisé pendant dix ans. Et il y en a d’autres dans les prisons suisses. Comment peut-on priver un homme de sa liberté sous prétexte qu’il serait dangereux ? Depuis des années nous réclamions une expertise psychiatrique », dénonce Isabelle Coutant-Peyre.

Skander Vogt, de Tunis au Léman
Sanda, 34 ans, et Skander, 30 ans, ont perdu très tôt leur mère tunisienne. Vivant à Tunis, ils sont recueillis par une tante. Leur père, originaire de Bâle, en Suisse, perd le contact avec ses enfants. Ces derniers arrivent sur les bords du lac Léman en 1993 et sont recueillis par des familles d’accueil. Skander tombe alors dans la petite délinquance.


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mercredi 17 février 2010

Le Maroc met la gomme contre le caricaturiste Khalid Gueddar

Par La Rédaction de Bakchich, 17/2/2010
Notre dessinateur Khalid Gueddar, condamné en novembre dernier à trois ans de prison avec sursis pour avoir représenté un membre de la famille royale marocaine, a été interdit de quitter le territoire à l’enclave espagnole de Ceuta.

En fait, Bakchich, sa rédaction et l’ensemble des dessinateurs de France et de Navarre qui l’ont soutenu dans son combat se sont trompés. Le Royaume enchanté du Maroc adore ses dessinateurs de presse et autres caricaturistes. Et la liberté d’expression dans son ensemble. Oubliées les remises au pas des journaux, la fermeture du Journal Hebdomadaire, le titre le plus abouti du pays, les condamnations qui volent bas sur les directeurs de publication et journalistes ou encore les plumitifs cisaillés dès lors qu’ils osaient tremper leur encre dans l’entourage du roi.
Oui, oui, promis, le califat chérifien adore ses gratte-papiers. Au point qu’il ne veut plus les voir s’exporter. Et Khalid Gueddar, notre caricaturiste a pu goûter les délices de cet amour.
Sa famille fut d’abord harcelée, aux touts débuts de Bakchich.info, pour les dessins drolatique que le gribouilleux produisait sur notre site. La DST marocaine ne trouvait pas les crobards à son goût. Puis ce fut l’avalanche de procès fin 2009 contre cet amoureux de la liberté que reste Khalid.
Des attaques pour diffamation, outrage au drapeau, à la famille royale que Bakchich a largement répercuté et médiatisé au début de l’automne. Des procédures qui ont finalement abouti à une condamnation à…3 ans de prison avec sursis. Bien déjà la preuve que le pouvoir de sa Grâcieuse Majesté Mohammed VI voulait conserver ce bijou de dessineux sur son sol…
Mais il n’est d’amour que des preuves d’amour. Et le Makhzen en a encore délivré une ce 16 février. Tout spécialement pour Khalid Gueddar. A la frontière marroco-espagnole, plus précisément aux abords de l’enclave de Ceuta, le caricaturiste de Bakchich s’est vu signifier une interdiction de sortir du territoire. Impossible de poser le pied en Espagne, et aucun moyen de discuter. Ni même d’obtenir une explication sur cet empêchement.
L’amour a ses raisons que le droit ou la liberté de la presse doivent ignorer…

mardi 1 décembre 2009

Khalid Gueddar convoqué en appel


Par La Rédaction de Bakchich, 1er /12/2009
Notre ami et collaborateur Khalid Gueddar était convoqué mardi 1er décembre à 9h au tribunal d’appel de Casablanca.
Khalid a été condamné pour avoir publié dans le quotidien Akhbar al Youm un dessin représentant un cousin du roi, le prince Moulay Ismaïl, sur fond d’emblème national. Résultat : 3 millions de dirhams de dommages et intérêts à son altesse (environ 270 000 euros) solidairement avec le directeur du journal Taoufik Bouachrine. Les deux hommes ont également été condamnés à trois ans de prison avec sursis. Taoufik Bouachrine avait lui aussi fait appel.
Mais ce n’est pas tout, ils ont tous deux été condamnés à un an de prison avec sursis et à 100.000 dirhams d’amende (environ 9.000 euros) pour « outrage au drapeau ». Toujours pour le même dessin.
La cour a en outre décidé la "fermeture définitive" des locaux du journal. Il ne s’agit toutefois pas de l’interdiction du journal à proprement parler, avait précisé Taoufik Bouachrine à l’AFP.
Les deux hommes avaient annoncé sans attendre qu’ils faisaient appel de l’ensemble de leurs condamnations. Bakchich continue bien sûr de les soutenir.

mardi 10 novembre 2009

Dr Cléret, une cravate bien méritée


Par Ignace Dalle, 10/11/2009

Médecin personnel des sultans marocains Mohammed V et Hassan II, le docteur François Cléret a aussi été un infatigable soldat de l’indépendance du Vietnam. Il vient d’être fait commandeur dans l’Ordre de la Légion d’Honneur à titre militaire.

Devenir commandeur dans l’Ordre de la Légion d’Honneur à titre militaire est un honneur très rare. Pour faits d’armes exceptionnel, le docteur François Cléret l’a vécu le 2 novembre dernier, devant le Temple du souvenir indochinois à Nogent sur Marne en recevant des mains du général Louis Beaudonnet, le gendarme le plus décoré de France, la fameuse cravate.

Né en février 1918 en Annam, cet ancien médecin militaire a raconté il y a quelques années dans un livre passé à peu près inaperçu – Le Cheval du Roi aux Editions Presse du Midi – la vie étonnante qui fut la sienne.

Petit-fils d’un Catalan entraîné en 1872 dans l’épopée coloniale indochinoise, fils d’un dentiste militaire et d’une Tibétaine, cet Eurasien, qui a échappé à la mort sur les champs de bataille asiatiques à peu près autant de fois que le nombre de décorations qui lui ont été remises, termine ses études de médecine à Hanoï en 1939. Quelques semaines plus tard, il est appelé sous les drapeaux et, comme il le dit, classé « un peu rapidement » dans la rubrique « illettré » en raison de son métissage. Bien décidé à réparer cette injustice, il se porte candidat à un stage accéléré d’officiers d’infanterie, dont il sort major.
Dans la résistance antijaponaise

Tout en travaillant dans les hôpitaux militaires, il assiste à l’occupation progressive du Vietnam par les Japonais. Révolté par les accords passés par la France collaborationniste avec le Japon, il est sèchement muté par une hiérarchie pétainiste de Hanoï à Haïphong puis rejoint en 1943 la résistance française formée de quelques officiers réfractaires au régime de Vichy.

Il apprend alors toutes les techniques de renseignements et, fort de sa parfaite connaissance du terrain, informe par radio la CIA installée à Mindanao (Philippines). Ses activités extra médicales le conduisent à plusieurs reprises à sauver des pilotes américains et à combattre, parfois à l’arme blanche, l’occupant japonais dans la jungle vietnamienne.

En juin 1945, après avoir échappé aux tigres, évité d’être piétiné lors de combats épiques entre éléphants et gaurs, d’immenses bœufs sauvages, surmonté nombre de maladies comme la dysenterie, après avoir été contraint d’achever des malades irrécupérables pour les soustraire aux tortures des Japonais, il est fait prisonnier par un détachement nippon qui a pris d’assaut la villa isolée dans laquelle il se cache. Il est atrocement torturé pendant un mois par la soldatesque japonaise qui s’apprêtait à le dépecer comme beaucoup d’autres soldats français.

Les bombardements d’Hiroshima et de Nagazaki et la capitulation du Japon le sauvent d’une mort certaine. Ce qui n’empêchera pas les officiers japonais donneurs d’ordre, dont un amoureux de Rimbaud parfaitement francophone, d’être exécutés ultérieurement pour crimes de guerre.

Emissaire du général Leclerc
Au même moment Ho chi Minh prend le pouvoir à Hanoï et reçoit à la fin du mois d’août l’acte d’abdication de l’empereur Bao Daï. Dans un pays à feu et à sang, le courageux soldat Cléret se transforme en diplomate. Le 24 décembre 1945, sur les conseils de Lord Mountbatten qui avait pu apprécier ses multiples talents, le général Leclerc le reçoit à Saigon et lui dit simplement : « Parlez-moi de ce pays ! » Le jeune médecin lui raconte l’évolution de la société vietnamienne prise de vitesse par le Viêt-Minh qui s’est emparé d’un pouvoir laissé vacant par la défaite japonaise et qui « imposait une idéologie marxiste extrêmement agressive en l’assimilant à la cause nationaliste. »

Au général Leclerc, Cléret dit sa conviction qu’il est trop tard pour rétablir le statu quo, réclamé par le gouvernement de Paris, à un peuple fier qui a déjà goûté à une indépendance offerte par Tokyo. Le médecin, qui juge impossible une reconquête par « une France épuisée », conseille à Leclerc de négocier dans les meilleures conditions possibles le départ de la France en profitant du fait que Ho Chi Minh a encore besoin des soldats français pour éloigner les Chinois qui occupent le Tonkin, c’est-à-dire le nord du Vietnam, qu’ils pillent et rackettent.

Quelques semaines plus tard, grâce à d’anciens condisciples vietnamiens de l’Université d’Hanoï, comme Giap, ou de la faculté de médecine de la même ville, comme Pham Van Dong et Ton That Tung, médecin de « l’Oncle Ho », il est introduit auprès du « vénérable combattant » qui, en fait, selon Cléret, était « un fin roublard et un génial comédien ». Ho Chi Minh lui donne l’impression d’accepter les propositions de Leclerc et émet le désir de voir revenir la troupe française afin qu’elle l’aide à se débarrasser de groupuscules rivaux dont le plus redoutable est le mouvement prochinois.

Le 18 mars 1946, François Cléret voit ses efforts couronnés de succès : Leclerc rencontre Ho Chi Minh et le courant passe entre les deux hommes. Mais Leclerc est vite désavoué par de Gaulle qui, fort du soutien des administrateurs coloniaux , de la bourgeoisie franco-vietnamienne et des planteurs, entend préparer le retour de la France en Indochine.

Dépité par la classe politique française, convaincu que l’indépendance est inéluctable, François Cléret prend ses distances avec le Vietnam. Il s’installe un certain temps en France avec son épouse, eurasienne également, et leurs deux filles, Annie et Francette, avant d’être muté à Madagascar.

Médecin et ami du sultan du Maroc
C’est là, à Antsirabé où il exerce, qu’il est prié, le 28 janvier 1954, de se rendre au centre d’accueil militaire où viennent d’arriver en exil le sultan marocain Mohammed Ben Youssef et une partie de sa famille, dont son fils aîné Hassan, le futur roi du Maroc Hassan II, qui a une forte fièvre et un mal de gorge insupportable.

Cléret porte un diagnostic précis et donne le traitement adéquat. Il ne sait pas encore que sa vie va être bouleversée et qu’il sera désormais et pour plus de treize années au service de la monarchie marocaine. Le lendemain, en effet, satisfait de la prestation du médecin-commandant, le sultan demande au Haut-commissaire de la République à Madagascar de bien vouloir détacher auprès de sa famille le docteur Cléret. Autorisation accordée.

Très vite, le médecin devient le confident et l’ami du futur Mohammed V. Ce dernier le tient au courant des affaires de l’Etat comme de celles de sa propre famille. Cléret prend vite conscience de l’ambition dévorante du prince héritier Hassan et de la rivalité qui l’oppose à un père à la fois admiratif et très méfiant. A Madagascar, il est aux premières loges et voit défiler les émissaires de Mendès-France et d’Edgar Faure qui tentent de trouver une porte de sortie à l’exil humiliant que les ultras de la droite française ont imposé au sultan.

Le docteur est toujours présent à Saint Germain en Laye au moment des ultimes négociations à la fin de 1955. Il est encore là au moment de l’indépendance et assiste aux luttes de pouvoir qui opposent la monarchie à une partie des nationalistes.
Quand Hassan II du Maroc tente d’éliminer le docteur Cléret

La mort de Mohammed V qu’il vénérait le traumatise à tel point qu’il reprendra quelques années plus tard des études d’anesthésie pour tenter de comprendre ce qui s’est passé. Aujourd’hui, à l’instar d’un certain nombre de personnalités marocaines, dont la plus connue était le fqih Basri, quatre fois condamné à mort par le régime de Hassan II, il est convaincu que Mohammed V a été éliminé.

Après la disparition de son père, Hassan II, précisément, l’empêche de quitter le territoire marocain, car le bon docteur sait trop de choses… A deux reprises, le jeune roi essaiera de l’éliminer dans des circonstances incroyables : en l’enfermant au milieu de montagnes de liasses de billets de banques dans le sous-sol d’une villa qui lui sert de coffre-fort et dont il lui a demandé de faire l’inventaire, puis en lui injectant à son insu un poison à effet lent. Il est temps de quitter cette Cour, qui ressemble furieusement à celle des Borgia… A moitié aveugle, avec l’aide de son épouse, il parvient à s’enfuir du Maroc en 1967 grâce à la complicité du général Oufkir qu’il avait connu en Indochine. Le professeur Wolfrom lui donnera à Paris l’antidote qui le sauvera.


Dessin de Ray Clid

Loin d‘avoir fait fortune au Maroc, il décide de s’assurer une retraite tranquille en rentrant en France. Après s’être spécialisé en médecine, il s’associe comme anesthésiste avec l’un des plus grands chirurgiens plasticiens du monde : un Français qui opère sur les cinq continents des gens souvent très riches.

Sa vieillesse a pourtant été endeuillée par le décès récent de ses deux filles, dont l’une, Annie, était handicapée depuis longtemps à la suite d’un grave différend avec l’Education nationale. Cette affaire, qui l’a bouleversé, doit passer en appel à Versailles au mois de décembre.

Décoré avec quarante ans de retard
François Cléret n’a accepté d’être fait commandeur, dit-il, que parce qu’une injustice est enfin réparée : « Je suis décoré avec quarante ans de retard. Si la hiérarchie du service de santé des troupes coloniales n’avait pas été raciste et n’avait pas méprisé l’Eurasien que j’étais, elle ne m’aurait pas déclaré "trop jeune". Mes états de service justifiaient largement une telle distinction. »

Le vieux médecin aurait pu être honoré dans la cour des Invalides ou à l’Elysée. Par fidélité à ses amis indochinois, il a choisi le jardin tropical de Nogent sur Marne où se trouvent quelques-uns des rares monuments aux morts érigés en souvenir des soldats indochinois morts pour la France : 30.000 en 14-18, 5000 en 39-45.

dimanche 1 novembre 2009

Khalid Gueddar condamné à 3 ans de prison avec sursis


Liberté de la presse, par Catherine Graciet , Bakchich, 31/10/2009

Notre collaborateur et ami Khalid Gueddar a été condamné au Maroc à 3 ans de prison avec sursis et 270 000 euros d’amende. Idem pour le journaliste Taoufik Bouachrine. Leur crime ? Un dessin représentant le prince Moulay Ismaïl.

Dessiner un membre de la famille royale marocaine coûte très cher au Maroc. Notre ami et collaborateur Khalid Gueddar avait récemment publié dans le quotidien Akhbar al Youm un dessin représentant un cousin du roi, le prince Moulay Ismaïl, sur fond d’emblème national. Résultat : Khalid devra payer 3 millions de dirhams de dommages et intérêts à son altesse (environ 270 000 euros) solidairement avec le directeur du journal Taoufik Bouachrine. Les deux hommes sont également condamnés à trois ans de prison avec sursis.
Voici la triste issue du procès pour « manquement au respect dû à la famille royale » qui s’est tenu hier soir à Casablanca. Si Khalid et Taoufik évitent la prison ferme, il n’en reste pas moins que leur peine est lourde. Trop lourde pour un dessin.
D’autant plus qu’un peu plus tôt dans la soirée, ils ont tous deux été condamnés à un an de prison avec sursis et à 100.000 dirhams d’amende (environ 9.000 euros) pour « outrage au drapeau ». Toujours pour le même dessin.
La cour a en outre décidé la "fermeture définitive" des locaux du journal. Il ne s’agit toutefois pas de l’interdiction du journal à proprement parler, a précisé Taoufik Bouachrine à l’AFP.
Les deux hommes ont d’ores et déjà annoncé qu’ils faisaient appel de l’ensemble de leurs condamnations. Bakchich continue bien sûr de les soutenir.

mercredi 28 octobre 2009

Grappe de dates noires pour la presse marocaine


Par Catherine Graciet , Bakchich, 28/10/2009

Depuis l’été, les autorités marocaines se déchaînent contre la presse indépendante du royaume. Chronologie de ces derniers jours.
A force de vouloir museler la presse indépendante, les autorités du royaume du Maroc ne savent plus où donner de la tête et tapent tous azimuts. Bakchich vous propose une chronologie édifiante de cette vague de répression inédite.

Mardi 27 octobre :
Reporters sans Frontières (RSF) organise dans des conditions difficiles une conférence de presse au Maroc où le secrétaire général de l’Ong, Jean-François Julliard, et la responsable Maghreb, Soazig Dollet, se sont rendus spécialement. Objectif selon les déclarations de J.F. Julliard à l’AFP : exprimer la solidarité de RSF avec la presse marocaine, les médias marocains et les journalistes marocains condamnés ces derniers mois par des tribunaux marocains. Reporters sans Frontière a également annoncé qu’elle allait « saisir officiellement Hillary Clinton qui va venir la semaine prochaine au Maroc, pour qu’elle parle de cette question de la liberté de la presse, pour qu’elle évoque les difficultés et le manque de pluralisme de l’information aujourd’hui au Maroc ». La secrétaire d’Etat américaine est en effet attendue au royaume les 2 et 3 novembre prochains pour participer au Forum pour le futur à Marrakech.
Lundi 26 octobre 2009 :
Le quotidien espagnol El Pais annonce qu’il n’a pas été diffusé au Maroc la veille. En cause : la publication de caricatures de la famille royale qui ont fâché le ministère de l’Intérieur ainsi que le Palais. Il s’agissait en l’occurrence d’un dessin du caricaturiste Plantu publié par le quotidien Le Monde dont les éditions des 22,23 et 24 octobre ont, elles aussi, purement et simplement été interdites au Maroc, ainsi que d’un dessin de notre ami et collaborateur Khalid Gueddar qui représente le prince Moulay Ismaïl.
Dans le procès du caricaturiste Khalid Gueddar et du directeur du journal Akhbar Al Youm, Taoufik Bouachrine, la justice marocaine annonce qu’elle rendra son verdict le 30 octobre prochain. Les deux hommes sont poursuivis pour « offense au drapeau national » suite à la publication le 26 septembre d’une caricature montrant le prince Moulay Ismaïl sur fond de drapeau marocain. Dans son réquisitoire, le parquet de Casablanca a requis l’application de la loi, soit une peine de prison ferme de six mois à trois ans. Le journal Akhbar Al Youm a, lui, été fermé de force par les autorités qui n’ont pas attendu une décision de justice. La situation est hautement périlleuse pour Khalid Gueddar et Taoufik Bouachrine qui comparaîtront de nouveau le 30 octobre devant la justice. Cette fois, c’est le prince Moulay Ismaïl qui a porté plainte pour « manquement au respect dû à la famille royale ». Une peine passible de trois à cinq ans de prison au Maroc.
Toujours le lundi 26 octobre, deux journalistes ont été condamnés à de la prison avec sursis pour avoir, selon la version officielle, publié une « fausse information » sur la santé du roi Mohammed VI. Ainsi, le directeur du quotidien Al Jarida Al Oula, Ali Anouzla, a été condamné à un an de prison avec sursis et à 885 euros d’amende et la journaliste Bouchra Eddou à trois mois avec sursis et à 455 euros d’amende. A la suite d’un communiqué du Palais royal annonçant que Mohammed VI était en arrêt maladie pour cinq jours à cause d’une « infection à rotavirus avec signes digestifs et déshydratation aigüe », Al Jarida Al Oula avait publié un article intitulé « la maladie du roi reporte les causeries religieuses et son déplacement à Casablanca ». Les deux journalistes ont bien sûr fait appel de leur condamnation et estiment devoir être acquittés.
24 octobre 2009 :
Pour le troisième jour consécutif, les autorités marocaines bloquent la diffusion au royaume du quotidien français Le Monde en raison de caricatures représentant des membres de la famille royale. C’est notamment le cas d’un dessin du caricaturiste Plantu qui vise à soutenir Khalid Gueddar. Le ministre de la Communication du Maroc, Khalid Naciri, déclare dans la foulée : « Nous ne pouvons accepter ce qui est une atteinte directe à nos sentiments, une démarche présentant le Maroc comme un pays liberticide ». No comment.
22 octobre 2009 :
Bakchich et Reporters sans Frontières organisent un rassemblement devant l’ambassade du Maroc à Paris pour soutenir le caricaturiste Khalid Gueddar ainsi que tous les journalistes marocains qui sont harcelés et qui comparaissent devant les tribunaux. Une centaine de manifestants ont fait le déplacement. Pour Bakchich, les autorités marocaines font notamment payer à Khalid la BD sur la vie du roi Mohammed VI que le caricaturiste a publié sur notre site web.
18 octobre 2009 :
Le Journal Hebdomadaire a été condamné a payer une amende de 250 000 euros de dommages et intérêts pour « diffamation » dans le cadre d’un vieux procès qui remonte à 2006. Dans la foulée, les comptes bancaires de cette publication phare aujourd’hui menacée de disparition ont été saisis. Les autorités et notamment le Palais royal n’ont pas apprécié que le journaliste et éditorialiste Aboubakr Jamaï qui dirigeait Le Journal Hebdomadaire en 2006 reprenne du service au travers d’éditoriaux et d’articles sans concessions.
15 octobre 2009 :
Stupéfaction et consternement. Le directeur de l’hebdomadaire Al Michaâl, Idriss Chahtane, est condamné à un an de prison ferme et incarcéré à la prison de Rabat-Salé. Deux journalistes de ce magazine, Rachid Mhamid et Mustapha Hirane, écopent de trois mois de prison ferme mais sont laissés en liberté dans l’attente de leur procès en appel. Leur crime : des articles sur la santé du roi Mohammed VI que les autorités n’ont pas acceptés.

dimanche 25 octobre 2009

Pas de prison pour un coup de crayon


Journal Hebdomadaire et le journal Akhbar Al-Youm au Maroc, risque de trois à cinq ans de prison assortis d’une amende de 270 000 euros pour… un dessin ! Les deux procès devaient avoir lieu vendredi 23 octobre (9 heures puis 13 heures à Casablanca) mais ont été une nouvelle fois reportés au lundi 26 et vendredi 30 octobre. Il fallait donc agir vite. Et bien. Reporters sans Frontières (RSF) a, avec nous, organisé le rassemblement.
11 heures. Les manifestants – une centaine de personnes – sont rassemblés devant l’ambassade du Maroc, dans le XVIème arrondissement de Paris. Des grilles empêchent de pénétrer la rue de l’ambassade. Pas grave, car pour une heure, le trottoir d’en face nous appartient. Autour des révoltés de Bakchich (une vingtaine de personnes), sont présents RSF, la Ligue des Droits de l’Homme, plusieurs associations de défense des droits de l’homme au Maroc (dont la Coordination Maghrébine des Organisations des Droits Humains et l’Association de Défense des Droits de l’Homme au Maroc), la Sénatrice Alima Boumediene (Verts), et d’autres citoyens. En prime, caméras, micros et stylos. Avec, entre autre, Al Jazeera, M6, France 3, RFI, et même une journaliste de la presse norvégienne !
On crie : « Liberté de la presse au Maroc ! », « Pas de prison pour Khalid », « Pas de prison pour les journalistes », « Pas de prison pour un coup de crayon ! », « M6 en bédé », et encore : « M6, si tu savais, ta justice, ta justice, M6 si tu savais, ta justice où on se la met… » Et de brandir les panneaux. Au centre, a été disposée une colonne de dessins de Khalid Gueddar, piochés dans sa bande dessinée sur Mohammed VI.
Puis une représentante de RSF et deux journalistes de Bakchich sont reçues par des conseillers de l’ambassadeur du Maroc. Les trois hommes, courtois, annoncent d’emblée qu’ils « sont là pour écouter nos doléances et faire passer le message à Rabat mais pas pour répondre à nos questions ».
Nos « doléances » ? Interroger les autorités marocaines sur le virage qu’est en train de prendre le Royaume. Alors qu’il était, depuis une dizaine d’années, l’un des pays du Maghreb les plus respectueux de la liberté de la presse, le Maroc est en train de changer de cap. Notamment en arrêtant des journalistes, dont plusieurs se sont retrouvés en prison. Ce qui est une catastrophe pour l’image de ce pays. Nous insistons ensuite sur les procès intentés à Khalid Gueddar et notre grande inquiétude quant à leur dénouement. Rappelant au passage que le journal marocain Akhbar Al-Youm, qui a publié le dessin attaqué, avait été fermé d’autorité.


Les procès de notre caricaturiste Khalid Gueddar ont été reportés à lundi et vendredi. Pour un dessin, il risque de 3 à 5 ans de prison. Un rassemblement de soutien s’est tenu jeudi devant l’ambassade du Maroc à Paris.

« C’est inadmissible ! », ajoutons-nous.
En attendant le verdict du tribunal de Casa, le combat pour Khalid et la liberté de la presse au Maroc continue. Avec le soutien de nombreux caricaturistes, journalistes, personnalités politiques, partis politiques et syndicats…


Jeudi matin à 8h45, l’équipe de Bakchich s’est retrouvée, autour de croissants tièdes et d’un café chaud, dans les locaux du journal. De façon inhabituelle, les ordinateurs sont restés éteints. Plumes, feutres, cartons et dessins en main, les uns scotchent, écrivent et colorient, tandis que les autres réfléchissent aux slogans. Dans une saine agitation. But de la manœuvre, réussir le mieux possible le rassemblement de soutien à Khalid Gueddar. Notre caricaturiste, également dessinateur pour le