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vendredi 13 décembre 2013

Maroc-Afrique du Sud : les dessous d’un gâchis


Homme de paix et de dialogue, Nelson Mandela a tenté par tous les moyens de renforcer les liens entre l’Afrique du Sud et le Maroc. Cette mission est l’un de ses rares échecs. Pourquoi ?
Le Maroc peut-il raisonnablement se passer d’un solide partenariat avec la première puissance continentale ? En tout état de cause, l’histoire de cette relation bilatérale ne fait que se dégrader. Avec plus de 20% de l’ensemble du PIB du continent, l’Afrique du Sud demeure, et de loin, la première puissance économique d’Afrique. Une telle supériorité confère au pays de Nelson Mandela une force de frappe diplomatique loin d’être négligeable. Pourtant, le royaume a gâché toutes les opportunités offertes par l’Histoire de se positionner aux côtés de l’Afrique du Sud et de former ainsi un tandem de choc. Aujourd’hui, les séquelles de la bataille pour l’organisation de la Coupe du monde de football 2010, et surtout la reconnaissance officielle de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), en septembre 2004, semblent entériner la fâcherie entre les deux pays.
Grâce au combat victorieux mené par l’ANC (Congrès national africain) de Nelson Mandela, l’Afrique du Sud jouit d’une image particulière aux yeux du monde. Entre 1948 et 1991, le pays a été sous la coupe du régime de l’Apartheid, qui institutionnalisait une stricte séparation ethnique entre la population noire, largement majoritaire et pauvre, et une fraction minoritaire de blancs qui s’accaparait pouvoir et richesses. Ce régime politique basé sur le racisme a suscité pendant des décennies l’indignation de la communauté internationale et des opinions publiques. L’ONU a certes pris des mesures coercitives à son égard, mais force est de constater que l’odieux régime n’a pu durer dans le temps que grâce à l’appui discret d’un bon nombre de puissances occidentales. Au gré des vents et des intérêts, le Maroc a présenté à l’Afrique du Sud plusieurs de ses facettes, frôlant même la schizophrénie à certaines occasions. Plonger dans l’histoire bilatérale des deux pays génère encore aujourd’hui chez ses acteurs une grande méfiance et surtout une discrétion plutôt énigmatique. Tout porte à croire que les liens complexes entre le royaume chérifien et la nation arc-en-ciel sont loin d’être un conte de fées. Un cas où l’Histoire déteint clairement sur le présent.
Le Maroc, ce grand frère
Entre l’indépendance et le début des années 1960, Rabat n’est plus inconnue des leaders du mouvement anticolonial africain. Le roi Mohammed V jouit d’une belle image de lutte contre l’oppresseur impérialiste. Son exil, suivi d’un retour victorieux, contribue à casser le mythe d’un joug colonial indestructible. En 1956, un grand nombre de pays africains luttent encore pour recouvrer leur indépendance et ne se privent pas de lorgner sur l’expérience marocaine. C’est à cet effet que le royaume souhaite montrer l’exemple en contribuant à la création du groupe dit de Casablanca, qui sera l’un des noyaux de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) au sein du club dit de Casablanca. Dans une époque marquée par la Guerre froide, ce club composé de pays comme l’Egypte, le Ghana, la Guinée-Conakry, le Mali et le GPRA (Gouvernement provisoire de la république algérienne) ambitionne de former un pôle des « non alignés » dans le continent. En Afrique du Sud, l’ANC est en pleine mutation. Après des années de militantisme pacifique improductif, Nelson Mandela crée en 1960 « Umkhonto we Sizwe » (Lance de la nation), qui se veut être la branche armée de l’ANC. Seulement, cette organisation manque de tout. Afin de garantir l’efficacité des actions prévues de guérilla et de sabotage, le jeune Nelson Mandela sait qu’il doit chercher des ressources financières, militaires et humaines auprès des gouvernements alliés à sa cause. Madiba, comme le surnomme affectueusement les Sud-africains, a bel et bien coché Rabat dans sa liste des pays à visiter. Il compte énormément sur le soutien du Maroc qui incarne encore un espoir pour les peuples africains en lutte. Après être passé par l’Ethiopie, Mandela rejoint l’Egypte, où il noue ses premiers contacts avec le FLN algérien. Ce dernier est devenu une référence en matière de lutte armée au vu de l’efficacité dont il a fait preuve sur le terrain algérien face aux forces françaises. Le leader de l’ANC réalise qu’il lui est indispensable de leur rendre visite au plus près de leur théâtre d’opération. Dès lors, l’étape marocaine devient tout simplement incontournable.
Une visite clandestine
En mars 1962, Nelson Mandela foule pour la première fois le sol marocain. Son interlocuteur direct n’est autre que le docteur Abdelkrim Khatib, alors Ministre d’Etat chargé des Affaires africaines. Fin diplomate et grand connaisseur de l’Afrique, ce chirurgien de formation incarne depuis la fin des années 1950 le parfait agent de liaison avec les organisations nationalistes africaines. Il compte à son actif des opérations de soutien au MPLA (Mouvement populaire de libération de l’Angola), au PAIGC (Parti africain pour l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert) et plus tard au ZAPU (Zimbabwe african people’s union). L’expérience ne manque donc pas au docteur Khatib qui entretiendra, jusqu’à sa mort en 2008, une sincère amitié avec Nelson Mandela. Ce dernier n’hésitera d’ailleurs pas à lui rendre hommage en sa présence, lors de son discours au Cap le 27 avril 1995. Lors de cette brève allocution, Madiba explique lui-même les circonstances de sa rencontre avec le docteur marocain 33 ans auparavant. Il y raconte que la première question qu’il adresse à son interlocuteur concerne la possibilité de rencontrer le nouveau roi Hassan II. A ce moment-là, Nelson Mandela ignore que le docteur Khatib dispose de toute latitude concernant le traitement de ce type d’affaires. Même si le règne a changé de main, le Maroc de l’après-Mohammed V hérite, pour encore peu de temps, du rôle de phare pour les pays africains en lutte contre le colonialisme et l’oppression. Néanmoins, en cette année 1962, Hassan II semble clairement s’orienter vers un alignement sur les Etats-Unis, et c’est à ce titre que la discrétion concernant la visite de Mandela (considéré alors comme un dangereux terroriste communiste) est de mise. Quoi qu’il en soit, Madiba n’aura pas l’occasion de rencontrer le monarque cette fois-ci, mais obtient satisfaction sur toutes les autres demandes qu’il formule. Le docteur Khatib lui promet de livrer des caisses d’armes via le poste consulaire marocain à Dar Essalam en Tanzanie. Il répond favorablement à la demande de formation militaire des militants de l’ANC. Pour ce faire, il propose d’envoyer un avion marocain en Tanzanie, afin de récupérer les hommes de Mandela et de les acheminer vers le Maroc où leur formation sera prise en charge. Enfin, la question de l’aide financière se résout par l’envoi de 5000 livres britanniques sur un compte bancaire londonien. Dans son discours, Nelson Mandela conclut non sans humour : « Après ça, le docteur m’a demandé si je voulais toujours voir le roi Hassan II, je lui ai répondu non merci ». Une déclaration teintée néanmoins d’une légère pointe d’amertume, comme le révélera plus tard Mandela en personne à un diplomate qui a exercé dans la région et qui souhaite garder l’anonymat.
Ce voyage de mars 1962 au Maroc est une réussite totale pour Nelson Mandela, mais sa mission n’est pas terminée pour autant.
Mandela, le FLN, la CIA
Le leader de l’ANC prévoit de se rapprocher des cadres du FLN, qui voient à ce moment se dessiner les contours d’une libération, obtenue au prix du sang. Justement, l’ANC se place dans ce registre. A préciser néanmoins que Mandela redoute un scénario de guerre totale à l’algérienne. Profondément pacifique, il précise que les actions coup de poing qu’il désire mener doivent se cantonner à du sabotage, en évitant absolument de faire des victimes humaines. Grâce à l’inévitable docteur Khatib dont le père est algérien, Madiba se rend à Oujda, où l’attendent des cadres du FLN dont Houari Boumediene et probablement Abdelaziz Bouteflika. Les informations concernant les détails de cet épisode sont rares, toutefois on sait que Nelson Mandela rentre clandestinement en Afrique du Sud après avoir passé quelques mois en Algérie. Le 5 août 1962, celui qui est devenu l’icône de la lutte en faveur de la population noire d’Afrique du Sud est arrêté près de Durban. Depuis l’interdiction de l’ANC en 1960 et sa qualification d’« organisation terroriste » par le régime de l’Apartheid, avec le soutien des Etats Unis, la liberté de Madiba est clairement en sursis. L’implication de la CIA ne fait aujourd’hui aucun doute. Ce sont en effet les services de renseignement américains qui démasquent la vie de couverture de Mandela, à savoir chauffeur pour un riche blanc sud-africain, qui est en réalité un soutien de la cause de l’ANC. Evidemment, la position ambigüe du Maroc, nouvel allié inconditionnel des Etats Unis, entraine une série de questions : si les services occidentaux ont commencé à filer Mandela depuis l’Afrique du Nord, auraient-ils pu bénéficier d’une quelconque assistance ? Une source ayant étudié l’affaire et qui souhaite rester anonyme donne son avis : « La première arrestation de Mandela a eu lieu pratiquement à son retour du Maroc et d’une tournée dans d’autres pays. Mais il n’a été condamné à la prison à vie qu’en 1964 alors qu’il était entré en clandestinité. Que la CIA ait pu fournir des renseignements à Pretoria sur son séjour au Maroc est bien sûr très possible. Mais il n’y a pas que la CIA qui opérait librement au Maroc : les services français, israéliens et portugais, qui soutenaient totalement la politique de l’Apartheid, ont pu tout aussi bien le faire ».
Un jeu trouble
Jusqu’à l’arrestation de Nelson Mandela, la relation entre le Maroc et l’ANC est proche d’être idyllique. Mais plus les années passent, plus les nouveaux dirigeants du parti révolutionnaire sud-africain constatent la nouvelle orientation de la politique marocaine insufflée par Hassan II. Le premier rouage à coincer est sans doute la nouvelle position de Rabat qui se place dans la sphère d’influence américaine. Dès lors, le Maroc devient par nature un partenaire indirect du régime sud-africain, l’ennemi mortel de l’ANC. Cet état de fait dépasse le simple point de vue idéologique, car le royaume participe au cours des années 1960 et 1970 à plusieurs opérations contre les intérêts de ses anciens protégés. Le pragmatisme de Hassan II choque les mouvements indépendantistes qui avaient pourtant placé leur confiance au Maroc. Un premier événement pousse l’ANC et ses alliés africains à prendre plus de distance avec Rabat. En octobre 1963, le Maroc et l’Algérie s’affrontent militairement pendant la Guerre des sables. Pour les mouvements de libération africains, le choix se porte sans trop d’hésitation sur Alger, qui véhicule une image bien plus empathique que son voisin chérifien. De plus, les nouveaux cadres de l’ANC, comme le jeune Thabo Mbeki, futur président de l’Afrique du Sud, ont préalablement tissé des liens forts avec les combattants du FLN. L’ironie du sort retient que cette rencontre a été possible grâce à la médiation du Maroc. Plus tard, le royaume s’engage plus ou moins discrètement dans des actions hostiles aux alliés de l’ANC. La tentative de coup d’Etat avortée au Bénin en 1977 confirme cette tendance. Des mercenaires français, avec à leur tête Bob Denard, tentent de renverser le nouveau régime marxiste-léniniste de Mathieu Kérékou, important soutien et allié de l’ANC. Cette opération aurait été menée avec la bénédiction de Rabat. En 1975, l’Angola nouvellement indépendant plonge dans la guerre civile. Alors que le pouvoir revient dans un premier temps au MPLA, anciens protégés de Mohammed V, Hassan II aurait choisi de soutenir l’UNITA (l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola) de Jonas Savimbi, un mouvement concurrent appuyé par Pretoria et l’Occident. Par deux fois, le roi du Maroc fournit une aide militaire au régime zaïrois du dictateur Mobutu Sese Seko. En effet, le pouvoir de ce dernier est sérieusement menacé lors des crises du Shaba en 1977 et 1978. Le monarque alaouite ne cache pas son aversion envers les ennemis de Mobutu, dont fait partie… l’ANC. Enfin, une troublante rumeur pourrait sérieusement constituer le point de rupture entre les ennemis de l’Apartheid et le Maroc. Selon notre deuxième source, le Polisario aurait saisi en 1979 un étrange butin de guerre suite à un raid contre les Forces armées royales (FAR). Il s’agirait de plusieurs automitrailleuses AML Panhard équipées de canons de 60 et 90 mm. Ces véhicules blindés porteraient des inscriptions rédigées dans une langue proche du néerlandais. Le représentant à l’époque de l’ANC à Alger, Thami Sindelo, aurait formellement reconnu l’origine sud-africaine de ces équipements. Si ces informations se révèlent exactes, le Maroc aurait violé l’embargo sur les armes imposé au régime de l’Apartheid par l’OUA et l’ONU. Si tel est le cas, la fracture avec les futurs hommes forts de l’Afrique du Sud est quasiment irrémédiable.
Le calme avant la tempête
Le 11 février 1990, le monde entier fête la libération de Nelson Mandela. Après avoir passé 28 années de son existence enfermé dans la prison de Robben Island, Madiba remporte son combat herculéen et s’apprête à prendre les rênes de la destinée de son pays. Il incarne toujours au sein de son parti historique, l’ANC, le symbole de la lutte contre l’oppression et le racisme. En 1993, après d’âpres négociations, Nelson Mandela et le président Frederik de Klerk parviennent à trouver un accord pour tourner définitivement la sombre page de l’Apartheid. La même année, les deux hommes se voient attribuer le prix Nobel de la paix. Madiba, redevenu entre-temps chef de l’ANC, est fin prêt à lancer sa campagne présidentielle. Il entame une tournée internationale dont l’objectif est double. Il doit d’abord récolter des fonds en vue des prochaines échéances électorales, et ensuite en profiter pour saluer les efforts des pays amis de l’ANC. 
Comme en 1962, il choisit de passer par la case Rabat. Cette fois, le roi Hassan II le reçoit avec tous les honneurs dus à son rang. Une satisfaction en forme de revanche personnelle pour le futur président d’Afrique du Sud. D’après notre source diplomatique, Hassan II aurait fourni une enveloppe de 12 millions de dollars destinée aux caisses de l’ANC. Encore une fois, Mandela ne part pas les mains vides du Maroc. Dans ses mémoires, il insiste sur la reconnaissance qu’il exprime au Maroc de Hassan II. Dans une interview, il va même jusqu’à prononcer une phrase restée célèbre : « Je suis un disciple de Gandhi et de Mohammed V ».

Le 27 avril 1994, Nelson Mandela devient le premier président de la nouvelle République d’Afrique du Sud. Tout au long de son mandat, Madiba parvient à contenir la colère d’une certaine frange de l’ANC, hostile au Maroc et favorable au tandem Algérie-Polisario. Mais ce n’est que partie remise. Toujours selon la source diplomatique proche de l’ANC, Nelson Mandela aurait souhaité assister aux funérailles du monarque marocain, décédé seulement quelques jours après la passation de pouvoir en Afrique du Sud. Seulement son état de santé, déjà dégradé à l’époque, ne le lui aurait pas permis de faire le déplacement. En juin 1999, le nouveau président sud-africain Thabo Mbeki entre en fonction et multiplie les signes d’amitiés envers l’Algérie et le Polisario. Quatre ans plus tard, le Maroc et l’Afrique du Sud déposent simultanément leurs dossiers de candidature à l’organisation de la Coupe du monde de football de 2010. La particularité de cette édition repose sur le principe d’une tournée des continents, ce qui place les deux pays en confrontation directe. L’affrontement qui se profile tombe particulièrement mal. Alors que le milieu des affaires, d’un côté comme de l’autre, prend conscience de l’intérêt économique à former un solide partenariat entre les deux Etats, la rivalité politique reprend le dessus. Pour le diplomate ayant exercé dans la région, le Maroc a raté de nombreuses occasions de se rapprocher de l’Afrique du Sud : « Avec un engagement diplomatique plus sérieux de la part du Maroc, il aurait été possible de trouver un compromis avec l’Afrique du Sud. Sachant que Mandela était favorable à mettre dans la même balance le soutien au Polisario et l’organisation de la Coupe du monde. Mais quand le royaume décide d’annuler une commission mixte entre les deux pays ou choisit de n’envoyer aucune délégation au congrès de l’ANC, alors que 40 Algériens y représentent leur pays, il ne faut pas s’étonner de la suite des événements ». Justement, le 15 septembre 2004, la ministre sud-africaine des Affaires étrangères Nkosazana Dlamini-Zuma annonce officiellement que son pays reconnaît la RASD. La perte du soutien de la première puissance africaine a donc bel et bien une histoire.
Par Sami Lakmahri

http://www.zamane.ma/maroc-afrique-du-sud-les-dessous-dun-gachis-2/

dimanche 13 janvier 2013

Best-of Hassan II : quarante ans de tartuferies

Rétrospective de quarante ans de tartuferies, qui me font penser que nous sommes toujours en dictature, mais qu'un sombre ignorant a remplacé un salaud magnifique !
 

  Best Of Hassan II أجمل أقوال الحسن الثاني

http://youtu.be/UYtw61uuk8A 

 (arabe et français)



jeudi 13 décembre 2012

La mort de l’opposant n°1 du régime marocain

    Par demainonline, 13/12/2012

    La mort de l’opposant n°1 du régime marocain

    Abdessalam_Yassine_portrait_by_taoufiq
    C’est le plus persévérant et peut-être le plus digne opposant au régime marocain qui vient de décéder. Abdessalam Yassine, fondateur et dirigeant du principal mouvement islamiste marocain, Al Adl Wal Ihsane (Justice et spiritualité) est mort ce matin, vers 7h30, à l’âge de 84 ans. Ses funérailles, qui seront sûrement l’occasion d’une démonstration de force de ce mouvement, auront lieu demain à la Mosquée Sounna de Rabat.
    Même s’il a vécu pendant longtemps à Salé, Yassine devrait être enterré à Rabat.
    Yassine est sorti des catacombes de la dissidence quand, en 1974, il a adressé au défunt tyran Hassan II un courageux pamphlet intitulé « L’Islam ou le déluge », enjoignant au tout puissant autocrate marocain, qui venait de sortir indemne de deux coups d’Etat (1971 et 1972), de revenir à l’Islam, le vrai, et de délaisser la farce de la « commanderie des croyants » et la fallacieuse croyance que les Alaouites sont des descendants directs du Prophète Mohammed.
    On connait la suite de l’envoi par Yassine de son pamphlet. Hassan II le fera interner dans une clinique psychiatrique, une méthode soviétique utilisée contre les dissidents afin de les discréditer auprès de la population. Puis il le mettra en résidence surveillée pendant de longues années, jusqu’à l’arrivée de Mohamed VI sur le trône.
    Un an auparavant, en 1973, cet inspecteur de l’Education nationale originaire du sud du Maroc avait créé l’association Al Adl Wal Ihsane (Justice et bienfaisance, avant de devenir, grâce à la traduction faite par ce mouvement Justice et spiritualité).
    Contrairement à certains mouvements islamistes de l’époque, dont la Chabiba Islamiya, dont est issu un certain Abdelilah Benkirane, l’actuel chef du gouvernement marocain, Al Adl Wal Ihsane s’il a toujours revendiqué l’instauration d’un État islamique au Maroc a toujours rejeté la violence.
    Depuis sa fondation, Al Adl Wal Ihsane n’a jamais reconnu la qualité de « commandeur des croyants » des rois du Maroc, et ce contrairement au Parti de la justice et du développement (PJD), les islamistes light du gouvernement. Toutes les pressions du Makhzen pour l’amener à reconnaître la « commanderie des croyants » sont restées vaines.
    Principal moteur du Mouvement du 20 février, qui a ébranlé le régime et a permis l’accès du PJD à la primature, Al Adl Wal Ihsane l’a quitté l’année dernière pour cause de divorce idéologique avec les jeunes du M20F disent certains ; pour donner aux frères du PJD un répit, assurent d’autres.

    Le cheikh Abdessalam Yassine n’a laissé aucun succeseur.
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    L’agence de presse officielle MAP omet de signaler le décès de Yassine

    Abdessalam-Yassine
    L’agence de presse oficielle MAP, dirigée par le fidèle chien de garde du régime, Khalil Idrissi Hachimi, n’a toujours pas annoncé le décès de Abdessalam Yassine.
    A 12h30, heure marocaine, c’est-à-dire cinq longues heures après le décès du cheikh de l’association Al Adl Wal Ihsane, la MAP est aux abonnés absents.
    Quoi, Hachimi Idrissi n’a toujours pas reçu d’instructions du ministère de l’Intérieur ?
    Rappelons que la MAP est une agence d’information (et de renseignement aussi) publique financée avec de l’argent public, c’est-à-dire de celui de tous les Marocains. Islamistes d’Al Adl Wal Ihsane inclus !
    URLcourte: http://www.demainonline.com------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
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    Salah Elayoubi
    Le guide spirituel d'Al Adl Wal Ihasane s'est éteint !
    S'il fallait retenir un seul de ses accomplissements, je retiendrais de lui sa fameuse épitre à Mohamed VI, à son intronisation, dans laquelle il lui suggérait de racheter les fautes de son père !
    Je retiendrais son courage et sa détermination, face aux assiduités du régime marocain contre lui !
    Mais je n'oublie pas la trahison des siens, au lendemain de l'arrivée du PJD au pouvoir, et comme dit si bien le vieux dicton arabe:
    - " Le chamelier a piétiné les sillons labourés par son dromadaire !"

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    Le guide spirituel d'Al Adl Wal Ihasane s'est éteint ! 
S'il fallait retenir un seul de ses accomplissements, je retiendrais de lui sa fameuse épitre à Mohamed VI, à son intronisation, dans laquelle il lui suggérait de racheter les fautes de son père !
je retiendrais son courage et sa détermination, face aux assiduités du régime marocain contre lui !
Mais je n'oublie pas la trahison des siens, au lendemain de l'arrivée du PJD au pouvoir, et comme dit  si bien le vieux dicton arabe:
- " Le chamelier a piétiné les sillons labourés par son dromadaire !"
    Ali Fkir, extrait de :le petit berger qui devint communiste

    "– Le communiste a eu des discussions avec Cheikh Yassine, aujourd’hui leader d’Al Adl Oua Al Ihsane. C’est un grand homme, un grand intellectuel (il maîtrise aussi bien l’arabe que le français). Anti makhzenien convaincu. Leurs diagnostiques politiques de la situation étaient les mêmes. Ils étaient d’accord sur la nécessité de changement et sur l’impératif engagement actif. Le changement ne peut se faire de l’intérieur des institutions makhzeniennes.
    Les divergences (divergences exprimées dans des formulations respectueuses), concernant l’alternative. Cheikh Yassine défendait des projets qui auraient existé dans le passé. Pour l’ex berger, historiquement, ces projets n’ont jamais existé, et de toute façon ils sont irréalisables dans la réalité actuelle de l’Humanité."

    mercredi 30 novembre 2011

    Les Marocains de l'étranger voteront au Maroc.....quand les poules.... . .

    Bruxellois-surement 28 novembre 2011

    PAR PROCURATION ....MON OEIL !!!!
    ..
    Le roi Mohammed VI sait parfaitement que le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger (CCME), présidé par El Yazami est une coquille vide, une agence de cérémonies et de tape à l'oeil.

    Officiellement, le CCME a été installé en 2007, avec à sa tête Driss El Yazami, pour fournir au monarque marocain, les avis et conseils susceptibles d'aider le roi Mohammed VI, à initier des politiques destinées à mieux encadrer les MRE établis à l'étranger afin que ces MRE continuent de maintenir leurs liens culturels et surtout économiques avec le Maroc ( 46 milliards de dirhams par an ). Cela, pour ce qui est officiellement annoncé.

    Sauf que le véritable objectif poursuivi par la mise en place de cet organe, visait en réalité à passer un deal avec les anciens opposants ayant été l'objet d'une féroce répression durant les années de plomb.

    Ce deal fut initié par feu le roi Hassan II qui décida, avant sa mort, de se réconcilier avec les anciennes victimes des graves atteintes aux droits de l'homme au Maroc et de baliser, sur des bases moins compromises, le règne de son fils.

    Le défunt monarque commença par accorder sa grâce à des dizaines de militants gauchistes, plaça Driss Benzekri, lui même ancienne victime des années de plomb, à la tête du Conseil consultatif des Droits de l'Homme et soutint les efforts du défunt militant, pour la mise en place d'un organe chargé de rendre justice aux victimes de la répression.

    La direction de cet organe, l'Instance Equité et Réconciliation, fut confiée au même Driss Ben Zekri.

    Lequel Ben Zekri, s'engageant à tout tenter, pour passer sous silence les responsabilités de l'Etat marocain et de Hassan II en particulier, dans les graves atteintes aux droits de l'homme, intervenues au Maroc durant le règne du défunt monarque.

    Et l'on indemnisa les victimes et leurs familles. Et l'on évoqua les souffrances et les douleurs endurées par les victimes de la répression. Et l'on permit à ces victimes de parler de leurs longues années de détention et de tortures...

    Mais on prit le plus grand soin de ne point nommer les responsables et de réclamer des poursuites et sanctionner les auteurs des meurtres et de la torture

    A condition de tout faire pour ne pas citer les coupables des atteintes graves aux droits de l'homme durant Tazmamart, Derb Moulay Chrif, Agdz, Kenitra, Chefchaouen...et les autres centres de détention et de torture, Driss El Yazami, lui même, issu de cette famille gauchiste, ayant passé ce deal avec le régime marocain, obtint, en compensation, la présidence du très dépensier CCME.

    Ceux qui, à l'image d'El Yazami, de Herzenni, de Sebbar..., voulaient jadis, abattre le régime "réactionnaire " de Hassan II, ce régime "valet de l'impérialisme" américain et lui substituer un pouvoir communiste à l'image de celui de Pot Pot, de Mao Tse Toung ou d'Enver Hodja, devinrent ainsi, grâce à ce deal, à défaut d'être du peuple, des petits commissaires du Makhzen, chargés de promouvoir l'amnésie et de falsifier l'histoire.

    Il n'est demandé à El Yazami, rien d'autre que de remplir cette mission...Il ne lui est point demandé de fournir des résultats sur la mission " officielle " qui lui a été confiée par le roi, de communiquer au souverain, avis et recommandations au sujet des attentes et des aspirations des Marocains résidant à l'étranger.

    C'est pour cela qu'El YAZAMI a tout fait pour évacuer les attentes de ces Marocains, enterrant ainsi, une fois de plus leur volonté de participer, à l'instar des Tunisiens et des Egyptiens de la diaspora, aux suffrages législatifs se déroulant dans leur pays

    Il a été promu président du Conseil national des droits de l'homme au Maroc, pour avoir rempli admirablement cette mission.

    Hassan VI ne savait pas, de son vivant, que les gauchistes qu'il a réprimés, pouvaient se révéler, de grands vassaux du régime marocain.

    lundi 30 novembre 2009

    Histoire : deux personnalités, Hassan et Hussein


    Par René Naba, 30/11/2009

    Le tollé suscité le 21 novembre au sein des économistes arabes par la présence inopinée au Forum économique Amadeus de Tanger de Mme Tzivi Lipni, ancien ministre israélien des Affaires étrangères, un des artisans de la guerre contre Gaza en décembre 2009, de même que la rencontre subreptice du ministre marocain des affaires étrangères avec son homologue israélien, en septembre dernier à New York, en marge de l’assemblée générale des Nations Unies, constituent une belle Illustration de la diplomatie souterraine du trône chérifien visant à contourner l’ostracisme qui frappe les fauteurs de guerre israéliens, au point que l’Egypte, pourtant signataire d’un traité de paix avec Israël, a sabordé la réunion annuelle de l’Union Pour la Méditerranée fin octobre en Turquie afin de barrer la route à la présence du ministre israélien des affaires étrangères Avigdor Liberman, qui passe pour être l’un des dirigeants israéliens le plus xénophobes de l’histoire israélienne.
    http://www.renenaba.com/ revient en une série de deux papiers sur la personnalité de deux monarques qui ont imprimé leur marque à leur pays respectif, qui apparaissent, l’un pour le Machreq, le levant (la Jordanie), et l’autre pour le Maghreb, le ponant (le Maroc), comme des voltigeurs de la pointe de la diplomatie occidentale dans la sphère arabe.
    Première partie : Jordanie et Maroc
    Hassan et Hussein, le modernisme au service de l’archaïsme
    Paris, 7 Décembre 2009 – A l’inverse des pétromonarques du Golfe d’extraction bédouine et d’éducation rudimentaire, Hussein comme Hassan auront été les deux seuls souverains arabes de la seconde moitié du XX e siècle diplômés des universités occidentales, chacun dans la filière coloniale de son pays, le Hachémite de l’académie militaire britannique de Sandhurst, l’Alaouite de la Faculté de Droit de Bordeaux, mais le savoir acquis au cours de leur cursus universitaire ne sera jamais affecté à la modernisation de leur royaume respectif mais à conforter leur archaïsme dans leur méthode de gouvernement et leur narcissisme dans leur projection médiatique occidentale.
    Deuxième partie: Jordanie et Maroc
    Deux voltigeurs de pointe de la diplomatie occidentale
    La CIA de l’un, le Mossad de l’autre
    Paris, 15 décembre 2009 – Hassan et Hussein ont manifesté très tôt un intérêt marqué pour l’Occident, sans doute en raison de leur éducation, mais aussi dans l’intérêt bien compris de la survie de leur trône. Si l’Arabie saoudite est quadrillée par le FBI américain, une trentaine de postes disséminés dans les principales villes du Royaume pour déjouer les menées subversives contre la famille royale et les installations américaines, le lien avec les services de renseignement paraît tout aussi direct en ce qui concerne les deux autres monarques à en juger par les informations parues dans la presse internationale… au point que les deux monarchies, l’une pour le Machreq, (la Jordanie), et l’autre pour le Maghreb, (le Maroc), apparaissent comme des voltigeurs de la pointe de la diplomatie occidentale dans la sphère arabe.

    mardi 10 novembre 2009

    Dr Cléret, une cravate bien méritée


    Par Ignace Dalle, 10/11/2009

    Médecin personnel des sultans marocains Mohammed V et Hassan II, le docteur François Cléret a aussi été un infatigable soldat de l’indépendance du Vietnam. Il vient d’être fait commandeur dans l’Ordre de la Légion d’Honneur à titre militaire.

    Devenir commandeur dans l’Ordre de la Légion d’Honneur à titre militaire est un honneur très rare. Pour faits d’armes exceptionnel, le docteur François Cléret l’a vécu le 2 novembre dernier, devant le Temple du souvenir indochinois à Nogent sur Marne en recevant des mains du général Louis Beaudonnet, le gendarme le plus décoré de France, la fameuse cravate.

    Né en février 1918 en Annam, cet ancien médecin militaire a raconté il y a quelques années dans un livre passé à peu près inaperçu – Le Cheval du Roi aux Editions Presse du Midi – la vie étonnante qui fut la sienne.

    Petit-fils d’un Catalan entraîné en 1872 dans l’épopée coloniale indochinoise, fils d’un dentiste militaire et d’une Tibétaine, cet Eurasien, qui a échappé à la mort sur les champs de bataille asiatiques à peu près autant de fois que le nombre de décorations qui lui ont été remises, termine ses études de médecine à Hanoï en 1939. Quelques semaines plus tard, il est appelé sous les drapeaux et, comme il le dit, classé « un peu rapidement » dans la rubrique « illettré » en raison de son métissage. Bien décidé à réparer cette injustice, il se porte candidat à un stage accéléré d’officiers d’infanterie, dont il sort major.
    Dans la résistance antijaponaise

    Tout en travaillant dans les hôpitaux militaires, il assiste à l’occupation progressive du Vietnam par les Japonais. Révolté par les accords passés par la France collaborationniste avec le Japon, il est sèchement muté par une hiérarchie pétainiste de Hanoï à Haïphong puis rejoint en 1943 la résistance française formée de quelques officiers réfractaires au régime de Vichy.

    Il apprend alors toutes les techniques de renseignements et, fort de sa parfaite connaissance du terrain, informe par radio la CIA installée à Mindanao (Philippines). Ses activités extra médicales le conduisent à plusieurs reprises à sauver des pilotes américains et à combattre, parfois à l’arme blanche, l’occupant japonais dans la jungle vietnamienne.

    En juin 1945, après avoir échappé aux tigres, évité d’être piétiné lors de combats épiques entre éléphants et gaurs, d’immenses bœufs sauvages, surmonté nombre de maladies comme la dysenterie, après avoir été contraint d’achever des malades irrécupérables pour les soustraire aux tortures des Japonais, il est fait prisonnier par un détachement nippon qui a pris d’assaut la villa isolée dans laquelle il se cache. Il est atrocement torturé pendant un mois par la soldatesque japonaise qui s’apprêtait à le dépecer comme beaucoup d’autres soldats français.

    Les bombardements d’Hiroshima et de Nagazaki et la capitulation du Japon le sauvent d’une mort certaine. Ce qui n’empêchera pas les officiers japonais donneurs d’ordre, dont un amoureux de Rimbaud parfaitement francophone, d’être exécutés ultérieurement pour crimes de guerre.

    Emissaire du général Leclerc
    Au même moment Ho chi Minh prend le pouvoir à Hanoï et reçoit à la fin du mois d’août l’acte d’abdication de l’empereur Bao Daï. Dans un pays à feu et à sang, le courageux soldat Cléret se transforme en diplomate. Le 24 décembre 1945, sur les conseils de Lord Mountbatten qui avait pu apprécier ses multiples talents, le général Leclerc le reçoit à Saigon et lui dit simplement : « Parlez-moi de ce pays ! » Le jeune médecin lui raconte l’évolution de la société vietnamienne prise de vitesse par le Viêt-Minh qui s’est emparé d’un pouvoir laissé vacant par la défaite japonaise et qui « imposait une idéologie marxiste extrêmement agressive en l’assimilant à la cause nationaliste. »

    Au général Leclerc, Cléret dit sa conviction qu’il est trop tard pour rétablir le statu quo, réclamé par le gouvernement de Paris, à un peuple fier qui a déjà goûté à une indépendance offerte par Tokyo. Le médecin, qui juge impossible une reconquête par « une France épuisée », conseille à Leclerc de négocier dans les meilleures conditions possibles le départ de la France en profitant du fait que Ho Chi Minh a encore besoin des soldats français pour éloigner les Chinois qui occupent le Tonkin, c’est-à-dire le nord du Vietnam, qu’ils pillent et rackettent.

    Quelques semaines plus tard, grâce à d’anciens condisciples vietnamiens de l’Université d’Hanoï, comme Giap, ou de la faculté de médecine de la même ville, comme Pham Van Dong et Ton That Tung, médecin de « l’Oncle Ho », il est introduit auprès du « vénérable combattant » qui, en fait, selon Cléret, était « un fin roublard et un génial comédien ». Ho Chi Minh lui donne l’impression d’accepter les propositions de Leclerc et émet le désir de voir revenir la troupe française afin qu’elle l’aide à se débarrasser de groupuscules rivaux dont le plus redoutable est le mouvement prochinois.

    Le 18 mars 1946, François Cléret voit ses efforts couronnés de succès : Leclerc rencontre Ho Chi Minh et le courant passe entre les deux hommes. Mais Leclerc est vite désavoué par de Gaulle qui, fort du soutien des administrateurs coloniaux , de la bourgeoisie franco-vietnamienne et des planteurs, entend préparer le retour de la France en Indochine.

    Dépité par la classe politique française, convaincu que l’indépendance est inéluctable, François Cléret prend ses distances avec le Vietnam. Il s’installe un certain temps en France avec son épouse, eurasienne également, et leurs deux filles, Annie et Francette, avant d’être muté à Madagascar.

    Médecin et ami du sultan du Maroc
    C’est là, à Antsirabé où il exerce, qu’il est prié, le 28 janvier 1954, de se rendre au centre d’accueil militaire où viennent d’arriver en exil le sultan marocain Mohammed Ben Youssef et une partie de sa famille, dont son fils aîné Hassan, le futur roi du Maroc Hassan II, qui a une forte fièvre et un mal de gorge insupportable.

    Cléret porte un diagnostic précis et donne le traitement adéquat. Il ne sait pas encore que sa vie va être bouleversée et qu’il sera désormais et pour plus de treize années au service de la monarchie marocaine. Le lendemain, en effet, satisfait de la prestation du médecin-commandant, le sultan demande au Haut-commissaire de la République à Madagascar de bien vouloir détacher auprès de sa famille le docteur Cléret. Autorisation accordée.

    Très vite, le médecin devient le confident et l’ami du futur Mohammed V. Ce dernier le tient au courant des affaires de l’Etat comme de celles de sa propre famille. Cléret prend vite conscience de l’ambition dévorante du prince héritier Hassan et de la rivalité qui l’oppose à un père à la fois admiratif et très méfiant. A Madagascar, il est aux premières loges et voit défiler les émissaires de Mendès-France et d’Edgar Faure qui tentent de trouver une porte de sortie à l’exil humiliant que les ultras de la droite française ont imposé au sultan.

    Le docteur est toujours présent à Saint Germain en Laye au moment des ultimes négociations à la fin de 1955. Il est encore là au moment de l’indépendance et assiste aux luttes de pouvoir qui opposent la monarchie à une partie des nationalistes.
    Quand Hassan II du Maroc tente d’éliminer le docteur Cléret

    La mort de Mohammed V qu’il vénérait le traumatise à tel point qu’il reprendra quelques années plus tard des études d’anesthésie pour tenter de comprendre ce qui s’est passé. Aujourd’hui, à l’instar d’un certain nombre de personnalités marocaines, dont la plus connue était le fqih Basri, quatre fois condamné à mort par le régime de Hassan II, il est convaincu que Mohammed V a été éliminé.

    Après la disparition de son père, Hassan II, précisément, l’empêche de quitter le territoire marocain, car le bon docteur sait trop de choses… A deux reprises, le jeune roi essaiera de l’éliminer dans des circonstances incroyables : en l’enfermant au milieu de montagnes de liasses de billets de banques dans le sous-sol d’une villa qui lui sert de coffre-fort et dont il lui a demandé de faire l’inventaire, puis en lui injectant à son insu un poison à effet lent. Il est temps de quitter cette Cour, qui ressemble furieusement à celle des Borgia… A moitié aveugle, avec l’aide de son épouse, il parvient à s’enfuir du Maroc en 1967 grâce à la complicité du général Oufkir qu’il avait connu en Indochine. Le professeur Wolfrom lui donnera à Paris l’antidote qui le sauvera.


    Dessin de Ray Clid

    Loin d‘avoir fait fortune au Maroc, il décide de s’assurer une retraite tranquille en rentrant en France. Après s’être spécialisé en médecine, il s’associe comme anesthésiste avec l’un des plus grands chirurgiens plasticiens du monde : un Français qui opère sur les cinq continents des gens souvent très riches.

    Sa vieillesse a pourtant été endeuillée par le décès récent de ses deux filles, dont l’une, Annie, était handicapée depuis longtemps à la suite d’un grave différend avec l’Education nationale. Cette affaire, qui l’a bouleversé, doit passer en appel à Versailles au mois de décembre.

    Décoré avec quarante ans de retard
    François Cléret n’a accepté d’être fait commandeur, dit-il, que parce qu’une injustice est enfin réparée : « Je suis décoré avec quarante ans de retard. Si la hiérarchie du service de santé des troupes coloniales n’avait pas été raciste et n’avait pas méprisé l’Eurasien que j’étais, elle ne m’aurait pas déclaré "trop jeune". Mes états de service justifiaient largement une telle distinction. »

    Le vieux médecin aurait pu être honoré dans la cour des Invalides ou à l’Elysée. Par fidélité à ses amis indochinois, il a choisi le jardin tropical de Nogent sur Marne où se trouvent quelques-uns des rares monuments aux morts érigés en souvenir des soldats indochinois morts pour la France : 30.000 en 14-18, 5000 en 39-45.