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mercredi 4 août 2010

Tunisie. Sois journaliste et tais-toi

Par Clémentine Hillairet, Telquel, juillet 2010
Seul journaliste à avoir couvert les émeutes populaires de la région de Gasfa, le journaliste a été accusé par les autorités de faire partie d’un “groupe criminel”.Un reportage sur des émeutes populaires a conduit
le journaliste Fahem Boukadous en prison. Un cas malheureusement pas isolé dans un pays où les médias publics et privés sont contrôlés par l’Etat.
“Il va en prison comme il s’en va-t-en guerre”, écrit Taoufik Ben Brik à propos de Fahem Boukadous. Sans se connaître réellement, ces deux-là ont énormément en commun. Ils ont tous deux été arrêtés par les autorités tunisiennes et emprisonnés. Leur unique tort : celui d’êtrejournalistes.
Le premier, Taoufik Ben Brik, est sorti de ses geôles en avril, après avoir purgé une peine de six mois de prison pour “coups et blessures volontaires, dégradation des biens d'autrui et atteinte aux bonnes mœurs”. A l’origine de cet embastillement, la plainte d'une femme qui l'accusait d'avoir embouti sa voiture puis de l'avoir frappée et insultée. Une affaire aux allures de machination destinée à intimider le journaliste, qui avait eu le malheur de publier dans les médias français des écrits satiriques visant le président tunisien. Quant à Fahem Boukadous, il a été arrêté le 8 juillet dernier et condamné à quatre ans de prison pour avoir “diffusé des informations et constitué une entente criminelle susceptibles de porter atteinte aux personnes et aux biens”. Selon son avocate Radia Nasraoui, le verdict a été rendu illégalement, le 6 juillet dernier. Un jugement unilatéral et expéditif, sans accusé, ni plaidoirie. Pendant ce temps en effet, Fahem Boukadous était hospitalisé à Sousse suite à de graves crises d’asthme. “Mon transfert en prison signifie ma mort”, a déclaré le journaliste qui souffre d’insuffisance respiratoire depuis une vingtaine d’années et dont la santé risque de se dégrader s’il ne reçoit pas de soins.
On ne badine pas avec le pouvoir
L’histoire remonte à 2008. A l’époque, Fahem Boukadous, journaliste indépendant pour la chaîne satellitaire Al-Hiwar Ettounsi, filme les manifestations populaires dans la région de Gasfa, une région fortement marquée par le chômage. La Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG) vient de publier les résultats d’un concours d’embauche. La population, jugeant ces résultats frauduleux, se soulève contre l’absence de travail et la corruption. Bref, contre l’Etat tunisien. La répression est sanglante, trois jeunes manifestants sont tués. Fahem Boukadous est le seul journaliste à couvrir les événements. Ses reportages sont diffusés à l’étranger et sur les sites de partage Youtube et Dailymotion, censurés en Tunisie.
Pour les autorités tunisiennes, Fahem Boukadous ne serait pas un journaliste mais ferait partie d’ “un groupe criminel ayant endommagé des bâtiments publics et privés” et causé des “blessures sérieuses à des officiers”. A la fin de l’année, “le procès des 38” manifestants accusés est ouvert. Parmi eux, 33 sont condamnés pour “entente criminelle en vue de commettre des attentats contre les personnes et les biens, et rébellion armée commise par plus de dix personnes”. Boukadous est quant à lui condamné en première instance à six ans de prison. Après de nombreux appels et reports de procès, il a donc récemment écopé de quatre ans fermes.
Jugements en série
Le cas de Fahem Boukadous n’est malheureusement pas isolé. Le 4 août prochain, ce sera au tour du journaliste Mouldi Zouabi, reporter à Radio Kalima, d’être jugé. Alors qu’il avait porté plainte contre un proche des services de police pour agression, c’est finalement lui qu’on accuse de “violences aggravées et injures publiques”. Récemment, une journaliste tunisienne a également été agressée dans la ville française de Nantes par des policiers tunisiens en civil, le 1er juillet dernier. A son retour en Tunisie, elle a subi une “fouille corporelle humiliante”. Enfin, le journaliste Zouhair Makhlouf a été condamné le 1er
décembre 2009 à trois mois de prison et 6200 dinars (32 000 dirhams) de dommage et intérêts pour “avoir nui à un tiers au moyen d’un réseau public de télécommunication”. Une sanction forte pour avoir réalisé un reportage sur les conditions de travail dans la zone industrielle de Nabeul.
Les ONG, quant à elles, s’insurgent contre ce régime liberticide, à l’instar d’Amnesty International qui vient de publier un rapport au vitriol. Intitulé Des voix indépendantes réduites au silence, il dénonce la dangerosité du pays pour les défenseurs des droits de l'Homme.

mercredi 3 février 2010

Tunisie : Le sort de Taoufik Ben Brik est scellé

Par Walfadjri,3/2/2010
Jugé coupable d’agression sur une femme, le journaliste tunisien Taoufik Ben Brik a été condamné samedi à six mois de prison ferme par la Cour d’appel de Tunis. Ecroué le 29 octobre, le journaliste âgé de 49 ans a été jugé pour ‘faits de violence, outrage public aux bonnes mœurs et dégradation volontaire des biens d’autrui’ suite à une plainte déposée contre lui par Rym Nasraoui, une femme d’affaires tunisienne de 28 ans.
Le verdict vient de tomber. Le journaliste tunisien, Taoufik Ben Brik, a été condamné samedi par la Cour d’appel de Tunis à six mois de prison pour violences contre une femme. L’intervention de son entourage, des organisations des droits de l’Homme et des autorités françaises n’auront pas réussi à faire plier le gouvernement tunisien au grand ‘regret’ de Bernard Kouchner, le chef de la diplomatie. ‘Je suis pour la liberté de la presse, je pense qu’il faut absolument la respecter, et je m’efforce (...) de défendre cette position partout. Nous avons essayé au maximum de défendre cette liberté de la presse’, a-t-il déclaré.
D’après l’avocate militante des droits de l’Homme, Radhia Nasraoui, le journaliste tunisien devrait rester détenu à Siliana (130 km de Tunis), sauf mesure de grâce présidentielle ou pourvoi en cassation possible dans les dix jours. ‘Encore une fois, nous avons une décision d’Etat et non de justice’, a réagi son épouse Azza Zarrad, affirmant vouloir ‘porter l’affaire devant les Nations unies’.
Taoufik Ben Brik, âgé de 49 ans, n’a cessé de clamer son innocence, se disant la cible d’un ‘procès politique’ dans le cadre d’une ‘affaire fabriquée par les services spéciaux’, pour le punir de ses écrits hostiles au régime. ‘J’ai été arrêté deux heures après la parution d’une interview imaginée’, avec le président Zine El Abidine Ben Ali, au moment où il postulait à sa réélection pour un nouveau mandat en octobre dernier, avait-il expliqué, le 23 janvier, à l’issue de son premier procès dont le verdict avait été reporté au 30 du même mois.
Auteur d’écrits satiriques ciblant le chef d’Etat tunisien dans les médias français, Taoufik Ben Brik avait été arrêté le 29 octobre et condamné le 28 novembre dernier, à la suite d’une plainte déposée contre lui par Rym Nasraoui, une femme d’affaires de 28 ans qui l’accusait d’avoir embouti sa voiture et de l’avoir battue et insultée devant deux témoins. Il avait été jugé en première instance coupable de ‘faits de violence, outrage public aux bonnes mœurs et dégradation volontaire des biens d’autrui’.
Depuis l’incarcération du journaliste à la prison de Siliana, sa femme mais aussi ses frères et sœurs avaient multiplié les démarches pour le faire sortir. Ils avaient notamment entamé une grève de la faim le 6 janvier dernier pour protester contre les conditions de détention de Taoufik Ben Brik, qui souffre du syndrome de Cushing, une maladie dégénérative des défenses immunitaires.

dimanche 24 janvier 2010

Tunisie : Taoufik Ben Brik doit être libéré !


 Azza Zarad Ben Brik:
« Pour des raisons de santé, Taoufik doit être libéré en urgence »
Par Nadjia Bouzeghrane, 23/1/2010
Azza Zarad craint pour la vie de son époux, le journaliste tunisien Taoufik Ben brik, dont le procès en appel pour une affaire de droit commun se tient aujourd’hui à Tunis. Elle a repris hier l’avion pour Tunis après un déplacement de trois jours à Paris et à Strasbourg, où elle a eu de nombreux contacts avec des responsables politiques, des médias français et des parlementaires européens.
Une soirée pour les libertés en Tunisie et pour la libération immédiate des journalistes, Taoufik Ben Brik, gravement malade, emprisonné depuis le 26 novembre, et Zouheir Makhlouf, toujours détenu, bien qu’il ait épuisé sa peine de trois mois, a été organisée, mercredi soir, à la mairie du 2e arrondissement de Paris, à l’initiative d’organisations de défense des droits de l’homme tunisiennes, de la FIDH, de la LDH, de RSF et des amis(es) de Taoufik Ben brik. Azza Zarad a bien voulu répondre à nos questions.
- Avez-vous bon espoir quant à l’issue du procès en appel de Taoufik qui sera rendu aujourd’hui ?
Vu l’état de santé de Taoufik, j’espère qu’il sera libéré sur la base de son dossier médical.
- Vous êtes depuis mardi à Paris, après un déplacement à Strasbourg, quels soutiens avez-vous reçus ?
J’ai rencontré tout le bouclier cher à Taoufik, les médias qui lui ont manifesté leur soutien.
- Des médias français ?
Essentiellement des médias français, puisque Taoufik écrit pour des médias français. C’est pour cela que je me suis adressée à la France en premier lieu. Mais si je n’obtiens pas le résultat que j’attends de la France, j’irai vers d’autres pays où j’espère réaliser le but pour lequel je suis venue, la libération de Taoufik. J’ai rencontré aussi des personnalités politiques, la première secrétaire du parti socialiste, Martine Aubry, qui m’a chaleureusement accueillie et qui a été très sensible au cas de Taoufik, un cas humain urgent et qu’il faut régler dans l’urgence. J’ai aussi rencontré Marie-George Buffet, secrétaire nationale du parti communiste qui a exprimé beaucoup de compassion et de soutien ; j’ai aussi rencontré le président du groupe d’amitié franco-tunisien au sénat, Jean-Pierre Sueur qui a été lui aussi sensible à la question humaine, j’ai eu un contact avec Daniel Cohn Bendit et José Bové, des parlementaires européens à Strasbourg en charge du Maghreb.
Au parlement européen, la délégation qui m’accompagnait (lire ci-joint, ndlr) et moi-même, nous avons témoigné de la situation de la Tunisie au quotidien, nous avons exposé le cas des étudiantes qui sont en prison pour avoir demandé leur droit au logement en cité universitaire, nous avons parlé de l’autre journaliste, Zouheir Makhlouf, qui est encore en prison bien qu’il ait purgé sa peine en totalité. Nous avons aussi évoqué le cas des prisonniers du bassin minier de R’daïf, sans parti pris. Il est question de la dignité et des libertés des Tunisiens.
- Et du côté des médias arabes ?
Les confrères algériens de Taoufik, dont Omar Belhouchet, que Taoufik aime beaucoup, et les journalistes du quotidien El Watan, nous ont exprimé une solidarité inconditionnelle. Nous avons reçu aussi des marques de soutien du Maroc, du Liban et d’Egypte. Avec mon internet qui est souvent coupé, je n’ai pas accès à toutes les informations. En Allemagne aussi on a un soutien important. Depuis que Taoufik est en prison, la Tunisie est dans les journaux du monde entier, j’ai vu des articles dans des langues que je ne connais même pas. on a parlé de Taoufik en Palestine et même dans des pays africains.
- Et les Tunisiens, comment réagissent-ils ?
Un comité indépendant de journalistes s’est constitué et soutient Taoufik et Zouheir Makhlouf, il a même organisé une journée de grève de la faim, des féministes ont publié un appel dans lequel elles disent que « ce n’est pas parce que Taoufik Ben brik est féministe que nous le soutenons, mais parce que nous savons qu’il n’est pas capable d’actes de violence envers une femme », et elles ont manifesté leur indignation face à l’instrumentalisation de la femme.
- Qu’attendez-vous de la communauté internationale ?
J’ai constaté que les personnalités politiques avec lesquelles je me suis entretenues sont sensibles à la question des droits humains en Tunisie. Elles sont conscientes des dépassements et qu’il y a une différence entre la théorie, les conventions, les chartes signées et le quotidien vécu par les Tunisiens. Certaines démocraties européennes jouent le jeu de la complaisance, on finira par les convaincre d’arrêter de jouer ce jeu parce qu’elles sont complices d’un crime à l’encontre d’un peuple qui aspire à la dignité et à la liberté.
- Comment expliquez-vous l’acharnement des autorités tunisiennes contre Taoufik Ben Brik et les journalistes qui se battent pour la liberté d’expression et l’Etat de droit ?
C’est tout un état d’esprit, toute personne qui écrit dans un sens contraire touche à l’interdit. Le pouvoir en Tunisie est devenu en quelque sorte sacré, on n’y touche pas. Depuis 1988, on a muselé les journalistes, ce n’est pas nouveau. Le 11 septembre a été fatal aux journalistes. Un nouveau cap a été franchi par le régime tunisien, celui de monter des procès de droit commun aux journalistes pour éviter les procès d’opinion et les procès d’ordre politique.
- Est-ce que vous ressentez l’impact et l’influence du combat de Taoufik Ben brik et de ses camarades sur la société tunisienne ? Les choses bougent-elles ?
La société étouffe, les gens sont étouffés et comme le dit si bien notre poète Abou El Qassim Echabbi : « sous les cendres, il y a , on parle à voix basse chez soi lorsqu’on parle du régime, c’est pour vous dire à quel point on a peur, on n’a confiance en personne, on est assiégé. Moi, je ne peux pas rendre visite à qui je veux, mes amis ne peuvent pas venir chez moi, malgré cela, les Tunisiens sont solidaires, les gens en ont marre. Quand cela va-t-il réellement bouger ? on ne le sait pas, c’est un système tellement pernicieux, tellement cynique qu’il ne laisse pas beaucoup d’espoir. La ville de R’daïf a été assiégée pendant six mois, aucune personne ne pouvait en sortir ni y entrer.
- Est-ce que vous arrivez, malgré tout, à communiquer ?
Il m’est très difficile de communiquer avec les gens. L’Algérie est inaccessible par téléphone, ainsi que Reporters sans frontières. Mon téléphone ne sonne jamais, sauf à certains moments, pour la famille, ou quand ils se fâchent ou qu’ils estiment que je suis allée trop loin, comme lorsque j’ai publié un démenti pour répondre au Quai d’Orsay, ce jour-là ni ma mère ni mes enfants ne pouvaient me joindre.
- Et vos enfants, dans quel état d’esprit sont-ils ?
Mes enfants sont terrorisés. Quand il voit la police, mon fils me dit : « maman, vite, vite on monte dans la voiture, ou vite on rentre à la maison avant qu’ils nous fassent quelque chose. » La police l’a même escorté jusqu’à l’école. En 2000, mon fils a eu un choc et j’ai dû le faire soigner, il était devenu un autiste social, il ne communiquait plus, il ne jouait plus avec les enfants. Et maintenant, ça reprend.
- Vous continuez de travailler ?
La liberté et la dignité passent avant tout. Je suis prête à mourir. Aux policiers qui stationnent devant ma maison, moi et mes deux enfants, nous disons : « Messieurs, avancez et tuez-nous », nous n’avons plus rien à perdre. Rien. Nous préférons mourir que vivre sous la persécution de la police qui ne nous lâche pas.
- Vous avez vous-même ainsi que la famille de Taoufik observé pendant trois semaines une grève de la faim que vous avez arrêtée à la demande publique de vos soutiens, mercredi soir. Pourquoi cette grève ?
Nous n’avions plus d’autres moyens, on nous avait muselés, nous ne pouvions plus faire passer notre message. Il fallait donc faire une nouvelle action pour sensibiliser les gens sur la gravité de la situation et à l’urgence de la libération de Taoufik parce qu’il risque de mourir à chaque instant, même chez lui. Taoufik souffre d’une maladie très rare, le syndrome de cushing, soit un dysfonctionnement des glandes surrénales qui régulent le métabolisme. Cette maladie engendre un manque d’immunité, des allergies et un état d’extrême fatigue. Les glandes surrénales défaillantes sont remplacées par un médicament dont le dosage est minutieux et variable et qui doit être pris à des heures fixes. Récemment, un prisonnier est mort parce qu’il n’a pas eu les soins nécessaires au moment voulu. Taoufik est dans une prison de Siliana, à 130 km de Tunis, où il n’y a pas d’infrastructures hospitalières et la route jusqu’à Tunis est très mauvaise. D’où l’urgence de le libérer. On a droit à cinq minutes de visite une fois par semaine, on n’a le droit de parler de rien, seulement des enfants. C’est une véritable punition, parler à Taoufik de la solidarité internationale lui donnerait un bon moral, c’est ce qu’ils ne veulent pas.


Source : http://www.elwatan.com


jeudi 3 décembre 2009

L'accord d'association entre l'Union européenne et la Tunisie doit être suspendu

 par William Bourdon, Hélène Flautre, François Gèze, Le Monde, 2/12/2009
                                            La scandaleuse condamnation de Ben Brik.

L'atroce comédie en quatre actes se déroule sous nos yeux, mais, en haut lieu, personne ne bouge.
Acte I : le 25 octobre 2009, le général Zine el-Abidine Ben Ali est "réélu" pour un cinquième mandat à la tête de la Tunisie avec 89,62 % de suffrages exprimés, s'attirant aussitôt les "sincères" félicitations du président français Nicolas Sarkozy
Acte II : le même jour, à 16 h 45, le journaliste Taoufik Ben Brik, infernal trublion depuis plus de dix ans – et qui depuis des semaines distillait ses billets assassins contre le régime tunisien sur de nombreux sites Web –, fait l'objet d'une provocation, qu'il dénonce immédiatement par des posts aux sites Web français : alors qu'il va chercher sa fille de dix ans à l'école, il est violemment pris à partie par une automobiliste, qui l'accuse contre toute évidence d'avoir heurté son véhicule et de l'avoir agressée.
Acte III : le 29 octobre, Ben Brik est placé sous mandat de dépôt pour "atteinte aux bonnes mœurs", "diffamation", "agression" et "détérioration des biens d'autrui".
Acte IV : après un simulacre de procès de quelques heures le 19 novembre, le journaliste est condamné, le 26 novembre, à six mois de prison ferme.
Réaction officielle de la France, a minima, par la voix du porte-parole du Quai d'Orsay : "Nous regrettons cette décision et rappelons notre attachement à la liberté de la presse en Tunisie comme partout dans le monde."
Réaction officielle de l'Union européenne : aucune.
Et pourtant, la "punition" de Ben Brik est loin d'être un acte isolé : dès le lendemain de sa réélection, Ben Ali a brusquement intensifié les actes d'agression et de harcèlement à l'encontre de nombreux journalistes et opposants. Au-delà de ces victimes, cette série de provocations très calculées, frappant notamment un symbole historique de la révolte, vise à l'évidence un double objectif.
En premier lieu, adresser un avertissement aux foyers d'opposition internes à la dictature, de plus en plus nombreux. Ceux du peuple, dont témoignent notamment les émeutes du bassin minier de Gafsa en 2008, durement réprimées. Mais aussi ceux qui se font jour au sein de la bourgeoisie, de plus en plus bousculée par la vaste entreprise de prédation des richesses du pays conduite depuis plusieurs années par la famille de Leila Trabelsi, l'épouse du président, qualifiée par certains de "régente de Carthage".
Et en second lieu, "tester" la réponse de la communauté internationale des États à ce durcissement répressif. Dans l'attente qu'elle continuera à "couvrir", comme elle l'a fait depuis l'arrivée au pouvoir de Ben Ali en 1987, les violations des droits de l'homme qui sont le cœur de cette "si douce dictature" que dénonçait Ben Brik dans son livre publié en 2000.
A ce jour, le test est malheureusement positif, comme en témoignent les "non-réactions" que nous avons évoquées. Et cela, en tant que citoyens européens, nous ne l'acceptons pas. Car c'est en notre nom que l'Union européenne a signé avec la Tunisie un "accord d'association", entré en vigueur le 1er mars 1998, pour développer les échanges économiques entre les deux partenaires. Un accord dont l'article 2 stipule : "Les relations entre les parties, de même que toutes les dispositions du présent accord, se fondent sur le respect des principes démocratiques et des droits de l'homme qui inspirent leurs politiques internes et internationales et qui constituent un élément essentiel de l'accord."
La violation de cette clause par Carthage aurait dû de longue date entraîner, de la part des États membres de l'Union européenne, et de la France au premier chef, la suspension de l'accord d'association. L'atroce comédie dont est victime aujourd'hui Taoufik Ben Brik, même s'il devait être gracié par Ben Ali – ce que nous souhaitons évidemment –, montre à quel point cette clause semble n'être qu'un chiffon de papier pour ceux qui prétendent nous représenter. Il est plus que temps d'en finir avec cette hypocrisie, par la suspension, au nom de la violation de son article 2, de l'accord d'association entre l'Union européenne et la Tunisie, jusqu'à la libération de Ben Brik et de tous les prisonniers d'opinion et à l'engagement formel du gouvernement tunisien de pleinement respecter les clauses de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
Premiers signataires : William Bourdon, avocat ; Hélène Flautre, députée européenne ; François Gèze, éditeur ; Jean-François Julliard, secrétaire général de RSF ; Noël Mamère, député ; Gilles Perrault, écrivain ; Éric Sottas, secrétaire général de l'OMCT ; Marie-Christine Vergiat, députée européenne : Jean Ziegler, sociologue.

mercredi 2 décembre 2009

TUNISIE : INVITATION CONFÉRENCE DE PRESSE A PARIS


Invitation

La Ligue des droits de l’Homme (LDH), l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (ACAT), le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme (programme conjoint Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme (FIDH) - Organisation mondiale contre la torture (OMCT)) et le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH) vous invitent à une conférence de presse qui se tiendra le jeudi 3 décembre 2009 à 11h30, au siège de la LDH, 138, rue Marcadet, 75018 Paris, sous la présidence de Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH, au cours de laquelle interviendront :
- Maître François-Xavier Matteoli, ancien bâtonnier du barreau des Hauts-de-Seine, mandaté à Tunis, le 19 novembre, par l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme (programme conjoint FIDH et OMCT) et le REMDH,
- Maître Pradel, avocat mandaté à Tunis, le 24 novembre, par les mêmes organisations
- Maître William Bourdon, avocat
- Maître Léa Forestier, avocat
- Maître Houcine Bardi, mandaté à Tunis, les 19 et 24 novembre, par le CRLDHT

Rendront compte de leur mission en Tunisie à propos des procès des journalistes Taoufik Ben Brik (verdict le 26 novembre), Zouhaïr Makhlouf (verdict le 1er décembre), de Mohamed Soudani (verdict le 24 octobre) et du groupe des étudiants de l’UGET (audience le 30 novembre).
Kamel Jendoubi, président du CRLDHT témoignera du contexte dans lequel se déroule cette répression policière et judiciaire.
Avec le soutien de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR), d'Amnesty international (section France) et de l’Association des Tunisiens en France (ATF).
En vous remerciant par avance pour l’intérêt que vous voudrez bien accorder à cette rencontre et nous l’espérons, pour votre présence, veuillez recevoir, l’expression de nos salutations les meilleures.

mardi 1 décembre 2009

ACTION COMMUNE POUR LA LIBÉRATION DE TAOUFIK BEN BRIK ET ZOUHAYR MAKHLOUF


 TUNISIE, TMG, 1/12/2009

Le TMG demande au gouvernement tunisien de libérer des journalistes et de mettre un terme à sa politique de harcèlement

 - Réagissant avec colère aux peines de prison visant les
journalistes Taoufik Ben Brik et Zouhayr Makhlouf, les membres du groupe
d'observation de la Tunisie (TMG) ont demandé aux autorités tunisiennes de
mettre un terme immédiat à l'emprisonnement des journalistes.
Le 26 novembre, Ben Brik a été condamné à six mois de prison ferme. Il est
désormais détenu à la prison de Siliana, à environ 120 km de son domicile
de Tunis - loin de sa famille. Par la suite, Makhlouf a été condamné à
trois mois de prison et une amende de 6 000 dinars tunisiens (4 700 $US) ce
mardi 1er décembre.
Ben Brik, un opposant notoire qui écrit pour des journaux français, a
besoin d'une grande attention médicale en raison d'une maladie chronique.
Les membres du TMG craignent pour sa santé en prison. Il a été incarcéré le
29 octobre suite à la publication d'articles critiques sur la récente
réélection du Président Zine El Abidine Ben Ali pour un cinquième mandat le
25 octobre dernier. Ben Brik était accusé notamment d'une présumée
agression contre une femme, mais les accusations étaient clairement d'ordre
politique.
Makhlouf, un activiste politique et rédacteur du site d'information
tunisien Assabil Online, a quant à lui été arrêté le 20 octobre dernier
après avoir mis en ligne un reportage vidéo sur les problèmes
socio-économiques et environnementaux d'une zone industrielle de la région
de Nabeul.
A cette occasion, le Président du TMG, Rohan Jayasekera (Index on
Censorship), a déclaré: "Tout ceci est clairement le résultat d'une série
d'articles écrits par des journalistes critiques à l'égard du régime
tunisien. Alors que le Président tunisien Ben Ali renforce sa main mise sur
le pouvoir, nous sommes terriblement déçus par le fait qu'il se sente
obligé de punir ceux qui sont en désaccord avec lui", tout en ajoutant :
"Il est ridicule d'imaginer, une seule seconde, que Taoufik Ben Brik ferait
une pause sur le chemin de l'école avec sa fille pour agresser une femme en
pleine rue !"
Au-delà même de ces peines de prison, les membres du TMG sont extrêmement
inquiets au sujet des violations graves du droit à la liberté d'expression
et à la tendance que les autorités tunisiennes ont à recourir à la censure,
à l'intimidation et à la violence.
D'autres journalistes et d'autres activistes ont eu à souffrir de la
répression née des dernières élections. Certains ont été battus, kidnappés
ou détenus. D'autres se retrouvent encerclés par des policiers en civil 24
heures sur 24.
Nous appelons le gouvernement tunisien à libérer Taoufik Ben Brik et
Zouhayr Makhlouf et à cesser les agressions et le harcèlement des
journalistes et activistes indépendants en Tunisie. Les actions punitives
visant leurs familles doivent également s'arrêter, y compris le harcèlement
policier de la famille Ben Brik.
Ces peines de prison et ces agressions apparaissent clairement comme des
représailles suite aux menaces émises par le Président Ben Ali. Ce dernier
avait en effet averti que la loi serait appliquée "contre quiconque émettra
des accusations ou des doutes concernant l'intégrité de l'opération
électorale, sans fournir des preuves concrètes".
Le TMG compte 20 membres de l'Échange international de la liberté
d'expression (IFEX). Cela fait plus de cinq ans que ces derniers suivent de
près les violations de la liberté d'expression en Tunisie ; ils vont
continuer d'exiger du gouvernement tunisien qu'il respecte ses engagements
internationaux dans le domaine des droits de l'Homme et de la liberté
d'expression.


JOINT ACTION – TUNISIA ,1 /12/ 2009

TMG urges Tunisian government to free journalists and cease harassment

(IFEX-TMG) - Tunisia must immediately stop jailing journalists, say members
of the Tunisia Monitoring Group (TMG) reacting angrily to the sentencing to
prison of journalists Taoufik Ben Brik and Zouhayr Makhlouf.
On 26 November, Ben Brik was sentenced to six months in prison with no
chance to appeal. Regrettably, he has been transferred to a prison in
Siliana - nearly 120km away from his family in Tunis. Then on 1 December,
Makhlouf was sentenced to three months in prison and a fine of 6,000 dinars
(US$4,700.)
Ben Brik, a well-known critic who writes for newspapers in France, requires
medical attention for a chronic ailment and TMG members fear for his
well-being in prison. He was arrested on 29 October following publication
of critical articles on the recent re-election of President Zine El Abidine
Ben Ali on 25 October for a fifth term. The charges involve the alleged
assault of a woman but were clearly politically motivated.
Makhlouf, a political activist and contributor to Assabil Online, a
Tunisian news site, was arrested on 20 October after posting a video report
on the Internet about environmental, economic and social problems in an
industrial area of Nabeul.
"This is clearly the result of articles written by journalists who were
critical of the regime. Even after President Ben Ali has consolidated his
grip on power, we are terribly disappointed that he feels the need to
punish those who don't agree with him," said TMG Chair Rohan Jayasekera of
Index on Censorship. "It's ridiculous to think that Taoufik Ben Brik would
pause on his way to school with his daughter to assault a woman in the
street!"
In addition to the sentencing, TMG members are extremely concerned about
serious violations of the rights to freedom of expression, and the Tunisian
authorities' tendency to resort to censorship, intimidation and violence.
Other journalists and activists have suffered because of the clampdown
surrounding the elections – some having been beaten, kidnapped or detained,
others finding themselves surrounded 24 hours a day by plainclothes police.
We call on the Tunisian government to release Taoufik Ben Brik and Zouhayr
Makhlouf, and to stop attacking and harassing independent journalists and
activists in Tunisia. Furthermore, punitive actions against their families
must cease, including the police harassment and surveillance of Ben Brik's
family.
Clearly these sentences and assaults are reprisals after direct threats
voiced by President Ben Ali, who warned critics that the law would be
"brought to bear on anyone casting accusations or doubts on the integrity
of the electoral process without solid evidence."
The TMG is composed of 20 members of the International Freedom of
Expression Exchange (IFEX). After monitoring free expression violations in
Tunisia for over five years, TMG members will continue to press the
Tunisian government to respect its international human rights commitments.

ARTICLE 19: Global Campaign for Free Expression
Arabic Network for Human Rights Information
Association Mondiale des Journaux et des Éditeurs de Médias d'Information
Association mondiale de radiodiffuseurs communautaires
Bahrain Center for Human Rights
Cairo Institute for Human Rights Studies
Canadian Journalists for Free Expression
Cartoonists Rights Network International
Fédération Internationale des Journalistes
Index on Censorship
International Federation of Library Associations and Institutions
International PEN Writers in Prison Committee
International Press Institute
International Publishers' Association
Journaliste en danger
Maharat Foundation (Skills Foundation)
Media Institute of Southern Africa
Norwegian PEN
The Egyptian Organization For Human Rights
World Press Freedom Committee

_________________________________________________________________
DIFFUSÉ(E) PAR LE SECRÉTARIAT DU RÉSEAU IFEX,
L'ÉCHANGE INTERNATIONAL DE LA LIBERTÉ D'EXPRESSION
555, rue Richmond Ouest, Bureau 1101, B.P. 407
Toronto (Ontario) M5V 3B1 Canada
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Le groupe d'observation de la Tunisie
Rohan Jayasekera, Chair
c/o Index on Censorship
London United Kingdom
rj (@) indexoncensorship.org
tél: +44 20 7324 2522
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ALERTE - GREVE DE LA FAIM DE TAOUFIK BEN BRIK

C.R.L.D.H., Paris, 30/11/2009
اللجنة من أجل احترام الحريات وحقوق الإنسان في تونس
Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie
membre du Réseau Euro-méditerranéen des Droits de l’Homme


Taoufik Ben Brik est en grève de la faim depuis le mercredi 25 novembre 2009 pour protester contre l'isolement dont il est l’objet. Sa vie risque d’être, à très court terme, en danger.
Après être resté sans nouvelles de Taoufik Ben Brik depuis l’audience du tribunal du 19 novembre 2009, sa femme et ses proches ont enfin appris, dans des conditions de désinvolture et de brutalités érigées en système par l'Etat-RCD, que le journaliste et poète dissident condamné arbitrairement à 6 mois de prison ferme, a été transféré à la prison de Siliana à 200 kms de Tunis.
Ils ont pu lui rendre visite aujourd’hui dans des conditions rocambolesques. Arrivés à 13h à Siliana, son épouse Azza accompagnée de Saida sa sœur et de ses frères Jalel et Fethi ont attendu plus de quatre heures pour pourvoir entrevoir TBB pendant quelques minutes puis ils ont été contraints de quitter la prison sous la pression des matons constamment présents et menaçants.
Visiblement affaibli mais déterminé Taoufik Ben Brik, a annoncé qu’il est en grève de la faim depuis le mercredi 25 novembre pour protester contre les interdictions des visites de ses proches et de ses avocats. Il ne se nourrit que d’eau et de médicaments qui commencent à lui manquer ; les gardiens ayant refusé de lui faire parvenir les médicaments remis par sa famille.
Atteint d’une maladie rare qui nécessite des soins réguliers, TBB ne peut continuer à croupir dans cette prison de Siliana connue pour ses conditions de détention déplorables. Sa vie risque d’être à très court terme en danger s’il ne continue à ne pas s’alimenter et s’il est privé de ses médicaments
Le CRLDHT dénonce cette mesure de représailles inqualifiable. Il réitère l'expression de sa solidarité avec la femme, les enfants, la famille de Taoufik et ses proches qui ont vécu dans l'angoisse ces longues journées au cours desquelles ils n'ont eu aucune information sur Taoufik Ben Brik.
Le CRLDHT alerte l'opinion sur les risques qu'il encourt, dans les conditions de cette grève de la faim, compte tenu de la vétusté de l'infirmerie de la prison de Siliana et de la nature des soins auxquels il est absolument astreint.
Peu importe à la dictature que Taoufik souffre et risque sa vie, bien au contraire, mais notre responsabilité à tous et à toutes est engagée,

21ter rue Voltaire – FR-75011 PARIS - Tel/Fax : 00.33.(0)1.43.72.97.34
contact@crldht.org / www.crldht.org

Taoufik Ben Brik en prison : situation inhumaine

Par Khaled Ben M'Barek, 1/12/2009

Azza Ben Brik nous informe de ce qui suit en fin de journée, ce lundi 30
novembre :
Azza, ses beaux-frères Jalel et Fathi et sa sœur Saïda se sont rendus à la
prison de Siliana pour rencontrer Taoufik Ben Brik.Ils ont dû attendre de 
12h00 à près de 17h00. La direction de la prison les a laissé poiroter des
heures durant le temps que tous les autres visiteurs soient partis.
Pas de portable, pas de panier, pas de sac personnel, pas de médicaments,
pas d'échange de linge. Et au bout, la visite n'a pas dépassé les six minutes,
encadrée par 4 agents du côté du détenu et 6 du côté de ses visiteurs, à moins
d'un mètre des interlocuteurs.
L'essentiel de ce qui est à retenir de l'échange c'est que Taoufik était en
grève de la faim depuis mercredi 25 novembre, pour protester contre sa
détention. Ce jour-là, la prison avait prétendu que Ben Brik refusait les
visites, ce qui est évidemment faux.
Autre certitude : Taoufik ne reçoit ni traitement ni médicament. Il est apparu
grandement affaibli et mal en point. Il a justifié sa grève comme étant l'ultime
moyen de se faire entendre.
Les quelques minutes restantes ont été consacrées à supplier le détenu pour
qu'il arrête sa grève de la faim, ce à quoi il semble avoir consenti, mais nul
n'en sait rien. Les visiteurs n'ont donc rien pu savoir de plus sur les
conditions de détention.
Bousculés, chassés, les visiteurs ont protesté à l'annonce de la fin de la
visite.Ils ont été jetés hors de la prison et leur carte de visite, encore valide,
leur a été confisquée.
Siliana est à l'intérieur des terres du côté du nord-ouest de la Tunisie. En
hiver, il y fait très froid et Taoufik a un système immunitaire très diminué,
dossier médical ayant été déposé auprès de l'administration pénitentiaire,
sachant qu'il s'agit justement d'un pénitencier, alors que la peine de Taoufik
n'est pas définitive, ce qui est pour le moins inhabituel...
Ces pratiques, Azza et Jalel en sont convaincus, visent à provoquer la mort de
Ben Brik. Comme ils n'ont pas pu récupérer son linge sale, il devra continuer à
la porter..
Fin de l'info, Azza

vendredi 27 novembre 2009

Le journaliste Ben Brik condamné à six mois de prison

Par Fouzia Maqsoud, 26/11/2009
 

Le journaliste dissident tunisien Taoufik Ben Brik a été condamné jeudi à six mois de prison ferme par le tribunal de première instance de Tunis, a-t-on appris auprès de l'un de ses avocats, Mokhtar Trifi.

Ben Brik était accusé d'avoir "agressé" une femme qui a porté plainte. Il lui était également reproché d'avoir porté "atteinte aux bonnes moeurs" et endommagé la voiture de la plaignante.
Lui se dit victime d'une affaire montée de toutes pièces par les autorités à la suite d'articles virulents contre le régime tunisien publiés dans la presse française à l'occasion des élections qui ont eu lieu en octobre dernier en Tunisie.
Me Trifi a qualifié de "très sévère" le verdict prononcé contre le journaliste d'autant, selon lui, qu'il s'agit d'un "procès politique par excellence".
Il envisage "sûrement" d'interjeter appel après consultation de son client.
L'organisation Reporters sans frontières a immédiatement dénoncé ce verdict, estimant dans un communiqué que Ben Brik paie là "le prix de son engagement et de sa liberté de ton".
"La justice tunisienne vient d'adresser un signal inquiétant aux journalistes tunisiens. Tous ceux qui critiquent le président Ben Ali peuvent se retrouver à la prison de Mornaguia, aux côtés de Taoufik Ben Brik", souligne RSF, qualifiant cette condamnation de "criminalisation de la dissidence". AP

vendredi 20 novembre 2009

TUNISIE : Procès de M. Taoufik Ben Brik - une parodie de justice

COMMUNIQUE DE PRESSE par OBSERVATOIRE POUR LA PROTECTION DES DEFENSEURS DES DROITS DE L'HOMME- REMDH, Paris-Genève-Copenhague, le 20 /11/ 2009.
L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), et le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH) expriment leur plus vive inquiétude quant au déroulement du procès mené contre M. Taoufik Ben Brik et les entraves à la participation de plusieurs défenseurs des droits de l'Homme tunisiens qui souhaitaient assister à l’audience.

Le 19 novembre 2009, M. Taoufik Ben Brik, journaliste et co-fondateur du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT), a comparu devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Tunis. Poursuivi pour “atteinte aux bonnes mœurs”, “diffamation”, “agression”, “détérioration des biens d’autrui” et “blasphème”, le verdict devrait être rendu public le 26 novembre prochain. Nos organisations considèrent que cette procédure vise en réalité à sanctionner les activités de M. Ben Brik en tant que journaliste indépendant et défenseur des droits de l’Homme.
Plusieurs défenseurs des droits de l'Homme ayant voulu assister à l'audience du procès ont en outre été empêchés d’accéder au tribunal, dont Mme Sihem Bensedrine, porte-parole du CNLT, journaliste et secrétaire générale de l’Observatoire pour la liberté de presse, d’édition et de création (OLPEC), M. Omar Mestiri, directeur de la rédaction du journal en ligne Kalima, membre du CNLT et membre du groupe de travail du REMDH sur la liberté d’association, et M. Lotfi Hajji, journaliste et vice-président le la section de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) de Bizerte, qui ont été “invités” par la police politique à faire demi-tour à la sortie de l'autoroute. Depuis, Mme Bensedrine et M. Mestiri sont empêchés de quitter le domicile des parents de ce dernier par un important dispositif policier déployé autour de la maison. C'est également le cas de M. Abdelkrim Harrouni, secrétaire général de l'association Liberté et équité. Deux avocats observateurs venant d'Algérie et du Maroc ont par ailleurs été refoulés à l'aéroport de Tunis. En outre, seuls trois membres de la famille de M. Ben Brik ont été autorisés à accéder à la salle d'audience et Me Hocine Bardi, avocat au Barreau de Paris mandaté par le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), a été empêché d'accéder au palais de justice.
L'Observatoire et le REMDH ont mandaté Me François-Xavier Matteoli, avocat et ancien bâtonnier du Barreau des Hauts-de-Seine, pour observer ce procès. Plusieurs autres observateurs internationaux ont pu assister au procès : la députée européenne Mme Hélène Flautre, le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), deux avocats mandatés par RSF, ainsi qu'un représentant de l'ambassade des Etats Unis.
Lors de l'audience, plusieurs violations du droit à un procès équitable ont été constatées. En premier lieu, au vu du filtrage par les forces de police de l’accès à la salle d’audience, l’Observatoire et le REMDH dénoncent vigoureusement le non-respect du principe de publicité des débats. En second lieu, l’Observatoire et le REMDH regrettent que toutes les demandes préliminaires introduites par les avocats de la défense aient été ignorées par le juge. Ces demandes portaient notamment sur la contestation de la régularité des procès verbaux, sur la libération provisoire du prévenu, et sur des demandes d'audition de témoins. Ainsi, l'audience a été levée sans qu'il soit statué sur la demande de mise en liberté et le juge, précisant qu'il en avait assez entendu, a renvoyé l'affaire et fixé au 26 novembre le prononcé du verdict.
Nos organisations rappellent par ailleurs que M. Zouhair Makhlouf, journaliste tunisien indépendant, secrétaire général de Liberté et équité et candidat du parti démocrate progressiste (PDP) lors des élections législatives du 25 octobre 2009, doit quant à lui comparaitre le 24 novembre 2009 devant le Tribunal de première instance de Grombalia.
M. Ben Brik et M. Makhlouf se sont particulièrement mobilisés afin de dénoncer les pratiques et actes contraires aux normes internationales qui se sont multipliés dans le contexte électoral. Le Président tunisien avait en outre stigmatisé, à la veille du scrutin du 25 octobre 2009, ceux qu’il avait qualifié de "minorité infime de Tunisiens qui dénigrent leur pays en s’appuyant sur des parties étrangères", et annoncé "des mesures" "contre quiconque émettra des accusations ou des doutes concernant l’intégrité de l’opération électorale, sans fournir de preuves concrètes".
L'Observatoire et le REMDH soulignent que cette politique de répression contre toutes les voix dissidentes ont visé d'autres défenseurs, dont M. Mohamed Soudani, membre de l'Union générale des étudiants de Tunisie (UGET), qui suite à une interview portant sur la situation des droits de l'Homme dans le contexte électoral avec des journalistes français a été arrêté le 22 octobre 2009 puis condamné le 24 octobre pour “atteinte aux bonnes mœurs”, “état d'ébriété” et “blasphème” à quatre mois de prison ferme en violations de toutes les principes du procès équitable.
L'Observatoire et le REMDH déplorent vivement qu'aucun diplomate européen n'ait assisté à l'audience et appellent la Délégation de la Commission européenne à Tunis ainsi que les ambassades des Etats-membres de l'Union Européenne (UE) en Tunisie à prendre publiquement position en faveur des défenseurs des droits de l'Homme, à rendre visite à MM. Ben Brik et Makhlouf en détention, et à observer toutes les audiences à leur encontre, conformément aux Lignes directrices de l'UE relatives aux défenseurs des droits de l'Homme.
Enfin, nos organisations appellent les autorités tunisiennes à veiller à ce qu’un terme soit mis à toute forme de menaces et de harcèlement - y compris judiciaire - à l’encontre de MM. Taoufik Ben Brik, Zouhair Makhlouf, Mohamed Soudani, Abdelkrim Harrouni, Omar Mestiri et Lotfi Hajji et Mme Bensedrine ainsi que de l'ensemble des défenseurs des droits de l’Homme tunisiens.
Pour plus d’information, merci de contacter :
• FIDH : Gaël Grilhot / Karine Appy : + 33 1 43 55 25 18
• OMCT : Delphine Reculeau : + 41 22 809 49 39
• REMDH : MarcDegli : +33 1 45 32 64 17 16

jeudi 19 novembre 2009

Création d'un comité international pour la libération de Taoufik Ben Brik


Par Khaled Ben MBarek,17/11/2009

Affiche2000


Rares sont les citoyens de par le monde qui n'avaient pas entendu parler de
l'écrivain et journaliste tunisien Taoufik Ben Brik lors de sa mémorable grève
de la faim en l'an 2000. Depuis, le pouvoir du général Ben Ali n'a jamais
abandonné l'idée de se venger un jour de ce révolté né. L'occasion lui en a été
offerte par les élections du 25 octobre dernier, que Taoufik, en vraie mouche de
coche, a perturbées par des écrits aussi assassins que réalistes et désabusés
sur les réalités d'un pays vécues comme un gâchis.

Élu avec près de 90 % des voix pour un nouveau mandat de cinq ans, le militaire
a immédiatement mis ses menaces à exécution. La persécution des opposants,
notamment les journalistes, s'est considérablement intensifiée, aboutissant à
l'emprisonnement de Taoufik Ben Brik le 29 octobre. Son procès a été fixé au 19
novembre.

C'est là une situation intolérable faite à l'une des figures de proue de la
société civile tunisienne.

En tant que citoyens amis du peuple tunisien, nous nous proposons donc d'agir
avec le monde associatif, avec les autorités des pays de bonne volonté et avec
toutes les personnalités intéressées afin de convaincre le chef de l'État
tunisien de la nécessité impérieuse de relâcher l'écrivain et journaliste qui
fait honneur à la Tunisie.

Pour ce faire, nous constituons, ce 17 novembre 2009, le Comité international
pour la libération de Taoufik Ben Brik, qui sera dissous automatiquement lorsque
celui-ci aura été libéré et rétabli dans tous ses droits.


Signataires :

* Gilles Perrault, écrivain.
* Ariane Mnouchkine, comédienne.
* François Gèze, éditeur.
* Jean-François Juillard, militant associatif (RSF-Paris)
* Noël Mamère, député.
* Éric Sottas, militant associatif. (OMCT-Genève)
* Hélène Cixous, écrivain.
* Hélène Flautre, députée européenne.


mardi 10 novembre 2009

UNE CARTE POSTALE POUR TAOUFIK BEN BRIK


Par Khaled BEN M'BAREK, Coordinateur
Pour ses quarante-neuf ans (9 novembre 1960 / 9novembre 2009) et son 1er séjour en prison Demain lundi 9 novembre, Taoufik BEN BRIK, terreur et prisonnier personnel du général de renseignement Zine Ben Ali, bouclera son quarante-neuvième printemps libres et son 12ème jours en détention. L'ennemi qui l'a embastillé espère obtenir un effet proche de celui atteint avec feu Zouhair YAHYAOUI. Cet autre frondeur libre sur le web était décédé à la fleur de l'âge, quelques mois après sa sortie des mêmes geôles.

Ben Ali ne peut ignorer les antécédents médicaux de son rival poétique pour le
Palais de Carthage. Si ce dernier venait donc à disparaître, le militaire
panoïaque en serait ravi, d'autant que Azza ZARRAD, l'épouse de Taoufik nous a
fait savoir ce soir même qu'elle avait été effrayée par l'état d'affaiblissement
qu'elle avait observé sur son époux détenu, même si son moral reste élevé. Le
refus de visite opposé aux avocats depuis mercredi n'augure rien de bon.

Taoufik BEN BRIK est la conscience blessée des Tunisiens que leur geôlier
voudrait annihiler car elle lui renvoie sa propre condition de tyran brutal,
voire de « voyou de sous-préfecture », comme l'avait qualifié Gilles PERRAULT,
fin connaisseur de nos despotes maghrébins. Ben Ali se sait déjà en sursis :
s'il sort de Carthage vivant, « c'est comme au Monopoli, il va directement en
prison sans passer par la case départ. »

En entourant Taoufik dans son épreuve, nous ferons tous savoir à M. Ben Ali que
nous sommes tous des Ben Brik et qu'il sera lui-même personnellement responsable
de tout ce qui pourrait arriver à  un homme qu'il doit libérer
inconditionnellement et sur-le-champ.1

Par là même, tous ceux qui mangent dans la main de Ben Ali, comme Eric Raoult,
ou qui tentent d'affaiblir l'opposition en accordant du crédit à ses élections
se sentiront tellement insignifiants.

Pour le 49ème anniversaire de Taoufik, nous appelons tous ses amis tunisiens et
amis de la Tunisie, à lui envoyer une carte postale parfaitement personnalisée
avec une illustration et un contenu à la discrétion de chacun d'entre nous.

L'objectif étant que la pénitentiaire croule sous nos cartes au point que Ben
Ali les voie de son palais de Carthage. Cela contribuera à desserrer l'étau et
donnera du baume au coeur au seul opposant que le général Ben Ali ait jamais
nommé publiquement à la télévision en l'an 2000 en se plaignant de lui

Voici les coordonnées complètes : Taoufik BEN BRIK BEN TAHER ZOGHLAMI
PRISON DE MORNAGUIA
MANOUBA-TUNISIE

1 Comme disait Laurent Jerra de Chirac, à propos de ses emplois fictifs. Le
temps n'aura rien effacé. Sauf que le parrain de Tunis a sur la conscience des
motifs autrement plus graves.
___________________________________________________________________________
Centre d'information et de documentation sur la Torture (CIDT-TUNISIE)
Association Loi 1901
5A, rue Scaremberg F25000 Besançon. FRANCE. Tél./Fax : (33 3) 81 82 23 49 .
E-mail : cidtunisie@free.fr
CCP N° 6 458 94 X DIJON

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